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Théâtre

  • Une société de petits bourgeois connectés

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    pbc2.jpgBob Dylan le chantait dans les années 60 pendant l'été de l'Amour devant des foules ayant le désir fou de se libérer des pesanteurs de la société dite des loisirs : « The times they are a-changin ». En 2016 un de ses pseudo émules comme on trouve par tombereaux sur « Youtube » (TM°) chanterait : « The Times, they are not changin at all and that's all right ». Et tout le monde applaudirait sans réserves. Et puis ce nouveau Dylan aurait trop peur de perdre des « followers » sur « Twitter » (TM°) ou « Facebook » (TM) en choquant les certitudes de son public virtuel ou non.

     

    Surtout ne pas remettre en question celles-ci, surtout ne pas railler les conformismes, les suivismes et l'instinct grégaire tenant lieu de conscience sociale à un monde dit de progrès finalement en pleine déréliction morale.

     

    Nous vivons clairement dans une société de petits bourgeois frileux et timorés, mais attention de petits bourgeois connectés. Ce qui change tout. Connectés même nuit et jour, constamment, volontairement. On joue alors un personnage, bien sûr flatteur, sur le Net, pour se défouler ou se compenser de ses frustrations, de tout ce que l'on laisse de côté dans sa vie par peur de perdre le privilège douteux de faire partie de la « chaîne alimentaire » du système économique fût-ce pour n'être qu'une proie. C'est parfois bien entendu un peu difficile de rester au sein du troupeau sans qu'une seule tête ne dépasse. Il arrive que certains deviennent complètement fous ou fassent une crise de la « quarantaine », de la « cinquantaine » etc....

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  • La Danse, les Corps, la Civilisation

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    « Tu quoque » vas tu dire ami lecteur...

     

    Benoite_Fanton___Opera_national_de_Paris-2015-16-TOMBE-031-362x242.jpgC'est à peine croyable tu vas le voir, moi le contempteur des « bourgeois pédagogues », des « bobos », je suis allé voir par l'entremise d'une bonne fée un spectacle ayant certainement obtenu les quatre petits bonhommes souriants de « Télérama », un spectacle de danse réellement magnifique en trois parties, trois créations très différentes (voir le programme à ce lien) trois projets initiés par le directeur démissionnaire de l'Opéra Benjamin Millepied, chorégraphe portant un nom adapté à son métier :

     

    « Tombe » de Jérôme Bel,

     

    « La Nuit s'achève » une chorégraphie de Benjamin Millepied sur une musique de Beethoven,

     

    « Les Variations Goldberg » de Bach magnifiquement interprétées et mises en danse par Jerome Robbins.

     

    L'Opéra est un lieu magique qui se mérite, comme tous les théâtres et les salles de concert, un lieu de civilisation, de Beauté, d’élévation de l'âme, où celles-ci sont presque tangible. Le public présent ce soir-là n'était pas uniquement composé de privilégiés remplis de prétentions, bien loin de là. J'eus la surprise d'y croiser des personnes « toutes simples » selon l'expression mêlées aux habituels guignols de la « Haute » trouvant les spectacles « tellement bêênédictin ma chérie », « tellement contemporain »....

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  • Qui est vraiment à gauche en France en 2014 ?

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     Au delà des petites taquineries sans méchanceté aucune (croix de bois, croix de fer si je mens je vais en enfer) que recèle ce petit article, ce ne sont pas les idéaux élevés que certains communistes et marxistes (ils sont rarissimes) portaient en eux que je moque. Je songe entre autres à un vieux monsieur cheminot retraité qui avait fait les « grèves de 36 » et en parlait encore avec des sanglots dans la voix suscitant l'émotion. J'aimais bien ce monsieur qui parlait des trains avec passion avec moi qui ait emprunté depuis l'enfance tous ceux qui existent ou presque en France et ailleurs.

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    Bien entendu, pour le « méchant réac » que je suis, l'« anar de droite » irrécupérable que tu as encore l'indulgence de lire ami lecteur, l'idéologie issue des livres de Marx et Engels, que j'ai lus et pus étudier et en tirer profit en fac (Quel bonheur !), ne peut mener, quelle soit la manière dont elle est appliquée, stalinienne, pas stalinienne, maoïste, trotskiste, gentille, pas gentille, qu'à une utopie forcée, un bonheur imposé selon des vues très arbitraires aux peuples, contre leur liberté et donc insoutenable, même si ces vues naissent de bonnes intentions sincères, celles-ci ayant causées au cours du sinistre vingtième siècle quelques dizaines de millions de morts un peu partout.

     

    Mais l'Enfer est pavé de bonnes intentions...

     

    Le libéralisme, qui est aussi une idéologie globalisante me répugne tout autant, voire encore plus, par son ambition d'englober et de quantifier tous les désirs humains, jusqu'aux rêves et cauchemars, jusqu'à l'amour qui devient un bien comme un autre que l'on vend et que l'on échange sans plus de questions ou de remords, les citoyens consommateurs que sont devenus les peuples autrefois souverains se soumettant passivement dans la joie et la bonne humeur à des injonctions d'achats tous plus débiles les uns que les autres.

     

    Certains en viennent même à parler de « liberté de consommer », comme si la consommation n'était pas soumise à des mécanismes par nature ne faisant jamais appel au libre-arbitre, comme si elle n'était pas une autre forme d'esclavage, abject car consenti en courant vers l'abîme spirituel, intellectuel, culturel et social que cette avidité produit.

     

    A notre époque manichéenne, mon dégoût du libéralisme me rend finalement, moi, le « salaud social-traître » (TM°), l'infâme catholique « vipère lubrique conservatrice » (TM°) de tendance traditionnelle, cerise sur le gâteau, plus à gauche que Hollande et tout le Péhesse réunis, voire même que des types comme Pierre Laurent ou Jean-Luc Mélenchon qui eux aussi et quoiqu'en pensent leurs soutiens font bel et bien partie de l'oligarchie libérale-libertaire, tenant encore quelques miettes du pouvoir auxquelles ils s'accrochent comme le morpion à l'intimité du membre (uh, uh, uh) du service d'ordre du PC. Aucun d'eux ne remet vraiment en cause l'Union Européenne et son fonctionnement dépendant des diktats monétaristes de la BCE et monsieur Trichet, un des dirigeants réels du continent.

     

    Et les protestations éventuelles que provoquera ce passage ne changeront rien à cette évidence, à ce fait objectif.

    melenchon-parcours-politique-604-564x261.jpgC'est justement car ils font partie des oligarques, tout comme il est vrai un peu plus la famille le Pen, qu'ils conservent et conserveront leurs « ronds de cuir » bien douillets dans les « JT » et chaînes d'infos, de par leur rôle de « bons clients », de « repoussoirs » utiles des sociéto-libéraux et des libéraux-libertaires. Ce qui m'étonne toujours et me révulse personnellement, c'est que ces « coqs de village » prétendent encore parler au nom des petits, des travailleurs et des humbles que concrètement ils ont quant à eux abandonné, je ne parle pas ici des personnes de bonne volonté militants communistes ou « Front de Gauche » qui peuvent faire aussi du bon travail de proximité.

     

    Eux et leurs séides, tous ces bourgeois vraiment à gauche, plus à gauche qu'eux tu meurs foudroyé, je m'étonne d'ailleurs, que ne redistribuent-ils pas leurs revenus, parfois conséquents, que ne collectivisent pas leurs biens ? Voilà des gestes qui seraient forts et rassembleraient du monde autour d'eux, et qui éloigneraient le risque de retour des « z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM°) refrain habituel et éculé qu'ils ont tous entonné dimanche soir en attendant les défilés « citoyens » qui auront lieu quand le FN sera premier parti de France aux Européennes car ils sont encore et toujours coupé du peuple, le « pays légal » ne comprenant rien au « pays réel »...

