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roman noir

  • Roman noir dans un trou

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    à propos de « Pottsville 1280 habitants » de Jim Thompson chez Payot et Rivages

     

    Article aussi sur Causeur

     

    pottsville.jpgCouverture empruntée sur le site de l'éditeur

     

    « Pottsville 1280 habitants » est la nouvelle traduction de « 1275 âmes » paru en « Série Noire » en 1964 et alors amputé de nombreux passages. Le roman fût également adapté par Bertrand Tavernier en 1981 sous le titre « Coup de torchon » avec Noiret et Isabelle Huppert pré-botox, l'histoire alors pas trop mal transposée dans un contexte colonial. C'est le « roman noir » dans toute sa sombre splendeur. Céline n'est pas loin non plus. L'être humain qui est capable du meilleur se laisse le plus souvent aller au pire, ne songeant qu'à son propre intérêt, à son plaisir narcissique.

     

    Nick Corey est le sheriff de Pottsville un trou perdu du Sud des Etats Unis juste après la Première Guerre Mondiale. Parfois les dilemmes s'y règlent encore par un ou deux lynchages. Le ragot est roi, tout comme les rumeurs, l'on sy ennuie tellement. Pour demeurer tranquille et en faire le moins possible, Nick Corey se fait passer pour un imbécile heureux, un imbécile débonnaire laissant prospérer les petites et grosses magouilles ce qui lui permet d'enrichir son ordinaire plutôt précaire. Il est régulièrement réélu sans trop de problèmes ....

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  • La vie en noir

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    « Noir c'est noir il n'y a plus d'espoir » Jean-Philippe Smets

     


    PHOa7fd04c8-acf2-11e2-82be-7c37e65ceae0-805x453.jpg« Du Polar » de François Guérif, entretiens avec Philippe Blanchet chez Rivages/Noir

     

    portrait de François Guérif empruntée sur le site de « la Montagne »

     

    Les bons livres se reconnaissent généralement à un symptôme lorsque le lecteur les parcourt, on peut en dévorer cent pages d'un coup sans s'en rendre compte. Ils font plaisir. Avec ce recueil d'entretiens, on se prend au jeu rapidement et avoir de suite envie de les relire, pour la bonne bouche. Certes François Guérif semblera parfois injuste dans ses détestations et rejets, par exemple concernant Fajardie, mais quel ennui serait ce bouquin sans subjectivité ! Les auteurs ménageant la chèvre et le chou, se souciant de ne déplaire à personne, n'ont strictement aucun intérêt. Ils font souvent couler un robinet d'eau tiède tout en étant persuadés de l'avoir réinventée, ce n'est pas le cas de ce livre.

     

    On n'est bien entendu pas obligés d'apprécier le Roman Noir tout comme on n'est pas forcés de goûter les délices de Capoue ou les rognons délicatement à la poêle (avec un peu de vin rouge). Bien sûr c'est passer à côté de tout un pan de la Littérature moderne rentrant dans ce « genre », genre encore largement sous-estimé : pour les arbitres des élégances ce ne sont pas en effet des livres dignes de ce nom...

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  • Deux Dexter pour le prix d'un seul

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    "Double Dexter" en "Points Thriller" au Seuil


    Livre, polar, roman noir, société, politiqueJ'aime bien la série des romans de Jeff Lindsay sur Dexter, policier scientifique, spécialiste des tâches de sang le jour et serial-killer impitoyable tueur de criminels la nuit. Dexter croit ne rien ressentir, et joue la comédie du brave type lisse et sans aspérités le jour. Dans le troisième roman, Deborah sa sœur découvrait qui il était réellement mais ne révélait rien, préférant utiliser les talents de son frère non sans réticences, après que celui-ci lui ait sauvé la vie.

     

    Ce n'est pas que les histoires soient formidables.

    C'est toujours un peu les mêmes procédés, comme dans les séries télévisées, avec les mêmes « gimmicks » :

     

    Dexter a un ennui sérieux qui l'empêche de continuer ses activités de justicier sombre, il se lance sur une fausse piste qui s'avère un piège et tout finit sur un « climax » grandiose qui met en jeu la vie de ses proches ; son frère, sa sœur, et dans les deux derniers opus, ses enfants adoptifs, Cody et Astor. Et à la fin tout redevient « normal », et Dexter peut enfin assouvir de nouveau ses pulsions.

     

    Fort heureusement, ce n'est pas ça le plus important, mais l'atmosphère et le ton très caustique, voire cynique, de l'auteur qui à travers la voix de Dexter, qui est le narrateur, se moque de tous les travers de la médiocrité quotidienne, des conventions sociales hypocrites et du « politiquement correct » qui ne l'est pas moins, de ce qu'il faut faire pour plaire et s'intégrer, sans pour autant être sincère.

     

    Le personnage essaie de comprendre l'espèce humaine à laquelle il estime ne pas appartenir mais n'y arrive pas, tente de résoudre ses crises de couples et amicales sur les clichés qu'il a vu à la télévision dans les « soaps » sentimentaux interminables pour ménagères et y réussit car au fond, les sentiments ne sont basés que sur des leurres comprend-t-il, ou presque tous.

