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poésie

  • A tous ceux qui oublient de vivre

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    Bien souvent sur le réseau des réseaux, s'associer à des « grandes » causes, défendre de fortes et belles idées (fortes et belles dans l'esprit de ceux qui les mettent en « statuts » Facebook et qui sont souvent autant de lieux communs ; « la guerre c'est mal », « la violence c'est pas bien » etc...) de la manière la plus grandiloquente possible, injurier de belles manières ceux qui s'y opposent, surtout dans la plupart des cas pour se mettre en valeur, c'est juste dans le but d'oublier une situation présente que l'on estime insupportable et frustrante car ne correspondant pas à la haute idée que l'on se fait de soi et surtout à l'image que l'on veut donner de soi qui se doit d'être forcément flatteuse. On veut du sang et des larmes en oubliant qu'il ne donne que du sang et des larmes...

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    image ci-contre prise ici

     

    C'est une fuite du réel, se consoler ou croire que l'on se console, de n'être que ce que l'on est et rien d'autres, de ne pas être aimé par son « prince charmant » personnel ou sa propre princesse de contes de fées, alors que l'on se rêve génie méconnu, artiste maudit, talent caché bientôt révélé avec toute la gloire et la pompe qui conviennent à la face du monde, voire ce serait encore mieux après la mort du génie méconnu en puissance, ce serait encore plus dramatique, beaucoup fantasmant sur ce genre de coup de théâtre.

     

    Sur leur lit de mort, voire après avoir fini dans une chambre mansardée à Paris, ils imaginent les hommages officiels, les reportages à la télévision, certains passant outre et poussant la logique jusqu'à vouloir être célèbres pour rien, juste pour leur banalité écrasante de « vraigen » simple plutôt que de chercher à se cultiver et de s'élever intellectuellement et spirituellement par eux-mêmes par ailleurs ce qui demande il est vrai des efforts.

     

    D'où la passion des gosses, et de nombreux adultes regardant ça dans une drôle d'attitude de fascination répulsion, dans les deux cas décérébrés, pour les abrutis téléréels d'une médiocrité effarante, ou la centaine de tatouages imbéciles de ce type souhaitant que l'on parle de lui car tatoué. Et le pire c'est que ça fonctionne même si ce n'est pas toujours tout à fait comme il le souhaiterait !

     

    Leur seule vie acceptable devient celle du Web, celle qui est hébergée sur la toile. Nul besoin d'inventer une machine pour qu'ils se téléchargent sur le Net, ils y sont déjà encodés. Et ils en oublient toutes ces petites choses qui font que la vie réelle est pourtant beaucoup plus agréable que la virtuelle, et que, parfois, ne pas se laisser faire par l'adversité, lutter contre la bêtise, c'est aussi partager ces petits moments, ces toutes petites choses entre amis, avec ses proches, un bon vin, un bon repas, un bon dessert pour ceux qui ont le « bec sucré », dont je suis.

     

    (Nota Bene fondamentale :j'ai le « bec salé » aussi)

     

    Trop souvent, ces petites choses futiles, toutes petites choses aux yeux des esprits forts, sont considérés avec mépris, dédaignés, ou alors on passe son temps à ratiociner des heures dessus jusqu'à en dessécher la « substantifique moelle », à intellectualiser à outrance dans un délire de néo-puritanisme qui n'a rien à envier à celui de nos ancêtres, et tout aussi hypocrite voire plus car se parant des oripeaux du progrès des consciences. On confond « bouffer » et manger, apprécier la bonne chère étant considéré comme de la goinfrerie, et de même l'on mélange l'ivrognerie et la dégustation d'un bon vin entre amis dans une folie hygiéniste.

     

    ci-dessous photo de l'auteur

    politique, société, poésie, culturePlutôt que de vivre par procuration sur Internet, sachant que les déclarations ronflantes ne changeront rien aux causes défendues, ou pas grand chose si cela n'est pas suivi d'actes concrets et d'engagements réels dans la vie quotidienne, je me demande toujours pourquoi ces personnes n'essaient pas de voir un peu la beauté du monde autour d'eux, d'aimer sans rechercher un amour de roman sentimental, de goûter chaque seconde de leur vie en en pressant jusqu'au bout le suc, tout ce qui nous rend plus humains.

     

    On dirait d'ailleurs que tout cela, ce qui nous rend plus humains, est méprisé, dédaignée, conchié par le monde moderne qui ne sait rêver sur sa destruction, dont les nuits sont peuplés de massacres, de destructions de masse, de « post-humains » ou d'« humains augmentés » qui seraient plus performants pour servir le système mais aussi beaucoup plus dociles.

     

     

    Alors de temps à autre ami lecteur, vit, met le nez dehors, abandonne dont « smartfône » dans un coin, éteins ton ordinateur..

  • Comment digérer 1 kilo de poésie de Charles Dantzig.

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    Je me suis souvenu, une fois ce recueil refermé, d'une formule pseudo-publicitaire de Desproges pour décrire le livre d'un nouveau romantique : « deux kilos de romantisme pour le prix d'un litre de débouche-évier ».

    20090110PHOWWW00003.jpgJe l'avoue, ce livre, « la Diva aux longs cils » fut très dur à digérer, il laisse également songeur. On ne va pas réécrire les « lettres à un jeune poète » de Rilke, mais il me semble que de nombreuses personnes seraient inspirées de le relire, les conseils qu'il dispense étant toujours excellents : éviter les thèmes galvaudés, comme parler toujours d'amour, les expressions toutes faites, la facilité, les fausses audaces, à ça je rajouterais aussi l'érudition mal placée. Je pense que là le lecteur voit à peu près où je veux en venir. De plus c'est très délicat de critiquer les poèmes d'un écrivain, on a toujours l'impression que l'on attaque l'intimité de la personne, l'auteur se livrant peut-être plus en poésie. Cependant, il prend volontairement et consciemment un risque en les publiant, risque donc qu'il est prêt à assumer.

    Dont acte.

    Charles Dantzig écrit des poèmes un peu comme ceux de Marguerite Yourcenar qui n'y entendait goutte. Il les écrit de manière très appliquée, un peu laborieuse, enfin à la manière laborieuse d'un bon élève, et ses textes manque de chair, d'entrailles, de sueur. Il n'y a pas de grands mystères derrière, pas d'abîmes ni de ciel infini. Tout cela est bien sage et bien cadré. Il rappelle les « fils de pharmacien », comme on disait avant, ces garçons bien élevés, choyés par la vie, cultivés mais un peu trop snobs, enfermés dans leur personnage et leurs préjugés, des dandies sans dandysme.

