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  • Paris contre le reste de la France

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    politique, présidentielles 2017, société, paysannerie, Paris, Amaury WatremezAussi sur Agoravox

     

    Plutôt que de m'attarder sur les « affaires » politco-judiciaires, en ce moment c'est une par jour, j'ai préféré m'intéresser aux discours des candidats à la Présidentielle. Après tout, parmi nos grands personnages historiques, certains ayant sauvé le pays, il en est beaucoup qui se sont aussi enrichis dans le même temps, qui n'étaient pas des saints. Bien sûr, cela devient problématique lorsque le politique se réclamant de valeurs morales ne se les applique pas à lui-même avant toute chose.

     

    Écoutant attentivement les grandes déclarations d'intentions j'ai cependant vite déchanté de par la brosse à reluire le bon peuple bien démagogique le caressant dans tous les sens du poil...

     

    J'ai par exemple remarqué que les onze candidats partageaient un élément de langage commun qui revient dans tous leurs discours prononcés en province qui est d'opposer Paris, peuplée comme chacun sait de bobos prétentieux, et les régions. Tous les prétendants à la magistrature suprême nous font le coup. Ils évoquent qui « ces messieurs de Paris » qui décident sans consulter les autres français, ils vantent l'authenticité et la vérité qui seraient l'apanage des provinciaux, ils flattent ceux-ci dans une perception qui sort tout droit du « cerveau » d'un « créatif » de pub pour bouffe « bio » ou dite « bio ».

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  • Le Paris des déglingués

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    politique, SDF, société, paris, invisibles, pauvreté, hypocrisie, amaury watremez

    Sur Agoravox aussi

     

    S'il y a le Paris « bobo » et festiviste, le Paris-musée des touristes, celui des nantis, des très riches, il existe également le Paris des déglingués, une ville tentaculaire et « souterraine ». Ce sont des « invisibles » ou presque, des naufragés de l'existence, personne ou presque ne veut les voir. Ils n'intéressent pas grand-monde. Ce ne sont pas seulement des pauvres gens, ce ne sont pas seulement les « invisibles », les sans-abri, les clochards. Ils leur arrivent de manger à leur faim et d'être déglingué, cassé. Car parfois ils ont juste perdu l'esprit, l'aliénation a pris le dessus sur tout le reste. Ils sombrent, ils le savent, mais ils sombrent.

     

    Ils aimeraient bien que quelqu'un s'arrête et les écoute, prenne le temps de leur accorder un peu d'attention mais malheureusement ils ne savent plus comment l'on s'y prend pour discuter avec un autre être humain. Ils ont oublié. La lubie qui les obsède, leurs compulsions reviennent vite à l'assaut lors de leurs moments de lucidité sur eux-mêmes. Et celle-ci les rend tristes alors ils l'évitent le plus posssible.

     

    Je ne sais pas si ailleurs en France il y en a plus ou moins, si ce Paris des êtres abîmés est un privilège de la capitale, il n'y a hélas pas de statistiques. Je le pense car dans la « ville-Lumière », l'éclat des lampadaires est finalement le meilleur moyen de se cacher des ragots des « braves » gens, de leurs jugements péremptoires, de leurs commérages, de leur indifférence plus ou moins bienveillante envers les pauvres gens. Dans Paris, la personne seule ou abandonnée est plus anonyme. Elle a moins à subir les regards réprobateurs des passants, les réflexions moralisatrices des bonnes dames et des personnes honorables ou croyant l'être.

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  • Piéton de Paris

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    à propos de « Le piéton de Paris suivi de D'après Paris » de Léon-Paul Fargue chez « l'Imaginaire » aux éditions Gallimard

     

    paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezIl y a des livres dont on sait à en parcourir seulement quelques lignes chez son dealer habituel qu'ils seront essentiels pour vous, ainsi « le Piéton de Paris » de Léon-Paul Fargue. Paris est maintenant une ville muséifiée pour touristes et parvenus, et leurs « héritiers », une ville « gentryfiée » dans la plupart des anciens quartiers populaires. Les endroits véritablement authentiques, loin du ripolinage que l'on trouve partout ailleurs, sont de plus en plus rares. Mais ils existent encore, je ne les donnerai pas ici, il faut qu'ils demeurent secrets.

     

    Il convient que vous les cherchiez, et découvriez ensuite, par vous-mêmes.

     

    paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezJ'ai une passion presque amoureuse pour Paris où je suis né, j'adore en arpenter les rues. Et je déteste viscéralement les clichés perpétués depuis des décennies sur cette ville entre « chromos » pénibles à la Doisneau et mythes autour de « témoins » à la Michel Audiard ou à la Antoine Blondin. On exalte le soiffard ayant le sens de la formule argotique en oubliant combien il devait être pénible dans la vraie vie, en particulier avec les femmes. On est fasciné par les « mauvais garçons » que certains d'entre eux étaient pour jouer les affranchis par procuration tout en restant bien sages par ailleurs.

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  • Évacuation efficace d'intégristes à Paris

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    politique, société, religions, christianisme, gallicanisme, société, france, sainte rita, paris, amaury watremez

    Cet article est sur Causeur

     

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    L'église sainte Rita est bien connue dans le XVème. Elle abritait des chrétiens gallicans,plus ou moins proches des milieux catholiques traditionalistes, et était connue pour ses enterrements et son cimetière d'animaux de compagnie.

     

    L'« association des chapelles catholiques et apostoliques » gérant le lieu l'a vendu à un promoteur immobilier, Garibaldi, en vue d'une opération sans doute juteuse. Ce ne serait pas la première fois à Paris on le sait. Elle a été évacuée ce mercredi matin à la demande de l'association d'une cinquantaine de protestataires présents depuis 6h30 du matin dont le prêtre en habits sacerdotaux trainé à terre sans plus de ménagements. On voit sur la vidéo les égards des forces de l'ordre envers les personnes présentes...

     

    La préfecture de police de Paris a pourtant pudiquement évoqué sans rire une opération sans incidents majeurs....

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  • Ce qui reste du Paris populaire

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    Littérature, société, paris, politique, hypocrisieJe préférerai toujours le Paris populaire, le Paris des petites gens, des « salauds de pauvres » de « Traversée de Paris » de Marcel Aymé, le Paris de Robert Giraud ou Jean-Paul Clébert, des déclassés voire des fous aimables et philosophes que l'on peut, que l'on pouvait croiser parfois dans la rue. C'était le Paris « Pantruche » cette ville où l'on dise son fait aux bourgeois, sa fatuité aux salonnards prétentieux, sa prétention imbécile à l'esthète amateur d'« académies » de nus...

     

    Ce Paris n'est pas encore ripoliné, il est exempt de retraitées botoxées avec le clébard minuscule trottinant derrière elles. Ce n'est pas un Paris repeint aux couleurs d'un festivisme ressemblant à une pub « Benneton » bien mièvre et toute en pastels des années 80.

     

    Il est parfois réputé plus dangereux le soir, on y fume, on y boit, et on y fait du bruit en riant et en parlant dérangeant le « vivrensemble » tellement chanté sur tous les tons par la mairie actuelle et la précédente alors qu'il a disparu puisque les milieux ne se mélangent plus dans les bistros.

     

    C'est le Paris de mon grand-père qui aimait tant le jus de la rue qu'il n'a eu de cesser d'arpenter....

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  • Des milliers de Frédéric Moreau dans les rues

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    Les manifs lycéennes et étudiantes hier aujourd'hui et demain...

     

    maxresdefault-630x0.jpgMoi qui ne suis pas du sérail, moi qui déteste « l'entre soi » des « professionnels de la profession », des adeptes des cercles fermés, moi qui ne suis qu'un petit bourgeois hédoniste et réactionnaire « s'aimant » je prends un risque -mineur- en rédigeant ce billet bien innocent mais taquin :

     

    Celui de me faire injurier par les révoltés progressistes de progrès avec « brioche » conséquente de notable centriste autour de leur ceinture abdominale, tous promoteurs et laudateurs des manifs lycéennes et étudiantes. Sauf pour leur progéniture qui doit absolument réussir en « prépa » pour tenir son rang.

     


    En effet, je contredis encore, non sans délectation, l'image qu'ils aimeraient renvoyer, ceux de rebelles rimbaldiens échevelés alors que la calvitie les menace, s'imaginant guides politiques et spirituels du peuple qui n'en demande pas tant. Peuple souvent ingrat il est vrai ne suivant pas toujours leurs sages préceptes, les « salauds de pauvres » devenant alors des ploucs franchouillards imbuvables. Surtout quand ils ne votent pas comme on leur intime de le faire....

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  • Souvenir pieux pour une parisienne

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    Au moins Johnny ne lui en donnera plus de la Série Noire... 


    Magali Noël "Fais-moi mal" de vian par chantalounette

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  • Aux buffets des gares

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    A propos de « La nostalgie des buffets de gare » de Benoît Duteurtre chez Payot, collection « Manuels »

     

    littérature, société, nostalgie, paris, gares, benoit duteurtre, amaury watremezCe livre m’a rappelé des après-midi et des soirées entières passées avec toi qui te reconnaîtras sûrement au buffet de la Gare Saint Lazare, devant ses fenêtres en demi-lunes « art déco », ses décorations « nouilles » « début de siècle ». Je parlais, parlais, parlais comme le font tous les timides, il faut me pardonner, j’adorais te faire rire. Cela illuminait ton regard gris-clair, tes yeux « mauves » ainsi que l’on disait il y a longtemps. Nous nous prenions pour des personnages de film, nous rêvions de « virée tzigane », prendre le train de nuit pour n’importe où, fuir en direction d'une possibilité de « Sud », le nôtre bien sûr.

     

    Le train était encore une promesse de véritable « ailleurs », de retrouver au bout du voyage autre chose que les mêmes « non-lieux » si modernes et normés tous de la même manière, la décoration la plus indispensable y devenant la prise pour brancher sa babiole numérique, le souci le plus grave étant de savoir s’il y a ou non la « ouifie »…

     

    Au buffet du Buffet, si j’ose dire, l’on trouvait de tout, il y avait le « cloche » racontant pour la énième fois son histoire au garçon de salle en réclamant un sandwich au jambon sans beurre « passe que c’est moins cher » ainsi qu’il affirmait avec un clin d’œil. Il y avait le tourniquet à œufs durs sur le « zinc », les petites boîtes de « cacahouètes » dans les distributeurs à « cent balles » que personne ne se risquait à acheter. Et de temps en temps une vieille dame perdue avec son mari à une table en formica, tels des croquis de Dubout. Nous aimions observer ces petits gestes de tendresse qu’ont les vieux couples, fugaces et émouvants, quand tremblant un peu et rosissant comme des écoliers ils se prenaient un instant la main au-dessus de leurs consommations....

