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sociologie

  • Prendre Sausage party au sérieux ?

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    Moraliser le cinéma

    dessin animé, sociologie, politique, société, cinéma, censure, sottise, religions, catholicisme, amaury watremezLa polémique, si on peut appeler ça ainsi car elle est picrocholine, autour du dessin animé pour adultes « Sausage Party », m'amuse beaucoup. Et je ne comprends pas trop : ceux qui condamnent « Sausage Party » sont dans le même temps pour une libéralisation encore plus marquée de l'économie, libéralisation qui entraîne mécaniquement celle des mœurs. Ou alors sont-ils hypocrites ?

     

    Cette discussion ridicule m'évoque également l'abbé Bethléem. Cet abbé a pratiqué tout le temps de son sacerdoce la censure attentive des œuvres littéraires et cinématographiques de son temps. Il s'est régulièrement trompé sur la valeur artistique de ce qu'il prétendait interdire au nom de la foi chrétienne manquant singulièrement de discernement sur la plupart des auteurs de livres et de films. Il s'est systématiquement trompé avec une constance qui inspire l'admiration.

     

    Il les aura tous manqué, y compris les écrivains catholiques...

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  • La semaine du développement durable : un exemple sur le terrain, l'Eure

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    On parle aussi du Développement Durable sur Agoravox

    Semaine du Développement Durable : du 1er au 7 Avril (voir site)

    On parle beaucoup du développement durable au sujet de Paris, de l'Ile de France, et des grandes agglomérations mais jamais en région ou dans les petites villes de province (ou de banlieue).

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    Ci-contre l'hotel de ville d'Évreux, photo prise ici

    Les articles en traitant vont rarement sur le terrain, se contentant d'aligner les grands principes sans essayer de voir les problématiques concrètes, les ignorant, voire les laissant se développer. On proteste de ses bonnes intentions, on organise des « fêtes de l'écologie » des fêtes de la « responsabilité écologique », et finalement, rien n'est fait. Pour parler de terrain, il semble qu'Évreux et le département de l'Eure sont deux excellents exemples.

    Avant que l'on accuse ce texte d'être négatif, signalons les initiatives très positives quant au développement durable à Évreux comme ce blog signalant les initiatives d'un collectif de citoyens.

    Le principal problème de l'Eure, et de sa préfecture, Évreux, c'est la difficulté à exister face à trois grandes métropoles proches : Paris, Rouen et dans une moindre mesure, Caen. Évreux devient un gigantesque centre administratif de second ordre où se concentrent quelques services et reste considérée comme une sous-préfecture de la Seine-Maritime. Les couches sociales représentées à Évreux sont donc principalement des employés, des salariés issus de la classe moyenne supérieure, des « cols blancs ».

    Les eurois et les ébroïciens sont donc dans leur grande majorité obligés de prendre leur voiture ou les transports en commun, pour ceux qui travaillent à Paris ou à Rouen, pour aller travailler, donc d'émettre un peu plus de pollution.

    Or, dans les deux cas, un problème se pose.

    ligne_evreux-louviers-rouen.jpg

    ligne Evreux-Rouen désaffectée ci-contre : image prise ici

    Rappelons également en passant que pour aller de Évreux à Rouen en train il faut passer par Paris, ce qui est un non-sens. La liaison ferroviaire de ces deux villes est un peu un « serpent de mer » qu'invoque tous les politiques du département au moment des élections, pour l'oublier ensuite totalement.

    Ce projet est d'ailleurs combattu en sous-main, ou non, car tout le monde en veut tant que c'est le voisin qui est embêté.

    Ce serait pourtant une solution pour désengorger la circulation dans ces deux agglomérations, un investissement lourd rapportant à long terme. Mais, comme partout ailleurs en France, on pense surtout au court terme et aux bénéfices électoraux rapides.

    En voiture, le matin, il suffit de regarder les véhicules que l'on croise pour aller à Rouen, on y voit à chaque fois une personne et une seule. Si des solutions de covoiturage sont proposées (sur la base du volontariat, et des propositions des conducteurs, voir lien), elles tiennent pour l'instant du gadget.

    On note d'ailleurs que les propositions mises en ligne sur le site du Conseil Général ne sont pas actualisées, ce qui montre l'intérêt qui y est vraiment porté.

    Du fait de l'augmentation des prix de l'essence, il est incompréhensible que ce système ne se développe pas beaucoup plus car il permettrait aux personnes obligées de prendre leur voiture de faire des économies substantielles.

    Le covoiturage plus développé permettrait également d'aider les habitants des communes rurales autour d'Évreux et des grandes villes du département et qui sont excessivement mal desservies :

    Souvent les habitants ne disposant pas d'un moyen de transport personnel ont le choix entre un car à 6h, 6h30 du matin, et puis plus rien jusqu'en début d'après-midi. Le fait que le billet ne soit qu'à deux Euros, ce qui en soit est déjà un progrès afin d'encourager à utiliser le car, ne change donc rien, les horaies étant souvent conçus en dépit du bon sens.

    De plus, personne ne semble tenir compte des correspondances. Par exemple, une personne voulant se rendre d'Évreux à Gasny en car prendra le car de 6h40, qui arrive à 7h15 à Vernon, soient 5 minutes après le départ du car pour Gasny.

    Le car a aussi une image déplorable, c'est le moyen de transport, dans la tête des eurois, excepté pour celui qui va à Rouen curieusement, des « moins que rien », de pauvres hères que l'on méprise plus ou moins.

    Ceux qui habitent Évreux et prennent le train tôt n'ont pas d'autre choix que d'aller à pieds à la gare ou prendre la voiture car le service de bus commence trop tard, ou ne dessert pas la gare, ce qui implique de graves problèmes de stationnement et de circulation.

    Prendre sa voiture devient, comme ailleurs, un geste automatique pour faire des trajets courts voire très courts, et ce pour toutes les générations, contre toute logique parfois.

    Alors que leurs prédecesseurs venaient au lycée en bus ou emmenés par les parents, les élèves arrivent maintenant dans leur véhicule.

    Ne parlons pas du week-end, où beaucoup sorte la grosse et belle automobile du garage, rutilante et bien propre, pour la montrer (même si on ne sait pas la conduire d'ailleurs), comme avant on s'« habillait » le dimanche car cela reste un geste d'ostentation sociale fondamental.

    On prend le 4X4 pour aller chasser car cela reste important de montrer ce que l'on peut se payer. Selon les professions, il devrait être possible de reconnaître chaque profession ou secteur d'activités d'ailleurs, ou si les personnes sont en retraite ou pas.

    Le programme de l'actuel maire d'Évreux incluait pourtant la création d'une zone piétonne au coeur de la ville, pour l'instant, celle-ci se limite à deux petites ruelles de part et d'autres de la fontaine de la place de l'Hotel de ville. Les commerçants du centre n'en veulent pas, ne concevant les déplacements de leurs clients potentiels qu'en voiture pour le moment.

    On ne peut leur donner tort car c'est le cas également pour leurs clients.

    C'est tout juste symbolique.

    Les mentalités n'ont guère évoluées, que ce soit pour aller acheter du tabac, le journal, poster une lettre, les ébroïciens, comme les eurois venant à Évreux, préfèreront prendre leur automobile quitte à se garer en double-file ou sur les places handicapées, ce qui n'est de toutes façons que très rarement pénalisé.

    Il ne devrait pourtant pas y avoir autant de problèmes de stationnement du fait du parking de la place du marché et de celui derrière l'hotel de ville, sans parler des plus petits emplacements pourtant très proches, ou des possibilités de circulation en bus.

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    photo ci-contre à Guichainville prise ici

    Et alors qu'il était question de largement développer les transports en commun afin de rassurer justement les commerçants du centre-ville, « l'ébroïbus » qui était une navette très pratique pour les personnes âgées comme pour les enfants, ou les habitants sans moyen de locomotion, a été supprimé alors qu'il aurait été largement plus pertinent d'envisager une deuxième ligne l'utilisant !

    A l'agglomération d'Évreux, on parle beaucoup du développement durable, mais on se contente pour l'instant de quelques mesures qui sont certes spectaculaires mais très modérément et concrètement incitatives, tout en favorisant les quartiers électoralement les plus intéressants (coutume française qui est effectivement répandue un peu partout dans notre pays et qui n'est pas le fait seulement de cette commune).

    Sur le lien indiqué ci-dessus, j'ai eu beau chercher également une information sur la question des livraisons intempestives en plein Évreux à n'importe quelle heure du jour, ce qui bloque la circulation à chaque fois alors que cela n'aurait pas lieu d'être, je n'ai rien vu. On est assez étonné de constater que des poids lourds continuent à circuler dans Évreux malgré les préoccupations affichées par la droite et la gauche au Conseil Général ou à la municipalité quant à l'écologie.

    Il est même question de réhabiliter le quartier de Nétreville en en faisant un quartier écologiquement responsable, ce qui est bel et beau, et qui entraîne un effet d'annonce là aussi tout bénéfices pour les futures échéances , mais avant peut-être conviendrait-il de songer à résoudre les problèmes de développement durable en urgence.

