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  • Le Paris des déglingués

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    politique, SDF, société, paris, invisibles, pauvreté, hypocrisie, amaury watremez

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    S'il y a le Paris « bobo » et festiviste, le Paris-musée des touristes, celui des nantis, des très riches, il existe également le Paris des déglingués, une ville tentaculaire et « souterraine ». Ce sont des « invisibles » ou presque, des naufragés de l'existence, personne ou presque ne veut les voir. Ils n'intéressent pas grand-monde. Ce ne sont pas seulement des pauvres gens, ce ne sont pas seulement les « invisibles », les sans-abri, les clochards. Ils leur arrivent de manger à leur faim et d'être déglingué, cassé. Car parfois ils ont juste perdu l'esprit, l'aliénation a pris le dessus sur tout le reste. Ils sombrent, ils le savent, mais ils sombrent.

     

    Ils aimeraient bien que quelqu'un s'arrête et les écoute, prenne le temps de leur accorder un peu d'attention mais malheureusement ils ne savent plus comment l'on s'y prend pour discuter avec un autre être humain. Ils ont oublié. La lubie qui les obsède, leurs compulsions reviennent vite à l'assaut lors de leurs moments de lucidité sur eux-mêmes. Et celle-ci les rend tristes alors ils l'évitent le plus posssible.

     

    Je ne sais pas si ailleurs en France il y en a plus ou moins, si ce Paris des êtres abîmés est un privilège de la capitale, il n'y a hélas pas de statistiques. Je le pense car dans la « ville-Lumière », l'éclat des lampadaires est finalement le meilleur moyen de se cacher des ragots des « braves » gens, de leurs jugements péremptoires, de leurs commérages, de leur indifférence plus ou moins bienveillante envers les pauvres gens. Dans Paris, la personne seule ou abandonnée est plus anonyme. Elle a moins à subir les regards réprobateurs des passants, les réflexions moralisatrices des bonnes dames et des personnes honorables ou croyant l'être.

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  • Chroniques du pays réel – Dans la rue

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    politique, société, SDF, hypocrisie, chronique du pays réel, amaury watremez, pauvreté, précaritéLe but de ces chroniques n'est pas de dresser de mon aimable personne un portrait de saint de vitrail en creux en narrant par le menu mes bonnes actions. Beaucoup le font sur internet, à les entendre ils mériteraient la béatification immédiate et un brevet de civisme. Sur le réseau, tout le monde est courageux, généreux, plein d'esprit chevaleresque. Cela me rappelle toujours cette phrase de Kléber Haedens sur la vulgarité des bons sentiments cachant généralement beaucoup d'estime pour son nombril chez celui ou celle en faisant étalage...

     

    On s'étonne à lire toutes ces déclarations martiales et quasi-révolutionaires, ces exposés longs comme des jours sans pain de bonnes actions, que dans la vie réelle il y ait pourtant toujours autant de femmes voilées, de « barbus », de solitude, d'aliénation sociale, de pauvres à la rue....

     

    Et il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour deviner que ce texte va moins susciter le débat que la précédente chronique sur les deux harpies fanatisées rencontrées dans un train. Pourtant plutôt que d'attendre l'hiver et le premier mort de froid je préfère en parler maintenant en plein été, en pleines vacances...

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  • Charité minute

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    260px-HomelessParis_7032101.jpgIls parlent avec tellement de légèreté de la misère ou de la pauvreté ! Ils en sont abjects ! Que ce soit les bourgeois pédagogues s'apitoyant sur la mort du petit Aylan et des migrants, pardons des réfugiés, ou certains catholiques ou militants de droite redécouvrant soudainement l'existence de « sans abri » de SDF, selon le terme hypocrite. Dans les deux cas, l'apitoiement est une comédie. Ou plutôt non, c'est de la « charité minute », de la charité au micro-ondes réchauffée en trente secondes et se refroidissant très vite.

