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palestine

  • La jeunesse des peuples

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    Quand je vivais à Jérusalem l’extrême jeunesse des peuples que je côtoyais là-bas m'avait stupéfié, on la prenait en pleine face. Ce n'était pas seulement la présence de tous ces enfants à tout les coins des rues, des enfants ne menant pas toujours la vie devant être la leur dans la Jérusalem palestinienne, mais l'on pouvait ressentir cette fraîcheur, ce dynamisme dans l'attitude des palestiniens ou des israéliens, les palestiniens devenus « de facto » un peuple de par l'existence d’Israël, les descendants des premiers colons, des habitants des utopies réalisées des « kibbutzim ».

     

    3522462_3_aedf_enfant-syrien-dans-la-file-d-attente-pour-se_418948e5146302aa704f815a81d3caa5.jpgC'était quelque chose de presque indéfinissable mais bel et bien présent dans l'atmosphère, dans l'air ambiant. L'on sentait bien que ces deux peuples n'en étaient qu'aux débuts de leur histoire, prêts à conquérir, dans tous les domaines à l'enthousiasme de la découverte sans cesse renouvelée. Il n'y avait pas chez eux cette lassitude d'être soi-même, ce déni d'identité et de leur histoire que l'on trouve chez tous les occidentaux pressés d'être quelqu'un d'autre, tout le monde mais surtout pas eux-mêmes, ayant un profond dégoût d'eux mêmes de par des décennies de masochismùe mémoriel de droite comme de gauche, de décervelage intensif des masses.

     

    En Occident ceux réclamant plus de moralité publique acceptent sans sourciller l'amoralité foncière du système économique, catholiques et autres. Il en est se réclamant de l'identité de la France mais ne voyant pas le problème à une mondialisation économique et sociale sans frein entrainant la destruction des nations et de ce qu'elles sont, de leurs cultures, de ce dont elles pourraient être aussi légitimement fières...

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  • Confusions messianiques

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    politique, société, israèl, palestine, mauvaise nouvelle, amaury watremezCet article répond à celui de Gédéon Pastoureau dans « Mauvaise Nouvelle », à ce lien, site auquel je participe également pour quelques « anti-critiques » littéraires grâce à l'indulgence de Maximilien Friche son créateur.

     

    J'ai lu ce texte dimanche soir, il m'a irrité énormément, je me suis néanmoins donné deux jours pour y répondre plus posément. Tout d'abord, l'auteur du texte incriminé a une vision très étriquée d’Israël, il semble méconnaître la diversité de ses communautés :

     

    Les douze tribus traditionnelles plus la tribu « éthiopienne » perdue,

     

    les quatorze communautés juives israéliennes, ceux qui célèbrent en yiddish, ceux qui refusent de parler hébreu, les russophones, les laïcs, ceux rejetant les rites casher, les plus libéraux élisant des femmes rabbins, ceux refusant de se mêler aux autres, etc...

     

    Il ignore visiblement également les actes généreux envers les palestiniens par des juifs émigrés là-bas soucieux de justice :

     

    La grève des dockers de Haïfa en 1926 en solidarité de leurs collègues arabes, les premiers « kibbutzim » partageant techniques et fruit de leur labeur avec les villages alentours en Galilée, toujours dans le respect des habitants originels.

     

    Un chrétien, s'il lit l’Évangile régulièrement, s'il l'écoute à la messe chaque dimanche, se fait sa propre image de la Terre Sainte, une image rêvée, idéalisée, embellie, c'est tout à fait normal et humain. Il a l'impression avant d'y arriver de tout connaître déjà de cette région du monde. Et il lui semble quand il l'évoque tout en comprendre sans y avoir mis jamais les pieds. Et même si d'aventure il y met les pieds, ne fût-ce que deux jours, ce qu'il voit ou ce qu'il croit voir le confirmera dans ses certitudes.

     

    Il oublie le plus souvent l'histoire turbulente des peuples y ayant vécu depuis l'entrée d'Abraham en cette Terre Promise. Il oublie aussi l'empreinte profonde en résultant :

     

    Il est alors pris entre deux solutions :

     

    Accepter la réalité concrète,

     

    Aller à la rencontre de tous les peuples de Palestine et d'Israël,

     

    OU

     

    Nier le Réel, et essayer de faire absolument coller son point de vue même erroné, voire ses fantasmes, sur la réalité pourtant tangible sous ses yeux. Pour la plupart d'entre eux, les lieux saints deviennent un parc d'attractions biblique, un « parc à thèmes » religieux. Ils nient alors la réalité humaine autour, se voilant la face, refusant de la prendre en considération.

     

    Selon eux l'état d'Israël fondé en 1948 sur les bases du « Foyer National Juif » de 1916 est la reconstruction tardive du Royaume hébreu de l'Ancien Testament. Le fondateur du sionisme, Theodor Herzl, s'en retournerait dans sa tombe. Le sionisme est d'abord et avant tout un nationalisme, la dernière émanation du « Printemps des peuples » de 1848. Le judaïsme a essentiellement ici un rôle de prétexte car c'est un mouvement essentiellement laïc.

     

    Pour les juifs les plus religieux, la recréation israélienne par les hommes en 1948 est un blasphème. C'est pour eux le rôle du Messie dont ils sont encore dans l'attente.

     

    jerusalem-trois-lieux-cultes-a-visiter-400-17419.jpgEt bien entendu, sur cette réinvention d'Israël j'aurais pu citer Shlomo Sand ou encore Zev Sternhell, deux historiens israéliens de confession juive ayant largement écrit sur le dévoiement du sionisme.

     

    Lors de mon séjour à Jérusalem je croisais déjà nombre de chrétiens tels Gédéon, persuadés du rôle messianique de l'état d’Israël et de l'absolue nécessité de soutenir ce pays coûte que coûte, ceci devant hâter selon eux le retour du Christ sur terre pour les derniers jours.

     

    Personnellement, je suis toujours extrêmement dubitatif face à ces croyants tellement impatients de voir la Fin du Monde, surtout car étant persuadés de faire partie des « Justes » sauvés lors de l'Apocalypse. Cette croyance est née dans les milieux pentecôtistes, presbytériens, évangéliques américains, les plus riches parmi eux finançant les colons juifs dans les Territoires Palestiniens. Elle a essaimé dans les groupes charismatiques à compter des années 70.

     

    Ainsi la « Communauté des Béatitudes » sise à Bethléem...

     

    Loin de moi l'idée de critiquer l'aide apportée par cette communauté chrétienne en France à des jeunes en quête de Dieu, MAIS à Bethléem, de par leur certitude du rôle messianique du peuple israélien, ses adeptes finissaient par cautionner les pires iniquités car commises au nom d'« Eretz Israel ».

     

    Ils allaient par exemple prier à la pseudo « Tombe de Rachel » sans se poser plus de questions alors que l'authenticité de ce lieu est fortement sujette à caution. Ils fermaient les yeux pudiquement sur la « création » de nouveaux « quartiers » à Jérusalem après expulsion des précédents habitants palestiniens musulmans et,ou chrétiens.

     

    Ainsi la communauté des Sœurs de Sion à Jérusalem non loin de « la Porte des lions » ou « Porte Saint Étienne »...

     

    Ces religieuses au demeurant sympathiques comme personnes refusaient catégoriquement d'entendre parler de Palestine et des palestiniens. Accueillant de nombreux groupes de pèlerins, elles avaient une audience importante et donc une capacité à influencer durablement les points de vue. Elles avaient pourtant à leur porte les conséquences les plus criantes de la politique de colonisation israélienne : des familles à la rue,

     

    ou s'entassant sur trois générations dans vingt mètres carrés,

     

    des brimades quotidiennes vécues par tous les salariés allant travailler côté occidental,

     

    des humiliations imposées aux habitant palestiniens du quartier tel ce vieil homme de 78 ans, figure connue et aimée du quartier, pacifique, mis en joue par un soldat israélien car ayant « grillé » un feu rouge. Il fut ensuite forcé de se mettre à genoux les deux mains sur la tête...

     

    de cette vielle femme transportant un ballot d'herbes aromatiques obligée de se coucher à terre par un autre de ces matamores courageux mais pas téméraires à l'entrée du « Mur des Lamentations » sous mes yeux. Elle voulait juste prendre un passage plus rapide étant déjà âgée...

     

    ETC.

     

    ETC.

     

    Et je pourrais aussi raconter ces cultures vivrières, vignes, tomates, oliviers nourrissant de nombreuses familles rasées du jour au lendemain à côté de la colonie de « Newe Daniel », proche de la « tombe de Rachel », dans le but de construire une route privée pour les seuls colons ceux-ci ne voulant pas emprunter les mêmes voies que les palestiniens.

     

    A ces chrétiens soutiens d'un Israël messianique, j'aimerais mettre leur nez fin juste au-dessus du trou des seules et uniques toilettes prévues pour les 3000 palestiniens passant chaque jour par le passage d'Erez pour sortir de Gaza et y rentrer selon le bon vouloir des gardes aux douanes.

     

    Ce n'est pas seulement par amour de cet état que Gédéon Pastoureau soutient ces idées, il va encore plus loin. Pour lui « l'élection » des anciens hébreux devraient rappeler aux français l'élection de la France au rang de Fille aînée de l’Église. Il rajoute à cela une énormité en parlant de la « judéité » de Jeanne d'Arc.

     

    Et l'oubli principal et le plus grave de cet auteur est celui de l'Incarnation du Christ justement dans notre humanité. Ce n'est pas pour rien, cela a une signification bien loin de tous les fatras intellectualisant en arrivant à justifier l'injustifiable pour prouver une thèse fumeuse. C'est d'ailleurs le plus beau en Terre Sainte pour un croyant, ces êtres humains, en particulier ces chrétiens des origines, nos prédécesseurs à la suite du Christ rejeté par les pharisiens et leurs cohortes de fidèles.

     

    Ce genre d'auteurs de grands discours et belles phrases me rappelle aussi de cet évêque auxiliaire parisien se lançant dans un panégyrique délirant du messianisme d’Israël dans la basilique Sainte Anne n'ayant pas UN mot pour les paroissiens grecs catholiques présents ce jour là après avoir bravé les check-points à la sortie de Ramallah...

     

    Le Christ vrai Dieu et vrai Homme, que dirait-il de ce manque absolu d'empathie et d'humanité ?

     

    Amaury Watremez

     

     

    Source des liens :

     

    Comme sources principales de l'article j'ai choisi à dessein Wikipédia, ceci afin de démontrer la facilité de contradiction de la thèse d'un Israël « messie collectif ».

     

    Mauvaise Nouvelle

     

    Wikipédia.fr

     

    Site de la Paix Maintenant

     

    Géopolis

     

    Site des Sœurs de Sion

     

    Illustrations prises ici

     

    Ci-dessous présentation de mon « Journal de Jérusalem

  • L'antisioniste ou la revanche du cancre

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    Il y a quelques années quand le prof parlait de la Shoah en cours, le cancre, l'ignare assumé, l'élève qui n'avait pas beaucoup d'appétence pour le savoir, ni beaucoup d'empathie, était énervé après les « bons » élèves, les « premiers de la classe » qui réagissaient au quart de tour en même temps que l'enseignant, qui avaient la larme à l’œil quand il fallait et la compassion « citoyenne » sans se tromper de « timing ». A la décharge du cancre, il faut avouer que le fort en thème ne savait pas toujours pas trop pourquoi il devait être dans le compassionnel se contentant de le faire par docilité et non par adhésion réelle à des valeurs humanistes.

     

    la photo des cancres ci-dessous vient de là

    besancenot-une.jpg

    Le sale gosse n'osait pas trop le dire haut de peur de passer pour un salaud, mais selon lui, si les juifs s'étaient fait massacrer c'est bien parce qu'il n'y avait pas de « fumée sans feu », que c'était certainement leur faute, au moins en partie, qu'ils avaient commencé c'est certain, en gros que les massacres c'était de leur faute. Les plus hardis déchiraient une ou deux pages des livres d'histoire sur l'Holocauste au CDI de leur collège, ou lycée, et ça s'arrêtait là, ils gardaient leur judéophobie pour eux, se sentaient un rien complexés d'en parler...

     

    Et puis, Gloria, Allelouya, Internet arriva, et là le cancre, le mauvais élève, celui qui ne comprenait pas trop pourquoi il devait avoir de la sympathie pour les déportés, eut de quoi nourrir sa revanche : un tas de sites qui disaient ce qu'il pensait depuis longtemps, le lobby sionis...juif dirige le monde du fameux gouvernement souterrain situé à 3 kms sous le pôle Nord, ils sont en cheville avec des « aliens » hostiles, et à peu près toutes les communautés jugées dangereuses. Le « protocole des Sages de Sion », dont on sait que c'est un grossier montage de la police du tsar, retrouve une certaine popularité sans parler des thèses négationnistes que le cancre s'autorise maintenant à contredire en cours, car « c'est marqué dans Internet qu'en fait c'est un mensonge ».

     

    Bien sûr, comme il restait courageux mais pas téméraire, un peu trouillard quoi (ce n'était pas sa faute mais celle du lobby etc... qui contrôle la presse et la justice aussi), il comprit que pour ne pas tomber sous le coup de la loi il valait mieux pour lui dire « sioniste » et non « juif », ce qui ne changeait pas grand-chose à son propos de toutes façons. Et puis lui il cherchait surtout à exprimer sa haine et se consoler de frustrations plus ou moins réelles. Il fallait bien que sa vie minable, selon lui, ait une raison, que ce soit dû à quelqu'un ou quelque chose, ce n'était pas possible autrement.

     

    Le pire étant qu'entre les deux il faisait du mal à la cause légitime à la liberté, l'équité, la justice et la paix des palestiniens, et que ces « statuts » et slogans grandiloquents ne faisaient que légitimer un peu plus en Palestine l'association de criminels fanatiques du Hamas menant un régime de terreur à Gaza. Il oublie que Jean Sévilla lui-même, historien de droite que l'on ne peut soupçonner de philogauchisme dit bien qu'il y a effectivement eu six millions de morts juifs durant la Seconde Guerre mais que les occidentaux au fond s'en foutait, d'où l'obsession peut-être jusqu'à l'autisme des israéliens pour leur sécurité.

     

    Il s'en fout de tout ça, à commencer par la nuance, le cancre, que des palestiniens meurent finalement il n'en a rien à battre, tant que ça lui fait de beaux « statuts » et qu'il crée le « beuze », et qu'il se venge des « bons » « élèves »...

     

    La situation sur place, dans un territoire grand comme la Haute-Normandie, est infiniment complexe, il n'y a pas de blanc, pas de noir, juste une infinité de nuances de gris, pas de bons meilleurs que les autres, pas de méchants plus méchants que les voisins. Les palestiniens de Gaza ne pensent pas comme ceux de Ramallah, encore moins comme ceux de Jérusalem ou Haïfa où dés 1926 les dockers bientôt israéliens faisaient grève par solidarité envers leurs camarades palestiniens. A Hadassah à Jérusalem, des médecins israéliens envoient régulièrement des ambulances dans les « territoires » afin de ramener pour les soigner gratuitement des malades palestiniens, et en particulier des enfants.

     

     

    Je me suis souvent heurté à ce genre de cancres qui particulièrement sur le Net a quelque chose à compenser, qui ne peut pas croire que l'on se cultive, que l'on essaie de réfléchir en se rappelant de la complexité des situations, pour le plaisir car il reste à la fois un cuistre et un nul, et cerise sur le gâteau, il est persuadé que SON côté est le bon, les autres étant forcément dans l'erreur, ce qui moi, ami lecteur, pour tout t'avouer, quel que soit ce côté, me fait gerber...

  • Communautarisme concurrentiel ou « Gaza mon cul »

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    140719_9b1v7_manifestation-gaza-paris_sn635.jpg

    image ci-contre prise ici

     

    Je précise quand même à l'intention des lecteurs éventuellement antisionistes qui me liront deux ou trois points : Israël ne respecte aucune des délibérations de l'ONU depuis 67, la colonisation des « territoires » a continué depuis les accords d'Oslo et les palestiniens ont à subir quotidiennement des vexations et humiliations diverses ne serait-ce que pour aller au travail le matin pour ceux qui habitent à Ramallah, Bethléem et Hébron, ou Naplouse. Je ne parle même pas de Gaza où, le détail paraîtra trivial mais il ne l'est pas, il y a un « chiotte » en plastique pour les 3000 ouvriers palestiniens qui passent par le passage d'Erez chaque jour, poste frontière entre la bande de Gaza et Israël.

     

    Je retiens aussi l'incurie totale des occidentaux sur place, que ce soit les ONG ou les « institutionnels » afin de réagir face à la montée de l'intégrisme musulman et du Hamas qui en échange de l'aide fournie aux pauvres demande bien entendu une allégeance totale.

     

    Et moi contrairement à de très nombreux antisionistes qui le sont au chaud derrière leur écran, j'ai vécu et me suis confronté au réel des situations finalement très complexes en Palestine et en Israël.

     

    Rappelons aussi que les caches d'armes de cette association de criminels sont localisées exprès dans des zones peuplées de familles, ou de minorités chrétiennes, comme à Khan Younis, afin d'obtenir ces belles photos si tristes qui permettent à des milliers d'internautes de s'affirmer, non sans courage ami lecteur, contre la guerre, la haine, la violence. Curieusement les meurtres des djihadistes en Syrie, l'exode des chrétiens de Mossoul les laissent froids, car là, nulle manif en vue.

     

    Hier à Paris, la manif pour Gaza et les palestiniens, selon les bonnes intentions des organisateurs, a largement dégénéré en émeutes urbaines et véritables scènes d’Intifada dans Paris. Le tout contre le sionisme (rires) alors que la plupart n'en avait finalement rien à faire de Gaza, des chtits n'enfants tués, des chtits vieux blessés, il s'agissait pour eux surtout de clamer leur haine des juifs, judéophobie qu'ils ne sont même pas capables d'assumer, haine née de la concurrence entre les communautés religieuses ou ethniques qui sont sur notre territoire, et qui pour la plupart se haïssent cordialement entre elles, méprisant allègrement le « vivrensemble » que certains à gauche appellent de leurs vœux, défilant hier aux côtés de fanatiques portant haut le drapeau entre autres de « l'état islamique irakien » et scandant des slogans d'abord et avant tout judéophobes.

     

    C'est une compétition doloriste des traumatismes collectifs, des génocides supposés et affirmés, commis par les européens en général : en gros mon génocide est plus gros que le tien, et donc la France doit plus payer que pour le tien. La France en particulier qui devrait subir à entendre certains promoteurs de ce communautarisme concurrentiel une loi du talion perpétuelle, la faute des grands pères ne devant cesser de retomber sur les enfants et petits enfants. C'est même ce que leur apprend l'Histoire officielle française, car ces communautés qui se détestent se rejoignent sur un point, leur haine commune de notre pays, de ses racines chrétiennes en particulier, et de ses valeurs.

     

    image ci-dessous prise ici

     

    manifestation-paris-gaza1.jpg

    A ce propos, toi ami lecteur qui joue les esprit forts quand tu parles de religion, aux yeux des musulmans du Maghreb et Machrek, que tu le veuilles ou non, pour eux tu es d'abord chrétien avant d'être agnostique, athée et laïc. Tes préventions, ton raisonnement d'esprit fort n'a aucune importance pour eux.

