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philosophie

  • La solitude au milieu de la foule moderne

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    solitude-psychotherapie-et-psychocoaching-asnieres-sur-seine.jpgEn 2015, on est frappé, et effrayé, par le nombre de personnes seules. Je ne parle pas ici des personnes célibataires ne vivant pas en couple pouvant avoir une vie intérieure et extérieure profonde et active, mais de personnes complètement seules et n'ayant plus aucun lien avec personne, que ce soit des liens amicaux ou familiaux. La plupart du temps, afin de ne pas avoir le sentiment de perdre la face devant la foule, elles jouent un personnage, ainsi que sur une scène. Bien que les subissant lourdement, elles respectent les normes sociales, les paradigmes de bonne conduite dans notre monde. Elles entretiennent leur image dans la vie ou sur le réseau.

     

    Il arrive aussi qu'elles n'y fassent même plus attention, ne jouant même plus la comédie. Elles sont comme des âmes en peine dans les rues des villes, les gares et les galeries commerçantes géantes, seules oasis bien illusoires de la société spectaculaire. A cette solitude se mêle souvent d'une précarité sociale extrêmement dure. Les autres les regardent avec un mépris non dissimulé, affecté, et aussi avec peur, la peur de se retrouver dans la même situation difficile... 

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  • Interlude – une interprétation de « Matrix »

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    • Img%202_Neo%20Trinity.jpgIl est trois heures du matin ? De quoi pourrait-on bien encore parler ? Tiens, je viens de comprendre un truc sur « Matrix », le premier mais aussi les deux suites. Parfois les grands films ont des interprétations plus simples qu'on ne le croit, et aussi plus humaines même si le fait de prêter à celles-ci est toujours le fait de chefs d’œuvre ...

       

    • On ne va pas encore discuter à l'infini sur du cinéma ? Vous n'allez pas nous refaire le coup de « 2001 » et du monolithe ? Dieu, Nietzsche, le Surhomme et Ligeti ? On a sommeil nous !Je ne comprendrai jamais cette manie française de parler, parler, parler...

       

    • On dormira quand on sera mort !

       

    • C'est un art, la conversation, enfin c'était, j'ai du mal à croire dans les « intermittences du cœur » par SMS ou imèle. On est quand même le seul pays qui en fait une discipline artistique, respectez l'histoire !...

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  • Vivre sans Pourquoi ?

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    51YaUl1Ty9L._SX258_BO1,204,203,200_.jpgÀ propos du livre d'Alexandre Jollien « Vivre sans pourquoi – Itinéraire d'un philosophe en Corée » aux éditions du Seuil – édition Iconoclaste

    (le lien mène au site de l'éditeur où l'on peut lire un extrait du livre)

     

    Le livre est accompagné d'un CD où le philosophe donne quelques unes de ses « pharmacopées », l'avantage étant que celles-ci ne sont pas des panacées imposées par l'auteur comme obligatoires pour bien vivre.

     

    J'ai toujours eu horreur de ces personnes qui dans la vie s'improvisent à la fois psys et directrices de conscience, analysant chez les autres chacun de leurs faits et gestes impitoyablement. Bien souvent elles finissent alors par toujours donner leurs recettes pour échapper à ce qu'elles considèrent comme des blocages, des manques, recettes étant généralement autant de lieux communs d'une bêtise et d'un conformisme insondables, car finalement ce qu'elle reproche à l'autre est surtout de « ne pas être comme tout le monde » au lieu d'accepter la personne telle qu'elle est. Et ces recettes miracles toujours une manière de se mettre soi-même en valeur : « Moi je sais ce que tu dois faire pour être heureux car moi je suis parfait »....

     

    image de la couverture amazon.fr

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  • Après Zola déboulonné Voltaire déshabillé

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    voltaire-nu.jpgAprès Zola, icône de la littérature n'engagée, et Sartre avec Beauvoir, je m'attaque à une autre grande figure inattaquable selon les arbitres des élégances culturelles, un auteur qui fut pourtant un précurseur des z-intellectuels modernes par bien des points.

     

    A ce lien sur Mauvaise Nouvelle

  • La philosophie de comptoir

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     Il y a une vingtaine d'année, ça ne date pas d'hier ami lecteur, je m'étais laissé entrainer par un naïf qui voulait m'ébaubir dans un de ces « cafés philo » du dimanche matin, un des plus connus, à Bastille, animé par un « philosophe », un vrai, de profession, un sérieux, un dur, un tatoué, la preuve il vendait ses œuvres complètes éditées à compte d'auteur à la sortie ! Celui-ci é3840003445.jpgtait entouré à sa droite d'une blonde, à sa gauche d'une brune, ou d'une rouquine selon les jours, des jolies filles qui trouvaient « teeellement profond » ce qu'il disait, en particulier ses aphorismes d'une profondeur abyssale voire ténébreuse.

     

    Pourtant comme il le disait lui-même, il était d'une grande modestie (sic), d'une grande simplicité (re-sic), et n'avait que comme seule ambition de nous guider, nous les néophytes que nous étions, dans les arcanes de la sagesse, je cite encore...

     

    Pendant les échanges, ce jour-là on devait évoquer les « Antigones modernes », Antigone perçue surtout comme un archétype de la révolte adolescente (celle « qui a envie de dire zut, crotte...chié ») permettant aux membres de l'assistance présents de se croire encore jeunes, et rebelles, et beaux, car ainsi que l'affirma une des personnes avec des accents lyriques, « la révolte embellit », dans mon souvenir, il me semble qu'elle devait être d'une grande docilité suivant son raisonnement. Le micro tournait, une des retraitées de la fonction publique présentes, « passionnée et encore rebelle malgré sa retraite », le passait aux disciples du « maître » en face d'eux qui les écoutait avec patience et componction.

     

    Bien avant cela, j'ai toujours eu une profonde aversion, dégoûtation, répugnance, pour la philosophie « de comptoir », à savoir en particulier donc les fameux « cafés philos » créés au début des années 90, ou ces « ateliers philos » dans les écoles dés le primaire, ou encore tout simplement les grandes discussions entre étudiants, le tout maintenant amplifié par les réseaux sociaux et les blogs qui permettent de donner à ces avalanches de lieux communs une amplitude terrifiante qu'elles n'ont jamais eues auparavant, et que l'on retrouve dans cette mode consistant à s'envoyer sur « Fécebouc » ou « Touitteure » des phrases définitives généralement rédigées au feutre blanc par Ben.

     

    Car le plus souvent, dans ces endroits réels ou virtuels, on discute philosophie sans grande formation intellectuelle ni « background » nécessaire excepté ce qu'ils ont fait en Terminale (rires), partant du principe en 2014 que de toutes façons grâce au Réseau tout le monde a accès aux œuvres des philosophes, ou leur résumé sur Wikipédia (TM°), et donc il s'agit surtout au fond de se mettre en valeur en montrant combien on est ouvert d'esprit, intelligent et cultivé en anônant péniblement des clichés que même une adolescente post-pubère sentimentale trouverait parfaitement ridicules, ne comprenant pas que la philosophie, l'amitié envers la sagesse implique un enjeu existentiel, Diogène vivait dans un tonneau, Socrate a bu la ciguë.

     

    Quant aux clichés, je cite en vrac :

     

    La violence c'est mal, la haine c'est pas bien, la morale d'accord mais si on n'impose rien, la religion c'est bien pour la spiritualité mais je crois en ce que je veux, la liberté c'est de faire ce que l'on veut, il n'y a pas de hiérarchie des goûts et des désirs tout se valant (sottise qui est généralement surtout l'expression d'un complexe d'infériorité de ceux qui la prononcent) etc..

     

    Dans tous ces groupes de discussion, tous ces « cafés philos », virtuels ou réels, l'animateur se pose en gourou généralement car lui, ou elle, ça arrive, a les bonnes recettes de bonheur, la panacée que l'on se doit d'appliquer. Il sait ce qui est bon pour l'humanité, d'ailleurs c'est écrit dans son dernier livre en vente à la sortie, pas cher, avec une dédicace personnelle pour les participants. Déjà lors de ma participation évoquée plus haut, j'avais perçu que lorsqu'un des participants montre qu'il sait de quoi il parle et qu'il a quelques connaissances, et, ou, lu quelques livres, il est aussitôt considéré par les autres ou l'ersatz de gourou en devenir comme un trublion insupportable à faire taire.

     

    Je trouve cela caractéristique de notre époque qui s'imagine libre et au faîte du progrès des consciences, "quand même on a des portables", cette appétence à rechercher des maîtres et des directeurs de conscience beaucoup plus péremptoires que les précédents, et qui ont des disciples, ou des suiveurs beaucoup plus dociles, contents de ne surtout pas réfléchir par eux-mêmes car la réflexion personnelle leur fait peur, elle les pousserait à se détacher du troupeau et à s'affirmer par eux-mêmes, ce qu'ils ne veulent à aucun prix se contentant de s'évertuer à donner d'eux une bonne image sur le Web et obéissant aux pires diktats de la société hyper-consumériste le reste du temps.

     

    Ainsi que Gustave Thibon le disait également, sans avoir la prétention de me comparer à lui en culture et sagesse, « je ne crois en rien d'autres qu'en Dieu », je crois en Dieu, et seulement en Dieu, le reste, les grandes théories globalisantes censées faire le bonheur de l'homme fût-ce contre son gré, quelles que soient leurs bonnes intentions me laissant de marbre...

     

    image prise ici sur le blog Café philosophique sur Haut et Fort

  • l'Enfer -et le Paradis aussi- c'est les autres en 2014

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    Aujourd'hui ami lecteur c'était mon anniversaire, je me permets de te le rappeler au cas où tu aurais été étourdi et que tu aurais oublié de me le souhaiter (oui je sais, tu vas encore me trouver culotté, égotiste toussa...). J'emprunte une partie de mon titre à Sartre, que j’exècre comme philosophe et écrivain par ailleurs, elle est prononcée par un des personnages de "Huis-Clos" en enfer justement, mais elle est en fait finalement pertinente car -hélas- elle a conditionné toute la pensée moderne, ou du moins ce qu'il en reste, aidant le "tout économique" à faire de chacun un esclave docile et consentant aux pires diktats...

    Huisclos1.gif

    J'avais l'intention d'écrire un article caustique sur le thème de « l'enfer c'est les autres » dans la société de 2014, et j'ai reçu tellement de témoignages d'amitié et d'affection vrais que je ne peux commencer abruptement comme ça à brûle-pourpoint et que je me dois de préciser que « l'enfer c'est les autres » en 2014, oui, sauf pour ceux qui savent encore aller vers l'autre, faire preuve d'empathie, de sensibilité, et faire plaisir simplement, goûter les moment passés ensemble et avoir de ces attentions d'une délicatesse somme toute infinie dont ceux qui nous aiment réellement, à savoir ceux qui veulent nous faire grandir, avancer, sont toujours capables.

     

    Si l'on vous accusez d'être « trop sensibles », « à fleur de peau », des « écorchés vifs », des personnes blessées qui ont mal trop facilement, des « caustiques », des « sarcastiques », qui sont trop vulnérables, alors rassurez vous, c'est bon signe. Être sensible à ce qu'il y a de laid dans ce monde, à la violence, à la haine, c'est aussi être sensible à la beauté nous entourant qui nous sauvera à la fin. Les personnes réputées ainsi sont généralement, elles ont souvent cela en commun, des passionnées de littérature qui même si ce n'est pas la vie aide à percevoir cette beauté que j'évoque...

     

    C'est aussi savoir apprécier la joie d'amis ou de proches réunis autour d'un bon repas, d'un bon vin, savoir apprécier les moments heureux qui ne sont pas si nombreux dont on a la nostalgie, l'être humain est incorrigible, qu'une fois ceux-ci complètement disparus alors qu'il faudrait savoir les vivre au présent tout simplement.

     

    En 2014, l'autre n'existe pas, ou seulement à travers les écrans pourtant, celui du « smartfône », celui de l'ordinateur, celui de la tablette ou de la téloche. L'Autre, celui que l'on rencontre dans la rue, dans le monde réel, sur le profil « fècebouque » ou « Touitteure » où l'on n'a pas envie d'aller, n'est pas vraiment là car il n'est pas passé à travers le filtre électronique. Pour éviter de croiser son regard forcément gênant, on se donne une contenance en sortant rapidement son téléphone cellulaire de la poche, en faisant mine de jeter un coup d'oeil sur les « textos » que l'on aurait bien pu recevoir.

     

    Des fois que le mettre dans sa poche ou le ranger dans son sac couperait instantanément du réseau dont on fait partie, couperait le cordon, on le garde bien en main, comme vissé dans la paume en attendant qu'il y soit greffé, on ne sait jamais, dans une addiction complètement assumée, jusqu'à la névrose, jusqu'à l'autisme. L'individu tout seul, libre donc, sans ces « terminaisons » informatiques n'existe pas vraiment.

     

    Ces comportements sont d'une tristesse à pierre fendre car jamais ces drogués du réseau ne connaîtront le bonheur de simplement goûter l'autre présent à ses côtés. Le « smartfône » qui sonne signifie que l'on quelqu'un de bien intégré, ce qui dans une société malade n'est pas vraiment un signe de bonne santé mentale pour paraphraser un sage bouddhiste, qui dit cela pour ensuite préconiser des solutions qui lui ont été inspirées par Bouddha mais cela ne change rien à la pertinence de son propos.

     

     

    Il n'y a même pas besoin de tous ces gadgets électroniques parfaitement inutiles au fond pour que le citoyen-consommateur de l'ère « post-industrielle » montre son mépris total, son indifférence parfaite d'autrui, ainsi qu'en témoigne cette vidéo qui en dit long sur l'état réel de notre monde. Les réactions à cette vidéo sont intéressantes également sur l'hypocrisie sans nom de ce temps car la plupart des commentateurs hurlent leur indignation, le scandale, mais finalement combien d'entre eux se seraient bel et bien arrêtés pour aider le pauvre homme ? Aucun. L'important c'est de dire qu'on l'aurait fait, de transmettre une image flatteuse à travers les écrans, les réseaux dits sociaux, la vérité, la réflexion, introspection ne comptant pas.

     

    image tirée de ce site "marmurex" montrant la première représentation de la pièce de Sarte

  • Hommage à Aslan qui vient de mourir

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    Aslan vient de mourir, honorons son souvenir et profitons en pour nous payer la tête de Sartre...

    On sait maintenant pourquoi il louchait.

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  • Muray cause toujours mais l'écoute-t-on ?

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    A propos de « Causes toujours » - recueil de chroniques parues dans « la Montagne » de Philippe Muray

     

    Littérature, société, philosophie, Muray, politique, spectacle, hypocrisieCurieusement, ami lecteur, je sais ça va te paraître bizarre mais si « la Montagne » décide d'éditer en recueil les chroniques qu'Alexandre Jardin a écrites pour ce journal, je serai beaucoup moins enthousiaste pour les acheter que celles de Philippe Muray déjà parues aux Belles Lettres en 2010, du même niveau de lucidité, d'intelligence, d'humour et de finesse que celles de Vialatte. Muray est de la même trempe, ainsi que de celle de Marcel Aymé qu'il connaissait par cœur. Céline devient trop souvent la « tarte à la crème » des pseudo politiquement incorrects, qui ne l'ont pas lu, ne l'apprécient pas pour son style, mais pour son antisémitisme obsessionnel et compulsif.