    Il s'agit finalement pour les politiques et les décideurs de faire preuve de courage, sans pour autant stigmatiser forcément les automobilistes, qui sont déjà des « vaches à lait » quant aux taxes qu'ils subissent déjà

  • Qui a peur des « queer studies » ?

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    On en parle aussi sur Agoravox

    Ne vous leurrez pas, les « queer studies » ne sont pas une pratique sexuelle pimentée genre sadomasochisme même si on peut considérer qu'assister comme votre serviteur à trois heures de conférence sur le sujet y ressemble plus ou moins.

    tumblr_kzvx0thx3o1qzfv8po1_5001.jpgCelles-ci ont engendré la création de la théorie du « care », dont Martine Aubry dit vouloir s'inspirer pour le prochain programme du PS. Pour répondre à la question mise en incise, oui ça fait un peu peur quand même malgré le grotesque des conclusions des chercheuses en « queer studies », car ce sont principalement des femmes qui sont à la base de ces études, des universitaires « radicales » de la Côte Ouest souvent issues de mouvements homosexuels radicaux, comme Judith Butler (voir photo ci-contre) ou Joan Tronto, (voir photo ci-dessous). Cependant, écouter ce genre de péroraisons a au moins un avantage, elles ont l'avantage de mettre en lumière les contradictions assez énormes quand même de la gauche « bobo », de certaines féministes et d'associations homosexuelles.

    La conférencière que nous avions était très pédagogique et didactique, mais derrière on sentait un dogmatisme assez rude malgré sa voix très douce et son look de jeune fille de bonne famille très sage qui attend le Prince Charmant qui saura combler ses attentes. C'était d'ailleurs le genre de jeune personne que l'on trouve dans tout les partis politiques, toutes les associations, communautés religieuses laïques ou pas : exaltée, on sent qu'elle ne vit que pour sa cause, et qu'il n'y a que ça qui compte. On devine derrière la pathologie, la frustration ou toutes les névroses que cela cache et qui font froid dans le dos. On aurait presque pitié pour elle.

    On la devine en rupture de ban, d'un milieu plutôt BCBG.

    Cela s'entend.

    Elle commence par définir ce que l'on doit entendre par « le genre », et elle le précise bien c'est « comme ça et pas autrement ». Ce qui est déjà assez paradoxal pour des gens qui reprochent au Pape d'être dogmatique; Donc le genre c'est la différenciation sociale entre filles et garçons, qui, selon les « queer studies » n'existe pas au niveau physiologique, la différenciation sexuée biologiquement constatée depuis des millénaires par les filles et les garçons ne comptant pas selon elle puisqu'il y aurait des hommes qui auraient un génotype plus féminin que des femmes, les homosexuels et les adeptes du travestissement, et des femmes qui auraient quant à elle des gènes plus masculin, les lesbiennes. Ce serait parce que les parents les y obligent, les y forcent, que les filles joueraient à la poupée et les garçons aux petites voitures.

    tronto.jpgOn apprend donc que les homosexuels sont de grandes folles pour les adeptes du « queer » et les lesbiennes des « camionneuses », ce qui fait déjà sourire car il n'est pas rare d'entendre les mêmes dire exactement le contraire en cas d'œuvre jugée homophobe. Donc les opinions sont flottantes, en quelque sorte, on pense ce que l'on veut et quand ça arrange, rien que sur ce sujet.

    De plus, on y apprend qu'en quelques sorte l'homosexualité est génétique et donc ne résulte pas d'un choix contrairement à ce que les associations homosexuelles qui sont pourtant toutes adeptes des « queer studies » proclament depuis longtemps, ce ne serait donc pas un choix mais une sorte de maladie génétique ? On distingue derrière à la fois un mélange de puritanisme et finalement on retrouve le même discours sur le sujet que certains extrémistes passés, présents et futurs.

    La conférencière continue sur ce sujet, elle dit deux fois : l'homosexualité est une transgression.

    Là encore, on sourit jaune, sur tous les tons on répète dans les médias que c'est un comportement normal, un choix de vie équilibré, que la plupart des couples homosexuels sont parfaitement équilibrés, et là sans crier gare, la jeune femme nous entretenant des « queer studies » nous dit comme un inquisiteur des bonnes mœurs que c'est une transgression.

    Que choisir alors ? Est-ce une transgression ? Ou un mode de vie totalement acceptable ? Là encore, on devine derrière ce genre d'opinions professées sur un ton docte et savant tout le vécu de cette jeune personne, qui a donc finalement encore du mal à en finir avec son complexe d'Électre (complexe d'Oedipe pour les garçons, Électre pour les filles), qui voudrait bien justifier ses propres choix moraux se sentant finalement coupables de ressentir des désirs qui sont encore pour elle une faute morale. La plupart des chercheuses en « queer studies » ont d'ailleurs toutes ce genre d'histoire familiale compliquée, étant toutes en rupture avec leur famille et milieu d'origine. Dont elles conservent cependant les préjugés (et les non-dits).

    Quand la conférencière nous entretient de ses interventions avec des médiatrices de quartier on sent bien que c'est elle qui sait et qui prêche la bonne parole à de pauvres diablesses ignorantes et toutes imprégnées de préjugés populaires et vulgaires.

    Les « queer studies » ont débouché sur la théorie du « care » qui prend pour base le fait que les femmes s'occupant mieux que les hommes des enfants ou des personnes âgées, elles sont capables de plus de sollicitude et que donc cela peut amener à la création d'une société où la sollicitude deviendrait la norme, une certaine forme de sollicitude on va le voir. Là encore, on distingue donc une différenciation entre les sexes, puisque les femmes auraient donc cette possibilité en plus des hommes. Mais cette différenciation semble avoir échappé aux théoriciennes du « Care » et des « queer studies », celle-là en somme ce n'est pas grave de ne pas la voir. L'universitaire nous présentant tout cela s'est en quelque sorte trahie puisqu'elle a commencé par dire « les femmes tradition...par nature font preuve de plus de sollicitude » que les hommes. Ce qui veut donc dire que la sollicitude est inscrite dans les gènes, et que c'est encore une différenciation, celle-ci donc génétique et physiologique, donc là encore ça n'existe pas, sauf que là si.

    Encore une fois, on nous dit une chose et son contraire. François Ier et moi-même, qui sommes de sales machos phallocrates et réactionnaires, pourrions ici rajouter que c'est normal : « Femme varie bien fol qui s'y fie ».

    Cette sollicitude est à double entrée, elle concerne celui qui en fait preuve et celui qui la reçoit. Pour que ça marche il faut que celui qui en fait preuve soit content de le faire et sente qu'il a la responsabilité de le faire, sinon il a le droit de refuser de faire quelque chose. Et il peut alors alerter les autorités compétentes sur le problème à traiter. Concrètement, si un SDF est en train de mourir de froid sous ses yeux, il a le droit de ne rien faire si il ne se sent pas responsable du sort du sans-abri, et alerter alors les services de l'état sur la situation du pauvre diable. Il ne faut surtout pas se sentir coupable de la pauvreté, ni même s'en sentir responsable.

    Comme le disent les braves gens au chaud : « C'est pas de not' faute, on y peut rien, allez ! » croyant bon alors de rajouter «  et pis y'en a de toutes façons, y veulent pas qu'on les aide, hein ! ». Finalement, les « queer studies » et les théroriciennes du « Care » réinventent le discours de café du commerce sur la pauvreté et il y a aussi une ressemblance très nette avec le discours puritain anglo-saxon sur la question sociale.

    18424342.jpgL'altérité c'est d'abord se soucier de soi pour les idéologues du « Care ». C'est une conception très consumériste finalement du « genre » et du sens de l'autre. Je paye l'autre de sollicitude seulement si je le décide ou si j'ai envie de consommer de la charité, si je n'en ai pas envie, en somme l'autre peut crever.

    Bien sûr c'est encore une utopie, mais une utopie qui gagne du terrain dans tous les « think tanks » politiques libéraux ou socio-démocrates inspirant les politiques actuelles et à venir. Et une utopie assez effrayante car cette utopie demande à faire preuve d'une grande docilité aux normes édictées, bien sûr, pour le bien de tous, c'est ce que disent toujours les disciples de ce genre de théories finalement délirantes, c'est pour notre bien qu'il faut accepter de perdre notre liberté.

    La docilité demandée ne serait pas imposée par la coercition mais par la violence du nombre, du troupeau, qui semble déjà prêt à accepter tout cela. Du point de vue littéraire, ce genre de dystopie correspond tout à fait à celle décrite dans « Un bonheur insoutenable » (photo ci-dessus, issue d'un projet d'adaptation par Andrew Nicoll) d'Ira Levin, ou « Le Meilleur des mondes » d'Aldoux Huxley ou "THX 11378" (bande annonce ci-dessous) de Georges Lucas, un cauchemar propre sur lui et aseptisé mais un cauchemar.

    Il me semble aussi vu la dangerosité de ces théories les ennemis politiques d'hier auraient tout intérêt à conjuguer leurs forces pour les combattre plutôt que se perdre dans des polémiques maintenant souvent dépassées.