     

    Hier, les manifestants, à l'exception des « souchiens » présents, pacifistes et « humanistes », persuadés que les « radicaux » finiront par se fondre dans un grand mouvement de paix, alors que ce sont toujours les radicaux qui entraînent les autres, humanistes c'est eux qui le disent...

     

     

    Les autres défilaient aussi car attribuant leur précarité, leur chômage, leur pauvreté, à cette compétition communautaire qui ferait que certains seraient favorisés par rapport à eux, à les entendre. Car ce n'est que ça, ce n'est pas leur souci de Gaza qui est en jeu, mais leurs frustrations accumulées depuis des décennies, et leur incapacité pour une bonne partie à devenir des citoyens français ce qui suppose un compromis minimal sur des traditions et des coutumes qui ne peuvent avoir cours dans notre pays, toutes choses auxquelles ils ne veulent surtout pas renoncer...

  • Israël-Palestine : la violence d'un conflit importé en France

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    Aujourd'hui, j'ai discuté avec un « anti-sioniste » ou un de ceux prétendu tel sur un forum, enfin discuté, le mot est ici bien impropre. Depuis les années 70 une bonne partie de la gauche se voulant radicale a récupéré la cause palestinienne, symbole selon elle de l'impérialisme anglo-saxon, et à l'inverse une bonne part de la droite libérale la cause israélienne, devenant plus sioniste que les pan-sionistes eux-mêmes, considérant Israël comme un bunker occidental au milieu du Proche Orient garantissant les intérêts de l'Occident dans cette région du monde, laissant donc aux israéliens qui ne sont pas tous juifs (seulement à 80%) le « sale » boulot...

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    Tu noteras aussi ami lecteur que dans cette droite atlantiste si on s'émeut, à juste titre il est vrai, des coups de canif dans le contrat républicain et en particulier contre la laïcité venant des musulmans intégristes, on ne s'émeut guère du respect du Shabbat dans des écoles publiques du Marais ou du Sentier à Paris, ou des prescriptions alimentaires induites par la « cashrout ». Et puis parfois c'est juste par haine des musulmans.

     

    Le bougre évoqué plus haut n'en avait finalement rien à foutre de Gaza et encore moins des palestiniens, assimilant le sionisme où ce qu'il appelait ainsi au nazisme, au fascisme, et à un peu tout les régimes totalitaires du XXème siècle, cette idéologie étant au départ du moins pour les constructeurs de « kibboutz » un moyen de concrétiser leurs utopies, ce que beaucoup n'avait pu faire en 1905 lors de la première tentative de révolution manquée en Russie dont beaucoup des pionniers et précurseurs d’Israël furent des acteurs actifs. Ce n'est qu'en 1916, lors de la création du Foyer national juif, et avant l'indépendance de 1948 que la dimension nationaliste du sionisme prend réellement son essor, sous l'impulsion de Ben Gurion.

     

    Ce sionisme des origines, généreux, ses promoteurs partageant les techniques, par exemple, avec les palestiniens, est maintenant bien oublié. Il est de ces juifs qui en France sombre dans un autisme total concernant Israël dont ils justifient la manière « radicale » de maintenir sa sécurité par la Shoah, tout contradicteur de cette manière étant assimilé à un négationniste.

     

    Mon interlocuteur a de ce fait tourné « autour du pot » pendant une dizaine de commentaires alors que je lui avais demandé ce qu'il entendait par « sionisme », je l'avais pourtant encouragé à être plus clair, plus direct mais j'ai le sentiment que les anti-sionistes de ce genre, hélas nombreux, en plus de dénaturer une cause qui est juste par nature, n'assument pas ce qui le fond de leurs opinions, à savoir leur judéophobie obsessionnelle mélangée à un peu de tout :

     

    Complotisme et « protocole des Sages de Sion » en bandoulière, et quelques sanglots de crocodiles de petits mâles et femelles alpha occidentaux, du genre à aller se donner des frissons place de la Concorde en beuglant des « Israël=SS » et autre slogans qu'ils estiment forts, le cou ceint d'un keffieh, et rentrer tranquillement continuer à jouer les justiciers derrière un semblant d'anonymat sur le Réseau.

     

    Il m'a reproché enfin de l'accuser d'être antisémite, ce que je n'avais pas même suggéré le concernant pour finir par se dérober, avouant piteusement que pour lui l'antisionisme consiste à demander la destruction d’Israël, curieusement ça m'a rappelé ces partisans d’Israël pour qui, n'appelant pas de mes vœux le choc des civilisations, j'étais forcément un « dhimmi » (chrétien citoyen de seconde zone dans l'Empire Ottoman).

     

    On me dira, tout ce qui est excessif en politique étant insignifiant, cela n'a pas d'importance, mais c'est aussi car j'aime être « guelfe avec les gibelins, gibelin avec les guelfes ».

     

    Dans les « quartiers » la plupart des gamins et des adultes musulmans, pas tous, ont moins de préventions et l'affirment parfois en toute candeur et sans scrupules inutiles, ils sont clairement antisémites, ou plutôt ont la haine des juifs qui sont pourtant de leurs cousins éloignés. Traiter un copain de « sale feuj » car réputé un peu radin ou individualiste est très répandu sans que personne à commencer hélas parfois par les éducateurs n'y trouvent à redire, tout comme lancer des provocations en cours d'Histoire-Géographie quand le professeur aborde la Shoah (sujet maintenant curieusement évité dans quelques « cités » ou abordé avec des pincettes).

     

    Pour acheter la paix sociale, bien souvent les éducateurs en question se lancent dans des discours pro-palestiniens dont ils ne mesurent pas les conséquences néfastes, encouragent les élèves dans le rejet des israéliens en particulier, et des juifs en général. Et ils laissent faire aussi les pauses ramadan de ruptures de jeûne, les signes ostentatoires, les interventions hostiles au discours de l'institution sur l'histoire. Et c'est aussi de la simple lâcheté.

     

    Ces musulmans des « quartiers », mis cyniquement en concurrence avec les français précaires tout comme eux, se fichent bien, tout autant que d'autres « anti-sionistes » du sort des palestiniens, c'est surtout également un moyen de se défouler de leurs frustrations dues au chômage, à la précarité, au communautarisme exacerbé...

     

    image prise sur ce blog

     

    ci-dessous extrait d'un film impossible à monter, et à montrer partout dans la France de 2014


    La danse de Rabbi Jacob par bower91

  • Guêpier moral à Gaza

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    Ce qui me stupéfie toujours quand je lis ces commentaires enflammées sur le Réseau qui semblent tous plus ou moins justifier que la seule réponse à la violence et à la haine c'est la violence et la haine, c'est cette légèreté inconsciente ou pas avec laquelle les uns ou les autres parlent de ce qui se passe en ce moment à Gaza, en profitant surtout pour se ranger dans le camp de ceux qu'ils estiment être les « gentils », boutant le feu à la guerre, de loin, bien au chaud, bien planqués, sans se soucier que cette guerre car c'en est une tuent des hommes, des femmes, des enfants, et la plupart du temps des innocents. Il s'agit surtout d'un côté ou de l'autre, excepté quelques âmes sincères, j'espère qu'il y en a une ou deux, de se mettre en valeur sur son « fècebouc » ou « touitteur ».

     

    photo ci-dessous prise sur "Tribune juive"

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    Je les connais bien ces « robins des bois » politiques, je suis allé avec l'un d'entre eux à Gaza qui se conduisait en colonisateur qui du haut de sa grandeur consentait à aider des pauvres bougres en somme, et je me souviens de cet autre qui ne s'émouvait pas plus que ça qu'une vieille dame palestinienne soit mise en joue à un contrôle de police israélien par des gosses que cela faisait rire. Ils virtualisent ces terres violentes, turbulentes et finalement attachantes qui sont « mes » terres saintes, tout comme ces pèlerins qui ne concevaient pas que des personnes vivent et souffrent à côté des Lieux saints, souffrance à laquelle beaucoup était simplement indifférents, comme la plupart des catholiques français sont indifférents au sort des chrétiens orientaux, ne s'y intéressant pas tant qu'on les laissait se balader dans leur Disneyland biblique ou évangélique à leur guise, parmi eux il y en avait pour prétendre que "oui d'accord mais eux se situaient sur un point de vue spirituel", ce qui excusait tout à leurs yeux.

     

    Sur le Net donc mais pas seulement, l'on est sommé par les partisans de l'un ou l'autre côté de prendre absolument parti pour les palestiniens contre les israéliens, ou pour les israéliens contre les palestiniens, d'aller même comme d'aucuns le font à suggérer que l'éradication de tout ou partie des adversaires désignés est la seule solution pour se sortir de ce conflit qui dure depuis des décennies au Proche Orient, conflit totalement absurde sur un territoire grand comme la Normandie, absurde car les peuples qui habitent cette terre sont obligés selon la logique des choses, et la raison, de vivre et travailler ensemble dans une fédération laïque à plus ou moins long terme. Ceux qui font autant de concessions sur le voile, le statut des femmes, les prescriptions alimentaires en France feraient bien d'y réfléchir à deux fois de temps à autres...

     

    Il n'y a pas d'autres alternatives hormis la guerre et une guerre totale, qui touche d'abord comme on le voit à Gaza non les terroristes mais les femmes et les enfants, sans parler des minorités chrétiennes bombardées à Khan Younès ces derniers jours. Rappelons aussi que les tirs de roquettes palestiniens sur Tel Aviv ou Jaffa tuent des personnes toutes autant innocentes.

     

    Je suis toujours effaré d'ailleurs quand j'entends parler dans les médias « des juifs » israéliens, qui sont loin d'être un tout, israéliens qui ne sont pas tous juifs d'ailleurs, mais qui se rassemblent dans quatorze communautés distinctes et parfois antagonistes, et « des » palestiniens très différents dans leurs aspirations d'une région à l'autre, de Ramallah à Gaza et de Gaza à Naplouse ou Jérusalem, les uns plus laïcs que les autres, et subissant plus ou moins l'influence du Hamas qui est une association de criminels qui n'ont pour d'autres visées que l'argent que leur rapporterait la gouvernance des territoires, se servant des aspirations légitimes à la liberté des palestiniens, de leur désespoir.

     

    Le Hamas, tout comme le Hezbollah, deux mouvements financés au départ par le Mossad et les américains, sont d'ailleurs les meilleurs ennemis des israéliens pan-sionistes, leur fournissant en somme l'alibi et le prétexte indispensables aux colonisations et au non-respect des résolutions internationales, les seuls interlocuteurs favorisés par les occidentaux aussi par sottise et ignorance. Montrer les photos des blessés, en insistant sur les plus horribles, montrer les effets des bombardements sur Gaza qui sont effectivement meurtriers, c'est aussi donner un peu plus de pouvoir au Hamas, impliquer des vexations un peu plus grandes pour les travailleurs palestiniens qui chaque jour passent le passage d'Erez. On ne comprend pas, est-ce la bêtise, l'intérêt, l'allégeance aux qataris et aux saoudiens mais les interlocuteurs toujours favorisés par les occidentaux en terre d'Islam sont les musulmans les plus intégristes, comme les frères musulmans en Egypte, les autres mouvements étant toujours dédaignés sans parler des chrétiens orientaux à qui l'armée US envoyait des missionnaires évangélistes...

     

    C'est un peu le même piège dans lequel beaucoup se sont précipités au moment des prémices de la « rébellion » syrienne et autres « printemps » arabes, et dans lequel ils sombrent encore aujourd'hui ramenant la haine sous nos latitudes car en France dans nos banlieues, la question palestinienne est cruciale pour les gosses des « cités » et leurs parents. Elle entraîne de plus en plus dans celles-ci une judéophobie extrême et dangereuse que les beaux esprits refusent de voir la cantonnant à quelques « skins » bas du front...

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    image ci-contre site de la Reppublica

     

    Les israéliens et leurs partisans, dont certains se fichent bien d'ailleurs percevant ce pays comme un « porte-avion » occidental en territoire ennemi, appelant le fameux « choc des civilisations » de leurs vœux, un choc qu'ils souhaitent tant que cela ne les touche pas, restent dans un autisme total ou presque en appelant au souvenir de la Shoah pour éteindre toute discussion, considérant que le désir de sécurité tout à fait légitime de leur état certes justifie tout, et en particulier l'utilisation d'armes lourdes et modernes contre des civils moins bien équipés. On peut douter raisonnablement, sachant que cela est connu, que lorsque les maisons des chefs du Hamas sont bombardées ceux-ci soient encore dedans, on peut penser que les habitants abandonnés dans ces bâtiments sont des « boucliers humains ».

     

     

    Je me souviens très bien de ce que provoquait les prises de positions des uns et des autres, quel que soit le côté, concernant le Proche Orient, quand je vivais à Jérusalem dans la Vieille Ville : la violence, la haine, le chaos, et ce encore une fois quelles que soient les bonnes intentions.

  • « Si je t'oublie Jérusalem... » - Fragments d'un journal en Palestine 21

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    jerusalem20.jpg« Si je t'oublie Jérusalem... », ainsi commence le fameux psaume dans lequel les juifs du monde entier exprimaient leur nostalgie de leur Terre Sainte, et leur espoir d'un jour y retourner, et aussi qu'ils n'oublieront jamais cette ville qui a été au fond de leur cœur et de leur âmes pendant les centaines d'années qu'a duré la diaspora. Je partage cette nostalgie de cette terre, non pas pour les monuments, y compris l'amas hétéroclite qu'est le Saint Sépulcre, les souterrains d'Har Meggido, ni même pour le « Kotel », le mur des Lamentations, le temple d'Hébron, ou le « Dôme du rocher », non pas pour les paysages, du désert du Jourdain aux collines de Galilée, le mont des Béatitudes, les rives du lac de Tibériade ou l'eau claire de la Méditerranée, le sommet du Sinaï le soir du 31 décembre 1998, ni même pour le climat incitant à prendre conscience que la création est magnifique, que la beauté est tout autour de nous mais que bien souvent nous ne savons pas la voir.

     

    Les monuments sont tous construits sur les emplacements des lieux réputés saints des trois grandes religions monothéistes. Ces emplacements sont presque tous faux, ils n'ont donc guère de sens, guère de réalité, hormis la prière des croyants au long des siècles, mais ils ne sont que des vestiges d'utopie, de rêve de conquête et de bonheur universel, des lambeaux d'idéaux auquels les croyants confits dans la graisse du sur-consumérisme croient, dans leur grande majorité, encore à peine.

     

    Ce que je retiens de Jérusalem et de ces terres dites saintes, c'est la profonde humanité des personnes que j'y ai rencontrées, une humanité turbulente, à fleur de peau, parfois se manifestant par des accès des violences mais une humanité tangible, de tous les instants, une humanité qui est pourtant méprisée et rejetée en Occident progressiste de progrès et technocratique, festiviste et spectaculaire, libéral et libertaire, certains appelant même de leurs vœux une post-humanité, voire même une trans-humanité enfin libérée des contingences tellement insupportables à leurs yeux des émotions, de l'individualité aussi, ils rêvent de voir leurs semblables fondus dans un « grand tout » aux contours flous leur semblant toujours plus préférable pour eux qu'exercer leur liberté.

     

    Ils sont tout aussi détestables que les fous rêvant de théocratie dominatrice et violente, ces fous qui font mourir à force d'embrigadement et de matraquage le sourire sur les lèvres des enfants qu'ils entrainent dans leur sillage de mort. Je pense particulièrement à toi, Wafa, étudiante qui n'avait jamais assez de travail, qui avait soif de connaissances, qui voulait t'ouvrir à la culture française dont tu aimais passionnément la langue, les livres, les films. Je veux croire que c'est le désespoir qui t'a poussé au début de la deuxième Intifadah à te rendre la taille ceinte d'explosifs à un « check point » pour mourir et tuer un maximum de personnes et obéir à ceux qui détestaient ta soif de connaissance, ton amour de la littérature, les fanatiques ont ceci en commun avec les idéologues de tout poil, les petits bourgeois festivistes et les esclaves volontaires du tout-économique.

     

    Il y avait beaucoup de ces aveugles à Jérusalem, traversant la ville au pas de course les yeux comme chaussés d'oeillères, ne voyant que ce qu'ils voulaient voir, refusant le réel, des touristes-pélerins aux pélerins-touristes. La plupart ne supportait que l'endroit ne soit pas une sorte de crèche vivante figée dans leurs propres fantasmes, dans leur vision erronée du réel, une vision satisfaisant leur haine de l'autre, leur haine de tout ce qui aurait pu les en détacher, à commencer par la douceur de vivre.

     

    Les imbéciles ne percevaient jamais la sensualité étonnante des paysages de Judée, une sensualité lumineuse, ouverte au partage, les myriades d'enfants de Palestine courant dans les rues, riant, s'amusant de tout malgré leur misère pour la plupart. Ces gosses n'ont guère changé depuis la naissance du fils unique d'un homme âgé et de sa toute jeune femme dans la mangeoire d'un caravansérail surpeuplé de Bethléem. On imagine les vieilles dames discutant sans fin du bébé, de sa naissance, de la mère, du père, les bergers riant et partageant du vin de leurs outres, appuyés sur leurs bâtons et les vieux au regard de sagesse millénaire hochant la tête...

     

    Parmi les chrétiens, il en est qui oublient même que si le sauveur auquel il croit s'est incarné, ce n'est pas sans signification. Non, ils se rêvent en purs esprits, et oublient de se rappeler que leur foi devrait les pousser à l'altérité, à l'empathie de tous les instants envers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Je me souviens de cet ecclésiastique parisien, grand, mince, très chic, intellectuel distingué, m'affirmant qu'il fallait absolument vivre ce que l'on vivait à Jérusalem d'un point de vue « spirituel » et non de ses sentiments, si l'on suit sa révolte jusqu'au bout, y compris en définitive la compassion et la révolte face aux situations constatées.

     

    Selon lui, on ne pouvait être « simplement humain »...

     

    Sous nos cieux progressistes et modernes, quand un individu voit un pauvre dormant dans la rue, souffrant de la faim, la plupart du temps il passe son chemin en feignant ne rien avoir vu, il n'y peut rien si ce pauvre est à la rue, il n'est pas responsable se justifiera-t-il. Au mieux, il appellera la police ou le « Samu social » et passera son chemin. Dans tous les quartiers de Jérusalem Est, où le salaire moyen est de 200 dollars, il y avait une maison d'accueil des miséreux, leur proposant un toit pour chaque nuit et à manger.

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    Le Christ, c'est l'Evangile qui en témoigne, s'est ému de la mort de son ami Lazare, du manque de vin et de la tristesse pouvant saisir les invités d'une noce, de la sottise des marchands du temple, leur avidité aussi. Il n'a pas considéré tout cela d'un œil seulement spirituel et dégagé de tout humanité, il a été « simplement humain ». De plus, il ne considérait pas les repas de fête, ou les festivités auxquels il participe souvent, comme des divertissements insupportablement hédonistes et matérialistes, mais comme des moments de convivialité et de partage d'une profonde humanité que ce soit à l'ombre du sycomore de Zachée à Jéricho, que l'on peut prétendument encore voir à la sortie de la ville en direction de la Jordanie, ou dans le Cénacle sur le mont Sion.