     

    Je ne suis pas tout à fait certain que Philippe Muray eût goûté ce genre prétendûment politiquement incorrect qui maitrise parfaitement les codes du Barnum spectaculaire (TM°) dans lequel nous vivons, son refus du réel, et ne fait que jouer en somme un contre-emploi dans le système dans lequel il est parfaitement intégré et dont il ne remettra jamais en question les bases libérales libertaires ou sociales libérales (c'est pareil quant aux résultats) par peur de perdre un peu du confort intellectuel diffus qui embaume toute notre société. Je ne suis pas convaincu que l'on puisse être de la « gauche morale » et apprécier Muray, tout comme je sais que l'on ne peut être libéral et le lire sans frémir.

     

    La plupart des individus « politiquement incorrects » que l'on croise sur le Net ou dans la vie ne le sont d'ailleurs pas réellement au fond, ils font comme tous les autres, ainsi que le souligne Muray ils font « comme » si ils l'étaient. Et continuent à se soumettre au reste ensuite, achetant le dernier gadget déréalisant un peu plus leur vie, les faisant remonter un peu plus ainsi qu'ils le souhaitent aussi vers le jardin d'enfants globalisé qui est également leur idéal...

     

    A gauche, la gauche qui pense, la gauche morale, Muray est vu comme un « réac » car apprécié des « réacs », ce qui permet de ne pas dire pourquoi il serait « réac », et surtout pourquoi il ne faudrait pas le lire. Quand un auteur écrit ou prononce des paroles gênantes, il est soit « fââchiissss » soit « réac », d'autant plus si comme Muray il s'attache corp et âme au réel, et à dénoncer tous les ridicules d'une époque s'imaginant au nadir du progrès progressiste.

     

    D'aucuns penseront un peu vite qu'il n'aimait pas son époque, ce qui le range parmi les réactionnaires, et ce qui est un crime impardonnable en nos temps d'autosatisfaction généralisée, mais ainsi que François Tailliandier le rappelle, Muray se tenait au courant de tout, lisait tout, s'intéressait à tout ce qui la concernait. La lucidité n'a jamais été du dédain, de la condescendance ou du cynisme envers l'humanité, c'est justement parce qu'on l'aime profondément, et qu'on veut l'aider à se sauver de l'abîme vers laquelle sa part occidentale se précipite avec enthousiasme.

     

    A droite, Muray est également perçu comme un réactionnaire, qui regretterait ce temps béni de la bourgeoisie triomphante quand le peuple savait se tenir, et que l'hypocrisie morale inhérente à cette classe sociale suffisait pour maintenir les apparences. A l'époque où celle-ci se voulait un exemple de moralité, au moins en apparence, on chassait ceux et celles qui gênaient dans le tableau vers les marges.

     

    Depuis 68, et que la bourgeoisie a envoyé au diable les apparences après une révolution de pacotiflle, celle-ci se veut toujours un exemple de moralité sans reproches, mais à un niveau de prétentions supérieures, prétendant moraliser non seulement la société occidentale mais aussi le monde entier, en étiquetant les problèmes et en les résolvant à coup de lois de plus en plus infantilisantes.

     

    Muray c'est un peu le vieil oncle « intello » qui dit des horreurs qui font rougir les dames entre « la poire et le fromage », des horreurs qu'à droite on n'ose pas trop répéter quand même par peur de se faire mal voir de « l'Empire du Bien ».

    C'est une chose de citer Muray sur son mur « fèce-bouc », c'est une chose de « liker » ce qu'on lit et qui venge des humiliations réelles ou non que l'on subit dans la vraie vie. C'est autre chose d'affirmer des convictions fortes, et sans faiblir, de lutter contre « l'onirisme » de cette société qui nie la nature car celle-ci contredit les alibis et prétextes qu'elle se donne afin de ne surtout pas sortir de la « fin de l'histoire », et donc de mûrir, d'entre dans l'âge adulte.

     

    Le plus effrayant dans notre monde, ainsi que le souligne l'auteur de « Causes toujours » c'est le refus en particulier de toute pensée contradictoire face à l'unanimisme, face aux évidences étiquetées, face à l'hyper-festivisme, et le refus en général de toute pensée. On ne peut être que sidéré par l'anti-intellectualisme qui sévit de la gauche à la droite en France, et le rejet de toute culture dont celui de la littérature considérée comme le reflet d'un hédonisme immoral et égoïste, ni

    «  citoyen », ni « durable », ni « équitable ».

     

    Lire Muray finalement c'est se libérer complètement...

     

    Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

  • C'était pire avant ?

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    On en parle aussi sur Agoravox

    Maintenant, lorsque l'on évoque le manque d'appétence culturelle, le consumérisme effréné et accepté des jeunes ( et des moins jeunes) leur individualisme encouragé constamment jusqu'au narcissisme le plus écœurant, entre autres par des réseaux dits sociaux mais aussi par la télévision, nous voilà soupçonné immédiatement d'être un adepte du « C'était mieux avant » ce qui, en 2012, est pire que tout, une sorte de crime de la pensée que les belles consciences et aussi le reste du troupeau aimerait bien punir sévèrement, regrettant que ceux qui commettent ce crime expriment ne serait-ce que du bout des lèvres leur opinion, leur déniant le droit de le faire.

    société, politique, philosophie, littérature, individualisme, narcissismeComme si maintenant c'était mieux, comme si nous étions entrés dans l'« âge d'or », dans l'idée que le monde est dans un progrès continu et que le progrès des techniques rejoint le progrès des consciences, alors que l'on voit bien pourtant en considérant la triste situation de notre planète un peu partout, dont un continent totalement sacrifié et livré à lui-même, et à la misère, l'Afrique, que le présent peut être pire et que l'on peut très bien croire que le futur le sera encore plus.

    Dans nos sociétés, par une curieuse alliance objective, et apparemment contre nature, entre libéraux et libertaires, dans notre société où nous vivons et pensons comme des porcs pour reprendre le titre de l'ouvrage le plus connu de Gilles Châtelet, il est de bon ton de renier, de rejeter voire de conchier toutes les références traditionnelles considérées comme caduques, réactionnaires et poussiéreuses :

    La morale individuelle, religieuse ou laïque, le sens de la collectivité, le désir de s'élever culturellement et de montrer son mérite, la famille, le sens de la convivialité, cette notion que l'on appelait la « common decency », à savoir quelques règles simples pour encourager si ce n'est à l'altérité, au moins à avoir le sens minimum de l'autre, et à garder le sens du bien commun, celui-ci pouvant s'incarner dans la Nation qui était le peuple.

    Nos ascendants qui croyaient dans l'incarnation du peuple dans la nation sont méprisés, décrits comme manipulés docilement, plaints pour cela. Leur courage, leur esprit de résistance à l'arbitraire, voire pendant l'invasion du pays, sont désignés comme des faiblesses insignes, sont moqués car « maintenant c'est mieux ».

    Ce rejet des références traditionnelles arrangent les libéraux et le système économique car « libéré » des anciennes solidarités, l'individu se retrouve complètement démuni, et sans défense face à ceux qui ont absolument besoin qu'il ne se pose aucune question quant à sa consommation et son travail, et mieux encore qu'il aime sa soumission.

    C'est le cas des jeunes et des plus jeunes qui ont parfaitement intégré l'omniprésence des nouveaux « Big Brother », admettant sans problèmes que tel moteur de recherches les piste et personnalise le matraquage publicitaire, le flicage de leurs données qu'ils subissent sans broncher sur leurs portables, ordinateurs et tout autre gadget, permettant sans y voir malice la destruction progressive de leur intimité, refusant dans leur grande majorité ce qui pourrait les faire sortir du lot, ce qui à leurs yeux des plus inconfortables.

    Ne pas être « comme les autres », avoir d'autres références, d'autres idéaux, ne pas appartenir à une communauté bien définie, aux contours clairs, est un autre crime de la pensée dans notre société qui raisonne en politique, en philosophie, particulièrement, seulement en mode binaire ce qui abouti pour la plupart des individus à ce ressenti tout simple :

    « Celui qui n'est pas comme moi, qui ne pense pas comme moi, qui ne vit pas comme moi est soit idiot soit fou, soit les deux ».

    En découle la recherche par les personnes du « même » chez les autres, de celui ou celle qui leur ressemble le plus, et l'agrégation en « communautés » de reflets en quelque sorte.

    Au sein de toutes ces communautés, la personne qui cherchera à s'instruire, à se cultiver, ou même à réfléchir par elle-même, hors des références simples, simplistes, du groupe, est « anathèmisée », ostracisés, rejetée, sa réflexion personnelle, sa culture, étant considérée comme dangereuse pour la cohésion de la « communauté » selon cette idée, juste il est vrai, que réfléchir consiste à remettre en question les évidences et les préjugés.

    Alors était-ce mieux avant ?

    Non, mais peut-être conviendrait-il de s'inspirer de solutions toutes simples qui existaient traditionnellement pour résoudre la question de la cohésion sociale, qui n'étaient pas parfaites, méritaient certainement d'être améliorées, mais qui avaient le mérite d'exister, ainsi sur les questions de solidarité.

    Était-ce pire ?

    Non plus. Et je crois que nous pouvons à peine imaginer ce qu'était la vie sans les différentes techniques que nous apprécions comme indispensables et qui ne le sont pas toutes.

    Ou était-ce simplement différent ?

    Oui, sauf sur la nature humaine qui présentait les mêmes travers mais aussi les mêmes qualités.

    illustration empruntée sur ce site

  • S'abandonner à devenir soi-même

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    S'abandonnera-t-on aussi sur Agoravox ?

     Petit texte partant de la lecture du « Petit Traité de l'abandon » d'Alexandre Jollien

    Ce petit traité, comme tous les livres d'Alexandre Jollien, montre combien la philosophie, la réflexion sur le monde qui nous entoure, la vie spirituelle est indispensable pour chaque personne, et que celle-ci doit avoir des bases solides et non se contenter de peu, pour pouvoir « danser joyeusement dans la ronde de l'existence » ainsi que nous y invite le jeune philosophe dont le handicap est la seule chose qui intéresse superficiellement les médias chez lui, qui les surprend. Comment ? Cette personne estropiée ? Qui peut à peine se mouvoir ? Elle a surmonté les obstacles sans se lamenter, sans haine ? Sans rancune ? Toutes choses que les beaux esprits n'arrivent sans doute pas à comprendre.

    image prise ici

    littérature, société, philosophie, politiqueDans l'émission de Busnel vous n'aurez pas été sans remarquer que comme d'habitude le handicap d'Alexandre effraie visiblement au départ les belles consciences « au moule » puis la force de son propos finit par les atteindre quand même, tous ces beaux esprits mondains tellement raffinés, et amoraux.

    Je trouvais cela assez ironique et rafraichissant.

    Parler de ce livre implique des résonances personnelles pour chacun d'où le texte ci-dessous où je prend le parti d'utiliser la troisième personne pour créer du recul.

    Depuis qu'il était jeune, quand il aimait bien quelqu'un ou qu'il tombait amoureux, et que l'objet de son affection se conduisait de manière décevante, il lui cherchait très longtemps des circonstances atténuantes, gardait l'espoir de se tromper le plus longtemps possible, ne voulait pas être déçu même si bien souvent il fallait bien qu'il finisse par se résoudre à l'évidence, laisser toutes ses chances de mieux faire aux autres n'amenait de leur part que du mépris et le fait qu'il le prenait pour un faible, un type trop gentil qui se laissait faire sans discuter.

    Pourtant, dés le début, il sentait les petits défauts, les manques et les faiblesses de ceux qui l'entouraient, mais il ne voulait pas les voir, refusait de croire que cela pût être un butoir pour une amitié ou un amour.

    Il finissait à chaque fois par souffrir de cet aveuglement car ces défauts finissent par ressortir.

    C'était pour lui un peu comme ces personnes qui ont une ouïe trop fine pour supporter le brouhaha de la foule, tous les bruits d'une époque qui, il est vrai, déteste le silence car elle a horreur du vide qui lui rappelle sa propre vacuité.

    L'époque hait la contemplation toute simple d'un paysage, d'un tableau, la lecture solitaire d'un livre, ce qui incite le lecteur à se libérer de tout ce qui l'entrave, d'apprécier un moment de convivialité tout simple entre amis, ou avec la personne que l'on aime, sans qu'il n'y ait besoin de paroles pour insister lourdement.

    Maintenant tout cela doit être apprécié quantitativement, l'amitié se comptant en nombre d'amis « fèce-bouc » (TM°), la beauté se mesurant en « like », en « j'aime », « j'aime pas » et quant à la lecture, ce n'est pas d'avoir lu réellement le livre dont on parle qui est important, mais l'image que l'ouvrage donne de soi aux autres sur les réseaux dits sociaux qui sont autant d'étouffoirs pour la liberté individuelle et l'intimité, celle-ci devenant tout à fait illusoire pour les plus jeunes générations, tout comme celles-ci acceptent sans broncher une soumission abjecte aux diktats de la société moderne qui est pour eux normale.

    Et quant aux instants de convivialité, plutôt que d'en goûter la substantifique moelle en prenant son temps, il convient de les évaluer immédiatement sur son blogue (TM°), son « smartphone » (TM°) ou son « Ipad » (TM°), en prenant en photos chaque plat avant même de songer à le déguster, de livrer à l'adulation ou à la vindicte publique le restaurant où l'on se trouve sur des critères arbitraires.

    Quand on parcourt ces sites personnels ou forums réputés gastronomiques, on s'aperçoit bien vite que ce que notre époque apprécie le plus dans la cuisine actuellement, c'est avant tout la présentation des plats, leur prétention, le fait qu'ils mettent en valeur socialement celui qui les commandent, et non leur saveur ou leurs qualités gustatives, d'où ces différents snobismes :

    Du trait d'huile ou de vinaigre balsamique, ces virgules ridicules sur un plat qui ne demande aucune ponctuation aux mélanges croquant, moelleux, en passant par les assiettes carrées, les verrines, ou les cuillères de « fooding » etc...

    Il avait vite compris que les femmes dont il tombait amoureux ne supportaient pas qu'ils les aimât pour elle-même, elles auraient désiré la plupart du temps qu'il ressente cela pour le reflet flatteur qu'elles s'imaginaient renvoyer aux autres alors que bien souvent leur vraie nature se percevait malgré tout derrière le costume ou la panoplie qu'elles arboraient :

    Ainsi bien souvent la jeune fille sage s'avérait rêver de se conduire en courtisane, et la « séductrice » était au fond une petite bourgeoise « popote », la fille « libérée » n'aimait que les « machos » et celle qui paraissait n'avoir que des rêves de ménage bourgeois se conduisait en « fille de peu » ainsi que l'on disait avant.

    Il s'était construit, au fur et à mesure, pour se protéger et ne plus souffrir, une carapace de causticité et de léger cynisme, carapace qu'il finissait toujours par ôter avec ceux qu'il aimait, pour hélas de temps à autres devoir la remettre plus tard.

    Celle-ci se transformait petit à petit en une cuirasse de plus en plus impénétrable aux autres.

    Mais à chaque fois, il lui fallait comprendre cette évidence, ce qu'il sentait de blocages et de carences affectives chez les autres dés le commencement se révélait exact. Il en avait conçu un profond dégoût de l'humanité et de lui-même car il ne s'excluait pas une seconde de ces travers ou ne posait à l'homme parfait.

