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  • Les intégristes du premier degré - par "un petit bourgeois réactionnaire hédoniste"

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    Je trouve ça curieux et plutôt paradoxal, mais pas tant que ça si on y réfléchit, dans une société où le virtuel a pourtant pris le pas sur le réel un peu partout dans nos vies, nos vies parfois rêvées sur les réseaux sociaux devenant parfois plus concrètes, plus tangibles que la vraie vie, celle-ci n'étant pas sur nos écrans, même si le Net peut par ailleurs provoquer de belles et inoubliables rencontres, mais la majorité des personnes se réclament de la réalité -leur réalité- se disent plus proches d'elle que les autres, des vrais gens, en quantifiant, en mettant en statistiques, en réduisant à des slogans ronflants ce qui ne peut pas l'être :

     

    ci-dessous illustration prise ici de second degré par Gotlib (voire de deuxième ou trente-sixième degré)

     Gotlib_RhaGnagna1-6_Superman.jpg

    Le ressenti, le vécu, les sentiments...

     

    Ils deviennent des intégristes du premier degré, toute tentative de dérision (elle implique une réflexion "a minima"), de mise en perspective (demande une réflexion "a minima" idem), de prise de recul (implique une réflexion "a minima" itou) étant considérées comme oiseuses et insupportables, voire hypocrites (celui qui n'est pas au premier degré n'est pas clair, il tend un piège !) car cela remettrait en question leurs certitudes et l'image qu'ils prétendent donner d'eux-mêmes.

     

    C'est cet intégrisme du premier degré qui conduit à une compréhension radicalement manichéenne de la politique et de la société, une compréhension des plus primaires : Eux (ceux qui ne pensent pas comme moi) = méchants, moi = gentil, contradiction = Maaaal absolu)

     

    Et dans cet esprit, la plupart, qu'ils soient de droite ou de gauche, croyants, incroyants, rejettent toutes les représentations métaphoriques du monde tel qu'il est, tout imaginaire qui ne correspond pas à leurs visions, dont celles induites par la littérature qui implique que le lecteur développe son propre sens critique et sa propre capacité à construire un raisonnement libéré des préjugés communs, l'imaginaire des films sur-commerciaux américains, ou français, divertissant, étant toléré comme défoulement utile comme soupape sociale nécessaire de sécurité.

     

    Ils veulent de la littérature qui ne parlent que de choses « vraies », qui les touchent, qui les concernent directement eux et leur nombril (pour eux l'origine du monde), ils veulent de la littérature ou du cinéma avec des messages bien martelés dedans, civiques, engagés, moraux, des exemples de bonnes conduited selon leurs idées. De la littérature ou du cinéma parfaitement inintéressante donc, insipide, inodore, sans parfums, sans épices, formatée.

     

    Attention, ami lecteur, je n'affirme pas cependant ici qu'un auteur ou un réalisateur ne doit jamais partir du premier « matériau » qu'il a sous la main : la réalité de son époque, son vécu, bien au contraire. C'est juste qu'écrire, créer, ce n'est pas seulement employer un outil pour faire passer un message ou seulement divertir...

     

    Les livres et les films doivent obligatoirement « servir à quelque chose », ça ne peut être gratuit, pour un intégriste du premier degré, sinon il sera partagé entre l'envie de traiter celui qui s'y adonne de petit bourgeois hédoniste et décadent ou d'anar de droite hyper-individualiste selon ses opinions...

     

    Cette perception de la littérature, de plus en plus réservée aux oligarques, à une élite auto proclamée, est d'ailleurs la deuxième raison pour laquelle la lecture et l'écriture sont des activités de plus en plus dédaignées, de plus en plus sinistrées, l'autre étant les fabuleuses réformes de l'enseignement des Lettres se succédant depuis une quarantaine d'années.