     

    Même si bien souvent, à défaut d'être réellement humain, l'homme est surtout un primate lamentable, rien ne vaut son humanité. Et même « si la vie ne vaut rien, rien ne vaut un être humain » ainsi que le disait Hélie de Saint-Marc dans ses « Mémoires de braise ».

     

    image du haut prise ici (photo de Muslim Harij)

     

     

    image du bas empruntée là (photo de Yael Hermann)

  • Bethléem de Judée et de Palestine – Fragments d'un journal en Palestine 20

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    Alors que nous étions devant la Basilique de la Nativité à Bethléem avec un ami qui se prétend agnostique voire athée mais que je « soupçonne » de croire dans l'intimité de son cœur, celui-ci saisi par la douceur du climat, la puissance de la mémoire du lieu, la sensualité de l'atmosphère, presque charnelle, son humanité, m'a dit la voix vibrante d'émotion « qu'il s'était certainement passé quelque chose d'important pour le monde ici », dans ce tout petit village alors que résonnait juste après les cloches de la paroisse grecque catholique la plainte nostalgique du « muezzin »...

     

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    J'ai laissé une partie de mon cœur, de mon âme, de ma chair à Jérusalem, où j'ai vécu deux ans, en Terre dite Sainte où l'attitude des croyants des trois grandes religions monothéistes est quotidiennement un scandale, à moins que ce ne soit justement dans cette humanité, j'insiste, certes turbulente exprimée souvent par les peuples vivant là-bas par un accueil que je n'ai jamais retrouvé en France ; on est beaucoup plus suspicieux et méfiant en France, on a perdu l'habitude de l'empathie ou de l'altérité toute simple, on ne sait plus trop comment faire perdant le plus clair du temps à consommer.

     

    Ces peuples de Terre dite Sainte incarnent au sens propre, de manière tangible un des aspects les plus importants de la foi chrétienne, l'Incarnation justement, ce que les chrétiens ont tendance à ne pas voir, les chrétiens d'Occident en particulier qui voient plus leur foi comme une hygiène mentale qui s'arrête au parvis des églises, un « coaching » sympathique qui permet parfois de se défouler dans de grands rassemblements sur-affectifs, mais ils croient à peine en 2013, vivant pour beaucoup dans la terreur de sortir du lot commun, d'avoir une image négative auprès des arbitres des élégances politiques et amorales.

     

    Comme je conchie (c'est pour toi Anne D.) tous ces chrétiens se proclamant spirituels, mystiques « laveurs de vitres », en communication directe avec Dieu à les entendre, qui affirment sans rire qu'à Noël il ne faut pas trop faire la fête, pas forcément manger mieux que d'habitude, encore moins boire, qu'il ne faudrait pas s'offrir de cadeaux car cela est à leurs yeux matérialiste et, je cite, « pervers » ! Ils oublient que les personnes seules, les pauvres, les malheureux c'est justerment ce genre de moment de partage et d'échange matérialistes qu'ils attendent d'eux, et non de belles paroles qui permettent de rentrer ensuite vers son confort l'esprit déculpabilisé afin d'en profiter au mieux.

     

    Si tu réfléchis bien ami lecteur, un être humain sans passions, sans idéaux, sans foi pour le guider, donc prenant le risque de la violence et de l'affrontement, serait paradoxalement un crétin parfait, docile et corvéable à merci. Cela ne signifie pas pour autant que je ne souhaite pas plus de paix, de justice et d'équité, mais dans le respect de cette humanité et non en la niant ou en la rejetant ou nom d'une technocratie ou d'une théocratie qui sont les deux faces de la même médaille.

     

    Et les deux Noëls que j'ai passé sur cette terre du Proche Orient, je les ai vécus à Bethléem qui est encore maintenant un bled méprisé, un patelin de banlieue à huit kilomètres de Jérusalem (j'y allais parfois à pieds). Je n'étais pas très chaud au départ pour la messe de Minuit à la Basilique de la Nativité, vois-tu ami lecteur on ne le dirait pas mais je suis un bien piètre paroissien, les célébrations qui s'éternisent, qui durent des plombes pour qu'à la sortie on quitte son voisin de chaise sans même qu'il pense à vous serrer la main, cela m'a toujours profondément agacé.

     

    De plus, j'appris avec horreur que pour y assister, il faut attendre trois ou quatre heures enfermés dans l'enclos de l'église de la Nativité pour espérer avoir une place à l'intérieur ; inutile d'espérer être assis, les places assises étant pour les « huiles » (d'olive en Palestine bien entendu), dont le Consul de France toujours au premier rang à côté du représentant des palestiniens, en 98 et 99, Yasser Arafat. Comme nous étions juste derrière lui la deuxième année, cela nous a valu de passer en direct sur CNN pendant la retransmission de la messe durant quatre heures et donc a certainement augmenté la durée de notre interrogatoire à l'aéroport « Ben Gurion » à notre départ d'Israël.

     

    Les deux fois, j'ai passé l'après-midi avec Marc, aimable géant débonnaire de deux ou trois têtes de plus que moi, un ogre aimable qui se donnait des airs féroces pour tromper l'ennemi sans tromper jamais personne. Avec lui, le petit Poucet ne craignait rien, Marc aurait eu toutes les attentions délicates dont il est capable pour lui faire plaisir, et je ne suis même pas certain que le sale gosse lui en aurait été reconnaissant. Nous déambulions parmi les échoppes provisoires sur la place de la Crèche, « Manger Square », en nous moquant des touristes-pèlerins se faisant arnaquer par les marchands locaux, avec toute la politesse sucrée dont les orientaux sont capables, pour des babioles soit-disant « artisanales » fabriquées à la chaîne à Beit Jalla, juste derrière la place « de la Crèche ».

     

    Le pape actuel et les prêtres au moment de Noël, les fidèles préparant les textes en France, évoquent beaucoup la joie de cette fête chrétienne, celle du moins que devrait partager les croyants avec leurs semblables, leurs frères. Mais que cela semble difficile à mettre en œuvre, que cela semble titanesque, un travail de Sisyphe. Pendant la célébration que nous suivions debout, dans la cohue des photographes et des caméras de télévision, nous la ressentions, nous la vivions réellement, nul besoin de grand discours, là-bas elle allait de soi pour des chrétiens pourtant entre le marteau de l'armée israélienne et l'enclume du « Hamas ».

     

    Faudra-t-il que les chrétiens occidentaux vivent la même situation pour enfin comprendre ?

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    La première fois, la toute petite femme de Marc, à la voix toute douce, toute gentille, mais beaucoup plus autoritaire que lui, nous entraîna à une deuxième célébration au « Champ des bergers », nous nous perdîmes en route, ce fut une « Jeep » bleue de la police palestinienne qui nous y emmena, puis à une troisième à la crypte de Saint Jérôme, à l'emplacement historiquement exact de la crèche. Je rentrai au petit matin à pied à Jérusalem, ce qui me permis ainsi qu'à Eric, mon complice parti plus tôt en catimini de la troisième célébration, de voir avec bonheur le soleil se lever tout doucement au dessus du « Haram es sherif » et du « Kotel », juste à la lisière du « Mont des Oliviers ».

     

     

    C'est aussi pour cela que chaque fois que je regarde une image de cette terre, un film, que j'entend parler arabe ou hébreu, j'ai le cœur qui bat un peu plus vite, c'est alors qu'au moins en esprit, j'y suis de retour. J'ai trouvé en cette région du monde pourtant toute petite ma terre sainte, sainte parce que l'on y voit plus qu'ailleurs la beauté de l'être humain et que l'on y goûte un peu plus qu'ailleurs, car face à la haine imbécile, d'où qu'elle vienne, c'est indispensable, la beauté de la Nature.

     

    A celles et ceux qui ont vécu également tout cela, je promets qu'un soir ou l'autre, nous trouverons bien du temps pour nous retrouver à Saint Louis, Sainte Anne ou à l'orée de Ramallah...

     

    image du haut, "Manger Square" le soir du 24 prise ici , sur le site de radio canada

    image du bas, le même endroit un peu plus tard, ou plus tôt, empruntée au site de RFI

  • Fragments d'un journal en Palestine 19 – La nuit à Jérusalem

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    Après deux mois d'interruption la suite de mon journal à Jérusalem...


    0211123608.jpgLa nuit à Jérusalem était toute aussi complexe et diverse que la ville. Elle était dangereuse, claire, bruyante, violente, mystique, sacrément profane, délicieuse et dure, douloureuse et joyeuse. Avant l’Intifada les marchés restaient ouverts parfois jusqu'à une heure du matin, la ville continuait à vivre le crépuscule tombé. « Tsahal » et les services spéciaux de l'armée, la police israélienne, avaient imposé un couvre-feu, pas toujours respecté par les petits vendeurs à la sauvette, ou ceux qui marchandaient des paires de lunettes de soleil ou de paquets de cigarettes souvent contrefaits « tombés du camion ». Perdant, je ne sais pourquoi, régulièrement mes lunettes de soleil, je profitais souvent de l'aubaine.

     

    L'avantage d'être du quartier est qu'au bout de quelques temps, j'avais le droit aux prix « locaux » ainsi que je l'ai déjà dit voire que l'on me demandait d'amener des clients supplémentaires à qui l'on me promettait que l'on ferait bien entendu de « bons » prix.

     

    Il ne faisait pas bon pour les « colons » des environs, les ultra-religieux américains ou européens faisant leur « aliyah » et emménageant dans des maison en brandissant parfois des contrats datant de la période ottomane, de se promener tard le soir, l'un d'eux, trois jours après mon arrivée fut retrouvé mort dans une ruelle non loin de « l'Ecce Homo » car il s'était aventuré dans les rues de la Vieille Ville trop tard et sans protection, ce qui m'a dissuadé quelques temps de rentrer à des heures tardives, puis j'ai compris que le « téléphone arabe » n'était pas une légende, et que tout le monde savait qui j'étais, où j'habitais, et ce que je faisais à Jérusalem, et je compris que je ne risquais strictement rien.

     

    Comme tout est là-bas infiniment nuancé, un israélien qui se promène le soir dans la Vieille Ville ne risquait rien non plus, comme nous l'avons prouvé à de nombreuses reprises à des amis venant de « l'autre côté ». Il y avait toujours cette peur, cette terreur des palestiniens dont certains côté occidental ne connaissaient strictement rien. Je me souviens de cette dame en voiture, longeant la porte d'Hérode, nous hélant car elle entendait les pétards de la fin du Ramadan et croyant à la guerre civile nous enjoignait de nous enfuir avec elle tant qu'il était temps. Nous eûmes toutes les peines du monde à la convaincre que c'était anodin.

     

    Je me souviens également de cette soirée où rentrant d'un repas bien arrosé dans un des cafés de la rue Ben Yehuda, zigzaguant un peu dans les rues déjà tortueuses de la Vieille Ville nous rentrions finalement sans encombres chez nous sous le regard réprobateur des deux « hassidim » priant sans relâche pour le salut de notre âme en perdition à la sortie de l'établissement de boissons.

     

    Un des petits voleurs de la « Via dolorosa » constatant notre état éthylique avancé nous offrit obligeamment un café bien serré que nous bûmes à la lueur des étoiles sous la muraille. L'ivresse étant toujours un voyage, nous décidâmes de continuer à en profiter et montant sur le toit des bâtiments de l'ancien séminaire des « Pères Blancs », où j'habitais, et dont je disposais à moi tout seul six mois de l'année, nous attendîmes le lever du soleil et les premiers rougeoiements du soleil sur le Mont des Oliviers et au loin sur le désert de Judée. Nous fîmes de même le premier soir de Noël, nous asseyant face à l'esplanade du Temple et au Dôme du Rocher.

     

    Aller prendre un pot, un verre, ou quoi que ce soit d'autres, à Jérusalem, sans que cela ne soit lié à un militantisme religieux ou politique, sans que cela ne soit lié à un événement communautaire, était de l'ordre de la transgression, voire même de la subversion, même seulement par goût gratuit et désir de convivialité, l'envie de se retrouver ensemble sans raion idéologique ou mystique particulière, ce que nous faisions régulièrement dans des cafés du quartier chrétien, seuls autorisés à vendre de l'alcool dans la Vieille Ville, ou rue Ben Yehuda dans la ville occidentale, dans le quartier dit des « artistes » de Jérusalem, quartier également très marqué par son identité religieuse.

     

    Personne n'a idée de l'importance de ce que certains faits et gestes, dont notre art de vivre, qui nous paraissent quotidiens, anodins, sans gravité peuvent prendre dans des pays marqués par la haine et la violence une signification toute autre. Ceux parmi nous qui sortaient régulièrement en ville étaient considérés par des païens par d'autres pélerins et membres de communautéqs dites « nouvelles » qui perdaient souvent la tête et le sens des réalités à vivre dans un endroit qu'ils fantasmaient, mais dont ils ne voyaient jamais le réel, et qui ne respectaient pas les personnes y habitant sensées se conformer à leur vision de « la Ville ».

     

    Combien de fois avons-nous été sermonnés par ces bons apôtres sur le fait que l'alcool ne fait pas forcément la fête, que l'on peut s'amuser sans, que cela nous mènerait à la corruption de nos âmes mais que « Dieu nous aimait quand même » etc...

     

    Cela ne les empêchait pas ces bons apôtres de venir malgré tout à Sainte Anne ou Saint Louis apprécier les bons produits dont de bons vins que nous partagions à chaque fois que l'un d'entre nous revenait ou arrivait de France, ou bien qu'il recevait en colis souvent « suspect » aux yeux des douaniers étant donné l'odeur s'en échappant de temps à autres lorsque nous recevions des fromages non « kasher ».

     

    Et même, même dans ces quartiers réputés de « perdition », où l'on pouvait aussi fumer à loisir le « nargileh » affalés sur des coussins comme un sultan des « Mille et une Nuits », ainsi à « l'American colony », réputés plus libres, plus ouverts, les jours de fêtes juives, chrétiennes et musulmanes et les interdits rigoureux qui les accompagnent sur le plan alimentaire et celui de la boisson étaient respectés à la lettre.

     

    Les restaurateurs et cafetiers ne le faisaient pas toujours par réelle conviction mais aussi et surtout pour éviter d'être la cible des agressions des milices se réclament de la pureté religieuse et nationale des uns ou des autres. Ces prescriptions allaient souvent jusqu'à l'absurde, y compris dans les officines de restauration rapide où la sauce chocolat des « sundae » était versée à part, en catimini par les employés des « MacDonald's » et pizzerias après que l'on en fait la demande discrète, de même lorsque nous achetions de l'alcool local dans les magasins du quartier musulman.

     

    Il y avait une boîte de nuit à Jérusalem, une et une unique « boîte » dans les anciens sous-sols d'une banque, régulièrement saccagée, régulièrement mise à sac par les « haredim » et ultra-sionistes. Nous nous aperçûmes comme je l'ai déjà dit que ceux-là ne s'interdisaient cependant pas de fréquenter des maisons closes « orthodoxes » où l'apparence des règles était respectée (signature d'un contrat de mariage bidon avec la prostituée, ou le prostitué à l'entrée, signature d'un contrat de divorce tout aussi fictif à la sortie).

     

    shila21.jpgLa nuit était bien sage dans la Ville sainte comparé à Ramallah. Là-bas, tout paraissait calme et silencieux de l'extérieur, mais lorsqu'on empruntait un ascenseur d'immeuble apparemment comme les autres pour le dernier étage de quelques bâtisses du centre-ville, l'on tombait sur des fêtes plus animées, la nuance étant que les palestiniens ont en musique des goûts très « kitsch », très sentimentaux, presque « rose-bonbon ». On n'y buvait pas forcément de l'alcool mais l'ivresse des « nargilehs » le remplaçait aisément. A Ramallah, la fête, la convivialité, étaient plus une urgence, une nécessité pour oublier les « check points », les « barbus », les vexations, la bêtise crasse des uns ou des autres en général.

     

     

    Le ciel au-dessus de la ville la nuit était toujours clair, d'un bleu un peu sombre, les étoiles toujours là au firmament ainsi que du temps des bergers bibliques. Contemplant la voûte céleste, au delà des collines qui entourent la ville dite sainte, on pouvait croire que le monde entier était tout autour, juste derrière la courbure de l'horizon. Aucun endroit sur terre ne paraissait inaccessible. On ne ressent pas cette impression de ville au milieu du monde, au cœur de la planète partout, on ne le ressentait pas pendant la journée, mais le soir, et la nuit claire permettaient de le percevoir un peu mieux.


    image du haut prise ici

    image du bas, café de la rue Ben Yehuda pris ici

  • L'autiste qui voyait des antisémites partout...

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    Dédié à Arnaud qui a raté une "bonne fortune" par ma faute, et d'autres croisés côté pseudo-"sioniste" (souvent surtout musulmanophobe) et sur l'autre rive, pseudos-"antisionistes" (souvent surtout judéophobe)...

     

    Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. »


    Ami lecteur, tu le croirais à peine, mais un jour que je parlais de mon expérience en Palestine, je me suis fait sonorement traiter d'antisémite par une jolie brune au décolleté plongeant, ce qui me valut le courroux de l'ami qui m'invitait ce soir-là car il avait des intentions galantes voire plus si affinités envers cette personne charmante au demeurant (qui faisait les mêmes raisonnement sur la questions que les auteurs du dossier du "Nouvel Obs" en illustration, voir ci-contre).


    Tu vas rire, ami lecteur, mais un peu plus tard, alors que je faisais part de mon enthousiasme à découvrir l'ouverture d'esprit et la culture des habitants de Tel Aviv ou Haïfa, je me faisais traiter d'islamophobe et l'on me soupçonna d'être un agent dormant de la « Hasbara »...

     

    Plutôt que de me lancer dans une longue tirade justificative maladroite comme beaucoup d'antisémites, des vrais, dont beaucoup de prétendus « antisionistes » du Net ou d'ailleurs (rires), savent le faire :

    « Je ne suis pas antisémite, je respecte beaucoup le judaïsme, d'ailleurs j'ai de très bons amis juifs etc... » ; j'ai préféré demander à la personne qui me décernait cette épithète ce qui la justifiait selon elle dans mon propos.

     

    C'était simple, j'avais dit que j'étais à Jérusalem en Palestine, dans un des quartiers palestiniens de la Ville. Dire cela à ses yeux c'était être antisémite et coupait court à toute discussion, ce qui revient à dire donc que les israéliens juifs membres de « Gush Shalom », ou « Peace Now », qui militent activement chaque jour pour la paix entre israéliens et palestiniens sont donc dans la haine de leur propre identité.

     

    Et racistes.