    Quand il évoquait tout cela, il était trainé plus bas que terre, montré comme un type blessé, méchant, arrogant, caustique et acerbe, car la plupart des êtres humains n'aiment pas qu'on leur rappelle la vérité de leur faiblesse somme tout naturelle. Ils se construisent un personnage, se satisfont de compromis que l'on ne devrait jamais accepter et finissent à la fin par abandonner, inconsciemment ou pas, volontairement ou non, toute forme d'humanité réelle.

    Ils se protègent en ostracisant ceux qui leur rappellent qu'ils sont souvent pitoyables, ou qui les force à voir leur vérité intérieure, et procèdent à cet ostracisme par la pire violence verbale, généralement exprimée en groupe, car à l'hypocrisie morale ils additionnent toujours la pire des lâchetés, reprenant de vieilles habitudes d'épistolier « modeste » (anonyme) sous couvert de bonnes intentions, ce genre d'épistolier ne voulant que le bien de la personne qu'il dénonce à l'entendre.

    Pour cacher ces deux défauts et leur ignominie, toute personne parlant de crise morale ou de crise de sens est immédiatement assimilé à la réaction conservatrice ou pire encore, ce qui permet d'éviter tout débat, toute réflexion, toute critique de la dégénérescence sociale.

    Le cynisme qu'il exprimait et montrait quant au monde devenait sa seconde nature, il ne s'apercevait même plus qu'il humiliait, sans même le vouloir, de nombreuses personnes, qui se sentaient ridiculisées car révélées à elles-mêmes et non à un reflet illusoire.

    Celles-ci, qui étaient nombreuses, en concevaient une rancune tenace et des désirs de vengeance car on en veut toujours à celui qui vous montre tel que vous êtes. Il est plus simple d'en concevoir de la rancœur ou du ressentiment que d'essayer de se libérer de ses pesanteurs, de s'abandonner à être enfin soi-même, et de s'accepter tel que l'on est.

    Mais beaucoup ne sont pas prêts à abandonner leurs haines et leur ressentiment qui leur est plu confortable et plus douillet...

    Ci-dessous l'émission "la Grande Librairie" avec Alexandre Jollien

  • Utilité de la méchanceté - au lendemain de "la journée de la gentillesse"

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     « Personne n'écoute réellement les autres et si vous essayez une fois, vous verrez pourquoi »

    Mignon McLaughlin dans « Le meilleur de la méchanceté » de Sébastien Bailly

    « -ça court les rues les grands cons !

    -Oui mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel. Si la connerie se mesurait, il serait à Sèvres »

    De Michel Audiard dans « le Cave se rebiffe », dit par « le Dabe », Jean Gabin

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    En 2011, un des personnages plébiscités par ceux qui regardent la télévision est un médecin à première vue méchant, irascible, arrogant, cynique et impitoyable, le Docteur House, qui ne croit pas en plus en grand chose et n'a aucune certitude sur l'existence. Si le personnage est tellement populaire, ce qui peut paraître paradoxal, c'est qu'il se permet de dire ce que tout le monde ou presque garde normalement pour soi-même : révéler la duplicité, les petites lâchetés, les petits et grands compromis, ce que cache les bons sentiments des uns et des autres etc...

    Pourtant, pour ne choquer personne, notre époque multiplie les préventions souvent ridicules de vocabulaire :

    On ne dit plus un gros, on dit, en surpoids, on ne dit plus un aveugle, mais un malvoyant, on ne dit plus nain mais « petite personne », on ne dit plus mari dans certains cercles, mais « violeur légal » etc...

    (Note personnelle : pourtant on ne dit pas « individu à compréhension différée » pour un con, ou « Individu féru d'introduction liminaire » pour un enculé.)

    A ce lien on trouvera une liste des mots qu'il ne faut pas dire, qui sont tabous, et ceux qu'il convient de prononcer.

    Hier était donc célébré la journée de la gentillesse et de la bienveillance, deux idées que l'on confond avec la notion de respect, des notions finalement très floues pour notre époque qui les met à toutes les sauces, à commencer par les plus fades, et qui se résument en fait à ceci :

    « Laisse moi faire et dire tout ce que je veux tranquillement, même si c'est complètement stupide, pour que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

    On n'a jamais autant vu de manifestations de sensiblerie déplacée et frelatée, de pleurs -de crocodiles- qu'actuellement. Bientôt, le froid revenant, nous allons avoir le droit aux mêmes refrains englués de bons sentiments qu'habituellement au premier sans-abri mort à cause du froid, mort que les amateurs de grandes déclarations sur la pauvreté se hâteront d'oublier une fois les fêtes passées.

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    couverture ci-contre prise ici

    Est donc méchant celui qui rappelle deux ou trois faits indubitables, ainsi que le note Sébastien Bailly dans sa préface à son livre « le meilleur de la méchanceté » paru aux éditions « Mille et Une nuits », un opuscule indispensable dans la poche de toute personne capable d'humour, de recul et d'un minimum de dérision sur notre époque compilant des remarques de Desproges, Jeanson, Jules Renard et d'autres.

    Évidemment, ainsi qu'il le souligne, ces « méchants » là ne sont pas véritablement des salauds, des vilains, ce sont simplement des empêcheurs de tourner en rond qui s'offrent la suprême liberté de dire ce qu'ils pensent réellement des hypocrisies sociales diverses et variées qui sont encore légions à notre époque se voulant pourtant libérée de la morale traditionnelle :

    De l'homme ou la femme de gôche (ou de drouâte d'ailleurs) qui ne rechigne pas à fréquenter un milieu qu'il ou qu'elle aura préalablement largement conchié tout en ayant hâte d'en faire partie, sans y voir de contradictions, à l'« humaniste » de comptoir, ou de salon, qui veut bien parler d'intégration et de mixité sociale, tout ça, mais qui ne collerait pas sa progéniture dans un collège ou un lycée de ZEP.

    Il ne faut pas déconner.

    C'est la fameuse méthode socratique, qui consiste à provoquer et choquer l'interlocuteur pour le pousser à réfléchir plus loin que ses certitudes habituelles : appuyer là où ça fait mal, voire très mal. C'est une méthode dangereuse, car on se souvient ce qui est arrivé à Socrate, obligé de boire la ciguë (peut-être même que c'était dans un verre à moutarde, pour rajouter une faute de goût au supplice).

    Diogène était également le genre à employer ce genre de discours qui le faisait mal voir des bêtes de somme qui ne veulent surtout pas sortir des rails imposés par la société. Il poussait parfois le bouchon un peu loin puisque l'on dit qu'il se masturbait et déféquait en public pour « questionner les faux-semblants » pour employer les termes pudiques d'un de ces savants exégètes.

    C'est la méthode généralement la plus efficace pour se guérir de travers embêtants.

    C'est aussi celle à laquelle la société renâcle le plus préférant porter au pinacle l'un ou l'autre, en sachant très bien que quelques temps plus tard, l'on déboulonnera l'ancienne idole avec acharnement.

    Par exemple, je trouve étrange que tant d'adulateurs d'Obama en 2008 ne se souviennent plus de leur adulation fébrile du président américain actuel, qui s'est révélé peu ou prou dans la même ligne que son prédécesseur, excepté le fait qu'il paraisse plus sympa et que se photogénie est plus marquée.

    Ce genre d'amnésie a également touché les électeurs de François Mitterrand lors de la fin de « l'état de grâce », vers 1983, plus personne ou presque ne se souvenait avoir voté pour lui au moment de la rigueur. On me dira, cela ne les a pas empêché de le réélire en 1988.

    Ce genre d'affection finalement bénigne a également touché les personnes ayant voté Sarkozy en 2007. Elles n'arrivent pas à se rappeler ce qu'elles ont mis dans l'urne lors des dernières présidentielles.

    dyn010_original_404_530_pjpeg_51242_fb4e4f69708a4690f528532a2f523712.jpgAu bout du compte donc, le « méchant » veut surtout le bien de son prochain puisqu'il a pour idée de l'aider à se libérer de ce qui l'empêche d'être réellement libre et de se construire une pensée vraiment personnelle hors de la tribu, de la communauté, du groupe social, bref de sortir du troupeau.

    Attention, ne confondons pas cette vraie gentillesse que l'on distingue chez le « méchant », le « cynique », avec la manie qui consiste à rechercher chez les ironistes ou les humoristes réputés irrévérencieux, ce qu'aucun d'eux n'est vraiment en 2011 à l'exception peut-être de Fabrice Éboué ou Gaspard Proust, et dans une certaine mesure de Dieudonné, cette part de « rose bonbon » que n'importe quel être humain a en lui.

    L'auteur de ces lignes ne va pas s'en glorifier, car le troupeau lui dit que c'est mâââl de le faire mais il est lui aussi réputé méchant, même méchant comme une teigne pour diverses raisons inavouables ou pas, un misanthrope. Il paraît même que la seule différence qu'il a avec le Docteur House, quant à son caractère, c'est sa canne. Ce n'est pas bien grave, je préfère passer pour un mauvais apôtre et provoquer parfois la réflexion, et l'échange, même musclé, qu'un bon apôtre et ronronner dans le confort intellectuel.

    Ci-dessous un sketch "méchant" de Desproges


    Les Juifs par pierredesproges

  • Gustave Thibon, la foi, et le travail indispensable du négatif

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    decorte2.jpg"Tel cri de désespoir (Céline), voire tel blasphème (Nietzsche, Cioran), me renvoie à Dieu par contraste, alors que la littérature édifiante m'en détourne par fausse ressemblance. Un aspect de la voie négative dans l'ordre moral et affectif."

    Sur le rôle des arts et de tout travail de création :

    "L'illusion est-elle mensonge ou pressentiment d'une vérité que voile et contredit la réalité de ce monde ? Choix transcendantal entre le vrai entrevu en rêve et le réel dont l'obscène évidence aveugle les yeux éveillés".

    Gustave Thibon dans "l'Illusion Féconde", Fayard, 1975

    photo empruntée ici

  • Les idéalismes dévoyés

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    En discussion sur Agoravox

     Dernière note avant les vacances du blog, I swear...

    «Une certaine sentimentalité peut, au même titre qu'un certain romantisme, être considérée comme un excellent matériau révolutionnaire.»
    Marcel Aymé - dans "Uranus"

    L'idéalisme tel que cela est défini dans le dictionnaire, nom masculin

    illustration prise ici (Jean de Leyde et son utopie)

    seigno194.jpgSens 1 Courant philosophique qui rapporte tout ce qui est dans la réalité de la pensée du sujet [Philosophie].

    Sens 2 Manière de pensée de quelqu'un qui poursuit un idéal.

    Il n'y a qu'un cynique qui puisse être idéaliste sans danger pour ses contemporains. André Malraux

    (Dans « Ni ange ni bête »)

    Je trouve que la citation ci-dessus illustre très bien ce qu'est devenu l'idéalisme, à savoir quelque chose de dangereux pour le reste de l'humanité finalement et qui s'est dévoyé au fur et à mesure sous la chape de plomb des idéologies qui ont voulu encadrer les idéaux, les mettre en bouteille, les classer en bons et et en méchants, les ranger sur une étagère pour souvent les oublier vite fait bien fait tout en justifiant divers crimes et massacres commis bien entendu au nom d'un idéal.

    En ce moment, on parle beaucoup d'idéal et d'indignation vertueuse, sans voir que ces deux choses se pervertissent un peu plus chaque jour car elles servent surtout de réceptacle à diverses haines...

    Je précise que j'aime beaucoup celles et ceux qui ont rêvés d'un monde meilleur, qui ont fait preuve de générosité, d'abnégation et de courage pour leurs semblables, quitte à se retrouver au fin fond d'une geôle, devant un peloton d'exécution ou de perdre la vie : ainsi Simone Weil, André Malraux, Georges Bernanos, Honoré d'Estienne d'Orves, Hélie de Saint Marc et tous les résistants inconnus dont l'histoire n'a pas retenu le nom.

    Il est à noter que ces résistants inconnus (je ne parle pas seulement des résistants sous l'Occupation en France), quand par hasard on entend parler d'eux après le travail d'un historien ou d'un écrivain s'étonnent de l'admiration qu'ils suscitent.

    Ils trouvent tous leur comportement héroïque normal.

    Il est à noter par contre que les résistants réels ou pas à tel ou tel arbitraire dont on entend partout le nom ont pour leur grande majorité tendance à bien appuyer sur le fait que leur comportement héroïque supposé était exceptionnel à leur époque et le reste maintenant, comme les vieux combattants de "Mai 68" voudraient nous faire croire qu'ils étaient des rebelles...

    Une petite pensée et un superbe texte par ici pour les résistants inconnus...

    Les adeptes du marxisme « vintage » vous soutiendront mordicus que le stalinisme n'était qu'une déviance des idéaux de départ, qu'il suffirait de refaire la Révolution dans de meilleures conditions, et qu'alors, après un bain de sang considéré comme un mal nécessaire et juste, tout deviendrait juste, équitable et équilibré dans le monde.

    Il faut le reconnaître sans peine, les idéaux de départ du marxisme sont totalement et parfaitement généreux, justes et justifiés, c'est juste que les adeptes de la pensée de Karl oublient deux choses importantes :

    La nature humaine, qui ne prédispose pas la plupart des individus, au partage, à la paix et à la justice.

    Le pouvoir et son attraction sur tout le monde y compris les idéalistes, qui justifieront leur appétence pour par leurs idéaux.

    Ce qui est arrivé à l'utopie de Jean de Leyde en est une excellente illustration, ou à beaucoup d'autres leaders charismatiques à travers les âges. Et il s'agit toujours et encore de pouvoir, même tout petit, dans le cas du journaleux ou de l'éditorialiste engagés tous les deux.

    Mais où d'ailleurs, là est toute la question ?

    Car comme la belle-sœur de Barbe Bleue on ne voit toujours rien venir quant aux changements promis depuis belle lurette.

    Ce que l'on voit venir est bien plus inquiétant et terrifiant.

    De plus en plus, en plus de tous ceux qui souhaitent une guerre ethnique sanglante, et ce le plus vite possible, et ce quel que soit le camp que l'on considère, l'on observe des résurgences douteuses et nauséabondes, justifiées par un idéal qui n'a rien à voir avec, comme d'habitude...

    Je préfère encore un adepte du marxisme « vintage », qu'il soit communiste orthodoxe ou trotskiste, à un petit marquis du libéralisme « vite fait tout debout ». Au moins le premier veut faire preuve de générosité envers son prochain.

    Ce que celui-ci met en avant comme idéal n'est pas très glorieux, c'est l'argent, le fric, le flouze. A l'entendre, c'est d'ailleurs cette course au pognon qui a entrainé une course à l'innovation, donc au progrès technique, donc à plus de confort pour l'humanité, la plupart du temps tellement ingrate.

    De plus, car ce genre de petit marquis en rajoutera une couche, la compétition que cela entraine permet de distinguer entre les forts et les faibles, ceux qui méritent de survivre au monde, et ceux qui seront toujours un boulet insupportable pour le reste de la société et du commun des mortels.

    C'est ce que les plus « idéalistes » parmi les libéraux appellent le « darwinisme social ». Cette théorie a l'avantage de justifier l'enrichissement de quelques uns, l'ennui et le surpoids des plus riches au détriment des plus pauvres.

    Le sionisme, que l'on met à toutes les sauces actuellement, est né d'un idéal, celui de redonner une terre à un peuple rejeté et ayant connu des siècles de souffrance en Europe, couplé, du moins dans un premier temps avec l'implantation des premiers « kibbutz » avec l'idéal collectiviste. Cet idéal était né de la révolution russe avortée de 1905 dont beaucoup des instigateurs s'enfuirent en Palestine.