     

    portrait de Pierre Laurent sur le site de "l''Express"

     

    image de monsieur Mélenchon prise sur ce blog

  • Petit salut à Anouilh en passant

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    On se souvient d'Anouilh sur Agoravox aussi

    On oublie Anouilh. C'est dommage.

    Surtout du fait de sa réputation d'anar de droite pas du tout dans le vent des indignations actuelles.

    Sur ce blog on en parlait par ici il y a trois ans.

    Ci-dessous deux citations :

     

    (A propos des pauvres) - A force de n'être chez eux nulle part, ils ont fini par prendre le mauvais genre de s'y croire partout.

    Dans « L'invitation au château »

    (La Comtesse à son amant) - ... vous avez réussi cette chose extraordinaire de rendre le péché plus ennuyeux que la vertu.

    Dans « La répétition ou l'amour puni »

    (A propos des pauvres) - A force de n'être chez eux nulle part, ils ont fini par prendre le mauvais genre de s'y croire partout.
    L'invitation au château
    Citations de Jean Anouilh


    Source : Citations de Jean Anouilh - Dicocitations ™ - citation



    Source : Citations de Jean Anouilh - Dicocitations ™ - citation

  • Physiologie de « l'anar de droite »

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    celine_1_louis-ferdinand-celine-gen-paul-pierre-labric-1942.jpg

    Article débarassé de ses allusions personnelles.

    Je l'jure monsieur le juge...

    "Ca tient, les options politiques, l'engagement dans un sens, dans l'autre, parfois du hasard. On était tel jour, tel endroit... On a rencontré celui-là plutôt que celui-ci, et tout est joué."
    Les combattants du petit bonheur (1977) Alphonse Boudard

    Suite à la lecture d'un article concernant les « anars de droite ». J'ai donc eu envie n'écoutant que mon bon coeur de faire un rappel pédagogique, (étant toujours prêt à participer à l'édification du peuple ou de la bourgeoisie ). Et je rappelle à toutes fins utiles que pour eux les anars syndiqués et les révolutionnaires en charentaises sont surtout pour eux de beaux sujets de pendule, ainsi que Michel Audiard le fait dire à Gabin dans "Archimède le clochard".

    ADG était un « anar de droite », tout comme Antoine Blondin, qui a eu plusieurs héritiers affirmés mais qu'il n'aurait jamais reconnu, fût-ce devant notaire, Marcel Aymé, qui est celui que j'aime le plus, Michel Audiard, Alphonse Boudard et quelques autres. Certains y mettent parfois Desproges qui n'avait pas vraiment le profil selon moi. Ce qu'ils partagent, Desproges aussi d'ailleurs, c'est finalement une indulgence réelle et de tous les instants envers leurs semblables auxquels ils pardonnent leurs travers quand même, ce qui n'empêche pas de tourner ces défauts en dérision et d'être féroces.

    36.jpgC'est un patronage dangereux car les deux premiers auteurs, pour ne citer qu'eux, ont des textes absolument immondes et illisibles, quant aux étrangers, maintenant, le premier écrivait une chronique dans « Minute » (Rien n'étant simple, on ne saurait le qualifier de raciste, ADG décrivant avec affection la vie des aborigènes d'Australie, où il vécut quelques temps, dans un de ses derniers livres « Kangouroad movie »), le deuxième dans « le Crapouillot » voire parfois bien pire. Peut-être l'écriture de ces articles naissait-elle de leur envie de faire suer les bien-pensants et d'emmerder le monde un bon coup ? Peut-être n'étaient-ils pas si sincères ? Ce ne sera pas à moi d'en juger. On note que les « anars de droite » sont pour la plupart des autodidactes, suffisamment intelligents pour penser tous seuls sans avoir besoin pour cela d'une béquille dogmatique. Ils riraient à mon avis de ces rebelles de salon qui parlent toujours de leurs diplômes de la même manière, ce n'est pas très important, on s'en amuse mais on les montre quand même, et gare à celui ou celle que cela fait sourire. Il y eut aussi de toute façon des « anars de droite » diplômés, comme Antoine Blondin, élève brillant, et Thierry Maulnier qui rentre peu ou prou dans la définition, si définition il peut vraiment y avoir. Les « anars de droite », les vrais, savent que ce n'est pas le diplôme ou le statut qui fait de toutes manières l'homme ou la culture, mais sa propension à l'indocilité à la sottise toute-puissante du troupeau ou d'une élite auto-proclamée, ou d'un homme providentiel.

    ANTOINE-BLONDIN-copie-1.jpgIl n'empêche que les « anars de droite » fascinent encore, en particulier les jeunes gens bien sages et bien propres sur eux qui rêveraient de passer pour des mauvais garçons, des mauvais sujets, pour plaire aux filles, ce qui est somme toute légitime, alors que leur éducation, leurs études et leurs choix de vie les incitent plutôt à bien rester sagement dans les rails, à commencer par ceux de la pensée la plus politiquement correcte au bout du compte. Il suffit souvent de gratter juste un tout petit peu et on retrouve le petit bourgeois dédaigneux, ou la petite bourgeoise derrière des pétarades consistant surtout à balancer des horreurs entre la poire et le fromage alors qu'être « anar de droite » c'est tout autre chose. Un petit bourgeois a beau se déguiser en « bobo » ou en « bobeauf » par réaction, il restera soucieux de son honorabilité, d'être bien vu de sa crémière et de faire bonne impression dans un costume de bonne coupe. Cela ne consiste pas à se biturer ou dire des gros mots devant les dames et parler de ses exploits sexuels réels ou supposés, cela c'est à la portée du premier commercial en goguette, et chemisette orange (avec le stylo dépassant de la poche poitrinaire).

    Et c'est bien entendu un terme tout à fait dérisoire car comment un anarchiste pourrait-il être de droite ? Ce sont des critiques de gauche qui ont trouvé ce vocable pour désigner un auteur refusant de vendre la bonne parole d'une idéologie globalisante dans ses livres, et se fichant d'être dans l'air du temps, soucieux surtout de littérature dans leurs romans. C'est un peu comme celui de « hussard » inventé au départ, par Bernard Frank, d'ailleurs également excellent écrivain dont j'aime beaucoup le livre sur ses promenades parisiennes, pour dénigrer les écrivains faisant partie de ce mouvement, si l'on peut dire car ce n'en était pas, d'auteurs joyeusement « désengagés » et persuadés que tout ce qui paraît futile aux beaux esprits était largement plus important que les pensums indigestes qu'ils continuent à produire encore en 2010, que ce soit les « durassiens » qui pensent, les « polardeux » qui pensent itou et ont les solutions pour amener le peuple au bonheur, que celui-ci soit d'accord ou non, les adeptes de l'autofiction qui pensent encore plus et qui font leur thérapie devant tout les passants dans leurs bouquins (on n'ose appeler ça des livres).

    maulnier.jpgIl faut avouer que l'esprit de sérieux est hélas en progression constante dans la littérature française, à cause de la vision utilitariste de la littérature. A gôche, mais aussi à droâte, on pense consciemment ou inconsciemment que les livres doivent absolument avoir une utilité sociale ou économique, que la littérature doit être perfomante. Alors que ce qui en fait sa beauté, c'est justement son inutilité foncière, sa gratuité. Et « c'est bien plus beau parce que c'est inutile » comme dit Cyrano qui lui aussi aurait pu être classé dans la catégorie des « anars de droite » car il se fichait complètement de plaire, prenant même plaisir à déplaire, tant que c'est bien sûr aux imbéciles et aux prétentieux et surtout aux salonnards, ces bureaucrates de la littérature.