      

    Ami intégriste du premier degré, enfin, ne prends pas tes certitudes, la vie, la politique si au sérieux que cela, c'est souvent ce que tu considères comme futile, comme dérisoire, comme léger, qui est ce qui constitue ces petites choses qui font ton humanité, l'art de -bien- vivre au sens large étant de ces choses, déguster un bon vin au-dessus du volcan, partager un excellent repas alors que l'orage gronde, on a bien le temps ensuite de se laisser aller à la gravité qui est comme disait Nitche « le bonheur des imbéciles »...

     

    Ci-dessous un exemple de Second degré frappant

     

  • « Carpe Diem »

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    thoreau.gifJ'ai toujours eu horreur les manifs en soi, le piétinement, l'instinct grégaire, la foule qui scande des slogans. Même d'accord avec ceux-ci j'ai plutôt envie de les contredire rien que pour le plaisir de la contradiction face à un groupe. Bien sûr, celui qui va défiler envers et contre tout pour défendre les plus pauvres, qui se caille les miches et piétine mais qui est en cohérence avec ses idées, celui ou celle là a malgré tout mon respect car il ne se contentera pas soit de moraliser, soit de se lamenter ou fantasmer sur les fameuses z-heures les plus sombres de notre histoire...

     

    J'ai participé à quelques unes d'entre elles, de celles contre la première Guerre du Golfe jusqu'à LMPT l'année dernière ce qui m'a valu une célébrité quasiment immédiate dans la fonction publique de mon département, où l'information de la circulation va comme une traînée de poudre, la rumeur et le ragot restant rois sous nos cieux de province.

     

    En un sens, rien que pour en voir fulminer certains derrière leur sourire condescendant de façade, et si « tolérant », pour mettre parfois « bas les masques », ça valait le coup.

     

    J'ai certainement eu ma première fiche aux ex-RG, DCRI, du fait d'un article sur les « guerres de Vendée » dans une revue catholique sans parler d'une petite gazette que j'éditais en toute inconscience à Jérusalem qui a fait grincer quelques dents sages et avisés. Et ce blog que tu as l'indulgence de lire, ami lecteur, est interdit dans différentes médiathèques et administrations, sur la « liste noire » ce qui me réjouit...

     

    Je ne suis pas dupe non plus de la manif de dimanche, les manifestants, quand bien même les antisémites y étaient une minorité, défilent car ils commencent à comprendre que la société de sur-consommation pour tous, c'est fini à cause non pas de la fameuse crise dont nous rebat les oreilles mais du passage du pouvoir économique de l'Occident vers l'Asie et les pays émergents. Ils défilent par dépit, parce qu'ils savent bien qu'il y a un peu de 3,3 millions de chômeurs réels en France, mais plutôt 6, selon les chiffres du Bureau International du Travail.

     

    Moraliser sur cette colère, rappeler l'histoire ne sert strictement à rien si le système ne change pas, si les pesanteurs ne sont pas supprimées tout comme un clientélisme endémique, ce ne sont pas quelques « quenelles » et slogans haineux que l'on entendra. La colère se muera en rancoeur, la rancoeur en haine et la haine en violence bien plus impressionnante que des gestes malheureux éxécutés par des gamins qui cherchent surtout à se singulariser...

     

    L'époque à l'hystérie, à l'incapacité de comprendre autre chose que le premier degré, à refuser la nuance et l'échange. « Si tu n'es pas avec moi tu es contre moi » pense l'individu moderne dont le vocabulaire se raréfie de plus en plus de par les conséquences des réformes scolaires successives, du spectacle continu et de plus en plus écoeurant d'une humanité qui court à sa perte le cœur et l'esprit léger. Sans les mots pour le faire, le citoyen-consommateur moderne n'a pas beaucoup le choix entre la haine et la haine car la raréfaction de son expression implique beaucoup moins d'oxygène pour sa réflexion.