    Il réfléchit trop, cela manque de coeur.

    Comme beaucoup de personnes très savantes, des érudits de grande culture, il se reconstruit un monde personnel qui n'a rien à voir avec le monde réel. Il cite des références quand il parle d'un sujet et ces références sont parfois largement désuètes et parfaitement ridicules, comme citer Loti quand on s'intéresse au Proche-Orient. Le Proche-Orient de Pierre Loti c'est un peu comme un monument du Facteur Cheval, de loin ça ressemble à une cathédrale, de près, on voit bien que c'est largement de bric et de broc, et complètement factice.

    Il se permet des audaces qui maintenant n'effraient plus grand-monde, comme comparer les lumières filtrées par les vitraux des cathédrales aux stroboscopes des boîtes de nuit. Y-a-t-il là-dessous une préoccupation spirituelle ? Est-ce pour signaler le matérialisme de notre époque ou que nous dansons au-dessus du volcan ? J'ai quelques doutes.

    Dans un autre poème, il parle du disco qui envahit les rues d'une ville méditerranéenne. Cela ne dépasse pas à mon humble avis le stade de l'anecdote type « Nouvelles Frontières », du touriste qui trouve tellement sympathique et mignon toutes ces couleurs dans les souks ou les toits ripolinés des « favelas » de Rio ou des bidonvilles de Calcutta tels que filmés au début d'une bluette gentiment « équitable » sortie l'année dernière. Et quand il parle d'amour et de femmes, il me rappelle Montherlant, les dames sont de charmantes choses jolies à regarder, qui font bien sur la photo, mais ce qu'elles ont a dire importe peu au bout du compte. Il les définit d'une formule souvent bien trouvée mais un peu vaine. Ce n'est plus exactement un carnet de rendez-vous mais plutôt un magazine de mode avec quelques modèles prenant la pose.

    Toutes choses déjà lues et relues très souvent, un rien ennuyeuses.

  • Un peu d'Omar Khayyam pour oublier les burquas

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    La culture musulmane ce n'est pas que les burquas et l'intégrisme des barbus, la bêtise obtuse, c'est aussi le poète persan Omar Khayyam.

    Quelques strophes de ses Roubaïates ci-dessous.

    khayyam2.jpg7

    "Je veux boire tant et tant de vin
    que l'odeur puisse en sortir de terre quand j'y serai rentré,
    que les buveurs à moitié ivres de la veille qui viendront sur ma tombe
    puissent, par l'effet seul de cette odeur, tomber ivre-morts.

    8

    Dans la religion de l'espérance attache-toi autant le coeur que tu pourras;
    dans celle de la présence lie-toi avec un ami parfait;
    sache le bien, cent kaabas, faites de terre et d'eau, ne valent pas un coeur,
    Laisse donc là ta kaaba et va plutôt à la recherche d'un coeur.

    9

    Le jour où je prends dans ma main une coupe de vin
    et où, dans la joie de mon âme, je deviens ivre-mort, alors,
    dans cet état de feu qui me dévore, je vois cent miracles se réaliser,
    le mystère de toutes choses me devient aussi clair que l'eau."

    Et aussi la 22

    “Qui croira jamais que celui qui a modelé la coupe
    puisse songer à la détruire? Toutes ces belles têtes,
    tous ces beaux bras, toutes ces mains charmantes,
    par quel amour ont-ils été créés, et par quelle haine sont-ils détruits?”

  • L’adolescence de Prosper – Torrents d’amour

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    200901171780_zoom.jpgUn jour de classe il y a longtemps, pendant un cours de musique, Prosper avait vu un autre gros garçon comme lui, un premier de la classe qu’il enviait et méprisait à la fois, pleurer après avoir entendu « la solitude », une chanson de Barbara tellement poignante que des grosses larmes s’étaient mises à couler sur les joues de l’autre élève. Prosper n’aimait pas ça du tout, montrer que l’on est sensible à une chanson, une peinture, un roman ou un film. C’était bon pour les chiffes molles. Comme lui pourtant, ce gros garçon était tenu à l’écart, mais lui il semblait bien que ça lui plaisait.

    Dans sa solitude, Prosper consultait de temps à autres les sites qui fonctionnent sur la nostalgie, parfois il retrouvait d’anciens amis d’enfance ou d’adolescence perdus de vue depuis quelques années, et leur amitié reprenait en somme comme s’ils s’étaient quittés la veille, d’autres fois il regardait les fiches d’anciens camarades de classe et était toujours curieux de voir ce qu’il mettait concernant leurs vie actuelle : celle-ci était bien évidemment toujours dorée, idyllique et sans nuages, il lui arrivait de sentir l’insatisfaction derrière les mots roses et sucrés, la détresse cachée de celle qui mettait un portrait d’elle ado, celle qui se montrait en épouse modèle, une autre encore qui se donnait le genre libéré, celui qui posait en Appolon des classes moyennes, celui qui se tenait à côté de sa grosse bagnole rutilante. Lui-même faisait comme les autres : il avait mis une photo de lui plutôt flatteuse et avait décrit son existence actuelle comme passionnante et sans nuages. Bien sûr, le plus intéressant était de regarder les fiches de ses anciens « fleurtes » et dulcinées du Tobozo, ce qui était, mais il se l’avouait à grand-peine, une forme de vengeance particulièrement délectable, une sorte de joie mauvaise.

    Il était seul, paumé et manquant tellement de confiance en lui qu’il n’osait pas se regarder dans le miroir le matin mais au moins d’autres étaient malheureux également.

    Prosper se rappelait aussi, concernant certaines relations d’adolescence, qu’il n’était jamais invité aux surprises parties, aux boums et autres surpattes, peut-être parce qu’il était déjà inhibé. Il s’entraînait chez lui à danser, bougeant un peu maladroitement quand il écoutait la musique, tel un ours se dandinant au son d’un orgue de Barbarie. Dans ses rêves, il s’imaginait qu’on l’ostracisait à cause de son intelligence, ou de sa culture, qu’il prenait bien sûr soin de cacher avec minutie mais qui ressortait quand même tant elle était éclatante aux yeux du monde. Il se voyait aussi sur son lit d’hôpital, distribuant les bénédictions sur ses camarades ingrats venus enfin lui demander pardon de leur conduite mauvaise à son encontre.