    Amaury Watremez

    Cet article sur Agoravox

    Photos : Gen Paul et Céline, Alphonse Boudard, Antoine Blondin et Thierry Maulnier

  • « La Tête des autres » et celle de Marcel Aymé

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    80620_2785432.jpgCette pièce absurde et caustique se passe en Poldavie ou Poldèvie, à savoir nulle part et donc en France. La Poldèvie a été inventé par un journaliste d'Action Française, Alain Mellet, en 1929, et le « drame poldève » dura plusieurs mois. Il était allé voir des parlementaires spécialistes de l'émotion frelatée politique à fleur de peau et de l'humanitarisme bas de gamme. Il leur avait parlé du drame de ce petit pays tellement malheureux, tous répondant bien sûr « Ouhlala, oui, bien sûr, comme je les plains, ces pauvres poldaves » sans même savoir où ce pays se trouvait (ce qui prouve qu'ils n'en avaient rien à foutre). Ce très bon canular fût perpétué par des personnes aussi différentes que Brasillach, Queneau ou encore André Weil et Jacques Roubaud.

    Donc le procureur Maillard, après un long réquisitoire, vient d'obtenir la tête d'un jeune musicien de Jazz idéaliste, une autre décollation à son actif car le bougre est spécialiste de l'envoi à la « bascule fatale » des condamnés. Il est porté en triomphe par sa famille et ses amis comme un toreador qui vient de mettre à mort un bovidé qui ne lui avait rien fait. Il est pourtant soucieux. Le jeune condamné lui apparaît d'ailleurs pour clamer son innocence avant de s'enfuir à nouveau, il avait passé la nuit avec la maîtresse du procureur. Celui-ci, Valorin, sorte de hérault d'une justice idéale et idéaliste, sera malgré tout ingrat avec cette femme estimant qu'il ne lui doit rien. Les magistrats tremblants et soumis iront demander un échange d'innocents à condamner à l'omnidirigeant (président ? Roi ? on ne sait pas) qui tient tout le pays, sans oser réclamer la tête du vrai coupable qui est à son service. La pièce se finit de manière très amère, l'injustice demeure malgré quelques changements cosmétiques. Force doit rester à la stupidité humaine comme la plupart du temps dans les histoires de Marcel Aymé.

  • La liberté et le panache - la dernière réplique de Cyrano

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    cyrano-de-bergerac-1990-08-g.jpgJe me suis rappelé cette réplique hier en regardant une américânerie sur le masque de fer (distrayante et pas si mal au fond), elle m'est revenue en songeant que notre époque en manque cruellement, de panache...

    Cyrano, est secoué d'un grand frisson et se lève brusquement.
                             pas là ! Non ! Pas dans ce fauteuil !
    -ne me soutenez pas ! -personne !
    (il va s'adosser à l'arbre.)
                                                          rien que l'arbre !
    elle vient. Je me sens déjà botté de marbre,
    -ganté de plomb ! oh ! Mais ! ... puisqu'elle est en chemin,
    je l'attendrai debout, et l'épée à la main !

    Le Bret
    Cyrano !

    Roxane
                     Cyrano !

    Cyrano
                                    je crois qu'elle regarde...
    qu'elle ose regarder mon nez, cette camarde !
    que dites-vous ? ... c'est inutile ? ... je le sais !
    Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
    Non ! Non ! C'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
    -qu'est-ce que c'est que tous ceux-là ? -vous êtes mille ?
    Ah ! Je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
    Le mensonge ?
    (il frappe de son épée le vide.)
                             tiens, tiens ! -ha ! Ha ! Les compromis,
    les préjugés, les lâchetés ! ...
    (il frappe.)
                                                que je pactise ?
    Jamais, jamais ! -ah ! Te voilà, toi, la sottise !
    -je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ;
    n'importe : je me bats ! Je me bats ! Je me bats !
    oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose !
    Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
    que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
    mon salut balaiera largement le seuil bleu,
    quelque chose que sans un pli, sans une tache,
    j'emporte malgré vous,
    (il s'élance l'épée haute)
                                         et c'est...
    (l'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.)

    Roxane
                                               c' est ? ...

    Cyrano
                                               mon panache.

  • Moi l'élu - farce électorale de Say Salé, auteur burkinabé

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    À Le Revest, le 16 mai 2009

    Madame, monsieur, chers amis,

    marianne-echarpe-tricoloreelysee.jpgLes 4 Saisons d’Ailleurs et Les Cahiers de l’Égaré ont le plaisir de vous inviter à la lecture publique de Moi, l’élu, farce électorale de Say Salé, auteur burkinabé qui nous l’a envoyée en septembre 2008 par internet via le site http://www.theatre-contemporain.net.

    Cette pièce est une fiction et toute ressemblance avec un village, une ville, un pays, des personnes, des événements serait pure coïncidence. Mais de toute évidence, Say Salé connaît bien nos mœurs électorales.

    Cette farce a pour lieu, Gogoland. Gogos et gogoles sont sollicités lors d’élections municipales à renouveler le mandat du maire sortant : Avide, successeur d’Octave.

    La lecture d’une durée probable de 45 minutes commencera sur les gradins antiques du jardin public du Revest, dimanche 7 juin 2009, à partir de 19 heures, les élections européennes étant closes à cette heure et le dépouillement en cours ou achevé. Pensez à apporter un coussin pour votre confort.

    La coïncidence entre ces deux événements est fortuite, la campagne des élections européennes se déroulant dans le plus assourdissant silence à 3 semaines du vote, notre association ayant programmé cette manifestation dans le plus grand secret depuis 9 mois.

    La lecture se poursuivra par un partage de paniers nourriciers apportés par chaque participant. Ce partage vous éloignera du petit écran où comme pour toute consultation nationale on pourrait voir hommes et femmes politiques de tous bords se réjouir de leurs résultats.

    Bien évidemment, nous invitons Monsieur le Maire du Revest et son équipe municipale à ce partage démocratique.

    Nous souhaitons que la presse locale relaie cette information pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

    Nous vous invitons aussi à relayer cette invitation auprès de vos amis et réseaux.

    Si vous souhaitez nous informer de votre présence, laissez un message à l’adresse :

    mail@les4saisonsdurevest.com

    Recevez nos plus cordiales salutations et à bientôt.

    Gilles Desnots, directeur artistique des 4 Saisons d’Ailleurs

    Jean-Claude Grosse, président des 4 Saisons d’Ailleurs et directeur des Cahiers de l’Égaré

    Moi, l’élu

    Farce électorale de Say Salé, auteur burkinabé

    Lecture publique gratuite (45 minutes)

    Dimanche 7 juin 2009 à partir de 19 heures

    Gradins antiques du jardin public

    au Revest-les-Eaux

  • Le Théâtre des vanités – ou « les deux Roger », Planchon et Coggio

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    citation de « Dom Juan » de Molière :

    «L'hypocrisie est un vice privilégié, qui jouit en repos d'une impunité souveraine.»

    3f5baa6_0.jpgRoger Planchon est mort, paix à ses cendres. Comme il a adapté Ionesco et réalisé le film « Louis enfant roi » qui était loin d'être mauvais, ne serait-ce que dans sa vision excellente et très juste du XVIIème siècle, il lui sera beaucoup pardonné mais c'était quand même le parangon du théâtre à vision et visée idéologique type, très scolaire (d'ailleurs fort heureusement pour les deux Roger, les contingents d'élèves de collèges ou d'écoles diligentés par leurs enseignants permettaient de faire rentrer quelques espèces sonnantes et trébuchantes dans leur cassette). Me rappeler de Roger Planchon c'est aussi me rappeler de ce concert de Jazz « progressif » à la fin duquel le pianiste finit par disparaître dans le coffre de son instrument dont il pinçait directement les cordes. C'était complètement abscons, mais comme c'était estampillé intellectuel et tout le tremblement, il fallait absolument applaudir sans retenue ce genre de singeries creuses.