     

    Dexter est donc un « serial-killer », psychopathe car traumatisé à trois ans par le meurtre sanglant de ses parents, qui a été recueilli par Harry, son père adoptif, qui s'apercevant des pulsions homicides du garçon les a canalisées afin que celles-ci ne s'exercent que sur des meurtriers que la police a laissé libres car n'ayant pas assez de preuves

     

    Donc certaines nuits, quand son « passager noir » s'éveille, Dexter tue des criminels, et y prend plaisir, toujours après avoir soigneusement réuni tout ce qu'il fallait pour se prouver à lui-même la culpabilité de ses proies.

     

     

    Dans « Double Dexter », il est confronté à un assassin qui prétend non seulement le copier mais aussi le surpasser, après l'avoir surpris dans ses activités coupables. Dexter joue avec lui au jeu du chat et de la souris mais il semblerait qu'il soit cette fois-ci tombé sur plus fort que lui et plus doué pour la comédie des hypocrisies sociales. L'on comprend à la fin du roman qu'il faut vraiment se méfier des braves types et qu'il n'est pas forcément conseillé de faire faire du scoutisme à ses enfants.


    Couverture prise ici

  • Du mauvais côté des "suburbs"

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    On parle de ce livre aussi sur Agoravox

    « Dieu bénisse l'Amérique » de Mark Safranko

    Livre paru aux éditions « Pulse - 13e Note »

    image empruntée ici

    littérature,société,politique,amérique,roman noir,americanaLe livre commence par des photos en noir et blanc de l'auteur, italo-américain, enfant encore souriant puis adolescent un peu plus maussade, emprunté dans son costume cintré plus ou moins à la mode « rockabilly » des années 50 , des photos qui sont autant de souvenirs de moments heureux, rares, lorsqu'on lit sa biographie, qui se confond avec celle de son personnage principal et « alter-ego », Max Zajack, enfant d'immigrés polonais qui vit sur la mauvaise rive de l'« Americana », dans des « suburbs » ripolinés comme des prostituées au regard triste, un peu trop maquillées, où ils côtoient les « classes dangereuses » du « lumpenprolétariat » yankee.

    Même dans ces classes miséreuses, il retrouve une hiérarchie, selon les origines, les communautés, les croyances, les revenus. La nature humaine, contrairement au cliché qui fait des pauvres des êtres à part, angéliques, reste la même, aussi décevante pour les moins favorisés que pour les plus aisés.

    Mark Safranko préférait « écrire plutôt que respirer » selon ses termes, c'était, c'est encore un lecteur compulsif qui comme tous les lecteurs compulsifs n'a pu résister au désir de coucher ses univers mentaux sur papier.

    Et qui a toujours écrit, à partir du moment où il a su tenir un crayon

    La littérature est pour lui un enjeu véritablement existentiel.

    Cela paraît excessif dit comme cela, surtout aux yeux de la société pour qui c'est essentiellement un divertissement comme un autre. Et rien d'autres. Les écrivains sont aussi souvent de ces gosses inadaptés qui se réfugient dans la littérature quand ils sont confrontés un peu trop souvent à la sottise et à la haine que les adultes expriment un peu plus souvent qu'il ne faudrait.

    On retrouve chez Mark Safranko cette hyper-émotivité à fleur de peau que l'on trouve chez Céline ou Henry Miller, et aussi Bukovski, qui leur fait trouver insupportables la médiocrité des aspirations de leurs contemporains, insupportables l'étroitesse des rêves de ceux qui n'aspirent qu'à rentrer dans le rang et être « comme tout le monde ».

    On m'objectera :

    De quel droit peuvent-ils juger les désirs de banalité et de tranquillité de leurs semblables ? Après tout, c'est plus simple et plus confortable, certains diraient plus sage, de se contenter de ce que le monde nous offre.

    C'est tout simplement que par leur appétence à s'élever, à épanouir leurs dons, leur créativité, par leur générosité à les partager, ces auteurs encouragent leurs congénères, leurs semblables, leurs frères à rechercher au fond autre chose que ce qui s'apparente finalement à la simple survie. Or l'homme n'est pas destiné à seulement survivre mais à vivre pleinement, à « grands rênes ».

    portrait de l'auteur ci-dessous pris sur le site de "13ème note"

    littérature,société,politique,amérique,roman noir,americanaDés les premières pages de ce livre le lecteur est prix par le rythme des phrases qui mêlent le registre très soutenu et très littéraire, presque classique, avec un vocabulaire populaire voire trivial, l'auteur n'hésitant pas à décrire des scènes très crues qui fort heureusement ne sombrent jamais dans le misérabilisme même si elles sont par ailleurs sordides.

    Il évoque ses parents, leurs disputes violentes, leurs réconciliations par des étreintes brutales.