    Les premiers partageaient les techniques, l'eau, les ressources et les savoir-faire avec les palestiniens alentours. Ensuite, après la création du « Foyer national juif » en 1916 et encore plus après l'indépendance israélienne en 1948 ce sont devenu des prétextes pour justifier le nationalisme hébreu, ce qu'était au fond le sionisme de Herzl au départ. Comme tous les idéalistes dévoyés, il se donnait un alibi.

    Certains historiens voient sa doctrine comme la dernière manifestation des mouvements nationalistes européens émergés à partir de 1848 avec le « printemps des peuples ».

    Depuis, la guerre israèlo-palestinienne, qui dure depuis 1948, si tant est que l'on puisse parler de guerre, le déséquilibre des forces étant tel, a enflammé de nombreux idéalistes qui ont pris partie pour le peuple palestinien et ses droits légitimes à l'existence, aux partages des ressources de la région, à sa liberté, tels Jean Genet. La plupart sont sincères, ils ne veulent que la paix et la justice, parmi eux on trouve d'ailleurs des israéliens comme Amira Hass.

    image ci-dessous prise ici

    Mai68Moutons.jpgD'autres de ces « idéalistes » sont plus opportunistes, ils s'emparent de la cause palestinienne, dont ils se fichent éperdument au fond, pour justifier un bon vieil antisémitisme des familles et tout le laïus connu depuis « le protocole des Sages de Sion », faux grossier construit de toutes pièces par la police tsariste. On le voit en cliquant sur le lien ci-dessus, sa véracité ou non donne lieu encore maintenant à de solides empoignades à en croire le texte des administrateurs de l'encyclopédie participative.

    Quant à l'auteur de ces lignes, il préfère passer pour un cynique sans idéal aux yeux des idéalistes dévoyés et ne pas chercher à imposer sa conception du bonheur au reste du monde, fût-ce par la violence, la haine, les injures.

  • Un peu de philosophie pour les potaches et les adultes

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    On philosophe aussi sur Agoravox

     « Peut-être la vérité est-elle une femme qui a de bonnes raisons de ne pas vouloir montrer ses raisons. »

    (Préface au « Gai Savoir », Nietzsche)

    « La plus grande partie de la vie passe à mal faire, une grande partie à ne rien faire, toute la vie à ne pas penser à ce que l'on fait.»

    (Extrait des « Lettres à Lucilius » de Sénèque)

    « L'ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin.»

    (Extrait des « Pensées » de Pascal, le philosophe préféré d'Achille Talon)

    achille-talon.jpgCe matin, le potache affolé révisait fébrilement les fiches constituées théoriquement pendant l'année sur la philosophie, matière qui lui fait peur car elle lui semble hautement subjective, et qu'elle pousse à la réflexion, ou bien ne faisant semblant de rien, il fumait une clope, ou une substance prohibée, à l'entrée du lycée, en attendant l'heure fatidique, se demandant pourquoi les smartphones sont encore interdits pour composer en examens, ce qui lui semble scandaleux.

    Il cherche de plus en plus, de toute manière, sans souci de vérifications des sources ou de la validité des arguments défendus, sur Internet de quoi répondre rapidement aux questions qui lui sont posées durant son cursus.

    Pourquoi se fouler puisqu'il y a Google ?

    De toutes façons, il ne cherche pas, comme la plupart des adultes, de sens à ses actions ou à sa vie, il n'en a cure. Ce qui les motive c'est de gagner beaucoup d'argent en travaillant un minimum afin de se payer tous les gadgets parfaitement inutiles que la pub voudrait lui imposer comme indispensables.

    De plus selon lui, comme selon l'opinion la plupart des élèves, et de leurs parents, la philosophie ne sert à rien, comme les arts plastiques ou la musique. C'est aussi l'opinion courante de la plupart des adultes qui y rajoute la littérature. Tout ce qui n'est pas immédiatement quantifiable, tout ce qui n'est pas réductible en slogan ou en équations, tout ce qui demande un effort de compréhension à moyen ou long terme, est immédiatement déconsidéré par la société actuelle qui veut de l'immédiateté, du rapide, du bref, du qui ne demande pas trop .

    Les sujets pour les séries Littéraires étaient intéressants, surtout le deuxième :

    « Peut-on prouver une hypothèse scientifique ? » et « L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même? »

    Était proposé aussi pour les courageux un commentaire de texte extrait du Gai savoir de Nietzsche.

    Le deuxième sujet est vraiment passionnant dans la réflexion qu'il est censé provoquer. A l'âge des impétrants à la philosophie auquel il était proposé, on se fait beaucoup d'illusions sur soi, tout comme les adultes qui continuent également à s'en faire plus tard, qui sont entretenus dans leur vice par Internet, pouvant se rêver journaliste, pamphlétaire, conférencier, historien, et j'en passe, d'un clic de souris.

    Les sujets pour les économistes consistaient en :

    « La liberté est-elle menacée par l'égalité? » ou sur « L'art est-il moins nécessaire que la science ».

    Le premier sujet est pleinement dans l'époque libérale, le deuxième devrait parler aux futurs bacheliers qui seront tentés de répondre tout de suite non, oubliant vite qu'ils disposent d'une conscience, que celle-ci a besoin de se nourrir de culture, de beauté, d'intelligence pour exister, et que c'est ce le quasi-privilège de l'homo-sapiens que nous sommes tous, a priori. Il est à la mode en ce moment de prétendre que l'homme est loin d'être le seul être à disposer de cette faculté d'apréhender tout seul son existence, sa personne et ceux qui l'entourent. C'est toujours amusant à lire sous la plume de Jonathan Swift qui fait des chevaux les êtres les plus nobles sur terre dans « les voyages de Gulliver ».

    ou un extrait des « Bienfaits » de Sénèque.

    Cet auteur, confronté à la difficulté d'être sage, conserve l'idée des stoïciens des « biens préférables ».

    Ainsi il vaut mieux être riche que pauvre, bien portant plutôt que malade etc... Néanmoins, ces biens ne sont pas les biens véritables qui se situent dans le bien moral, la hauteur et la droiture.

    Dans le traité « Des bienfaits », Sénèque affirme également le caractère pleinement humain des esclaves. Les esclaves, les pauvres, les précaires, le sont par convention sociale ou par accident, par malchance, par déveine, mais non par nature. Bien des esclaves ont rendu des services à leur maître et il faut donc reconnaître une plus grande place aux esclaves que ne le fait la loi dans la société de son temps.

    Notre époque de progrès donne beaucoup moins de place aux exclus qui n'ont plus la plupart du temps que la haine, l'invective, la révolte pour s'exprimer, ou « s'indigner ».

    Les sujets pour les scientifiques et les matheux était :

    « La culture dénature-t-elle l'homme? » ou « Peut-on avoir raison contre les faits ? ».

    ou un texte de Pascal était proposé aux amateurs de génie amoureux de leur soeur. Je sais, c'est méchant avec le philosophe, mais enfin comment peut-on écrire ce genre de choses :

    «La vie n'est bonne qu'à étudier et à enseigner les mathématiques.»

    Le premier sujet est totalement dans l'air du temps, il réconcilie bizarrement certains croyants pour qui les clercs ont trahi l'Église et l'Évangile en se sécularisant progressivement au cours des siècles, et les progressistes pour qui il convient de revenir à un état de l'être humain qui aurait été perverti par des théories contre nature lui otant sa « simplicité animale », ou ces modernistes pour qui le progrès mènera à un homme « amélioré » par la technique informatique et cybernétique, et donc libéré des contraintes simplement humaines.

    Ce qui dénote dans les deux cas une haine de l'humanité. On se dit qu'une époque qui fantasme à un tel point sur la fin du monde et l'Apocalypse ne peut être qu'un temps de rejet total de ce qui fait cette humanité, imparfaite par nature, bien que beaucoup de théoriciens aient voulu la normer, la mettre en bouteille.

    Le deuxième sujet proposé aux scientifiques est typique de la manière dont les idéologues de tout genre du monde moderne considèrent leurs idéologies, à savoir comme disant toujours la vérité, quitte à dénaturer les faits pour l'imposer. Les faits ne sont rien à leurs yeux. Si ceux-ci contredisent leurs opinions, ils ne sont pas intéressants. « Dieu est mort » a dit l'un, peut-être pour certains, mais pas les dogmes impliqués par les théories se voulant globalisantes en tout cas, qui sont encore des plus pregnants.

    Un philosophe l'a dit, il ne fallait pas dire ce qui se passait vraiment en URSS pour ne pas désespérer Billancourt, ou à Cuba, ou au Venezuela. Ils mettent en balance les bienfaits parfois réels de leurs idées mises en pratique dans ces pays et les quelques « dérives » survenus qui ne seraient rien en regard du bien créé.

    « Qu'est-ce que quelques vies humaines en comparaison du bonheur universel promis par leur doxa ? » Pensent-ils.

    J'ai parlé de ces pays, c'est exactement pareil quant au discours ultra-libéral pour qui la richesse de quelques uns, le progrès technique foudroyant, valent bien « quelques » morts, et « quelques » souffrances à leurs yeux.

  • Qui a peur des intellos ?

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    les intellos sont aussi sur Agoravox

     Pour les jeunes générations, mais aussi pour les moins jeunes, « intello » est devenu une insulte, un qualificatif infâmant. Les « intellos », les personnes un peu cultivées, un peu intellectuellement formées, portent en quelque sorte le signe « de la bête » des damnés de l'Apocalypse en notre époque millénariste, qui vit dans un présent perpétuel depuis que le consumérisme est roi, et qui adore les inventaires, les top 5, 10, 15 ou 20 de tout et n'importe quoi comme autant d'énumérations avant décès en quelque sorte.

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    couverture ci-contre prise ici

    En France, la culture ou du moins l'apparence de culture, qui suffit presque dans les conversations mondaines, est encore considérée comme un signe d'ostentation sociale, le riche, qu'il soit parvenu ou non, se doit de faire preuve de prétentions culturelles, ou plutôt cultureuses.

    Dans notre beau pays, il y a certes des intellos « officiels », admis par l'ensemble de la communauté, surtout du fait du bruit médiatique qui les environne. On ne les aime pas beaucoup, mais comme ces sont des « people » après tout comme les autres, on les tolère.

    Peu importe la pertinence de leurs propos, leurs compétences réelles, ou leur culture réelle.

    Chacun a un emploi, il y a « l'humanitaire » spécialiste des grandes causes, le « dedroite », le « degauche », la « langue de vipère », le « réac de service » ou le « stalinien old school ».

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    ci-contre la photo de deux figures d'intellectuels de gôche icôniques en France (photo prise ici)

    Ils font partie du décor depuis « l'Affaire Dreyfus » et l'article de Zola, « J'accuse ». Depuis cette période la figure de l'intellectuel se devait d'être nécessairement de gauche, ou plutôt « de gôche » (avec la prononciation). L'intellectuel se doit d'être engagé pour une cause ou l'autre, cela ne veut pas dire qu'il remettra en question ses propres privilèges ou son statut, là aussi c'est surtout l'apparence, la posture qui compte.

    Il se doit aussi d'être le promoteur d'une idéologie globalisante, certifiée généreuse, et pleine de bonnes intentions, qui a une solution pour tout, un peu à la manière des « marabouts » qui distribuent leur publicité à la sortie du métro ou dans les boîtes aux lettres, et qui guérissent tout, du cancer aux peines d'amour...

    Que ce soit dans leur cas, ou dans le cas de personnes un peu cultivées, ou juste un tout petit peu lucides sur l'instinct grégaire qui anime les masses aujourd'hui, la critique la plus répandue est de leur dire : « vous n'êtes pas meilleurs que nous ». Comme si le fait d'énoncer un fait objectif, la culture, la formation intellectuelle ne font pas des êtres humains meilleurs, suffisait à ne plus être intimidé par un point de vue que l'on a du mal à saisir, ou dont on croit qu'il nous met en danger.

    C'est un complet illogisme qui affirme en somme que si cette personne qui est comme tout le monde a une expertise un peu plus fine sur un sujet, pourquoi devrait-on être gênés ou impressionnés par ce qu'elle dit, et surtout amenés à réfléchir sur ce qu'elle dit, et remettre en cause deux ou trois certitudes intellectuelles, confortables et conformistes.

    Cela risquerait il faut dire de gripper le système actuel, qui génère d'ailleurs sa propre contestation, qui ne remet jamais en cause les fondements réels de l'iniquité, ceci afin de s'auto-justifier : pourquoi critiquer puisque tout le monde a le droit de s'exprimer entend-on souvent ?

    Le sentiment de la société envers les intellectuels, les personnes cultivées, les « intellos » en général fait ressortir surtout les conflits psychologiques qui agitent la plupart des individus vivant en société consumériste et spectaculaire.

    Nous voulons un pouvoir qui fait autorité, mais sans que cela ne remette en cause notre autonomie, ou que cela n'entraine des contraintes.

    Nous ne voulons pas passer pour des idiots et nous avons du mal à admettre que nous avons besoin parfois d'apprendre.

    Nous avons du respect pour ceux qui ont cette formation intellectuelle ou un minimum de culture, qui semblent mieux réussir dans un domaine, mais nous nous sentons aussi souvent menacés ou envieux, qui devant un titre, qui devant un diplôme, qui devant des connaissances qu'il n'a pas, d'où quelques réactions souvent excessives allant de temps à autres jusqu'à l'injure, et qui sont surtout des réactions de défense.

    Pour nuancer ceci, évidemment, certaines personnes expriment moins ce conflit intérieur que d'autres, voire même pas du tout, mais c'est malgré tout le point de vue de la société en général.

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    ci-contre, photo (prise ici) tirée du film "l'homme de la rue"

    Pour se défendre, certains placent « l'homme de la rue », réputé tout simple, presque angélique, les « vraies gens », comme si il y en avait des « faux », au-dessus de tout, et oublient souvent les avancées dues aux hommes et aux femmes de savoir. Cela permet de justifier le désir de certains de vivre finalement en parfaits imbéciles, inconscients du monde qui les entoure, inconscients des autres et n'est pas le meilleur moyen de favoriser de véritables progrès qui ne sont alors que « cosmétiques ».

    Cela ne veut évidemment pas dire que les « intellos » ou réputés tels ne sont jamais ridicules ou grotesques, et qu'ils sont admirables en tout.

    Cela signifie simplement que parfois, on ne risque rien à les écouter, sauf s'enrichir intellectuellement, que l'on soit d'accord ou non avec leur point de vue.

    Pour que les "intellos" se détendent cependant et se sentent moins isolés, on ne peut que leur conseiller la fréquentation des "call girls" intellectuelles dont Woody Allen parle dans "Dieu, Shakespeare et moi", au chapitre "Call Culture".

    Ci-dessous une scène d'humour "intello" tirée de "Annie Hall", comédie hilarante, pour les "intellos"...

  • Article papolâtre – au sujet de la béatification de Jean-Paul II

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    Des réactions à l'article sur Agoravox

     « N'ayez pas peur »

    La première chose que Jean-Paul II dit aux croyants...

    Jean-Paul-II-1.jpg

    image ci-contre prise ici

    Ce n'est pas très à la mode d'être papolâtre en ce moment, ou de se dire d'Église, dont les ecclésiastiques sont tous peu ou prou pédophiles.