    Nous aimions bien les films de Roger Coggio quand nous étions au collège, cela permettait de sécher tel ou tel cours de maths, ou de sciences. Il y avait parfois le voyage en car jusqu'à Évreux (ou Paris), et une séance de cinéma en sus, donc nous ne nous plaignions pas trop. Et ce qui était le mieux chez lui c'était encore Fanny Cottençon. Excepté Coggio de plus, nous avons découvert des films en V.O. (ça se faisait encore à l'époque pour les adolescents) que nous n'aurions pas eu l'idée d'aller voir nous-mêmes dont des films allemands ou italiens.

    Roger Planchon participait quant à lui d'un préjugé répandu sur Molière qui suggère que jamais cet auteur n'a jamais vraiment compris son théâtre, et que même, comme certains le pensent encore dur comme fer, il n'a pas pu l'écrire, certains attribuant la paternité des pièces à Corneille. Un histrion, qui n'a même pas de doctorat d'état, n'a pas pu imaginer « le Misanthrope » ou « Dom Juan », à leurs yeux. C'est ce que l'on appelle la sottise diplômée. C'est la raison pour laquelle la grande mode était de jouer Molière comme si c'était une tragédie, des pièces à visée éducative pour les masses laborieuses. Surtout elles ne devaient pas faire rire, montrer le grotesque des puissants, le rire étant considéré comme futile. Pourtant, contrairement à ce qu'en pensent ses promoteurs c'est bien sûr un point de vue éminemment bourgeois sur le théâtre et un non-sens, faire rire (et de temps à autre amener à réfléchir) est infiniment plus difficile que de singer la gravité, faire rire avec finesse du moins, il est des clowns qui en ont perdu l'esprit ou la mesure, comme Jacques Tati.

    Je me souviens bien sûr de la version de « l'Avare » de Roger Planchon, souvent sinistre, mais aussi de celle de Jean-Paul Roussillon, un peu plus sombre et drôlement socio-économico-concernée tout comme le « Tartuffe » de Gérard Depardieu qui joua dans une adaptation « brechtienne » de « la fortune de Gaspard » d'après la Comtesse de Ségur en 1975 ou 76 je ne sais plus dont je garde encore le souvenir épouvanté au fin fond de ma mémoire. Au début des années 80, il y eut aussi une version de « Georges Dandin » montée comme un film d'épouvante. L'ensemble est dépassé en qualité par l'adaptation télévisuelle de « Dom Juam » par Marcel Bluwal qui préserve à la fois la tragédie du personnage mais aussi le grotesque et le sens de la dérision de certaines des situations, ainsi Sganarelle à genoux demandant encore ses gages car ne pensant qu'à ça finalement alors que la statue du Commandeur vient d'engloutir son maître aux enfers. Heureusement que Planchon avait Michel Serrault comme interprète, car celui-ci a évité à la pièce de sombrer totalement dans l'esprit de sérieux, tout comme pour «Knock ».

    En ce moment, il est beaucoup question des listes anti-sionistes de Dieudonné, on se tâte beaucoup, faut-il ou non l'interdire, discuter avec lui, dans tous les cas, on parle toujours de lui. Cette pub autour de sa personne est somme toute curieuse, tout comme celles et ceux qui voudraient somme toute profiter de sa notoriété et se laisse tomber dans son sillage médiatique. Un histrion, justement, a la réponse, plus jeune que Molière, Mel Brooks, mais je suis sûr que le premier eût été d'accord : on ne discute pas avec un fanatique haineux, que ce soit pour une idéologie ou une foi pervertie, il n'y a que la farce à lui opposer, le comique énorme et le grotesque, le burlesque qu'aimait bien Ionesco dont les pièces sont drôles et accessibles, il faut bien sûr les voir sur scène et non se borner à les lire.

  • Ubu au supermarché - 88 sous de noix de cajou

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    Un vieil homme à la barbe blanche et longue s'approche du devant de la scène.

    Vieil homme, Boleslas : Je vous ai déjà narré l'histoire d'Ubu et des terrasses de café chauffées, voila l'histoire d'Ubu au supermarché.

    Le rideau se lève sur Ubu et sa femme devant une caisse de supermarché, en grands habits. Ils sont avec une caissière et un garde royal :

    ubu-king.jpgUbu : Que n'entends-je Mère Ubu ? Il paraît qu'un vil coquin nous déroba pour 88 sous de noix de cajou en attendant d'aller payer ses emplettes dans un de nos grands magasins d'Auchan ? Je lui ferais donner du bâton à phynances !

    Mère Ubu : Grand pendard que tu es ! Le pauvre homme était gourmand, il faut faire preuve de clémence.

    Ubu : C'est trop tard, il est déjà suspendu à un de nos porte-manteaux royaux par son cordon à merdrer. Garde, confirmez mes dires où  je te rosse avec mon bâton merdeux.

    Garde : Affirmatif !

    Ubu : Comment cela, affirmatif, tu veux de mon bâton merdeux ?

    Caissière : Il voulut me payer ses 88 sous de plus, je suis triste qu'il pourrisse maintenant dans un cul de basse fosse du Père Ubu. (en aparté) Mais comme je ne veux pas goûter de son bâton merdreux, je me tais. (Elle se tait)

    Ubu : Ma victoire fût grande dans nos grands magasins d'Auchan, les siècles se souviendront de cette prouesse remarquable.

    Mère Ubu : Tu aurais encore mieux fait de te taire, on va encore se moquer de moi chez le barbier.

    Ubu : Ah ! Gredine ! Je vais te faire tâter du bâton à phynances !

    Le rideau se baisse sur les cris perçants de la mère Ubu

    Boleslas : En effet, la postérité se souvint de cet épisode, elle en rigole encore. Et elle est parfaitement authentique.

    Note du traducteur : un homme qui avait mangé pour 88 centimes de noix de cajou dans un supermarché Auchan a dû passer un test ADN et a risquéde se faire condamner alors qu'il avait proposé de les payer...

  • Le Père Ubu et les terrasses de café chauffées

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    Attention la proposition des trois conseillers du Père Ubu est vraie, lire ça par là...

    A peu près d'Alfred Jarry

    Ubu consulte à voix basse trois de ses conseillers dont l'un a une moustache impressionnante. Il se dirige vers le devant de la scène.

    ubu2.pngUbu : Merdre Mère Ubu, qu'estoit encore que ce délire merdeux, je n'ai nul plaisir à ce que l'on chauffe les terrasses de café de par ma chandelle verte ! Que l'on fasse quérir sur le champ cet idiot de Venceslas pour punir les méchants à coups de bâton à phynances !

    Mère Ubu : Je te reconnois bien grand sauvage, tu apprécies de te promener en carriole puante, tu voles en aéroplane fumeux mais tu vois plus loin que le bout de ton gros nez et tu punis ces sauvages qui brûlent le tabac au lieu de le chiquer ! Tu est un sot, Père Ubu !

    Ubu : Prends garde, grosse matrone bouffie d'orgueil et de colère sardonique, je te punirai peut-être à coups de bâton à phynances !

    Venceslas : Vous m'avez fait quérir mon souverain ? J'estois en train de compter fleurette à la cafetière du palais. On me dit que je dois guerroyer contre les étranges champignons qui chauffent les trottoirs devant les cafés. J'ai déjà mené moult combats glorieux contre les tabagiques consommateurs de l'herbe à Nicot, contre les coquins qui boivent du bon produit de la vigne diabolique, et aussi contre ces femelles dégoûtantes que l'on trouve dans les musées.

    Ubu : Va Venceslas et occis les tous, ces misérables !

    Venceslas : Souverain merdeux, je me couvrirai de gloire contre les méchants cafetiers. Ils finiront tous sur le pieu de mon courroux. Dois-je aussi occire les fainéants qui sont en courroux contre toi car toutes leurs phynances ont disparu par la magie puissante des grands argentiers ? Ils le méritent.

    Ubu : Occis les aussi, ils me font la morvelle verte, bon Venceslas.

    Mère Ubu : Oui, Bon Venceslas, et ensuite tu n'omettras point de t'occire aussi car ton père estoit un fieffé ivrogne. Elle ricane.