     

    Certains soirs quand la folie du monde, la bêtise et l'avidité deviennent trop pesantes, j'ai envie de laisser tomber, d'abandonner, de me retourner vers les livres, vers la littérature qui n'est décevante que lorsqu'elle se perd dans les ambitions grisâtres du « Nouveau Roman » ou les délires auto-fictionnels de l'un ou l'autre bourgeois bohème pour qui dépasser le « périph » c'est l'aventure. Certains soirs je me dis que le jeu n'en vaut pas la chandelle, et puis le parfum d'un bon vin, le sourire d'une jolie fille croisée dans la rue un instant toujours trop fugace, l'affection de ceux que j'aime, même quand ils sont loins et d'enfants qui me sont proches, me ramènent à cette constatation toute simple, la Vie, malgré tout, est un cadeau.

     

     

    Et j'applique la leçon apprise à Jérusalem , « Carpe Diem » car « Inch Allah Bukra Maalesh », et ce moment de tendresse, de convivialité et de rencontre que l'on croit pouvoir négliger car l'on pense que d'autres suivront, l'on est sûr que c'est acquis, c'est parfois le dernier et le jour qui vient sera peut-être l'ultime journée sur terre de l'humanité souvent tellement déplorable...

     

    en illustration une citation de Thoreau en situation prise ici

  • Telle est la vie des hommes

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    "Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants."

    Marcel Pagnol à la fin du "Chateau de ma mère"

    Une de mes phrases préférées de la littérature, pour sa justesse, hélas.

    C'est aussi un des premiers livres qui m'ait marqué, avec "Vingt-Mille lieues sous les mers"


    Le chateau de ma mère - trailer par enricogay

  • Est-ce que la littérature c'est la vie ?

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    On entend souvent dire, «la littérature ce n'est pas la vie ! ».

    littérature, cinéma, vie, politique, société, nostalgie, rues, Aymé, christianisme, ParisJ'ai toujours trouvé cette phrase absurdement impérative, et surtout c'est un pléonasme, la littérature n'est pas la vie, bien sûr, et elle n'a pas à l'être. C'est justement en cela qu'elle est intéressante.

    On oppose souvent cette objection aux littéraires, accusés de vivre dans un autre monde, de ne pas se plier au joug commun du réel, de vouloir échapper au sort réservé pourtant au plus grand nombre grâce à leur imagination, d'être des inadaptés à qui l'on reproche en fait de vouloir faire moins de compromis que les autres envers l'esprit du temps qui les rebute parfois.

    Les littéraires savent bien quant à eux que comme tout un chacun, ils ont à gagner leur vie, au moins pour rester libres de s'embarquer dans les voyages fantastiques offerts par les livres, au moins pour ne dépendre de personne et n'avoir rien à devoir à quiconque qui rejetterait leurs choix.

    C'est pour cela que contrairement au lieu commun un peu trop répandu, un roman est un livre sérieux, tout comme un recueil de poésie, car ce genre de voyages aide l'âme à se libérer d'autres pesanteurs, d'autres obligations bassement triviales, au risque de passer pour un dilettante, ce qui, comme le rappelle Marcel Aymé dans la nouvelle « Traversée de Paris », qui a inspiré le film éponyme, est un crime aux yeux des « braves gens ».

    De grands auteurs se sont parfois risqués à essayer de retranscrire toute la complexité des êtres humains.

    Mais « Je » est souvent un autre, on se réveille et l'homme que l'on était la veille est mort : à cause d'une rupture amoureuse, ou autres tribulations de l'existence. On se réveille, et l'on n'a plus peur de rien.

    De plus, sur la passion romantique, les auteurs ont toujours embelli les choses et raconté beaucoup d'histoires, dans la vie, ça finit généralement par le partage des meubles et des objets ménagers, avec les vases qui volent, ou une solide dépression qui parfois peut durer des années.

    Ce n'est pas un reproche, l'embellissement des sentiments embellit un peu la vie, un temps.