    Trailer - THX 1138 - George Lucas
    envoyé par Malmignatte. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

  • Le christianisme est-il un communisme ?

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    Ami djeuns, lecteur qui vient trouver ici des trucs sur "Secret Story", tu seras déçu, aujourd'hui on fait dans l'intello...

    alain_badiou.jpgJe viens de lire deux, trois articles très intéressants parlant d'Alain Badiou qui affirme que Saint Paul était communiste, ou du moins collectiviste. On peut aussi rapprocher les travaux de Marx des écrits de Saint Augustin. Il y a aussi plusieurs sermons de Bossuet, des pamphlets de Bernanos ou de Léon Bloy contre les bourgeois et leur bien-pensance qui donnent superficiellement raison à Badiou, contre les catholiques qui n'allaient pas jusqu'au bout de la radicalité évangélique. Il est vrai aussi que les premiers chrétiens vivaient dans des communautés fondées sur un partage complet et équitable des richesses. Ce qu'ils ont oublié maintenant pour beaucoup, malheureusement, oubliant même la fraternité avec leurs frères et soeurs d'Orient. Il est vrai aussi qu'un chrétien ne peut pas être libéral sans se dédire.

    st-paul.jpgMais les buts sont radicalement différents. Comme l'a rappelé Benoît XVI dans "le sel de la terre" avant qu'il ne devienne Pape, le but du christianisme actuel quant à la société est de faire évoluer celle-ci du rapport de forces obligatoire à une société plus fraternelle, par une spiritualité solide mais pas par l'affrontement ou la révolution. Il y a aussi que le but des idéologies (à l'inverse c'est la même chose pour le libéralisme qui aimerait bien créer un "homo consommatorum" docile et polyvalent) est de créer un homme nouveau, tandis que celui de la foi chrétienne est que l'être humain le devienne enfin pleinement, avec toutes ses faiblesses. Avec la théologie de la Libération, on a pu croire qu'une alliance était possible. Mais prétendre que l'on tue au nom d'un Dieu que l'on place à ses côtés, comme ceux d'en face, c'est un blasphème.

    Badiou et Saint Paul ne sont pas si éloignés, après tout Saint Paul s'inspire du stoïcisme et de l'épicurisme. Mais la Foi les sépare, peut-être pas pour très longtemps, qui sait ?

  • Sarkozy avant Sarkozy par Jean Genet

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    giacometti_jean_genet.5.jpgOn aime ou on n'aime pas Genet (moi ça dépend des écrits, j'ai quand même du mal avec "les paravents"), mais dans ce texte, il a curieusement des accents presque à la Léon Bloy sur les bourgeois et notre société "de porcs" en général, et aussi sur les libéraux-libertaires décomplexés actuels, "né(s) roturier(s) qui veut(lent) apparaitre doré(s)". Comme quoi entre un pêcheur et un mystique, il n'y a pas tant d'espace.

    extrait d'un manuscrit inédit écrit en 1947 et mis en vente ce week-end au salon international du Livre Ancien

    "...La jactance solennelle, la conviction courroucée, et le langage si vide qu'on n'y peut découvrir la moindre idée car elle serait fausse"

    "Aujourd'hui il lui faut l'or et les breloques afin d'avoir le pouvoir absolu. Car il croit qu'il existe. Le pouvoir, pour lui, ce n'est pas un sommet -Il déteste les côtes-, c'est une sorte de solitude où l'air serait moins pollué qu'ailleurs. Des ampoules d'air solitaires, appelées peut-être par ses phrases ampoulées. Pour y arriver, il faut de l'or. Il en faut pour acheter le pouvoir solitaire qu'il croit déjà aux enchères".

  • La criiise !

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    Sur plusieurs blogs, les discussions font rage concernant la crise. J'ai repris là quelques commentaires laissés sur un salon de discussion.

    070420_bourse_contexte.jpgL’épargne des particuliers entretient la capitalisation de l’économie qui crée une dynamique capitaliste, au début Adam Smith ou Jean-Baptiste Say pensaient que la richesse retomberait ainsi, comme par magie ?, sur la tête des riches et des petites gens car c'est également une idéologie profondément matérialiste ; Il me semble que cela n’a pas eu lieu, 7.3 millions de personnes vivent actuellement en France en dessous du seuil (statistique) de pauvreté. Maintenant, depuis quelques années, des économistes comme les Friedmann père et fiston se satisfont qu’il y en ait quelques uns qui restent en rade (ce que l’on appelle les “Left behind”) saloperie justifiée par les pentecôtistes américains relayés chez nous par d'autres bons apôtres et Raminagrobis doucereux. La solution ahurissante trouvée par les dirigeants des sociétés consuméristes actuels est ahurissante : Injectons des liquidités encore et encore et encore dans l’économie, capitalisons de plus en plus jusqu’à l’explosion sociale (ça ils omettent de le préciser).
    gare.jpgLe concept de “middle class”, je crois ne pas le tirer de mon chapeau. Il est employé par les sociologues depuis quelques temps déjà. Et il correspondait à une réalité symbolisée en France par le développement des lotissements en périphérie des villes et la rurbanisation. On en arrive maintenant à revenir vers la situation antérieure aux “30 glorieuses”, à savoir des très riches d’un côté et des très pauvres de l’autre. C’est cela je pense que les libéraux persistants appellent l’avenir.
    Prenons l’exemple de l’agriculture. L’agriculture hyper-capitalisée mène au lessivage des sols, à la ruine des campagnes désertifiées ou servant de refuges à quelques bourgeois bohèmes ou libéraux-libertaires en quête d'authenticité frelatée de bons sentiments, à l’endettement surréalistement immense des paysans, à la hausse des prix et la spéculation sur des denrées indispensables. Un tissu de petites exploitations, basées sur une utilisation rationnelle et mesurée des ressources assurent la continuité du marché, la survie des exploitants et en plus permet de donner à manger à tout le monde. Cela a été très timidement développé par l’agriculture dite bio.

    cuve_depart.jpgAu “take off” économique de la France en 1842, le capitalisme a d’abord entraîné la perte de leurs terres pour les petits agriculteurs puis leur exode massif vers la ville où ils sont devenus ouvriers ainsi que tous leurs compagnons de misère moins fortunés encore comme les manouvriers ruraux, sans aucun droit de rassemblement ou de revendication bien sûr. On pourrait parler des gamins de 4 ans dans les mines pour dénicher les poches de grisou, des fillettes employées en ateliers, des femmes ouvrières sur lesquelles le contremaître avait tous les droits etc…C’était chouette. Et je ne parle pas des filles-mères, à qui l'on avait tout ôté y compris leur dignité et le respect d'elle-même, obligées de choisir entre le bordel et les aiguilles de l’avorteuse, c’était cool. Les gros porcs hypocrites pouvaient alors en basculer une ou deux de temps à autres dans les maisons dites de tolérance en payant ce qui leur donnait l’illusion de faire la charité.

    Ce système économique a entraîné par sa dynamique un progrés technique et industriel sans précédent, de la machine à vapeur à Internet qui permet de faire voyager ses bêtises d'un bout à l'autre de la planète de manière instantanée. Mais il a coûté aussi cher en vies humaines, si ce n'est plus, que les totalitarismes, et a engendré cette société qui nous entraîne chaque jour un peu plus vers l'abîme.

    Mes sources : "Histoire du capitalisme" de Paul Bairoch, universitaire américain ; les livres de Milton et David Friedmann, Naomi Klein, les cours d'histoire économique de Jacques Marseille à Nanterre (hé oui j'ai subi, je connais bien donc), les chroniques de Bernard Maris.

  • "Les origines du totalitarisme : le système totalitaire" - Hannah Arendt

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    uewb_01_img0038.jpgJe suis en train de profiter des vacances pour relire cet excellent livre qui offre sur la question des réflexions essentielles, et puis le fait que les totalitaires de gauche (ils retrouvent un certain "dynamisme" depuis les livres d'Alain Badiou qui dans son dernier n'a pas un mot pour les crimes du stalinisme) prennent Hannah Arendt pour une vendue du grand Capital, ce qui équivaut au jugement des totalitaires de droite (qui ne sont pas seulement deux ou trois skin-heads caricaturaux, on en trouve maintenant un peu partout)  pour qui elle est une intellectuelle juive corrompue me la rend immédiatement sympathique.

    Le but des totalitarismes, que ce soit le stalinisme ou le nazisme, c'est la création d'un être humain nouveau. Afin de résoudre la question du mal, de l'injustice, de l'iniquité, les totalitarismes remettent tout à plat, quitte à massacrer ceux qui ne veulent pas de cette nouvelle humanité, considèrés comme fous car appréciant une humanité considèrée comme mauvaise et corrompue, on voit bien donc là que l'argument d'opposer aux tenants des idéologies totalitaires le nombre des victimes ne les fera pas changer d'avis car dans leur esprit l'humanité nouvelle peut bien entraîner le sacrifice de quelques milliers, voire millions, de personnes égarées, ce n'est même pas une question pour eux. C'est un moment difficile à passer c'est tout. Les uns pensent y arriver par ce qu'ils appellent une "purification de la race" (aryenne, etc...), les autres par l'égalitarisme et la dictature du prolétariat, voire de manière plus cachée par le consumérisme effréné ce qui est une autre forme de totalitarisme, tout aussi arbitraire et odieux. Ce que permet de comprendre Hannah Arendt, c'est que l'on ne peut pas non plus mettre en balance les crimes du nazisme et les crimes des systèmes communistes, on ne peut les opposer, ce ne sont en fait que deux manifestations du même problème qui est le totalitarisme. De là aussi bien sûr la fascination des uns pour les autres car ils ont en somme le même but.

