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polar

  • Traversée myope de Paris

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    Livre, ADG, littérature, polar, anar de droite, amaury watremezAussi sur Agoravox

     

    La Table ronde réédite intelligemment des coups de cœur et cartes blanches de ses auteurs maisons, ou plutôt une carte noire, ici celle de Jérôme Leroy. Je ne l'ai pas fait exprès, je m'en suis aperçu après avoir acheté le livre, comme quoi les affinités au moins littéraires subliment les brouilles et les mésententes. Celui-ci a choisi un ouvrage d'ADG de son vrai nom Alain Fournier. Il est sulfureux de par ses prises de position très à droite mais est un auteur délicat et subtil méritant d'être re-découvert, proche de Marcel Aymé, Jacques Perret, et Antoine Blondin pour l'errance éthylique des personnages.


    ADG aimait la bonne chère, sa Sologne, son homonyme et la Littérature au dessus de tout le reste y compris la politique. Il était ce qu'on appelle un anarchiste de droite selon le terme usité souvent à tort et à travers, revendiqué par des imposteurs notoires comme Alain de Benoit, et qui pour lui cependant Alain Fournier est parfait. Son anarchisme de droite est surtout un non conformisme pour ennuyer les bourgeois pédagogues, tous ceux qui se piqueraient de poser aux arbitres des élégances morales et, ou culturelles. Il n'hésitait pas dans des chroniques sociétales à être très incisif, de trop sans doute aux yeux de ses détracteurs et contradicteurs.

     

    Elles étaient tellement incisives aux yeux de son éditeur que leur recueil est truffé de quelques pages blanches afin de signifier les coupures éditoriales prudentes afin de s'éviter quelques procès.



    On se doute bien que cela le rend immédiatement sympathique à mes yeux...

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  • La vie en noir

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    « Noir c'est noir il n'y a plus d'espoir » Jean-Philippe Smets

     


    PHOa7fd04c8-acf2-11e2-82be-7c37e65ceae0-805x453.jpg« Du Polar » de François Guérif, entretiens avec Philippe Blanchet chez Rivages/Noir

     

    portrait de François Guérif empruntée sur le site de « la Montagne »

     

    Les bons livres se reconnaissent généralement à un symptôme lorsque le lecteur les parcourt, on peut en dévorer cent pages d'un coup sans s'en rendre compte. Ils font plaisir. Avec ce recueil d'entretiens, on se prend au jeu rapidement et avoir de suite envie de les relire, pour la bonne bouche. Certes François Guérif semblera parfois injuste dans ses détestations et rejets, par exemple concernant Fajardie, mais quel ennui serait ce bouquin sans subjectivité ! Les auteurs ménageant la chèvre et le chou, se souciant de ne déplaire à personne, n'ont strictement aucun intérêt. Ils font souvent couler un robinet d'eau tiède tout en étant persuadés de l'avoir réinventée, ce n'est pas le cas de ce livre.

     

    On n'est bien entendu pas obligés d'apprécier le Roman Noir tout comme on n'est pas forcés de goûter les délices de Capoue ou les rognons délicatement à la poêle (avec un peu de vin rouge). Bien sûr c'est passer à côté de tout un pan de la Littérature moderne rentrant dans ce « genre », genre encore largement sous-estimé : pour les arbitres des élégances ce ne sont pas en effet des livres dignes de ce nom...

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  • Ce cher Dexter revient au cinéma...

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    littérature, Dexter, société, polar, jeff lindsay, amaury watremezAmi lecteur, cela ne te surprendra pas de par son ambiance sarcastique mais j'aime bien la série des « Dexter » de Jeff Lindsay. Je parle des livres et non de la série, ou plutôt du feuilleton (je dirai série quand les poules auront des dents), la série se distingue des romans à partir de la deuxième saison. Dans celle-ci Dexter devient un brave type tout ce qu'il y a de plus normal, plein de culpabilité très télégénique et finalement à la télévision son histoire finit très moralement, littéralement dans un océan de guimauve à l'exception de la fin ouverte.

     

    Dans les romans, le personnage demeure un tueur sans aucun remords même si justicier, observateur toujours étonné, moqueur et ironique du comportement des êtes humains dont il estime ne pas faire partie.

     

    Car Dexter est un tueur en série, un psychopathe apparemment froid doté d'un « passager noir » le poussant à commettre des crimes abominables, bien que dans son cas, il ne tue que d'autres criminels ayant échappé à la justice ordinaire. De par son travail d'expert de la police scientifique, il a beaucoup de sources d'informations indispensables afin de nourrir son « passager noir »....

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  • Perfidia

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    « Perfidia » de James Ellroy chez Payot et Rivages

    politique, société, littérature, Ellroy, Noir, amaury watremez, polar« Underworld USA » m'était tombé des mains, « it was a piece of shit man », c'était la première fois avec un roman d'Ellroy. Ellroy était fatigué, Ellroy était moins perturbé, Ellroy avait envie d'une vie bourgeoise croyait-on à l'époque. On le sentait moins inspiré, moins concerné par ses personnages. Je n'avais pas trop compris où il voulait en venir. « Perfidia » se tient mieux, est plus cohérent, et descend beaucoup plus bas dans les tréfonds de L.A (California) dont rêvent encore les naïfs, les fous et les esclaves enthousiastes du « Barnum consumériste ». 

     

    Avec ce livre, ça se confirme, Ellroy n'est jamais aussi bon quand il écrit sur les années 40 ;

     

    « LA Confidential », « le Dahlia Noir » et « le Grand Nulle part » ;  

     

    Et sur son parcours de « Ellroy Da Dog »  camé à la benzédrine, buvant beaucoup trop, clodo voyeur, caddie de golf pour richards et finalement écrivain talentueux à succès, de cette veine dans laquelle c'est un sang épais qui bat je retiens « Ma part d'ombre » sur sa mère, et « la Malédiction Hilliker » sur sa fascination des femmes....