     

    C'était oublier aussi quand même que 20% des israéliens, ce qui fait quand même du monde, ne 


     
    relève pas du tout du judaïsme. Mais c'est ainsi, il ne s'agissait 

    même pas d'une critique embryonnaire de la politique d’Israël envers ses voisins ou envers la Palestine, mais de constater que la Palestine existe, ainsi que les palestiniens. Selon les partisans d’Israël pour qui cette critique est forcément antisémite, cela tient du fait qu’Israël est un pays souverain, ce qui est tout à fait exact, et que donc un autre pays souverain ne peut se permettre de le critiquer, ce qui signifierait que celui-ci se donnerait une autorité ou un pouvoir indu sur l'état hébreu. Les mêmes, tu l'as souvent constaté comme moi ami lecteur, parfois dans la même phrase, s'empresseront de critiquer la politique de tous les autres pays.

    Contradiction assez importante qu'ils ne remarquent même pas.

     

    Poussés dans leurs derniers retranchements, et à bout d'arguments, les mêmes invoquent alors la Shoah qui justifieraient selon eux que les soldats de « Tsahal » se comportent avec les palestiniens aussi mal que les soldats du tsar avec les habitants des « shtetls » de l'Europe de l'Est, par exemple. Ces partisans jusqu'à l'autisme d’Israël, qui voit de l'antisémitisme partout, sont au fond leurs pires ennemis. Car l'antisionisme frauduleux qui se développe depuis plusieurs années en France et ailleurs en Europe de l'Ou

    politique,société,judaïsme,antisémitisme,israël,palestine

    est, dans une certaine extrême-gauche mais aussi dans les quartiers dits difficiles où la population musulmane est importante, la question palestinienne y est centrale, relève plus ou moins de leur responsabilité et de leur compulsion à considérer que toute ébauche de discussions sur les palestiniens est forcément une manifestation de judéophobie proche du nazisme.

     

    Et il est maintenant bien tard, excepté des initiatives comme par exemple celle du père Shufani qui emmena des jeunes palestiniens à Auschwitz pour leur faire prendre conscience de ce que les grands parents ou parents des juifs ayant fait leur « aliyah » avaient pu vivre comme traumatisme. Et il fit visiter également des camps de réfugiés palestiniens à de jeunes israéliens pour leur montrer ce que vivait des adolescents comme eux juste en face de chez eux.

     

    Ne se baser que sur l'émotionnel et l'affectivité pour interdire toute polémique, qui un énième témoignage prétendant à chaque fois rompre le silence qui l'est, rompu, depuis longtemps, sur la « Shoah », qui un rappel solennel au risque de retour des fameuses z-heures les plus sombres (TM°) pour éviter toute discussion sur Israèl, ne mènera pourtant qu'à exacerber les tensions et les haines un peu plus. Et pas seulement en Israèl ou en Palestine...

     

     

    A l'inverse, et pour être équitable jusqu'au bout, ne se baser que sur le poignant et le sur-affectif, sur l'anathème ronflant et les grandes et belles déclarations pseudo-humanistes pour défendre les palestiniens ne mènera également nullement à la paix...

    Couverture du "Nouvel Obs" prise ici

    La couverture de "Hitler = SS" de Vuillemin et Gourio est prise sur BDZoom

  • Fragments d'un journal en Palestine 18 – Le complexe d'invulnérabilité

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    colonie-israelienne-cisjordanie.jpgAu bout d'un an à Jérusalem pour quelques uns, Ramallah et Zabadeh près de Naplouse pour d'autres, tous en Terre dite Sainte, les uns au cœur de la Palestine, les autres à la lisière avec Israël, nous avons fini par développer ce que beaucoup de correspondants de guerre décrivent dans le cadre de leur profession, à savoir une grande inconscience face au danger et un certain complexe de toute-puissance et d'invulnérabilité. Nous prenions parfois des risques insensés, et continuions de le faire même si parfois le réel se rappelait durement à notre souvenir.

     

    Ainsi, l'un de nous, Éric, professeur de français à Ramallah, instituteur en France, traversait les territoires sans aucuns papiers officiels, passeport ou quoi que ce soit, la plupart du temps, ne s'arrêtant à peine aux « check points » qui, certes, le voyaient passer quotidiennement. Et bien entendu, ce qui devait arriver, et un jour il fût interrogé quelques heures et son identité dûment vérifiée. Il dût son salut à beaucoup de chance, à sa personnalité sympathique, selon lui, à son culot monstrueux selon nous, un culot parfaitement calme et tranquille. Je ne le blâmerai pas là-dessus puisqu'au final nous avions tous fini par adopter ce genre de comportement dangereux. En clair, nous faisions ce que nous voulions sans nous soucier des conséquences.

     

    Cette liberté de comportement dans notre travail et notre vie de tous les jours, cette ouverture que nous développâmes, nous allions la payer en rentrant plus tard en France, par bien des manières, et ce pour plusieurs raisons l'une d'entre elles étant d'abord et avant tout une jalousie profonde l'expérience incomparable que nous avions vécus en Terre dite Sainte de la part de toutes les personnes se soumettant pourtant à une routine aliénante sans se poser de questions.

     

    Éric avait parfaitement adopté la phrase « fétiche » des palestiniens : « Inch'Allah Bukra Maalesh », qui signifie à peu près qu'il faut prendre chaque moment l'un après l'autre sans trop s'angoisser et laisser faire les choses sans les forcer. Malgré la violence sans cesse présente, malgré la haine, Éric se baladait et rencontrait, et liait amitié sans se soucier des étiquettes, des préjugés ou des lieux communs sur les uns et les autres, toujours curieux de chacun, ce qui ne l'empêchait pas comme nous tous à certains moment de se mettre en colère face à des injustices flagrantes.

     

    Ce fut d'ailleurs lui qui nous proposa d'aller replanter des oliviers en Galilée dans des villages palestiniens à côté desquels des colonies israéliennes s'étaient implantées, arrachant les cultures sous prétexte d'instaurer un « périmètre de sécurité ». Ce n'est pas que nous étions très doué pour cela, nous étions aidés par les habitants des villages concernés, mais notre présence, par peur de nos futurs témoignages éventuels auprès de nos ambassades respectives, et de nos organes de presse, interdisait un nouvel arrachage par la suite.

     

    Éric, avec un ami palestinien, et l'un d'entre nous, Benoît, alla jusqu'à la porte des colonies demander à dialoguer avec au moins l'un des colons pour qu'il nous explique la raison d'une attitude aussi agressive, mais dut y renoncer la rage au cœur sous la menace du « M16 » d'un des gardes armés dans un des miradors entourant « l'implantation ».

     

    Marc et son épouse, Anne-Marie, qui travaillaient avec des malades en soins palliatifs à l'hôpital Saint Louis, que j'ai déjà évoqué pour le « trafic » de cigarettes auquel je me livrais avec Marc, voyageaient généralement, eux aussi, sans aucun passeport, comptant sur leur « bonne étoile ». Anne-Marie présentait un grand contraste apparent avec son mari, géant costaud, gargantuesque et un peu ogre, elle avait une toute petite voix, un physique menu et un ton toujours d'une grande douceur. C'est évidemment elle qui incarnait l'autorité dans ce couple malgré les apparences.

     

    Et quand d'aventure, ils se faisaient contrôler par un militaire un peu plus tatillon ou un policier un peu plus zélé, elle comptait à chaque fois sur un gentil babil qu'elle avait rôdé les trois premiers mois, et qui donnait des résultats satisfaisants puisque jamais ils ne furent retenus plus de cinq minutes, jusqu'à l'abus de trop où ils durent téléphoner au consulat pour se tirer d'affaire.

    Et comme la plupart d'entre nous, ils furent retenus plusieurs heures en douane...

    1083941_3_fce1_vue-generale-de-la-colonie-israelienne-de.jpg

    Avec Alain, coopérant au collège des Frères de la « Vieille Ville », séminariste français d'une grande pondération, professeur de Lettres, nous fîmes une excursion à Hébron afin de visiter le « souk » traditionnel et la « Tombe des Patriarches », juste après plusieurs émeutes graves réprimées dans le sang dues aux quelques dizaines de colons, protégés par l'armée israélienne, installés en plein milieu de la ville sur la base de titres de propriétés datant pour certains de l'Empire ottoman. Nous avions cru prendre des précautions suffisantes en portant nos « keffiehs » palestiniens, et comptions sur les quelques rudiments d'arabe que nous possédions, et sur ceux d'Alain en hébreu moderne, pour nous aider en cas de problèmes.

     

    Nous déambulâmes toute la matinée dans la vieille ville d'Hébron, suivis par des palestiniens, au départ discrets, et de plus en plus nombreux, nous interpellant au début apparemment en plaisantant, puis de plus en plus sèchement, nous montrant des lapins ou des crustacés vendus sur les échoppes du « souk », denrées non « kascher », pour se moquer de nous, étant convaincus que nous étions des colons juifs en goguette nous camouflant peu discrètement. Alain se rappela soudain qu'Hébron comptait plusieurs milliers d'habitants, tous échauffés par la répression militaire des derniers jours, et nous décidâmes d'opérer une retraite prudente vers la gare routière, ou ce qui en tenait lieu, à savoir un gigantesque embouteillage paraissant inextricable au cœur de la cité, bruyant et puant le gasoil.

     

    Par chance, je rencontrais un des élèves de mes cours de français qui se proposa de nous guider dans sa ville, et aussi de nous protéger. Il fut notre garantie. Nous n'en menions pas large....

     

    Benoît et Florence, également enseignants de français langue étrangère, à Zababdeh, petit village chrétien palestinien avaient pris l'habitude de traverser les territoires également quant à eux sans passeports et un temps ne s'arrêtaient même plus aux « check-points » de par leur plaque consulaire qui les en dispensait selon Benoît. Là encore, il arriva un épisode qui aurait dû leur servir de leçon et qui ne fit que renforcer leur culot. Passant rapidement un barrage dans leur « Renault Express » clopinante mais vaillante qui nous avait emmenés au Sinaï avec le père Alexis, un jeune prêtre expatrié hors des normes, ils entendirent derrière eux deux détonations sourdes, deux coups de semonce des soldats du « check-point ».

     

    835052erez.jpgBenoît, lui aussi de tempérament calme et paisible, ne put s'empêcher, alors que nous attendions le bon vouloir des douaniers israéliens au passage d'Erez à Gaza de montrer sa colère face au « tunnel » en tôle réservé aux palestiniens, semé de tourniquets et de barrières espacées de loin en loin de celles que l'on emploie pour les troupeaux et le bétail, ou face à l'unique cabinet de toilettes à destination des ouvriers gazaouis allant travailler en Israël, un « chiotte » chimique de chantier puant à force, jamais nettoyé bien entendu, ou sinon succinctement. Ces toilettes chimiques devinrent pour nous le symbole des conséquences néfastes et bien réelles de l'aveuglement de certains israéliens, et de leurs partisans, dont les gentils chrétiens « laveurs de vitres » des « Béatitudes », sur les souffrances des palestiniens, la réalité et la cruauté de leur sort étant résumés par cette cabane pourtant triviale par sa destination.

     

    Et je me souviens également de notre excursion avec Jean-Charles, sage coopérant de l'École Biblique, avec qui j'allais constater, avec le père Stéphane, un prêtre engagé à la commission « Justice et Paix » de Jérusalem œuvrant pour le respect des droits des palestiniens, les ravages sur les cultures nourrissant jusque là trois familles dus à la construction d'une route, spécialement réservée aux colons, reliant la colonie de « Newe Daniel », proche de Bethléem, à Jérusalem. Nous ne voulions pas céder à la colère, qui mène ensuite trop facilement à la haine, mais le pourtant doux Jean-Charles et moi ne pûmes nous en échapper, nous allâmes devant l'entrée de la « colonie » « en dur » pour réclamer des explications, et subîmes le même sort que les autres pour les mêmes raisons ; la menace des armes et le refus absolu de tout dialogue de la part des « colons », cela contrairement à beaucoup d'autres israéliens, je le souligne malgré tout au passage.

     

    Comme nous étions suivis par la télévision palestinienne, et filmés, il n'y eut pas de coups de feu, mais je pense que nous aussi l'avons échappé belle.

     

     

    Revenus en France, on nous a souvent rétorqués que la connaissance virtuelle de la situation en Israël et Palestine par les livres, les informations, les journaux et Internet valait finalement autant que d'y avoir vécu même longtemps. Cette confusion qui se fait de plus en plus entre virtualité et réalité, que je trouve terrifiante, méconnait simplement le fait qu'avoir ressenti, parfois durement, les évènements, qu'avoir constaté concrètement le vécu des populations, l'absurde du sort qu'elles ont à subir, est incomparable. Certes, tous ceux qui partent là-bas ne le vivent pas aussi intensément, encore faut-il le vouloir et ne pas se fermer à ce vécu, et accepter de remettre en cause ses idées reçues, ses certitudes et opinions bien arrêtées que l'on a sur la question.


    photo de la première "colonie", "Ma'ale Adumin", prise sur ce site

    photo de la "colonie" de "Migron", prise là

    photo de nuit du passage d'Erez prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 17 – Quand les bonnes intentions mènent à des tragédies...

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    0624075157.jpgChaque occidental qui arrivait à Jérusalem avait dés son arrivée, ou après deux jours de présence sur le sol de la terre dite sainte, « La » solution pour que palestiniens et israéliens fassent la paix, de la plus fantaisiste à la presque sérieuse. Toutes ces solutions avaient en commun de relever plus ou moins, à des degrés divers, de la condescendance inavouée on l'espère involontaire avec laquelle les européens et américains considèrent tous les autres peuples.

     

    De par leur attachement à leurs traditions, à leur société « organique », israéliens comme palestiniens étaient également considérés comme des peuples encore un peu arriérés à qui il convient de faire la leçon de morale, de donner la becquée de la sagesse moderne et progressiste dont nos peuples font preuve chaque jour c'est bien connu. Je me rappelle quant à moi qu'il y avait Internet dans le moindre petit village palestinien, bien avant que cela n'arrive dans la plupart des grandes villes françaises.

     

    Chaque occidental, qu'il soit un pèlerin ou pas, avait également son idée bien ancrée sur la légitimité ou non de chacun des peuples et des confessions religieuses présents sur cette terre et rien ne pouvait leur faire changer d'avis, entretenant d'un côté le pan-sionisme, pourtant ultra-minoritaire, excepté certains quartiers, et de l'autre la dynamique des fanatiques du Hamas, également minoritaire, sauf dans certains endroits de Gaza.

     

    Pour les uns comme pour les autres, il s'agissait surtout de se donner des sueurs froides en jouant la révolte, la guérilla, voire la « gué-guerre » civile par personnes interposées, tout en rentrant ensuite chez soi bien tranquillement, montrant aux amis restés en France combien on était un individu courageux et exemplaire, un militant du progrès, invitant si besoin s'en ressentait un palestinien, « bon sauvage » de service pour se donner bonne conscience.

     

    Nous avions guidé de ces occidentaux dans la Vieille Ville de Jérusalem, ainsi que je l'ai déjà évoqué, habillés de pied en cap en « fiers nomades du désert » pour les uns, en juifs plus orthodoxes que des « barbus » de Meah Shearim pour les autres, tous à quelques exceptions notables, se plaignant au bout de quelques minutes dans les rues du « souk », qu'il soit juif, arménien, musulman ou chrétien du « bruit et de l'odeur », le réel de cette ville devenant pour eux insupportable car en contradiction flagrante avec leurs préjugés et infiniment plus complexe « de visu » que ceux-ci, qu'il n'y avait une Palestine mais des palestines, toutes différentes, et parfois antagonistes, pas un Israël mais des Israël, et parfois là encore antagonistes.

     

    Par peur de perdre leur confort intellectuel, la plupart préférait dans la majorité des cas s'en tenir à leurs préjugés de départ, qu'ils avaient dés l'origine. Et toujours l'angélisme et les bonnes intentions aboutissaient à des tragédies. Les deux histoires ci-dessous le montrent.

     

    Une petite fille de Ramallah avait une maladie cardiaque sérieuse, les parents, pauvres, en appelèrent à une ONG occidentale, notoirement pro-palestinienne, afin de trouver une solution et de la guérir. Celle-ci suggéra de l'envoyer en Jordanie à Amman afin de recevoir des soins adaptés, sachant pourtant, comme toute personne habitant Jérusalem que les médecins de l'hôpital de Jérusalem, Hadassah, avaient mis en place un système d'ambulances entre leur établissement et les « Territoires » afin de venir en aide gratuitement aux palestiniens en ayant besoin. Il y eut par exemple cette greffe de cœur sur un nourrisson palestinien, beau symbole de paix.

     

    Ces médecins généreux de « Hadassah » étaient d'ailleurs parmi les « bêtes noires » maudites par les intégristes juifs et ultra-sionistes, mais la plupart des israéliens et des palestiniens n'y trouvaient rien à redire, car cela était synonyme de belles promesses pour l'avenir, autres que la guerre civile. La famille et des proches de la petite fille leur ayant fait cette suggestion raisonnable, l'ONG susdite ne voulut rien entendre par peur que les sionistes ne tirent avantage de la guérison de la fillette, préférant faire appel à un pays arabe, « ami » des palestiniens selon eux.

     

    L'administration jordanienne mit beaucoup plus de temps que prévu à traiter le dossier de la petite fille, multipliant les tracasseries diverses, de par l'absence des « pots de vin » nécessaires pour faire accélérer leur travail selon eux comme il est d'usage dans cette monarchie aux allures de dictature personnelle soft. La santé de la petite malade s'aggrava et l'opération devint indispensable le plus rapidement possible. Les parents affolés emmenèrent leur enfant se faire soigner dans l'hôpital de Ramallah, dans une salle d'opérations non stérile, avec l'aide de l'organisation qui devait aider à l'envoyer en Jordanie.

     

    La petite fille mourut trois jours après à cause d'une infection nosocomiale ayant entrainée une septicémie foudroyante. Voilà où mènent les bonnes intentions et un engagement basé sur des postulats caricaturaux et erronés naissant de l'ignorance de l'histoire de cette région du monde et de sa complexité intrinsèque.

     

    L'autre histoire concerne des pélerins, charimastiques, des « Béatitudes », pour qui la légitimité d'Israël ne pose aucune question, ne fait aucun doute partout en Palestine, de par également la conception messianique des israéliens dans leur ensemble dont les actions sont guidées en somme par le dessein de Dieu. Ces pélerins, prenant comme parole d'Évangile, c'est le cas de le dire, les recommandations éminement politiques du ministère du tourisme israélien qui affirment que voyager dans les « Territoires » est dangereux, désiraient se rendre à Jéricho devant le sycomore de Zachée, pour cela ils demandèrent la protection des militaires car ils étaient un groupe assez nombreux.

     

    C'était juste avant les accords d'Oslo, mais le souvenir de cette excursion et de ces conséquences étaient encore vivaces en 1999.

     

    Leur car entouré de véhicules remplis de soldats, ils se rendirent donc à Jéricho. Ils chantèrent les yeux illuminés, le regard vers le ciel des psaumes en hébreu en se tenant par la main devant le sycomore, affirmant « Dieu t'aime à chaque palestinien goguenard qu'ils croisaient, et regagnant leur car un peu plus exaltés, un peu plus convaincus de l'importance du rôle d'Israël, bénissant le Ciel qu'aucun terroriste ne les ait massacré, tout palestinien étant un terroriste en puissance, voire un blasphémateur car refusant au peuple hébreu son rôle de Messie collectif. Cependant, les habitants d'un camp de réfugiés tout proche, qui avaient entendu les psaumes, qui sont autant de chants nationalistes et sionistes également, ont montré leur colère, colère réprimée dans le sang, et ayant coûté trois morts et plusieurs blessés graves.