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  • Piéton dans le Paris littéraire et historique

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    À propos de « l'Invention de Paris - il n'y a pas de pas perdus » de Eric Hazan en « Points Seuil »

     

    histoire, Paris, société, péquenots, nostalgie, littérature, eric hazan, amaury watremezOn dit d'un trésor qui est découvert qu'on « l'invente », Paris est « inventée » et « réinventée » chaque jour par celles et ceux qui aiment cette ville. Eric Hazan, éditeur curieux, écrivain, dans ce livre dense et extrêmement documenté, et agrémenté de citations de tous les écrivains ou presque ayant écrit sur la ville, se promène dans ce Paris littéraire et réel sans cesse « réinventé » au sens de redécouverte d'un trésor. Ce trésor est toujours là malgré les centaines de mètres carrés des immeubles plus ou moins abandonnés des « beaux » quartiers, de la « façadisation » odieuse (« maquiller » un bâtiment en ripolinant l'extérieur), de la « bobolisation » de nombreux endroits, malgré les putes de luxe et autres gigolos de salon....

     

    Il suffit de vouloir regarder dans la bonne direction, d'accepter de se perdre dans des rues encore préservées, il y en a encore, d'accepter d'oublier son ressentiment contre les « bourgeois pédagogues » transformant progressivement Pantruche en conservatoire à la fois social et culturel, en musée à ciel ouvert. Et bien sûr, ceux qui ne vont à Paris que pour baver à la fois d'envie et de rancœur, un peu comme ces Tartuffes l’œil rivé sur les trous de serrure des chambres des couples tout en ne perdant pas une miette de leurs ébats supposés ou réels tout en les qualifiant de pécheurs, les anathématisant et les jalousant maladivement dans le même temps, ne me comprendront pas.

     

    Cet ouvrage a pourtant failli faire partie de mes « pages 61 » : effectivement curieusement quand un bouquin me tombe des mains je l'abandonne toujours à la page 61. Il faut s'accrocher un peu afin de « rentrer » dedans du fait de la multiplication des notes de bas de pages ce qui en rend parfois la lecture un peu malséante. Et puis Paris, mon Paris, était bien loin quand je l'ai commencé, et je ne voulais pas éprouver le chagrin d'avoir perdu cette ville. Cela n'aurait pas servi à grand-chose. Ce livre me tombait des mains non pas par trop d'éloignement mais car il m'était trop proche, je suis aussi un de ces piétons de Paris en ayant arpenté les artères inlassablement...

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  • Loger les copains en Île de France

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    Quand « le Monde » redécouvre l’eau tiède…

     

    logements, paris, société, amaury watremez, hypocrisie, le monde, edwy plenelJe n'en reviens toujours pas...

     

    Il y a deux jours dans « le Monde », « le poids des mots le choc des paupières » selon la formule desprogienne, un journaliste tout en candeur journalistique rapporte l’opinion de la Cour des Comptes s’émeuvant des conditions d’attribution des logements en Île de France, et particulièrement à Paris. En lisant cela, mon sang n'a fait qu'un tour, qu'ouïs-je ?

     

    Que lisais-je ?

     

    Du népotisme, du clientélisme, du copinage sous notre belle République ?

     

    Dans quel état errais-je ? C'est strictement impossible...

     

     

    Hagard et terrifié par cette découverte, interloqué, j'ai erré dans les rues éclairées seulement par la lune et je suis resté sans voix à peu près un quart de seconde....

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  • Excursion sur les marges de Paris

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    Littérature, Paris, société, Amaury WatremezÀ propos de « Zones » de Jean Rolin en « Folio »

     

    Ce petit livre est un journal de voyages en quelque sorte de Jean Rolin à travers des endroits de Paris pas encore muséifiés ou bobolisés, un Paris insolite très loin de la « ville-monde » de Madame Hidalgo, pour le touriste américain, ou pour les badauds de Paris qui sont tous comme le rappelait Verlaine, des « péquenots », tout comme le « bobo » est généralement un paysan parvenu qui singe ce qu'il estime être les manières parisiennes car il en a les moyens financiers.

     

    L'auteur raconte donc sa traversée de ces « zones » humaines, ses rencontres cosmopolites, pathétiques avec des piétons parisiens, des égarés, des pauvres fous en rade comme cette dame énorme qui lui raconte toute sa vie pour deux verres de « Côte », des clochards, des jeunes de banlieue, des couples insolites et, ou mal assortis, à un point excentrique, ou une « diversité » face auxquels il n'a aucun angélisme, ce qui est appréciable. Il note en passant, assistant à des rixes, à des « incidents », combien le discours larmoyant, ou en excuses, revient le plus souvent au même, « a contrario » de celui que l'on prête à la droite...

     

    S'il ne verse pas dans un angélisme de mauvais aloi, il est par contre sans cesse bienveillant avec les personnes croisées, qu'il décrit et observe sans les moquer, ni leur faire la morale comme en ont l'habitude les bourgeois pédagogues. Ce sont beaucoup de « petites » gens qu'il évoque. En le lisant le lecteur mal avisé pourrait croire qu'il est proche de l'école « anodine » de Philippe Delerm, qui est également le créateur de l'école des « écrivains en pull raszip », consistant à monter en épingle des micro-évènements qui ne font pas de la littérature même si « la première gorgée de bière » était loin d'être un livre antipathique.

    Littérature, Paris, société, Amaury Watremez

    Ici, il faut considérer l'ensemble, ce sont tous ces portraits, toutes ces petites notations d'atmosphères, ces dialogues reconstitués, ces ambiances qui font un seul portrait, celui du Paris authentique loin des ouvrages érudits ou des clichés hollywoodiens, un Paris au visage goguenard face aux prétentions des puissants et des riches, où les milieux se mélangeaient dans les bistrots où l'on ne se souciait pas de manger cinq fruits et légumes, ou de ne pas trop boire, ou de boire « bio », ou de faire de ces « compétitions » œnologiques que les « bourgeois pédagogues » affectionnent, on y fraternisait entre classes, entre milieux et tant pis pour ceux qui ne voulaient pas. Les « bobos » sont bel et bien un de ces « bourgeois pédagogues » car ils ne supportent que « l'entre-soi » eux aussi...

     

    Il ne se contente pas d'explorer la lisière sociale et les « marges » humaines, Il voyage littéralement sur celles de la Ville ne se rapprochant que progressivement des quartiers plus réputés et plus connus, finissant vers Montmartre, avant son « amélipoulinisation », le « café des deux moulins » était encore un endroit supportable, avant que d'être ripoliné par les bons sentiments du film de Jean-Pierre Jeunet, à l'époque.

     

     

    Il m’apparaît d'ailleurs que hélas, s'il n'a pas complètement disparu, ce Paris n'existe quasiment plus peu ou prou, le livre datant de 1994, la muséification et les métastases bobolisantes ont fait leur œuvre, ainsi Belleville est-elle devenue un quartier bourgeois pour CSP++ aisées et libérées. Ce Paris est le mien, j'y suis chez moi. Des chapitres entiers de ce livre m'ont renvoyé à mon enfance -heureuse- dans le « 9-3- » au Raincy, à Gagny. Il m'a remis en mémoire ces images de la banlieue proche : Chelles, Villemonble, Vaires sur Marne, il m'a rappelé ces petits matins où il y a quelque chose d'incomparable pour qui veut bien le sentir dans l'air de Paris. Il n'y a que les cœurs insensibles, ou formatés par ces bons sentiments rappelés plus haut, qui ne comprennent pas que ces lieux recèlent en eux une incomparable poésie qui n'est pas bien cachée bien loin.

     

    couverture prise ici

     

    Dessin de l'auteur de ce texte

  • Le « jus de la rue » parisienne

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    société, littérature, paris, amaury watremez

    image de "la petite ceinture" prise sur "Paris côté jardins"

     

    Pour voyager moins cher que le Tégévé et revenir vers les lieux que l'on chérit, il y la littérature. En parcourant des poèmes de Jacques Roubaud, Jacques Réda et Roger Caillois sur des lieux insolites de cet arrondissement un peu méprisé de Paris qu'est le XVème (les immeubles en « trompe-l’œil » de la Croix-Nivert, les anciens « bains douches » devenus cinéma etc...), aucun personnage célèbre n'y a laissé vraiment une trace durables, il n'y a pas de monuments notables invoquant une gloire passée, les milieux sociaux y sont mélangés, et il est juste à la lisière de la banlieue, où habitent les « classes dangereuses », en lisant ces vers m'est donc apparu le visage de mon grand-père maternel, piéton infatigable de Paris, parisien passionné de sa ville qu'il connaissait par cœur au sens propre comme au sens figuré.

     

    C'était un grand monsieur très mince, à la silhouette élégante et un peu « tatiesque », extrêmement pudique. Il m'emmenait quand je venais le voir lui et ma grand-mère faire les courses et le tour des commerçants du quartier, pas toujours scrupuleux avec ce client parfois distrait. Il n'osait pas souvent discuter, par timidité. Mais un jour que je lui parlais de mon plaisir à aller avec lui dans des petites boutiques qui dans le XVème avaient encore cette pâte et cette identité indéniablement parisienne un peu perdues depuis, des petites lumières dans les yeux il m'évoqua ce qu'il appelait le « jus de la rue », idée qui n'est pas à la mode, qui n'est pas dans l'air du temps où il est de bon ton de vanter les mérites d'une pseudo authenticité provinciale et rurale qui serait plus saine, plus z-ôthentique, bref des clichés sortis de la tête d'un créatif de pub...

     

    Et j'ai toujours pensé que ces lieux communs qu'égrènent « bobos » et autres parasites intellectuels sont finalement des réminiscences pétainistes qui rappellent les discours sur la « Révolution Nationale » ou « Goupi Mains-Rouges », sur la ville corruptrice, tentatrice, pleine de fainéants, de prétentieux, de pseudo-artistes et écrivains beaucoup moins simples, beaucoup plus compliqués, que les braves gens de la campagne dont l'âme est pure comme la rosée du matin, c'est de notoriété publique. Il suffit de lire Maupassant ou Marcel Aymé pour comprendre que la nature humaine y est la même qu'ailleurs...

     

    Le jus de la rue m'expliqua mon grand-père c'est le bruit de la ville, des passants, des voitures, les cahots des trains au loin, les travailleurs qui s'apostrophent d'un trottoir à l'autre, qui s'engueulent sans aménité, les parfums des -jolies- femmes dans la rue, même l'odeur de l'essence, l'odeur du pain et des croissants au petit matin par le soupirail du boulanger, les immeubles comme des vallées profondes où l'on aimerait se perdre, les fenêtres des appartements des boulevards dans lesquels se reflète le ciel parfois gris ce qui n'a pas d'importance puisque « Paris est la plus belle ville du monde » disait-il. C'est aussi cette lumière particulière le matin, ou le soir, cette atmosphère spéciale que l'on ne trouve nulle part ailleurs, ce petit peuple cosmopolite et bigarrée, bruyant et tellement humain.