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  • Deux Dexter pour le prix d'un seul

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    "Double Dexter" en "Points Thriller" au Seuil


    Livre, polar, roman noir, société, politiqueJ'aime bien la série des romans de Jeff Lindsay sur Dexter, policier scientifique, spécialiste des tâches de sang le jour et serial-killer impitoyable tueur de criminels la nuit. Dexter croit ne rien ressentir, et joue la comédie du brave type lisse et sans aspérités le jour. Dans le troisième roman, Deborah sa sœur découvrait qui il était réellement mais ne révélait rien, préférant utiliser les talents de son frère non sans réticences, après que celui-ci lui ait sauvé la vie.

     

    Ce n'est pas que les histoires soient formidables.

    C'est toujours un peu les mêmes procédés, comme dans les séries télévisées, avec les mêmes « gimmicks » :

     

    Dexter a un ennui sérieux qui l'empêche de continuer ses activités de justicier sombre, il se lance sur une fausse piste qui s'avère un piège et tout finit sur un « climax » grandiose qui met en jeu la vie de ses proches ; son frère, sa sœur, et dans les deux derniers opus, ses enfants adoptifs, Cody et Astor. Et à la fin tout redevient « normal », et Dexter peut enfin assouvir de nouveau ses pulsions.

     

    Fort heureusement, ce n'est pas ça le plus important, mais l'atmosphère et le ton très caustique, voire cynique, de l'auteur qui à travers la voix de Dexter, qui est le narrateur, se moque de tous les travers de la médiocrité quotidienne, des conventions sociales hypocrites et du « politiquement correct » qui ne l'est pas moins, de ce qu'il faut faire pour plaire et s'intégrer, sans pour autant être sincère.

     

    Le personnage essaie de comprendre l'espèce humaine à laquelle il estime ne pas appartenir mais n'y arrive pas, tente de résoudre ses crises de couples et amicales sur les clichés qu'il a vu à la télévision dans les « soaps » sentimentaux interminables pour ménagères et y réussit car au fond, les sentiments ne sont basés que sur des leurres comprend-t-il, ou presque tous.

     

    Dexter est donc un « serial-killer », psychopathe car traumatisé à trois ans par le meurtre sanglant de ses parents, qui a été recueilli par Harry, son père adoptif, qui s'apercevant des pulsions homicides du garçon les a canalisées afin que celles-ci ne s'exercent que sur des meurtriers que la police a laissé libres car n'ayant pas assez de preuves

     

    Donc certaines nuits, quand son « passager noir » s'éveille, Dexter tue des criminels, et y prend plaisir, toujours après avoir soigneusement réuni tout ce qu'il fallait pour se prouver à lui-même la culpabilité de ses proies.

     

     

    Dans « Double Dexter », il est confronté à un assassin qui prétend non seulement le copier mais aussi le surpasser, après l'avoir surpris dans ses activités coupables. Dexter joue avec lui au jeu du chat et de la souris mais il semblerait qu'il soit cette fois-ci tombé sur plus fort que lui et plus doué pour la comédie des hypocrisies sociales. L'on comprend à la fin du roman qu'il faut vraiment se méfier des braves types et qu'il n'est pas forcément conseillé de faire faire du scoutisme à ses enfants.


    Couverture prise ici

  • Comment peut-on soutenir Cesare Battisti ?

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    Mieux vaut prévenir que guérir, tous les commentaires qui se hasarderaient à m'insulter, à me traiter de facho, sans argumenter seront supprimés.

    Sur Agoravox aussi on en parle

     Quand je vivais comme volontaire au Proche Orient, nous avons pu vivre avec les autres coopérants ce que les journalistes en terrain de conflits appelle « le syndrome du demi-dieu », à savoir, au bout d'un moment nous avions fini par prendre beaucoup de risques, et à côtoyer des situations très dangereuses en se croyant invulnérables, ce que nous n'étions pas. Je suis sûr qu'avec une toute petite pichenette, nous aurions été prêts à nous investir dans les combats sévissant dans cette région du monde, à manier les armes et à tuer pour une cause que nous croyions juste.

    image prise ici

    CesareBattisti.jpgC'est grisant de sortir des cadres sociaux normaux, de n'être plus sous la contrainte d'aucune hiérarchie, nous faisions à peu près ce que nous voulions...

    Ce qui a été le plus dur quand cette vie s'est arrêtée c'est de retrouver une vie plus banale, plus dans les rails. Ce qui nous a sauvé est que nous étions vigilants les uns envers les autres, que nous avons essayé de ne pas nous laisser emporter par ce que nous ressentions pour ceux qui nous ont été proches deux ans.

    Ce qui est arrivé à certains militants d'extrème-gauche des années 70 ressort à peu près du même phénomène.

    On combat pour des idées que l'on croit justes, et à la base il y a effectivement une soif de justice pour tous, une soif d'équité, et de paix sociale, de rejet de l'avidité, du consumérisme, toutes choses éminemment sympathiques au départ. Beaucoup des militants de cette période sont sagement rentrés dans le rang ensuite, gardant qui un look, qui quelques slogans, pour ne pas donner l'impression de tout à fait se dédire, pendant que d'autres allaient jusqu'au bout de leurs idées, à savoir la lutte armée.

    C'est grisant d'aller sur les marges, de combattre pour de bon au nom d'idées généreuses, on croit alors que la vie de ceux qui semblent contredire ses idées ne vaut pas grand chose. On devient un demi-dieu qui décide qui doit vivre ou mourir. On ne sort pas seulement de la société, on quitte toute morale, tout sens commun. On finit par trouver normal que la fin justifie les moyens, ce qui pourrait être le credo de bien des requins du libéralisme.

    Jean-Patrick Manchette le traite parfaitement dans « Nada ».

    Chez beaucoup de petits bourgeois étudiants, il apparaît que ce militantisme est aussi une conséquence de leur culpabilité sociale, d'un rejet de l'identité familiale, en somme plus une crise d'adolescence prolongée qu'autre chose. Il y a aussi de grands naïfs comme les « épiciers » de l'affaire de Tarnac, qui se sont donnés des frissons, ont joué aux gendarmes et aux voleurs avec le pouvoir sans comprendre qu'il y aurait des conséquences, invoquant même ce qui est un comble la justice dite « bourgeoise » pour se défendre.

    En Italie, pendant les « années de plomb », il y eut les « Brigades rouges », en France, « Action Directe ».

