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underground

  • Londres vu des marges

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    arts, société, peinture, littérature, underground, londres, amaury watremezÀ propos de « Ici Londres ! » de Barry Miles Une histoire de l'Underground londonien depuis 1945 chez Payot collection Rivages rouge (site de l'éditeur)

     

    Couverture empruntée au site de la FNAC

     

    L'Underground est une notion n'existant plus vraiment de nos jours. En effet, n'importe quel gosse a accès en deux clics sur internet à du porno le plus crade possible, des publications réputées historiquement ou politiquement transgressives. De plus la sexualité n'étant plus vraiment liée à la morale, finalement, ne demeurent que très peu de tabous, du moins dans la part la plus matériellement aisée de la population. Et quant à l'art, plus il joue à l'épate-bourgeois, à feindre de choquer, plus il plaît, et se vend bien. Gilbert et Georges ne sont plus des marginaux et Vivienne Westwood prend le thé avec la Reine.

     

    arts, société, peinture, littérature, underground, londres, amaury watremezCe livre passionnant raconte donc l'Underground de « l'Action Painting » au « Goon Show » à travers les yeux d'un témoin privilégié, Miles écrivait dans « IT », revue « underground » plus ou moins équivalent de « Actuel » dans les années 60-70. Et le lecteur se laisse surprendre à penser que ces artistes, ces auteurs, ces musiciens se croyant tellement subversifs, persuadés de changer le monde étaient au fond de grands naïfs, et leur subversion revêt dorénavant l'aspect de la désuétude, une désuétude sympathique il est vrai. A l'exception d'un ou deux parmi eux, déjà cyniques et rompus à la loi du Marché comme l'escroc du « Punk » Malcolm McLaren ou d'autres....

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  • « Hollywood Babylone »

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    « Hollywood Babylone » - de Kenneth Anger chez Tristram en collection « souple »

    cinéma, littérature, société, hollywood, miroir aux alouettes, anger, undergroundMe basant sur la bonne réputation de son auteur en matière de style et d'écriture, réalisateur de « Scorpio Rising », entre autres joyeusetés « underground », audacieuses à son époque, un rien ringardes maintenant et des plus ennuyeuses par leur esthétisme à la fois pastel et se voulant transgressive. Je viens donc d'acquérir son livre le plus connu paru dans une nouvelle traduction chez Tristram qui exhume les manuscrits de ce genre, ayant parfois la « main heureuse », mais tout ce qui « underground » n'est pas obligatoirement de talent.

     

    « Hollywood Babylone » a une odeur de soufre depuis sa sortie aux éditions Jean-Jacques Pauvert dans les années 60, traduit alors par l'auteur lui-même qui vivait à Paris, y fréquentant Cocteau, livre qui raconterait la « légende noire » de la « colline aux alouettes » de Burbank, révélant ce qu'il y a caché derrière les mythes, une sorte de « Sunset Boulevard », le film de Billy Wilder, sur papier, film qui lui est indiscutablement supérieur par le ton, la sensibilité et l'intelligence. Si Billy Wilder est caustique et sévère, il n'a jamais de haine envers ses personnages ou d'aigreur...

     

    La lecture de cette œuvre n'engendre pas un profond enthousiasme, une fois refermé. On se dit que "ce n'est que ça" la "la légende noire" de Hollywood.

     

    Je trouve même son auteur bien naïf, il découvre que les acteurs, les réalisateurs de Hollywood, en particulier les plus célèbres, seraient des hommes comme les autres, avec leurs faiblesses, leurs défauts, leurs appétences parfois dégoûtantes, ce qui contredirait leur génie en somme, dans une conception finalement très primaire de l'humain.

     

    Mais on peut être un génie artistique, et un parfait salaud, ou hélas aussi un pervers narcissique, ce qui ne retire rien à une œuvre.