    Ubu : Ah, Mère Ubu, je t'avais prévenu, tu recevras donc ta volée de bâton à phynances, merdre de merdre !

  • De jolies mômes rue Mouffetard

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    Une vidéo de Grossel et un peu d'air de Paris.

    Par et par ici d'autres vidéos de Grossel (pour adultes avertis) dont il m'a envoyé les liens en réponse à ma note sur "l'érotisme des porcs".

  • "Les Deschiens" - le tatouage du parrain

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    On retrouve Philippe Duquesne, que l'on voit dans "Bienvenue chez les chtis" dans cette vidéo en parrain un rien abusif, avec Atmen Khelif et Olivier Moreau...

    D'autres sketchs à la touche "menu"

  • Don Juan de Molière

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    "Mes gages, qui va me payer mes gages !"
    42f7704cf17587201fbe415fae710a09.jpgDon Juan est l'archétype du libertin, au sens correct du terme, et non en n'en conservant que la connotation grivoise stupide qu'on lui a donné ensuite, celui qui refuse de se soumettre à une règle quelle qu'elle soit surtout si elle est morale. C'est le type même, et très rare, du libre-penseur qui est logique avec lui-même finalement, ne croyant pas en Dieu il ne voit pas pourquoi il devrait se soumettre à des règles qui n'auraient fort rationnellement plus aucune base solide. En effet, s'il n'y a rien après la mort, il n'y a pas non plus de Bien ou de Mal, ils n'ont aucun sens. Don Juan a certainement la nostalgie de Dieu, de son enfance, le besoin de croire en quelque chose mais il fait l'erreur de demander une manifestation tangible et se retrouve en face du silence divin, comme des mystiques qui traversèrent également cette nuit de l'esprit, à la différence qu'il s'y complaît. Le personnage, dans cette variation de l'histoire de Molière, va même jusqu'à défier Dieu en face, et la mort elle-même, en la personne du Commandeur. Il trouve un juste châtiment, qu'il attendait peut-être, comme si Molière avait été effrayé non pas par la censure royale et religieuse, qui lui laissait malgré tout beaucoup de champ, mais par l'amoralité foncière de12bda7387d7b479978ccef668749fd5d.jpgsa créature, qui finalement ne se soumet pas à lui non plus. C'est le personnage que je trouve le plus fascinant de Molière, avec Alceste. Et la dernière réplique, prononcée par Sganarelle, le valet de Don Juan, et qui donne son titre à ce texte, est certainement une des plus caustique, et lucide, de tout le théâtre français. Devant l'Enfer, devant le Néant, ce serait la même chose à l'entrée du Paradis, tout ce que peut faire cet être humain pitoyable qu'est Sganarelle, comme beaucoup d'entre nous, c'est de réclamer ses gages et de ne penser qu'à sa survie immédiate.

    Titre : Don Juan | Auteur : Jean-Baptise Molière | Editeur : Pocket

    illustrations : le portrait de Molière, une toile "symboliste" sur Don Juan, et son portrait par Fragonard. NB : Pour le moment, je pense que l'interprétation remarquable du personnage par Piccoli est encore indépassable (dans l'adaptation "le festin de pierre" par Marcel Blüwal)

    Dix minutes du film ici

    Extrait :

    Acte I Scène II
    604a134b2c0ce955a52a7a9ebab43cf1.jpg"Quoi ! tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non, la constance n'est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont le droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos coeurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages ou les tributs où la nature nous oblige."

  • Court métrage d'après "le Rendez-vous de Senlis" de Jean Anouilh

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    L'inventaire
    envoyé par djayprod

  • La vie est un théâtre - Les vingt ans de la mort de Jean Anouilh

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    Jean Anouilh entre enfin dans la Pléïade vingt ans après sa mort

    a83861c89fd9ab7fa90a5455a8c930b5.jpgIl y a celles et ceux qui font la fine bouche devant l'entrée de cet auteur de théâtre dans la prestigieuse collection parce qu'il est catalogué de droite dure, et qu'il a soutenu l'acquittement de Brasillach, poète planant dans les limbes et imbécile qui s'est fourvoyé trop longtemps, comme d'autres, et n'a pas retourné sa veste au bon moment comme les autres, Drieu, que je préfère largement, ira certes encore plus loin dans l'abîme, et sa collaboration était une forme d'autodestruction. Il en est pour lire Brasillach et Anouilh seulement parce qu'ils sont de droite en oubliant les qualités littéraires de leurs oeuvres comme il y en a pour ne lire que des auteurs de gauche ce qui est un non-sens littéraire. Le premier a quand même écrit une excellente histoire du cinéma jusqu'en 1940, quelques un de ses autres livres sentent cependant un peu trop l'exaltation du converti politique au totalitarisme le plus odieux, ce qui personellement me déplaît profondément, mais ses poèmes et quelques pages montrent son incontestable talent, et l'autre est un homme lucide, qui en devient misanthrope mais jamais jusqu'à haïr réellement ses semblables. Le critique d'un magasine culturel dont je parlais dans un post précédent, f352bdd49ecca6b309a7f34388e01961.jpgHugo Cassavetti va jusqu'à suggèrer qu'Anouilh a écrit « Antigone » pour flatter les occupants allemands à travers le personnage de Créon. Celui-ci oublie visiblement que cette pièce d'Anouilh a été jouée au TNP par la troupe de Jean Vilar, homme de gauche, communiste, et que l'auteur s'inspire parfois de procédés suggèrés par Brecht qui n'est pas précisément un réactionnaire. Il n'y a guère que cette pièce d'ailleurs, « Antigone », qui trouve gràce aux yeux des journalistes et de quelques metteurs en scène de théâtres subventionnés qui semblent avoir très peur qu'on 84449da8efe612000d89b542cb7abc1b.jpgles soupçonne d'« intelligence avec l'ennemi » encore maintenant. Selon moi, Anouilh n'est considèré comme de droite que parce qu'il rejette toutes les théories globalisantes qui veulent faire le bonheur de l'être humain souvent contre son gré.

    Anouilh a baigné très tôt dans le théâtre, dans la magie des planches, des comédiens et de l'ambiance de troupe. Il y a une sacrée différence entre regarder un film et voir des comédiens sur scène. On perd à l'écran, à des rares exceptions, la connivence que la proximité du public instaure avec le spectateur. Il était secrétaire de Jouvet qui ne l'aimait pas beaucoup le surnommant « le pion » à cause de la dégaine, à ses yeux, peu avenante de l'auteur dans sa jeunesse. Il a écrit des pièces à peu prés classés sous les registres de pièces « noires » pour les plus caustiques, les plus ironiques, et de pièces « roses » pour les plus insouciantes du moins en apparence, des pièces "grinçantes" satiriques pour les dernières oeuvres et "brillantes" pour ses comédies mettant en scène des personnages plus légers, la plupart étant de toutes façons entre les deux me semble-t-il. Chez Anouilh, l'innocence ne dure pas très longtemps, et parfois même elle n'est qu'une illusion. Ses innocents, souvent des jeunes filles ardentes et sauvages se retrouvent prises au piège des convenances sociales, des compromis que chacun adopte pour se donner une contenance et jouer un rôle qui lui convienne. Car pour Anouilh, c'est toute la vie qui est théâtrale. Un de ses innocents, Gaston, « le voyageur sans bagages », dans la pièce du même nom, finit par se sauver du cauchemar dans lequel on veut le faire replonger, en se trouvant un « oncle » d'une dizaine d'années lui permettant d'avoir une nouvelle chance. Cette oeuvre contient une des scènes les plus poignantes du 904d884d966296eb7ea15a209a342dbf.jpgthéâtre : Gaston, l'amnésique, vérifie l'emplacement d'une cicatrice qui se trouve sur son flanc, et qui prouve qu'il est bien Jacques, un odieux salaud, là aussi en apparence car Jacques, après tout n'était qu'un gosse, et non le gentil et simple Gaston. L'amour vrai, les sentiments profonds trouvent gràce aux yeux d'Anouilh mais ses personnages ne peuvent que rarement s'y accomplir tels Orphée et Eurydice.