     

    Ils sont certainement sincères dans la minute où ils prononcent de grandes phrases ronflantes et grandiloquente mais la sincérité ne suffit pas une seconde, tout comme les grosses larmes de crocodiles sur le réseau. Ils confondent constamment comédie des -grands- sentiments et colère juste, sensiblerie et altérité, ou avec de la simple empathie. Cette comédie suffit, qu'elle soit dans la vie ou sur le réseau.

     

    Qu'elle soit suivie ou non d'actes concrets importe peu. Ils ne salueront pas plus leurs voisins dans la rue, ne s'inquiéteront pas plus de l'homme ou de la femme dormant sur le banc en face de leur pas de porte ou sur le quai du métro sous la lumière violente des néons. Ils ne feront pas un geste ou un effort supplémentaire.

     

    Je sais ami lecteur, je l'ai déjà abondamment cité mais le re-cite, ainsi que le disait Bernanos ils ont le « cœur sec et les tripes molles »....

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  • "Les SDF, ils manquent de courage..."

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    curnonsky_W.jpgAu lieu de faire des sondages savants, les politiques et les journalistes devraient plutôt écouter les conversations de café, elle sont tout aussi édifiantes. C'était il y a deux jours à la terrasse d'un café d'Evreux que j'ai entendu ce genre d'échanges que je certifie véridique. Le patron du troquet y devisait avec un couple de personnes d'âge mûr voire blet malgré leur louque "djeuns" (ou se voulant tel) :

    - La dame : On  parle que de ce qui va mal, c'est pénible, faudrait changer de disque un jour !

    - Le monsieur : On voit que les SDF à la télé, y parlent que de la crise, mais quand même y'a des gens qui vont bien. Nous, ben, on se contente de ce qu'on a, mais enfin bon, je sais pas...

    - Le patron : Les gens y voient toujours le verre à moitié vide, mais jamais l'inverse, c'est comme à Sandouville, là, l'usine Renault, y s'inquiètent mais c'est qu'un quart des emplois qui sont supprimés, hein ! Y z'exagèrent !

    - Le monsieur : Chais pas ce qu'ils veulent, y z'ont pas à s'inquiéter ceux qui gardent leur boulot, et ceux qui l'ont plu, y'a quand même le chômage.

    - La dame : Y feront comme les autres, y z'en profiteront allez !

    - Le patron : Vous z'avez raison, moi je prend des stagiaires, hé ben, y voudraient que je les paye, faut pas charrier !

    - Le monsieur : Y connaissent pas leur chance.

    - La dame : C'est comme les SDF, y sont exigeants, nous aussi on aurait bien aimé qu'on nous donne un logement quand on était jeunes. Y manque de courage c'est tout. Et puis, de mon temps, y faisait plus froid que ça dans les rues !

    - Le patron : Bientôt y voudront manger du caviar au petit déjeuner !

    (rires des trois)

    On me regarde, on me demande mon approbation. On sait que je suis prof alors on a un sourire un peu crispé car on sait jamais ce que ça pense ces profs (tous des gauchiss!)

    Je répond : C'est comme les enfants du Tiers monde. En fait c'est qu'ils sont capricieux, il faudrait manger de tout un peu et pas rechigner.

    Les trois ne savent pas trop quoi répondre. C'est le moment que j'ai choisi pour m'esquiver.

    En illustration un très beau dessin de Curnonsky, caricaturiste doué fin XIXème


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  • Cloportes et grands esprits

