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truman capote

  • Les nouvelles de jeunesse de Truman Capote

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    à propos de « Mademoiselle Belle » de Truman Capote et autres nouvelles de jeunesse chez Bernard Grasset

     

    littérature, truman capote, nouvelles de jeunesse, société, nostalgie, amaury watremezIl avait été question de ce recueil à la fin d'un documentaire sur l'écrivain faisant suite au long-métrage évoquant la rédaction de « In cold blood » où il est incarné par Philip Seymour Hoffman. J'étais un peu sceptique, cela ressemblait fort à une tentative des ayant-droits afin de gagner encore un peu quelque argent, à de la marchandisation grossières. Comment des nouvelles rédigées par un gamin de onze ans pouvaient-elles être intéressantes ? Feuilletant le livre, je compris que même s'ils demeurent bien quelques scories, elles sont minimes. L'auteur met par exemple « première partie » au début d'un récit de douze pages, « deuxième partie » à la troisième page etc...

     

    Cependant, l'on retrouve déjà toute la puissance de son écriture, toute son empathie pour ses personnage, même une très vieille dame. Capote est trop souvent réduit à son personnage de ludion zézayant avec une voix de petit garçon n'ayant jamais mué, un homosexuel mondain et ragoteur distrayant les jolies femmes-trophées d'hommes « importants », en particulier Babs Pailey. Le même sort est généralement réservé à Oscar Wilde ramené à ses petites phrases spirituelles, ses provocations mondaines, ses amours interdites et on oublie soigneusement ses livres. Dans les deux cas, on oublie de fait la Littérature. C'est pourtant elle qui rend Capote réellement différent, tout comme Wilde.

     

    Et non leur homosexualité flamboyante et jamais camouflée pour Truman...

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  • Les hantises de Truman Capote

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    « Les domaines hantés » Truman Capote – Gallimard « l'Imaginaire »

     

    littérature, société, Truman capote, amaury watremezCe texte fait suite à ceux-là sur ses nouvelles et l'adaptation au cinéma de « Petit déjeuner chez Tiffany » et celui-ci sur sa correspondance

     

    Lorsque j'aime bien un auteur, je veux tout lire de lui. Truman Capote, « Ké-po-ti » ainsi que ce nom se prononce, est de ceux là. Il a été cantonné très longtemps au rôle d'une sorte de Jacques Chazot américain, « l'homo » mondain « de service » cancanier impénitent et amusant pour ses anecdotes guillerettes. Il a sciemment cultivé ce côté superficiel, très léger. Et ce que les imbéciles prennent pour de la futilité est juste une façon d'échapper, au moins quelques instants, à la pesanteur de la sottise tellement prégnante si l'on y est un peu trop sensible.

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  • 5ème Avenue, 5 heures du matin, une femme en "petite robe noire" devant Tiffany

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     « 5ème Avenue, 5 heures du matin » Sam Wasson collection « Points » éditions du Seuil

     
    image de la couverture empruntée sur Amazon.fr

     

    cinéma, Truman capote, amaury watremez, littératureLa mise en œuvre de certains films, ceux que la postérité retient de par leur génie, s'apparente souvent à un véritable roman. Ce livre, également une enquête passionnante sur la création d'un objet artistique, raconte celui de l'adaptation de « Petit Déjeuner chez Tiffany » de Truman Capote, à l'ambiance très différente de celle du livre, plus désenchanté, plus triste, œuvre de Blake Edwards devenue véritablement originale et un des rôles les plus marquants d'Audrey Hepburn avec celui de « Vacances à deux », réalisation talentueuse malgré la fin heureuse imposée. A l'aube des années 60 elle y incarne une figure de femme libre très différente des rôles jusque là dévolues aux actrices, une excentrique allant en taxi jusque chez Tiffany les petits matins de déprime, en « petite robe noire » Givenchy, le noir étant en ces temps là réservé aux veuves et aux péripatéticiennes, un croissant à la main, pour retrouver le sourir : jusqu'à ce film la séductrice devait se « ranger » des voitures, ou épouser le héros, et être repentante, ou se faire tuer si elle ne regrettait pas sa mauvaise conduite, comme Gloria Grahame dans « City Heat » de Fritz Lang.