     

    Il me montra lui aussi les merveilles poétiques cachés du XVème, y compris le square un peu surréaliste selon Caillois de la rue Desnouettes, et son « rocher aux singes » que les gosses méprisent depuis qu'il est là, mais dont, paradoxalement, personne ne songerait à se débarrasser, un peu comme le centre Pompidou que tout le monde trouve affreusement laid, à raison, mais qui fait partie néanmoins de l'identité profonde de la ville. A Paris, même la laideur a une âme, même le béton, même le bitume de la route ont une poésie bien à eux.

     

     

    Depuis cette conversation que j'ai eu avec lui il y a vingt ans, « Paris-Pantruche » a bien changé, Montmartre a perdu ses petits bistros populaires où se mêlaient bourgeois et prolos ce qui est la caractéristique de toute la Ville. Bastille et le faubourg Saint-Antoine sont devenus des repaires de marchands de copies de meubles bourgeois, de fabricants de vêtements exploiteurs de main d’œuvre à très bas prix. Les endroits authentiquement parisiens sont plus difficiles à dénicher, ceux qui les connaissent en gardent jalousement l'adresse, mais il y en a encore. Le « bobo », la nouvelle espèce dont on on se moque depuis ces deux décennies, n'y est pas pour grand chose, ce n'est bien souvent qu'un ancien péquenot parvenu, monté en graine qui singe les manières de ce qu'il estime être les vrais parisiens. Le problème c'est l'avidité des promoteurs et des privilégiés de de la société libérale-libertaire, y compris deux ou trois maires ou mairesses, qui enlaidissent tout ce qu'ils touchent...

  • Ambiances parisiennes

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    J'aime Paris, tu l'auras compris depuis longtemps ami lecteur...

     

    J'aime Beaubourg pour son ambiance foutraque, turbulente, irrévérencieuse, cosmopolite, les "forains", les montreurs de bulles de savon, les musiciens, les clowns de rue...

     

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    Le premier qui me dit que "Beaubourg ça ressemble à une  raffinerie", je le tape et c'est surtout qu'il ne comprend pas la poésie de ces endroits, un peu mieux cachée que parmi les chtites fleurs et les petits z-oiseaux.

     

    Le bourgeois déteste, ça trouble sa conception du repos, de la tranquillité de jouir de son magot en toute quiétude et de la certitude que son pognon justifie sa fatuité...

     

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    La fontaine de Niki de Saint Phalle est un des lieux que je préfère depuis mon enfance...

     

     

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    Le parvis de Notre Dame reste presque le même qu'au 

    Moyen Age, un petit peuple bigarré, une "Cour des miracles" pas toujours reluisante, un mélange que les uns ou les autres trouveront tellement vulgaire, les bourgeois mêmes bohèmes détestent encore les "classes dangereuses"

     

     

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    "Shakespeare and company" est l'une des plus belles librairies de Paris, on y croise les fantômes d'Hemingway et Fitzegerald, j'aime ce lieu depuis vingt-cinq ans déjà...

     

    Je n'ai aucune envie de dire adieu ou même au revoir à Paris, me promenant le matin du 15 Août dans le quartier de Notre Dame des Victoires j'y retrouvais comme soudain mon enfance, je ne veux pas la perdre encore...

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  • Paris mon autre terre sainte

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    Alors que je vais bientôt quitter Evreux...

     

    Pour évoquer Paris, rien de tel que de montrer son "ventre" (image prise ici)

     

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    Cela fait plus de trente ans que Évreux est en quelque sorte mon port d'attache non désiré. J'y ai fait des rencontres extraordinaires, j'y ai vécu des moments inoubliables mais cependant je ne m'y suis jamais senti chez moi, ce n'est en somme la faute de personne, pour les uns j'étais un « parisien », une pièce rapportée. Et quant à moi j'ai toujours eu horreur de ce sport provincial qui concerne surtout les sous-préfectures complexées et les préfectures coincées entre deux métropoles régionales comme Évreux : le ragot, la malveillance grande ou petite envers le voisin, une manière de se protéger de l'intrus peut-être, celui qui remettra en cause les habitudes étroites que personne ne songe même à contester, ces habitudes qui encouragent au confort intellectuel. On dit du mal car on s'ennuie un peu mais on ne sait pas trop quoi faire d'autres alors que les rues se vident dix-huit heures passées...

     

    Il faut avouer que je n'ai pas fait beaucoup d'efforts étant amoureux fou de Paris, et un peu plus tard des villes de Terre dite Sainte : Jérusalem, Tel Aviv, Ramallah et Haïfa ; Paris est libertaire, elle a l'esprit large, elle m'a pardonné de partager mon amour et d'être volage...

     

    Chaque personne à son « chez soi », un endroit où elle se sent instantanément chez elle, une terre sainte en somme (d'où le nom du blog ami lecteur, tu remarqueras la subtile allusion). Il y a beaucoup de clichés sur ce genre de lieux, beaucoup le voit bien comme dans la vision archétypale d'un créatif de pub : une maison « Monopoly » avec des volets rouges comme dans un dessin d'enfant, un chien, un garage et un petit bout de jardin dans un lotissement à « la campagne », un rêve « rurbain ». Le « chez soi » avouable dans notre société se doit de ressembler à ce "chromo" un peu mièvre. Ils ne sont pas nombreux ceux qui voient la poésie dans les villes, dans le béton, sur le bitume...

     

    Quand on ressort d'une longue lignée de pigeons voyageurs qui s'adapte partout faisant à Rome comme les romains, en Palestine comme les palestiniens, en Israël comme les israéliens, en Touraine comme Rabelais et dans le Nord comme un authentique descendant de mineur de fond, on a envie de bouger, de changer sans cesse d'adresses, on rêve de chambres d’hôtels différentes chaque nuit, jamais au même endroit par peur de se lasser. Longtemps j'ai eu des « fourmis dans les jambes » qui m'incitaient à sans cesse bouger, à tout goûter, tout voir, aller même dans les quartiers où vivent les « classes dangereuses », à humer les parfums des rues cosmopolites où l'on entend toutes les langues de la terre.

     

    L'on a tendance en tant que « pigeon voyageur » à mépriser ces bourgeois sédentaires incapables de sortir de leur bled, de leur trou, de leur quartier puis vient un âge où l'on a envie malgré tout de poser ses valises une fois pour toutes, de se fixer dans une de ses terres saintes. Cela n'interdit pas de continuer à découvrir de nouveaux continents pour son imagination et ses rêves d'évasion le réel étant bien souvent tellement plat et médiocre pour ceux qui ont un peu trop de sensibilité, bien que se rappelant à eux lorsqu'ils passent la quarantaine : ils ont besoin de lunettes pour lire leurs livres, doivent hausser le volume lorsqu'ils regardent un film, sont fatigués quand ils se couchent trop tard et ce qu'il croyait un os s'avère parfois moins apte à la raideur.

     

    image ci-dessous prise là 

     

    société,politique,paris,province,chez moiMoi qui ne fait rien comme tout le monde et qui aime bien me faire remarquer, dit-il modestement, mon « chez moi » n'est pas du tout comme ça, mes vallées profondes sont des artères bruyantes, pour aller en haut de la colline dont je rêve on prend un funiculaire, mon autre « terre sainte » est parisienne. Je m'y sens chez moi partout, de Saint Germain des Prés au quartier Beaubourg, de l'Opéra à Montmartre en passant par le Quartier Latin ou le Palais Royal. Alors certes, Paris a changé, n'est plus tout à fait la même que lorsque j'avais vingt ans, la bobolisation qui est aussi un genre de provincialisation, le bobo étant un péquenot parvenu qui singe ce qu'il croit être les manières « chics » à la parisienne, a colonisé peu à peu tous les quartiers de la capitale, imposant également une provincialisation des habitudes : pas ou peu de vie nocturne par exemple, ou alors organisée selon la « doxa » festiviste. Il reste cependant encore quelques lieux préservés, des refuges pour les âmes éprises de liberté et peu enclines aux réjouissances collectives imposées par l'autorité.

     

    Que je me sente, comme d'autres chez moi à Paris est incompréhensible, de toute éternité, du moins depuis que Lutèce existe, on en dit les mêmes bêtises "c'est beau, j'aimerais bien visiter mais je pourrais pas y habiter", "les parisiens y sont stressés" etc. Et puis il y a trop de voitures, des immeubles trop hauts, de la pollution et trop de monde dans le métro où l'on ne se salue pas en respectant la préséance sociale.

  • Mais qu'arrive-t-il aux parisiennes ?

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    Un peu de futilité... (photo prise sur ce blog "hippie chic")

    politique, société, paris, parisiennes, nostalgie, Amaury WatremezLes idéologues se prenant au sérieux, les imbéciles se contentant de distiller leur vulgate et seulement cela, persuadés qu'elle apportera au genre humain bonheur et félicité même malgré lui et contre son gré, ne comprennent pas que les maux d'une société ou d'une système de pensée ne se voient pas dans les grands principes, les bonnes intentions mais sur les marges, dans les petits détails, tout ce qui paraît futile aux sots singeant la gravité qui est comme le disait Nitche qui n'a pas écrit que des conneries sur le surhomme (je parle de son fameux « manuel de cuisine sur-calorique pour les esprits forts » en vente dans toutes les bonnes librairies) est le bonheur des abrutis.

     

    Je sais ami lecteur, j'aurais pu te parler aujourd'hui de sujets sérieux, profonds, t'entretenir de tout ce qui ne va pas dans ce monde sans queue ni tête mais est-ce le soleil qui semble être toujours au plus haut de midi comme dans la nouvelle de Pierre Gripari (s'appelant justement « Midi ») ? Est-ce cette langueur qui me vient quand il fait chaud, me ramenant instantanément en Terre Sainte, sur la grand-place de Jéricho ou à Nafourah non loin de la porte de Jaffa à Jérusalem, au « kheif », « l'art de ne rien faire » ? Mais il me semble alors que ce qui manque à cette société c'est justement ce que les sots disent être futile, sans importance, léger. La modernité a besoin de légèreté, elle est souvent bien trop lourde et bien trop premier degré.

     

    Et pourtant, ce qui arrive aux parisiennes est, bien qu'une inquiétude légère, j'entends bien, des plus inquiétants ami lecteur. C'est un peu comme le manque de vin dans un repas, ainsi que le rappelait les deux auteurs de « anthologie de l'ivresse », excellent ouvrage, la phrase la plus dramatique au début de l’Évangile, c'est ainsi que la vie publique du Christ commence, c'est « ils n'ont plus de vin mon fils ».

