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rock

  • Sexe, drogue et apathie

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    À propos de « Apathy for the devil, les seventies voyage au cœur des ténèbres » de Nick Kent chez « Rivages Rouge »

     

    musique, société, rock, nick kent, amaury watremezQuel intérêt de lire des récits comme celui de Nick Kent, ex drogué jusqu'à la racine, vieille gloire et « groupie » ultime en quelque sorte tel qu'il le dit lui-même ? Cela pourrait seulement consister à dérouler les souvenirs d'un vieux combattant du Rock à calvitie naissante et queue de cheval, un vétéran se souvenant avec nostalgie de sa jeunesse décadente pour l'exorciser, la renier et se complaire en même temps dans l'exaltation de ses frasques, ce dont on pourrait se ficher complètement. L'ancien « addict » se vautrant dans ses remords et son autoflagellation est toujours pénible, difficilement supportable, on préférerait presque qu'il se remette à la fumette ou aux alcools forts. Ce serait moins triste.

     

    Rien de tout cela avec Nick Kent, on ne sera pas dans le pathos étalé en place publique. Il est cru, direct, souvent ironique y compris à ses dépens que ce soit pendant le récit de son ascension au sein de « la décennie du moi », dans le milieu du Rock, jusqu'en 1975 à sa chute qui dure jusqu'au début des années 80. Nick Kent se retrouvera SDF, zonard perdu parmi les zonards en perpétuelle recherche d'un « fix »....

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  • Lester Bangs aurait-il aimé les années 2000 ?

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    Article paru aussi sur Agoravox

    Comment ? Quoi ? Comment ? Est-ce possible ?

    musique, littérature, amérique, rock, "sex, drugs and rock and roll"Un catho, « anar de droite », qui écrit sur un auteur qui a noirci des centaines de pages sur des groupes de « glam rock » décadents, jouisseurs et hédonistes frénétiques se maquillant pour certains comme des camions volés ?

    Dans quel monde vivons-nous ma bonne dame ?

    Dans quel monde vivons-nous si même les méchants se mettent à apprécier ce genre de littérature dans la lignée de Nik Cohn, Hunter Thompson, Nick Tosches ou Greil Marcus ?

    Beaucoup comparent le style de Lester Bangs aux « écrivains-poncifs » habituels des écrivains révoltés américains :

    Burroughs, Bukovski, et Kerouac.

    Avec Bukovski, la comparaison a un intérêt réel, pour les deux autres c'est moins certain. Lester Bangs n'a jamais prétendu être un théoricien de la rébellion adolescente, ou post-pubère, comme Kerouac et n'a jamais joué à « Guillaume Tell » avec son épouse.

    Personne n'a jamais songé qu'il y avait surtout en lui de l'Ignatius J. Reilly, le personnage principal de « la Conjuration des imbéciles », en version post-moderne et « punk », terme que le critique rock invente en 1973 pour désigner une esthétique du négatif, du laid, un amour joyeux du pas esthétiquement correct, le tout exprimé en un joyeux bordel de mots.

    Lester Bangs qui plus est qui a participé activement à la plupart de ces bacchanales ce qui aggrave son cas aux yeux des « bigots » de tout ordre, y compris ceux de l'« hygiéniquement correct ».

    Je suis à peu près sûr qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour, qu'il buvait sans trop de modération et fumait des substances prohibées.

    Ces tenants de l'écriture « Rock » se signalent tous par leur style toujours vif, puissant et sans concessions. Ce n'est pas tant le fait qu'ils soient encore à la mode dans les milieux culturels qui pensent, qui les révèrent également comme des modèles de rébellion (les « z-inrocks » adore), en bons « enfants sages » qu'ils sont, qui rend ces écrivains intéressants, mais leur travail littéraire souvent remarquable.

    Lester Bangs est né en 1948, mort en 1982, une vie très courte marquée le « Sexe, beaucoup, Drogues, beaucoup aussi et Rock and Roll, énormément », et aussi et surtout par l'écriture qui est pour lui sa respiration et une raison de vivre. Quand il meurt, peu après la fin des lascives années 70, il avait de nombreux projets d'écriture, dont on retrouve quelques ébauches dans « Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués », recueil de textes choisis et ordonnés par Greil Marcus, et que les éditions Tristram ressortent en collection « souple » (Que le Tout Puissant, le Très Haut, le Miséricordieux les protège dans sa bienveillance infinie !).

    Il publia cent-cinquante critiques dans « Rolling Stone », la bible du « hype » dans les années pré et post « Summer of love », entre 1969 et 1973. Il fut viré pour « irrespect des musiciens », qu'il n'hésitait pas à critiquer alors que la plupart à l'époque avait un statut de quasi-dieu vivant, d'idoles largement au-dessus du commun des mortels, dont « Led Zeppelin », qu'il déteste cordialement, contrairement à Lou Reed qu'il admire.

    Il raille les icônes en plastique, formica et chromes, colorées agressivement, prétendant remodeler le monde selon leurs chansons alors qu'il ne s'agissait toujours que de commerce et de vendre un maximum de « vynils », « vynils » qui reviennent à la mode selon la mode « vintage » consistant à acheter beaucoup plus cher des objets populaires dans notre enfance et maintenant introuvables, et pour cause .

    Il se permet d'être caustique, sarcastique et le plus souvent pertinent sans se soucier des conséquences. « Rolling Stone » l'a viré car à force de dézinguer les groupes qui faisaient fonctionner le tiroir-caisse, la revue aurait pu finir sur la paille, les maison de disques « pour jeunes » ne tolérant que très modérément l'insolence et l'indocilité. Il égratigne même les icônes absolues, comme Janis Joplin, écrivant sur sa mort par overdose :

    musique, littérature, amérique, rock, "sex, drugs and rock and roll"« Ce qui est dérangeant n'est pas seulement le fait que ce genre de mort prématurée soit devenu un fait de la vie, mais qu'on l'a accepté en tant que donnée tellement rapidement ».

    il pourrait exactement tenir les mêmes propos pour Amy Winehouse ou Kurt Cobain, ou lui, mort jeune comme un autre auteur indomptable des années 70, Alain Pacadis...

    « Rolling Stone » existe toujours, elle est toujours lue par les participants de l'été de l'amour, les vieux combattants du Larzac, les anciens « hippies » qui sont tous devenus pour la plupart des libéraux-libertaires communs. Maintenant dans « Rolling Stone », on parle de Rock et de cinéma comme mon grand-père.

    A partir de 1973, « Creem », revue musicale de Détroit publiée jusqu'en 1988, l'accueille dans ses pages et lui laisse une liberté quasiment absolue, parfois même Bangs publie des articles d'une trentaine de pages. Il s'inscrit dans le « gonzo-journalisme » car il mêle à ses critiques des considérations et récits d'épisodes qu'il prétend auto-biographiques tout comme le faisait Hunter Thompson.

    La lecture des textes de Lester Bangs montre également de manière éclatante que la société a changé, et pas dans le bon sens, vers plus de liberté, plus d'indépendance. Les temps sont à la simplification, aux esprits positifs coûte que coûte, qui ne veulent simplement pas voir le monde tel qu'il est, à l'humanitarisme bien léger, bien mollasson mais suffisant pour se donner bonne conscience, à la dérision cadrée, à l'insolence minimale.

    Lester Bangs aurait détesté les années 2000.

    Illustration du haut prise sur le site "jungle key"

    Illustration du bas prise sur le site de la librairie "Mollat"