    Cet idiot de Prosper n’avait pas compris que les autres adolescents étaient tout autant perturbés que lui et qu’ils se donnaient un genre pour faire illusion, comme les adultes le font pour la plupart d’entre eux, excepté ceux qui ont beaucoup souffert qui n’ont pas besoin de faux semblants pour aimer l’autre, le prenant tel qu’il est et de tout leur cœur. Prosper n’avait pas compris non plus que derrière les récits de séduction et d’amour de ses camarades, souvent dignes des « Onze-Mille Vierges » d’Appolinaire ou des « Mémoires » de Casanova, on trouvait un puceau timide ou une pucelle tremblante. Certes, il n’y a plus attentif aux normes qu’un adolescent, qui tient à la fois à marquer sa différence mais aussi à rentrer dans le cadre, à ne pas avoir la tête dépassant du troupeau. C’est pour cela que la plupart portaient un « djinne » des années 50 aux années 80, persuadés que cela marquait leur attitude rebelle alors qu’au fond ce n’était qu’un uniforme comme les autres.

    à suivre...   

  • Marcel Aymé – Les Bottes de Sept Lieues de l'enfance

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    3003191-Monmartre_at_night-Paris.jpgOn n'oublie jamais son enfance, on la renie parfois en se disant que si le monde est ainsi il faut bien s'y résoudre alors que les réactions des enfants sont souvent largement plus saines, les tout petits enfants car la sottise prend rapidement le dessus ainsi que l'auteur le montre fort justement dans « les Bottes de Sept Lieues » qui montre aussi un Montmartre poétique comme jamais, et réel, bien loin des chromos retouchés à la palette graphique. Je pense toujours à ses histoires quand je me promène dans Paris. Dans cette nouvelle en particulier, les enfants sont déjà marqués au fer rouge par les préjugés de leurs parents. On peut également relire à tous les âges les « Contes du chat perché », bleus ou rouges, qui montrent des petites filles qui dialoguent avec les bêtes de la ferme de leurs parents, dialogues animaux et enfantins parfois teintés de cruauté et lucides quant à leurs maîtres ou géniteurs. Et les deux gamines ne sont pas des enfants de papier, trop parfaits ou chahuteurs stéréotypés, ou gamines exemplaires, la psychologie enfantine y est extraordinairement bien rendue.

    Marcel Aymé n'était pas un beau parleur, un type loquace, il lâchait de temps à autres un mot, ou une phrase, dans les grands jours, entre deux grands longs silences. Il avait souffert de la grippe espagnole et elle lui avait laissé une paralysie faciale dont il souffrit jusqu'à la fin de sa vie. La littérature, l'écriture lui étaient donc fondamentales. Non pas pour noyer ses contemporains sous le flot d'une logorrhée prétentieuse mais juste pour dire deux ou trois choses sur l'espèce humaine et le dire par la puissance de son imagination qui mêle étroitement le quotidien et le rêve, les fantasmes, comme « la Vouivre » que l'on peut croiser dans les bois jurassiens, ou une « Jument Verte » révélatrice des désirs et des tentations des personnages du roman qui porte ce titre.

    On cherche souvent à le classer politiquement, enfin surtout les idéologues ou les dogmatiques pour qui hors de leur camp point de salut. On le dit souvent « anarchiste de droite », ce qui me semble un tant soit peu réducteur malgré tout. Si il n'aimait pas les cuistres qui vous expliquent sans frémir qu'il faut que les trois quarts de la planète meurent de faim pour que le reste de l'humanité en profite, il rejetait aussi ceux qui préconisent le massacre des profiteurs. Pour un tout petit enfant, c'est normal de partager, d'être fraternel. En principe.

    Ce qui est intéressant est que quand Marcel Aymé veut se faire plus didactique ou soutenir une cause il est beaucoup moins intéressant sauf peut-être avec « la Tête des autres » et bien sûr "Uranus", « Le confort intellectuel » étant plus lourd tout comme « les Maxibulles ».

    grace.jpgOn le dit anti-clérical mais il comprend mieux le salut et la miséricorde que bien des croyants pour qui la foi est surtout un machin social ou une doctrine totalement sèche se prévalant malgré tout d'amour du prochain, de souci des pauvres, comme la femme du pauvre saint auréolé de « la Grâce » (Michel Serrault et Pérette Pradier ci-contre), obligé, forcé de pêcher pour que son épouse acariâtre ne rejette pas Dieu, car celle-ci se soucie plus du monde, de ses ragots et commérages, que du paradis, qu'elle laisse à l'intérieur de l'église, ou comme les exécuteurs de ce pauvres Dermuche qui ne comprennent pas le miracle que le Créateur lui accorde en le faisant redevenir enfant, finissant guillotiné quand même. Force doit rester à la stupidité humaine.

    On songe aussi à l'huissier qui consigne sur carnets toutes ses bonnes actions alors que Saint Pierre lui a donné une seconde chance et qui finit par être sauvé pour le seul acte, grandiose, qu'il ait jamais commis gratuitement : défendre une veuve harcelée par un de ses confrères et crier « à bas les propriétaires! ». On se rappellera également du pauvre diable, Machelier, qui pose pour des photos saints-sulpiciennes du Christ et finit par se prendre réellement pour son personnage. La fin pourrait être extrêmement sombre si l'auteur ne la teintait d'un peu d'espoir, ou d'ironie, les deux clodos qui observent Machelier descendre vers la Seine croient brièvement le voir marcher sur l'eau du fleuve. Et bien sûr, comment oublier la figure de Clérambard ? Noble ruiné, impossible avec sa famille qu'il exploite dans un atelier de couture, violent, chasseur sanguinaire, il croit voir Saint François d'Assise lui apparaître et l'enjoindre à plus de douceur. Il reste tout aussi impossible, violent et extrême, voulant marier son fils malingre et cauteleux à la putain locale, la fameuse « Langouste » qui n'est pas exactement d'accord contrairement au fils qui entrevoit des lendemains sardanapalesques. Clérambard est un gosse trop gâté, un grand enfant trop exigeant et dominateur qui finit par se laisser aller complètement à tout laisser tomber pour partir sur les routes. Bigard, dont je déteste les textes, aurait sans doute fait un excellent Clérambard, dommage qu'à Marcel Aymé le public préfère des conneries drôledement et pseudo « concernées sur le couple et ses tracas » ou du boulevard joué par des « has-been » sans talent (je ne citerai pas les noms de Steevy, Eve Angéli, Jean-Pierre Castaldi, etc...entre autres, non je ne jetterai pas leurs noms en pâture).