     

    Mercredi soir, alors que je me laissais aller à un petite ballade dans les rues de Paris, dans un des quartiers que je préfère, vers la Madeleine, j'ai senti passer au-dessus de moi comme l'aile d'une cruelle désillusion. Avant les jolies parisiennes, pléonasme, jetaient de temps en temps un coup d’œil amusé à leur amoureux d'une seconde' admirant leur féminité fugacement et parfois lançait une œillade sur l'air du "suivez moi jeune homme", il y avait un petit jeu très agréable qui même s'il ne durait jamais des heures ensoleillait toute la journée de l'homme sensible à la beauté, maintenant ces âmes perdues ont, presque toutes, le "smartefône" collé aux oreilles ou vissé à la paume des mains, textotant comme des folles à la terrasse des cafés avec la grâce d'épileptiques stressés comme si leur vie en dépendait.

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    Auparavant, elles trouvaient très amusant d'aller manger un « falafel » trop gras dans le Sentier, de se retrouver dans un « bistro » des Halles à l'ancienne à trinquer en jupe droite et talons avec des prolos ou des oiseaux de nuit un peu louche, elles ne voyaient pas d'inconvénients à boire du bon vin au comptoir d'un rade obscur derrière une grande artère du Faubourg Saint-Antoine tenu par une ancienne arpenteuse du bitume. Rappelons que les artères de Paris le sont au sens propre car malgré tout, malgré le festivisme, malgré le pognon roi dans de nombreux quartiers il y a encore à Paris un cœur qui bat, charriant un sang puissant.

     

    Elles étaient à leur aise au « Soleil » de Ménilmontant, Ménilmuche à se laisser lutiner, gentiment, par des algériens ou des marocains. Elles n'avaient pas de préjugés et ne sentaient pas obligés d'obéir aux diktats sociaux. Les parisiennes étaient partout chez elles, s'étourdir quelques instants méritait bien un ou deux accrocs à des bas « couture ». Et ces différents genre d'ivresses étant autant de voyages, ils méritaient bien des petits sacrifices avant de reprendre le dernier métro, se haussant pieds nus sur la pointe des pieds pour donner un dernier baiser sur le quai sentant l'ozone sous le regard d'une « cloche » que cela émouvait paternellement quelques instants.

     

    Et parfois, quand il n'y avait plus de place dans les restaurants et trop de monde dans les cafés elles ne rechignaient pas à s'asseoir sous l'abri bienvenu d'une porte cochère goûtant la poésie du moment et de la rue. Maintenant, les parisiennes veulent de la nourriture « healthy », elles font toutes « attention » à leur ligne, sont toujours trop grosses alors que beaucoup déjà squelettiques et plus ou moins anorexiques obéissent aux admonestations sadiques de « designers » de mode qui haïssent les femmes. Elles continuent à aimer l'élégance mais ont maintenant des prétentions elles aussi au développement durable et au commerce équitable dans la mode. Et comme beaucoup elles ont en tête des mirages anglo-saxons.

     

     

    Et pourtant, pourtant, je les aime encore ces parisiennes, surtout quand derrière le personnage qu'elles se construisent patiemment, je perçois la petite fille qu'elles étaient, leur enfance, leur authenticité, une expression ne serait-ce qu'une, bien à elles. Et je garde espoir...

     

    image ci-dessus prise ici

  • Je continue à me faire mon cinéma

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    Une vidéo variante des précédentes sur Paris toujours...

    Sur une chanson d'Arnaud Fleurent-Didier

  • Walk on the wild side in Paris

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    "Paris je t'aime", Pas Paris Hilton hein, je précise...

    Les héritières mal élevées, anorexiques, droguées et, ou alcoolo, je ne peux vraiment pas.

    Rien d'autres à dire sur ce troisième montage, il faut le regarder...

  • Ballade dans Paris bis

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    photos,société,paris,nostalgieUn deuxième montage sur Paris de photos toutes personnelles, sur deux chansons de Gainsbourg, quelques souvenirs, et un zeste de nostalgie...

     

    Merci de votre indulgence pour les deux premiers, le réalisateur novice prend de l'assurance et sème ici un autre caillou blanc en quelque sorte.

     

    La place des Victoires a pour moi un parfum d'enfance, et la promenade vers Montparnasse et la place Clichy me rappellent le fantôme de ma "Johnny-Jane". 

     

  • Les rues de Paris - montage de photos personnelles

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    Un petit montage photo d'un vidéaste novice mais enthousiaste...

    Toutes les photos sont de moi, à l'exception de celle montrant les escaliers der la Butte qui sont du site "titeparisienne"...

     

    En espérant votre indulgence... 

  • L'essence de Paris

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    « Le goût du Paris insolite » – collection du petit « mercure », au Mercure de France

    anthologie de textes par Jean-Claude Perrier

    littérature, Paris, société, politique

    Qu'est-ce que le Paris insolite ? Comment le définir ? Un Paris méconnu, bizarre, bizarre défini selon quels normes ? Marqué par un certain pittoresque qui sera forcément réducteur à moins d'avoir le talent d'Alexandre Trauner, décorateur de cinéma de génie reconstruisant « les Halles » dans « Irma la douce » pour Billy Wilder ? Ce Paris insolite n'est-il pas plutôt au fond le Paris réel, le Paris profond à l'identité bien marqué ? Je l'avoue, j'aime ce Paris réputé insolite, bigarré, cosmopolite, où l'on peut croiser des échantillons des « classes dangereuses » qui faisaient tellement peur aux bourgeois des « beaux » quartiers, des immeubles « haussmaniens » mais avec lesquelles ils ne craignaient pas parfois de s'encanailler oubliant pour un temps leur hypocrisie morale ; et aussi d'anciens jockeys devenus bistrotiers, des cadres qui desserrent enfin leur cravate, des petits voyous et des jeunes femmes intelligentes qui lorsqu'elles sont parisiennes ont le chic pour être à l'aise partout.

     

    L'auteur de l'anthologie a choisi ici des textes qui pour certains rappellent les anciennes tournées pour touristes que les provinciaux ou les étrangers pouvaient faire jusqu'à une période récente en cars ou en bus spécialement affrétés à cet effet, la découverte d'un « Paris by night » frelaté et archétypal, ses mauvais garçons folkloriques, ses putes, ses types androgynes dans les coins pour les amateurs, selon le cliché habituel de la grande ville corruptrice pour les braves gens de la campagne ou venant de pays oû l'on s'imagine « plus simples » que ces prétentieux de parisiens qui font toute une histoire pour séduire les femmes ou parler de nourriture ou d'alcools et tout autre sujet futile aux yeux des « vraigens », par exemple la littérature.

     

    Cette anthologie a au moins le mérite de ne pas sombrer dans le cliché pénible du « Paris à la Doisneau », sous-tendu par un regard condescendant et vaguement paternaliste sur un Paris anciennement populaire, qui n'existait plus déjà à l'époque du photographe pour adulescents nostalgiques d'une « ville lumière » « amélipoulinesque » tenant plus du « chromo » ripoliné que de l'authenticité. C'est le jeu lorsqu'on parcourt ce genre d'ouvrages, on y cherche les textes et les auteurs qui n'y sont pas et que l'on aurait aimé y figurer, ainsi ami lecteur, j'ai été un peu déçu de ne pas y trouver des textes de Marcel Aymé ou des descriptions des rues parisiennes par Céline, ou sur un ton plus léger par Jacques Laurent dans ses « Mémoires égoïstes », sans oublier les déambulations du promeneur Bernard Frank.

     

    Il y manque aussi celles de Jean-Paul Clébert ou Claude Dubois qui ont pu faire découvrir aux lecteurs curieux un Paris réellement populaire de l'intérieur, sans le mépriser ni l'idéaliser ce qui au fond revient plus ou moins au même. Et l'on peut trouver les choix de Jean-Claude Perrier bien timides, et scolaires. On y trouve des auteurs classiques comme modernes qui sont autant de passages obligés en somme et qui ont tous peu ou prou des idées comme il faut, Antoine Blondin échappant au tamis.

     

    Nonobstant ces petites nuances, l'on se régale toujours néanmoins à la lecture de Restif ou de Jacques Roubaud.

     

    Sur d'autres textes, l'anthologie est beaucoup plus pertinente, accompagnant « monsieur Jadis », Antoine Blondin, au « trou » avec des « hippies » pour lesquels il avait pris fait et cause un soir de voyage alcoolisé, car l'alcool est un voyage, ce qu'oublie généralement les hygiénistes et moralistes de notre époque tellement étroite d'esprit finalement ; suivant Jacques Réda dans le XVème, cet arrondissement souvent méprisé par ceux qui pensent connaître Paris et qui pourtant recèle des quartiers qui gardent encore une empreinte encore réellement parisienne, exempte de toute trace de « bobolisation » et de provincialisation, car curieusement les mœurs parisiennes ont tendance à se provincialiser, ainsi que le signale un autre auteur présent dans le recueil qui est Olivier Bailly, évoquant ces parisiens qui ne supportent plus d'avoir dans leur quartier une vie nocturne, qui préféreraient que passé dix-huit heures chacun rentre chez soi et s'y calfeutre, refusant égoïstement de partager avec d'autres le plaisir d'un bon vin ou d'une bonne chère, il reste quelques adresses qui n'ont pas encore été colonisées par les amateurs de cuisine « équitable » ou de vin « citoyen », ce sont les mêmes qui par instinct grégaire je suppose préfèrent communier aux moments festivistes qui leur sont dictés par d'autres.

     

    Bien sûr, je ne résiste pas au plaisir de te citer, ce que j'ai déjà abondament fait mais peu importe, ami lecteur, ces phrases extraites de « Cécile est morte » de Simenon, et qui résument l'essence de Paris :

     

     

    « Il passait devant un petit bistro. La porte s'ouvrit, car c'était la première fois de la saison que la fraîcheur de l'air obligeait à fermer la porte des cafés. Au passage, Maigret reçut une bouffée odorante qui demeura pour lui la quintessence même de l'aube parisienne : l'odeur du café-crème, des croissants chauds, avec une très légère point de rhum ; il devina, derrière les vitres embuées, dix, quinze, vingt personnes autour du comptoir d'étain, faisant leur premier repas avant de courir à leur travail. »

     

    image empruntée à cet excellent blog

  • Place des Victoires et ailleurs

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    On se souvient du Paris d'avant aussi sur Agoravox

    à propos de la sortie du livre « le Paris de Céline » de Patrick Buisson et Lorànt Deutsch

    littérature, société, politique, photographie, ParisIl y a quelques semaines, je suis retourné place des Victoires à Paris, dans mon quartier d'enfance, qui était encore il y a une quarantaine d'années un quartier accessible financièrement pour un jeune couple avec un enfant, ce qui n'est plus du tout le cas maintenant, ou alors un jeune couple fortuné, fût-ce un couple « moderne » attendant avec impatience que passe la loi sur le « Mariage pour tous ».