    Être d'Église je l'ai compris au Saint Sépulcre ce que c'est, au milieu pourtant de toute une « cour des miracles » de touristes, de pélerins fébriles, de vieilles parfois hystériques, qui embrassaient fiévreusement les piliers du monument, des marchands d'un pu de tout.

    Je faisais partie aussi de ces fous, ces fous persuadés que Dieu est une personne qui les aime.

    Folie au temps de la mondialisation :

    Folie au temps du « village dit global » !

    Ce n'est pas exactement dans le vent d'être catholique de toutes manières, un catholique est forcément une espèce de coincé mal dans la modernité, un fanatique comme un autre qui croit à des fariboles sans fondement rationnel que l'on oppose toujours aux islamistes et autres fondamentalistes.

    Ce qui est tendance à la rigueur c'est de proclamer qu'on aime bien l'Évangile et le message du Christ que l'on veut bien retenir comme « homme extraordinaire » parmi d'autres.

    On fait de lui une espèce de super-scout un peu mièvre, aux bonnes joues roses en oubliant que « son message » est autrement plus explosif que l'exposé de deux ou trois lieux communs sentimentaux.

    On prend ce qui arrange dans l'Évangile, on laisse de côté ce qui arrange moins, en consommateurs de spiritualité. Beaucoup mélange l'Évangile avec un peu de bouddhisme et deux doigts de lapalissades qui font bonne impression entre la poire et le fromage.

    On ne veut surtout pas s'engager trop dans l'expression de sa foi ou de ce fameux « message » justement, on raille ceux qui le font, qui deviennent des « grenouilles ou crapauds de bénitier » ou des « onanistes de sacristie » détestables aux yeux du troupeau qui préfèrent largement le confort de deux ou trois lieux communs vaguement humanitaristes où « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil » mais rien ne doit changer.

    De plus, ce qui m'a toujours semblé curieux est cette manie des incroyants ou agnostiques affirmés, des adversaires de l'Église de donner des conseils aux chrétiens pour l'élection d'un pape selon leurs vœux et selon le siècle, un pape qui ne soit plus catholique en somme (comme dans ce texte de Philippe Muray qui parle d'un « pape en phase », note sur Muray : ce qui est amusant en ce moment avec cet auteur est que comme il est lu dans un spectacle qui a « la carte », il est un peu à la mode chez les bobos dont pourtant ils se moquent, bien sûr le bobo ridicule étant toujours le voisin... ).

    Ils auraient voulu avant l'élection de Benoît XVI d'un pape africain, ou américain du sud, un de ces « bons sauvages » qui aurait écouté « leurs lumières » avec attention (car ces conseilleurs se voient souvent en « phares de sagesse » du peuple, qui n'en demande pas tant). Ils voudraient un Barack Obama Ier, pape, en quelque sorte, qui aurait toléré leur conception élastique de la morale et qui n'aurait plus été vraiment pape donc, serait passé à magnanimité sur leur rapport hypocrite à l'argent.

    Au sujet de Benoît XVI, j'ai lu quand il est venu aux Bernardins dans les z-Inrocks (magasine dans lequel je n'enfermerai pourtant pas mes poissons de peur qu'ils ne se gâtent) un texte de Catherine Millet sur Benoît XVI et son discours aux Bernardins (on trouve ici ce qu'elle en dit) que je trouve très intéressant, et bien écrit, ce qui ne gâche rien.

    Son point de vue pourra surprendre les cons qui divise l'humanité en ceux qui pensent comme eux et ceux qui pensent pas comme eux, sans qu'aucune discussion ne soit possible, et rien ne devant évoluer.

    Ce qu'elle dit contredit toutes les sottises écrits sur Benoît XVI présenté comme réactionnaire dans le sens qu'il demande à réfléchir avant d'adhérer à une "nouveauté" ou ce que l'on présente comme telle.

    Il faut dire qu'actuellement, ce qui est nouveau est forcément bon, forcément bien.

    Comme le disait Montaigne il y a déjà 500 ans, la nouveauté conduit surtout à construire de nouveaux bagnes intellectuels et spirituels.

    Maintenant en 2011, c'est très mal vu d'être admiratif des papes en général, et du pape actuel en particulier, réputé réactionnaire, voire nazifiant par ceux qui ne l'aiment pas et n'aiment pas l'Église quoi qu'elle fasse ou dise.

    Les allusions au passé adolescent de Benoît XVI sont assez odieuses en elle-même, et elles dénotent aussi les préjugés finalement ethnocentrés et plus ou moins xénophobes que les gens ont sur les nationalités :

    Les italiens, tous des dragueurs, des séducteurs, les allemands tous des nazis obsédés par la discipline...

    Je me souviens bien de l'élection de Jean-Paul II en 1978, quelques temps après seulement la mort de Jean-Paul Ier, le premier pape à ne à pas être italien depuis des siècles.

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    photo ci-contre prise ici

    Je me souviens de lui deux ans après l'attentat qu'il subit en 1981, lors d'un pèlerinage à Rome, de son regard, son sourire lorsqu'il nous salua. C'était peu après sa rencontre avec Ali Ağca, et le geste de pardon du Pape.

    Il eut à subir exactement les mêmes critiques de la part des observateurs réputés avisés quant à son action, étant polonais on le soupçonnait d'être un coup le pape des américains contre les russes, un autre d'être un agent du KGB, si ce n'est un franc-maçon déguisé.

    L'Église avec lui retrouvait encore un peu plus le sens premier du mot catholique. Il a laissé les affaires courantes se faire sans lui à Rome préférant parcourir le monde et aller à la rencontre de tous les peuples chrétiens, en particulier ceux sous le joug, abandonnés par les pays occidentaux.

    Je l'ai revu en 2000 lors du Jubilé de l'Église à Jérusalem, au Mur des Lamentations où il mit une prière entre les pierres de ce lieu sacré pour les juifs sous les yeux ébahis des « hommes en noir » qui manifestèrent leur bêtise en lavant à grande eaux l'endroit selon eux souillé par le Souverain Pontife.

    J'étais dans la foule des chrétiens palestiniens lors de la messe à Bethléem, heureux de l'affection que Jean-Paul II leur manifestait, qui leur faisait oublier qu'ils sont entre le marteau israélien de Tsahal et l'enclume fondamentaliste du Hamas depuis plusieurs décennies.

    Il y rappela encore fort justement aux chrétiens occidentaux présents que la Terre Sainte n'était pas un musée, un jardin de pierres, mais que c'était aussi leur terre originelle et que les lieux saints y avaient été sanctifiés depuis des siècles par les chrétiens d'Orient.

    popeyad.jpg

    image ci-contre prise ici

    Je me souviens de lui à Yad Vashem, ce qui a permis de rappeler que ce Pape était aussi un de ces justes, qui restent parfois anonymes toute leur vie, qui avait protégé des familles entières de la déportation et de l'extermination.

    C'est finalement plutôt encore assez mal vu à la lecture de différentes réactions sur le réseau ou ailleurs d'émettre un avis positif sur le pontificat de Jean-Paul II. Beaucoup ne veulent retenir de lui que cet image du Pape des jeunes, ou celui de tel ou tel grand rassemblement, d'autres ne voient en lui que ses déclarations sur le préservatif et la morale individuelle.

    Il est tout cela à la fois, et s'il fût un adversaire des régimes totalitaires communistes ou s'affirmant tels, il l'était aussi de toute autre idéologie globalisante, tel le libéralisme et autre matérialisme individualiste comme celui qui sévit en ce moment.

  • Pitié pour les littéraires en France.

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    En discussion sur Agoravox

    « Différence entre l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse. – En l’un, les principes sont palpables, mais éloignés de l’usage commun … Mais dans l’esprit de finesse, les principes sont dans l’usage commun et devant les yeux de tout le monde. »

    dans les « Pensées » en (1670)

    Citations de Blaise Pascal, le philosophe favori d'Achille Talon, qui malgré toutes ses vanités est un esprit de finesse.

    Image ci-dessous venant d'ici

    big-brother_1.jpgOn a aussi envie de citer la dernière phrase de « 1984 », de Georges Orwell, « et maintenant il aimait Big Brother ».

    Quand on aime bien ranger dans de petits cadres, que l'on ne juge que le quantitatif acceptable, on séparer les écoliers, les étudiants, les adultes en deux grands peuples antagonistes :

    les « matheux », à l'honneur depuis longtemps dans le système scolaire, et qui continuent à l'être pour réussir dans ce monde où la performance est reine, et les « littéraires », des inadaptés selon les critères de notre époque qui préfèrent le qualitatif et aiment bien s'occuper en règle générale de choses qu'il est impossible d'analyser en laboratoire ou de mettre en équations faciles à comprendre.

    Mais voyons, à quoi ça sert de lire un livre où l'auteur passe quinze pages à décrire le parfum d'une rose, à quoi çà sert de parler de poésie, se demandent les imbéciles.

    Les uns, les matheux, vivent selon l'esprit de géométrie, les autres, les littéraires, selon l'esprit de finesse, du moins quand ils sont réellement littéraires...

    Car sur Internet, entre autres, on voit fleurir les génies méconnus qui ayant l'occasion de publier sans passer par un éditeur le font en étalant les fadaises et autres lieux communs qu'ils prennent pour autant de saillies fulgurantes et de réflexions d'une intelligence sidérante. Ce sont souvent des géomètres qui s'ignorent, qui quantifient aussi leur bonheur et rêvent de sur-adaptation sociale et de célébrité mal acquise à la mode en ce moment.

    On se moque souvent de l'esprit de finesse à notre époque où l'on aime bien que tout soit réductible à quelques formules, quelques slogans, y compris la philosophie elle-même perçue comme inutile tout comme la politique. On raille ceux que l'on appelle les « z-intellos » et ceux qui remettent en cause ne serait-ce qu'un petit peu le sordide matérialisme de notre temps sont désignés à la vindicte du troupeau comme nostalgiques des ordres totalitaristes noirs ou rouges, ils sont soit des réactionnaires, soit des staliniens...

    Le raisonnement est appréhendé comme une perte de temps qui va contre l'intérêt du consumérisme roi censé diriger et guider nos instincts et tous nos désirs..

    On n'en a plus pour réfléchir ni même pour rêver, la rêverie elle-même devant être encadrée par la société consumériste spectaculaire.

    De toutes façons, comme dans le même temps on raille la littérature, vue uniquement comme un divertissement et rien d'autres, au pire, au mieux comme devant avoir une utilité sociale de témoignage pour un engagement ou un autre.

    Alors que les lettres aident pourtant à faire mûrir son humanité, à s'ouvrir aux autres, à goûter la beauté du monde, et celle des quelques êtres humains qui refusent de se soumettre à quelque diktat que ce soit, de plus en plus rare quant à eux. Et que c'est justement dans sa gratuité que la littérature trouve son intérêt principal, qu'elle peut aller jusqu'à être un enjeu existentiel.

    Parfois, de timides voix se font entendre pour assurer qu'un littéraire serait plus à sa place pour s'occuper des ressources humaines de telle ou telle société ou administration qu'un matheux qui gérera le tout sans se soucier des conséquences humaines, ni des conséquences sociales catastrophiques.

    Dans les romans dits « de genre » méprisés par le troupeau, on trouve la plupart du temps des fulgurances passionnantes sur notre époque.

    Ci-dessous un autodafé en Allemagne nazie en 1934

    31077autodafe.jpgLes androïdes de Philip K. Dick n'ont rien à voir avec une anticipation de la robotique domestique, ils sont là pour montrer la déshumanisation progressive d'une société qui se soucie surtout de rendement et de performance individuelle, le journal de Jean-Patrick Manchette montre tout le travail, la douleur qu'il peut y avoir dans la création littéraire, et la lecture, ce journal tout comme les chroniques de cet auteur mettant également en lumière tout ce que le polar apporte comme faits précis sur la société libérale et ses dérives en décrivant ses marges.

    Cette citation d'Orwell résume parfaitement la véritable utilité de la publicité :

    « Faire de la publicité, c'est agiter un bâton dans l'auge à cochons. »

    Le troupeau aime bien cependant les « best sellers » cependant, ceux qui l'encouragent dans son addiction à la consommation, qui le rassurent sur ses préjugés, qui le font rêver d'une réussite sociale selon ses désirs, à savoir fric et paillettes.

    Il y a une chose qui devrait cependant rassurer les littéraires en France ou ailleurs, c'est le fait que les imbéciles ne les supportent pas, ne supportent pas que l'on puisse avoir lu un livre, y avoir trouvé quelque chose : du plaisir, un motif de réflexion, de la peine, de la joie, un divertissement pour échapper à la morosité de l'époque où pullulent de plus en plus les non-lieux, la pensée uniformisée de pire en pire.

    Les imbéciles sont très jaloux des littéraires, qu'ils accusent d'être prétentieux tout en se moquant d'eux. Ils ont peut-être raison, peut-être est-ce une prétention délirante de vouloir juste s'élever un tout petit peu, juste un rien, mais il y a des prétentions utiles. Et celle-ci l'est.

    Car la littérature développe le goût de la liberté, la vraie, celle qui n'a rien à avoir avec le besoin de transparence et de surveillances délirante actuellement de mise dans les esprits.

  • La culture c'est pas de la confiture...

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    Hier, j'entends un conférencier pendant sa péroraison sortir, pour argumenter son discours et détendre l'atmosphère en même temps, le lieu commun habituel sur la culture, qui m'agace énormément, car c'est surtout l'culture%20confiture%20carr%C3%A9%20copyright.jpgexcuse plus que centenaire des cancres ou des ignares pour justifier leur ignorance et leur inappétence au savoir : « la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale ». C'est parfois vrai, du bobo au simple crétin qui trouve géniââl l'exposition Murakami à Versailles, de l'académicien à particule momifié tout debout par l'utilisation intensive des U.V à l'ancien ministre qui l'appelle « Maîître » sans que l'autre trouve ça grotesque (voir par ici à qui et à quoi je fais allusion). On en trouve dans des appartements Rive-Gauche à mettre bien en vue sur l'étagère de leur bibliothèque « design » les volumes des écrivains à la mode qu'ils n'ont pas lu (l'important de toutes manières c'est savoir ce que l'on doit en dire, à savoir deux ou trois lieux communs qui s'inversent de gôche à droâte mais finalement ça reste toujours des lieux communs). Il paraît que la culture c'est plutôt de droite ou centriste, comme le bon goût, comme je l'ai lu sous la plume de l'éditorialiste de « Charlie Hebdo ». Ce serait plutôt des concepts bourgeois, le prolo ayant donc, si je saisis bien la vulgate marxisante qui sous-tend ce genre d'idées, un goût de chiottes, ce qui est sympathique pour les prolos.

    Maintenant, je ne dis pas, je serais plutôt d'accord, le prolo a effectivement la plupart du temps un goût de chiottes, il trouve que 5000 motos qui pétaradent et défilent pendant cinq heures c'est bô, c'est bien, c'est grand, comme dans ma bonne ville d'Évreux hier. A la télévision, il regarde la téléréalité, quelques crétins décérébrés étalant leur bêtise et leur narcissisme devant tous les passants, ça ne le gêne pas. Le prolo serait d'accord je pense avec Goebbels qui disait : « Quand j'entends le mot culture je sors mon revolver ». Le prolo (mais aussi le petit bourgeois, voire quelques GRANDS bourgeois), et leur progéniture ne brûlent pas les livres, ils trouvent simplement que c'est cher, ne voyant aucune contradiction à dire ça et claquer parfois 200 euros par mois dans une facture de téléphone portable. En parlant de téléphone portable, le prolo qui devient un peu plus cyberautiste chaque jour ne trouve rien à redire à la censure des patrons d'Apple sur le contenu de l'« I-phone », il trouve ça normal. Pour l'instant, c'est surtout sur des applications ludiques et sans grandes conséquences, demain ce sera sur les « e-books ». Aux États-Unis, en avance sur nous de dix ans sur les pires conneries, quelques grands romans ont été déjà largement amputés de nombreux passages sans que personne n'y trouve à redire.