    Balzac s'est essayé à explorer les coins et les recoins de l'âme humaine dans « la Comédie humaine », ou Proust dans « la Recherche du Temps perdu ».

    Mais même eux n'y sont pas arrivés et encore moins Zola et « les Rougon-Macquart » et son humanité comme observée « sous cloche », ni même Flaubert, pourtant apparemment sans illusions sur ses congénères. Dumas lui-même a essayé de faire de beaux enfants à l'histoire de France, mais ceux-ci restent illégitimes, et ce d'ailleurs à notre grande joie.

    On s'en fiche au bout du compte de savoir que Richelieu n'était pas du tout tel que décrit par l'auteur de « les Trois Mousquetaires », et je suis sûr que ce livre a suscité bien des vocations historiennes, et aussi, et c'est tout aussi important l'amour de l'âme française tel qu'il est décrit dans cette œuvre, ce que l'on oublie maintenant.

    Le problème aussi d'être une sorte de démiurge en écrivant un roman c'est que l'on finit par aimer ses créatures et leur trouver des excuses...

    Leurs personnages sont ou moins sombres, ou plus sombres que dans la vie réelle, mais c'est comme dans un rêve dont nous sommes tous les protagonistes. Et ils sont devenus des archétypes plus grand que la vie, selon la formule consacrée.

    Quand je réfléchis à ce problème, je me rappelle immédiatement du petit village que j'habitais il y a quelques années, coincé entre Mantes la Jolie, une ville a rarement aussi mal porté son nom, et Plaisir-Grignon.

    Y vivaient des personnages que l'on aurait trouvé immédiatement trop exagérés ou trop pittoresques dans n'importe quel roman :

    Le cafetier était un géant au regard innocent, comme les assassins de Marcel Aymé, avec des mains comme des battoirs d'une étonnante délicatesse., tout comme sa voix d'une grande douceur Il était marié à une toute petite femme toute menue qui tenait la boutique et le ménage aussi. Il était l'arbitre attentif et délicat de toutes les discussions à son zinc, celles-ci fussent-elles entre deux poivrots.

    Chez eux, on rencontrait souvent une dame qui était réputée avoir eu un « cœur fleur de nave-vinaigrette » comme on disait auparavant à Paris.

    Elle qui avait eu la couche très accueillante pour les hommes des environs quand elle était plus jeune, se dévouait maintenant avec courage pour « son » homme, gravement malade.

    Elle avait l'accent parisien, qui n'est pas l'accent faubourien, ni même l'accent banlieusard, confusion souvent faite encore maintenant.

    Elle portait encore des talons un peu trop haut et des jupes un peu trop courtes.

    littérature, cinéma, vie, politique, société, nostalgie, rues, Aymé, christianisme, ParisIl y avait aussi ce retraité de la SNCF, surnommé « Pot-aux-roses », toujours en short bleu et « marcel » de même couleur, la casquette de chef de gare solidement vissée sur le crâne qui passait sa journée à observer la rue, les gens qui passent, à échafauder des théories sur les uns et les autres, surtout les plus extravagantes.

    C'est certainement la raison pour laquelle certains auteurs n'hésitaient pas à se laisser aller au « jus de la rue » pour écrire. Courteline allait souvent dans les cafés de Paris ou de banlieue, ou à l'époque tous les milieux se mélangeaient (on n'y croisait pas de bourgeois bohème en recherche d'authenticité canaille même frelatée), et il écoutait les conversations.

    Marcel Aymé était un piéton de Paris qui lui aussi avait cette faculté d'écoute des gens de tous les jours, sans condescendance ni sentiment de supériorité qu'on souvent ceux qui ont une vulgate idéologique à vendre en plus de leurs écrits, celle-ci fût-elle de gauche ou de droite. Cela gâche tout quand on sent que l'écrivain veut délivrer ses idées, car ces personnages ne sont plus que des archétypes, des pantins servant à démontrer la véracité d'une thèse ou d'une autre.