    Je croyais avoir tout oublié et rien ne me rappeler du tout, et puis, comme en un éclair, mes souvenirs sont tous revenus :

    Les enseignes rouge et jaune des bus, avec une plate-forme sur la ligne qui passait dans ces rues, la couleur marron des réverbères, l'odeur de cuisine qui venait de « Chez Georges », un restaurant place Notre Dame des Victoires, les lumières de la galerie Vivienne, aujourd'hui « liftée » et « botoxée » comme il convient, mais sans beaucoup d'âme, les échoppes de bouquinistes que l'on y trouvait, le bruit caractéristique des hauts talons des dames sur le pavé, leurs parfums, les effluves de cuisson du pain des boulangers les petits matins.

    J'y étais revenu lors d'une « virée tzigane » avec une jeune femme aux yeux gris profonds, dans lesquels beaucoup d'hommes avaient cru se perdre et ont cru se perdre après moi. Une « virée tzigane » consiste à se laisser aller à deux ou plus à l'ivresse de moments partagés précieux qui seront pris par les esprits empreints de gravité ou de moralisation hâtive pour de l'hédonisme insupportable alors que les « virées tziganes » ne sont qu'un moyen comme un autre d'éloigner la bêtise alentours, les mesquineries, la haine, la violence de manière infiniment plus saine que par l'étalage de quelques lieux communs, ceux-ci fussent-ils étalés en partant de bonnes intentions.

    Nous avions quitté le soir venu le petit café rappelant ceux des enquêtes de Maigret qui existait encore face à la statue équestre de Louis XIV en allant vers le quartier des Halles, à la place dorénavant un fripier bourgeois mais « équitable » (c'est lui qui l'assure) y vend, entre autres babioles inutiles, des sacs à main « racés z-et contemporains » aux « executive women » « qui veulent rester élégantes, minces et féminines tout étant modernes z-et actives » (TM° pour le slogan, s'adresser à l'auteur pour les droits si besoin pour tout commerce).

    littérature, société, politique, photographie, ParisElle qui aimait, qui aime, Paris autant que moi m'avait invité à nous appuyer sur le socle de la royale statue pour admirer une dernière fois pensions nous alors à juste titre ce qui restait de la vie populaire de ce quartier non loin du « Ventre de Paris ». Les villes qu'on aime restent vivantes aussi grâce aux rencontres que l'on y fait, aux amours que l'on y vit, ceux-ci fussent-ils éphémères ou malheureux.

    Et lorsque l'on y revient il n'est pas rare que l'on y ressente le même désenchantement que le « Feu Follet » de Drieu la Rochelle place des Vosges.

    Mais l'endroit ressemble maintenant davantage à une boîte vide, une belle boîte, élégante, avec un joli nœud posé dessus, agréable mais qui a perdu son âme, un musée en plein air, car on y trouve surtout maintenant des boutiques de mode et de prêt à porter de grand luxe et des cafés ripolinés dans le genre pittoresque, singeant le plus souvent très maladroitement l'atmosphère des photos de Robert Doisneau qui a fixé sur la pellicule un Paris déjà idéalisé, plus ou moins rêvé et disparu lors des prises de vue du célèbre photographe.

    A ses chromos un peu mièvres on peut lui préférer le « Paris de Céline », sorti dernièrement, par un auteur qui n'est pas moins que le diable aux yeux des beaux esprits actuels, Patrick Buisson, avec un complice, Lorànt Deutsch qui n'est pas non plus en odeur de sainteté après son rappel de quelques faits qui contredisent la version idéalisée de certains épisodes historiques, sur les quartiers parisiens vus à travers les yeux d'un auteur qui sent lui aussi et considérablement le soufre.

    Les descriptions que l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » en fait sont largement plus évocatrices de la réalité de ce qu'était Paris, des quartiers dits respectables aux quartiers où logeaient les classes dites « dangereuses ». Céline n'y montre certes pas les côtés reluisants de l'humanité et de sa nature assez déplorable, mais après tout ce n'est pas de sa faute.

    littérature, société, politique, photographie, ParisIl n'y a plus malheureusement maintenant que des quartiers « respectables », y compris les quartiers « alibis » où se rassemblent les populations « issues de la diversité » (TM°) qui connaissent la même précarité que leurs ascendants « dangereux ». A noter que comme leurs ancêtres du XIXème siècle, les « bobos » qui peuplent les quartiers anciennement populaires, comme Montmartre, ont en horreur le fait que leurs bambins côtoient la progéniture des habitants des quartiers « alibis » (ainsi dans cette école de la « Goutte d'Or »).

    Dedans on y sert du café « équitable » car le bourgeois-bohème se veut concerné par les problèmes du monde, enfin il veut surtout en donner l'impression par quelques gestes à la fois sans conséquences et un rien grotesque, des « cupcakes », ces horribles pâtisseries colorées façon criard anglo-saxonnes à la mode, sans goût, très sucrées mais tellement esthétiques dans un intérieur « vintage » (TM°). Je m'étonne cependant qu'un « Starbuck Coffee », établissement impersonnel proposant de la lavasse en guise d'« expresso » et de l' « easy-listening » pour permettre au cadre moderne mais stressé de se détendre entre deux rendez-vous ou à la secrétaire pressée de se prendre pour une émule de Bridget Jones ou Carrie Bradshaw (un des personnages de « Sex and the city »), n'y soit pas encore sorti de terre tel un champignon malsain.

    photos de l'auteur

     

  • Paris qui change

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     article illustré par mézigue (d'autres photos à ce lien)

    littérature,cinéma,politique,société,parisComment peut-on ne pas aimer Paris ?

    C'est très subjectif et très partial, mais à chaque fois que je vois des photos de cette ville, que j'entends telle ou telle ritournelle sur cette ville, je me pose la question, moi qui en suis natif.

    Le moment le plus dur quand je suis à Paris, c'est quand je dois reprendre le train.

    Cela dit, cela ne me dérange pas que l'on n'aime pas Paris, car je suis exigeant et jaloux dans mon amour pour cette ville, où je croise parfois des fantômes amicaux, et surtout des parisiennes qui ont encore, mais hélas de plus en plus rarement, un petit « quelque chose » en plus, il faut quand même admettre.

    Mais si je comprend que l'on n'aime pas Paris, je ne comprend pas que ceux qui l'exècrent soient toujours dans la comparaison avec leur ville, bourg, village, bled ?..

    J'aime l'esprit de Pantruche, Paris-Paname où comme le disait Forain on dit « leur fait aux bourgeois, leur fatuité aux prétentieux », où les gamins des rues savent très bien que ces gens si respectables qu'ils croisent, qui jouent le dédain et le mépris à leur encontre sont des êtres humains pathétiques comme les autres.

    Depuis nos grand-mères, voire nos arrière grand-mères, ça ne date pas d'hier, ceux qui habitent en province sortent toujours la même et lancinante « scie » : « Paris j'aime bien pour visiter mais je ne pourrais pas y habiter », avant de renchérir en un couplet désolé sur l'insécurité qui règne dans Paris.

    On a toujours peur en province de subir les prétentions et vanités exagérées que l'on prête souvent aux parisiens en affirmant qu'on a exactement les mêmes choses chez soi, et que c'est bien sûr plus authentique, l'authenticité rurale étant alors perçue comme dans les publicités pour jambon sous vide.

    Trop de monde, trop de voitures, trop de populations mélangées, trop de repères fichus en l'air, trop de bobos qui font dans l'authenticité frelatée, trop d'étrangers, trop de touristes, trop de tout ça en même temps...

    Et bien sûr à Paris, pas assez de « vraigens », de gens simples.

    littérature,cinéma,politique,société,parisAlors certes, les quartiers populaires de Paris se vident petit à petit de leurs populations remplacées par celle des bobos ou des cadres supérieur à fort pouvoir d'achat qui s'imaginent alors qu'ils ne sont plus des bourgeois mais des prolos comme les autres car habitant Belleville ou Montmartre, ou Pigalle. Ils aiment bien l'authenticité frelatée de Paris que l'on trouverait selon eux dans les photos de Doisneau, ou « Amélie Poulain », et s'approprient sans vergogne les films dialogués par Michel Audiard qui les aurait certainement cordialement méprisés en son temps, ou « monsieur Bob ».

    Tous ces jouvenceaux et jouvencelles à la tête bien pleine qui jouent les apaches, sont des petits garçons et des petites filles bien dociles et bien sages, sans grand relief ni aspérités..

    Le fait que leur connaissance de ce genre de films et de littérature ne va pas très loin car ils ne connaissent que lui, oubliant Jeanson, Prévert et Kosma, Boudard, Albert Simonin et d'autres auteurs qui buvaient le jus de la rue avec délices chaque jour retranscrivant leur plaisir à le faire dans leurs œuvres.

    Ils vont boire de l'eau colorée et brouter des plats « équitables » dans des cafés ripolinés, colorés comme des attractions à Disneyland, en se souciant surtout d'une chose : est-ce qu'il y a la wifi pour continuer à communiquer avec leur réseau.

    Et la plupart des parisiens actuels, qui ne sont plus tellement des vrais parisiens d'ailleurs mais surtout des privilégiés qui font étalage de leurs richesses en habitant la capitale, ne connaissent pas du tout leur ville.

    Il est bien rare que ceux-ci quittent leur quartier pour s'aventurer un peu plus loin qu'à côté de chez eux. Des habitants du XVème ne vont jamais à Montparnasse, et d'autres de Bastille n'iront jamais jusqu'à Montmartre, ils gardent finalement l'esprit de clocher dans Paris.

    Celui-ci a toujours existé mais a tendance à enfler depuis quelques temps, et engendrer une certaine étanchéité entre les milieux, alors que ce qui fait l'esprit de Paris c'est le brassage des populations, certains allant jusqu'à parler de « provincialisation » de Paris qui devient une agglomération de « petit vieux » dans l'âme frileux du cœur et de l'esprit (il y a des jeunes et vieux « petits vieux) qui ont peur de tout car ils craignent finalement pour leur magot et les privilèges que leur statut leur apporte.

    littérature,cinéma,politique,société,parisCes « petits vieux » dans l'âme ont beau singer les existentialistes dans le Quartier latin, pour les hommes qui semblent croire que leur existentialisme tient dans la mèche arborée sur le front, ou balader pour les femmes des névroses distinguées de pauvres petites filles riches qui se noient dans leur alcoolisme mondain pour tromper leur ennui.

    Ces riches qui trompent leur ennui, cette faune endogame et vaguement cultureuse, des écrivains comme les « Hussards » ou pas s'en moquaient déjà après la Seconde Guerre. Et il était de bon ton comme le rappelle Claude Dubois, parisiologue distingué pour les belles dames et les beaux messieurs de se déguiser en « apaches » ou en « catins » et d'aller se donner des frissons dans les bals populaires. Un diariste décrit de ses spécimens lors des funérailles nationales de Victor Hugo.

    Se dire que Paris n'est plus Paris à cause de tout les coups de boutoir de la bêtise « à front de taureau » des petits bourgeois prétentieux, des touristes, c'est s'avouer vaincu, leur abandonner le terrain et prendre lâchement la fuite.

  • Paris en photos

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    P1000625.JPGPlusieurs alboumes photos de votre serviteur sur Google.fr/picasa, lien ici.