    le%20passe%20muraille.jpgBeaucoup lui font actuellement les mêmes reproches que ceux qu'Agnès Desarthe adressait à Alain-Fournier : ce n'est pas assez moderne, en lien avec l'époque, ou le nombril de l'époque, il n'y a pas d'engagements suffisants pour que les lecteurs adultes ou non aient des « prises de conscience ». On préfère faire lire aux gosses des histoires de divorce, de famille recomposée, de drogue, de sexe, en bref on leur renvoie un miroir faussé. Personne ne voit donc que la poésie, l'imagination, le rêve permettent de mieux comprendre la bêtise de nos semblables et de la dépasser, sans haine ni rancœur ? Les adultes quant à eux lisent de préférence les romans Harlequin de luxe de Guillaume Lévy ou Marc Musso (à moins que ce ne fût le contraire) ou les tribulations égocentrées de quadragénaires plus ou moins névrosés, à cause de l'autre sexe, de leur bêbé ou des "zôtres" en général qui appellent ça de l'autofiction ou leurs carnets littéraires avec un grand "l".

    Marcel Aymé était simplement lucide comme le montre l'extrait ci-dessous, généralement, cela déplait, les gens préfèrant le plus souvent s'embourber dans l'erreur...

  • Vivre délibérément loin de la société des hommes

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    Concord_MA_Fall_102604_108_Thoreau_Cabin_Walden_Pond.jpgHenry David THOREAU.
    I went to the woods because I wanted to live deliberately.
    I wanted to live deep and suck out the marrow of live.
    To put to newt all that was not life.
    And not, when I came to die, discover that I had not lived.

    Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.
    Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.
    Réduire à néant tout ce qui n'était pas la vie.
    Et ne pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n'aurai pas vécu.

    extrait de "Walden", Where I lived, and what I lived for.

  • Poème pour les victimes de la guerre israèlo-palestinienne

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    poème de Zouheir Abou Chayeb, poète palestinien

    Merci à Florence Trocmé créatrice de Poezibao qui me l'a envoyé dans sa newsletter

    Nous n'avons pas beaucoup rêvé

    std_0048.1170951622.JPGIl ne reste que le sable
    Ni les arbres n’étendent leur ombre sur les dormeurs,
    Ni le vent ne s’assouplit lorsqu’une femme le touche,
    Ni nos âmes ne nous suffisent…
    Nous sommes sortis de l’enfance comme des papillons
    Nous avons brûlé autour du feu de la première femme
    Et avec sa sagesse la cendre nous a rendus malheureux
    Nous étions pressés
    Alors nous n’avons pas tété le lait des mères
    Nous n’avons pas reniflé l’odeur des pères

    Et le ciel ne nous a pas parlé, comme nos parents le souhaitaient

    Nous étions pressés
    Nous sommes nés
    Nous avons improvisé la mort, le sens
    Et nous nous sommes improvisés nous-mêmes
    Nous n’avons pas beaucoup rêvé
    Nous n’étions pas sur la terre
    Sur les murs nous avons seulement écrit nos cœurs

    Nous étions pressés
    Nous avons grandi comme une obsession dans la nuit
    Embryons, nous avions égaré
    Nos premiers corps et maisons
    Et nos soucis

    Pas de ciel pour nous ombrager
    ni terre qui porte la nôtre
    Alors nous avons empli la nuit de fantômes
    Nous avons grandi
    Et soudain nous nous sommes inclinés pour dire adieu aux choses
    Avant de les quitter
    Nous n’avons pas tété le lait maternel
    Et la glaise n’a pas encore séché sur nos os
    Il ne reste que le sable
    Même les prophètes ont jeté les gouttes de lumière
    Et se sont retirés dans leurs prières
    Même le ciel est parti sans nous regarder.

    Zouheir Abou Chayeb, poème publié dans Le poème palestinien contemporain, édition bilingue arabe-français, choix des textes et présentation de Ghassan Zaqtan, traductions d’Antoine Jockey, avant-propos d’Eric Brogniet, Le Taillis-Pré, 2008, p. 43 (voir ici)


  • Semaine de la langue française, du 14 au 24 mars 2008 :

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    Les mots de la rencontre - par Jean-Claude Grosse (son site)

    457221684.jpgSemaine de la langue française, du 14 au 24 mars 2008 :
    les mots de la rencontre.

    Les 10 mots sont : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage.

    Voici ce que j'en ai fait.

    1- Deuil / clin d’œil

    Nous nous sommes séparés
    sans avoir réussi à nous apprivoiser
    Ce que je n’ai pu te dire
    ce qui aurait dû se dire
    – mais j’étais paralysé
    la peur d’être ridiculisé –
    je te le dis ici
    sur ce papier
    pour ne l’avoir pas dit sur le fait
    Je n’ai pas aimé ton arrivée
    Pour l’agressivité j’étais prêt
    Tu me dérangeais
    J’étais déboussolé
    Nous nous sommes rencontrés
    J’étais noué
    J’ai aimé ta façon
    jubilatoire
    de me dénouer
    de me déjouer
    Je me suis parlé
    mis en mots
    mis à table
    Toi
    tu t’en es servie
    pour te jouer de moi
    sans tact
    À ce jeu
    tu as vite gagné la partie
    Je ne savais pas que
    la moquerie est l’arme de la profonde incursion
    dans le territoire de l’autre
    Je me suis dit :
    Elle n’est pas ce qu’elle paraît
    cela est attesté par  son visage
     par sa voix
    car j’ai aimé ta voix
    telle qu’elle est encore sauvage
    mais de ce stage
    tu attendais de la dévoyer
    comme tu l’as fait
    de ton corps que tu as pris à bras le corps
    pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
    Alors je me suis dit :
    Fais une profonde incursion dans son territoire
    ce vendredi
    dis-lui
    j’aimerais masser ton dos
    pour parfaire notre duo
    mais j’avais peur que tu m’envoies paître
    de ta voix non domestiquée encore
    que tu nous faisais entendre la nuit
    à ton insu du creux de tes draps de lit
    où j’aurais tant voulu faire des folies
    dans un touchant corps à corps

    Sur le plancher
    par deux fois je me suis approché

  • Une poèsie de Jean-Claude Grosse

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    S'agrandit en cliquant dessus...74792982.jpg1674591357.JPG 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (le paysage est le Revest qu'il affectionne)