     

    Sam Wasson part de l’œuvre de Truman Capote, de « son » Holly Golightly, dont malgré les aspects sordides de son existence il est difficile de ne pas tomber amoureux à la lecture du court roman salué par Norman Mailer, provient de plusieurs des amies de Capote, et de sa mère, qui était une « demie mondaine » de haut vol : « Babe » Paley en particulier qui avait le même passé que Holly, et qui s'était marié avec un homme riche, Capote perdra son amitié en racontant une anecdote qui salissait son époux croyant la venger d'un mariage qu'elle lui confiait comme tragique dans « Prières exaucées », et prononcera son prénom en mourant, Oona O'Neil la jeune femme de Chaplin, et surtout une jeune allemande ou suisse allemande que l'écrivain rencontra lors de son arrivée à New York en 1943 et qu'il n'oublia jamais.

     

    Wasson n'hésite pas à égratigner la figure de l'auteur en évoquant sa légère mythomanie et la conscience très haute qu'il avait de son talent, qui vend les droits de son livre sans trop se préoccuper du destin cinématographique d'icelui, se voyant ainsi que le rapporte le futur producteur du long métrage incarnant le personnage principal, Marilyn étant censée jouer Holly, ce qui n'était pas une mauvaise idée soit dit en passant, la comédienne ayant un « timing » comique plus intéressant que celui de Audrey Hepburn, et ayant vécu le genre de « galère » que traverse le personnage, ayant été obligé d'aller « se repoudrer le nez » aux toilettes bien souvent avant que d'être célèbre et d'obtenir des rôles à sa mesure.

     

    Ensuite est racontée toute la production du film, depuis le script jusqu'au montage, au choix de la star masculine, Georges Peppard, pas très bon dans le rôle, décrivant au passage les combats menés contre la censure de l'époque, réticente à l'idée que soit montrée au cinéma une fille légère qui n'est pas punie pour sa « légèreté ». Ce n'est pas que les censeurs actuels soient moins pudibonds, leur hypocrisie est juste différente ; selon moins ami lecteur ils le sont encore plus qu'avant. Un premier scénariste, un romancier « sérieux » que l'on espère malléable et docile, est choisi, pour que finalement Blake Edwards et les producteurs en viennent à un auteur plus libre, mais au caractère plus trempé, moins conformiste, Georges Axelrod, qui travaillera aussi avec Billy Wilder et John Frankenheimer pour « Un crime dans la tête ». Et la génèse d'une des scènes de fête les plus réussies du cinéma, avec celle de « La Party » du même Blake Edwards qui utilise pendant 13 minutes les procédés de « slapstick » et de « slowburn gag » des maîtres de la comédie qu'étaient pour lui Leo McCarey et Mack Sennet.

     

    Enfin, est racontée dans cet ouvrage la naissance de la plus belle chanson de cinéma, chantée par Hepburn, récurrente instrumentalement de tout le long métrage, « Moon River » d'Henry Mancini et Johnny Mercer, spécialement écrite pour la tessiture peu étendue de l'actrice qui apprit pour l'occasion à jouer de la guitare, chanson que l'on envie de réécouter plusieurs fois une fois le livre refermé, et revoir au moins la première scène de l'adaptation du meilleur roman de Truman Capote....

     

    ...Et rêver à Holly Golightly.

     

  • « Les chiens aboient » - Truman Capote « L'imaginaire - Gallimard »

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    portrait pris ici

     

    Quand on on est un monomaniaque de la littérature comme moi, on aime lire le plus possible des livres d'un auteur en particulier, s'ouvrir aux univers qu'il expose dans ses ouvrages. Truman Capote est de ceux-là. La postérité a tendance un peu rapidement à le catégoriser comme une sorte de ludion un peu superficiel, un charmant auteur dans le genre d'un Cocteau américain, en un peu plus futile, ce serait le rabaisser voire le mépriser à ce qu'il n'est pas, certains allant même à le percevoir comme un Jacques Chazot new-yorkais, un chroniqueur mondain et rien de plus. D'où le titre, « les chiens aboient...

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    ...la caravane passe ».

     

    Capote, prononcé Ké-po-ti, nom qu'il adopte quand sa mère se remarie avec son deuxième époux, le premier étant un escroc irresponsable et léger qui s'est désintéressé de son enfant duquel il demandait cependant parfois des nouvelles sur ses vieux jours ce qui permet à l'écrivain de lui pardonner à la fin.