     

    jericho.jpgLe tout pour que quelques pélerins occidentaux, pour qui la Terre Sainte était juste un immense parc d'attractions religieux à leur disposition, se fassent en somme plaisir. Ces mêmes « pélerins » se sont installés à côté de la pseudo-Tombe de Rachel juste à l'orée de Bethléem, justifiant involontairement et par sottise la politique agressive des pan-sionistes.

     

    L' « engagement » peut-être sincère de ces personnes évoquées ci-dessus nait de plusieurs causes qui n'ont rien à voir de près ou de loin avec les causes qu'ils prétendent défendre. Pour les uns, il s'agira de combler une insatisfaction, une frustration, pour les autres de se mettre en avant, d'obtenir enfin un rôle central dont on estime qu'il est injustement refusé en Occident, ambition affirmée de nombreux génies « méconnus », la plupart à juste titre, croisés à Jérusalem. Je leur préfère encore les malades atteints du « syndrôme de Jérusalem », plus logiques finalement et moins hypocrites.

     

    Il ne s'agit pas de se dédouaner, mais de ne pas donner de leçons de morale à l'un et l'autre. Ce qui n'est pas facile.

     

    Les solutions politiques n'en seront jamais si elles paraissent imposés. Le noeud du problème c'est Jérusalem et les trois religions, et surtout le Judaïsme et l'Islam, un autre problème c'est aussi l'ignorance crasse de la plupart des pays occidentaux de l'histoire de cette région du monde qui favorisent le dialogue avec les islamistes, au départ minoritaires, du Hamas, au détriment des laïcs du Fatah.

     

    C'est aussi que les occidentaux promettent beaucoup disent beaucoup de choses mais ne font rien concrètement ce qui fait que le Hamas s'engouffre dans la brèche en distribuant de la nourriture gratuite dans les territoires en échange de l'allégeance bien sûr, ou le Hezbollah, au Liban, en proposant une école également gratuite mais là aussi en échange de la soumission des populations.

     

     

    Il aurait fallu aider aussi les chrétiens arabes, une minorité qui pouvait faire le lien entre Islam et Occident, qui souffre de l'indifférence quasi totale des européens, et qui est partie, qui émigre ailleurs n'étant pas aidée sur place du tout, y compris par les chrétiens européens d'ailleurs qui s'en fichent. Il est maintenant très tard, presque trop tard.


    image du haut, hopital Hadassah, image prise ici

    image du bas, Jéricho, image prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine 15 – Histoire du vieux filou

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    mon journal en terre sainte, palestine, israèl, société, guerre, violence, religionsDans mon quartier à Jérusalem, non loin de Sainte Anne, habitait un vieux filou sympathique, qui travaillait aussi pour les « Pères Blancs », Abu Lutfi. C'était une figure de la « Vieille Ville », c'était aussi un vieux filou qui devait savoir parfaitement comment embobiner les uns et les autres avec cet humour et cette conception un peu sucrée de la politesse orientale qui fait qu'on peut se faire plumer très rapidement et y prendre plaisir, que l'on prend vingt minutes pour se dire « bonjour » ce qui n'empêche pas de traiter l'autre de divers noms d'oiseaux une fois qu'il a le dos tourné ou qu'ils ne peut plus entendre.

     

    On ne pouvait lui donner d'âge. A partir d'un certain moment, les vieux en Palestine sont tous des vieillards immémoriaux, des gardiens de mémoire, ils ont tous ce visage tanné par le soleil, ridé comme une vieille pomme. Néanmoins il devait avoir une petite « soixantaine », alerte.

     

    Il connaissait tout le monde, des gosses aux occidentaux, en passant par les policiers israéliens. Il avait la voix rocailleuse du type qui fume trop depuis toujours et qui s'en fiche car cela ne l'empêchait pas de vieillir en forme.

     

    Les jours de Ramadan, il tenait le jeûne deux heures et ouvrait vite une bière après s'être allumé un clope en rigolant, et en prétendant que devant un chrétien comme moi il avait le droit, le tout malgré la désapprobation sévère de ses filles et de sa femme, sur lesquelles il avait peu d'autorité, et de un ou deux employés de Sainte Anne meilleurs musulmans que lui à les entendre, voire des religieuses autrichiennes qui assuraient le service de la maison, linge et repas, pour qui j'étais un de ces jeunes français dévoyés et indisciplinés, une sorte de « libre penseur » qui allait corrompre l'ensemble de la mais, ce qu'elles n'appréciaient guère à une ou deux exceptions, dont une des plus jeunes, qui était à la cuisine qui soignait mes moments de déprime avec un gentil sourire par de la pâtisserie de sa confection qu'elle me faisait passer en douce.

     

    Elle était toute ronde, et rose, des lunettes également rondes posées sur un petit nez en trompette et les joues constellées de tâches de rousseur.

    Elle aurait été à sa place dans une bonbonnière. C'était la petite sœur de Gourmandinet le page gourmand d'un conte de la comtesse de Ségur qui le fait ensuite mourir d'une mort horrible pour le punir de sa gourmandise, la vieille bique.

     

    L'une d'elles, systématiquement, lorsqu'elle et ses consœurs faisait le ménage dans le bâtiment où je logeais, où j'étais seul la moitié de l'année, coupait la petite chaudière à eau chaude alimentant ma douche, prétendant bien sûr à chaque fois l'avoir fait inopinément, sans y penser, ne pas l'avoir fait exprès, sans aucune mesquinerie.

     

    Elles faisaient leurs courses par principe du côté israélien, alors qu'habitant le côté palestinien de la ville, pour la plupart d'entre elles les arabes étaient soit des voleurs, soit des escrocs en puissance, on ne pouvait leur faire confiance. Lors des révélations sur le chancelier Haider, elles invoquèrent un complot, de quelle nature, elles ne le dirent pas, mais n'en pensaient pas moins. Lorsque quelqu'un leur demandait de préciser, elles rappelèrent que nous étions en Israël, et certainement écoutés, et que ce qu'elles pourraient dire pourrait être mal pris.

     

    Le jour de Pâques 2000, alors qu'avec un ami, nous étions censés cuire un agneau entier, acheté dans le souk « sur pattes », ayant tous les deux protestés tous les deux de nos fabuleuses compétences supposées en cuisson artisanale de la viande, Abu Lutfi nous voyant de sa fenêtre dans la cour de Sainte Anne essayant désespérément d'entretenir des braises depuis 7 heures du matin, nous prit en pitié après s'être gentiment payés nos têtes et nous aida à mettre le « méchoui » en route. Depuis, d'ailleurs, nos prétentions sont devenus réellement légitimes. Malgré les réticences des jeunes personnes de la Communauté de l'Emmanuel qui organisaient ce repas de Pâques, nous l'invitâmes bien sûr au repas s'il le souhaitait, voire au moins à partager le dessert ou un café.

     

    Abu Lutfi ne se souciait pas vraiment de politique. Tout ce qu'il voulait, c'était vivre en paix, et pouvoir faire vivre sa famille le plus longtemps possible. Il ne nourrissait pas une grande affection pour les israéliens mais de là à s'engager au Hamas ou dans un autre parti, il y avait loin. Pour lui c'était des politiciens qui voulaient absolument le pouvoir et seulement le pouvoir. Il s'en méfiait comme de la peste, et souriait, goguenard, quand il entendait Zidane, le gardien de l'entrée évoqué juste avant dans ce journal, se lancer dans des discours enflammés, mais le pardonnait de sa naïveté et mettait cela sur le compte de sa jeunesse et de son inexpérience.

     

    Et puis un jour, un de ses fils grilla un feu rouge, ce qui est monnaie courante en Palestine où la seule règle importante dans le code de la route, la seule à vraiment retenir, est qu'il y a ceux qui vont dans un sens et ceux qui vont dans l'autre, et que ceux qui vont dans l'autre sens sont des ennemis qu'il faut contraindre à reculer ou à se pousser quand ils gênent avec forces coups de klaxon et injures diverses et variées. Pour cette infraction, le jeune homme fût jeté en prison après avoir été trainé par deux militaires des services « spéciaux » à béret rouge.

     


    mon journal en terre sainte, palestine, israèl, société, guerre, violence, religionsCandidement, Abu Lutfi crut qu'il pouvait aller voir les policiers et ces militaires avec qui il rigolait souvent dans la rue, qui semblaient l'apprécier, pour plaider la cause de son rejeton dont il blâma le comportement imprudent en voiture, se demandant si au fond ce n'était pas la faute de son garçon qui aurait peut-être mal répondu à un des soldats, ce qui ne se faisait pas pour Abu Lutfi car c'était dangereux ceux-ci ayant la gâchette facile. Il se disait que ce serait l'affaire d'une minute.

     

    Notons que lorsque je m'inquiétais de la disproportion de la peine quant au « délit » commis, un jeune israélien de ma connaissance, s'affirmant pourtant conscient et ouvert aux problèmes des palestiniens, me dit sans rire que « oui mais c'est grave de griller un feu rouge, comme en France ».

    Les deux gosses à peine âgés d'une vingtaine d'années lui répondirent avec mépris, sans aucun égard pour son âge ainsi qu'il est d'usage dans ces régions du monde, lui indiquant de dégager plus loin, qu'ils aimaient bien blaguer avec lui mais qu'il ne fallait tout de même pas se prendre pour quelqu'un d'important. Le vieil homme ne se démonta pas, il savait que ce n'était que des gamins, ce n'était pas si grave et revint à la charge, l'un des militaires le repoussa alors de la main après lui avoir donné une petite tape condescendante sur l'épaule accompagné d'un conseil dédaigneux : « Rentre chez toi Papy ».

     

    Abu Lutfi, à qui cela n'arrivait jamais, se mit en colère, et dit tout ce qu'il avait sur le cœur aux deux jeunes crétins, il leur dit leur arrogance, leur incapacité à faire l'effort d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe, à se comporter d'abord et avant tout en colons, à ne même pas essayer de vivre en paix, en bonne entente. Il leur dit combien ils étaient incorrects avec lui. Il leur rappela qu'à un vieil homme comme lui il devait au moins le respect, qu'il était seulement un père qui venait défendre son fils pour qui il s'inquiétait.

     

    Pour lui répondre, un des « béret rouge » a pointé son « M16 » sur la tête d'Abu Lutfi et l'a obligé à se mettre à genoux le canon de son arme sur sa nuque, ordonnant au vieux filou de croiser les mains au-dessus de la tête, « on ne sait jamais, il pouvait être dangereux ». Pour faire bonne mesure, le deuxième donna un coup de pied dans les côtes au vieil homme qui eut du mal à retrouver son souffle. Il ne fallait pas pousser trop la plaisanterie cependant, ne pas trop exagérer se dirent-ils. Ils se contentèrent de vérifier ses papiers, s'ils étaient en règle dont l'autorisation de sortir de la « Vieille Ville ». Ils s'arrêtèrent là sachant qu'Abu Lutfi travaillait sur un territoire avec statut d'ambassade et qu'ils ne pouvaient pas se permettre de le mettre lui aussi en prison.

     

    Abu Lutfi est resté cloitré chez lui quelques jours, attendant son fils, qui finit par sortir. Il continuait à rire, à blaguer avec tout le monde, mais son regard était beaucoup plus triste et le cœur n'y était plus. Et progressivement, lentement mais sûrement il montra plus de sympathie pour les groupes radicaux. Les guerres ne naissent pas autrement que cela, les pires. Et la haine.


    illustrations, deux photos du quartier autour de Sainte Anne et autour de la piscine de Béthesda

    image du haut prise ici

    image du bas prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine 14 – Conversations avec Zidane

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    pic02a.jpg Pour apprendre quelques rudiments d'arabe, au moins quelques expressions idiomatiques pour me débrouiller dans la rue, dire quelques mots de la vie de tous les jours, avoir au moins une conversation simple, ce qui était pour moi un minimum par rapport à mes voisins de la Via Dolorosa, voire connaître deux ou trois gros mots et insultes (je sais dire « nique ta mère » ou « ferme ta gueule » en arabe par exemple ce qui a pu s'avérer très utile même quand je suis parti de Palestine), j'ai suivi le conseil avisé d'un autre coopérant, Alain, présent depuis un an à Jérusalem.

     

    Et j'ai proposé à Zidane, qui vendait les billets de visite à Sainte Anne et surveillait la porte, ainsi qu'Alain l'avait déjà fait, d'échanger des cours de français avec des cours d'arabe dialectal dispensés donc par Abu Ali Zidane, gardien de la Basilique pendant les visites des touristes et pèlerins.

     

    Bien entendu, cet échange de leçons prit très vite un tour très palestinien, très méditerranéen, détendu, sans que nous ne cessions pour autant de travailler. Par exemple, il n'était pas question de commencer les leçons sans un café à la cardamone, ou un thé à la menthe, ainsi qu'une conversation ou futile ou plus profond, entre autres sur nos modes de vie et manières de penser respectifs, ce qui était tout aussi intéressant que l'apprentissage de la langue française ou arabe. Bien sûr, je n'avais pas d'illusions sur mon apprentissage de cette langue, car pour l'étudier réellement il m'aurait fallu de quatre à cinq d'études de plus....

     

    Zidane, dans son apparence, était l'archétype du terroriste du « Hamas » selon la caricature dispensée par le ministère israélien du tourisme, et certains guides un rien subjectifs, de ceux qui ne voyaient pas d'inconvénients majeurs à traverser la Vieille Ville arabe, chrétienne ou musulmane, escortés de policiers et, ou militaires en armes :

     

    Zidane avait sur le nez été comme hiver, si tant est que l'on puisse réellement parler d'hiver à Jérusalem même s'il neigeait tous les deux as, des lunettes à verres « miroir » ou « mercure », pull en « V » et veste bleue, courte barbe qu'il entretenait soigneusement.

     

    Son épouse habillée de bleu, était complètement voilée, et quant à lui il était « Cheikh » de son quartier et donc hautement respecté pour cela, un musulman honoré ayant fait le pèlerinage à la Mecque et satisfaisant les autres piliers de l'Islam avec constance. Il était de cette courtoisie un peu désuète, que d'autres trouvent un rien sucrée, un peu trop enrobée, à l'orientale, dont on se demande si elle est sincère ou si cette courtoisie affectée ne cache pas le dédain que l'on a en fait de l'interlocuteur. Toujours d'un grand calme, je le sentais pourtant à fleur de peau, comme tous les palestiniens et israéliens rencontrés à Jérusalem.

     

    Il affectait un mépris certain et sans équivoque pour les bédouins et les paysans en dehors de Jérusalem, où il était fier d'être né. Quand je lui demandais si telle expression entendue dans le « souk » dans la bouche d'un marchant ou d'une vieille dame vendant la production de ses maigres récoltes était correcte Zidane me répondait parfois avec une moue de dédain :

     

    «  Countryside, Amaury, countryside »,des expressions de « péquenots » en somme à ne pas répéter en concluais-je.

     

    Seulement voilà, il était, et est toujours à ma connaissance soufi, à savoir une communauté musulmane pacifiste par essence, très proche du christianisme à son origine, puisqu'il y eut un monachisme soufi, ainsi que des mystiques qui se rapprochèrent dangereusement, ainsi sur le site d'Abu mussa, des chrétiens avec qui ils fraternisèrent de nombreuses fois, ce qui fut réprimé dans le sang à chaque tentative de fraternisation par les nouveaux maîtres de la Terre dite Sainte après les byzantins.

     

    Bien sûr, à discuter avec lui longuement et souvent, il s'est très souvent avéré que les choses étaient bien plus compliquées, bien plus complexes que les étiquettes, mêmes valorisantes, même sympathiques, que l'on peut coller dans le dos d'un individu sans trop réfléchir. Il n'y a pas seulement du noir, il n'y a pas seulement du blanc dans l'âme des êtres humains, il n'y a que des nuances de gris, une infinité de nuances de gris.

     

    Un jour, un des visiteurs de la Basilique était un français converti à l'Islam, devenu imam, un imam fanatisé à outrance comme le sont beaucoup de convertis, en tenue « afghane », le parfait taliban, se vantant devant moi et Zidane, en arabe, d'avoir cinq épouses soumises et dociles dont une française blonde et pulpeuse, le genre de femmes à faire tourner la tête des palestiniens pour qui c'est le fantasme ultime, les femmes européennes, des « chrétiennes » étant de plus réputées « faciles » et « légères », douées pour le sexe.

     

    Je vis briller les yeux de Zidane, je vis aussi son sourire un rien sarcastique devant mon visage un rien décomposé par la colère froide qui me saisit à ce moment là devant la sottise absolument crasse de la conception des femmes qu'avait l'imbécile pérorant devant nous.

     

    A la suite de cette conversation, alors que l'imam « talibanesque » était parti, je parlais avec lui de son engagement politique et religieux, ce qui pour un palestinien va de pair, et je lui demandais ce qu'il ferait si, un jour, il me tenait au bout d'un fusil après l'affrontement possible entre Islam et Occident, le fameux « choc de civilisations » que d'aucuns appellent de leurs vœux d'un côté et de l'auteur, fort imprudemment, rêvant sur des flots de sang pour satisfaire leurs pulsions de haine et consoler leurs frustrations diverses.

     

    877611_a-palestinian-activist-argues-with-israeli-border-police-officer-during-a-protest-near-ramallah.jpgJe n'ai que du mépris pour ceux-là, quelques soient les justifications qu'ils trouvent.

     

    Sans hésitations, et très calmement, Zidane répondit à ma question me regardant droit dans les yeux qu'il n'hésiterait pas une seconde à tirer si son devoir de bon musulman et de patriote le lui enjoignait de le faire.

     

    Et pourtant quand je lui annonçais mon départ de Jérusalem, Zidane pleurait.

     

    Et pourtant j'avais déjà gagné son amitié.

     

    Pour justifier l'accomplissement d'un tel « devoir », il me décrivit les couvents immenses et vides dans la « Vieille Ville », habités d'un ou deux religieux ou de petits occidentaux venus pour essayer de guérir de leur culpabilité à être autant matériellement favorisés, pleurant des « larmes de crocodiles », les familles habitant à côté se serrant sur deux ou trois générations dans des pièces de dix mètres carrés parfois, leur misère criante et l'indifférence de la majorité de ces occidentaux et touristes religieux.

     

    Tous ces points bien sûr ne peuvent justifier aucune haine, aucune violence, qui n'y trouvent aucune légitimité, mais ils sont parfaitement exacts. Les chrétiens, les européens qui vont à Jérusalem juste pour se faire plaisir, pour retrouver une terre qu'ils ne perçoivent qu'en rêve, ces religieux, ces communautés dites nouvelles qui ne font même pas l'effort minimum d'apprendre au moins quelques mots d'arabe, ne savent pas, n'imaginent pas le mal qu'ils font à la voie qui pourrait mener à la paix entre les peuples israéliens et palestiniens; paix qu'ils mettent à toutes les sauces, qu'ils invoquent bien souvent pourtant.