  • Oscar Wilde et ses éxégètes

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    332dab8517ba57755e1d420c38a1e177.jpgComme beaucoup d'enfants, j'ai lu les contes de Wilde, mon préféré étant toujours "le fantôme de Canterville", (On remarquera que tout ses contes sont souvent empreints d'une grande tristesse entre les lignes, peut-être celle de la mort de sa soeur) quand j'était enfant puis "Dorian Gray", et vu quelques une de ses pièces. On fait de cet auteur une sorte de militant homosexuel avant la lettre, au Père Lachaise sur sa tombe on pouvait lire en gros il y a peu encore : "Merci pour ton message", quel message ? Ce n'était pas un pédagogue du pensant correct, un didactique en gros sabots de la tolérance, c'est une erreur grossière, c'était un dandy, un vrai, qui voulait essayer tous les plaisirs en sachant très bien que cela le menait à sa perte ("Nous aimons ce qui nous tue"). Il y a beaucoup d'aphorismes de l'auteur de "De profundis" qui sont post-mortem. Frédéric Ferney qui vient de sortir un livre sur Wilde les a repèré et consevé ceux, réels, de l'oeuvre originelle, en voici quelques uns (entendus ce matin dans la bouche du petit-fils de l"écrivain, Merlin Holland qui a, paraît-il, la même voix :

    A propos du papier peint de sa chambre d'hotel, où il meurt, d'un violet criard : "L'un de nous devra partir avant l'autre"

    "Quand on dit la vérité, on est tôt ou tard découvert", dans une de ses conférences qu'ils faisaient dans son déguisement de dandy caricatural pour les américains.

    "Quand on me fait des compliments, j'ai l'impression d'avoir tort"

    "Je n'aime pas les principes, je préfère les préjugés" dans "le Mari idéal" 

  • Enivrez-vous - Charles Baudelaire

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    ENIVREZ-VOUS

    afd74d4b97f4868990ccead8595628ee.jpgIl faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

    Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

    Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

    (In Les petits poèmes en prose)

  • "La bonne chanson" - Paul Verlaine

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    Poètes mauvais garçons
    medium_verlaine.jpgIl me semblait, mais à tort, que les poètes actuels étaient en majorité de braves gens très honorables, des hommes et femmes de bon milieu occupant leur oisiveté mais ne vivant que modérément les excès à la manière de Verlaine ou Rimbaud. Je sombrai dans le cliché du poète maudit et asocial avec complaisance. Il y a en effet des poètes actuels qui vivent intensément, ou qui fréquentent les milieux les moins fréquentables. Certains sont aussi auteurs de polars...
    Il manque à cette édition la préface d'Antoine Blondin sur Verlaine, avec qui il partageait le goût peu sage des bistros, la promiscuité populaire des cafés les moins chics, où dans les villes se mélangent tous les milieux sans retenue, les conversations jusqu'à très tard ou plus soif, sur la littérature ou pas… Bien sûr, on ne parlera pas des cafés comme "le Flore" ou "les 2 Magots", ou d'autres plus select, voire ceux de la rue Bonaparte chers à Blondin, maintenant réservés aux élites autoproclamées : il n'y a plus ni flacon, ni ivresse, au moins littéraire.
    J'aime passionnément Verlaine, que je préfère largement à Rimbaud ou même Baudelaire, pour la douce musique de ses vers, la floraison des images subtiles et le rythme des vers. On y sent des effluves de l'étrangeté des paysages de Picardie ou du Nord, leur sensualité animale et leur raffinement hyper civilisé dans le même temps.

    Titre : La bonne chanson | Auteur : Paul Verlaine | Editeur : Gallimard

  • Extrait de "Zone" dans "Alcools"

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    medium_rue.2.jpg J'ai vu ce matin une rue dont j'ai oublié le nom
    Neuve et propre du soleil elle était le clairon
    Les directeurs les ouvriers et les belles sténodactylographes
    Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
    Le matin par trois fois la sirène y gémit
    Une cloche rageuse y aboie vers midi
    Les inscriptions des enseignes et des murailles
    Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
    J'aime la grâce de cette rue industrielle
    Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes

  • Quelques vers d'Aragon...

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    medium_automne_15.jpg"Rien n'est précaire comme vivre
    Rien comme être n'est passager
    C'est un peu fondre comme le givre
    Et pour le vent être léger
    J'arrive où je suis étranger

    Un jour tu passes la frontière
    D'où viens-tu mais où vas-tu donc
    Demain qu'importe et qu'importe hier
    Le coeur change avec le chardon
    Tout est sans rime ni pardon

    Passe ton doigt là sur ta tempe
    Touche l'enfance de tes yeux
    Mieux vaut laisser basses les lampes
    La nuit plus longtemps nous va mieux
    C'est le grand jour qui se fait vieux

    Les arbres sont beaux en automne
    Mais l'enfant qu'est-il devenu
    Je me regarde et je m'étonne
    De ce voyageur inconnu
    De son visage et ses pieds nus

    Peu a peu tu te fais silence
    Mais pas assez vite pourtant
    Pour ne sentir ta dissemblance
    Et sur le toi-même d'antan
    Tomber la poussière du temps

    C'est long vieillir au bout du compte
    Le sable en fuit entre nos doigts
    C'est comme une eau froide qui monte
    C'est comme une honte qui croît
    Un cuir à crier qu'on corroie

    C'est long d'être un homme une chose
    C'est long de renoncer à tout
    Et sens-tu les métamorphoses
    Qui se font au-dedans de nous
    Lentement plier nos genoux

    medium_automne.2.jpgO mer amère ô mer profonde
    Quelle est l'heure de tes marées
    Combien faut-il d'années-secondes
    A l'homme pour l'homme abjurer
    Pourquoi pourquoi ces simagrées

    Rien n'est précaire comme vivre
    Rien comme être n'est passager
    C'est un peu fondre comme le givre
    Et pour le vent être léger
    J'arrive où je suis étranger."

    Louis Aragon, Oeuvres poétiques, Stock, 1997.