    Mis en prison en 1979 après plusieurs assassinats qui lui sont imputés, condamné en 1981 car appartenant à une bande armée, Cesare Battisti s'évade alors et part se réfugie alors au Mexique. En 1988, il est jugé par contumace par la Cour de Milan qui ordonne la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat du surveillant de prison Antonio Santoro (Udine, 1978) et de l'agent de police Andrea Campagna (Milan, 1979), ainsi que pour complicité active dans les assassinats le 16 février 1979 du boucher Lino Sabbadin (Santa Maria di Sala, Vénétie) et du bijoutier Pierluigi Torregiani (Milan).

    En France, François Mitterrand s’engage en 1985 à ne pas extrader les anciens activistes italiens en ayant fini clairement avec la violence, à l'exclusion des crimes de sang. C'est ce que l'on appelle la doctrine Mitterrand.

    Sur la base de cet engagement politique, Cesare Battisti revient en France en 1990 où il dispose d'un réseau amical important. Il devient gardien d'immeuble et commence à écrire. Il écrit son premier roman « Les Habits d'ombre ». Cette œuvre et les deux qui suivront : « L'Ombre rouge » et « Buena onda » sont des romans « noirs » qui prennent pour toile de fond la communauté des exilés italiens à Paris. Il publie également « Dernières cartouches » qui se déroule dans l'Italie dite des « Années de plomb ».

    En 2004, l'Italie demande une seconde extradition qui est cette fois accordé.

    Au grand scandale d'un petit milieu parisien très fermé, d'écrivains «engagés », ou pas, comme Fred Vargas, qui prétend refaire toute l'enquête, de politiques, dont Bertrand Delanoé, de philosophes médiatiques comme BHL d'humoriste comme Bedos. A l'époque, le journaliste Guillaume Perrault évoque le fait que ce n'est pas l'innocence de Battisti qui est invoqué contre la demande d'extradition, mais l'indulgence devant « la pureté de sa cause ». Il faut dire aussi que d'autres littérateurs ou journalistes voient aussi là l'occasion de se faire un peu de publicité en se donnant le genre combattant pour la liberté...

    Un petit milieu, souvent socialement et financièrement favorisé, qui invoque cela pour défendre Battisti, cela s'appelle ni plus ni moins que de la justice de classe.

    Ci-dessous le début de "Nada" adapté par Chabrol au cinéma en 1974.

  • Ellroy, le sexe, l'amour et l'écriture

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    Sur Agoravox on parle aussi d'Ellroy et des femmes

    « Pour un fanatique religieux de droite, j'ai trouvé que tu manquais de foi »

    On trouve cette phrase dans le dernier livre de l'auteur de « L.A Confidential » et du « Dahlia Noir ».

    C'est une femme qui le lui dit, une femme qui se moque des clichés sur cet auteur, qui le dit, il « fait son numéro » en jouant les croyants hyper-rigides et droitisé à l'extrême alors qu'au fond il doute de tout, y compris de lui, ne cherchant au fond qu'une chose, aimer, et trouver une forme de rédemption par l'écriture.

    Car l'écriture est un enjeu existentiel, tout comme la lecture peut l'être, elle permet d'effacer pour un temps le cynisme, le désespoir et l'acédie que l'on est tenté de ressentir face à la médiocrité du monde. Elle fait oublier toute cette médiocrité, ces basses pulsions, ces haines, ces dégoûts que l'on peut ressentir face à la bêtise, à l'hypocrisie, aux faux semblants en général.

    jelroy.jpgLes écrivains sont des types pitoyables et grandioses, des ratés aux yeux du monde, incapables de maitriser leurs pulsions ou leur émotivité, j'en ai encore eu la confirmation en lisant « La Malédiction Hilliker » de James Ellroy. Ellroy reste encore, cinquante ans après le meurtre de sa mère, un petit garçon livré à lui-même et terrifié, perturbé et amoureux d'elle, se croyant coupable de cette mort du fait d'une malédiction enfantine qu'il lança sur elle un soir de colère, comme les enfants le font quand ils se font gronder et qu'ils trouvent cela injuste.

    Bien sûr, comme les enfants sont parfois beaucoup plus sérieux que les adultes dans leurs haines ou leurs amours, Ellroy à neuf ans s'est persuadé que la sienne avait fonctionné et qu'il avait tué sa mère.

    Il en est d'autres qui recherchent des femmes qui ressemble à leur premier amour à jamais perdu, de grandes et minces jeunes brunes, et se perdent, qui croient la retrouver un temps, et se perdent, qui croient trouver l'Autre majuscule, la femme qui les consolera, et se perdent, et qui continuent quand même leur quête qui est aussi celle de ce qu'il y a de meilleur en eux, car ce n'est pas grave de sombrer, ce qui est grave est de porter un masque social et de jouer la comédie de l'adaptation alors que l'on sait que ce monde est grotesque et absurde.

    Dans ce livre superbe, James Ellroy ne fait pas que se livrer sur son obsession des femmes, sur ses amours, sur la mort de sa mère et la nullité de son père, il explique aussi pourquoi on se met à écrire, pourquoi quelqu'un se met dans la tête que les mots qu'il aligne sur une feuille ou un écran auront un intérêt quelconque pour qui que ce soit. J'y retrouve le même genre de considérations brûlantes que dans le journal de Manchette ou la correspondance de Flaubert.

    Qu'ils soient classés dans la boîte « classique », ou « de genre », les écrivains écrivent pour conjurer leurs nombreuses blessures, qu'ils écrivent pendant les périodes de rédemption, avant de se sentir à nouveau insatisfaits et de repartir en chasse.

    Une partie d'Ellroy est sans doute mort une première fois ce jour du meurtre de Jean Hilliker.

    A travers ses livres, il a cherché à exorciser tout cela, mais jamais de front, dans cet ouvrage il le fait pour de bon.

    Il se confesse, à la fois pudique et exhibitionniste, altruiste et narcissique.

    Il parle de sa compulsion pour les femmes, l'amour passionné et le seXXXe.

    Et il reste un petit garçon terrifié encore après ce livre.