    Pour celles et ceux qui aiment Paris.

    " Conduire dans Paris, c'est une question de vocabulaire." Michel Audiard

  • Est-ce que la littérature c'est la vie ?

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    On entend souvent dire, «la littérature ce n'est pas la vie ! ».

    littérature, cinéma, vie, politique, société, nostalgie, rues, Aymé, christianisme, ParisJ'ai toujours trouvé cette phrase absurdement impérative, et surtout c'est un pléonasme, la littérature n'est pas la vie, bien sûr, et elle n'a pas à l'être. C'est justement en cela qu'elle est intéressante.

    On oppose souvent cette objection aux littéraires, accusés de vivre dans un autre monde, de ne pas se plier au joug commun du réel, de vouloir échapper au sort réservé pourtant au plus grand nombre grâce à leur imagination, d'être des inadaptés à qui l'on reproche en fait de vouloir faire moins de compromis que les autres envers l'esprit du temps qui les rebute parfois.

    Les littéraires savent bien quant à eux que comme tout un chacun, ils ont à gagner leur vie, au moins pour rester libres de s'embarquer dans les voyages fantastiques offerts par les livres, au moins pour ne dépendre de personne et n'avoir rien à devoir à quiconque qui rejetterait leurs choix.

    C'est pour cela que contrairement au lieu commun un peu trop répandu, un roman est un livre sérieux, tout comme un recueil de poésie, car ce genre de voyages aide l'âme à se libérer d'autres pesanteurs, d'autres obligations bassement triviales, au risque de passer pour un dilettante, ce qui, comme le rappelle Marcel Aymé dans la nouvelle « Traversée de Paris », qui a inspiré le film éponyme, est un crime aux yeux des « braves gens ».

    De grands auteurs se sont parfois risqués à essayer de retranscrire toute la complexité des êtres humains.

    Mais « Je » est souvent un autre, on se réveille et l'homme que l'on était la veille est mort : à cause d'une rupture amoureuse, ou autres tribulations de l'existence. On se réveille, et l'on n'a plus peur de rien.

    De plus, sur la passion romantique, les auteurs ont toujours embelli les choses et raconté beaucoup d'histoires, dans la vie, ça finit généralement par le partage des meubles et des objets ménagers, avec les vases qui volent, ou une solide dépression qui parfois peut durer des années.

    Ce n'est pas un reproche, l'embellissement des sentiments embellit un peu la vie, un temps.

    Balzac s'est essayé à explorer les coins et les recoins de l'âme humaine dans « la Comédie humaine », ou Proust dans « la Recherche du Temps perdu ».

    Mais même eux n'y sont pas arrivés et encore moins Zola et « les Rougon-Macquart » et son humanité comme observée « sous cloche », ni même Flaubert, pourtant apparemment sans illusions sur ses congénères. Dumas lui-même a essayé de faire de beaux enfants à l'histoire de France, mais ceux-ci restent illégitimes, et ce d'ailleurs à notre grande joie.

    On s'en fiche au bout du compte de savoir que Richelieu n'était pas du tout tel que décrit par l'auteur de « les Trois Mousquetaires », et je suis sûr que ce livre a suscité bien des vocations historiennes, et aussi, et c'est tout aussi important l'amour de l'âme française tel qu'il est décrit dans cette œuvre, ce que l'on oublie maintenant.

    Le problème aussi d'être une sorte de démiurge en écrivant un roman c'est que l'on finit par aimer ses créatures et leur trouver des excuses...

    Leurs personnages sont ou moins sombres, ou plus sombres que dans la vie réelle, mais c'est comme dans un rêve dont nous sommes tous les protagonistes. Et ils sont devenus des archétypes plus grand que la vie, selon la formule consacrée.

    Quand je réfléchis à ce problème, je me rappelle immédiatement du petit village que j'habitais il y a quelques années, coincé entre Mantes la Jolie, une ville a rarement aussi mal porté son nom, et Plaisir-Grignon.

    Y vivaient des personnages que l'on aurait trouvé immédiatement trop exagérés ou trop pittoresques dans n'importe quel roman :

    Le cafetier était un géant au regard innocent, comme les assassins de Marcel Aymé, avec des mains comme des battoirs d'une étonnante délicatesse., tout comme sa voix d'une grande douceur Il était marié à une toute petite femme toute menue qui tenait la boutique et le ménage aussi. Il était l'arbitre attentif et délicat de toutes les discussions à son zinc, celles-ci fussent-elles entre deux poivrots.

    Chez eux, on rencontrait souvent une dame qui était réputée avoir eu un « cœur fleur de nave-vinaigrette » comme on disait auparavant à Paris.

    Elle qui avait eu la couche très accueillante pour les hommes des environs quand elle était plus jeune, se dévouait maintenant avec courage pour « son » homme, gravement malade.

    Elle avait l'accent parisien, qui n'est pas l'accent faubourien, ni même l'accent banlieusard, confusion souvent faite encore maintenant.

    Elle portait encore des talons un peu trop haut et des jupes un peu trop courtes.

    littérature, cinéma, vie, politique, société, nostalgie, rues, Aymé, christianisme, ParisIl y avait aussi ce retraité de la SNCF, surnommé « Pot-aux-roses », toujours en short bleu et « marcel » de même couleur, la casquette de chef de gare solidement vissée sur le crâne qui passait sa journée à observer la rue, les gens qui passent, à échafauder des théories sur les uns et les autres, surtout les plus extravagantes.

    C'est certainement la raison pour laquelle certains auteurs n'hésitaient pas à se laisser aller au « jus de la rue » pour écrire. Courteline allait souvent dans les cafés de Paris ou de banlieue, ou à l'époque tous les milieux se mélangeaient (on n'y croisait pas de bourgeois bohème en recherche d'authenticité canaille même frelatée), et il écoutait les conversations.

    Marcel Aymé était un piéton de Paris qui lui aussi avait cette faculté d'écoute des gens de tous les jours, sans condescendance ni sentiment de supériorité qu'on souvent ceux qui ont une vulgate idéologique à vendre en plus de leurs écrits, celle-ci fût-elle de gauche ou de droite. Cela gâche tout quand on sent que l'écrivain veut délivrer ses idées, car ces personnages ne sont plus que des archétypes, des pantins servant à démontrer la véracité d'une thèse ou d'une autre.

    Et je suis à peu près certain que la force de ce qu'exprime Antoine Blondin, ou Jacques Perret, dans leurs œuvres lui vient de la fréquentation lui aussi des bistroquets et des cafés. Rappelons également que ce qui fait le talent de Michel Audiard, qui fait de quasiment tous les films qu'il a dialogué des classiques y compris ceux qu'il a réalisé avec désinvolture, c'est également cette proximité avec la rue, avec le réel en l'occurrence.

    Et l'on sait bien que dans la vie réelle, personne n'est blanc ou noir, que c'est plutôt le gris qui domine.

    C'est pour cela que le « noir et blanc » des films noirs, les films du réalisme poétique d'après-guerre qui décrivent pourtant des rues laides, des quartiers envahis par le bruit des automobiles, des camions, et des trains de banlieue miteux, a de l'importance et une signification, et le « noir et blanc » ce sont aussi les couleurs des rêves et du souvenir.

    photos empruntées ici au blog "les petites chroniques de Saint Sulpice"

    image en haut :  Les gamins de Belleville - 1959 - Crédit Photo: © Willy Ronis

    image en bas : Le Caveau de la Huchette - 1957 - Crédit Photo: © Willy Ronis

  • L'identité parisienne en voie de disparition ?

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    On parle aussi de Paname sur Agoravox

    A propos de « La Bastoche : Une histoire du Paris populaire et criminel »

    Claude Dubois – Librairie Académique Perrin 2007

    "On ne voit plus, on ne vit plus, on se regarde exister, on s'admire, s'adore à réfléchir sur son vécu de pacotille., jusqu'à en somatiser, tomber malade pour de bon !...

    A sa manièrette, chacun est devenu moraliste, tantinet psychanalyste,tout part de là !

    On ne se laisse plus emporter par Paris, on juge d'abord.

    Bref on s'emmerde..."

    extrait du livre, p 37

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionL'auteur de « la Bastoche » est un vrai parisien. Et quand on le lit on entend l'accent parigot, pas celui un peu grasseyant popularisé dans les films noirs des années 50, mais un accent un peu canaille, gouailleur, plus libre, moins stéréotypé. De plus Claude Dubois est bien de Paris-Pantruche où l'on aime bien se moquer des prétentieux et railler les sots qui sont comme des grenouilles voulant se faire aussi grosses que l'Éléphant en plâtre et stuc, où habite Gavroche dans « les Misérables, qui trônait au milieu de la place de la Bastille

    L'espèce des vrais parisiens existe encore mais est pratiquement en voie d'extinction, principalement du fait de l'embourgeoisement de la capitale où se loger est réservé aux plus riches. Les anciens quartiers populaires de la ville, à cause de leur cachet pittoresque, ou réputé tel, sont colonisés progressivement par les « bourgeois bohèmes » qui croient alors pouvoir encore s'encanailler et avoir le sentiment fallacieux d'être demeurés de « vrais » gens alors qu'ils restent surtout des bourgeois, et ce même s'ils n'ont pas le sentiment de l'être.

    Montmartre y est passé en vingt ans, la rue des Martyrs ou le passage des Abbesses sont devenus des lieux côtés, les bistrotiers y ont laissé la place à des bars à « tapas » ou à « smoothies », à des restaurants où l'on sert une cuisine insipide et sans personnalité, et bien sûr où l'on boit surtout des eaux minérales.

    Le pittoresque de toutes façons a toujours été frelaté à Montmartre où, par exemple, les croûtes vendues place du Tertre, « so romantic » pour les touristes américains, sont en fait fabriquées à la chaîne en Chine.

    Et derrière le pittoresque de Montmartre, il y avait aussi les odeurs de pisse ou de chou cuit, les concierges méfiantes et tous les exploités qui travaillaient pour des salaires de misère.

    Maintenant à Montmartre, l'on croise surtout des touristes ou des créatifs de pub et autres espèces nuisibles, du genre à être pendus à leur smart-phone ou vissés à leur ordinateur portable à la table des cafés, ceci pour se sentir un peu hommes et femmes du XXIème siècle, pour paraphraser un dialogue d'Audiard.

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionBizarrement, Audiard est d'ailleurs à la mode chez les « bobos » (pour qui le bobo c'est toujours le voisin). « Les Tontons flingueurs » est devenu un film de référence dont on cite un peu partout les dialogues certes brillants, car Audiard, qui était comme Claude Dubois un authentique « titi » parisien, savait bien recueillir tous les parfums et la saveur du « jus de la rue » et en restituer la substantifique moèlle.

    Audiard est aussi un moyen commode pour des anciens petits garçons sages et des anciennes petites filles raisonnables de jouer les affranchis et de se donner des airs d'« apaches » (je parle de ce genre d'apaches).