    Sur Aragon :
    http://www.adpf.asso.fr/adpf-publi/folio/aragon/
    http://perso.wanadoo.fr/aujourdhui/aragon/
    http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Louis_Aragon
    http://www.uni-muenster.de/Romanistik/Aragon/welcome.html

  • "Laure" de Jérôme Peignot - merci à Poezibao

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    Laure

    medium_02i.2.jpgLa vie répond – ce n’est pas vain
    on peut agir
    contre – pour
    La vie exige
    le mouvement
    La vie c’est le cours du sang
    le sang ne s’arrête pas de courir dans les veines
    je ne peux pas m’arrêter de vivre
    d’aimer les êtres humains
    comme j’aime les plantes
    de voir dans les regards une réponse ou un appel
    de sonder les regards comme un scaphandre
    mais rester là
    entre la vie et la mort
    à disséquer des idées
    épiloguer sur le désespoir
    Non
    ou tout de suite : le revolver

    il y a des regards comme le fond de la mer
    et je reste là
    quelquefois je marche et les regards se croisent
    tout en algues et détritus
    d’autres fois chaque être est une réponse ou un appel

    Laure, Écrits de Laure, précédé de Ma mère diagonale, par Jérôme Peignot, avec une « vie de Laure » par Georges Bataille, Pauvert, 1971, p. 150.

  • Poème du caustique lunaire

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    medium_reve.jpgIl n'y a d'absence
    que de moi à toi
    Les corps perdus
    Se sont fondus dans ceux des autres
    Au bout d'une ficelle les yeux clairs
    Pendent au hasard

    (Toujours ce rêve
    En équilibre sur un pied
    La brisure qui menace)

    C'est une danse que j'écris
    Singulière, que j'attends
    Comme la seule chose possible
    Ton corps dans le sillage
    D'autres corps en écho
    Ne me concerne plus

    Son blog ici 

  • Tendre est la nuit - poème de Li Po emprunté aux Moissonneuses

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    medium_nuit.jpgBalayant, dissipant la tristesse des regrets éternels
    sans se résoudre à s'en aller, buvant cent pichets de vin
    Douce nuit, convenant à de purs propos
    Lune claire et brillante, pas moyen de dormir
    Se servir, se saouler, allongés dans la montagne vide
    Près du ciel comme couverture et de la terre comme oreiller

    (Li Po ou Li Baï, VIIIe siècle)

    Les Moissonneuses sont par là 

  • Ecrire contre la mort - texte d'Anise Koltz

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    A mon tour de mettre un peu de poésie...

    medium_runlola.2.jpgÉcrire contre la mort
    Même si la bataille est perdue d’avance
    Mes mots prêts à frapper
    Tentent de capter
    Des fragments de vie
    • • • • •
    Aujourd’hui
    Rien ne se passe dans mon écriture
    Comme la neige qui noircit
    Sous nos pas
    Le papier se couvre de traces
    Qui mènent nulle part
    Pas même à la mort

    Anise Koltz,  Le Mur du son,  Collection  G.R.A.P.H.I.T.I, Editions PHI (en coédition avec L’Orange Bleue Éditeur), 1997, p.13 et 24.

    Anise Koltz dans
    Poezibao

  • "L'axiome" une poésie de Philippe Boismard trouvée sur poezibao.com

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    Ce texte est dédié à Yaz et Hector 

    medium_le_corps..jpgL'axiome

    il y a dans le crâne « il y a »

    il y a la peau, les os, les veines, les intestins,

    il y a dans le crâne, sous la peau, le foie, les artères, les veinules, le cœur aussi, les testicules parfois

    il y a dans le crâne « il y a »

    il y a dans le crâne les nerfs, les synapses, les diodes, les réseaux neuro-cognitifs, les autoroutes de l’information,

    il y a pariétal, frontal, paléo ou néo cortex,

    il y a la complexion cerveau dans l’os du crâne

    il y a dans le crâne la nourriture, le manger, le dormir, le marcher, courir, bondir,

    il y a dans le crâne le sommeil le sentir, l’affecter, le souffrir, le rire ou le bégaiement, l’hésitation contraire à la précipitation

    il y a dans le crâne aussi les mots des choses, qui sont les choses du crâne quand le crâne pense qu’il y a

    il y a dans le crâne, les verbes, phrases, exclamations, interjections, virgules et encore compléments en tout genre, mais en ordre, dans l’ordre du crâne qu’il y a

    il y a dans le crâne, le point, le point d’interrogation aussi, la suspension, le retour à la ligne, le justifié, toute sorte de polices ou de mises en page

    il y a dans le crâne aussi des mythes, des histoires des preuves et des témoignages, il y a la lenteur des attentes et la rapidité des trajets ou des liaisons

    il y a dans le crâne aussi des fantômes, chimères versatiles ou revenants impératifs, il y a les autres ceux qui hantent, les 6 milliards d’hommes qui ont aussi un crâne derrière la meurtrière des yeux

    il y a dans le crâne 6 milliards d’hommes qui dans leurs 6 milliards de crânes me font tourner en bouche dans leurs 6 milliards de mondes qui tournent en boucle tout autour du monde sans terre

    Philippe Boisnard, Atome-Z. Atome-Z est monté actuellement par Georges Gagneré dans la création Espaces Indicibles, à la Filature de Mulhouse, repris ensuite au TNS. Le texte sera publié ultérieurement

  • La poésie de Philippe Muray par Marielle Lefébure

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    Le monde brutal de Philippe Muray

     Note importante : Marielle a écrit cet article en 2003 sur Zazieweb

    medium_muray1.jpgPhilippe Muray est un auteur multi-facettes. Tantôt essayiste, philosophe, romancier, polémiste, chroniqueur et le voilà poète. Une poésie dure et engagée dans laquelle Muray dissèque le monde, sans effets de manche ou phrases alambiquées. Le monde est ce qu'il est et il convient de le raconter, la poésie est une des armes choisies par Philippe Muray, parmi les autres talents de sa plume. La poésie, Muray aime ça mais pas n'importe laquelle. Celle qui parle des petits oiseaux ou se la joue intello, non merci. Les mots doivent dire quelque chose, véhiculer des messages, brandir des revendications. La poésie doit être engagée sinon elle perd beaucoup, voire tout, de son utilité. C'est sans doute la raison principale qui fait que les vers de Philippe Muray sont si agressifs, si demandeurs de bouleversements. Philippe Muray aime le monde mais pas forcément les hommes qui le composent ; l'humanité n'est pas belle et il faut le dire. Il faut également rendre son souffle à medium_muray2.3.jpgsa poésie, lui redonner vie et ferveur. Mêler les deux est un pari audacieux que Muray tente de relever dans ce "Minimum respect". Tordant le cou au lyrisme et aux poètes qui alignent les mots sans signification, Muray plonge dans notre univers pour en ressortir son plus laid visage. Ce n'est pas pour autant que l'espoir fait défaut mais il serait temps de secouer un peu tout ce beau monde, en particulier les intellos qui glosent entre eux. A la prose, Muray fait succéder les vers. Tonitruants et violents, ça claque, c'est vif. La poésie de Muray heurte, elle n'est pas langoureuse ou emplie de douceur, c'est dur, ça arrache un peu la gorge si on la prononce rapidement à haute voix, ça interpelle à coup sûr car ça parle de nous et de notre monde de tous les jours, sans symboles ou faux-semblants. A méditer, assurément, pour comprendre les revendications de l'auteur, ses doléances sur notre monde qui sont loin d'être erronées.
    Titre : Minimum respect | Auteur : Philippe Muray| Editeur : Belles lettres (Les) lien vers Zazieweb