    Le tout explique le rejet absolu de la religion qui correspond dans l'idéologie totalitaire à l'être humain non "régénéré" fût-ce dans le sang, "régénération" qui pour ma part ne me fait aucune envie. Enfin, il y a un écueil à éviter avec ces idéologues c'est de débattre avec eux...

  • Les sites de rencontre sur Internet

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    0d79a76605a83b263b757c90d16dc9b2.jpgAu cybercafé où je vais parfois pour mettre en ligne mes textes sur ce blog, je peux observer à loisir de charmants individus s'acharnant à rencontrer gràce à Internet des jeunes filles ou jeunes femmes. Fascinés par l'écran, ils sont parfois accompagnés d'un ami qui ricane avec intelligence en voyant la photo d'une interlocutrice, je transcris ce genre de texte d'une exquise délicatesse : "Wah, t'as vu la meuf comme elle est trop bonne la salope". Comme nous le voyons, nous nageons dans la carte du tendre et nous sommes immergés jusqu'au menton dans le romantisme le plus échevelé. Il m'arrive de regarder subrepticement les accroches que ces séducteurs raffinés, le regard éveillé devant leur écran, utilisent afin de plaire : "T bonne ?", "T'as des gros einsses ?". On le voit leur entrée en matière est directe et ne s'embarasse pas des circonlutions de langage hypocrite auxquels nous obligent la société bourgeoise moralisatrice (oui, je sais j'ai ma carte de chrétien de gauche pour pouvoir dire cela). Ne parlons pas des charmants "kikou", "Lol" et autres rites de langage djeune qui ne sont pas du tout énervants.

    3c0e43d985a13c256473e01fd8ef8f60.jpgJ'admets que depuis le commencement des temps humains, quand un homme veut éxécuter avec une dame le simulacre de la reproduction, il le fait en lui offrant un truc à manger, au départ c'était un bout de Mammouth cru, maintenant c'est des trucs un peu plus compliqués et puis il faut payer aussi le repas pour les deux à moins qu'elle ne soit heureusement féministe ou indépendante et décide de partager. Bien sûr, il est très difficile de choisir dans la jungle des sites de rencontres qui, de toutes façons, ne sont jamais gratuits très étrangement. Il faut bien exploiter la solitude, il faut bien vendre le bonheur, rien n'étant gratuit dans une société marchandisée même autant communicante. Je connais quelqu'un qui s'y adonne et qui m'a dit, sous le sceau du secret sinon je ne l'aurai pas cru : "Tu sais, il y a des animatrices payées pour ça sur ces sites". Non ? Ce n'est pas possible, c'est comme si l'on me disait que la rencontre entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy n'est pas le fruit du hasard, je ne puis le croire...

  • Les subtilités du langage d'jeuns - aujourd'hui : "il est dard" (l'orthographe est celle que je suppose correcte)

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    ed4c62ce84defaf380812ee381fbce4c.jpgJ'entend cela plusieurs fois par jour autour de moi : "il est dard". Au début, j'ai pensé que c'était une simplification du verlan pour radin mais en fait ça veut dire pleins de choses : "il est bien", "il est beau", "il est intelligent", mais se dit aussi de quelqu'un lent à comprendre, "il est bête donc dard" voire fou, "il est dard donc malade". Nan, mais franchement, amis académiciens, littérateurs, arrêtons de casser les pieds à nos 9e52a2f9ccb6006a46210f66333c9e00.jpgchères têtes blondes avec l'accord du participe passé et les classiques des Lettres (à propos savez vous que le mot académie vient du fait qu'il y avait auparavant une grand boulangerie quai Conti où la mie et la croûte étaient vendues à part, les riches pouvant seulement acheter les deux sous l'Ancien Régime, on disait : "C'est là qu'à des croûtes, c'est là qu'y a des mies", d'où le nom, source desprogienne dans les "Réquisitoires du tribunal des flagrants délires"), ces enfants inventent en ce moment des mots plus simples et beaucoup plus passe-partout. Cela va nous simplifier la vie comme "relou" ou le formidable "ça le fait" finissent par s'entendre partout. A bas l'imparfait du subjonctif ! C'est trop "dard" et pas assez !

    Chers petits amis : bientôt nous aborderons le "ça l'fait" 

  • Mal au crâne et misanthropie

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    30fe81cd07b4b45079adb019e805e6b6.jpgQuand j'ai mal au crâne, ce n'est pas à moitié jusqu'au moment où je prends enfin l'aspirine libérateur. Entre temps, cela augmente en moi ma misanthropie : je ne supporte plus du tout la foule, la musique déversée à la tonne par les hauts parleurs en cette période de pré-Noèl, les vulgarités deversées à la tonne également par la plupart des gens croisés (tous des ploucs sauf moi en cas de mal au crâne) et j'ai envie de reprendre toutes les fautes de grammaire ou de style entendues, dîtes-moi tout, c'est certainement très grave Docteur ? Mais finalement, ce n'est pas seulement la faute du mal au crâne, cette époque est vulgaire, grossière et sans intérêt, puisque sa définition du bonheur ne réside que dans la possession de grigris plus ou moins technologiques. Je ne supporte plus la pseudo-fraternité de la proximité des fêtes, cette sensiblerie mièvre et frelatée. Peut-être que la migraine me fait tourner vieux con après tout...

  • Le culte des icônes en Grèce

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    J'ai beaucoup d'affection pour les liturgies orientales et leur spiritualité tournée vers la lumière de la Résurrection. Katerina Seraïderi a eu la gentillesse de me prévenir de la sortie de cet ouvrage sachant ma passion pour les chrétientés orientales...

    Le culte des icônes en Grèce
    Toulouse, Presses Universitaires du Mirail,
    coll. « Les Anthropologiques », 2005, 256 p.

    Un livre de Katerina Seraïdari 

    Recension de Mickaël Wilmart
    Texte intégral

    383dfca504ca20cf2b42d72b1cf96d94.jpgCe livre, fruit d'une enquête de terrain (principalement dans les îles des Cyclades) qui s'est poursuivie de janvier 1997 à juillet 2002, est une contribution essentielle à notre connaissance des pratiques religieuses autour des icônes. Jusqu'ici les recherches sur les icônes avaient surtout intéressé les historiens d'art, dont les travaux d'Hans Belting sont la meilleure illustration, ou s'étaient concentrées sur les querelles théologiques autour de l'iconoclasme (Marie-José Mondzain). Profitant de la voie ouverte par Michael Herzfeld pour une approche anthropologique de la construction identitaire en Grèce et par Jill Dubisch pour l'application d'une gender anthropology sur les pèlerinages des Cyclades, K. Seraïdari nous offre un ouvrage riche par ses descriptions ethnographiques et ses interprétations.

    Dès l'introduction, l'auteur explique clairement le rôle joué par les icônes non seulement dans la religion orthodoxe, mais aussi dans l'affirmation de l'identité de la communauté, nationale ou locale. Elle développe ce dernier point dans la première partie intitulée « De l'Histoire sainte à l'histoire des icônes et des communautés ». En retraçant l'histoire légendaire des icônes locales, en confrontant les versions érudites et les versions populaires et en faisant apparaître les liens étroits entre les constructions identitaires au niveau national et au niveau local, l'auteure met à jour un schéma identitaire complexe dont l'icône constitue le pivot. Par ses manifestations spatiales et mémorielles, le culte des icônes redéfinit sans cesse la communauté qui prend comme référent la Sainte Famille et la transpose à la famille insulaire ou nationale. Les vicissitudes, légendaires ou non, des icônes permettent l'identification immédiate de l'Autre (musulmans de l'Empire ottoman, Italie fasciste) et leur caractère miraculeux est le plus souvent lié à la sauvegarde de la nation comme dans le cas de la Vierge de Tinos réapparue au début de la guerre d'indépendance.

    f113099aca5faf9557912c1cda253391.jpgLa deuxième partie du livre « Icônes itinérantes entre l'Église et la maison » s'attache à un phénomène peu étudié jusqu'ici, celui de la circulation, dans certains îles cycladiques, d'icônes logées pour un temps déterminé chez les habitants qui deviennent alors paniyiras. Cette circulation conduit à déplacer et à atténuer l'opposition entre le domaine sacré (sanctuaire dont dépend l'icône) et le domaine du profane (l'espace domestique qui l'accueille). Chaque icône a, ainsi, sa liste d'attente (de l'ordre de plusieurs décennies pour certaines) et change, chaque année, de mains. Chaque île a son propre système de rotation. Ainsi à Sifnos, l'icône de Chryssopiyi reste dans son ermitage le jour de sa fête, demeure quinze jours entiers chez le paniyiras après sa réception, quinze autres jours avant sa fête et toutes les nuits de l'année alors que pendant le jour, elle est déposée dans l'église paroissiale de son hôte. À Sikinos, l'original ne quitte jamais l'église paroissiale (sauf le jour de la fête) et c'est une copie qui passe l'année chez son paniyiras. Copie et originale sont alors réunies le jour de la fête mais la pratique montre que la copie n'est pas toujours identique à l'originale et que celle-ci n'est pas toujours la plus vénérée. En effet, dans cette même île, la maison du paniyiras se transforme en véritable lieu de dévotion. Pour K. Seraïdari, la rotation de ces icônes assure l'unité de la communauté et permet d'assimiler celle-ci à une « grande famille ».