    Mais ils sont très éloignés de sa verve et de son talent car comme il le dit :

    « Quand un type comme ça se retire,

    y'a pas de place à prendre,

    c'est la fin d'une époque. »

    On parle tellement d'Audiard que ça en devient suspect et frelaté. Quant aux auteurs parisiens, on oublie souvent Alphonse Boudard, qui parle souvent et particulièrement là de la Nuit à Paris, Marcel Aymé qui décrit très bien le Paris populaire de son époque, Antoine Blondin dont on rappelle encore les exploits éthyliques et légendaires dans les établissements de la rue Bonaparte. On parle encore moins d'Albert Simonin, encyclopédie vivante de l'argot tel qu'il se « jaspinait » vraiment, sans forcer, contrairement à ceux qui voudraient nous faire croire comme Pierre Perret qu'ils « l'entravent » comme des durs de durs alors qu'on voit bien qu'ils font semblant. On veut bien citer Céline à la rigueur, pour le parfum de souffre qu'il y a autour de lui.

    Didier Daeninckx décrit lui aussi le Paris populaire et interlope, mais il le fait en anthropologue, et on a du mal à croire que cela parte du coeur.

    Après Montmartre, c'est Belleville

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionLe Paris de Claude Dubois, et « la Bastoche » dont il part dans son ouvrage, ont presque complètement disparu, les voyous ne sont plus les mêmes et il reste très peu de quartiers populaires. Pour raconter l'histoire de ces lieux chargés de mémoire, Claude Dubois part de la Bastille, celle du Faubourg Saint-Antoine, qu'il appelle « la Bastoche » comme Bruant, celle des rues borgnes et mal famées, signalées par « la guillotine à bourgeois », une simple palissade de bois que le citoyen respectable n'avait pas intérêt à franchir, s'il tenait à la vie et sa bourse.

    Parfois, il arrivait qu'on ne distingue pas les voleurs des honnêtes gens ou réputés tels, particulièrement quand ils se retrouvaient dans les « musettes », qui étaient à l'origine des bals pour les auvergnats de Paris.

    Ceux-ci se retrouvaient en costume régional. S'y sont mêlés petit à petit les « gros bras » et « mistoufles » du quartier, et de « bons messieurs » et « belles dames » en grands habits.

    Les « musettes » attiraient alors des « filles » de mauvaise vie », souvent des petites provinciales montées à Paris pour chercher une place de domestique et qui finissaient sur le trottoir, tout comme des filles-mères qui n'avaient plus que cette solution pour survivre. Elles envoyaient pour la plupart toujours de l'argent à leurs parents qui n'y voyaient pas toujours malice.

    Pour sortir de la misère, et narguer les autorités incapables de les aider, certains choisissaient des voies radicales pour s'enrichir : dévaliser le bourgeois, lui faire les poches, faire "travailler" des filles, ce qui permettait de "relever les compteurs", obtenir un crédit au bout d'un revolver, un crédit « revolving » d'un genre plus radical.

    Tous ces criminels faisaient aussi partie du vrai Paris populaire d'antan qu'il faisaient vivre, faisant partie du système finalement, compensant ses manques.

    C'était une ville moins frelatée que maintenant par le goût de l'"authentique".

    De l'authentique, le Paris canaille en avait à revendre, de manière quelques fois très dure. Les truands ont d'ailleurs inventé d'autres langages très rapidement pour ne pas être compris des flics ou de leurs sbires « en bourgeois » : "verlan", argots régionaux divers, « louchébem » parlé par les bouchers des Halles, et aussi par les voyous et les putains du quartier, et autre javanais.

    Il y avait aussi une mémoire politique, les souvenirs de ce quoi les bourgeois sont capables quant on conteste leur autorité, à commencer par la répression "versaillaise", positiviste et « républicaine » contre les "communards" qui venaient souvent de Montmartre et du Faubourg Saint-Antoine.

    Le banditisme se doublait alors parfois de revendications politiques ainsi pour la « Bande à Bonnot », certes plus ou moins floues, du moins au départ, ensuite ce n'était souvent que vénal. Cette bande et son chef faisaient tellement peur aux gouvernants et aux bourgeois de la « Belle époque » envoyèrent pas moins de trois-cent gendarmes pour le tuer lors de son arrestation.

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionCe livre est excellent car il montre qu'une ville, ce n'est pas seulement les monuments, ce qui est considéré canoniquement comme "beau", mais ce sont aussi ces marges, dont la fréquentation, bien que dangereuse pour la santé, est passionnante. Ces truands participent du brassage social et sont de temps en temps moins immoraux que bien des gouvernants.

    Et l'on sait bien que pour comprendre la logique d'une société, il y a toujours intérêt à étudier ses classes à la lisière.

    Sur le goût qu'à pour moi Paris, j'aime beaucoup ces lignes de Simenon dans « Cécile est morte » qui décrivent très bien effectivement l'atmosphère et l'ambiance de cette ville :

    « Il passait devant un petit bistro. La porte s'ouvrit, car c'était la première fois de la saison que la fraîcheur de l'air obligeait à fermer la porte des cafés. Au passage, Maigret reçut une bouffée odorante qui demeura pour lui la quintessence même de l'aube parisienne : l'odeur du café-crème, des croissants chauds, avec une très légère point de rhum ; il devina, derrière les vitres embuées, dix, quinze, vingt personnes autour du comptoir d'étain, faisant leur premier repas avant de courir à leur travail. »

    Depuis quelques temps, malheureusement, et cela abîme un peu plus la ville, on voit se multiplier à Paris comme le mildiou sur les vignes les cafés « Starbuck », à peine le temps de cligner des yeux qu'il y en a un qui sort du sol. Dans une ambiance fadasse et frelatée qui aux États Unis passe pour européenne, on y écoute du Jazz -très- easy listening, pas trop dissonant, on boit toutes sortes de cafés dont une bonne sœur ne voudrait pas, de la lavasse à peine colorée, un jus dont ma chaussette aurait honte.

    Quand les acteurs des séries ou des films américains boivent ça, on a presque l'impression que c'est bon, et ce sont des héros.

    Dans les mains des adeptes grégaires de n'importe quelle nouveauté superflue, on voit de plus en plus de gobelets à cette enseigne, des trucs gélifiés pleins de bons colorants et de bons conservateurs, des machins glacés que l'on trouvait avant pour moins de trente centimes (des « mister freeze » quoi).

    Cela fait top-moderne d'avoir ça à la main.

    Ils se croient presque en couverture des magasines pipeaules à la mord-moi-le-noeud qu'ils lisent assidûment, même si quand tu les interroges ils prétendent tous se plonger dans Proust et ne regarder qu'Arte.Le Starbuck café c'est aussi un non-lieu exportable, qui remplace progressivement, comme tous les autres non-lieux, tout ce qui pouvait avoir encore un reste d'identité dans une ville.

    Actuellement, on parle beaucoup de construire encore dans Paris, c'est un peu une constante chez les démagogues ou les populistes jouant aux hommes providentiels, laisser leur trace dans le paysage. On veut en somme, au vu des plans, multiplier les non-lieux, amener "la campagne en ville" selon la vieille boutade d'Alphonse Allais, mais cette fois seulement pour les plus riches, malgré les bonnes intentions que l'on prétexte encore. Paris est une emmerdeuse, une chieuse, une de celles vers lesquelles on revient toujours, malgré tout. Et c'est une personne, ou plutôt des personnes, des fantômes charmants que je croise partout, surtout l'un d'eux qui me hante délicieusement quand je suis à Montmartre ou place Clichy, vers "la Maison Rose" à côté du "Lapin Agile".

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionLa "Ville-lumière", ville tentaculaire, ville centralisatrice de tous les pouvoirs, cristallise bien des fantasmes : Babylone moderne où le vice est partout, ville refuge des arts et de l'intelligence, et quelques idées bien pires en phobes ou en ites. Paris a cela de bien qu'elle ennuie profondément les imbéciles et les médiocres, les ploucs et les bourgeois fats et satisfaits d'eux-mêmes. Elle semble engendrer aussi beaucoup de complexes d'infériorité, sociaux et culturels, de certains provinciaux ou des banlieusards de la grande couronne - pris pour des parisiens en province ! - qui pensent indispensable de rivaliser absolument avec la capitale.

    Les médiocres n'aiment pas Paris, elle leur fait peur. On peut reconnaître à cette ville qu'elle brasse les milieux et les origines plus facilement qu'ailleurs en France, mieux que les autres grandes villes françaises. 

    Il est certainement plus facile d'être différent que dans d'autres endroits. Quant à moi, je ne saurais être objectif, aimant passionnément Paris, de Montmartre à Bastille, du canal Saint-Martin aux Champs Elysées.

    dessins et photos par moi-même

  • Emportés par Paris

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    J'ai commencé à lire l'excellent "la Bastoche" de Claude Dubois, ou "histoire du Paris populaire et criminel" (chez Tempus), ci-dessous une phrase que je trouve très juste tirée du livre :

    "On ne voit plus, on ne vit plus, on se regarde exister, on s'admire, s'adore à réfléchir sur son vécu de pacotille., jusqu'à en somatiser, tomber malade pour de bon !...

    A sa manièrette, chacun est devenu moraliste, tantinet psychanalyste,tout part de là !

    On ne se laisse plus emporter par Paris, on juge d'abord.

    Bref on s'emmerde..."

    Ci-dessous, des photos de votre serviteur, qui montre le Paris que j'aime...(une partie du moins)

    (voir aussi les albums sur le côté droit)

    Paris, littérature, histoire, politique, sociétéParis, littérature, histoire, politique, sociétéParis, littérature, histoire, politique, sociétéParis, littérature, histoire, politique, société

  • FIP a quarante ans

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    On parle de cette radio aussi sur Agoravox

    Dans les années 70, on pouvait entendre, coincés dans les embouteillages, des speakrines aux voix douces et évocatrices informer sur la circulation de manière souvent très suggestive, comme par speedway_thb.jpgexemple : « Les petits coquins trop pressés qui n'ont pas attendu 16 heures pour emprunter les boulevards extérieurs se retrouvent fort marris porte de Clignancourt, gageons qu'ils sauront occuper leur temps de manière agréable surtout s'ils sont à deux dans leur voiture ».

    Bien sûr, plus tard, quand on voyait les photos de ces speakrines, on pouvait être parfois déçu. La réalité n'était que rarement à la hauteur du fantasme radiophonique.

    « FIP » (France Inter Paris) est donc créée en 1971 par Roland Dhordain et Jean Garetto, créateur aussi de « L'Oreille en coin » sur « France Inter ». Le principe de cette radio est le service des auditeurs, de la musique choisie de manière très éclectique entrecoupée d'informations routières dites sur un ton original, un bulletin d'informations privilégiant les actualités culturelles toutes les cinquantes minutes.