    Dans « Ma part d'ombre », il avait déjà essayé d'enquêter sur ce traumatisme fondateur, de revenir sur les lieux où sa mère se perdait avec d'autres hommes, à l'endroit où on l'a assassinée, au cœur cette ville tentaculaire, décadente et fascinante qu'est toujours Los Angeles, la ville qui fait fantasmer encore maintenant les clampins du rêve et ceux qui veulent être célèbre à tout prix, même pour rien.

    Ellroy est très souvent tombé amoureux, se jouant des films en Technicolor du fond de sa chambre pourrie à côté de Hancock Park, dans sa tanière minable, il passait des nuits dans le noir à attendre que le téléphone sonne, après avoir donné son numéro à une fille qui lui avait plu, et qui l'avait sans doute oublié dans la minute même, des filles aux cheveux auburn, sûres d'elles apparemment, comme Jean Hilliker, sa mère.

    Ellroy se faisait des films, mais comme il l'avoue :

    Il pensait surtout au seXXXe qui le torturait, le faisait se tordre de douleur, d'épouvante et de plaisir mêlés.

    Il avait peur du seXXXe, peur des femmes aux cheveux auburn qui lui rappelait sa mère, et il avait envie d'elles pour conjurer le sort.

    Il aimait le seXXXe et les images qu'il créait en lui.

    F4AE2DAFC681DEE822F028_Large.jpgPlutôt que d'être amoureux, il se vautrait dans son enfer personnel, entre l'ingestion d'amphétamines et des étreintes tarifées avec des professionnelles qui étaient comme souvent à Los Angeles des « occasionnelles » qui faisaient ça comme elles le prétendaient en « attendant un rôle », toutes prises au piège du miroir aux alouettes des collines de Burbank.

    Toutes se disent que ce n'est pas grave de tapiner, et quand elles osent enfin se regarder dans le miroir, il est trop tard, elles sont définitivement marquées par l'alcool, les passes, et les médications diverses qu'elles prennent pour tenir le coup.

    L'une d'elles le console un soir, comme un pauvre gamin, car il ne peut s'empêcher de pleurer, soudain lucide sur l'abîme où il s'enfonce.

    Une autre soirée de dérive, il avale trop d'amphétamines et manque de mourir, et il s'en tire.

    Avant de se mettre à écrire.

    1291366_37831310-2cc8-11e0-b71e-00151780182c.jpgIl publie son premier roman et commence à vouloir fonder une famille, il veut des filles, mais il continue à chercher une femme aux cheveux auburn, à attendre leurs coups de fil dans l'obscurité, à se dire que c'est l'Autre majuscule qu'il vient de rencontrer et à ne pouvoir s'empêcher de regarder les autres femmes devant les cinémas, chez elles ou derrière les vites des « Dinners ».

    Il se marie trois fois, divorce deux, il croit trouver la femme de ses rêves, celle qu'il avait déjà convoqué dans ses fantasmes quand il n'était encore qu'un drogué sans toit furetant dans les maisons bourgeoises et volant des dessous aux filles, un pauvre raté louche, obsédé et malade, qui du fond de la saleté de son âme en perdition espérait toujours retrouver un peu de lumière, un peu de clarté.

    Peut-être Ellroy est-il de droite ?

    Je ne sais pas. Il me semble que ce serait un classement réducteur, très réducteur. Il est certainement de droite, mais pas libéral, au sens qu'il rejette les idéologies utopiques prétendant faire le bonheur de l'Humanité même malgré eux.

    Est-ce un fanatique religieux ?

    Non plus, c'est un croyant sincère, qui sait que l'humanité existe encore même au plus profond de ceux qui se croient éloignés du divin, et méprisés en tant que tels par leurs congénères pour qui ils sont des alibis faciles.

    Il sait que la foi ce n'est pas se croire parfait mais connaître ses faiblesses, ses manques, ses doutes, se savoir pitoyable, se voir dans sa vérité, voir donc aussi les autres avec acuité. Ce n'est pas une foi coupée à la moraline ou aux bons sentiments.

    C'est la raison pour laquelle ses livres sont dérangeants et bouleversants, et durs, car ils sont lucides. On aimerait qu'une proportion un peu moins infime d'êtres humains le soient également un peu plus.

    Deux photos de Jean Hilliker en ilustrations, la deuxième avec James Ellroy dans les bras

    Ci-dessous une vidéo où Ellroy parle de L.A sa ville maudite.

  • "La Malédiction Hilliker" d'Ellroy "Da Dog" - en matière de tizeure

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    elizabeth_short_black_dahlia.jpgJe suis en train de finir "la Malédiction Hilliker" d'Ellroy, il y parle de sa quête de l'amour fou, de son émotivité, de son inadaptation et de pourquoi il écrit, et j'adore.

    C'est beaucoup mieux qu'"Underworld USA", qui était trop dense, et un peu dur à terminer.

    Ellroy n'est jamais aussi bon que lorsqu'il parle de ses démons et qu'il le fait sans concessions et aussi bien que dans ce livre lu en deux jours un peu partout : le train, le car, le bus rouennais, et un café place Jeanne d'Arc.

    En photo ci-contre, "The Black Dahlia", Elisabeth Short, qui la deuxième femme à obséder Ellroy après Jean Hilliker, assassinée elle aussi, assassinat qu'il a mis quarante-cinq ans à exorciser...

    Ou pas.