    On nous explique savamment et doctement qu'Anouilh ne peut plus être monté car les rapports sociaux ont changé et que les blocages, les problèmatiques, selon le mot consacré, et les hypocrisies de la société de l'auteur à son époque ne sont plus du tout les mêmes aujourd'hui. C'est bien connu : il n'y a plus de pauvres, il n'y a plus d'innocents bafoués, il n'y a plus de femmes opprimées et les échanges entre les hommes ne se basent plus du tout sur une quelconque hiérarchie sociale ou sur un quelconque besoin de compétition. Allons donc ! Cela n'a jamais été aussi b1365963a89a1eb3b71b829b50f8c5b8.jpgpuissant et encore plus hypocrite qu'auparavant car les hommes et femmes de pouvoir et d'argent, ce sont souvent les mêmes, se font passer pour des gens comme les autres, quand d'autres pleurent des larmes de crocodiles sur la pauvreté, l'équité, l'injustice et la guerre sans pour autant bouger le petit doigt. On amuse le reste du troupeau en lui promettant tel ou tel hochet social, en flattant ses bas instincts, en l'encourageant à la bassesse, selon l'auteur. En cela, Anouilh est moderne. Il n'y a pas besoin que la forme de son propos soit tarabiscotée de manière plus ou moins affectée pour que cela passe. D'ailleurs, les auteurs classés comme modernes comme Ionesco et Beckett n'intellectualisent pas leurs propos, l'un s'inspire pour la « Cantatrice Chauve » de « Laurel et Hardy » pour le burlesque de sa pièce, selon ses dires, quand l'autre pour « En attendant Godot » convoque deux « augustes » de cirque finalement pour dire ce qu'il a à dire, on pourrait écrire longuement sur la fascinante correspondance qu'il y a entre le théâtre et le cirque. Anouilh est également fasciné par les hommes de pouvoir, de Thomas Becket (pièce qui contredit edb687b49f6fe6dc06745ccaa746dc63.jpgtotalement l'opinion qui suggère qu'il flattait les occupants dans « Antigone ») à Créon, ce pouvoir étant une farce et aussi une tragédie sanglante qui se joue de la faiblesse des hommes, de leur âpreté au gain, et de leur avidité à dominer. Visiblement, l'auteur de « l'Invitation au chateau » méprise tout cela également. Quant à ceux qui le trouvent sévère, c'est que personne n'aime qu'on le mette en face de ses contradictions.

    J'aime beaucoup deux pièces d'Anouilh sur des individus hors-normes, inadaptés et parfaitement intégrés, odieux et profondément sympathiques : « L'hurluberlu ou le réactionnaire amoureux » qui est une comédie brillante, virevoltante et « allegretto », qui n'est pas loin dc2cb9bf8efabbdab035e0aa9aac70a5.jpgde rappeler Goldoni voire Molière et « Ornifle ou le courant d'air » qui doit être joué par un « cabot ». Tous les deux sont des hommes tonitruants et irrespectueux des bonnes manières et conventions hypocrites admises dans les cercles mondains, qui mettent les pieds dans le plat quand le besoin s'en fait sentir, qui disent leurs faits aux imbéciles et leur vanité aux plus prétentieux des bourgeois jouant les gentilhommes. Le premier de ces personnages a encore des idéaux élevés même s'ils ne sont pas de son temps, le deuxième s'en fout, se grisant d'amours faciles et de champagne pour oublier qu'il est comme le bronze, il résonne magnifiquement mais sonne creux. Je pense que l'on ne peut décréter si Anouilh est ou non moderne, c'est un classique au même titre que Ionesco, pour lequel j'ai une tendresse particulière, et Brecht, Beckett, voire Guitry réhabilté à juste titre depuis quelques semaines.

    Les photos : de haut en bas, Anouilh à la fin de sa vie, les décors de "L'invitation au chateau" par Raoul Dufy, Jacques Gamblin dans "Le voyageur sans bagages" adapté en téléfilm, une mise en scène contemporaine d'"Ornifle", une mise en scène d'"Antigone" par des jeunes et Anouilh en 1963.

    PS : Chez nous Anouilh était et reste sacré. A la question d'un de mes proches demandant à un invité s'il le connaissait, l'autre crût très spirituel de répliquer : "Si je connais la nouille ? Ben ouais ! Wouarf, wouarf, wouarf !". On ne le revit plus à la maison.

  • Trois citations de Courteline pour la bonne bouche

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    c1e1acb164d7dae489fddece50264791.jpg"Le raisonnement de l'humanité tient tout entier dans cette bassesse : "Si je ne te crains pas, je me fous de toi."

    "S'il fallait tolérer aux autres tout ce qu'on se permet, la vie serait intenable."

    "Les hommes ne sont pas très rares qui aiment à faire payer les services qu'on leur rend."

    Toutes trois extraites du recueil de citations : "la philosophie de Georges Courteline" 

  • "Déplaire est mon plaisir" - Cyrano de Bergerac

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    Chaque fois que je revois Cyrano, dont je connais le texte intégral par coeur, je suis ému, bouillonnant et encouragé car je suis un peu, beaucoup, énormément Cyrano. Pour ceux qui s'arrêterait seulement à cet extrait et ne connaissent pas la pièce, on sait pourquoi ensuite, il dit tout cela. (Note personnelle : il m'a fallu quatorze ans pour me convaincre que je n'étais pas mort à tout sentiment un certain jour de novembre 1993)

    5997a285f7a62feafb5ef20a64c28c45.jpgEh bien ! oui, c'est mon vice.
    Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
    Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
    Sous la pistolétade excitante des yeux !
    Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
    Le fiel des envieux et la bave des lâches !
    -Vous, la molle amitié dont vous vous entourez,
    Ressemble à ces grands cols d'Italie, ajourés
    Et flottants, dans lesquels votre cou s'effémine
    On y est plus à l'aise... et de moins haute mine,
    Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi,
    S'abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,
    La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête
    La fraise dont l'empois force à lever la tête ;
    Chaque ennemi de plus est un nouveau godron
    Qui m'ajoute une gêne, et m'ajoute un rayon
    Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,
    La Haine est un carcan, mais c'est une auréole !
    "Cyrano de Bergerac", Edmond Rostand vers 3761/3779

    Texte intégral

    La version avec Michel Vuillermoz vue hier n'est pas mal du tout faisant du personnage un archétype universel à toutes les époques, et un peu plus encore...

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  • Deux citations du "Misanthrope" de Molière

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    J'aime beaucoup cette pièce ainsi que "Don Juan" 

    medium_misanthrope.2.jpg Et si de probité tout était revêtu,
    Si tous les coeurs étaient francs, justes et dociles,
    La plupart des vertus nous seraient inutiles,
    Puisqu'on en met l'usage à pouvoir sans ennui
    Supporter, dans nos droits, l'injustice d'autrui.
    (Le Misanthrope, p.154, Éd. Classiques Français)

    medium_OrangeOperaMoliere1_WEB.2.jpg [...] vous feriez bien
    De prendre moins de soin des actions des autres,
    Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres ;
    Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps,
    Avant que de songer à condamner les gens ;
    Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
    Dans les corrections qu'aux autres on veut faire ;
    Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,
    À ceux à qui le Ciel en a commis le soin.
    (Le Misanthrope, p.130, Éd. Classiques Français)

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  • Un extrait de La "Mouette" de Tchekhov

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    medium_tchekovportrait.jpgActe II - Trigorine à Nina
    ... "Soit, parlons-en, parlons de ma vie, belle et lumineuse. Par où commencer ?
    Il existe des idées fixes, ainsi, par exemple, il y a des gens qui ne peuvent s'empêcher de penser à la lune, nuit et jour ; et bien, chacun sa lune ; la mienne, c'est jour et nuit cette pensée obsédante : tu dois écrire, tu dois écrire, tu dois... Un récit à peine terminé, il faut, on ne sait pourquoi, que j'en commence un autre, puis un troisième, puis un quatrième.. J'écris sans arrêt, comme si je courais la poste, et pas moyen de faire autrement. Qu'y a-t-il là de beau et de lumineux, je vous le demande ? Oh ! quelle vie absurde ! Me voilà avec vous, je suis ému, et pourtant, à chaque instant, je me dis qu'une nouvelle reste inachevée, m'attend."...