    Au départ c'est donc un « truc » de parisien, ça l'est resté plus ou moins même si FIP a tenté l'essai de la décentralisation en province, dont une bouture à Lyon qui a duré un peu plus longtemps.

    La radio, c'était bien avant, il n'y avait pas de tunnel de pub, pas de pub du tout d'ailleurs, pas de journalistes serviles et d'éditorialistes démagos. On écoutait de la musique de tout les styles en se fichant complètement de la mode, des scies en vogue ou de ce que le snobisme commandait d'apprécier. Quand les speakrines y parlaient des accidents de la roue, et des « bouchons » sur le « Périph' », on avait toujours l'impression qu'elles invitaient à des délices paradisiaques. Ainsi on oubliait les gazs des pots d'échappement, la grisaille et le bruit des moteurs pour rêver un peu, et ne plus voir que la poésie qu'il peut y avoir parfois même dans le béton et la ville. Ce n'était pourtant pas évident au départ, les bulletins du PC de Rosny sous Bois n'ayant pas grand chose d'excitant à la base.

    fip-fluide.jpgC'était ça FIP, ça l'est encore un peu mais ce n'est plus exactement pareil. C'est plus ou moins devenu une radio « bourgeoise bohème » : « World music », « Progressive Jazz », musique ethnique, chanteurs trentenaires qui montrent leur mal-être de petits bourgeois malheureux à tous les passants. On veut bien continuer à étre élégant, éclectique et cultivé, mais maintenant il est nécessaire également d'avoir une ou deux prétentions : faire progresser le « vivrensemble », être con-cerné et engagé (dans le bon sens, tous les engagements ne sont pas considérés pareillement). Même les voix enchanteresses avaient été mises au rebut, parce que trop sexistes, pas assez développement durable ?

    Pourtant, c'était tellement bien, Eddy Mitchell juste après Schubert, les Beatles qui précédaient Sun Rae qui suivait une ou deux « Gymnopédies » d'Erik Satie ou une chanson de Marvin Gaye. Cela permettait bel et bien d'envoyer les snobs au terminus des prétentieux, de rabattre le caquet aux ploucs mais aussi aux pseudo-anti conformistes, finalement snobs aussi.

    C'était la liberté de ne pas se soucier des idées reçues, des préjugés, des lieux communs.

    C'est comme en gastronomie : on peut goûter les mets les plus fins, les plus délicats et le soir venu avoir envie d'une bière et de bonnes frites bien grasses et croquantes de bistrot, le tout accompagnant parfaitement une andouillette. Ou comme en littérature, un livre dit « de genre » en dit souvent plus sur la société moderne que l'auto-fiction pénible d'un « quadra », ou « quinqua » qui croit indispensable d'étaler publiquement ses névroses distingués sur la place publique.

    Julien Delli Fiori a été nommé dernièrement directeur de cette radio, avec lui c'est certainement un peu de l'ancien esprit qui revient. Dans une émission disparue de France Inter, qu'il animait pendant les années 80 avec Clémentine Célarié, il y avait beaucoup de « l'esprit FIP », de l'originalité, de l'élégance, de l'éclectisme, et un zeste de sensualité.

    Ainsi, l'on pourra continuer à rêver dans les « bouchons »...

    photo du périphérique prise sur ce site

  • Le jus de la rue à Paris

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    Une chanson pas très connue de Gainsbourg, avec Dalida, en direct de Paris où je goûte le jus de la rue. Alors, oui, il y a des endroits, c'est plus comme avant, mais c'est encore Paris, où l'on "aime bien visiter" mais où "l'on n'aimerait pas habiter". J'aime cette ville, je sais c'est mâââl, mais c'est ainsi.

  • Le goût de Paris d'après Simenon

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    IMG_1778.jpgJ'aime beaucoup ces lignes de Simenon dans « Cécile est morte » qui décrivent très bien effectivement l'atmosphère et le goût de Paris.

    « Il passait devant un petit bistro. La porte s'ouvrit, car c'était la première fois de la saison que la fraîcheur de l'air obligeait à fermer la porte des cafés. Au passage, Maigret reçut une bouffée odorante qui demeura pour lui la quintessence même de l'aube parisienne : l'odeur du café-crème, des croissants chauds, avec une très légère point de rhum ; il devina, derrière les vitres embuées, dix, quinze, vingt personnes autour du comptoir d'étain, faisant leur premier repas avant de courir à leur travail. »

  • Paris est un organisme vivant – A propos de « Monsieur Bob » d'Olivier Bailly

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    giraud.jpgSur la foi de trois ou quatre articles élogieux j'ai acheté ce livre étant comme le sujet de cette biographie amoureux de Paris. Le personnage est sympathique mais comme les provinciaux, ce qui est paradoxal pour un type vanté comme modèle du parisien, il a de Paris une idée faussée et figée, et en fait une ville musée. De plus, autre handicap, cette fois à mes yeux, il a sur la capitale le même point de vue que Robert Doisneau, un point de vue pénible et frelaté à mon sens. Je sais que je vais me faire huer en disant cela mais peu importe. L'auteur du livre vante les clodos folkloriques, les voyous sympathiques et au grand cœur et romanesques, les putains hautes en couleur et romantiques aussi. Il aurait fallu lire Céline avant, ou Marcel Aymé, plus humain, une putain c'est une putain, elle a les chairs qui s'affaissent vite et souvent elle écluse dés huit heures du matin, à moins que ce ne soit elle qui ouvre un bistrot et fasse boire les autres, un clodo qui boit du picrate ramassé à l'éponge sur le comptoir des bars c'est crade, c'est affreux, ça parle fort, ça dit surtout des âneries et ça pue, rien de pittoresque là-dedans, et en plus il n'est même pas sûr qu'il parle comme dans un film dialogué par Michel Audiard qui lui le connaissait bien mieux que "monsieur Bob" le petit peuple des zincs, tout comme Blondin qui y noyait sa détresse. De plus ce Paris pseudo « populaire » des photos de Doisneau, qui finalement ressemble à celui vu par Jeunet dans « Amélie Poulain », il n'existe pas, on oublie les odeurs de chou dans l'escalier, ou pire, le cloche qui dégueule à l'entrée de l'immeuble, les salauds qui ont les mains baladeuses avec les gamines, les lieux d'aisance sur le palier et un seul lavabo pour six familles.

    Au cinéma, c'est pittoresque, mais seulement au cinéma. Les gamins qui rigolent avec les boutanches de « trois étoiles », ils rigolent pour le photographe, ils ne rigolaient pas toujours, ils arrêtaient l'école vite souvent, pour aller au turbin comme les grands, ils passaient les vacances dans les squares en rêvant de plages et d'océans, les amoureux qui se roulent une galoche devant l'appareil de Doisneau ne l'étaient même pas, amoureux. Enfin, une chose que je trouve agaçante est cette propension de l'auteur à faire du jetage de noms célèbres, comme si il était important que les buveurs des cafés fréquentés par « monsieur Bob » le soient, connus, il a des copains célèbres comme Prévert ou Léo Ferré, et qui forment aux yeux de l'auteur de cet ouvrage une sorte d'aristocratie, de « Who's who ». Et quoi ? Si cela avait été seulement des anonymes c'était moins bien ? J'ai parlé de Marcel Aymé, on aurait pu citer Courteline, capables tous les deux de s'installer quelque part sans décréter ce qui ferait coquet ou non dans leur musée personnel, sans jouer les poètes, les yeux ils les avaient déjà dans les étoiles, pas la peine d'en rajouter dans le frisson et le sensitif, dans l'argot que l'on ne peut trouver que dans les dictionnaires, que personne n'a jamais parlé.

    pe19_paris.jpgC'est un peu comme quand certains auteurs parlent du désert, qu'ils ne connaissent pas et égrènent les lieux communs, si ils le réinventaient à leur idée, on leur en voudrait moins mais ils ne font que relayer des clichés. On nous dit tout au long du livre que ce Paris a disparu, que maintenant, à cause de hygiéniquement correct on ne peut plus boire de bon vin, on ne peut plus boire tout court et on n'a même plus le droit de fumer dans les cafés, pour un peu l'auteur en rajouterait presque dans le couplet habituel sur la réouverture des « maisons closes » ; certes la loi sur le tabac est crétine, c'est le genre de loi qui annonce plus totalitaire, certes, les « maisons » ce serait moins hypocrite que des « clandés » mais ce Paris disparu n'était pas pire que maintenant à la différence que les bourgeois sont peut-être plus hypocrites de nos jours, revendiquant l'héritage de ce passé dont ils méprisaient les acteurs. C'est plutôt ironique. Les cafés ripolinés sont à la mode, mais ce ne sont que des décors.

    Ce qui m'étonne le plus dans ce livre, c'est que son auteur oublie, tout comme semble-t-il, « monsieur Bob » que dans les cafés de ce Paris disparu tout le monde se mélangeait, du travelo qui attendant de rentrer se raser prenait un petit noir en passant par le bourgeois en goguette, de l'ouvrier au « fort des Halles », ce qui n'existait pas ailleurs, ce qui n'existe plus vraiment excepté les endroits de liesse collective obligatoire. Cela n'aurait scié la rondelle de personne d'entendre un pédant ou un Trissotin descendu là pour s'encanailler, il se serait vite fait remettre à sa place. Et même si le Paris actuel semble envahi de bourgeois dits bohèmes, de cyclistes adeptes de l'hygiènisme, même si Montmartre est maintenant parsemé de restaurants innommables qui font de la cuisine d'un peu partout qui a le goût de nulle part, même si Saint Germain des prés est vite devenu un ghetto de riches vaniteux. Il reste de ce genre d'endroits, ils sont juste un peu plus cachés, il faut savoir les chercher, du soleil_large.JPG?26080« Soleil », dont je ne dirais pas l'adresse dans le XXème, à « l'Ami Pierre » quartier du faubourg Saint Antoine, dont le propriétaire actuel perpétue les traditions parisiennes, on y refoule les prétentieux, les anarchistes syndiqués, les révolutionnaires en charentaises, les cuistres qui veulent sentir de la sueur prolétaire, de l'haleine populaire. Les pue-la-sueur ils vont les voir comme au rocher des singes à Vincennes. Je m'en fous un peu personnellement des cafés ripolinés, des restaurants prétentieux, qu'ils s'y pressent les nouveaux bourgeois, qu'ils y restent, qu'ils laissent aux amoureux de Paris les lieux cachés, les caboulots qui ne paient pas de mine de l'extérieur, ni amélipoulinesques, ni faussement pittoresques. Paris n'est pas cette ville-musée que l'on trouve dans ce livre, ce n'est pas celle des politiques, c'est un organisme vivant qui continue à se développer, avec toutes ses contradictions, ses mauvais comme ses bons côtés.

    « Monsieur Bob » dans la collection « écrivins » chez Stock - Olivier Bailly

    Ci-dessous, une chanson "parisienne"