     

    C'est un orfèvre du style permettant au lecteur voulant bien se laisser saisir de partager son horreur de la mort des deux assassins de « De Sang Froid » ou de tomber amoureux de Holly Golightly dans « Petit Déjeuner chez Tiffany », « novella » qui prend son sens lorsque l'on sait que le personnage est en fait une jeune allemande qui avait des ambitions de « cover girl », à défaut elle raccompagnait les messieurs aux toilettes, dont il a été passionnément amoureux, jeune « wunderkid », lors de son installation à Brooklyn pendant la Seconde Guerre Mondiale.

     

    Il est passionné depuis son enfance, comme tous les enfants qui ne sont pas très doués pour la vie sociale, par la littérature qui est toute sa vie, Harper Lee, son amie d'enfance, sa sœur, en témoignant partiellement dans « To kill a mockingbird », Capote qui vivait chez ses vieilles tantes vieilles filles non loin étant pour elle un « Merlin de poche » d'une imagination sans bornes, lui-même racontant ses moments en particulier dans sa correspondance et dans « la Harpe d'herbes » ou « Les domaines hantés », version abordant le pendant plus sombre de cette période de son existence dont la découverte de son homosexualité dans des conditions troubles alors qu'il avait une quinzaine d'années. Il ne faudrait cependant pas faire du délicat Truman un militant comme il en est qui le font de Proust, il n'en parle pas comme d'une « cause » à défendre.

     

    Ce recueil rassemble quelques portraits de célébrités (déjà parus chez Gallimard dans l'édition « Folio » de « Musiques pour Caméléons »), dont Colette qui lui offre un « bibelot » qu'il gardera toute sa vie, Gide portraituré en vieux sage indien, et Cecil Beaton, et d'anonymes et des impressions de voyages de l'auteur en Italie en particulier qui notait tout, et écrivait sur tout. Il se comporte avec les « petites » gens de la même manière qu'avec les privilégiés, n'ayant pas plus d'obséquiosité ou de respect pour les « grands » de ce monde ou les élites auto-proclamées.

     

    Le lecteur de ce livre, enfin surtout moi ami lecteur de ce texte, songe aussi au portrait de Proust par Léon Daudet dans ses « souvenirs littéraires » décrivant un être humain complexe à la fois un petit garçon inconsolable, une commère, un cynique désespéré, un auteur modeste, un auteur à l'ambition démesurée, écrivant « De sang froid » aussi pour que l'histoire retienne son nom. Ironie du sort, son œuvre majeure suivante qui devait s'appeler « Prières exaucées » aurait bien dû lu rappeler que c'est sur les prières exaucées que l'on verse le plus de larmes. Il a été mondialement consacré et il a ensuite connu une lente et longue déchéance jusqu'à sa mort, n'écrivant plus grand chose, ne terminant pas ce qui devait être son dernier « grand œuvre » se contentant de préfacer des recueils de textes et d'articles parus dans le « New Yorker » ou « Vanity Fair ».

  • La lecture de Truman Capote - un plaisir toujours trop bref

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    « Un plaisir trop bref » - Truman Capote

    9782264063540.jpg« 10/18 » publie la correspondance de Truman Capote. elle est une sorte d'autobiographie en creux de l'écrivain, offre un point de vue intime sur son travail de création. Le recueil commence par une lettre qu'il écrit à son père biologique alors qu'il n'a que douze ans. Les lettres sont présentées chronologiquement par Gerald Clark, universitaire américain qui le fait avec humilité et finesse. On y apprend que « To kill a mockingbird », le roman émouvant de Harper Lee, grande amie de Truman, raconte aussi leur enfance à tous les deux (Dill c'est lui). Mal aimés par son père et sa mère, il les aidera cependant jusqu'à leurs morts.

     

    Il envoyait quotidiennement des lettres à ses amis pour leur raconter les anecdotes les plus croustillantes sur son entourage et se moquer des salonnards, c'est aussi l'auteur d'un des romans anglo-saxons les plus réussis, une « novella » d'une centaine de pages, « Petit déjeuner chez Tiffany ». J'ai lu ce livre racontant les errements sentimentaux de oisifs new-yorkais une quinzaine de fois, et suis tombé amoureux de Holly Golightly dés la première lecture. Les imbéciles n'y verront pas un livre sérieux, il ne comporte aucun message ni admonestation politique.