    Et je suis à peu près certain que la force de ce qu'exprime Antoine Blondin, ou Jacques Perret, dans leurs œuvres lui vient de la fréquentation lui aussi des bistroquets et des cafés. Rappelons également que ce qui fait le talent de Michel Audiard, qui fait de quasiment tous les films qu'il a dialogué des classiques y compris ceux qu'il a réalisé avec désinvolture, c'est également cette proximité avec la rue, avec le réel en l'occurrence.

    Et l'on sait bien que dans la vie réelle, personne n'est blanc ou noir, que c'est plutôt le gris qui domine.

    C'est pour cela que le « noir et blanc » des films noirs, les films du réalisme poétique d'après-guerre qui décrivent pourtant des rues laides, des quartiers envahis par le bruit des automobiles, des camions, et des trains de banlieue miteux, a de l'importance et une signification, et le « noir et blanc » ce sont aussi les couleurs des rêves et du souvenir.

    photos empruntées ici au blog "les petites chroniques de Saint Sulpice"

    image en haut :  Les gamins de Belleville - 1959 - Crédit Photo: © Willy Ronis

    image en bas : Le Caveau de la Huchette - 1957 - Crédit Photo: © Willy Ronis

  • Vivre comme si l'on vivait dans une fiction

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    Hors de la matrice ou pas...

    secretlifeofwaltermitty2.JPGDans un société spectaculaire comme la nôtre, une société des spectacles, telle que la définit Guy Debord, cela en est la définition la plus juste que l'on soit d'accord ou non avec les conclusions politiques qu'il en tire (je sais, ça fait drôlement chic de citer Guy Debord dans mon blog), nous vivons de fait dans une fiction. La publicité, les médias, souvent la politique et plus rarement la religion, ou du moins une manière biaisée de la concevoir, incitent à ne pas coltiner au réel et à rester dans une bulle protectrice dans laquelle l'on s'enferme, une bulle dans laquelle on n'a aucune responsabilité envers les autres, une bulle dans laquelle ceux-ci sont divisés entre les bons, ceux qui nous encouragent à continuer de vivre dans cette fiction, et les méchants, la plupart du temps ceux qui nous voient tels que nous sommes, dans notre vérité intérieure, au lieu de l'héroïne, de la pauvre orpheline, du poète maudit ou du grand personnage tragique que nous nous imaginons être. Et il est certain que peu apprécient de se voir dans leur pauvreté bien sûr mais aussi dans leurs richesses, et ce que l'on peut apporter de vrai aux autres, et ce que l'on peut recevoir vraiment. Le réel finit toujours par se manifester, il revient toujours à la charge, parfois brutalement. Il n'y a pas d'autres alternatives que de s'y confronter, en souffrir plus que de raison, ou en faire quelque chose de magnifique, mettre de l'ordre dans son existence et repartir sur des valeurs plus solides, en s'efforçant de développer ses dons.

    10087005.jpgLe déni du réel ne se place pas seulement au plan personnel, on le retrouve au niveau politique, et principalement depuis le 11 septembre 2001 dans ce concept de « choc des civilisations ». 90% de la population de la planète ne dispose que de 10% des richesses, alors que 10% des êtres humains profitent largement des 90% restants. S'il y a une cause à cet affrontement, c'est là qu'il faut la chercher et non dans un monde divisé entre le camp des « bons », nous, et celui des « méchants », tous les autres. Les soldats américains en Irak, tout comme lors de l'intervention de Mogadiscio, sont formés la plupart du temps sur des machines virtuelles qui font de l'ennemi une entité abstraite. Arrivés sur place, ils découvrent toujours, parfois à leurs dépens, comme en Somalie, que l'ennemi est un être humain tout comme eux aspirant à peu près aux mêmes choses, au moins sur le principal : manger, avoir un toit, trouver l'âme soeur, avoir des enfants (etc...) qui si il ne les obtient pas verse dans la violence et la haine, ce qui arriverait probablement au jeune occidental qui part comme soldat au Moyen Orient. Il y a un dégât collatéral dont on commence à peine à parler qui est que l'intervention américaine en Irak a entraîné la recrudescence des persécutions contre les chrétiens d'Orient. En fait de choc des civilisations, il s'agirait plutôt de la destruction de ceux qui sont à l'origine pourtant de nos valeurs en très grande part.