    Mais pendant la période de la « douceur de vivre », il suffit de regarder un petit peu n'importe quelle maison construite pendant ces périodes, fût-elle la plus humnle, on comprend que la beauté était beaucoup plus familière à tout le monde (Ce doit être mon vieux fond royaliste qui s'exprime ici). On creusait une mare non pas seulement pour y élever des poissons mais parce que c'était joli, on élevait des haies pour séparer les champs mais aussi et surtout parce que c'était plus agréable à l'oeil et que cela permettait d'entendre le chant des oiseaux.

    La culture c'est tout à fait ce que définit Alain, philosophe radical-valoisien cité par un de mes enseignants ancienne mode (il nous apprenait à respecter la grammaire et à être exigeant dans nos lectures, lui n'aurait pas fait étudier Daniel Pennac) quand j'étais au collège : c'est bien tout ce qui reste lorsque l'on a tout oublié. C'est aussi savoir que l'on ne sait rien. Il y a bien entendu également une différence majeure entre la culture et l'érudition qui n'est qu'une accumulation de lectures, la boulimie au lieu de la gourmandise en quelque sorte.

    Bien sûr, les contradicteurs, s'il y en a, de cet article, me rétorqueront que si je dis ça, c'est parce que je me juge cultivé, et que je suis un sale connard vaniteux ou une petite barrique prétentieuse bouffie d'orgueil. Attaquer l'autre, ou l'auteur de ce petit texte, ça permettra toujours de ne pas remettre en question son propre comportement quant à la culture.

    Le même article en couleurs sur Agoravox


    Aillagon vs Zemmour & Naulleau Dessins [ITW] Onpc 180910
    envoyé par peanutsie. - Futurs lauréats du Sundance.

  • Alexandre Jollien - « Le philosophe nu »

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    Cet Article sur Agoravox

    J'aime beaucoup les livres d'Alexandre Jollien, ils font du bien à l'âme et sont comme des amis qui sentent quand on va mal et que l'on a besoin de soutien par une sorte de télépathie bienveillante. Ses livres tombent toujours au bon moment. J'ai aussi eu encore un peu plus de plaisir à lire ce Alexandre-Jollien-2.jpgphilosophe en lisant par ci par là que la France et l'Europe vivent actuellement dans une dictature des faibles et des victimes qui seraient toujours défendus alors qu'on laisserait tomber les « forts » (par ici dans les réactions, il suffit d'encourager un peu, rien qu'un peu les imbéciles pour que ceux-ci révèlent finalement leurs opinions réelles, à savoir des gougnafiers uniquement préoccupés de leurs petites personnes). Cela ne me dérange pas quant à moi de me laisser mener par la voix d'Alexandre Jollien, au physique hors-norme, complètement à l'inverse des standards, que certains qualifient dans le secret de leur cœur ou devant tout le monde de « dégénéré ». L'auteur de ce livre est en effet né lourdement handicapé, pour lui des gestes simples sont des exploits dignes d'un athlète, ce qui relativise le mal-être que l'on peut parfois éprouver. Il serait profondément gêné cependant qu'on le choisisse comme maitre, il est d'ailleurs extrêmement confus d'entendre des dames dire qu'il les aurait aidées à « coacher », ou à gérer leur situation, leur vie selon les termes à la modes. Il ne veut pas d'élèves ou de disciples mais aider les autres à être plus libres en partant de son vécu avec délicatesse sans « coaching » lénifiant qui consiste surtout en l'étalage de lieux communs.

    Son ouvrage part d'un constatation simple, ses passions, sa sensibilité le poussent à réagir encore avec colère aux moqueries qu'il subit, ce qui est somme toute humain, du moins pour quelqu'un moins exigeant intellectuellement et spirituellement qu'Alexandre, et à envier le physique d'hommes plus chanceux que lui sur ce point, ou encore à désirer ardemment des objets qui ne lui apportent qu'une satisfaction brève, qu'un spasme de plaisir. Il recherche le détachement mais aussi à se libérer de ses pulsions qui ne sont que l'émanation de son animalité. En cela, il dépasse les bornes aux yeux de la société actuelle, non seulement alors qu'il est handicapé et qu'on l'imagine victime et désespéré, il est heureux en amour, père de deux enfants qu'il trouve plus sages que lui, ceux-ci lui rappelant que la philosophie est finalement chose futile quand elle prétend diriger les existences, fût-ce vers le bonheur, alors insoutenable car imposé. Et en plus il veut se libérer de cette course vers l'abîme sans fond du consumérisme et de l'objet-roi de notre société. Il aggrave un peu plus son cas sur le sujet rajouterais-je en ne se réclamant d'aucune idéologie ou théorie globalisante, il est d'autant plus libre et indocile mais sereinement et sans violences.

    Il ne se sent pas plus fort que les autres pour surmonter et dominer ses passions, il avoue sa faiblesse à le faire, ses tentations, son incapacité à maitriser ses compulsions, dont celle de communiquer le plus souvent possible par internet ou par téléphone avec ses proches. Il est conscient de l'individualisme auquel nous pousse ce monde, de l'égocentrisme et de l'orgueil que peuvent impliquer son intelligence et sa liberté à ne pas obéir aux normes. Ce n'est pas qu'il arrive à ne juger personne, ou à ne pas faire preuve d'un humour sarcastique quand trois jeunes pimbêches se moquent ouvertement de ses gestes maladroits dans un bus. Ce n'est pas un pur esprit, un handicapé comme on les montre souvent dans les médias ou les livres, à savoir un être innocent et détaché, presque angélique car c'est toujours plus confortable de ne pas voir la personne handicapée comme humaine et donc affectée elle aussi de défauts.

    Il n'y a pas de livres indispensables bien sûr, mais ce livre fait du bien à l'âme...

  • Je suis sur Agoravox

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    Mon article sur l'entretien entre Jean-Claude Guillebaud et Fabrice Hadjaj a été publié sur Agoravox, par ici.

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  • Technocratie ou Théocratie ?

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    « Un humanisme sans Dieu est-il possible ? »

    Jean-Claude Guillebaud

    Fabrice Hadjaj

    pic3.jpgJ'ai regardé hier dans le cadre de la série d'émissions « les mardis des Bernardins » , on peut la regarder par là aussi, (avant tout commentaire, je ne saurai conseiller de regarder la vidéo dont je parle) sur KTO un échange entre Jean-Claude Guillebaud, auteur de « la refondation du monde », et Fabrice Hadjaj, auteur de « la profondeur des sexes », sur le thème : « Un humanisme sans Dieu est-il possible ? ». Cet échange était véritablement passionnant et pour une fois exempt de miévrerie et de lieux communs, excepté les interventions dispensables de «l' animatrice » du débat. Ce point de vue sur l'humanisme, mais aussi sur l'homme et l'humanité, est ultra-minoritaire aujourd'hui, et dans l'Église, et dans la société. Il est infiniment supérieur à quelque pamphlet, à quelque article érudit ou non, que ce soit dans un camp ou dans l'autre, charismatiques ou « tradis ». Il va beaucoup plus loin que tous les clivages sans fondement, les militantismes, l'égocentrisme à la mode, la technocratie, prise dans une acceptation globale, mais aussi la théocratie, qui n'est que l'émanation de « la foi des démons », le diable croyant en Dieu, et le refusant.

    Pour les deux auteurs, ce qui pourra refonder le monde, c'est la « Grâce de l'Apocalypse ».

    Et pour eux, même un vrai matérialiste croit en Dieu, il y a donc de l'espoir. Pour les écouter, il faut malgré tout se libérer de quelques poncifs.

    Ils commencent par redéfinir l'humanisme. Celui-ci peut sembler au départ opposé à la religion, il s'agissait de revenir à l'homme contre le pouvoir temporel et spirituel de l'Église, ceci dans la tradition retrouvée des philosophes antiques, le tout menant progressivement à la philosophie des Lumières et au positivisme du XIXème siècle. Les deux auteurs évoquent ensuite Jean-Paul Sartre qui définit l'existentialisme comme un anti-humanisme, moquant les discussions sans fin des humanistes sur la question de l'humanité. Il redevient humaniste après 1945 cependant. Cependant, Jacques Maritain, puis plus tard Paul VI, proposent un « humanisme intégral » tourné vers Dieu, ou théocentrique plutôt qu'anthropocentrique : « L'homme passe l'homme, le mystère de l'homme s'élucide dans le mystère de Dieu ». Car pour le Christ, ce qui compte c'est l'amour du prochain, et non l'amour de l'homme en général. Se pose alors la question de la définition de l'homme, en commençant par ne pas perdre de vue sa diversité, et le fait que chaque personne est unique tout comme le parcours qu'elle suit.

    Selon Jean-Claude Guillebaud, l'humanisme naît de l'héritage grec, juif et chrétien, tout comme la philosophie des Lumières qui laïcisent le Christianisme comme le montre la devise de la République au fronton de toutes les mairies. Il faudrait se libérer du malentendu français qui voudrait que l'humanisme est conquis contre la religion, ce qui n'est pas le cas. Pour un chrétien, l'aspiration légitime à la liberté, tout comme à l'égalité, vient de Dieu. Avec Sartre, la confusion habituelle demeurait et le mot avait perdu du sens. Il retrouve son sens exact en le liant à l'Évangile pris dans sa radicalité. Et ce, contre le mouvement post-humaniste actuel, contre le transhumanisme se développant aux États-Unis mais aussi en Europe, deux mouvements proposant ni plus ni moins que de s'affranchir de l'humanité préconisant de transformer l'homme en cyborg par exemple, ceci afin de l'amener à devenir une sorte de Surhomme parfaitement adapté à la société, et parfaitement docile, ce surhomme étant d'ailleurs plutôt un sous-homme au sens nietzchéen correct.

    Les deux auteurs insistent sur le fait que nous vivons une période d'apocalypse, qui n'est pas forcément la fin des temps, mais une période « axiale » (selon le terme de Karl Jaspers) où tout peut basculer, dans le mauvais sens, vers l'abîme. Que sauver alors ? Il y a cinq ou six valeurs fondamentales et une archéologie de celles-ci à faire. La première d'entre elle étant l'égalité. Il n'y qu'une seule espèce humaine. Il n'y a pas d'homme moins humain que d'autres, pas de différences de traitement à avoir entre un professeur d'université et un handicapé. C'est cela qui fonde la spécificité chrétienne a priori, alors que la plupart des pensées actuelles, y compris au sein de l'Église, sont hiérarchiques, tout comme le néo-confucianisme chinois dont l'influence commence à se faire sentir en Europe et en Amérique. On oublie la source des valeurs. Guillebaud cite alors Paul Ricoeur qui écrivait : « Séparées de l'expérience spirituelle, les valeurs sont comme des fleurs coupées dans un vase ». Et la modernité est déloyale car elle reprend des valeurs chrétiennes en oubliant leurs racines puisant dans la Foi.

    Élaborer un nouveau projet pour l'homme, une refondation des valeurs, devient nécessaire du fait de l'effondrement des utopies et de la fin des grands espoirs qu'elles avaient entraînées, y compris les espoirs de générosité entraînés par le marxisme ainsi que le souligne Fabrice Hadjaj. Il demeure encore pourtant l'utopie de la pérennité humaine, alors qu'il existe de plus en plus de possibilités d'éradications totales, de destructions des possibilités. Nous vivons dans une société du court terme, voire du très court terme, le long terme étant incertain. C'est la raison pour laquelle personne au fond ne croit réellement aux générations futures, et que beaucoup veulent aller vers le post-humanisme pour transformer l'homme (certains rêvant, ou cauchemardant, de télécharger un cerveau sur disquette, ou d'être constamment relié aux ordinateurs). L'homme est un homme horizontal et non vertical, un être humain qui refuse sa blessure, alors que ce qui fait l'homme c'est justement cela, et sa dimension tragique. L'adaptabilité au monde et à la société n'est qu'un leurre, l'homme n'a pas à s'ajuster à tout et n'importe quoi, il s'agit d'abord d'aimer son prochain.

    hadjadj_inline.jpgLa théocratie post-humaniste est également une erreur fatale selon les deux philosophes, car elle est trop intellectuelle, désincarnée et spiritualiste en oubliant également la blessure que porte chaque personne. Cela m'inspire d'ailleurs en passant que les écrivains, les artistes, les musiciens, tous s'inspirant de leurs blessures, sont finalement plus lucides que le reste de la société qui s'imagine raisonnable. La théocratie post-humaine préconise de revenir au divin, mais un divin coupé de toute humanité, elle oublie l'Incarnation et le sens de cette incarnation. Et l'homme qui perd sa verticalité également de cette manière ne peut que disparaître au profit d'une nouvelle espèce toute aussi décervelée même si louant l'esprit de Dieu.

    Il s'agit pourtant de regarder cette dimension tragique de l'homme en face, et d'accepter le monde tel qu'il est, avec ses imperfections (ce qui ne signifie pas accepter le mal et l'iniquité) à la différence du programme NIBC américain, qui se drape d'un discours de bons sentiments et de fantasmes d'immortalité : transformer l'être humain pour son bien dans une perspective malthusienne, eugéniste et profondément injuste. Leur programme se résume à deux injonctions : « No Child ! » , « No Sufferings ! », (« pas d'enfants ! », « pas de souffrances ! »). Comme l'écrit C.S. Lewis, « la souffrance permet aux âmes de se rencontrer, de s'ouvrir aux autres ». il est indispensable de mourir à soi-même.

    Le post-humanisme, comme le note Fabrice Hadjaj, est un onanisme, nous sommes dépositaires de l'humanité, de notre corps, de la création. Le post-humain a la haine du monde et du corps. C'est finalement une nouvelle gnose. La technocratie, la jouissance immédiate liée à une commémoration incessante du passé, se confronte sans cesse à la théocratie, une foi irrationnelle rejetant l'humain, ce qui aboutit à une destruction de la joie elle-même. Cela aboutit à une foi totalement désincarnée, sans charité, sans chair, sans sexe, comme le précise Fabrice Hadjaj, et à une schizophrénie chrétienne : la foi et l'argent, la foi et l'amour, la foi et le couple, consistant à tout séparer. Alors qu'être chrétien c'est l'être dans toute sa vie, radicalement. Cette foi est sans charité. Elle enferme dans une identité rêvée, une certitude dogmatique inhumaine, et sans miséricorde, alors que la foi est une mise en route, une progression. En fait, il s'agit de se réjouir que l'homme existe. Que l'on ne se méprenne pas sur ces termes, il ne s'agit pas d'un refus de la Vérité, ou de l'Église mais de replacer l'homme dans sa temporalité fondamentale, celle-ci continuant dans la vie béatifique. Fonder le goût de l'avenir, c'est construire un humanisme non idéologique, et le faire sur la base d'une égalité totale, pleine et entière.