    La dernière partie de l'ouvrage porte sur les rôles joués, respectivement, par les femmes et les hommes lors des fêtes religieuses et montre que l'apparente unité de la communauté est, en fait, constituée de groupes distincts qui ont chacun leur place définie. Au-delà d'une anthropologie du genre, l'exemple de l'île de Nissyros met en avant ces groupes, séparés non seulement entre hommes et femmes mais aussi entre autochtones et étrangers, auxquels viennent s'ajouter, comme un dernier ensemble à la position plus floue, les émigrés revenus pour la fête de l'icône. Dans cette île, la fête se déroule en deux temps : du 6 au 13 août, les femmes font pénitence dans le sanctuaire auquel les hommes n'ont accès que le dernier jour ; ces derniers se chargent du repas entre le 14 et le 15 août. À Limni, lors du déplacement de l'icône, hommes et femmes ont également un rôle différent : les hommes la portent lors de la traversée du village et les femmes s'en chargent entre le village et l'ermitage. Dans ces deux cas, on voit comment les hommes entrent en scène sur la place publique du village, se portant garant à la fois de la tradition et de la bonne marche de la partie la plus visible de la fête, tandis que les femmes occuperaient une sphère extérieure à l'espace de la communauté (sanctuaire à Nissyros et campagne à Limni).

    11fbb6d30e33299bc57864b034df81af.jpgCependant, cette dernière partie est surtout marquante par les descriptions des pratiques exécutées autour de l'icône. Les descriptions ethnographiques, effectuées par l'auteure tout au long de l'ouvrage, constituent un des points forts de ce livre. Le travail d'enquête est, en effet, exceptionnel et offre une vue presque interne du sujet. On s'aperçoit, ainsi, que les pratiques sont loin d'être codifiées, que les gestes sont très souvent personnalisés et que la fabrication de l'icône elle-même peut s'avérer surprenante (à l'exemple de cette icône créée à partir d'un sac plastique). Ce qui marque le plus le lecteur est, sans doute, cette recherche de l'intimité avec l'objet de dévotion. Certes, l'icône est un élément identitaire pour la communauté mais elle est avant tout une représentation divine qui attire, directement à elle, de forts sentiments dévotionnels. On désire plus que tout accueillir l'icône chez soi ou la porter lors des processions, on communique avec elle en rêve, on dort parfois dans la même pièce et, surtout, on cherche à entrer en contact avec elle par les gestes les plus divers. La description de ces gestes rend beaucoup plus intelligible l'intensité de ces dévotions et permet d'aller plus loin que l'étude d'un culte collectif. Si ce livre peut paraître court pour un sujet aussi dense, il se caractérise par la richesse réelle des pistes ouvertes sur les cultes contemporains et le regret de son format n'est dû qu'à l'envie qu'il donne d'en savoir un peu plus.

    Pour citer cette recension

    Mickaël Wilmart, « Le culte des icônes en Grèce », Archives de sciences sociales des religions, 134 (2006), [En ligne], mis en ligne le 11 septembre 2006. URL : http://assr.revues.org/document3617.html. Consulté le 19 septembre 2007.

  • Soucoupe dans l'astral

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    J'aime beaucoup ce reportage de Jean Teulé sur un couple de farfelus comme on en voit peu.

  • Réapprendre la politique

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    Politique passive
    c15f7212356a7fc62dd17a1d06319b0d.jpgLa politique dans son ensemble intéresse de moins en moins les français, qui s'engagent de moins en moins dans la réflexion. Par ailleurs, les milieux associatifs subissent passivement les nouvelles lois sans trop se poser de questions.
    On peut être sûr que depuis la période des élections, certains y cont cru discerner à nouveau un "sursaut citoyen", les jeunes et moins jeunes seront plus passionnés par "Secret Story" que par les débats qui pourtant engage leur avenir. C'est une faillite de l'ensemble du système éducatif dont ils ne sont maintenant que des consommateurs et 1785bc81945184c9c7661d5aff8ac53f.jpgnon des acteurs. Certains comme leurs parents sont déjà blasés et pensent que cela ne sert à rien, mais s'ils ne font rien, rien ne changera ou changera sans eux.
    Il y aurait pourtant de nombreux thèmes de débats : l'écologie pour laquelle il est presque trop tard, la pauvreté endémique et la précarisation sans cesse accentuée, l'aide aux continents moins favorisés, l'indifférence généralisée pour les autres, etc. Le seul sujet qui passionne une certaine catégorie de jeunes est la légalisation du cannabis.
    Enfin, pourtant noyés sous un déluge continu d'informations, les plus jeunes comme les plus vieux n'ont plus aucune référence culturelle, consommant au jour le jour, oubliant même des films trois ans après dans leur quête effrénée de nouveaux biens à consommer.

    Titre : Les Français et la politique - Problèmes politiques et sociaux N° 865 | Auteur : Anne Muxel, Collectif | Editeur : Documentation Française (La)

  • Le conformisme naturel de nos sociétés - Essai de Patrick Bollon

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    Communautés fermées
    072175e30ae4f66a0a79f222f52af615.jpgLes groupes, les tribus, les communautés, les ethnies, les spiritualités de tout style, les signes de reconnaissance, dont le statut social et l'apparence, sont en fait les piliers de notre époque...
    Un vague accord entre tout les individus de la société censure à la source toute possibilité de subversion ou de contradiction réelle car il y a aussi la pseudo-subversion établie qui sert vaguement de justification à l'instinct grégaire actuel.
    Comment passer pour original alors que comme dit la sagesse" populaire" : "tout les goûts sont dans la nature et réciproquement" ? Doit-on chercher à être original ? C'est un autre conformisme. Il y a bien sûr des valeurs repères, comme dirait un créatif de pub, qui dominent, une sorte d'humanisme "light" qui consiste plutôt dans la formule : "je te laisse tranquille si tu me laisses tranquille, chacun chez soi", une mixité culturelle, certes louable, mais réservée aux franges les plus favorisées de notre monde. Il y a des méchants utiles qui permettent de rester un tant soit peu éveillé mais que l'on oublie une fois l'orage passé pour voter plusieurs fois pour le Loft ou toute autre connerie télévisuelle.
    9839fd37c1e12df85e3534d6fdf91f93.jpgEn somme, c'est un autoritarisme de la gentillesse, de la fête, du nivellement par le bas. La réflexion est considérée comme inutile puisqu'il suffit de porter la marque à la mode pour être dans le vent. L'autre n'existe pas, il n'a pas de consistance, n'existe que celui qui pense et s'habille comme moi, le groupe est un miroir, et on ne veut surtout pas regarder autre chose que son nombril. Cet état d'esprit est souvent lié à une jeunisme exacerbé, à une puberté prolongée bien au-dela de la trentaine, à un vagabondage sexuel quasiment obligatoire. Ce sont toutes ces questions que ce livre pose avec acuité, intelligence et raison.

    Titre : Esprit d'époque, essai sur l'âme contemporaine et le conformisme naturel de nos sociétés | Auteur : Patrice Bollon | Editeur : Seuil (Editions du)

    Présentation du livre par l'auteur :

    Ce n'est jamais sans déplaisir que nous découvrons que ce que nous prenions pour des expressions authentiques de nos incomparables egos, nos goûts, nos jugements "personnels", nos comportements "originaux", nos idées "neuves", nous les partageons en fait quasiment tous avec presque tous nos semblables pratiquement au même moment. Il arrive que nous niions cette évidence : les conformistes, ce sont les autres... Et nous disposons d'une explication ultime. Pensée " unique " ou " commune " : le développement d'une société spectaculaire nous enfermerait dans la copie, nous empêchant d'être les individus que nous sommes de naissance. Partant d'une analyse d'une série de signes d'époque, des plus minimes et "superficiels" (les traits de nos visages, nos parfums, notre goût culinaire, le design de nos objets, la décoration de nos intérieurs, nos tics de langage) aux plus abstraits et "sérieux" (notre goût en matière artistique, notre conception de l'espace, nos idées), Esprit d'époque entend donner une explication à cet unanimisme. Contre l'idéologie radieuse de l'ère bénie de "l'individualisme démocratique", ce livre montre à quel point nous sommes tous pris dans un réseau étroit de normes, fantasmes et paradigmes qui s'impose à nous. L'originalité ne saurait être une donnée, mais une conquête malaisée, jamais terminée. Déjouer nos "allant de soi", ces associations d'idées machinales qu'établit chaque époque : tel est le seul espoir pour nous d'échapper à notre destin de replicants et de devenir des personnes.

