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vincent lambert

  • La foule qui décide qui doit vivre ou mourir

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    Je déteste la foule.

     

    eutha.jpgEnfant la foule était une forêt de jambes d'adultes ne faisant pas attention aux petits enfants, se déplaçant dans un sens puis dans l'autre sans regarder autour de soi. Ne voyant pas de l’œil gauche la foule m'est physiquement inconfortable. Je me cognais aux autres sans le vouloir. Et puis j'ai trouvé mes « stratégies » pour me protéger. Je songe aussi ces grandes personnes qui s'arrêtaient pour dévisager sans vergogne ce gosse « avec les yeux bizarre »...

     

    La foule est toujours pour moi un fléau de l'esprit humain. Je hais cet instinct grégaire qui peut pousser des citoyens apparemment équilibrés aux pires des violences, à scander les mots d'ordre les plus cons, cet instinct grégaire entraînant les gens à se perdre et s'égarer juste parce qu'ils ont eu peur de sortir du rang, préférant hurler avec les loups que d'être libres. C'est parfois à mourir de rire, jaune, comme cette foule de voyageurs que je vis s'engouffrer dans un tunnel que je savais sans issue pour trouver une sortie gare saint Lazare.

     

    Sans doute y errent-ils encore maintenant ?

    Il paraît que c'est une caractéristique des « anars de droite » purs et durs ce dégoût de la foule de « l'épaisse sottise démocratique »...

     

    Je ne reviendrai pas sur l'affaire Vincent Lambert, suffisamment douloureuse pour exprimer encore une opinion ici alors que je ne suis pas partie prenante, alors que je n'ai pas tous les tenants et aboutissants en main. C'est toujours complexe, et il est malgré tout délicat d'être trop péremptoire, de condamner l'un et absoudre l'autre. Personne n'est tout blanc ou tout noir, il existe dans le fond de l'âme humaine une infinité de gris. Ce qui est effrayant quand on les lit la quantité d'articles écrits dessus, ce sont les réactions des gens, leurs commentaires absolument effrayants de sottise satisfaite, ne réfléchissant pas une seconde aux conséquences de leurs paroles.

     

    Beaucoup semble croire avoir la faculté de décider de qui doit vivre ou mourir. Ils savent, ils en sont certains. Vincent doit mourir. Ses parents sont de très mauvais parents que certains verraient bien euthanasiés également. Mais qui sont ces gens qui se parent d'une telle autorité morale pour émettre des jugements d'une telle dureté, d'un tel manque d'empathie et d'altérité ? Ce qui m'effraie quand je les lis est de savoir que ces gens ont le droit de vote, et donc d'influer sur la vie publique. J'ose espérer qu'aucun parmi eux n’accédera jamais à des responsabilités, ne disposera pas de pouvoir quel qu'il soit.

     

    Toujours quand on les pousse un peu dans leurs retranchements on comprend finalement que ce qui choque les gens est que notre société prenne en charge les plus faibles, les plus démunis, il faudrait que ce soit les parents qui supportent seuls la charge de garder en vie leur fils...

     

    Tous ces bonn'gens, comme dans la chanson de Brassens (« la mauvaise réputation ») n'aiment pas que l'on suive « une autre route qu'eux ». Et ils s'arrogent donc le droit de vie ou de mort sur leurs semblables. Les mêmes quand on évoque avec eux l'eugénisme des régimes totalitaires, comme le nazisme, ou les staliniens, poussent les hauts cris, s'indignent vertueusement. Le darwinisme social c'est horrible, mais dans les livres d'histoire. Confrontés à celui de notre époque, à un eugénisme d'une férocité n'ayant rien à envier aux dictateurs du début du XXème siècle ils acquiescent, ne voient pas le problème, se récrient, raillent en évoquant les fameux « points Godwin ».

     

    Mon petit doigt m'a dit que placés dans les mêmes circonstances ils seront beaucoup moins durs, beaucoup moins péremptoires....

    C'est ce qui est arrivé à un promoteur de la loi Léonetti il y a quelques années. Proches de la mort, les médecins lui suggérèrent de faire ce qu'il préconisait pour les autres, à savoir l'aider à mourir dans la dignité. Ils n'avaient pas compris que le personnage parlait pour les AUTRES, que lui évidemment c'était pas pareil, il tenait à sa vie...

     

    Sic Transit Gloria Mundi, Amen

     

    Amaury – Grandgil

     

    illustration prise ici