     

    Toutes ces personnes qui au fond ne pensent qu'à la contemplation de leur nombril ne comprendront jamais que les paroles lénifiantes, les bonnes intentions, les délires mystiques pleins de belles images, de fausse ferveur, et d'exaltation suspecte, ne sont rien s'il n'y a pas d'actes ensuite, et des actes, il en existait fort peu, des actes concrets. Par actes, je n'entends pas ces rassemblements de militants occidentaux « anti-sionistes » qui venaient se donner des sensations fortes en Cisjordanie, excitant les haines pour repartir tranquillement chez eux ensuite, ne se souciant pas vraiment des conséquences.

     

    Zidane pourtant, quand je quittais Jérusalem, comme cadeau de départ, m'offrit une carte de Terre Sainte sans frontières dessus, me disant : « One day maybe... ». Je ne sus jamais ce qu'il entendit pas là, une Terre Sainte enfin unie sous la férule d'un Islam pacificateur, ou bien une Terre Sainte enfin dans la paix, la haine entre les croyants enfin annihilée ? Je suppose hélas que c'est plutôt la première hypothèse qui prévaut pour lui. Mais ce tout petit désir de paix est un tout petit signe d'espoir quant à la fin de la guerre interminable sévissant là-bas....


    image du haut empruntée ici


    image du bas prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine 13 – L'envers du décor à Tel Aviv et ailleurs

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     journal terre sainte, palestine, Israèl, société, littérature, voyagesAu début de mon séjour à Jérusalem, quand les taxis collectifs (« Sheirout » en hébreu, ce qui veut dire « chiottes », ou « Servis » en arabe)) arrivaient à Tel Aviv, ils se garaient encore parfois dans l'ancienne gare routière qui montrait l'envers du décor d'Israël et de cette ville cosmopolite et des plus vivante qui avait des côtés des plus séduisants par ailleurs, comme un décor attirant pour l'œil, un paravent coloré et charmant cachant des réalités plus sombres et plus dramatiques, loin du sable blanc et du ciel si bleu au dessus de la Méditerranée, loin de la sensualité des crépuscules face à la mer.

     

    De nombreux immigrants ayant fait leur « Aliyah » ayant perdus leurs illusions de richesse et de réussite sociale se retrouvaient échoués là, les uns vendant de tout et de rien aux touristes et aux militaires en goguette, d'une paire de lunettes de soleil à de « l'herbe », les autres, moins chanceux, ou moins chanceuses n'avaient plus à vendre qu'eux-mêmes, à savoir leur corps aux michetons émoustillés en mal d'exotisme ou leur force de travail aux patrons peu scrupuleux, quand la manne officielle se tarit, les migrants percevant un temps de confortables revenus, les colons, en particulier les colons intégristes étant favorisés quant à l'octroi de ces pensions, ce qui est un scandale national israélien dont il est peu question en Occident.

     

    L'ancienne gare routière était un rectangle d'une centaine de mètres et tout autour l'on trouvait des petites maisons frustres disposées en « U » qui abritaient au mieux les marchands de babioles pour touristes, au pire les maisons de passe et d'abattage miteuses où se retrouvent des jeunes immigrées éthiopiennes ou russes. Le soir à ces filles se joignaient des prostitués masculins, racolant plus discrètement, derrière les grands immeubles autour de l'ancienne gare, bien souvent entre les poubelles et les excréments animaux et humains.

     

    Allant reprendre à la tombée de la nuit notre « sheirout » pour Jérusalem, nous eûmes la surprise de voir sortir d'un de ces lieux quatre juifs ultra-orthodoxes en grande tenue dont l'un avec un « shtreimel », mais peut-être étaient-ils là pour des controverses théologiques majeures ?

     

    Qui sait ?

     

    Cherchant un loueur de vélos à Tibériade, le tenancier de la maison close louant aussi des vélos (sic), nous assistâmes au même genre de scène cocasse. Celui-ci nous précisa qu'il faisait signer un certificat de mariage express à l'entrée, et un autre de divorce à la sortie aux clients, tous ultra-religieux, pour sauver les apparence, Dieu étant alors fantasmé comme une sorte de super-bureaucrate en quelque sorte.

     

    La prostitution masculine se pratiquait également côté palestinien malgré les dénégations des dignitaires religieux ou politiques quant à l'existence de l'homosexualité en Palestine. Elle était considérée comme une sorte de travail d'intérêt général, une œuvre d'hygiène publique afin de satisfaire au moins un temps les besoins sexuels des jeunes hommes qui souffraient de l'interdiction de fréquenter les femmes alors que non marié.


    Les jeunes hommes les plus défavorisés, s'ils n'étaient pas d'un physique trop viril, sombraient dans ce commerce pour eux seule planche de survie, les enfants de « fille mère » en particulier, les bâtards, les gosses rejetés par les préjugés et la sottise communes.

     

    Entre les cahutes circulait constamment une foule hétéroclite et bruyante, des jeunes appelés de « Tsahal » en tenus de « surfers », avec la chemise hawaïenne « ad hoc » et quand même le « M16 » dans le dos, des filles à leur bras, toujours un peu arrogantes et se donnant le genre inaccessible, des palestiniens en recherche de travail, des vieilles dames bédouines vendant leur ballot d'herbes aromatiques, des millénaristes vantant les mérites de leur messie personnel etc....

     

    Parfois l'un ou l'autre religieux juif croyait bon d'aller sermonner, en plein jour, les prostituées, ne récoltant d'elles que leurs ricanements, certaines leur rappelant qu'ils étaient de leurs clients réguliers. Les moralistes en herbe tentaient alors leur chance devant les débits de boissons ne suscitant guère que l'indifférence des clients ou leur mépris.

     

    En Israël, les nouveaux arrivants originaires de Russie ou d'Éthiopie sont automatiquement soupçonnés d'être des demi-juifs ou des faux représentants de la diaspora, qui viennent surtout en Israël pour échapper à la pauvreté dans leur ancien pays.

     

    Et ils sont également de la « chair à canon » non négligeable pour tous ceux qui en Occident considère le « Choc des Civilisations » avec l'Islam comme inévitable, voire souhaitable, et Israël comme une sorte de super-porte-avions au milieu des pays musulmans.

     

    On ne les considère pas vraiment comme des véritables israéliens mais c'est en l'occurrence un échange de bons procédés aux yeux des théoriciens du pan-sionisme moderne....

     

    Il faut avouer que ce n'est pas entièrement faux et que c'est compréhensible. Les futurs immigrés signaient en URSS ou en Éthiopie un pseudo certificat d'appartenance au judaïsme et le tour était joué ainsi que le rappelle Emmanuel Carrère dans son livre sur Édouard Limonov qui fût tenté un temps par le voyage. Les candidats de l'ex-URSS au voyage désignés comme juifs par l'administration soviétique étaient bien souvent des individus considérés comme « asociaux » ou « bourgeois ».

     

    Dans le Nord de la Terre dite Sainte où la communauté russophone est la plus nombreuse, le visiteur, hormis le climat, peut s'imaginer être à Novossibirsk ou dans une banlieue de Moscou. Il peut trouver des produits qui ne sont pas du tout « casher » dont de l'alcool, et de la charcuterie, la seule contrainte étant demandée aux éleveurs de porcs étant que le sang de l'animal « impur » ne touche pas le sol de « Eretz Israël », le rabbin ayant décidé cela ayant certainement touché en espèces sonnantes et trébuchantes de quoi donner à ses « œuvres », les expatriés comme nous l'étions ne pouvions lui il est vrai lui en tenir rigueur. Nous nous fournissions parfois chez eux.

     

    Cette communauté travaille entre elle, fait affaire entre elle, participant à l'effort démographique du pays, la grande peur des dirigeants étant que les populations arabophones les dépassent un jour sur ce plan, certains colonies « en dur » comme Afula étant conçues comme des places-fortes futures, prévues pour résister à de longs sièges. Les immeubles modernes disposaient tous d'une pièce spéciale réservée aux soldats et volontaires chargés de les défendre plus tard, et chaque locataire ou propriétaire disposaient de volets métalliques blindés en cas d'attaque surprise.

     

    Les migrants éthiopiens avaient pour créneau de réussite autorisé le basket ou le football, les autres possibilités d'intégration leur étant plus ou moins fermées.

    Pas au grand jour, pas officiellement, le tout étant de l'ordre du « non-dit » ou du silence éloquent.

     

    Ce qui n'empêchait pas des incidents à caractère raciste à avoir lieu quasiment chaque mois à l'encontre des joueurs de ces origines africaines, y compris quand ils remportaient les matchs.

     

    journal terre sainte, palestine, Israèl, société, littérature, voyagesParfois l'occidental tenté s'approchait quand même « pour voir » du bordel minable, la gorge sèche, un désir trouble au ventre, puis parfois malgré tout renonçait à franchir les rideaux de perles de couleur signalant l'entrée de ces lieux de plaisir supposés. Le regard infiniment triste des filles vendant leurs charmes, leur épuisement visible d'être sur terre, leur désespoir tangible suffisaient à tuer instantanément en lui toute envie de profiter d'une étreinte rapide même crapuleuse à peu de frais.

     

    Le côté pittoresque de l'ancienne gare routière perdait assez vite de attrait pittoresque pour touriste en mal de sensations fortes, la misère, la pauvreté y étant les mêmes qu'ailleurs. Si le voyageur croyait y voir au départ les couleurs et les parfums de l'Orient millénaire, il se trompait, il n'y avait là que des naufragés....

    image du haut prise ici, immigrants à la gare routière de Tel Aviv

    image du bas, entrée d'une maison de passe de Tel Aviv, prise ici sur le site d'une ONG israélienne aidant les prostituées

  • Fragments d'un journal en Palestine 11 – le monde au bout de la rue

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    Ais-je souffert du « syndrome de Jérusalem » ?

    jerusalem-syndrome-2.jpgDans Jérusalem, que ce soit près du Saint Sépulcre ou dans toute la Vieille Ville, il n'était pas rare de croiser des fous mystiques atteints du « syndrome de Jérusalem », une folie douce qui est une affection psychologique réelle, diagnostiquée et étudiée dans les hôpitaux israéliens consistant à sombrer dans un millénarisme délirant, voire un messianisme farfelu, et à se conduire en illuminé extrêmement extraverti :

     

    Ainsi cet ancien pasteur américain qui passait ses journées à lire la Bible à haute voix sur le mont des Oliviers, ainsi ses vieilles femmes en extase embrassant, étreignant farouchement et passionnément les piliers et colonnes des monuments religieux de la ville, ainsi ces étudiants étrangers se mettant à voir dieu en rêve, leur intimant l'ordre de prier pour telle ou telle cause (les ordres reçus semblant tous être dirigés dans un seul but, mettre en valeur celui qui était censé les appliquer en le consolant de ses frustrations) etc...

     

    Précisons que le « syndrome de Jérusalem » ne concerne pas le mysticisme réel ni la foi assimilée parfois par la psychanalyse à une hystérie, ce qui serait réducteur, l'art devenant par conséquent une simple sublimation et rien d'autres. Certains pèlerins et touristes étaient atteints selon moi d'une version plus calme de cette affection, moins démonstrative, mais aux conséquences humaines beaucoup plus dangereuses. A la rigueur, je préférais les vieilles dames folles d'amour pour Jésus Christ au Saint Sépulcre que ces malades atteints d'une version beaucoup plus ennuyeuse du « syndrome de Jérusalem » et visiblement contagieuse.

     

    Ces vieilles folles ainsi que les autres fous rencontrés là-bas font partie de la même « Cour des Miracles » des croyants que moi, pauvres hères, êtres humains certes pitoyables mais capables d'aimer encore, quand même, un tout petit peu....

     

    Généralement totalement ignorants de l'histoire de la Terre dite Sainte, y compris de celle de leur propre foi, mais remplis de certitudes absolues sur le sujet, ils blessaient plus ou moins inconsciemment mais toujours gravement les palestiniens chrétiens ou musulmans, les israéliens par des considérations surtout marquées au coin par leur bêtise affichée sans complexes, légitimée par un pseudo-mysticisme ou la présence de ceux les prononçant sur la terre même des Écritures.

     

    A chaque fois ou presque, cela provoquait des violences, psychologiques et physiques, qui pouvaient être des plus graves. J'ai même en mémoire l'une d'elles qui a conduit à la mort d'une enfant du fait de l'entêtement sans fondement d'un de ces idiots criminels sans même s'en rendre compte alors que la guérison de cette petite aurait pu être un signe d'espoir éclatant.

     

    Des membres du « Chemin néo catéchunénal », « nouvelle communauté » chrétienne vivant selon des règles de vie à la limite du sectarisme comme la plupart des « nouvelles communautés », avaient par exemple décidé de traverser toute la Vieille Ville musulmane et chrétienne en chantant des psaumes hébreux à pleins poumons dont certains sont devenus des chants nationalistes israéliens chantés par les soldats de Tsahal quand ceux-ci sont entrés dans Jérusalem Est en 1967, ou quand ils ont envahi la Cisjordanie.

     

    C'est un peu comme si l'on demandait en quelque sorte à un alsacien d'écouter sans émotions quelqu'un chanter « Deutschland überlalles » à côté de lui sans réagir....

     

    Des touristes religieux du même acabit, ce sont souvent des charismatiques, avaient fait un grand cercle à Jéricho, se donnant la main, se laissant aller à une sur-affectivité mièvre que j'ai personnellement en horreur quand il s'agit de foi, et ceci juste devant une « colonie » israélienne, ce qui avait été pris comme une provocation par les palestiniens, ce qui avait provoqué des émeutes en ville après le départ protégé par l'armée des imbéciles à l'origine de cette poussée de haine qui ne comprirent s ans doute jamais les conséquences de leurs bons sentiments complaisamment étalés.

     

    Je me souviens aussi de la présence de la « Communauté des Béatitudes » à Bethléem non loin de la fausse « Tombe de Rachel », tenant la véracité de ce lieu comme absolue, ne comprenant pas le mal que cela causait à suivre aveuglément les promoteurs de ce lieu historiquement totalement faux.

     

    La sottise de ces gens les poussaient généralement à soutenir une politique israélienne très agressive et à considérer les palestiniens comme des intrus en Terre Sainte, des « immigrés » tout juste bon à servir de manœuvres ou de maçons, à avoir une peur bleue et injustifiée de s'aventurer dans les « Territoires », tout surpris quand ils y parvenaient enfin, surmontant leur préjugés, que personne ne leur tranche la gorge.

     

     A leur décharge, la sottise de certains européens côté palestinien, refusant absolument tout échange, toute possibilité de dialogues avec les israéliens était tout autant problématique. Beaucoup d'occidentaux considéraient la Palestine comme un terrain de jeux politique et spirituel, une sorte d'immense possibilité de jouer aux « gendarmes et aux voleurs » sans remettre en question son propre confort matériel ni intellectuel, et une occasion de se mettre en avant, et de trouver une forme de reconnaissance longtemps recherchée en France, mais jamais atteinte, en jouant les sauveurs des palestiniens.

     

    Je me souviens de deux d'entre eux, tous deux comme d'autres, en tenue fantaisiste, et à leur idée, selon leurs fantasmes, de « fiers nomades du désert », que j'accompagnai avec un autre coopérant dans la « Vieille Ville », nous étions devenus en somme des « fixers » pour les occidentaux désirant un « cicerone », nous sortant au bout de quelques instants, et ce malgré leurs discours grandiloquents sur la fraternité et leur « citoyenneté du monde » le refrain sur « le bruit et l'odeur » des quartiers arabes, et leur inconfort de petits occidentaux sur-nourris et confits dans leurs certitudes arrogantes à supporter cela.

     

    A Jérusalem, point de songe mystique pour moi, point d'apparition divine pendant mes nuits, je faisais par contre souvent le même rêve, la « Via Dolorosa », qui était ma rue remontait jusqu'à celle que j'habitais en France, qui était alors toute proche de celles où habitaient mes amis les plus chers.

     

    Dans mon sommeil, j'étais un peu surpris mais trouvait cela très pratique au fond. Je l'interprète du fait que mes proches, ma famille, mes amis, mes amours aussi, ont toujours été avec moi en cœur ou en esprit, je partais avec tous ces sentiments d'affection filiale, fraternelle, et aussi amicale, qui ne m'ont jamais quittés une seconde. Mes amis, mes parents, mon frère, mes sœurs, mes amours ne m'ont jamais quitté une seconde

     

    jérusalem, palestine, israèl, société, journal en terre sainteD'où la joie que j'ai pu ressentir quand j'ai pu partager mon bonheur d'avoir enfin trouvé ma « terre sainte » sur place, partageant tout cela, malgré la violence et la haine toujours fortement prégnantes. La légèreté et la futilité superficielles aux yeux des cuistres et des personnes atteintes du « syndrome de Jérusalem » deviennent alors une obligation pour montrer que force reste à la vie, à l'humanité, qui se traduisait là-bas par un sens de l'accueil toujours remarquable et des attentions aux autres toujours d'une grande délicatesse pour peu que l'on sache les accueillir.

     

    A « Sainte Anne - Salahyeh » où j'habitais, il m'arrivait souvent de sortir le soir dans les ruines de la piscine antique de Bethesda et de contempler, appuyé sur un reste de mur byzantin, les étoiles innombrables au dessus de la ville, dans le ciel clair. De par la topographie des lieux, l'esprit s'en exhalant aussi, derrière la ligne d'horizon, derrière la courbure de la terre, j'avais vraiment le sentiment profond que le monde entier était juste là derrière et orgueilleusement, ou romantiquement, je ne sais pas, je voyais vraiment Jérusalem au centre non pas de tout l'univers mais de mon monde intérieur.

     

    Je n'entendais plus alors les bruits incessants de la ville : les plaintes douloureuses et nostalgiques des « muezzins », les sirènes de police des policiers israéliens, les chants des croyants au loin, les cloches de la paroisse franciscaine. L'air était empli des parfums des épices, des herbes aromatiques, du café à la cardamone, des agrumes, des oliviers millénaires, selon la légende, du jardin de Gethsémani, lieu qui n'était qu'à cinquante mètres de chez moi. Lors des tentations de me laisser aller au cafard, aux lamentations, il me suffisait pour me ressaisir de faire quelques pas dehors et goûter la douceur paradoxale de l'air,  douceur qui était une idée du bonheur.

     

    Car cette Terre dite Sainte contre toute attente est aussi et surtout une terre très charnelle, les collines de Judée ayant des formes de corps féminins languissamment étendus, en sensualité, sensualité niée par tout les fanatiques, sensualité nous rapprochant de notre humanité car elle incitait à aimer la beauté des choses et des êtres. C'était, il faut dire, une sensualité d'avant le péché originel, sans aucune perversité, une idée de la Vie en somme....


    image du haut, personnes atteintes du syndrome de Jérusalem prise ici

    image du bas, paysage de Judée, image prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 10 – La rue appartient aux gosses

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    palestine.jpgCe qui frappe le plus en Terre dite Sainte, que ce soit côté palestinien ou israélien, ce sont les gosses, à qui la rue appartient. Certains quartiers de Jérusalem ont quand l'école est finie des allures de jardin du géant égoïste, rempli d'enfants courant dans tous les sens.