  • Un poème de Niki Verderber (Vered-Bar)

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    medium_tempete.JPGJe suis rentrée chez moi, trébuchant sur les pistes âpres de l'enfance,

    Prête à décrasser les vieilles années et les mauvais rêves. Il n'y avait plus personne, les fantômes même s'étaient évaporés.

    Les ruines, pourtant, ne celaient rien : des failles de lassitude Et des débris de gêne aveuglaient encore le bistre des pierres.

    Des craquelures de peine grise suintaient le long des murs.

    Une fragrance d'antan, d'amer, cernait durement les bourrelets de poussière.

    Un chaos cinglait mon angoisse.

    J'ai démêlé ce tourment, ces rides, ces verrues de dissension :
    À ce havre malingre d'autrefois ma vie n'adhérait plus.

    Alors, délaçant les courroies des épaves,
    Décidée d'écarter le passé, j'ai posé mon lendemain
    Hors des marais blessés.
    J'ai troqué le pas de mon destin.
    En passant sur la brume, j'ai cueilli l'ombre bleue de nuit.
    Ma torpeur s'est dissipée.

    Le matin renaissait, et, dans la paume de ma main,
    Les pétales d'étoiles souriaient.

    Le texte chez Niki

     1er accessit avec diplôme de Médaille de bronze au Concours International Littéraire
    Arts et Lettres de France - 2003

  • Porté par un ange

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    medium_deguy.jpgAttendez d’être porté par un ange
    Au lieu où la vue s’offre sans magie
    Terre fragile sous le faîte des mains
    Tout est marche où s’exhausse non Babel
    Ni le colombier même vu de Jacob
    Mais où monte la terre sur l’autel du sol
    Jusqu’à ce point d’elle-même si nous savons
    Où l’analogie de ses pistes nous guide vers
    Ses monts ses fentes ses lisières ses eaux
    Lézardes entre les heures où pareil au mulet
    Son chemin me partage entre tout et tout

    Michel Deguy, Ouï dire, in Donnant Donnant, Poésie / Gallimard, 2006, p. 121 aussi sur http://poezibao.com

    photo : portrait du poète 

  • Poème d'automne d'Emily Dickinson

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    Le vent se mit à bercer l’Herbe

    medium_Dickinson.2.jpgLe Vent se mit  à bercer l’Herbe
    Avec des Airs de Basse grondeuse —
    Lançant une Menace à la Terre —
    Une Menace au Ciel.

    Les Feuilles se décrochèrent des Arbres —
    Et s’égaillèrent de toutes parts
    La Poussière se creusa elle-même comme des Mains
    Et dispersa la Route.

    Les Chars se hâtèrent dans les Rues
    Le Tonnerre se rua lentement —
    L’Éclair exhiba un Bec Jaune
    Et puis une Griffe livide.

    Les Oiseaux verrouillèrent leurs Nids —
    Le Bétail s’enfuit vers les Granges —
    Vint une goutte de Pluie Géante
    Et puis ce fut comme si les Mains

    Qui tenaient les Barrages avaient lâché prise
    Les Eaux Dévastèrent le Ciel,
    Mais négligèrent la Maison de mon Père —
    N’écartelant qu’un Arbre —

    Emily Dickinson, in Pierre Leyris, Esquisse d’une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle, édition bilingue, Gallimard, 1995, p. 
    332-333

    Poème glané chez Florence Trocmé sur son blog, Poezibao

  • Sur la poésie de Salah Stétié, écrivain libanais par gibéon

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    A l'heure où de nombreux prophètes annoncent un nouveau choc de civilisations, il est bon de rappeler l'exemple de Salah Stétié, poète ; essayiste, ami des peintres, passeur entre les rives, homme de l'universel, doublement ancré, dès son enfance, dans la langue française et la culture arabo-musulmane, diplomate et observateur subtil de la tectonique des peuples. Né en 1929 à Beyrouth, Salah Stétié est un enfant de ce précieux espoir placé dans le tressage des langues et des cultures, qui lutte avec les simplifications, les incompréhensions et les violences de l'Histoire.  

    La page de gibéon

    medium_stetie2.jpgFiancailles de la fraîcheur

    Ou : rien

    "Toute chose dit son nom dans la langue
    Ce n’est pas l’embrouillée des racines
    Le vrai nom l’autre face
    Endormie dans la beauté nocturne

    Beauté, berceau de terre
    Donnant aux chiens, aux pourceaux, aux enfants
    Tes seins de prison pure
    Enjolivés de lune et de liserons

    Arbre très noir sur le lac transparent
    Voici l’heure et l’étoile
    En qui bientôt les choses vont s’abîmer
    S’entreparlant dans l’amour des nuages

    On ne voit plus leurs mains
    Soudain si grande face
    Que c’est comme un arbre apparu mentalement
    Mon araignée des sables

    Je pense à toi dans la douleur
    Et me voici sur les chemins d’ici mes cils
    Balayant toute route
    Pour que soit le monde à la fin larme pure ’

    Tombée et dans le néant anéantie
    Avec cette blessure
    À cause des pierres oubliées pierres oubliées
    Dans le froid de la langue

    Sous tous les vents de la violente lune
    Assise avec brûlure en solitude
    Et défendue par des brassées de lis
    Où rien - ni eau, ni pierres

    Dormirons-nous dans le lit des poussières
    Entre les nuits d’avant Pays d’ici où ne parlera personne
    Mais seulement venue une hirondelle
    Indiquer la prison ?

    Le feu comme un insecte
    Nous accompagne un peu par amour de l’enfant
    Seul je sors dans le seul
    Mon visage est obscur

    Au seuil comme est l’asphalte des moissons."