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    100005_paris_clochards_sdf_du_metro_goncourt.jpgJe viens de lire en parcourant un blog ce témoignage qui est symptomatique de la manière dont on parle du problème des sans-abris. Elle est sincère, sympathique, de bon esprit, la personne qui signe, dans l'histoire qu'elle raconte. Dans le métro, il y avait un sans-abri qui cuvait son vin, certainement de la picole achetée à bas prix. Les autres voyageurs avaient peur, elle se sentait triste de leur attitude, pas comme eux, comme d'une espèce différente. Hélas, elle se trompe, il arrive à tout le monde de se comporter en cloportes, elle aussi regardait le spectacle, comme moi je l'aurais sans doute fait, sans oser s'approcher du type, lui parler, quitte à lui offrir un coup et partager deux ou trois minutes avec lui. On est tous de la même espèce, tant que l'on vit dans un certain confort on a peur de ce qui rappelle que ce confort est précaire, que l'on peut aussi sombrer comme les autres. De plus en plus aujourd'hui, quand la société est aussi éparpillée, il est de plus en plus délicat de se soucier des autres. Ce que nous vivons, nos ancêtres ne le supporteraient pas, comme ces types que j'entendais à la radio justifier d'être toujours en lien téléphonique avec leur patron même en bagnole, qui en gros étaient contents de leur esclavage, d'avoir leur boulet au pied constamment. On se crée un personnage (se dire "punk" alors que l'on est un jeune homme sage des beaux quartiers) qui permet d'atténuer ce que l'on sait bien être mauvais chez soi, de cacher dans un coin du cerveau ce qui permettrait de se confronter vraiment à soi, les actes que l'on a commis, les conséquences dévastatrices de ses actes ou bien son désir de confort sans remords. Ce n'est pas le monde qui est pourri, c'est nous qui ne faisons pas ce qu'il faut.

  • L'hypocrisie et les sans-abris

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    lami-sdf.1190520975.jpgEncore une fois cette année, on voit de très nombreux reportages sur les SDF, les sans-abris, les morts de personnes dans la rue, et puis après les fêtes, quand le froid sera passé, ce sera de nouveau oublié. Madame Boutin n'a certes pas de moyens mais quand elle nous dit qu'elle va créer une mission spéciale "Bois de Vincennes" ou spéciale "Bois de Boulogne", elle se fout du monde, pourquoi se cantonner au bois de Boulogne ou au bois de Vincennes alors que la solution doit être globale ? Elle ne sait donc pas que son gouvernement vient de débloquer des dizaines de millions d'euros pour les banques, elle sait donc qu'il y a des fonds possibles. Qu'attend-elle pour se battre ? Ensuite, elle propose d'embarquer de force les SDF quand le thermomètre descend au-dessous de zéro. Avant de pousser des cris d'orfraie, il faut bien reconnaître que cela permet de sauver des vies, mais ensuite la solution doit être globale, je le répète.

    Les téléspectateurs semblent constamment découvrir le problème, il est des acteurs de la vie sociale, selon le terme en usage, qui paraissent tomber des nues et clament qu'il faut avertir le public, mais le public le sait déjà et s'en fout rêvant de flamber son fric comme Carla ou Rachida, et de toutes façons, pour la dernière fois, la solution doit êtrte globale et structurelle. Le zapping de "Canal+" de ce midi, même si ça paraîtra simpliste à certains, montrait en parallèle les sans-abris et des joyeux quinquas décérébrés avec leurs chiens dans une pâtisserie minuscule à donner des gâteaux spécialement pour les cabots, hors de prix le gâteau, à bâfrer aux animaux. Entre autres. Ceux qui ont du pognon le brûlent joyeusement, ça brûle combien de litres d'essence au fait un 4X4 ? On voyait aussi un chroniqueur mondain télévisuel et une grande folasse médiatisée s'amuser à demander des sous aux habitants de Saint Tropez comme des mendiants pour une émission de téléréalité, "tellement chou !", qui leur donnait qui cinq euros, qui dix, ce qu'elles ne donneraient jamais au clochard dans la rue. Et la société s'en fout, car le lien communautaire y est complètement désagrégé. Pendant ce temps, au PS, on s'étripe pour des questions strictement d'ambitions personnelles et encore un peu plus à gauche le gentil facteur qui ne gagne que 1200 euros par mois va pouvoir grapiller quelques voix et terminer le travail de sape de toute opposition crédible en France.

    Relisez le livre de Patrick Declerck par là pour avoir un point de vue lucide, précis, sans pathos ni idéologie et quand vous croisez un mendiant, même s'il les boit, donnez lui un euro ou deux, au moins gagnera-t-il cinq ou dix minutes insouciantes ce qui est au moins ça.