     

    La jeunesse de ces peuples turbulents saute aux yeux, jeunesse que les fanatiques et autres imbéciles sinistres veulent embrigader dans leurs délires mortifères, pousser à la violence, ou dont ils essaient de museler les élans au bonheur le plus possible, du jardin d'enfants à l'université, dont celle de Bir-Zeit où hélas de nombreux étudiants se laissaient séduire par les thèses assassines du Hamas et autres imbéciles pontifiants et meurtriers en puissance.

     

    Parmi ces gosses, il y avait les petits garçons et les petites filles en uniforme, en blouses bleues et blouses vertes, car il est obligatoire à l'école, ne rentrant chez eux le soir que pour aller ensuite aider leurs parents, travaillant parfois jusqu'à des heures indues.

     

    La plupart, contrairement aux petits français, qui ont du mal à parler et écrire leur propre langue à cause des effets conjugués de multiples réformes pédagogiques et de vision de spectacles de télé-réalité, parle quatre ou cinq langues de manière -presque- parfaite : l'arabe, l'hébreu, l'anglais, l'italien, la fréquentation de cette langue s'expliquant par la présence des franciscains et de la Custodie dite romaine depuis le XIVème siècle, et le français.

     

    Quant au français, il n'était pas rare d'entendre soudain, côté israélien, un juif à l'apparence traditionnelle se mettre subitement à jurer avec l'accent parisien voire bien parigot du fait d'une contrariété ou d'une autre.

     

    Ces gosses sont cosmopolites de naissance. Jérusalem semble alors réellement au carrefour de tous les peuples, mais pas du tout au sens millénariste du terme, pour cautionner les appétits de pouvoir de tel ou tel dignitaire. C'est bien toute l'humanité qui se retrouve alors dans cette ville, de ces aspects les plus nobles aux plus pitoyables.

     

    Ils n'ont pas peur des prétentieux, des vaniteux, des grands esprits, et se moquent des hypocrites qui confondent leur terre avec un parc d'attractions biblique, pseudo-humanitaire ou politique. Comme leurs parents, et grands parents, ils ont vu défiler nombre de ces bons apôtres qui une fois repartis chez eux, douillettement confits dans leur confort intellectuel et matériel, oublient complètement toutes leurs belles promesses balancées surtout pour se donner bonne conscience, bonne image ou se faire plaisir.

     

    Ces gosses des rues méprisent cordialement les grandes personnes qui ne les voient pas, qui ne voient pas qu'ils manquent de tout, à commencer par un logement décent et de la simple liberté d'être des enfants comme les autres n'ayant que des soucis d'enfants, et non à devoir vendre des cigarettes de contrebande libanaise, contrefaçons de diverses marques, ou des paquets de « Viceroy », la marque locale, toutes ces cigarettes ayant le même parfum marqué que les « gitanes  maïs » ou que le « troupe » gris que l'on donnait autrefois aux soldats en France, ou des lunettes de soleil tombées des camions de livraison.

     

    Les petits voleurs battaient le pavé le soir (battre le pavé peut se dire littéralement à Jérusalem dans la Vieille Ville) et le petit matin, utilisant toujours plus ou moins les mêmes techniques, exerçaient leurs coupables activités : l'un d'eux présente au touriste en « tongs » et « sac banane » qu'il croit prudent, et seyant, de porter autour de la taille, un chapelet de cartes postales, pendant que l'autre détache précautionneusement le dit sac pendant que son propriétaire regarde ailleurs.

     

    Je les ai souvent vus opérer. Au début, silencieusement, ils me demandaient de ne pas alerter leurs victimes, puis voyant que je ne les dénonçais pas ne s'en sont plus donnés la peine par la suite.

     

    Parfois une des victimes se réveillait et avertissait les policiers israéliens qui réagissaient très mollement la plupart du temps, ayant parfaitement constaté que les voleurs étaient en train de dépouiller un hollandais ou un allemand virant à l'écarlate façon homard à la nage, mais laissant faire car le pourrissement du quartier musulman arrangeait les affaires d'Israël qui pouvait ensuite se poser en sauveur de la sécurité des braves gens dans cet endroit de la Vieille Ville, et légitimer ainsi la colonisation progressive des quartiers progressivement désertés.

     

    Je buvais même le thé à la menthe avec eux le soir quand il faisait un tout petit peu plus frais, ce qui je sais suscitera la réprobation par l'immoralité de la situation, il aurait certainement mieux valu que je moralise leur comportement amoral tellement intolérable, à ces pauvres gosses vivant généralement avec leurs parents, grands parents et arrière grands parents dans des cahutes même pas salubres, dans la peur constante d'être expulsés le lendemain par un colon américain ou européen brandissant comme justificatif un titre de propriété datant parfois du XVème siècle.

     

    Il est d'ailleurs étrange et paradoxal, très ironique, de constater que les colons justifient l'expulsion des familles arabes par des papiers portant le sceau de l'empereur ottoman, musulman, pourtant largement raillé, moqué, détesté par toute la tradition talmudique..

     

    Il arrivait de temps à autres que la police veuille faire un exemple et qu'elle en poursuive un pris sur le fait, avec forces bruits de sirènes, comme dans les films américains, et interjections diverses dans les hauts parleurs. Il arrivait que le gosse poursuivi qui croyait jusque là pouvoir poursuivre ses larcins en toute impunité se réfugiait à Sainte Anne, terre française, à statut d'ambassade et donc interdite à la police israélienne que cela faisait enrager, intimant aux "Pères Blancs" de leur livrer les gosses chapardeurs en avançant diverses menaces, ce que les "Pères Blancs" ne firent jamais.

     

    Ce sont ces petits voleurs qui m'appelaient « Bumba », surnom s'appuyant sur les rondeurs confortables de ma silhouette, je n'ai donc pas besoin de le traduire. Bien entendu, d'un accord tacite, mes amis ou relations qui venaient me voir à Sainte Anne, rue du Mouhadjedin, n'étaient jamais dépouillés de leurs biens.

     

    Quand j'étais là-bas, les jeunes palestiniens voulaient simplement pouvoir circuler librement, aller draguer rue Ben Yehouda, avoir un travail, pouvoir fonder une famille sans avoir à amasser une dot énorme, selon la coutume, ainsi que doit faire le marié, ce qui encourage les mariages forcés de jeunes filles, voire très jeunes filles, avec de gros porcs largement plus âgés qui monnaient le silence des parents en les couvrant de cadeaux, coutume et dérive existant aussi du côté israélien dans les quartiers ultra-orthodoxes, des séides du parti "Shas", où l'hypocrisie morale ou sexuelle est rigoureusement la même qu'au "Hamas".

     

    Je songe aussi à ces jeunes qui étaient mes élèves et étudiants en Français Langue Étrangère au CCF de Jérusalem, qui avaient soif de savoir, de culture, de lectures, de tout ce qui nous semble acquis et donc tellement futile. Ils n'avaient jamais assez de travail à faire, jamais assez de devoirs et tous parlaient déjà français couramment mais désiraient toujours et encore se perfectionner. A cause de la première « Intifadah » et du blocus des territoires, ils n'avaient pu avoir une scolarité normale.

     

    221257_des-lyceens-palestiniens-passent-a-cote-d-un-panneau-recemment-pose-indiquant-le-nom-de-la-rue-le-3-novembre-2011-a-jerusalem-est.jpgParmi eux, je me souviens de cette jeune fille voilée, de par la volonté de ses frères, contrairement aux jeunes filles voilées que l'on croise en France qui s'infligent cela pour se démarquer, qui « séchait » une fois ou l'autre mes cours pour retrouver un garçon qu'elle aimait mais que sa famille lui avait interdit de fréquenter. Je me souviens de ces espoirs, de son désir de partir étudier en France, ou au Québec.

     

    Je me souviens de son nom entendu à la radio et à la télévision lors d'un attentat suicide dont elle fut l'auteure après le début de la deuxième Intifadah, quand monsieur Sharon a cru bon d'aller se promener sur l'esplanade des mosquées en septembre 2000 attisant de nouveau la haine, provoquant un nouveau blocus, éteignant tout espoir chez ces jeunes qui avaient cru qu'enfin la paix s'installait, haine attisée également par tous ces pseudo « anti-sionistes » qui ne font que jouer le jeu de ceux qu'ils entendent combattre, par bêtise.

     

    Je ne sais quels abîmes de désespoir ont pu pousser cette jeune femme à se laisser embrigader par des terroristes et à commettre cet acte irréparable, terrible et définitif. La seule chose que je trouve à dire à ceux qui défendent le geste de Sharon ou qui se posant en antisionistes purs et durs ne comprennent en rien le désespoir de ces jeunes est de les traiter de « bande de cons ». Je ne vois pas beaucoup d'autre discours à leur opposer.


    photo du haut prise ici

    photo du bas prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine – 9

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     Septembre 2000 – Avril 2013 : être lucide sur son départ

    111802ramallah.jpgLes raisons invoquées publiquement pour partir en volontariat par les volontaires et coopérants sur le départ sont toujours nobles et sur la base d'idéaux grandioses. Ils sont nombreux à se rêver en émules de « Lawrence d'Arabie », en aventuriers de l'Arche perdue. Pendant tout un week-end le responsable de notre formation à Paris ne nous laissa pas une minute de répit sur les vraies raisons de notre départ, essayant de cerner un maximum ce que nous essayions de cacher à grand peine à savoir nos petits défauts.

     

    Ces raisons invoquées, digressons un peu, c'est un peu comme lorsqu'on lit les statuts de nombreuses personnes sur les réseaux dits « sociaux » :

     

    A les parcourir, leurs auteurs ne parleraient que philosophie et haute littérature, ne s'intéresseraient qu'à des sujets élevés, ne verraient que des chefs d'œuvre au cinéma, bref on se demande comment ils trouvent encore le temps d'aller sur « Facebook » ou « Twitter ».

     

    Ressentir le besoin de s'expatrier, même si la sublimation n'est pas forcément négative, se base toujours sur un manque ou mal-être que l'on vit chez soi tout seul ou en couple.

     

    Ou alors c'est juste pour plaire aux filles et se mettre en valeur, ou faire du tourisme avec un alibi vaguement humanitaire. Le don de un ou deux ans de sa vie est la sublimation des frustrations, des carences, des pertes, ce qui ne diminue en rien ce donc que peu de personnes sont capables d'accomplir, don gratuit qui ne rapporte rien une fois revenu à moins de disposer déjà d'un réseau en France.

     

    Chez beaucoup de personnes rencontrées à mon retour, ces deux ans accomplis dans des circonstances parfois difficiles ont surtout suscité la méfiance de mes interlocuteurs qui ne croyaient pas à mon témoignage de vie, et la jalousie, la jalousie de celui qui se soumet à la routine, à une survie qui est abjecte en soi mais confortable, dans le troupeau.

     

    Certes, il ne faut pas que ce manque ou ce mal-être soit trop fort, auquel cas l'expatriation sera très mal vécue, et le retour encore pire. Et il faut aussi se méfier des apparences, nous nous en sommes souvent aperçus. Ce n'est pas le « louque » qui fait l'aventurier par exemple.

     

    Je l'ai constaté un jour avec un autre volontaire dans la bibliothèque du Centre Culturel Français de Jérusalem :

     

    Un doctorant français, un sur-diplômé égaré là, habillé avec toute la panoplie qu'il estimait nécessaire sous ce climat (chéchia, lunettes, chapeau militaire en camouflage « sable » etc...) tentait vainement de séduire une jeune femme en se vantant d'exploits que nous savions tous imaginaires, car il ne quittait pas la bibliothèque, et qui finit de guerre lasse pour séduire, croyait-il, la donzelle, par se moquer de nous qui n'avions pas le physique de baroudeurs, mais plutôt celui de bons vivants.

     

    L'un de nous, enseignant en français langue étrangère, était partie le croyons-nous, pour retarder le moment où il allait devoir faire un choix qui engageait toute sa vie car il resta à Jérusalem un an de plus. Il nous semblait dans un premier temps très sécularisé.

     

    Et puis lors d'un chemin de Croix, l'observant en prière à la dérobée, je compris combien sa foi était intense et fervente, ainsi que son amour de la ville dans laquelle nous vivions, sentiments que nous ne tarderions pas à tous partager, et que de rester participait pour lui de cette foi et non d'un doute quelconque.

     

    J'ai toujours cette photo de lui, elle soutient ma propre foi à chaque fois que j'ai envie de flancher.

     

    Et maintenant je partage avec lui cette nostalgie inconsolable de cette terre violente, contradictoire et sensuelle malgré tout.

     

    Deux d'entre nous, un jeune couple, était parti surtout à l'initiative de la jeune épouse. Elle était petite, douce et menue, mais son autorité était inflexible sur son mari, un colosse de près de deux mètres à qui je passais en douce, maintenant je peux le dire il y a prescription, des cigares palestiniens achetés porte « d'Hérode ». Il avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout bon cœur d'ailleurs, car ce fut cela qui en fit une figure aimée de tous dans l'hôpital où il s'occupait des malades en fin de vie.

     

    Alors même si le désir de partir naissait aussi d'un manque à combler dans leur couple, le donc en résultant était exceptionnel.

     

    Il ne parlait pas un mot d'anglais, n'en parlait pas beaucoup plus en partant, tout comme l'arabe ou l'hébreu, exceptés quelques rudiments, mais le langage du cœur lui suffisait pour se faire comprendre.

     

    b-437411-Coffee_Shop_in_Ramallah_.jpgUn autre couple habitait en pleine Cisjordanie, dans un tout petit village chrétien, Zababdeh, où ils enseignaient tous deux le français tandis que lui faisaient également quelques « piges » pour son journal en France. Le jour où je vins les voir, il me proposa « d'aller faire les courses à la mode Zababdeh », ce qu'en bon occidental je compris par faire rapidement les magasins :

     

    « Bonjour, bonsoir, et 10 qui nous font tant et bonne journée messieurs dames ».

     

    A chaque commerce, je fus présenté, accueilli comme un proche, eut le droit même au thé avec mon hôte à Zababdeh. « Les courses » durèrent deux bonnes heures joyeuses.

     

    Plus tard, nous prîmes l'ombre avec un paysan palestinien tout en mangeant avec lui de la « pitâ » avec un peu de « zaatar », des herbes aromatiques, et de l'huile d'olive.

     

    Ce fut avec ces deux couples et un autre professeur de français, travaillant à Ramallah que je partis au Sinaï. L'équipée, que j'ai déjà évoquée, fût rude, et picaresque en même temps, nous dormîmes trois heures en quatre jours, deux attrapèrent une grippe intestinale, mais nous allâmes jusqu'au bout de nos résistances, les masques tombant assez vite sur nos réels tempéraments et surtout sur les défauts que nous aurions voulu cacher.

     

    Nous ne pouvons pas nous mentir quand nous nous voyons, nous connaissant profondément.

     

    Le professeur de français langue étrangère de Ramallah, qui est à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, logeait quant à lui juste à côté de deux « check points », israélien, sévère, souvent arbitraire, et palestinien, plus laxiste. Passer le premier avec l'affiche en français et en arabe d'un festival de film au Consulat me valut d'être contrôlé une demie heure, suspecté d'être un séide du Hamas.

     

    La première fois qu'il se fit arrêter au second, il nous avoua avoir été déçu dans un premier temps, puis ravi quand il comprit que si les militaires palestiniens l'avaient arrêté c'était pour partager avec lui le repas de rupture de jeûne de Ramadan.

     

    Ce professeur, instituteur en France, non loin de Grenoble, était un sportif émérite, qui traversa la Palestine et Israël de part en en part à vélo très souvent.

     

    Ses chères montagnes lui manquaient souvent, le mont des Béatitudes, qui est somme toute une colline, même pour des non-montagnards.

     

    Souvent sur son toit, nous organisâmes des soirées qui se terminaient alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur la région, n'entendant que le doux murmure des insanités que les militaires israéliens s'échangeaient par hauts parleurs interposés.

     

    Rentrant un soir de chez lui, nous empruntâmes un taxi collectif qui eut la surprise de sa vie. Croyant tomber sur des touristes esseulés, rentrant des boîtes de nuit de Ramallah, entendant notre accent français certes lamentable en anglais, il entreprit de nous faire payer 25 shequels la « course » alors que celle-ci en valait tout au plus 2,5, nous serions montés à 3,5 à cause de l'heure tardive, et car cela restait au fond très peu, mais négociant tant et si bien avec lui, nous ne payâmes l'arrivée que 1,5 chacun.

     

    Quant à moi, si j'ai toujours rêvé de vivre au Proche-Orient, en particulier en Terre dite Sainte, je suis parti d'abord et avant tout car je ne trouvais pas ma place en France, dans mon travail aussi bien que dans mes études, étant toujours dans l'insatisfaction, et aussi pour plaire aux filles, enfin surtout à une, espérant plus ou moins l'impressionner, la faire changer d'avis, ce qui était parfaitement illusoire bien entendu vu ses inclinations personnelles qui ne la portaient pas vraiment vers les hommes.

     

    Et puis, elle était de ces personnes qui n'aiment pas qu'on les perçoive telles qu'elles sont et non le personnage qu'elles jouent.

     

    Elle n'aimait pas que l'on voit ce qu'elle estimait être sa faiblesse, à savoir son empathie et sa sensibilité, sa lippe parfois de petite fille quand elle était contrariée, sa féminité émouvante.

     

    C'est pour elle au départ, on écrit toujours pour deux ou trois personnes tout au plus, avec l'aide d'un ou deux complices, que je rédigeai un petit journal de Jérusalem pour les coopérants et pour les proches en France. Se faisant passer pour un ami proche, à tous deux, elle s'est trahie par son style à l'écrit ce qui fait que je la reconnus assez, car elle en a, du style elle me demanda par mail de raconter ma vie à Jérusalem, ce que je préférai faire de manière un peu plus ambitieuse et plus ludique, avec deux doigts de dérision en créant une petite gazette :

     

    « Le Clairon de Sainte Anne ».

     

    Cette toute petite gazette montrée à une dame qui était aussi auxiliaire de police en civil, il y en avait beaucoup dans Jérusalem, fut jugée par elle digne des services intérieurs par l'impertinence qu'elle crut y déceler. Elle ne la signala pas, car nous étions amis, mais il s'en fut de peu. Elle avait un peu de mépris pour les palestiniens, mépris qu'elle ne montrait pas, elle se comportait correctement avec eux, mais au fond cela transparaissait toujours.

     

    Et un jour que nous critiquions devant elle la colonisation effective de la Cisjordanie elle affirma sans ambages en hébreu que « les chiens aboient mais que la caravane passe » ce qui est sans équivoque pour le moins.

     

    Tous, si nous sommes partis pour des raisons qui n'étaient pas toujours si belles que cela, nous voulions la même chose, avoir une vie un peu moins routinière, un peu moins ronronnante que la vie quotidienne moyenne de citoyen consommateur, qui s'apparente à de la survie sans beaucoup de grandeur.