    Guillebaud et Hadjaj citent alors Jonathan Swift qui répondait ceci à un interlocuteur l'accusant d'être misanthrope : « Je n'aime pas l'homme, mais j'aime Pierre, Paul, Jacques... ». Le Christ aime son prochain lui aussi, celui qui est antipathique, qui a une sale gueule, qui pue, que l'on a du mal à aimer. Le plus défiguré, le plus difforme c'est l'Homme. Celui qui meurt par amour c'est l'Homme, c'est cela la base de l'humanisme théocentrique, tourné vers Dieu, l'Homme c'est le Christ souffrant, humilié, douloureux et tragique de l'« Ecce Homo » et non une marionnette spiritualisante. Et il s'agit de participer à cet amour par l'âme et le corps.

    Cet humanisme chrétien est très exigeant, dur à entendre, à encaisser, ce n'est pas du sirop ou de la guimauve, mais de la TNT comme l'affirment les deux conférenciers. Il nous renvoie à nos manques, à notre inhumanité, aux dernières paroles du Christ en Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », où Jésus manifeste qu'il est vrai Dieu et vrai Homme, intégralement, y compris par le sens de l'abandon. C'est le sens de l'Incarnation, c'est un message radical, qui n'est pas doloriste. Il s'oppose malgré tout à tous ces écrits, sermons et publications qui essaient de rendre la Croix plus confortable intellectuellement, à en arrondir en somme les angles.

    Cet humanisme n'implique pas de « s'emparer des valeurs » et de les agiter comme des fanions, mais de les incarner et de reconnaître tous ceux qui sont dans l'ombre, les petits, les humbles, tous ceux qui ne se mettent pas constamment en avant, joignant les mains avec componction et ne pratiquant aucune charité. Cet humanisme se vit, il s'incarne pleinement, il engendre la supériorité du nom propre sur le nom commun, la Vérité est une personne, elle est beaucoup plus élevée que n'importe quelle valeur qui est au fond une notion nihiliste, que l'on réponde oui ou non à la question « la Vie vaut-elle la peine d'être vécue ? ». La question en elle-même est insensée, et elle aussi nihiliste. Les valeurs sont trop souvent coupées de Dieu. « La Vie ne vaut rien mais rien ne vaut un être humain » comme l'écrit Malraux dans « la Condition Humaine ». Les repères doivent être l'inverse d'une idée captatrice, la doctrine c'est le visage du prochain, l'idéologie, la foi transformée en idéologie, perd de vue la rencontre de l'autre. Le corps moderne est un corps imaginaire, un corps devenue une chose, une mécanique. Jean-Claude Guillebaud cite la majesté paisible des corps à Lourdes, ou celui du Christ. L'humanisme chrétien pousse à accepter et aimer concrètement la chair enfin pacifiée, le coeur, le cerveau, les entrailles et le sexe, sans rien omettre.


    Amaury Watremez


    Les derniers livres des deux auteurs

    « La Foi des démons ou l'athéisme dépassé »

    de Fabrice Hadjadj

    « Le sacré, cet obscur objet du désir ? »

    de Marie Balmary, Jalil Bennani, Dany-Robert Dufour, Jean-Claude Guillebaud

    photos : En haut, Jean-Claude Guillebaud, en bas, Fabrice Hadjaj

    Fabrice Hadjadj (né en 1971 à Nanterre) est un écrivain français.

    Né dans une famille de confession juive, de parents militant révolutionnaires maoïstes en mai 68, athée et anarchiste durant son adolescence, il se convertit brusquement au catholicisme en l'Église Saint-Séverin à Paris, et sera baptisé à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en 1998. Il se présente lui-même comme "juif de nom arabe et de confession catholique".

    Jean-Claude Guillebaud est un écrivain, essayiste, conférencier et journaliste français connu pour ses reportages importants dans le monde des idées.

    Il est né à Alger en 1944. Journaliste au quotidien Sud Ouest, puis au journal Le Monde et au Nouvel Observateur, il a également dirigé Reporters sans frontières. Il a été lauréat du Prix Albert Londres en 1972. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il tient une chronique hebdomadaire sur la vie des médias dans le supplément télévision du Nouvel Observateur et une chronique d'observation de la société et de la vie politique françaises dans l'hebdomadaire catholique La Vie. Au printemps 2007, il parraine l’agence de presse associative Reporters d'Espoirs. Depuis juin 2008 il est membre du conseil de surveillance du groupe de presse Bayard Presse

  • "Matons de Panurge" - Philippe Muray

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    philippe-muray-bibliographie.jpg

    Sur cette mentalité qui domine la littérature française, à droite comme à gauche (il ne faut plus critiquer, il ne faut lire que selon son opinion, et s'y tenir, il faut éviter le second degré, jamais compris, toujours mal vu)...je relis Philipe Muray.

    "Défendre la littérature comme la seule liberté précaire encore plus ou moins en circulation, implique que l'on sache exactement ce qui la menace de partout. Même s'ils sont légion, les ennemis de la littérature sont également nommables et concrets. Les pires, bien sûr, logent aujourd'hui dans le cœur de la littérature, où ils sont massivement infiltrés, corrompant celle-ci de leur pharisaïsme besogneux, de leur lyrisme verdâtre, de leurs bonnes intentions gangstériques et de leur scoutisme collectiviste en prolégomènes à la tyrannie qu'ils entendent exercer sur tout ce qui, d'aventure, ne consentirait pas encore à s'agenouiller devant leurs mots d'ordre, ni à partager leur credo d'hypocrites. Sous leur influence, l'écrit lui-même est devenu une prison. Ils contrôlent jour et nuit les barreaux de la taule. Ils dénoncent sur-le-champ les plus petites velléités de rébellion ou seulement d'indépendance. Ces surveillants nuisent en troupeau : ce sont les matons de Panurge."

    Philippe Muray

    (note personnelle ; Merci Rackam, c'est la photo qui beugait)

  • Trop d'économie dans la Grèce

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    La crise en Grèce s'est encore largement aggravée, à cause de mauvaises nouvelles économiques, sociales et financières venues tout droit d'Athènes. L'agence de notation financière Standard & Poor's accorde désormais le statut de « junk bond » ou « obligation pourrie » à la dette des grecs. Leur ministre des finances, Georges Papaconstantinou, a condamné ce qu'il moon.jpgappelle pudiquement le manque de clarté de ses partenaires de l'Eurogroupe. Solon d'Athènes, un de ses compatriotes de l'Antiquité l'avait pourtant déjà dit : « A tes concitoyens conseille non ce qui est le plus agréable, mais ce qui est le meilleur ». Les syndicats grecs se préparent là-bas à une grève générale très dure tout comme les jeunes dont les réactions violentes des derniers mois avaient effrayé la plupart des dirigeants européens qui craignaient une contagion. Ils sont pourtant encore nombreux à crier « L'Europe », « l'Europe » en sautant comme des cabris pour paraphraser le général De Gaulle pendant la campagne présidentielle de 1965 qui dit pendant une conférence de presse : « Alors il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en disant : l'Europe ! l'Europe ! l'Europe !... mais ça n'aboutit à rien et ça ne signifie rien. »

    On aimerait que la colère monte, mais le troupeau de cabris reste très sage, très obéissant, soumis. Étant donné que les français « sont des veaux », nous voilà bien lotis. Et pourtant on aime bien l'Europe car c'est sur ce continent que demeure une poignée de pays à autoriser encore quelques libertés publiques ce que les intégristes à pilosité développée et les autres, parfois paradoxalement -de prime abord- les bien-pensants les plus acharnés, ne supportent pas.

    La Grèce, gràce aux aides et subventions de l'Union Européenne, a pu construire des autoroutes à quatre voies comme dans n'importe quelle consumérocratie et remiser au garage les locomotives et trains achetés en Allemagne de l'Est, ou les très vieux trains de banlieue de France, qui roulaient à quinze à l'heure (l'auteur de ce texte peut témoigner qu'il y a vingt ans, on pouvait descendre du train qui faisait le trajet Patras-Athènes et marcher à côté puis remonter sans trop de problèmes) pour se payer des wagons flambants neufs sans vendeur de café ou de souvlakis (il faut dire que c'est maintenant un plat très culinairement incorrect). Ce pays a fait comme n'importe quel ménage de la classe moyenne qui veut avoir SON écran plat comme tout le monde, SON gros 4X4 comme tout le monde et le I-phone pour chacun des membres de la famille, tout les joujoux qui permettent de compenser une microcéphalie, par exemple, et il a dépensé en vivant largement au-dessus de ses moyens des années durant. Même, pendant les Jeux Olympiques et après, les grecs ont pu augmenter les prix autant que chez les voisins et se hisser ainsi au nadir du matérialisme et de la civilisation du progrès. Comme ils ont du mal à rembourser, les banques, pourtant elles-mêmes « dans le rouge » depuis bien longtemps chaque fin de mois, Périandre, un sage de Corinthe, les avait pourtant averti « un gain honteux constitue une accusation pour notre nature », agitent maintenant le petit doigt réprobateur et leur ont concocté un dossier de surendettement aux petits oignons. Les grecs n'ont pas de toutes façons de bonus à toucher pour Noèl comme n'importe quel irresponsable jouant en bourse, donc, ils remboursent tout.

    Les grecs étaient pourtant certains qu'avec l'Union Européenne ils avaient tout un chouette tas de copains qu'ils pouvaient taper à l'occasion, voire chez qui ils pourraient squatter et se dorer la pilule le temps de se refaire une sante financière. Chez les chouettes copains, ce n'est pas malheureusement la joie, celui qui est un peu psycho-rigide, l'allemand, et qui travaille beaucoup ne l'entend pas de cette oreille, il n'a pas envie de payer pour ceux qu'il considère comme un tas de fainéants du Sud, en plus ce sont tous des pédérastes, Pierre Desproges le rappelle dans une de ses chroniques : « Les grecs s'appellent aussi hélène : c'est dire à quel point ils sont pédés. Quelquefois, ils enculent même leurs chevaux et roulent des pelles aux poneys ».

    Quant aux autres, ils se disent que c'était prévisible. Si on a trouvé de l'argent en masse pour les banques c'était normal, ce sont des gens tellement sérieux et travailleurs, les « traders », dotés d'une éthique sans faille, tout le monde le sait. Tel, là encore, le philosophe Solon d'Athènes, on pourrait leur rétorquer que : « Si tu juges bon que les autres te rendent des comptes, consens à en rendre toi aussi. »

    Mais pour les grecs, il ne faut pas y penser, si encore c'était des pauvres estampillés par Télérama ou Golias, la philosophie, la naissance des sciences, des arts, la mythologie, tout ça c'est loin, non ?

    Et ils ont été turcs un bout de temps ma bonne dame, les vieilles pierres c'est bien gentil mais il faut faire de la place pour le progrès, vous comprenez.

    Dans le Sud, c'est bien connu on passe son temps à regarder le temps passer au dessus de la blancheur lumineuses des villes, en buvant du café turc ou de la bière « Amstel », en fumant le nargileh, et en jouant avec son « komboloï » (chapelet grec) comme les vieillards à la terasse des cafés, ou de la tapette, à cause des moustiques.

    Des européens qui font un peu « bougnoules » en plus, ça lui déplaît, mais il n'ose pas le dire à cause de son passé ou de la bien-pensance, ceci qu'il soit chrétien de gauche ou pas. Et comme ils le pensent au fond de lui, c'est le genre qui cherche surtout à l'arnaquer, lui qui est pourtant si pur et si naïf et qui a un peu de bon pognon à dépenser.

    Ce qu'il ne dit pas non plus, c'est qu'il y a quelques années il venait en vacances en Grèce avec ses amis, sa famille et ses rejetons cyber-autistiques, parce que ce n'était pas cher, et que n'étant pas chez lui il pouvait se conduire en gougnafier, en gros con, en plouc éthylique et adipeux, vomir tout son soûl du haut d'un ferry en Méditerranée, ou devant le stade d'Olympie, tout en regardant de haut le peuple qui l'accueillait, des européens comme lui ce qui lui faisait son Tiers Monde rien qu'à lui, sans avoir besoin d'aller voir les chtits n'enfants noirs ou les chtits n'enfants asiatiques pour pleurnicher plus tard sur la pauvreté et se trouver tellement généreux.

    A la décharge des touristes, quand on venait en Grèce avec un sac à dos, en la parcourant à pieds et en car, on était plutôt mal vu, tant que l'on ne sortait pas le portefeuille qui avait un effet, semble-t-il euphorisant sur les marchands, les cafetiers, les hôteliers, surtout autour des sites les plus fréquentés. C'était de bonne guerre, en considérant le niveau de vie de l'époque et les salaires moyens, et je versais pas de larmes sur les troupeaux de types en short beige clair, chaussettes dans les sandalettes, avec le sac « banane » bourré de liquidités pendant assez lamentablement devant leur ventre pourtant déjà rebondi ; avec leurs matrones en robes d'été à fleurs rappelant instantanément les motifs de papier peint des années 70.

    Derrière la crise grecque il semble s'en dessiner une autre au Portugal, et juste derrière le Portugal, les suivants sur la liste des créanciers sont les français qui eux aussi usent et abusent du credit « revolving » de l'Union Européenne depuis belle lurette.

    Amaury Watremez

  • Comprendre le festivisme, relire Philippe Muray

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    HOMO FESTIVUS, texte de Philippe Muray

    amiens_1.jpg"C’est une allégorie, un mannequin théorique. Il est l’ombre conceptuelle portée par les masses festives mises en jeu dans On ferme.

    C’est l’homme de la fin de l’Histoire, qui ne nie plus rien hormis la fin de l’Histoire. Cette contradiction se retrouve exprimée, en tout ou partie, chez certains personnages d’On ferme. L’homme qui ne nie plus n’a plus d’avenir. Il n’est plus le temps historique (Hegel). Homo festivus est pleinement satisfait par le nouveau monde homogène, mais, pour se donner l’illusion d’avoir encore un avenir, l’instinct de conservation lui souffle de garder auprès de lui un ennemi, un opposant absolu qui, parce qu’il s’oppose à lui absolument, lui permet de se croire lui-même vivant. Cet opposant (en France le Front national, Le Pen ; plus généralement le néo-fascisme, le racisme, etc.), c’est lui qui empêche Homo festivus de n’être plus que pure animalité en accord avec le donné.

    Tant qu’il n’y avait pas identité entre monde et homme, il y avait Histoire. L’identité d’Homo festivus et du monde hyperfestif révèle la fin de l’Histoire. Cette identité supprime le désir qui avait fait l’Histoire. Cette fin n’est le nouveau commencement de rien. Les négateurs de la fin de l’Histoire sont ceux qui ont aussi le plus fait pour qu’elle s’arrête, en combattant la négation qui est la possibilité de sa perpétuation. L’individu qui clame que l’Histoire n’est pas finie tout en luttant contre les résidus de barbarie qui la faisaient exister est un personnage comique de notre temps.

    Après la fin finale du conflit maître-esclave, plus loin que la réalisation de la reconnaissance mutuelle, dans la situation d’égalité absolue de la fin de l’Histoire, l’Histoire continue sous forme de farce avec le pathos de la lutte pour la reconnaissance. La fiction de la lutte pour la reconnaissance est maintenue. Elle produit une sorte de néo-chant épique dérisoire.

    Le post-humain est quelqu’un qui se croit libéré des dettes que ses ancêtres pouvaient avoir envers le passé et qui file sur ses rollers à travers un réel dont la réalité ressemble à du carton-pâte (parc d’abstractions). Il est désinhibé à mort, il fait la fête, mais il ne rit pas parce qu’il est plus ou moins retombé en enfance et que le rire suppose un fond d’incertitude dont l’enfant a horreur."