  • Le match Ellroy/Kagansky

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    Ellroy et Kaganski

    JAMES_ELLROY-1dda1.jpgJe viens de lire une interview croquignolette d'Ellroy par Serge Kagansky dans « les z-inrocks ». Durant tout l'entretien le journaliste culturel veut absolument diriger la conversation sur la période actuelle, sur l'avènement du Messie médiatique au pouvoir, à savoir Obama. Il questionne sur la période des années soixante, toutes en tensions raciales selon lui et veut aiguiller Ellroy pour qu'il dise que maintenant c'est beaucoup mieux : plus de racisme, fini n-i ni les tensions entre communautés, terminé la violence par les armes à feu, et il n'y a plus de guerre menée à l'extérieur, excepté au Yemen, en Afghanistan, en Irak et peut-être bientôt en Iran. Bien sûr, il affirme qu'un type comme Ellroy est forcément un progressiste qui fait semblant de jouer au mauvais sujet, au mauvais coucheur, au sale type. Et dans le même temps confond l'écrivain et ses personnages : « vous n'êtes pas vraiment raciste ? Ce sont bien vos personnages ? ». Pour finir, on comprend que Kagansky est une midinette pseudo-intello qui ne comprend rien au talent des autres, quand il avoue s'être pris en photo avec l'écrivain. Comme dirait madame Mado, une amie entremetteuse, les hommes comme Serge K. ont besoin de se sentir un peu l'homme du XXIème siècle, en photo-serge.jpgmatière sexuelle, soit un petit furtif en voisin : « Bonjour Mademoiselle, Au revoir Madame », soit pour la bibliothèque la lecture superficielle d'Ellroy pour se sentir audacieux. Ellroy, pour les plumitifs qui font dans le cultureux ou le bouquinard, c'est comme le petit prolo qui dit des saloperies à côté des radiateurs, qui achète des revues cochonnes et regarde sous les jupes des filles en classe ; ils trouvent ça un peu sale, mais ça leur plaît, ça les désennuie un peu, leur fait oublier leur torpeur intellectuelle et leur conformisme.

  • "Mémoires d'un rouge" - Howard Fast

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    people1.jpgIl suffit que quelqu'un me dise que la lecture de tel livre est indispensable et fabuleuse pour me donner envie de ne pas le lire. Ainsi pour ce livre où Howard Fast raconte sa vie, axant son livre autour de deux pôles, son engagement politique, dans le parti communiste américain mais pas seulement, et son amour de la littérature. Son engagement communiste a ceci de sympathique qu'il est pur, que c'est une recherche d'idéal, bien qu'il parte, à mon avis, d'un postulat faussé qui veut que l'homme est bon par nature alors que ce n'est pas le cas. Comme l'affirmait Maupassant il n'y a rien de plus cruel qu'une cour de récréation enfantine. Fast se disait innocent quand il était jeune et il le reste.

    Il n'irait donc pas jusqu'à dire comme Sartre que "tout anti-communiste est un chien", refrain repris en coeur en ce moment par ceux qui s'étranglent d'indignation au fait que l'on puisse seulement évoquer les horreurs du totalitarisme soviétique, pourtant décrites par Gide dés son "retour de Moscou" ; et pour lui son engagement communiste n'est que la suite logique de son combat contre le nazisme pendant la guerre. Au discours de Fast sur la politique, illustré par une nouvelle de SF utopique et un rien mièvre sur des enfants mutants, je préfère celui d'Orwell, infiniment plus subtil, Fast reste un militant. On l'excusera vu les souffrances de la pauvreté et de la faim subies quand il était enfant, ou ses vadrouilles dans les rues de New York comme gosse des rues et gamin débrouillard. Il raconte son premier contact avec les insultes judéophobes (ça ne date donc pas d'hier) et l'envie de se battre qui découlera de tout ses malheurs. Fast était fasciné par la théorie de la "gestalt" qui veut que chaque être humain soit en fait relié par un seul et même esprit et non une multiplicité d'individualités. Quant à moi cela ne me passionne pas une seconde, la multiplicité des individus, le fait que chacun d'eux est unique me paraît beaucoup plus exaltant. Pour son engagement, Fast a dû subir la sottise de "la chasse aux sorcières".

    fasts.jpgEn littérature, Fast est un boulimique et un autodidacte, ce qui va souvent de pair, lisant un peu tout et n'importe quoi quand il était jeune, tout ce qui lui tombait sous la main. Il lui vient très vite l'envie d'écrire et de trouver son style, un style qu'il veut dense. Le polar est pour cela une bonne école, de dureté apparente, d'exigence, de sécheresse des descriptions mais tout en complexité quant à la psychologie. J'ai cependant malgré tout une certaine préférence pour le baroque et la démesure des romans de James Ellroy.

    Il écrivit ensuite des romans plus tard adaptés au cinéma dont le plus connu reste "Spartacus" et "Sylvia", roman sur une femme rêvée, une passion naissant du récit d'une vie : Un homme d'affaires richissime engage Macklin, le personnage principal du livre, archétype du loser magnifique à la Chandler pour qu'il découvre la vérité sur sa future jeune et belle épouse. Sylvia semble n'avoir aucune famille ni attaches. On ne sait rien d'elle excepté qu'elle écrit des poèmes et qu'elle possède déjà une fortune personnelle. A l'origine Macklin se destinait seulement à enseigner l'histoire ancienne mais le destin en décida autrement. Il vivote en suivant et en espionnant des individus pour quelques dollars. Un métier proche de celui de privé qu'il estime lui-même répugnant. Il traversera les Etats-Unis jusqu'au Mexique. Il tombera amoureux de Sylvia sans même l'avoir rencontré, après avoir reconstitué sa vie et son parcours. Howard Fast a écrit des romans dont les titres sont des prénoms féminins, (cela devient de plus en plus rare, des romans qui ont un nom ou un prénom comme si les non-lieux et les non-individus envahissaient également la littérature).

  • Jack Palmer enquête en banlieue

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    J'aime beaucoup les enquêtes de Jack Palmer, privé minable et débile, incompétent à plein temps, imaginé par Pétillon. Il ne résout jamais ses enquêtes, ou alors tout à fait par hasard, ne comprend rien à ce qui lui arrive. Il a eu plusieurs styles suivant l'évolution du dessin de Pétillon. au départ inspiré des dessinateurs américains de "Mad", il a fini par trouver sa touche. Palmer vit dans une mansarde où il vivote tout en repassant son permis régulièrement (il en est à vingt-sept tentatives), il a des ardoises partout dans les cafés du quartier où il boit sous des faux noms. J'aime particulièrement l'histoire du "Grand Sommeil" revue et corrigée en employant les termes et les images politiquement correctes (un mari devient un violeur légal, on ne dit plus un imbécile mais un individu à compréhension différée etc...). Ci-dessous, Palmer enquête en banlieue dans "l'Affaire du voile".