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  • Quelques pièces de Tchekhov

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    Quelques humains
    medium_Tchekhov.JPGTchekhov était persuadé que ses pièces étaient de grosses farces qui devaient être jouées comme telles, paraît-il, il se peut que ce soit apocryphe. La manière dont un auteur perçoit sa propre oeuvre est souvent assez étrange. Car ce théâtre est fait d'ombres, d'impressions lumineuses, comme pour l'impressionisme, de petites touches superposées qui finissent par former le tableau d'une humanité complexe. Les dialogues s'échangent dans des décors baignés par un soleil déjà d'automne, on pense à Watteau, à "l'embarquement pour Cytère". Ses personnages naïfs sont toujours rattrapés par le réel. J'ai personellement une certaine tendresse pour Oncle Vania, empli de tendresse, d'ironie et d'hyper-lucidité sur les rapports humains.

    Titre : La Cerisaie. Le Sauvage. Oncle Vania et neuf pièces en un acte | Auteur : Anton Tchekhov | Editeur : Gallimard

    medium_tchekhov165.jpgExtrait de "la Cerisaie"

    "Mme Raniévski
    Abattre la cerisaie ! Pardon, mon cher, vous n'y entendez rien ! S'il y a dans toute notre province quelque chose d'intéressant, de remarquable, c'est notre cerisaie.

    Lopâkhine
    Il n'y a de remarquable dans votre cerisaie que son étendue ; il n'y a des cerises que tous les deux ans et alors même on ne sait qu'en faire ; personne ne veut les acheter.

    Gâiév
    Même dans le Dictionnaire encyclopédique, il est parlé de cette cerisaie !

    Lopâkhine, consultant sa montre.
    Si nous ne trouvons rien, si nous ne nous arrêtons à rien, la cerisaie, et tout le bien, seront vendus aux enchères ; décidez donc ! Il n'y a pas d'autre issue, je vous le jure."

    En cliquant sur la photo du haut, on obtient plus de renseignements sur cet auteur 

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  • La ville dont le prince est un enfant - Henry de Montherlant

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    Au-dessus du marais
    medium_montherlant_scarpa.jpgMontherlant, dont on peut avoir du mal à supporter le personnage d'aristo décadent en rupture de ban, se souvient de sa scolarité chez les bons pères jésuites. Il se souvient de l'hypocrisie ambiante, du retrait obligatoire de l'affectif et des sentiments, des réflexes de classe : on ne se mélange pas dans ce type d'établissements, on reste entre soi. Pourtant, deux élèves arrivent à se hisser au-dessus du marais, à vivre un peu plus libres, pensent-ils, en vivant un amour "contre nature", qu'un prêtre jaloux voudrait interdire. A la fin, le prêtre reste et son "rival" s'en va. Force doit rester aux conventions, à la comédie sociale. Ce genre d'histoires met mal à l'aise, on voudrait en accepter tous les enjeux mais il y a dans le style de  l'auteur de cette pièce quelque chose qui gêne, un mélange de beauté très pure et d'ignominie.

    Titre : La ville dont le prince est un enfant | Auteur : Henry de Montherlant | Editeur : Gallimard

    En cliquant sur le portrait de l'auteur, on va sur la page d'"Evene" qui lui est consacrée 

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  • Le voyageur sans bagages - Jean Anouilh

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    Réveil difficile 

    medium_anouilh.jpgLe personnage principal de la pièce a perdu la mémoire à la guerre. Il est resté enfermé dans un hôpital pendant des années et retrouve sa famille. Il s'est reconstruit un passé idéal, rêvé, parfait pour s'apercevoir qu'il était en fait égoïste, violent, dissimulateur, coléreux et aussi passionnément amoureux, et aussi étouffé par les petitesses de son milieu. Il le nie jusqu'au bout même après avoir découvert une cicatrice révélatrice. La scène est magnifique sur scène : deux employés de maison l'observent à travers un oeil de boeuf : "Qu'est-ce qu'il fait ? Il relève sa chemise. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il fait ? Y chiale !" La destinée, qui est bonne fille, lui offrira une deuxième chance et une famille de rechange sous la forme d'un enfant "oncle" d'Angleterre. Cette pièce est amère, personne ne change de tempérament, les gens restent les mêmes quel que soit le passé qu'ils s'inventent. L'histoire finit bien, malgré tout. Il y a toujours beaucoup de lucidité sans illusion dans les pièces d'Anouilh. L'innocence y est rare, comme la rédemption.Titre : Le voyageur sans bagage | Auteur : Jean Anouilh | Editeur : Gallimard

    En cliquant sur la photo, on obtient une biographie et une bibliographie complètes de l'auteur 

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  • Ondine par Giraudoux ou Desproges ?

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    Giraudoux non ?
    medium_desproges1.jpg"on n'écrit pas Ondine impunément.
    J'exagère. Ondine, c'est pas que de la flotte.
    Il y a à boire et à manger. Rappelez-vous la scène du dîner de l'acte II.
    Si rappelez, vous :
    La scène représente la scène.
    Côté cour, un jardin.
    Côté jardin, la mer.
    Au centre, l'humble masure d'Ondine, au dos des dunes, où la mère d'Ondine dresse la table.
    Par la fenêtre, Ondine regarde la mer.
    Pas la mère, la mer.
    Elle est amère. Pas la mer. Ondine.
    Son oeil scrute l'océan où ça merdoie (Pardon) Où son père doit pêcher le congre ou le bar. Le congre que le bar abhorre, ou le bar que le congre hait."

  • Le Roi se meurt - Eugène Ionesco

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    Naïf et lucide
    medium_s_09B.jpg"Sans moi, sans moi. Ils vont rire, ils vont bouffer, ils vont danser sur ma tombe. Je n'aurai jamais existé. Ah, qu'on se souvienne de moi. Que l'on pleure, que l'on désespère. Que l'on perpétue ma mémoire dans tous les manuels d'histoire. Que tout le monde connaisse ma vie par coeur. Que tous la revivent. Que les écoliers et les savants n'aient pas d'autre sujet d'étude que moi, mon royaume, mes exploits."

    Le roi se meurt. Et avec lui, un royaume, un pays, une époque, une civilisation, toute une réalit. A moins qu'il ne s'agisse des illusions, des rêves, de l'utopie... tout cela s'effondrant en même temps que le roi pousse son dernier soupir. 

    medium_jbinocheenfant.jpgLe roi se meurt d'une maladie étrange, qui le fait sombrer dans la mélancolie à petit feu. Ce roi, c'est Bérenger, naïf, simplet dans certains cas même, et pourtant lucide sur ce qui l'entoure. Son royaume meurt avec lui et dégénère en même temps. La reine est une séductrice opportuniste et il n'y a que le mourant pour voir les choses à leur juste valeur. Ce texte ne devrait pas se lire, mais se voir sur scène, car Ionesco écrit du théâtre radicalement.