    Il parle aussi de l'hypocrisie des bonnes sœurs enseignantes de l'école que fréquente son personnage, toute en componction et sourires de façade envers lui et pleines de morgue et de mépris réel au fond, car il est aussi indocile ce qui n'arrange rien aux yeux de ces femmes censées l'aider à progresser.

    Le roman prend un tournant vers un humour, acide, quand il raconte les rêves du père qui leur fait prendre la route vers la Floride, croyant y trouver la fortune et la gloire, demeurant convaincu que le "rêve américain" leur est encore accessible.

    Ce qui est intéressant est que le personnage, "alter ego" de l'auteur, n'a aucun ressentiment, aucune haine envers ses parents ou les personnes qu'il a croisé, y compris les religieuses évoquées plus haut, il les décrit sans aigreur, les montre simplement tels qu'ils étaient, avec leurs failles, mais aussi leurs naïvetés. Le lecteur perçoit même au fond la tendresse de l'écrivain pour toutes ces personnes, malgré tout, malgré leurs faiblesses et leurs grandes maladresses qu'il leur pardonne, contrairement à d'autres écrivains français spécialistes de l'autofiction, ressassant sans cesse leurs blessures narcissiques, se remmémorant constamment et morbidement leurs souffrances.

  • L'impudeur pour guérir

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    "J'ai remis en place la moustiquaire et replié les clous pour la maintenir. Je suis revenu à la maison à pied en planant très haut. Le cambriolage, c'était le voyeurisme multiplié par mille."

    James Ellroy, "Ma part d'ombre", Rivages, 1997, p.188.

    medium_ellroy.jpgHier, j'ai revu "LA Confidential" dans la chambre d'hotel où je logeais à Gisors pour la soirée et cela m'a donné envie de parler de James Ellroy. Ce n'est pas très original, j'adore Ellroy, ses personnages ambigus donc humains, la descente dans les noirceurs de l'âme. Il est pour moi comme un compagnon de perssimisme ou de lucidité. J'aime BIEN Ellroy parce qu'il est dingue. medium_ellroy2.jpgJ'aime BIEN Ellroy parce qu'il est monstrueusement juste dans ce qu'il écrit de manière extrêmement dense. J'aime BIEN Ellroy parce qu'il est toujours tendu à la limite de la folie. Il est en colère et maintient sa colère. Et en même temps, c'est un inadapté hyper-sensible à la connerie du monde extérieur.

    Ce livre est une enquête policière qui a pour thème principal la résolution du complexe d'Oedipe monstrueux d'Ellroy. Pour y arriver d'une manière radicale, il fait l'amour avec elle par delà la mort en tentant de trouver son assassin et fait d'un banal fait divers une tragédie qui aura des résonances pour chacun des lecteurs. En effet, sa mère est une femme seule perdue dans une cité-dortoir pourrie élevant seule son fils, souffrant de la solitude et de sa propre misère sexuelle, des ragots, de la médiocrité et des préjugés dans l'amérique des années 50 qui était loin de ressembler à une peinture de Norman Rockwell, comme celle de Bush junior.
    medium_ellroy3.jpgEllroy, bien sûr, est fou, hors-norme extrême et le cauchemar des gens normaux alors que leur conformisme est bien plus monstrueux.

    Titre : Ma part d'ombre | Auteur : James Ellroy | Editeur : Rivages

  • Sur les marges...

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    Roman noir de sa vie

    medium_eb1.jpgC'est par ses marges et à l'état de ses prisons que l'on reconnaît le degré de civilisation réel d'une société. Ne serait-ce qu'à cet égard, ce livre est parlant. Il vaut tout les traités de sociologie. Il y en a qui se plaignent de leur existence, trop terne, trop grise, trop tranquille selon eux ; Edward aurait bien aimé en avoir une de ce genre de petites vies peinardes. Mais il a fait de la prison, beaucoup, certains diront qu'il le méritait, qu'il devait payer une dette à la société mais c'est la société qui est toujours débitrice, qui enferme ceux qui ne suivent pas les règles. Il a connu les prisons les plus dures, matons sadiques et prisonniers sociopathes et s'en est tiré. Il est tombé dans une autre sorte de taule : Hollywood et ses riches, complètement coupés du réel, de celui qui court les rues, fait le trottoir ou brûle les bagnoles.
    medium_eb2.jpgIl a déjà raconté cette histoire en la romançant plus ou moins. Elle a inspiré tout le cinéma noir ou policier actuel, la trilogie des "Bêtes". Il est reconnu par ses pairs, de Tarantino à Ellroy, qui est moins intense dans sa description du monde en-dessous, underworld de tous ceux qui sont en marge. De son passage en prison, il a gardé un langage et une attitude de "dur" de cinéma, ou plutôt de cinoche du samedi soir, c'est ce qu'on remarque d'abord. Sauf que lui sait qu'être un dur, ce n'est pas ça, c'est conserver son humanité et non la perdre pour être ravalé au rang d'animal dans une fabrique d'animaux.

    Titre : L'éducation d'un malfrat | Auteur : Edward Bunker | Editeur : Rivages paru en 2002