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  • Le cauchemar des gens normaux

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    Spécial « Polar » consacré à Ellroy – réédition chez « Rivages Noir »

    287045872.jpgEn parcourant ce livre, je m’attendais comme d’habitude avec cet auteur à être très vite pris par l’ambiance de ses textes et ne pas pouvoir en sortir, et m’ennuyer en lisant les interviews mais c’est tout le contraire qui se passe. Les nouvelles proposées ne sont pas si mal, c’est un grand écrivain, mais un ton en dessous des recueils comme « Tijuana mon amour » ou « Destination morgue ». Il y a bien cette histoire de Pacha où, en passant, Ellroy fait une déclaration d’amour aux Bull-terriers en général et à sa chienne en particulier. Son style en est plus humoristique et beaucoup moins noir que les autres œuvres de l’écrivain, même si bien sûr il demeure extrêmement caustique. Il développe aussi dans la première histoire le personnage de « Buzz » Meeks que l’on retrouve dans « LA Confidential » ou « le Grand Nulle part », larbin futé et lucide d’Howard Hugues et de Mickey Cohen qui sauve une jeune fille d’un « sort-pire-que-la –mort ». J’ai tendance à me plonger plus facilement dans ses œuvres de longue haleine.

    326759450.jpgBien plus passionnantes sont ses interviews. Il y parle des connexions entre sa vie et son œuvre, entre ses obsessions et celles de ses personnages. C’est aussi quelqu’un qui a eu une vie dense et passionnante, sombre et plus claire, il est allé jusqu’au fond de l’abyme et en a ramené ses livres. Cela leur donne un supplément d’âme. Le meurtre de sa mère est l’acte fondateur de son sens du tragique et du grotesque (c’est souvent la même chose), de la dérision, de la folie et de la sottise quasiment sans limites engendrés par le comportement des pitoyables animaux humains qui accordent à des futilités une importance démesurée.

    Il en parle dans « Ma part d’ombre ». Ce roman est une enquête policière qui a pour thème principal la résolution du complexe d'Oedipe monstrueux d'Ellroy. Pour y arriver d'une manière radicale, il fait l'amour avec elle par delà la mort en tentant de trouver son assassin et fait d'un banal fait divers une tragédie qui aura des résonances pour chacun des lecteurs. En effet, sa mère est une femme seule perdue dans une cité-dortoir pourrie élevant seule son fils, souffrant de la solitude et de sa propre misère sexuelle, des ragots, de la médiocrité et des préjugés dans l'Amérique des années 50 qui était loin de ressembler à une peinture de Norman Rockwell, comme celle de Bush junior. Ellroy, bien sûr, est fou, hors norme extrême et le cauchemar des gens dits normaux qui détestent qu’on leur montre leur vérité alors que leur conformisme est bien plus monstrueux.

  • Tijuana mon amour – James Ellroy

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    Les affabulations d'un affabulateur fabuleux

    538551c38675ba9696cab2ceff2e46d1.jpgCe livre recense des articles de l'écrivain concernant des meurtres commis à Hollywood et plusieurs histoires qui ont pour fil conducteur le journal à scandales imaginaire que l'on trouve dans toute son oeuvre « l'Indiscret », dont les articles sont majoritairement rédigés par Danny Getchell, le héros de deux épopées grotesques et violentes qu'il nous raconte lui-même suivies de l'histoire d'un détective du LAPD amoureux des pittbulls et surtout d'une star déchue depuis longtemps, Donna Donahue, avec qui il entretient une relation compliquée d'haine et amour, de répulsion et de fascination, histoire où l'on retrouve un héritier illégitime des textes et dossiers de Danny G., Gary Getchell, minable fouineur quant à lui contrairement à son prédecesseur qui était un démon capable de grandeur révélant les turpitudes des vedettes et stars de l'écran. On croise lors de son épopée Sinatra et Sammy Davis jr., Robert Taylor, homosexuel et réactionnaire selon Danny G. et Lana Turner en compagnie de son amant dangereux. Danny Getchell aime se vautrer dans le stupre et le lucre des vedettes par procuration et parce que c'est un scopophile compulsif qui ne croit pas que le bien ou le mal existent, ou plutôt pour lui, surtout le mal et la bêtise de l'homme mêlée à d'immenses vanités. L'Amérique des années 50 qui est décrite dans les aventures du rédacteur en chef de « l'Indiscret » est bien loin des jolies peintures de Norman Rockwell, elle ressemble à l'univers d'Hopper, il y a quelque chose caché derrière cette apparente prospéritè sereine de pères fondateurs enrichis, quelque chose de dangereux et d'horrible.

    48945775a39e4a339f42bfed0ba7ca55.jpgL'Amérique des années 2000 qu'Ellroy met en scène est marquée par le 11 septembre, par la peur, elle est repliée sur le passé et sur elle-même. Comme cette femme qui aurait dit à Marjane Satrapi à Salt Lake City que la lune n'est visible que d'Amérique. Les américains semblent encore rêver d'ailleurs de cette « americana » fantasmée et parfaitement imaginaire des années 50. C'est peut-être pour cela qu'Ellroy se penche sur deux meurtres non résolus de ces années là pour montrer, nous forcer à comprendre que la conscience humaine 11235b29b710f2995a8afd3f00972729.jpgn'a pas du tout changé depuis ces temps soi-disant bénis. Le meurtrier et le détective, « Rhino » Jenson mis en scène ont en commun avec l'écrivain son fétichisme, Ellroy s'introduisait lui aussi dans des maisons pour dérober des objets privés à leurs propriétaires, et ses obsessions morbides, « Rhino » est amoureux fou de Donna parce qu'elle ressemble à Stéphanie, la victime d'un crime de 65 jamais résolu, tout comme pour Ellroy, l'assassinat du Dahlia noir et celui de sa mère se rejoignent. Personnellement, j'aime beaucoup me plonger dans cette Amérique cauchemardée, que l'on retrouve dans les mémoires de quelques fous mégalomaniaques et géniaux comme Orson Welles ou Darryl F. Zanuck, ou David O. Selznick. Enfin, ce livre n'est pas un polar, il plonge dans l'inconscient de ce que l'on appelle la modernité alors que ce n'est encore qu'une manifestation de notre avidité, de nos penchants au mal et à la cruauté. Il révèle la profonde hypocrisie de ce que nous appelons sans trop réfléchir notre civilisation. Et ce n'est pas un auteur de polars, c'est un classique instantané...