     

    Il écrit également « De Sang Froid », chronique hallucinée de l'envers du rêve américain, une famille à la Norman Rockwell se fait massacrer par deux petits voyous sans envergure. D'aucuns n'y ont vu qu'une dénonciation de la peine de mort, d'autres n'y perçoivent que le récit clinique d'un faits divers atroce. Le livre était tout cela à la fois et beaucoup plus, en particulier une réflexion sur le mal implanté dans l'âme humaine.

     

    C'était aussi un livre monstre qui a certainement fini par complètement dévorer son auteur.

     

    A cause de l'enquête et du travail immense que ce roman a demandé, l'auteur a fini par sombrer dans une dépression qui l'a amené à trop boire, consommer beaucoup trop d'alcool et essayer quelques drogues. Le triomphe que lui offre cette œuvre fut aussi le début de sa chute. Il écrit beaucoup moins ensuite, excepté des chroniques parfois intéressantes que l'on retrouve dans « Musiques pour caméléons ». Il devient, comme Norman Mailer, Hunter Thompson, ou Gore Vidal un « bon client » des émissions d' « infotainement » de la télévision américaine dont celle de Letterman (à l'époque, on prenait la littérature beaucoup plus au sérieux).

     

    Cependant, même du plus profond de sa déchéance, Capote ressentait instantanément la qualité d'écriture d'un texte, ou sa médiocrité. Que n'aurait-il dit à une époque où n'importe quel génie méconnu à juste titre, peut se prétendre écrivain en déversant à l'aide de son clavier ses frustrations, sa bile des plus amères, ou ses fantasmes et oser appeler ça son œuvre hurlant à l'injustice si personne ne lit ses divagations sans style, le plus souvent pompées sur Céline, mais pas pour des raisons littéraires, ou Brett Easton Ellis pour ceux qui ont grandi dans les années 80.

     

    La littérature se noie en 2014, pour celle dont on parle car il existe des auteurs passionnants qui ne sont pas forcément là où on les attend, dans le déni de hiérarchisation des goûts et des couleurs. Ainsi que sur les rayons d'un supermarché, les chefs d’œuvre sont mis au même range que les « blockbusters », les livres demandant un tant soit peu d'ambition intellectuelle sont qualifiés de prétentieux et les auteurs que l'on voit encore sur les écrans invoquent sur tous les tons leur simplicité, leur proximité des « vraigens », leur « simplicité » , écrivant des livres flattant la fierté, si tant est que l'on peut parler de fierté à ce propos, d'être banal .

     

    Truman Capote, « Ca-po-tie », le nom du deuxième mari de sa mère, était un ludion extraverti, potineur et ragoteur, apparemment un mondain superficiel et un écrivain exigeant pour qui l'écriture engageait sa vie, son cœur, ses tripes, quelque chose que notre époque qui aime bien tout quantifier a du mal à comprendre. Il était en quête de l'affection de ses amis et proches, toujours inquiet de leurs sentiments. Finalement naïf, et candide, il s'imagine qu'en mettant en œuvre « Prières exaucées » son roman qui sera selon lui sa « Recherche du Temps perdu », il ne se fâchera avec aucun de ses amis dont il décrit les vices par le menu dans ce manuscrit.

     

    Il est notoirement homosexuel, sans aucune ostentation superflue, à une période où cela n'est pas si évident. Il rencontre en 1948 Jack Dunphy, vétéran de la guerre du Pacifique, son exact contraire, qu'il aimera et qui l'aimera jusqu'à la fin en 1984. Le dernier courrier de l'écrivain sera pour Jack, un télégramme court et déchirant...

     

    D'aucuns s'étonneront peut-être que l'auteur de cet article, moi-même ami lecteur, porte aux nues un auteur qui semble contredire par sa vie, et ses écrits, ce que je dis parfois sur la crise morale que nous traversons. En littérature, comme dans la vie, j'ai toujours eu horreur de la moralisation et des esprits étriqués qui s'interdisent pour les uns d'ouvrir un livre de Drieu car collabo, et qui ne liront pas Capote par peur de brûler en enfer car celui-ci leur rappellerait que c'est tout ce qui leur paraît superficiel et léger dans cette vie qui est le plus important, raison pour laquelle ils débutent toujours la mise en place de leurs idéaux par un bon petit autodafé, motif essentiel pour lequel je ne serai jamais de ceux qui veulent absolument faire le bonheur de l'humanité même contre son gré..

     

    image prise sur le site de 10/18

     

    ci-dessous la scène d'ouverture de l'adaptation remarquable de "Petit déjeuner chez Tiffany"