     

  • Quelques mythes éculés

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    medium_voltaire_et_fr%C3%A9d%C3%A9ric_II.jpgTriste époque, les révolutionnaires défendent les retraites des fonctionnaires et l'utilisation des tickets restaurant pour faire les courses voire ose porter aux nues un dictateur de la pire espèce, et vont devant la justice bourgeoise pour se plaindre d'un ongle cassé comme un certain facteur. Comme tout n'est pas noir et blanc bien sûr, c'est évidemment très honorable de défendre les petits retraités contre les gros, les petites gens, une minorité, qui fait ses courses grâce aux tickets restaurant. Mais le plus souvent, le tout est en trompe l'œil et ce sont les plus favorisés qui conservent leurs privilèges. Et parfois les dictateurs ont un système de santé ou d'éducation généreux, mais à quel prix ! La privation de toute liberté et l'obligation d'écouter le tyranneau débiter des délires sans fond auquel il faudra bien agréer. On nous parle du 14 Juillet, qui libéra 5 prisonnier d'une forteresse tenue par 21 soldats armés de pétoires hors d'âge ! Un pédophile, entre autres. On nous rebat les oreilles avec la libération de la Révolution qui fit des petits paysans des prolétaires tenus au silence en face des bourgeois et des entrepreneurs par la loi Le Chapelier. Et la Vendée dite « vengée » n'est même pas dans les manuels d'histoire alors que c'est sûrement le premier génocide organisé de manière rationnelle et selon un plan strict par les autorités d'un pays, à peine parle-t-on de quelques dérives...

    Quand un croyant parle de sa foi, et qu'il ne le fait pas en tiède, en prenant des gants de soie : « attention, hein, je crois en Dieu mais pas aux dogmes » ou bien « je suis catholique mais je ne suis pas toujours d'accord avec le Pape » ou encore « je suis catho mais je fais la fête » et j'en passe. Le catho qui prend des gants comme cela, croyant plaire ainsi, est un lâche. Et puis il passera pour un crédule, un naïf, un con face à des camarades beaucoup plus sérieux qui ne croient plus au Père Noèl mais en deux trois hommes providentiels et une ou deux théories à la con censées apporter le bonheur sur terre, après bien sûr un temps de latence.

    On lui oppose Voltaire, que l'on a souvent peu lu, et duquel on n'a retenu que peu de choses excepté le fameux « Écrasons l'infâme » qui est toujours et encore le catholicisme qui est de toutes façons perçu comme un intégrisme pire que tout autre intégrisme. On parle de l'affaire Calas ou du Chevalier de la Barre sans trop en connaître tous les tenants et les aboutissants, l'on finit souvent par comparer les représentants de l'Église au nazisme, et la discussion est donc par nature impossible. Voltaire a un style magnifique, c'est un auteur remarquable mais parfois il pousse le bouchon un peu loin. Et finir parasite mondain logé, nourri à l'œil par un vrai tyran quant à lui, Frédéric II de Prusse, voilà qui est soudain moins glorieux.

  • Closed zone - en pensant à Gaza

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    La terre a encore effectué une révolution autour du soleil, c'est sans doute très important (l'esclave volontaire se défoule sans contraintes d'une année d'humiliations et de brimades nécessaires -selon lui- pour qu'il puisse continuer à consommer) mais il y a d'autres commémorations possibles. Quand on parle de l'offensive israélienne à Gaza, certains parlent de guerre comme si le combat était égal. Certes, rien ne justifie les roquettes lancées contre Israël, mais rien ne justifiait non plus cette offensive coûteuse en vies humaines.

    Cela fait bientôt quatre ans que ce blog existe, et qu'il ne laisse pas indifférent visiblement. Soyez remerciés de votre fidélité.

  • Conte de Noël – L'homme providentiel et la Crèche

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    creche-01.jpgUn couple marche dans le désert, une femme et son bébé sur un âne, et un homme à ses côtés. La femme est encore jeune, l'homme est déjà mûr. Il fait nuit, il regarde le ciel clair de temps en temps comme pour se repérer. Quand soudain, on entend un grondement, un 4X4 noir tout en chromes et en drapeaux colorés surgit de nulle part suivis de deux autres véhicules aussi gros, aux vitres fumées; En sort un homme en uniforme kaki, sans décorations, il a un cigare à la main, il sourit, on reconnaît Alejandro Morales, leader progressiste. Les journalistes ne sont pas loin, ils le filment s'approchant du couple.

    Alejandro : « Bonjour, comment vous appelez-vous ? »

    Homme : « Joseph, et voici ma femme Marie, et avec elle notre fils, Jésus »

    Alejandro : « Ah ? Tiens, vous êtes d'origine portugaise, comme moi ? »

    (Tout en parlant, il sourit à la caméra)

    Joseph : « Ah, non, nous sommes venus pour les fêtes à Bethléem, nous nous dépêchons car il paraît qu'il n'y a plus de places ».

    Alejandro : « Celui qui soutient l'impérialisme économique et politique odieux des romains, Hérode, j'en fais mon affaire de ce pantin si tu veux ? Il paraît qu'il veut massacrer les nouveaux nés cet enfant de putain »

    Joseph : « Merci beaucoup, mais ce ne sera pas nécessaire, vous savez »

    Un hélicoptère se pose avec fracas, l'âne a peur et se met à braire, les flashes crépitent.

    Alejandro : « Si tu veux, je t'accompagne toi et ta petite femme »

    Le couple refuse, il propose à Alejandro de se donner rendez-vous à Bethléem. C'est là qu'il le retrouve, on l'entend de loin, on le voit de loin avec les crépitements des appareils photos. Marie est fatiguée, elle est allongée, Joseph s'occupe d'elle. Alejandro lui pose la main sur l'épaule et lui dit, en prenant bien soin d'articuler pour que tout le monde entende :

    « Ton fils, je lui offre d'aller chez moi pour étudier, je lui offre une bourse et à vous je vous donne une maison ».

    Ce disant, il pousse discrètement mais fermement Joseph hors du champ des photographes.

    Joseph et Marie refusent, ils devront peut-être partir en Égypte comme viennent de leur dire des savants et des mages qui sont venus en visite, suivre l'étoile.

    Alejandro leur dit :

    « Mais, enfin, vous êtes complètement stupides, je vous offre le bonheur, vous êtes encore esclaves, c'est bien ce qu'on m'avait dit, je m'en vais. Vous êtes vraiment un troupeau de types crédules et sans cervelle ».

    Quand il fut parti, Joseph prit la main de Marie et lui dit : « Ne t'inquiète pas ». Marie sourit en regardant l'enfant : « Mais je ne m'inquiète pas, ce n'était qu'un court instant de tapage ».

  • Blessé et caustique

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    socrate_3.jpgUn dingue a écrit un jour : « Connais toi toi-même », un certain Socrate qui n'a jamais rien écrit mais dont un de ses disciples notait toutes les paroles, Platon. Je dis un dingue parce que la lucidité envers sa propre personne entraine aussi la lucidité sur les autres, et un désamour envers soi et le reste de l'humanité. Car à bien y regarder, ce qui domine chez l'homme quand on le laisse agir selon ses penchants, ce n'est pas le Bien ni même un bien, ce sont ses pulsions qu'il suit, ses bas instincts, son avidité, sa haine de ce qui est différent de lui, son orgueil. Quand on est lucide, on a du mal à se regarder dans un miroir car on se voit tel que l'on est. Les personnes lucides sont aussi de grands blessés de la vie, plus ou moins pitoyables aux yeux du monde qui ne les aime pas car les sachant capables de discernement sur les mensonges, les prétentions, l'orgueil, l'avidité, la méchanceté. Un grand blessé est également quelqu'un qui était finalement gentil, aimant, au départ, trop gentil et pas assez protégé, étant donné que les personnes gentilles sont toujours considérées comme simplettes et exploitables pour leur naïveté ou ce que l'on suppose être leur candeur. La société tolère bien pourtant la gentillesse un peu mièvre et simplette, frelatée, elle n'aime pas ceux qui ont tout simplement du coeur, voire un tout petit peu de coeur.

    Moi, je n'aime pas être caustique, pas du tout. J'aimerais bien parfois ne rien discerner, ne rien voir, ne rien entendre, ne constater que ce qui va bien, et ne pas voir le mal, y compris chez moi. Longtemps j'étais certain de me tromper et pourtant la plupart du temps, les évènements finissaient par me donner raison, à être même pires que ce que je supposais. C'est alors un peu comme un cauchemar. Et pourtant, j'aime les autres et la vie, je n'ai aucune envie de me terrer dans un trou de souris (enfin, dans mon cas, une tanière d'ours) pour éviter les rencontres et donc éviter de souffrir à tout prix. Il y a longtemps déjà, une petite soeur bénédictine m'avait engueulé, fraternellement, sur ma causticité, après que j'eus encore lâché un bon mot. J'y pense encore à chaque fois, je voudrais ne rien dire, mais j'ai ce besoin de me protéger malgré tout car je sais que l'autre ne se gênera pas pour en profiter. Et quand quelque chose me révolte, je ne peux que l'exprimer surtout si j'estime ma colère motivée.

    Un chrétien devrait-il se laisser faire ? Encaisser sans rien dire ?

  • Pop-philosophie autour du "Docteur House"

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    hugh-laurie-dr-house.jpgJ’ai une tendance très nette à la compulsion, quand j’aime bien quelque chose, il me faut tout consommer autour de ce « quelque chose » : Erik Satie, Thelonious Monk, Philip K. Dick et le docteur House qui est sûrement une compulsion égocentrée puisqu’il paraît, qu’excepté la canne, je suis l’incarnation parfaite, dans un autre genre, du bon docteur. Je me suis donc laissé avoir par le marketing autour du personnage et ai acheté un livre de « pop philosophie » prenant la série comme base, « Dr House, les secrets d'un antihéros », d’Henry Jacoby. Contre toute attente, l’ouvrage est très intéressant, décrivant des situations types glanées dans chaque épisode et conduisant à évoquer Socrate, Nietzsche voire des auteurs orientaux, là j’aurais tendance à être plus sceptique et moins enclin à suivre. Quand un des auteurs dirigés par Henry Jacoby évoque le taoïsme ou le bouddhisme, genre côtching lénifiant à la Mathieu Ricard, j’ai du mal à réprimer une envie de bailler. Au fond le docteur House est réputé cynique (il l’est au sens philosophique), associal, arrogant, mais il ne l’est pas tant que ça, il est surtout préoccupé par la recherche de la vérité, comme Socrate, et celle d’un être humain authentique, comme Diogène avec lequel il partage quelques attitudes communes à la différence que House n’ira pas jusqu’à déféquer en public, et son but ultime est le bien de ses malades et de son entourage. Et quand il ment c’est souvent pour protéger les autres : une mère et son fils, des parents éplorés, une jeune fille en détresse, Wilson son docteur Watson. Je trouve personnellement que ce qui est le plus passionnant dans la série est justement l’insistance des auteurs quant à la recherche de la vérité, par House et son équipe, qui prime sur tout le reste. A notre époque d’apparences, de statuts frelatés, de faux-semblants, d’actualités qui fonctionnent uniquement sur le spectaculaire, de mensonges de toutes sortes que tout le monde entretient, c’est assez original et extrêmement sympathique à mes yeux. La vérité, et la Vérité, ne sont pas aux yeux de nos contemporains des questions intéressantes, ils sont souvent contradictoires sur le sujet affirmant que la Vérité n’existe pas, ce qui fait que le Bien et le Mal non plus par conséquent, et se laissant aller de temps à autres à l’humanitarisme vague qui a remplacé sous nos cieux et à notre époque toute autre réflexion un tant soit peu pertinente.

    De plus il est doté de cette qualité très anglaise que j’aime beaucoup qui est l’« understatement », la faculté de ne surtout pas se prendre au sérieux, de sombrer dans une gravité de pacotille qui est, rappelons le, « le bonheur des imbéciles » selon Nitche à moins que ce ne soit Stivi Boulay.

  • Séries télé et philo

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    dr-house.jpgJe viens de lire en moins d'une journée et un peu moins d'une nuit "Philosophie en séries", excellent livre qui devrait être obligatoire dans les IUFM pour les profs de philosophie mais pas seulement car du point de vue pédagogique et didactique c'est tout bonnement génial. Il montre que l'on peut philosopher, raisonner et penser à partir de la sous-culture télévisuelle, ce ne sont pas toujours des chefs d'oeuvre, et que c'est finalement un autre moyen de ramener les élèves, ou toute personne un peu curieuse, vers la littérature. A chaque série l'auteur analyse les concepts qui lui semblent sous-tendre les épisodes, ainsi que l'étude brève des références vers lesquelles conduit sa réflexion : "24 heures" et la notion de devoir, la recherche du bonheur a-t-elle un prix ?, "Alias" et l'identité, les miroirs de l'âme, "Docteur House" et l'apprentissage de la vérité par la méthode socratique, l'expérimentation rationnelle et l'intuition, House trouvant la plupart du temps la solution sur une impression totalement irrationnelle, l'importance d'être vrai quant à l'appréciation que l'on a de soi-même, "Desperate Housewives" et l'apparence, le conformisme social, l'optimisme et le pessimisme ou la lucidité, avec "Dexter" il parle de la notion de justice, celle-ci justifie-t-elle tous les moyens, il traite de la mort et des fins dernières en analysant "Six Feet under", la réification des corps dans "Nip/Tuck", la dictature du paraître l'importance de l'authenticité, avec "Lost" il s'intéresse à l'état de nature, à la fragilité des sociétés humaines dans lesquelles la sociabilité ne semble pas couler de source, la différence entre l'être social et l'être réel dans les "Soprano", la philosophie de l'histoire avec "Rome" et la liberté ainsi que l'individualisme gràce à "Prison Break", la soumission.

    J'ai particulièrement apprécié les analyses d'"House", de "Lost" et de "Nip.Tuck".

    527361959_01cfb2ce17.jpgRegarder la télévision devient avec ce livre un acte intelligent. Cela, les amateurs de culture bis et populaire le savaient déjà. On se plaint que le niveau baisse, il baisse effectivement dangereusement à cause de la télé-poubelle et voyeuriste, il peut remonter très vite gràce aux oeuvres de fiction, fiction qui est donc toujours autant indispensable. Si l'imaginaire disparaissait ou s'appauvrissait de trop, nous serions en danger, nous le sommes déjà. On s'en aperçoit déjà avec la rentrée littéraire, beaucoup d'ouvrages voudraient bien livrer leur analyse fine, si possible, et bien sûr, a priori intelligente, de notre société, mais la plupart du temps, ils le font en chaussant de gros sabots, tandis que la fiction, le romanesque, le rocambolesque permet de le faire de façon beaucoup plus digeste. Tel roman centré sur le nombril d'un auteur ou de SA communauté pourrait souvent se résumer d'une phrase : "la racisme c'est pas bien, le multiculturalisme c'est bô", Marie n'Diaye par exemple, "les femmes elles sont gentilles", tous les bouquins de Christine Angot, "Philippe Sollers est un grand penseur et les gens qu'il aime bien sont gentils", les derniers livres de ce dernier...etc

    En photo, mon docteur de fiction favori et une ménagère respectable prête à tout pour que sa vie continue de ressembler à une "publicité pour détergents".