    Photos : Hollywoodland, Ellroy, Diana Dors, starlette des années 50, et Lana Turner, star vénéneuse.

    458f22b76fd367997ae37bbd11975e1d.jpgRésumé du livre par l'éditeur : Après Crimes en série et Destination morgue, ce troisième recueil clôt - provisoirement - la publication des textes courts de James Ellroy. On connaît l'intérêt de l'auteur pour les faits divers criminels et en particulier les affaires qui défraient la chronique. Cette obsession constitue le thème central des articles et fictions réunis dans Tijuana mon amour. Qu'il retrace l'enquête sur la mort de la fille d'un présentateur de radio, brosse le portrait d'un célèbre district attorney ou mette en scène l'un de ses héros préférés, l'intarissable rédacteur en chef de la gazette à scandales l'Indiscret, Ellroy n'aime rien tant qu'explorer "la jungle du glamour" et en rapporter des trouvailles saisissantes, scabreuses, au goût amer et à l'odeur nauséabonde. On y croisera le célèbre gangster Mickey Cohen, Lana Turner et son amant Johnny Stompanato, Rock Hudson, Frank Sinatra et quelques figures d'acteurs ou autres " people " de seconde zone, tous tombés dans la boue du scandale au point que certains ne s'en relèveront pas. On retrouve avec jubilation la patte caractéristique de l'auteur du Dahlia noir dans ces portraits au vitriol des flics, des acteurs, de la pègre et des médias. A travers ces trois articles et six nouvelles, c'est la face noire d'une Californie schizophrène qui est radiographiée avec une acuité rageuse, provocatrice, brillantissime.

  • Quelques enfants de salauds et Chester Himes

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    Ecrivain, américain et noir

    Il se peut que j'ai déja passé cette note, ne l'ayant pas retrouvée dans les archives, la revoici...

    b095b903eb82f7bb45ad38a63fa7e89a.jpgChester a connu beaucoup d'enfants de salauds dans sa vie, de mignons cultivés et de voyous sans scrupules, une vie bien remplie, même s'il n'est pas facile d'être à la fois, noir, américain et auteur. En plus, il n'écrit pas des bouquins sucrés ou pleins de questions sociales existentielles, non, il décrit le monde qu'il connaît, les petits magouilleurs, les arnaqueurs, les filles de joie, les filles malheureuses, les flics sans illusion sur l'humaine nature, comme Ed Cercueil.
    Les noirs à l'époque un peu plus que maintenant, (aujourd'hui on dit afro-américain pour camoufler le racisme toujours latent - comme le montre, mine de rien, Terry Zwigoff dans le film "Ghost World" au sujet des enseignes de "Coon Chicken Inn"), étaient à la merci des blancs, des exploiteurs, de la misère comme des insultes, des crachats. On les tolérait comme cireurs de chaussures, pittoresques, ou, à peine, comme jazzmen, dans des clubs où ils n'avaient pas le droit de mettre les pieds comme clients. D'ailleurs, les petits voyous des romans de Himes jouent toujours aux bons "nègres" des "arpents verts" quand ils sont en mauvaise posture devant les blancs.
    166cce0747d6573c74cd7b30cc28b45e.jpgEt il y aussi le ton inimitable de la série noire, désenchanté, sous-entendu, grave au fond, voire désespéré pour de bon. Mieux qu'une étude sociologique. J'ai autant apprécié cette biographie que celle de Edward Bunker. On y descend dans les pronfondeurs du même lumpen-prolétariat, dont l'image est souvent idéalisée, à tort, au fond du gouffre, les travers de l'humanité demeurent les mêmes. Le mépris inconscient, ou non, des "élites" demeurera longtemps envers ce genre de littérature, comme un alibi pour l'incompréhension sociale.

    Titre : Chester Himes, une vie | Auteur : James Sallis | Editeur : Rivages | Thème : Critique et histoire littéraire

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  • Le Secret de la salamandre - Jacques Tardi

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    Que devient notre jeune et belle héroïne ?
    medium_AdeleBlancSec_T4-page47.jpgAdèle ne fout rien dans cet album. Elle passe 99% des pages dans la glace. Pendant qu'elle pique un bon roupillon, des forces titanesques s'agitent au dehors. Simon Flageolet est toujours aussi lâche et Caponi toujours aussi con. Quant à Brindavoine, un autre personnage de Tardi (indépendant de la série) qui croise Adèle, il ne pense qu'à échapper à la boucherie générale par tous les moyens, comme Bardamu. Il réveille Adèle à la fin, qui passe sans transition de la "Belle époque" aux "années folles". Tardi s'intéresse plus aux décors et aux caractères des personnages qu'à l'histoire, pourtant alambiquée à souhait. Que va devenir notre jeune et belle Adèle qui était morte (elle était morte Adèle ?) dans ce nouveau monde effrayant ? Le Mal, déjà, affûte ses armes...

    Titre : Le Secret de la Salamandre | Auteur : Jacques Tardi | Editeur : Casterman

  • Soleil noir du polar

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    Ci-contre : portrait de l'auteur 

    Le long du zinc de "La Maison des souffrances", le bar de Leery, un irlandais rougeaud, s'alignent le "Tchèque-en-bois", sorte de colosse retardé, Jane, la femme-flic qui l'est comme on embrasse une vocation, "Ronald-le-Fripé" pas très loin de partir à la retraite qui en paraît ravi mais qui ne sait pas ce qu'il en fera et Mario Villalobos, l'inspecteur de la "Rampart Division". Ils tabassent quelques petits délinquants de temps en temps, se saoulent pour voyager en esprit, et résolvent quelques énigmes. Tous sont flics qui croient encore en leur mission mais acquièrent au fil du temps un cynisme qui devient comme leur carapace. Ce livre montre des flics réalistes, humains et ambigus.

    medium_flics.jpgCe ne sont pas des héros, ce ne sont pas des ratés, ou des pourris, juste des êtres humains avec leur contradiction. On pense à certains feuilletons télévisés. Ce livre n'est pas non plus "Hill Street Blues", une histoire de flic "sitcomisée", mais ressemble plutôt à "The Shield" ou "Oz" pour la présentation ultra-efficace de la violence, la qualité de l'observation des personnages. Et l'on s'aperçoit que le genre est également à même que des analyses fines de sociologie "savante" de décortiquer les maux, les tares de la société moderne : l'hypocrisie, la veulerie, la solitude des rapports humains, l'absence de simple compassion. On sait que c'est Wambaugh qui a sauvé vraiment Ellroy de la mort, de la folie, de la misère en lui donnant l'envie de raconter lui aussi l'envers du décor social.