    Titre : Le roi se meurt | Auteur : Eugène Ionesco | Editeur : Gallimard

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  • Rhinocéros - Eugène Ionesco

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    La tyrannie des grands nombres
    medium_conspiracy.jpgIonesco est souvent considèré, et à juste titre, comme un des principaux promoteurs du théâtre dit de l'absurde. Sa première pièce, "la Cantatrice chauve", a été jouée sans interruption d'exclusivité pendant des dizaines d'années. On peut rapprocher ses pièces de celles de Sartre, en particulier pour "Huis-Clos".
    Dans "Rhinocéros", une étrange épidémie gagne l'humanité, hommes et femmes se transforment en rhinocéros, animal féroce et grégaire peu intelligent. La plupart en sont les victimes consentantes ; excepté Béranger, le personnage favori de Ionesco qui n'y arrivera pas même lorsqu'il appellera la métamorphose de ses voeux. Finissant par accepter son sort, il décidera de continuer à lutter.
    medium_Jean-w-horn.jpgOn nous explique doctement que cette pièce est une métaphore des totalitarismes du XXème siècle. Mais elle n'est pas que ça, c'est le reflet de toutes les aliénations de masse auxquelles l'homme se soumet avec enthousiasme en général : les idéologies flattant les bas instincts, le voyeurisme et la perte de la personnalité érigée en dogme, l'intolérance, le cynisme en mode de vie, le rejet des différences, l'indifférence, l'argent roi, l'hypocrisie morale. Tout cela paraîtra bien naïf mais Béranger est justement sauvé à cause de cette capacité à éprouver des sentiments.

    medium_Berenger-alone.jpgBérenger n'est pas un héros, il est balloté par les évènements et subit les foudres de ceux qui se donnent une autorité parfaitement illégitime, du fait d'un hochet social, d'un titre, d'un revenu, de leur illusion de possèder une parcelle du pouvoir, s'il ose protester un peu contre le modelage de la pensée qu'on veut lui imposer au début. Bérenger est sauf car il se connaît et ne se berce pas d'illusions concernant sa personnalité, n'a pas besoin de jouer un rôle. Il connaît ses faiblesse et sa faillibilité.

    Titre : Rhinocéros | Auteur : Eugène Ionesco | Editeur : Gallimard

  • Hamlet et Macbeth - Shakespeare

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    Ah ! Les histoires de famille !
    medium_hamlet_rit_s.jpg"Familles, je vous hais", disait Gide. Il n'a pas tort renchérissent Hamlet et Macbeth. Au premier, son père apparaît après la mort, tu parles d'un traumatisme adolescent, pour lui dire en gros que sa mère est une traînée et son beau-père une andouille. Il rejette sa fiancée qui devient folle et se noie dans une rivière. Oedipe, quand tu nous tiens...
    Pour le second, sa femme le pousse à croire à des sornettes de prophéties idiotes, elle medium_hamlet-gill1.jpgl'aurait lu dans "Elle" ou "Cosmopolitan" que ça aurait été pareil que les trois sorcières, qui auraient été selon des sources sûres plutôt des copines de bureau de Lady Macbeth. Macbeth est le comble du faible.

    Bien sûr, ces pièces sont des classiques intouchables et qui méritent leur statut de références. Mais ellles sont trop souvent jouées dans des mises en scènes trop académiques. Il a été medium_chasseriau_macbeth.jpgquestion il y a quelques temps d'un "Richard III" avec Jamel Debbouze, cela aurait été intéressant, il aurait fait un personnage original.

    Titre : Hamlet & Macbeth | Auteur : William Shakespeare | Editeur : Actes Sud

  • Classique malpoli

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    medium_pn.jpgBien sûr, tout le monde ou presque connaît les répliques et l'histoire des permanents de "SOS Détresse Amitié" bloqués un soir de Noël avec une belle brochette de névrosés tous plus veules et affreux les uns que les autres : Katia, le pompier travelo à ses heures, Pierre, le grand échalas coincé, Thérèse qui n'est pas laide mais a une "beauté intéressante", Félix, l'ordure du titre, Zézette, "epouse X" du précédent, qui collectionne les huîtres comme cendriers, Madame Musquin, que l'on ne voit que dans le film, Monsieur Preskovic et ses doubitchous "roulés sous les aisselles" (ou son "kloug"), et la voix de Michel Blanc au téléphone. Certains diront préfèrer la captation vidéo de la pièce au film. Je pense que les deux se valent, la pièce étant peut-être plus noire. Cette période des fêtes "obligatoires" a des côtés pénibles par l'obligation qu'elle paraît engendrer de se réjouir à tout prix, les réunions de famille inteminables entre l'Oncle Gilbert, célibataire parfumé qui vit avec Bernard en "colocation" et qui est "tellement fin" (traduisez par "homosexuel), la tante Marie-Béatrice, grenouille de bénitier maniaco dépressive, le grand-père qui s'en fout et se régale de la bûche ; on en sort un peu "barbouillé" comme si l'on avait avalé trop de chocolat en attendant le premier de l'an...

    Titre : Le père Noël est une ordure | Auteur : Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte | Editeur : Actes Sud

    Lien permanent Catégories : Théâtre
  • Que de crimes commis en son nom !

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    medium_ubu.jpgUbu, au départ facétie lycéenne, est devenu une pièce de théâtre et est vite entré dans le répertoire "classique" et la mythologie populaire. On le met à toutes le sauces mais Ubu résiste, son dernier avatar n'étant autre que Ben Laden en attendant mieux. Ubu existe, on peut en rencontrer tous les jours.

    "Merdre ! Mère Ubu, c'est ainsi pour l'auteur de cette oeuvre immortelle qui nous mit au monde avec notre pompe à phynances, on lui accorde beaucoup de descendants qui ne mérite pas de sa lignée glorieuse et mitigée.

    - Vous vous trompez Père Ubu, il y a Pennac ou tout auteur insérant quelques mots à l'orthographe bizarre dans sa prose dégoûtante.
    - Que nenni, ma commère ! Merdre de merdre, Jarry est beaucoup plus osé, beaucoup plus imaginatif, comme Queneau en somme, beaucoup plus pataphysicien en somme, pour cette sentence, je m'en vais vous flageller de mon bâton à supplices, Merdre de Merdre de cornegidouille de ma chandelle verte !"

    medium_ubu2.jpg Alfred Jarry était un de ces véritables anarchistes, comme Bierce, qui ne respectent rien, y compris l'idéologie de ne rien respecter. Et sa prose, théâtrale ou non, était beaucoup plus originale. C'est aussi le prototype de l'inadapté social, rétif à toutes les conventions, que l'on rapprochera d'Erik Satie en musique. Il faut relire Jarry et tout Ubu.

    Titre : Ubu roi | Auteur : Alfred Jarry | Editeur : Flammarion

  • Réveil difficile

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    medium_Anouilh.jpgJ'aime beaucoup Anouilh, anarchiste de droite misanthrope et caustique, sans illusions sur le côté volage de la nature humaine. Toutes ses pièces ne sont pas de la même qualité mais celle-ci est ma préféré. Le personnage principal de la pièce a perdu la mémoire à la guerre. Il est resté enfermé dans un hôpital pendant des années et retrouve sa famille. Il s'est reconstruit un passé idéal, rêvé, parfait pour s'apercevoir qu'il était en fait égoïste, violent, dissimulateur, coléreux. Il le nie jusqu'au bout même après avoir découvert une cicatrice révélatrice. La scène est magnifique sur scène : deux employés de maison l'observent à travers un oeil de boeuf : "Qu'est-ce qu'il fait ? Il relève sa chemise. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il fait ? Y chiale.
    La destinée, qui est bonne fille, lui offrira une deuxième chance et une famille de rechange sous la forme d'un enfant "oncle" d'Angleterre. Cette pièce est amère, personne ne change de tempérament, les gens restent les mêmes quel que soit le passé qu'ils s'inventent. L'histoire finit bien, malgré tout. Il y a toujours beaucoup de lucidité sans illusion dans les pièces d'Anouilh. L'innocence y est rare, comme la rédemption.

    Titre : Le voyageur sans bagage | Auteur : Jean Anouilh | Editeur : Gallimard