  • Big Brother is [already] watching you

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    L'invasion des écrans
    86bd71b1b086d81ea26f1e7106de458a.jpgLes écrans envahissent toute notre vie : écran de pubs, de pseudo-réel, de fictions, utilitaires, futiles, caméras de sécurité non plus subies mais acceptées et engendrant la soumissions. Nous sommes dans un monde audio-visuel qui fait disparaître l'intimité considèrée comme une faiblesse, oblige à l'aveu de ses choix, de leur justification mieux que ne l'ont fait bien des tribunaux. Ces aveux obligatoires poussent d'ailleurs à la compartimentations des êtres humains en communautés ou tribus qui sont plus des empilages d'individus qu'autre chose. D'ailleurs beaucoup sont persuadés de faire un choix personnel et non imposé par la publicité et le déferlement d'informations ingurgité sans précautions, déferlement conduisant d'ailleurs à autant d'ignorance qu'avant les fameuses autoroutes de l'information si ce n'est plus.
    Faut-il alors se lancer obligatoirement dans une sorte de délire paranoïaque sans contrôle ou simplement essayer de changer les mentalités de l'intérieur ? Ou être aussi radical que Peter Watkins pour qui l'hyper-libéralisme engendre lui-même les germes de sa propre destruction ? Tout cela, cet excellent livre aide à le comprendre.
    6efb884784e5ce02308939f96c585c56.jpgPeter Watkins est l'auteur de cet excellent film annonçant avant l'heure la téléréalité, le retour à un ordre conformiste, le triomphe de l'hyper-libéralisme : "Punishment Park" daté de 1971. Des marginaux doivent reprendre leur vie aux gouvernants en traversant le désert du Nevada, selon le principe d'un jeu télévisé en direct. Ceux qui survivent ont droit à la vie sauve mais doivent à tout prix s'intégrer aux valeurs 42c20b8e5e20ba47fb8eeeea33143897.jpgcommunes. Bien sûr, en accepter les règles c'est déjà se soumettre à un ordre fondamentalement inique. Cette oeuvre choc donne une toute autre image de la génération hippie que les fleurs, les mantras, les guitares et les voyages à Katmandou. Son auteur est un authentique radical qui garde dans ce livre sur les medias toutes ses opinions intactes sur une société qui n'a guère changé en 33 ans. "Punishment Park" dénonçait déjà les Mass Media Audio Visuels, "Media Crisis" les analise et montre les conséquences de leur influence sur les êtres : la standardisation des esprits, la montée de l'indifférence, de l'égoïsme, le travestissement de la réalité où tout devient virtuel (bientôt l'amour ?), la destruction de l'environnement entraînée par un pillage sans scrupules de la planète pour entretenir la consommation et le pouvoir de quelques uns.

    Titre : Media Crisis | Auteur : Peter Watkins, Patrick Watkins | Editeur : Homnisphères

  • Y-a-t-il plus con que la "Méthode Cauet" ?

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    medium_quickcauet.jpgDe temps à autre, je me laisse aller à mettre TF1 le jeudi soir après 22heures30, je tiens à peu près une minute trente, montre en main. L'animateur, Sébastien Cauet, est de Picardie, je crois que c'est tout ce que nous avons en commun. Je me souviens de lui aux débuts de M6, il avait des côtés sympathiques, maintenant c'est devenu le spécialiste des blagues de beaufs ou de gros cons. il faut bien le dire. On dirait la revanche de gamins pas très mûrs, pas très finauds, pas sûrs d'eux, très ringards, dont l'humour se limite au tripotage de filles plus ou moins consentantes, certaines sont payées pour çà et doivent leur célébrité à ce type d'émissions, elles regardent le plafond au moment crucial. Cauet anime avec une aristocrate dont le physique est le seul à ne pas être trop décavé, Cécile de Ménibus. C'était le genre de filles qui faisait rêver les ringards avec qui elle traînait s'assurant une cour de lèches-bottes mais ne concrètisant jamais avec. Cette émission, c'est la revanche des médiocres, de ceux qui n'ont aucune culture, aucun intérêt pour s'ouvrir à autre chose que le bas de leur ceinture. 

  • Qui veut faire l'âne...

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    medium_ane-dans-un-pre-jaulny.jpgJ'ai entendu hier cette nouvelle qui m'a mis en joie, Clochemerle n'est pas mort. Dans l'Eure, on n'est pas des prétentieux, des pseudo-intellectuels qui s'occupent de problèmes soi-disant graves; On reste sur les fondamentaux, ce qui compte, ce qui est réellement important. Donc, une bonne dame s'est plainte devant monsieur le juge que l'âne de ses voisins, un animal vigoureux justifiant la réputation que l'on accorde d'habitude à ses braves bêtes, répondant parfois au nom de Pédro, faisait trop de bruit et agaçait tout le voisinage. Il faut dire que les voisins et le Martin "n'étaient pas d'ici", ce n'était pas des "gens du coin" mais des "parisiens". Après vérification, on s'aperçût que c'était le roquet de la bonne dame qui, aboyant nuit et jour, faisait le plus de boucan. Mais "des aboiements de mon chouchou", ainsi qu'elle l'a déclaré avec émotion, "c'est pas pareil".

    Le portail des ânes pour les amateurs 

  • Aux petits soins

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    medium_708.jpgActuellement, l'insulte suprême chez la plupart des djeuns au courant des mouvements de mode, des tendances, c'est prosaïqement : "Wouah l'pédé, Sale pédé !". C'est assez amusant quand on y pense car on voit dans le même temps fleurir dans tous les magasines dits "masculins" des conseils-beauté, des pubs pour des crèmes de soin, de jour et de nuit, pour entretenir ce que l'on doit appeler, en bon consumériste, son "capital-beauté (comme son "capital santé" ou même son "capital-connerie" ah, non, pas son "capital-connerie" sinon beaucoup serait déjà rentiers). J'en étais là de mes réflexions si profondes quand Ornella Mutti et Michelle Pfeiffer -nous cachons notre amour dans une villa de l'Ouest de la France- sont revenues du marché et m'ont dit combien elles appréciaient mes courbes, mes coins et replis si confortables au toucher, ainsi que ma virilité et ma séduction très "yin".

    medium_visage-rasoir.jpgJ'en étais là de ces considérations quand nous décidâmes d'aller déguster quelques coquillages au "grand Hotel" de Cabourg où j'ai mes habitudes. C'est au moment du champagne que me revint cette anecdote frappant concernant le sujet qui nous occupe aujourd'hui. J'entendis un jour un djeuns qui prenait chaque soir comme bouc-émissaire favori un garçon dont il mettait systèmatiquement en cause la virilité ou la capacité à procréer se vanter de se raser le torse, d'utiliser des crèmes de nuit pour ses bras, de s'épiler les jambes et de s'hydrater les mains. Je découvris que le monde devenait métrosexuel sans le savoir. Nous décidâmes alors pour contrer ce mouvement de rentrer manger quelques tranches de saucisson arrosés de verres de côtes de Lubéron afin d'entretenir ma séduction "Vieille France".

  • Servilité politique ou Liberté ?

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    medium_tour.2.jpgCe sont les élus qui sont au service de la Nation et doivent lui rendre des comptes sur leurs actions, ils devraient être modestes dans leur comportement et leur attitude, proche des gens et non méprisant. Or donc, c'est la plupart du temps le contraire : j'ai ouï-dire d'un maire qu'il était un seigneur en son domaine, en son fief et non un représentant du peuple tout comme son successeur à son poste qui croit SON jour de gloire arrivé. Ce qui étonne dans tout cela, dans cet exemple particulièrement mais aussi avec des vedettes, des stars d'un jour, des jorunalistes, n'importe qui ayant un hochet social à agiter sous le nez des gogos, c'est la révérence, la servilité dont les bonn'gens fait preuve docilement à leur égard alors qu'ils ne le méritent absolument pas et n'ont aucune légitimité autre que celle des bulletins de vote ou de l'engouement du public qui les fait, du moins en théorie. Je hais ces gens qui se taisent respectueusement ou se forcent à rire quand le grand homme, le gourou estampillé ou non, a dit une connerie ce que l'on  n'admettra jamais préférant remettre à celui qui est sur le piédestal son intégrite morale et intellectuelle. L'esprit de contradiction est très mal perçu alors que c'est une attitude saine. Malheureusement, je crois que l'esclave aime son esclavage...