    Salah Stétié, in Salah Stétié par Marc-Henri Arfeux, Seghers, poètes d’aujourd’hui, p.191.

    medium_stetie.jpgSalah Stétié est né à Beyrouth en 1929. Poète, essayiste et critique d'art, il fait ses études universitaires en France après avoir suivi, à l'Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth, les cours de Gabriel Bounoure, l'un de ces maîtres à qui la langue et la culture françaises devront au Liban et dans tout le monde arabe une présence et un rayonnement durables. Passionné par les problèmes de la poésie contemporaine, il se lie d'amitié dès les années cinquante avec Jouve, Mandiargues, Ungaretti, Bonnefoy, André du Bouchet, David Gascoyne, entre autres.
    Par la suite, il créera à Beyrouth, en langue française, un grand hebdomadaire culturel, L'Orient littéraire, qui jouera un rôle important de médiateur entre les nouvelles créativités en Occident, notamment en France, et les surgissements de nouveaux modes d’écriture et de pensée en Orient et dans le monde arabe.
    En France, il collaborera aux principales revues de création littéraire et poétique, dont Les Lettres Nouvelles, Le Mercure de France, La Nouvelle Revue Française, Diogène, Corps écrit ...

  • Poésie cycliste

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    Article de Florence Trocmé sur Josée Lapeyrére (sur poezibao) Où l'on voit que sur le sujet il n'y a pas qu'Antoine Blondin...

    medium_tour.jpgPetit clin d’œil au Tour de France, occasion de signaler la sortie de Éloge du coureur, Comment faire le Tour ?  de Josée Lapeyrère qui est un régal de finesse, d’observation et de travail sur l’écriture. Du cyclisme comme métaphore de l’écriture : « le discours, la parole se construisent eux-mêmes comme une course ».
    Extraits des premières pages, puisqu’après tout nous n’en sommes qu’aux préliminaires… 

    Mais aussi le passage du peloton avide, cliquetis huilé, murmure que casse le métal, et sa fuite insolente qui nous laisse les mains vides.
    (10)

    Ici tout est rythme, coups symétriques du pédalier dans le tressage allongé du glissement et l’andante général qui tout à coup se brise, se hâte ou s’alourdit, se déhanche, et se casse, là où s’engouffre l’écart, l’écart qui ici se creuse, arrache de l’espace pour en faire du temps
    (10)

    Partis groupés, ils arrivent un par un, la course visant à passer du cardinal, à l’ordinal, c’est-à-dire à transformer un « paquet » en une succession, à ordonner logiquement des forces antagonistes tout d’abord juxtaposées, cela en produisant une série ou une suite – comme on écrirait une phrase en opérant une coupe à travers la langue -, série ordonnée comme un comptage à partir du premier.
    (18)

    Pas d’or et de sang, mais une bataille rugueuse où il faut s’enfoncer au cœur de la houle pour l’ouvrir, une bataille âpre surgie de la douleur mêlée à la joie d’exister, pour façonner le temps.
    (21)

    Josée Lapeyrère, Éloge du coureur, Comment faire le Tour ?, Éditions Al Dante, 2006.

  • Chercheur de beauté

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    Extraits de "fragments d'un voyage immobile" :

    medium_pes3.jpgPseudonyme/hétéronyme
    "L’œuvre pseudonyme est celle de l’auteur « en propre personne » moins la signature de son nom ; l’œuvre hétéronyme est celle de l’auteur « hors de sa personne » ; elle est celle d’une personnalité totalement fabriquée par lui, comme le seraient les répliques d’un personnage issu d’un pièce de théâtre quelconque, écrite de sa main."
    Fragments d’un voyage immobile, page 51.

    Déconnaissance
    "Il arrive souvent que je me déconnaisse ; ce qui est fréquent chez ceux qui se connaissent…. J’assiste à moi dans les divers déguisements qui font que je suis en vie. Je ne possède, de tout ce qui change, que ce qui est toujours pareil ; de tout ce qui se fait, ce qui n’est rien."
    Fragment 180, page 95.

    medium_pes2.jpgrien de rien
    "Je ne suis rien.
    Je ne serai jamais rien.
    Je ne peux vouloir être rien.
    A part ça, je porte en moi tous les rêves du monde."
    Pessoa, Fragments d'un voyage immobile, Fragment 158, page 90.

    ô vous voyageurs de l'esprit...
    medium_pes1.jpgPessoa est méconnu des lecteurs, excepté de quelques privilégiés dont ceux qui l'ont peut-être découvert comme moi grâce à l'émission de Bernard Rapp : " Un siècle d'écrivains ". On a tendance à se tourner vers l'anglosaxomania à tout prix, y compris dans ses déviances, et oublier que nous avons des racines surtout latines, quand je n'ose pas dire méditérranéennes, Pessoa concentre dans sa personne toutes les qualités, toute la civilisation, toute la conscience de la culture du Sud. On ne se lasse pas d'écouter sa petite musique et de lire ses méditations d'homme vraiment cultivé, de ceux qui vont vers les autres, et reçoivent comme richesse ce qu'ils ont à dire.

    Titre : Fragments d'un voyage immobile | Auteur : Fernando Pessoa | Editeur : Rivages réédité en 2002

  • Une poèsie de Charles Dobzynski

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    J'ai emprunté cette poésie au blog Pézibao de Florence Trocmé. La poésie élève... 

    medium_krakovie.jpg

    (photo du quartier juif de Cracovie) 

    Une poignée de graines juives
    ce qui restait du silo polonais
    fut disséminée en l’an 68.

    Le poète Arnold Slucki mon ami
    dut s’exiler de sa terre natale
    Tel jadis le juif chassé d’Égypte.

    Il n’emporta pour tout bagage
    qu’une amulette un os de sa mémoire
    mais pas son manuscrit.
     

    La poésie yiddish transmise en polonais
    fruit des fouilles de ses années
    arraché à ses entrailles

    Poésie deux fois morte assassinée
    confisquée par la police politique
    sans nulle grotte de Qûmran.

    Pourtant ce qui meurt demeure
    empreinte et sillon
    pour le souvenir semeur.

    Charles Dobzynski, A revoir, la mémoire, Éditions Phi, 2006, p. 39 et 41.

    Charles Dobzynski dans Poezibao :

    Bio-bibliographie de Charles Dobzynskiextrait 1, extrait 2, fiche de lecture de Le Réel d'à côté, extrait 3, au Grand Parquet