    97328237_4b51e8b238.jpgSouvent la confrontation au réel se fait trop tard également sur le plan personnel, quand on découvre que tous les préjugés ou les idées, ou les jugements que l'on portait sur une personne s'avère faux et aussi que de ce fait, l'on a perdu son amitié ou son affection voire son amour. Bien sûr, ce sont toujours l'une et l'autre personne qui en porte la responsabilité. Trop tard la plupart du temps, parce que l'un et l'autre joue son rôle, un rôle perçu comme valorisant, et n'en sort pas, ou bien tout simplement par omission ou simple bêtise, celle que tout le monde porte. Il serait tellement plus simple pourtant de voir l'autre certes sans artifices mais dans ce qu'il a de bon à apporter, et non de voir seulement le personnage que l'on a fait de lui ou d'elle. Ou bien encore, l'on porte la culpabilité lancinante des manques que l'on a eu, des gestes que l'on aurait voulu avoir mais que l'on a oublié de faire. Comme croyant, mais aussi simplement comme être humain, je pense que c'est là que s'impose la question du pardon, à commencer par se pardonner soi-même ce qui est beaucoup plus ardu que de pardonner aux autres.

    Toutes les photos sont de "la vie secrète de Walter Mitty"

    Ci-dessous une autre illustration : la pillule bleue ou la rouge ? Et vous que prendriez-vous ?

  • Novembre 1993 - Septembre 2006

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    medium_opera.jpgNovembre 1993 : Cela fait trois mois que je n'ai pas de nouvelles d'E(...). Je crois m'habituer à ne plus la voir, à ne plus lui parler, je l'ai une fois au téléphone et c'est catastrophique. Quand elle me rappelle pour me proposer de se voir. C'est un peu comme si la Tour Eiffel soulevait ses jupes de métal et se mettait à danser le "French Cancan". Je lui donne rendez-vous à la fac le lendemain, elle ne vient pas. Je me dis que j'aurais dû m'y attendre mais elle rappelle encore une fois et me donne rendez-vous "près de chez moi" à Bastille le soir. J'ai attendu quatre heures ce soir-là, usant toutes mes réserves de patience, elle n'est pas venue, j'ai su où elle était. J'ai ouvert la fenêtre de ma chambre et j'ai failli sauter du sixième étage. Je me suis dis que la passion, c'était mieux à lire ou à regarder mais pas à vivre. Pendant des années, j'ai vécu sans trop de goût pour autre chose que le désir de la revoir. Je ne regrette pas ce qu'elle m'a fait ce soir-là car c'est ce qui m'a poussé à partir au Proche Orient, à écrire, à épanouir quelques uns de mes dons. Dans les moments les plus difficiles pourtant, j'avais l'impression de rêver tout çà, que j'avais sauté par la fenêtre et que ce n'était qu'une illusion fantasmée avant d'atteindre le sol. 

    medium_vie.jpgJe n'ai jamais été seul, ma famille et mes amis m'ont toujours entouré. Cela m'a permis d'arriver à continuer d'avancer...

    Septembre 2006 : C'est comme si j'avais refermé la fenêtre, enfin, et que j'avais décidé d'aller de l'avant. Comme c'est bon de se sentir en vie pleinement ! Comme il est bon de goûter chaque instant avec ceux que l'on aime ! Je suis à la croisée des chemins..

    illustration : "Vie" en arabe