  • Jenny Bel'Air, une créature - François Jonquet

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    Les nuits du "Palace"
    medium_belair.jpgJenny Bel'Air était au Palace tous les soirs, souvent avec Pacadis ou Paquita et sa choucroute, voire Elli Medeiros période post-punkette, parfois en compagnie de Mick Jagger ou même Roland Barthes et Aragon. Elle raconte ses souvenirs dans cet endroit mythique. Il y avait à la fin Beigbeider période "Caca's club" et Ardisson. Les nuits de cette boîte sont mythiques, la boule disco y était plus originale qu'ailleurs. Toutes les autres ont essayé de faire la même chose mais sans jamais l'égaler, que ce soit le "Boy's" ou le "Queens" qui ressemblent à côté à de quelconques "Macumbas" de province pour mormons atteints de paralysie faciale, ou pour jeunes gens de bonne famille pensant medium_from_film_fauteuil.jpgs'encanailler après avoir bu une coupe de champagne, ou encore les sinistres backrooms obscurs que l'on peut trouver dans certains quartiers. Il y avait là-bas une véritable fantaisie, une créativité de la fête, teintée parfois de subversion ou du moins de très grande liberté. On rétorquera que c'était les années d'avant SIDA, que l'on pouvait être moins prudent. On expérimentait après avoir été déçus par les résultats des utopies issues de Mai 68. Mais bientôt, Pacadis a été refusé à l'entrée par des physionomistes qui n'acceptaient plus que des simili-mannequins, des fêtards standardisés à moins que ce ne fût des chanteurs populaires.

    Titre : Jenny Bel'Air, une créature | Auteur : François Jonquet | Editeur : Pauvert

    Site sur un projet de film au sujet de Jenny Bel'Air 

  • Avertissement aux écoliers et lycéens de Raoul Vaneigem

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    Casser le moule
    medium_photo_vaneigemsite.jpgVaneigem, bien qu'un peu extrémiste dans ses prises de position, ne propose ni plus ni moins que de casser les modes de pensée imposés par les institutions, en particulier l'éducation. Des méthodes de réflexion, des cadres de raisonnement sont bien sûr indispensables mais pourquoi les utiliser systématiquement, comme en université où la dialectique est mise à toutes les sauces. Le système d'éducation actuel favorise d'ailleurs ainsi encore plus les milieux favorisés. Cet essai/pamphlet de Vaneigem trouvera un écho dans l'ouvrage d'Ivan Illich, "Une société sans école". On dit souvent : "mais que propose-t-on à la place ?", ce qui est une bonne question mais il est peut-être temps de réfléchir à de nouvelles formes de pédagogie.

    Sommes nous tous créateurs ? Il semble que Vaneigem ait une vision cependant idéale de l'être humain et de l'éducation mais des id"aux peuvent naître des solutions adaptées.

    Titre : Avertissement aux écoliers et lycéens | Auteur : Raoul Vaneigem | Editeur : Mille et une nuits (Editions)

  • "Journal du voleur" de Jean Genet

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    Quelques préjugés

    medium_genet1.jpg"Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit les remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. On dit quelquefois : " Un gars qui a de la gueule. " Les traits délicats de Pilorge étaient d'une violence extrême. Leur délicatesse surtout était violence."

    medium_Genet2.jpgL'on accorde généralement aux homosexuels ou aux hommes "soupçonnés" de l'être un côté féminin très accentué, une sensibilité et une intelligence plus développées, une certaine futilité, une légèreté, toutes caractéristiques que l'on accorde aussi généralement aux femmesdu fait de la mysoginie ambiante. On dira toujours d'un homosexuel qu'il est très "artiste", très cultivé. Les personnes ayant ces préjugés ne se rendent jamais compte que l'on peut être homosexuel et idiot, homosexuel et inculte, homosexuel et mauvais garçon tendant à l'autodestruction. On me rétorquera que l'on tolère l'autodestruction chez les écrivains homosexuels par "compensation" morale, une sorte de juste retour des choses plus ou moins consciemment affirmé. Jean Genet était le tout et plus, en opposition totale au carcan social, un subversif absolu, et aussi un être humain de coeur, cachant son mal de vivre derrière des provocations destinées aux "bonn'gens" (à la manière de Joe Orton en Angleterre).
    Titre : Journal du voleur | Auteur : Jean Genet | Editeur : Gallimard

  • Conformismes partout, de lien social nulle part

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    "Le communisme de la confidence va de pair avec la compulsion accusatrice qui se manifeste maintenant par bouffées délirantes répétées. Ces deux passions fondamentales se reconnaissent soeurs siamoises d'abord parce qu'elles sont aussi peu sexuelles ou érotiques l'une que l'autre et surtout parce qu'elles relèvent toutes deux du stade infantile de l'humanité [...] dans un monde devenu nursery." Philippe Muray, Le cadavre bouge encore, ouvrage collectif chez 10/18, p. 71

     

    Les groupes, les tribus, les communautés, les ethnies, les spiritualités de tout style, les signes de reconnaissance, dont le statut social et l'apparence, sont en fait les piliers de notre époque... Un vague accord entre tout les individus de la société censure à la source toute possibilité de subversion ou de contradiction... Comment passer pour original alors que comme dit la sagesse" populaire" : "tout les medium_cm2.2.jpggoûts sont dans la nature et réciproquement" ? Il y a bien sûr des valeurs repères, comme dirait un créatif de pub, qui dominent, une sorte d'humanisme "light" qui consiste plutôt dans la formule : "je te laisse tranquille si tu me laisses tranquille, chacun chez soi", une mixité culturelle, certes louable, mais réservée aux franges les plus favorisées de notre monde. Il y a des méchants utiles qui permettent de rester un tant soit peu éveillé mais que l'on oublie une fois l'orage passé pour voter plusieurs fois pour le Loft.
    medium_cm3.2.jpg En somme, c'est un autoritarisme de la gentillesse, de la fête, du nivellement par le bas. La réflexion est considérée comme inutile puisqu'il suffit de porter la marque à la mode pour être dans le vent. L'autre n'existe pas, il n'a pas de consistance, n'existe que celui qui pense et s'habille comme moi, le groupe est un miroir, et on ne medium_cm4.2.jpgveut surtout pas regarder autre chose que son nombril. Cet état d'esprit est souvent lié à une jeunisme exacerbé, à un vagabondage sexuel quasiment obligatoire. Ce sont toutes ces questions que ce livre pose avec acuité, intelligence et raison.

    Titre : Esprit d'époque, essai sur l'âme contemporaine et le conformisme naturel de nos sociétés | Auteur : Patrice Bollon | Editeur : Seuil (Editions du) sorti en 2002

     

  • Le besoin de débat réel

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    medium_assemblee.jpgLa politique dans son ensemble intéresse de moins en moins les français, qui s'engagent de moins en moins dans la réflexion. Par ailluers, les milieux associatifs subissent passivement les nouvelles lois sans trop se poser de questions. On peut être sûr que pendant la période des élections, les jeunes seront plus passionnés par "Loft Story 2" que par le débat qui pourtant engage leur avenir. C'est une faillite de l'ensemble du système éducatif dont ils ne sont maintenant que des consommateurs et non des acteurs. Certains comme leurs parents sont déjà blasés et pensent que cela ne sert à rien, mais s'ils ne font rien, rien ne changera ou changera sans eux. Il y aurait pourtant de nombreux thèmes de débats : l'écologie pour laquelle il est trop tard d'ailleurs, la pauvreté endémique et la précarisation sans cesse accentuée, l'aide aux continents moins favorisés, l'indifférence généralisée pour les autres, etc. Le seul sujet qui passionne une certaine catégorie de jeunes est la légalisation du cannabis.
    Enfin, pourtant noyés sous un déluge continu d'informations, les plus jeunes comme les plus vieux n'ont plus aucune référence culturelle, consommant au jour le jour, oubliant même des films trois ans après dans leur quête effrénée de nouveaux biens à consommer.

    Titre : Les Français et la politique - Problèmes politiques et sociaux N° 865 | Auteur : Anne Muxel, Collectif | Editeur : Documentation Française (La)

  • Savoir est un plaisir

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    medium_mairie.JPGJ'ai reçu ce livre par un de ses auteurs (avec Philippe Granarolo et Laurent Carle), Jean-Claude Grosse à la suite d'une discussion au sujet du dernier festival d'Avignon. Je viens juste de commencer à le lire, non pas dans l'ordre mais en piochant un peu partout. La quatrième de couverture prétend que c'est un labyrinthe, mais dans un labyrinthe on se perd, alors qu'ici on risque plutôt de se trouver enfin. Ils citent également des initiatives de Cécile Ladjali dans le fameux "9-3" que je trouve toutes passionnantes. Elle enseigne vraiment la littérature comme on le devrait, des classiques aux plus contemporains.

    Selon les auteurs de cet ouvrage, l'éducation est actuellement fondée sur la docilité à des standards de vie et de pensée, et ce sont d'ailleurs bien les plus dociles qui réussissent le mieux. Ces standards sont également influencés par un déterminisme certain qui fait que l'on s'interdit d'enseigner la littérature ou la philosophie, les arts ou la musique, à des personnes qui en ressentent le besoin et sont capables de s'y plonger. On a donc bien tort de blâmer "Mai 68" car la libre réflexion des élèves est loin d'être véritablement encouragée. On s'y aperçoit qu'un enseignant(e) peut parler de tout, encourager développer son sens critique sans obliger les élèves à supporter des heures le derrière coincé sur leur chaise un cours magistral qui sera ressenti comme parfaitement arbitraire.