     

    Pourtant, le livre commençait bien, plantant le décor intelligemment , « Hollywoodland », les lettres géantes plantés sur les collines de Burbank, non loin du "ranch" de la "Fox", moderne Babylone de stuc et de plâtre, rutilante, et cachant des avanies inavouables dés le début que Kenneth Anger date de « Intolerance » de D.W. Griffith, dieu vivant de Hollywood et les décors pharaoniques qu'il fit construire en « dur » au pied de Burbank.

     

    L'on s'aperçoit en lisant cette introduction que les films grandiloquents et pompeux, coûtant très cher, ne datent pas d'hier, si on ne le savait pas déjà. Plus tard, les quatre dernières lettres disparaîtront et "Hollywoodland" ne sera plus que "Hollywood".

     

    Et aussi que le cinéma est aussi et d'abord une industrie foraine vendant du rêve, des films mais aussi des vedettes, et des archétypes masculins ou féminins, une industrie qui est devenue par défaut, par accident, peut-on dire, un art, grâce à des réalisateurs qui ont dévié dés qu'ils le pouvaient des rails confortables que les producteurs leur demandaient d'emprunter.

     

    De plus, Kenneth Anger, notoirement ami d'Aleister Crowley, gourou diabolique pré-Charles Manson, d'Anton LaVey, sataniste à la fois grotesque et malin d'Hollywood, ami de quelques vedettes à qui il soutirait beaucoup d'argent, adepte de la religion « thélèmiste », un salmigondis ridicule, vaguement ésotérique, entre Rabelais, la religion d'Aton et l'occultisme, aligne les ragots imputrescibles, dont certains sont inventés, et commérages ignobles avec la même application que le ferait une vieille bigote moralisatrice à dénoncer les turpitudes de ses voisins tout en se délectant de ses médisances.

     

    Il écrit la même chose que de nombreux torchons à « scandales » écrivait à l'époque, toutes ces publications rédigées par des journalistes plus ou moins ratés qui faisaient aussi dans « l'indic de police » de temps à autres, ainsi que Ellroy les décrit dans ses livres sur Los Angeles, autrement plus forts en gueule.

     

    Voilà un « sataniste » bien moral au fond, ce que l'on peut trouver curieux !

     

    Le lecteur se demande parfois si cela ne naît pas d'un désir de justification de Kenneth Anger de son homosexualité et de son papillonnage de garçons en garçons, qu'ils voient de manière malsaine comme autant d'incarnations à ses yeux de Lucifer,; nous chuchotant en somme au creux de l'oreille :

     

    « Moi, je couche peut-être avec plein d'hommes mais voyez comme tous les autres étaient débauchés et beaucoup plus dégoûtants que moi ».

     

    C'est surtout ce qui a plu à de nombreux critiques qui n'ont pas lu le livre et font d'Anger un militant de la cause homosexuelle avant l'heure, quand cette orientation sexuelle était punie par la loi, du moins en théorie, ou quand les amours homosexuels des uns ou des autres devenaient trop voyants.

     

    J'y ai senti également comme une envie de revanche de l'auteur, qui fut un de ces enfants acteurs tyrannisés par des parents avides, sur un système qui a broyé son enfance, un système qu'il pense donc pervertir en épousant une religion « maléfique », ce qui est un rien infantile et dénote un certain égocentrisme assez lamentable.

     

    La fin du livre, tout comme son début, présente un peu plus d'intérêt que le reste, fermant un cycle peu avant le renouveau des studios pendant les années 70, renouveau né dans le sang de l'assassinat de Sharon Tate qui ressemble fort à un sacrifice expiatoire pour la liberté dont certains créateurs, dont les plus talentueux étaient de « MittelEuropa », ont su faire preuve et pour les films à grand spectacle rapportant des bénéfices énormes que le « Nouvel Hollywood » s'apprêtait à produire, ainsi qu'un système plus monstrueux que jamais où l'oeuvre en elle-même n'est plus qu'un rouage parmi d'autres du processus économique où ce sont surtout les « produits dérivés » qui prendront de l'importance....

    couverture prise ici

    Ci-dessous la bande annonce de "Sunset Boulevard"