    Titre : Soleils noirs | Auteur : Joseph Wambaugh | Editeur : LGF

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  • Les contes de L.A. d'Ellroy "Da dog"

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    medium_LA1.jpgCe livre présente plusieurs nouvelles ou textes courts sur l'écriture de James Ellroy, l'écrivain de polar le plus sombre de cette époque, qui produit les romans les plus sombres, les personnages à la part d'ombre toujours envahissante.
    Sombre toujours. Ellroy appelle aussi son livre, c'est le sous-titre en anglais, "L.A tales", contes de L.A, par dérision, par besoin de soulever la toile peinte des illusions de tous les paumés, des naïfs qui regardent les séries télévisées au premier degré, ou les films où Bruce Willis sauve le monde en tricot de corps.
    medium_LA2.jpgCe qui a intéressé Ellroy avant d'écrire, c'est de retrouver le salaud qui avait envoyé sa mère au paradis des mères célibataires, c'était la rage qui l'habitait, la rage qui lui donnait envie de continuer à vivre pourtant, la rage qui le poussait à surmonter les difficultés, la rage de décrire le réel et non des histoires de fée rassurantes. Ellroy a vécu l'envers du décor, le versant plus inquiétant du rêve, il en a perçu toutes les nuances. Il a dormi dans la rue, s'est accroché avec les flics et a continué à lire, s'est fait plusieurs cabanes de carton et a toujours dévoré plus de livres.
    Et à force, Ellroy est devenu une sorte de chien, iol est devenu Ellroy "Da Dog"...
    PS : à signaler une interview de lui dans le "Mad Movies" de ce mois-ci.

    Titre : Destination morgue | Auteur : James Ellroy | Editeur : Rivages

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  • Enfer à la cité des anges

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    medium_ellroy.2.jpgBradshaw, Considine et Meeks sont trois flics qui chacun à leur manière représentent l'homme droit et honnête obligé de se compromettre avec les milieux criminels. Ce sont un peu des personnages de "privé" déchus de leur qualité de héros romantique urbain. L'un d'eux fraye avec Mickey Cohen, l'autre avec Howard Hughes, pendant que Considine est définitivement passé de l'autre côté, le plus obscur et se perd dans "la chasse aux sorcières" des années 50, l'obsession de la traque des "rouges".
    C'est aussi une manière pour James Ellroy d'explorer les recoins obscurs de sa ville, qu'il connaît parfaitement, espace de faux-semblants, de putains qui ressemblent à de grandes dames et inversement, de notables habillés en gangsters, de truands travestis en personnes fréquentables. Los Angeles, et surtout Hollywood, dont Ellroy montre également l'envers du décor, est marqué par la corruption, la loi du plus fort, le racisme endémique qui vire à la névrose. C'est aussi mon roman d'Ellroy préféré
    Les crimes ne sont que des révélateurs de ce Mal hantant les "suburbs", même les plus pauvres, du "Barrios" hispanique au quartier noir. Il sont aussi le révélateur de l'état de décrépitude sociale de la société américaine, qu'il serait naïf de nous considérer comme étrangère. Il y a d'ailleurs des exégètes du roman noir comme Jean-Patrick Manchette ou même Baronian qui voient dans les mafieux des capitalistes un peu plus radicaux que les autres. Ellroy ne juge pas, il montre simplement que la morale n'est pas quelque chose de relatif mais qu'elle aide l'humanité au moins à la compassion.

    Titre : Le grand nulle part | Auteur : James Ellroy | Editeur : Rivages

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  • L'impudeur pour guérir

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    "J'ai remis en place la moustiquaire et replié les clous pour la maintenir. Je suis revenu à la maison à pied en planant très haut. Le cambriolage, c'était le voyeurisme multiplié par mille."

    James Ellroy, "Ma part d'ombre", Rivages, 1997, p.188.

    medium_ellroy.jpgHier, j'ai revu "LA Confidential" dans la chambre d'hotel où je logeais à Gisors pour la soirée et cela m'a donné envie de parler de James Ellroy. Ce n'est pas très original, j'adore Ellroy, ses personnages ambigus donc humains, la descente dans les noirceurs de l'âme. Il est pour moi comme un compagnon de perssimisme ou de lucidité. J'aime BIEN Ellroy parce qu'il est dingue. medium_ellroy2.jpgJ'aime BIEN Ellroy parce qu'il est monstrueusement juste dans ce qu'il écrit de manière extrêmement dense. J'aime BIEN Ellroy parce qu'il est toujours tendu à la limite de la folie. Il est en colère et maintient sa colère. Et en même temps, c'est un inadapté hyper-sensible à la connerie du monde extérieur.

    Ce livre est une enquête policière qui a pour thème principal la résolution du complexe d'Oedipe monstrueux d'Ellroy. Pour y arriver d'une manière radicale, il fait l'amour avec elle par delà la mort en tentant de trouver son assassin et fait d'un banal fait divers une tragédie qui aura des résonances pour chacun des lecteurs. En effet, sa mère est une femme seule perdue dans une cité-dortoir pourrie élevant seule son fils, souffrant de la solitude et de sa propre misère sexuelle, des ragots, de la médiocrité et des préjugés dans l'amérique des années 50 qui était loin de ressembler à une peinture de Norman Rockwell, comme celle de Bush junior.
    medium_ellroy3.jpgEllroy, bien sûr, est fou, hors-norme extrême et le cauchemar des gens normaux alors que leur conformisme est bien plus monstrueux.

    Titre : Ma part d'ombre | Auteur : James Ellroy | Editeur : Rivages