    En tant qu'enseignant, j'ai donc eu envie de "tester" certains textes proposés par le livre. En lycée professionnel, c'est encore plus intéressant car si les élèves que j'ai y sont, ce n'est pas par vocation pour la grande majorité, c'est par manque de docilité à la manière de pensée, aux diktats intellectuels qu'on leur impose. Cela a fonctionné au-delà de mes espérances. Ces élèves méprisés par ailleurs ont fait de la philosophie sans s'en rendre compte, du moins au départ, et se sont passionnés pour les textes proposés qu'ils se sont appropriés.

    Titre : Pour une école du gai savoir | Auteur : Philippe Granarolo, Laurent Carle, Jean-Claude Grosse | Editeur : Cahiers de l'égaré (Les)

    Le blog de Jean-Claude Grosse

  • Un extrait de "Glamorama" prolongeant la réflexion de la note précédente

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    Pas le moindre sens
    medium_pool.jpg"Tout cela n'avait pas le moindre sens. A ce moment-là, Chloé Byrnes n'était pas encore réellement quelqu'un pour moi et cet après-midi là dans la maison sur Ocean Drive un certain nombre de décisions avaient dû être prises, la priorité étant la suivante: jamais je ne pourrais imaginer d'abandonner tout ça. Au début, j'étais troublé par ce qui passait pour être de l'amour dans ce monde : on se débarrassait des gens parce qu'ils étaient trop vieux ou trop gros ou trop pauvres ou parce qu'ils avaient trop de cheveux ou pas assez, parce qu'ils avaient des rides, parce qu'ils n'avaient pas de muscles, à dessiner et à tonifier, parce qu'ils étaient à mille lieues d'être célèbres. C'était comme ça qu'on choisissait les amants. C'était ça qui décidait des amitiés. Et il fallait que je l'accepte si je voulais arriver quelque part. Quand j'avais regardé Chloé, elle avait haussé les épaules. J'avais observé le haussement d'épaules. Elle avait articulé sans parler les mots LACHE...MOI... Au bord des larmes, parce que j'étais confronté au fait que nous vivons dans un monde où la beauté est considérée comme un accomplissement, j'avais détourné le regard et je m'étais fait une promesse à moi-même : sois plus dur, fiche toi de tout, sois cool. L'avenir avait commencé à prendre forme et je m'étais concentré là-dessus. A ce moment-là, j'avais eu l'impression de disparaître du bord de la piscine dans la villa sur Ocean Drive et de flotter au-dessus des palmiers, de devenir de plus en plus petit dans le ciel bleu jusqu'à ce que j'eusse disparu et le soulagement avait été tel que j'avais soupiré."

  • Génération désillusion

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    medium_1969.jpgEn lisant ce livre, lu au départ parce que je suis né cette année là, on se dira qu'une génération se découvre enfin, comme dans cet ouvrage, celle née après Mai 68, qui a vécu son enfance pendant les deux crises du pétrole et vu le chômage atteindre ses proportions actuelles, une génération dorlotée par une vague de permissivité et la découverte ainsi que l'expérimentation de nouvelles libertés mais aussi traumatisée par l'épidémie du SIDA. C'est aussi la génération de la désillusion, les deux auteurs en souffrent, qui n'a pas vu les idéaux libertaires des années 60-70 s'accomplir comme on le lui avait promis, sur l'essentiel, au contraire, les aînés ont fini par rejoindre complètement la société et s'y intègrer totalement au lieu de la changer quoiqu'ils en disent et la société n'a jamais été aussi inéglaitaire. La génération suivante semble même en attente de beaucoup plus de cadres et de normes, même si ceux-ci sont offerts par la télévision, l'intégrisme religieux ou un ordre moral d'où qu'il provienne. Chez les extrêmes, les plus jeunes sont souvent les plus radicaux en ce moment. On pourrait en conclure que la liberté de réfléchir par soi-même fait très peur.

    medium_19691.jpgLes livres de trentenaires fleurissent en ce moment, du jeune diplômé prônant un retour aux valeurs dites traditionnelles à la "célibattante" esseulée en attente du prince charmant. Ils sont toujours un peu entre deux, comme ce livre, qui ne se positionne pas réellement, ne sait pas trop quoi dire. Les auteurs s'attaquent à des figures marquantes des medias, des "soixante-huitards" ou réputés tels, maintenant d'ailleurs bien installés, qui reprocheraient aux trentenaires de ne pas assez s'impliquer. Ils voudraient dénoncer l'imposture des nouveaux bourgeois mais dans le même temps, aimeraient bien vivre les mêmes expériences. Ils ne semblent pas comprendre que l'imposture remonte plus loin : à mai 68 justement, transformé en mouvement politique de rêve, en utopie alors qu'il s'agissait au départ pour les filles de rester chez leur copain le soir. Certes, il semble y avoir plus de libertés, des progrès ont été faits au moins par la loi, mais les consciences sont loin d'avoir toutes suivies les mouvement.

    medium_19692.jpgIl a donc bien fallu s'adapter, ou essayer de le faire, s'intègrer à des modes de pensée étriqués. Il y en a pour se réfugier dans la nostalgie de l'adolescence, ou de l'enfance : on chante les "tubes" de Chantal Goya en boîte, on se fait des intégrales "Capitaine Flam" ou "Goldorak", on achète des bonbons comme on le faisait en primaire. Il y en a qui écrivent pour transmettre leur mal-être. D'autres dépriment, rêvent de fuguer, d'abandonner leurs responsabilités, ou ce que l'on considère comme telles, celles-ci sont souvent rappelés par la génération d'avant qui les a rarement assumées. La plupart des gens de mon âge que je connais sont déboussolés, ne savent plus que faire. Ce que ne disent pas les auteurs de ce livre, qui ne veulent pas être "méchants", c'est que c'est aussi une génération "perdue" au niveau économique.

    Titre : Génération 69, les trentenaires ne vous disent pas merci | Auteur : Laurent Guimier, Nicolas Charbonneau éditions Michalon sorti en 2005

    Lien permanent Catégories : Livre
  • Biographie sans fards

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    medium_hpg.jpgFinalement, ce livre est un des rares livres totalement lucides, sincères et libres sur ce qui fait l'essence de notre société matérialiste dont HPG ne fait rien que pousser la logique là oùu elle va, c'est-à-dire nulle part.
    Sur la chaîne cryptée française était passé il y a quelques mois un document filmé par un hardeur, l'auteur de ce livre, HPG ou Henri Pierre Gustave. Il est spécialiste du casting des "actrices" de X et "acteur" occasionnel. Il a mis, si l'on peut me passer l'expression, son sexe au coeur de son existence, comme d'autres choisiraient la couture.
    Il est à la mode en ce moment de lire ce genre de témoignages, de réfléchir doctement dessus, les "intellos" du porno comme Ovidie ou HPG lui-même sont des habitués des plateaux de télévision, comme avant les Verdurin auraient invité un apache ou un extravagant en "curiosité".
    Mais c'est un milieu violent et brutal ce que ne cache pas HPG, surtout pour les femmes, poussées à faire tout et n'importe quoi. Derrière les grandes proclamations, derrière la provocation, pourtant, ce qui ressort, c'est l'autodestruction progressive de l'auteur comme de tous les participants du milieu porno, une démarche, si c'en est une, nihiliste.

    Titre : Autobiographie d'un hardeur | Auteur : Stéphane Bou, HPG | Editeur : Hachette Littératures sorti en 2002

  • Le suicide du docteur Gonzo

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    medium_thompson.jpgL'écrivain s'est suicidé il y a quelques mois à son domicile et, malheureusement, ne s'est pas raté. Il avait une calvitie, des lunettes, un fume-cigarettes, et un bonnet ridicule vissé sur le crâne. Ce n'était pas un rebelle au physique cinématique, au corps de légende vivante, un écrivain-chanteur-acteur pseudo-rock "parce que je le vaux bien" comme il en fleurit beaucoup en ce moment. Personne ne choisit évidemment son visage, Hunter Thompson pas plus que les autres, il n'y pas, comme le précisait une zaznaute il y a peu de délit de "belle gueule". Mais pourquoi n'en a-t-on pas plus parlé, sinon à cause de son inadaptation à plaire absolument.
    Il est clair qu'il avait prévu de longue date l'émergence de cette société qu'il jugeait médiocre et cruelle dans le même temps. Les médiocres sont ravis, encore un emmerdeur qui meurt et les laisse tranquilles, entourés de certitudes, immergés dans leur confort intellectuel et leur humanitarisme de pacotille. Dommage, Hunter, ce que tu as fait donne envie de se prendre une cuite avec des amis pour oublier tout çà.

  • Gardons le moral

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    medium_dac.jpgComme disait Pierre Dac, "quand il est tombé de la pluie, de la neige, de la grêle et du verglas, on est tranquille… Parce qu’à part ça, que voulez-vous qu’il tombe ?… Oui, je sais, mais enfin c’est rare !"

    Merci à Citoyenne du Monde à qui j'ai piqué cette citation. Moi aussi, je viens tout juste de me reconstruire et retrouver qui je suis vraiment...