    Première image prise ici (check point de Ramallah)

    Deuxième image de Ramallah empruntée ici

  • Fragments d'un journal en Palestine – 8

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    Novembre 1998 – Août 2000 : Mes montées au Saint Sépulcre

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlPendant les deux ans où j'ai vécu à Jérusalem, je suis très souvent passé devant le Saint Sépulcre, pour aller côté Ouest, ou simplement pour faire des courses ou rendre visite à des amis, mais je ne l'ai réellement visité que quelques semaines après mon arrivée.

     

    Et pour visiter cette église la première fois, il convient de le faire à son ouverture vers 6h du matin quand l'homme responsable des clés du saint lieu, de la même famille depuis le XIIème siècle, prenne une petite échelle pour escalader le mur de la basilique.

     

    Cette famille est musulmane, cette tâche lui a été confiée par le sultan face à la discorde des chrétiens ne sachant pas décider qui parmi eux aurait le droit d'ouvrir l'église. Pour se réveiller tôt, le premier appel à la prière du muezzin de la journée suffit amplement, celui-ci étant largement amplifié pour être entendu des « infidèles » en perdition, malgré l'interdiction du Coran.

     

    A l'entrée, on est frappé par les croix mises de côté au début de la journée, toutes à louer pour les pèlerins et touristes, par les vendeurs de colifichets religieux ou réputés tels : chapelets en plastique, images pieuses souvent marquées par beaucoup de « kitsch ».

     

    C'est un festival de Christs aux joues roses, de vierges à la bouche mutine, d'enfants Jésus rondelets et potelés, de dorures surchargées, d'images pieuses dégoulinantes de tons sucrés et pastel.

     

    C'est là que débute le scandale apparent du Saint Sépulcre, qui est marqué par la division, les affrontements picrocholins et l'incapacité des chrétiens à s'entendre sur l'emplacement exact du tombeau vide qui archéologiquement serait plutôt situé dans la crypte de Sainte Hélène.

     

    Il y autant de tombeaux vides certifiés exacts et réels qu'il y a d'églises chrétiennes, du catholique à l'orthodoxe en passant par l'arménien ou l'éthiopien. L'entrée est toujours gratuite mais il n'est pas rare qu'un ecclésiastique ou un religieux demande une obole, parfois conséquente, pour un cierge ou deux à la sortie. L'on croise des vieilles femmes affolées, qui embrassent tous les piliers du lieu saint, des essaims d'illuminés qui ont des visions mystiques derrière chacun de ces piliers, toute une « Cour des Miracles », l'humanité dans toute sa pauvreté.

     

    Et l'on comprend d'ailleurs que l'on fait soi-même partie de cette humanité là, que l'on n'est pas au-dessus, ni d'ailleurs en-dessous mais aussi pauvre.

     

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlToute cette discorde, toute cette médiocrité étalée choque, mais elle est à relier à l'Incarnation du Christ, qui ne l'a jamais méprisée en ayant adopté la condition hormis le péché. J'avais été prévenu par ce que j'avais appris au catéchisme, fait par ma mère, qui connaissait par l'entremise de ses parents cette désunion scandaleuse, scandale qui en rappelait un autre, celui de la Croix, symbole totalement absurde si l'on y réfléchit bien, car c'est un symbole de cuisante défaite.

     

    Toutes les confessions chrétiennes essaient de gagner de l'espace sur le voisin de manière très souvent des plus mesquines :

     

    Par exemple, cela commence en plantant un clou. Si le clou n'est pas arraché après quelques semaines, on laisse dessus une peinture ou une tenture. Si la tenture et la peinture ne sont pas enlevées on rajoute un tapis au sol, choisi le plus long et le plus large possible.

     

    Et progressivement, on fait comme si le tout avait toujours été là.

     

    Les israéliens jouaient sur ces disputes âpres pour asseoir leur influence sur ce côté de la ville et que la manne touristique leur profite un petit peu plus, ou pour prendre un peu plus d'autorité sur les chrétiens palestiniens sous prétexte d'arbitrage. Il s'agissait aussi de mettre des bâtons dans les roues au patriarche catholique, palestinien à l'époque, Michel Sabbah ou au Vatican pour qui Jérusalem est une ville de statut international et non la capitale israélienne ou palestinienne.

     

    Lors de nos visites du côté occidental, nous avons souvent remarqué que les deux emplacements touristiques mis en valeur par les agences de tourismes israéliennes sont le « Mur » et le « Dôme du Rocher ».

     

    Les touristes y défilent par grappes, s'extasiant en chœur derrière leurs appareils photos, poussant des « oh » et des « ah » au moment où leur guide le leur intime.

     

    J'ai toujours été surpris de constater à quel point ceux-ci aiment regarder leurs découvertes à travers un écran et non directement.

     

    La plupart sont surpris de trouver autour du monument des magasins chrétiens, et une ville arabe, comme ils sont étonnés d'apprendre l'existence d'autres églises chrétiennes, parfois toutes aussi catholiques que l'Église romain, voire depuis plus longtemps qu'elle.

     

    La présence de ces magasins rassure car cela suppose aux yeux des naïfs qu'ils seront moins roublards que les autres marchands, moins enclins à la négociation plus ou moins farcesque, mais autant le dire, ils le sont tout autant que les autres négociants, en majorité musulmans, de la « Via Dolorosa ».

     

    L'auteur de ces lignes s'est fait prendre au piège quand il a voulu acheter un narghileh, cela ne s'est pas reproduit ensuite, mais la première fois resta mémorable.

     

    Le marchand a commencé sa mise à prix à 2000 shequels, soient 450 euros, ayant bien vu qu'il était tombé sur une « bonne poire » à savoir moi-même.

     

    La « bonne poire » a négocié et fait descendre le prix jusqu'à 250 shequels, 35 Euros, le marchand jouant sur la corde sensible, prétendant lui faire un prix à cause de sa nationalité amenant le « pigeon » que j'étais à croire qu'il s'était conduit en redoutable négociateur alors que le prix réel de l'objet acheté était de 25 shequels tout au plus, raison pour laquelle lorsque j'ai appris quelques rudiments d'arabe dialectal j'ai commencé par les chiffres et les expressions à connaître pour discuter les prix avec un peu plus d'habileté.

     

    Au début nous pensions qu'il n'y avait guère que dans un magasin ou deux du quartier moderne, ou dans le quartier chrétien, que nous pouvions faire l'emplette d'alcools divers et variés, pour nous apercevoir assez rapidement un peu plus tard que tous les marchands en vendaient à condition de savoir comment le demander, tout comme il suffisait dans certains restaurants de demander un « Coca supérieur » ou « royal » pour obtenir une bière ou un whisky, dans un gobelet en carton pour rester discret.

     

    La première fois que j'essayai d'acheter de « l'Arak », l'anisette locale, dans un de ces commerces, le propriétaire des lieux qui avait d'autres clients jura ses grands dieux qu'il était un bon musulman, que jamais il ne vendrait d'alcool à un chrétien encore en plus.

     

    Dépité face à ses dénégations bruyantes et surjouées pourtant, j'esquissai une sortie quand celui-ci me rattrapa, me soufflant à l'oreille qu'il fallait entendre que les deux autres clients très religieux sortent, me demandant ensuite combien de litres je désirai.

     

    Je mesurais d'ailleurs plus tard mon intégration au quartier aux prix que l'on me demandait dans les magasins.

     

    Au bout d'un an j'ai eu le droit aux « vrais » prix à charge pour moi d'amener les amis de passage chez les marchands. Selon l'attitude de ces amis, selon leur vœu de se débrouiller ou non, vœu parfois bien dangereux, je laissais le commerçant faire ce qu'il voulait ou appliquer les tarifs « locaux » pour « local people » selon la spécification de la police israélienne concernant les palestiniens.

     

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlL'une de mes visiteuses décida que j'étais un affreux macho souhaitant prendre l'ascendant sur elle devant les marchands et prit sur elle d'entrer sans moi, l'un d'eux qui prenait le frais me consultant du regard, je levais les bras au ciel, il comprit qu'il avait le champ libre et les suivants.

     

    Elle sortit de la première échoppe avec un keffieh acheté 85 dollars, en valant un, de la deuxième avec un tapis de prières à 250 shequels, en coûtant au bas mot 25 et de la troisième avec un châle à deux dollars lui en ayant coûté 150.

     

    Je ne lui objectai rien lorsque très fière, elle affirma qu'elle savait donc très bien se débrouiller sans l'aide d'un chaperon un rien phallocrate.

     

    Notons que dans le quartier juif de la Vieille Ville, si les prix étaient toujours inscrits sur les objets, les prix pratiqués étaient ceux donnés au départ d'une négociation et dans ces magasins inutile de chercher à les discuter.

     

    Ce qui les frappe le plus au Saint Sépulcre, ce n'est pas le Tombeau vide ou les styles d'architecture qui se superposent de façon des plus hétéroclites, c'est la « pierre dite de la Déposition » à l'entrée qui exsuderait selon les évènements de l'huile sacrée, pierre déjà remplacée plusieurs fois depuis la construction du Saint Sépulcre et du royaume latin d'Orient.

     

    Le « spectaculaire » a envahi également l'endroit.

     

    Ce que je préférais au Saint Sépulcre était le petit « village » éthiopien sur le toit de la basilique, reconstitué là car les éthiopiens, une des plus vieilles chrétientés avec les coptes, étaient trop pauvres pour avoir le droit d'être à l'intérieur du bâtiment comme d'autres.

     

    Ces chrétiens étaient au plus proche des pauvres, sans ressentir la nécessité pour cela d'en parler sans cesse, pour eux cela coulait de source.

     

    Quand j'avais la tentation de céder à la mélancolie, j'allais faire un tour dans cette « cour des miracles » que j'avais appris à aimer malgré le spectacle lamentable qu'elle pouvait offrir.

    image du haut prise ici sur le site du Figaro

    image du centre prise sur ce site

    image des croix empruntée là

  • Fragments d'un journal en Palestine – 7

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    Retours à l'Ouest

    palestine, israël, société, religionsA Jérusalem, il était facile de revenir régulièrement en Occident, pour cela il suffisait, sortant de la Vieille Ville, de traverser la place de l'hotel de ville, Safra Square, juste en face de la « Porte Neuve » pour y être, quand nous en avions assez des pèlerins autistes, des fous atteints par le syndrôme de Jérusalem, des militants de ci, de ça, des idiots violents, nous franchissions cette frontière aussi bien physique que mentale pour prendre une sorte de cure de modernité.

     

    Ce n'était pas tout à fait l'Ouest, pas tout à fait l'Europe, mais une sorte de reconstitution presque exacte dans quelques rues où l'on pouvait cependant parfois croiser des intégristes juifs en noir et des femmes en costume traditionnel accompagnées d'une ribambelle d'enfances piaillant.

     

    Cette reconstitution était une sorte de parc d'attractions plus ou moins de perdition pour les plus religieux habitants de Jérusalem, pensez donc, on pouvait y consommer de l'alcool voire en acheter pour plus tard, y trouver de la charcuterie, dont de la charcuterie « kasher », cela existe, fabriquée par des israéliens d'origine russe dans le nord du pays, certifiée « kasher » pour peu que le sang du cochon ne touche pas le sol de « Eretz Israel ».

     

    Pour cela, rien de plus simple, il suffisait de faire couler une dalle de béton sur le sol de l'abattoir.

     

    Ces quartiers « à l'occidentale » ne l'étaient pas tant que ça, si progressistes, puisque les jours de fêtes religieuses, les interdits alimentaires par exemple, que l'on soit juif ou pas, devaient être scrupuleusement appliquées. Et nous avons souvent remarqué que même dans des familles que nous croyions bien au-dessus de tout cela, libérales, même libertaires, ces prescriptions étaient suivies à la lettre.

     

    Celles-ci ne seraient jamais allé prier au « Kotel », préférant les offices de la Grande Synagogue de Jérusalem, réputés plus modernes, en apparence, en apparence seulement car les officiants y étaient tout aussi rigoureux quant à leur identité religieuse, et israélienne.

     

    Ces israéliens de Jérusalem nous l'ont souvent expliqué, vivre dans cette ville est toujours un choix pour eux comme ça l'est pour les palestiniens. Ce n'est pas gratuit de vivre dans la « Ville Sainte », d'y travailler. C'était de temps couplé, nous l'avons maintes fois constaté, avec une vision messianique d'Israël et du sionisme, vision appuyé par les pentecôtistes américains ou les communautés charismatiques catholiques.

     

    palestine,israël,société,religionsIl nous est arrivé, c'était une provocation innocente, de demander dans les restaurants des steacks bien saignants avec une sauce au roquefort, ou un peu de beurre persillé, ce qui est rigoureusement interdit par la « kashrout ». L'art de vivre tellement méprisé en France, cette culture de la table, de la convivialité, est une des composantes importantes de la liberté, qui ne se décide pas par des grandes envolées mais qui se vit.

     

    Un soir où un ami et votre serviteur ressentaient fortement le besoin de se réjouir le ventre autrement qu'avec du « houmous » et des « pitâ », ou des « mixed grill » caoutchouteux servis avec des frites élastiques allègrement trempées dans une dizaine de litres d'huile, nous avons réussi de haute lutte à convaincre un patron de restaurant de la rue de Jaffa de nous servir une entrecôte qui ne réponde pas du tout aux normes religieuses, et qui soit donc bien meilleure à déguster.

     

    Les conducteurs de « l'Express » hors d'âge qui nous servit souvent de voiture ces deux ans; profitant de la plaque consulaire, se garaient n'importe où histoire de taquiner les militaires patrouillant régulièrement dans ce coin de la ville somme toute.

     

    La ville occidentale avait l'avantage énorme pour moi d'abriter quelques librairies en son sein, dont une librairie française, et des livres qui sont autant de produits de première nécessité pour moi, et pas seulement des livres de spiritualité, de mystiques racontant leurs illuminations diverses et variées et plus ou moins fantasmées, les uns se prenant pour des pionniers en droite ligne descendants des hébreux, les autres jouant à Lawrence d'Arabie, ce qui dans les deux cas est une forme de pathologie politique, religieuse et touristique.

     

    J'ai pu me passer de beaucoup de choses pendant mon séjour à Jérusalem, mais il m'aurait été impossible de me passer complètement de livres. Lire « le caporal épinglé » de Jacques Perret ou « la grande peur des bien-pensants » de Bernanos avait une toute autre signification dans cette ville que cela en a sous nos cieux, c'est un geste d'insoumission à la sottise, à la haine, aux manques d'altérité qui nous entouraient.

     

    C'était malgré tout un espace de liberté, où des gestes et attitudes que nous considérons comme tout simples ou allant de soi en Europe étaient, par des tenants des grandes religions, perçus comme autant de transgressions, en particulier par tous ceux que la sainteté de la « Ville Sainte » rendaient fous.

     

    Je m'étonne encore du fait que parmi ces illuminés tous persuadés de vivre pour la première fois des émotions extraordinaire l'on trouve surtout des personnes ayant des problèmes personnels à surmonter, ou compenser quelque frustration ou complexe enfoui bien soigneusement derrière une affectation mystique parfois pénible. A nous rendre régulièrement dans un café de la rue Ben Yehuda, nous provoquions l'horreur de ces fous, leur colère parfois, car nous cédions à des plaisirs matériels tellement vulgaires à leurs yeux.

     

    Combien de fois ais-je été choqué d'entendre ces purs esprits déclarer que selon eux ces moments de joie « simplement » matériels étaient des barrières à la foi, étaient inutiles, n'ayant pas compris que c'est justement dans ces moments qu'ils dédaignent que celle-ci s'incarne au mieux, car ce n'est pas ce que l'on mange ou ce que l'on boit qui est le plus important mais ce que l'on partage autour de soi.

     

    Combien de fois les ais-je entendu suggérer avec mépris, de la même manière que des hygiénistes « bio », végétariens, ou végétaliens, les esprits étroits se ressemblent, qu'apprécier la bonne chère du bon vin entre amis était une espèce de beuverie immorale ?

     

    palestine,israël,société,religionsLa plupart était incapable de ressentir la beauté de l'accueil qui nous était la plupart du temps réservé, également du côté occidental, les plus doués pour cela étant paradoxalement les ultra-religieux de Mea Shearim, le quartier ultra-orthodoxe.


    J'ai vécu dans ces quartiers des moments parfois surréalistes, petits et plus importants, de cette caissière de restaurant nous proposant de nous servir la sauce chocolat demandée sur nos glaces par la porte arrière de l'endroit, pour que personne ne puisse le voir, à ces instants où tout s'arrête, les êtres humains, leur activité, leurs véhicules se figeant complètement lors des minutes du souvenir de la « Shoah » cimentant les communautés nombreuses, souvent antagonistes, et hétérogènes composant Israèl.


    On pouvait observer alors des touristes complètement perdus dans une ville devenue pour eux un musée de cire grandeur nature, se postant parfois sous le nez des personnes immobiles, résistant pour certains à l'envie de les toucher du doigt pour éprouver leur réalité sujette dans ces moments là à un questionnement.


    Il était fréquent que je rencontre dans cette partie de la ville un ou plusieurs taxis-man palestiniens me saluant d'un sonore "Hello Abunah" me rendant immédiatement suspect aux yeux des israéliens à kippa noire du quartier de complicité avec des terroristes. Ils ignoraient que bien loin de songer au terrorisme, les jeunes palestiniens ne rêvaient que d'une chose, pouvoir travailler, circuler librement et aller draguer les jolies filles rue Ben Yehuda ou sur le front de mer à Tel-Aviv, Jaffa....

    image du haut prise ici

    Safra square image prise ici

    passants dans le quartier de Mea Shearim, image prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine – 6

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    Juillet 2000 : l'angoisse de la routine

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgieEn Juillet 2000, nous étions partis depuis bientôt deux ans, nos deux ans de contrat, et l'angoisse du retour, du retour de nos routines se fit plus pesante. D'aucuns parmi nous pour se rassurer savaient qu'en rentrant ils termineraient qui un cursus universitaire, qui un parcours professionnel, et retrouverait un cocon plus ou moins douillet. Afin de retarder au maximum ces retrouvailles, la plupart choisissait le « chemin des écoliers » pour rentrer, préférant le bateau et de multiples escales.

     

    Quand je suis rentré, j'ai choisi quant à moi l'avion pour rentrer d'un coup, avaler le calice rapidement.

     

    Pour moi il était très difficile de songer ne serait-ce qu'un peu à cette routine sans angoisse en ayant devant moi chaque jour la munificence du « Dôme du Rocher », la sensualité des paysages du Jourdain par la fenêtre et en ressentant à chaque instant la douceur du climat et l'accueil généreux des habitants.

     

    Pour les gens du quartier, j'étais devenu un des leurs, y compris pour les petits voleurs de touristes hollandais, que la police israélienne laissait faire afin d'entretenir l'impression d'insécurité perpétuelle dans la « Vieille Ville » et affirmer de temps à autres leur présence en procédant à des arrestations spectaculaires et violentes de délinquants qu'ils laissaient courir le reste du temps.

     

    Un soir où des pèlerins français assistaient à la messe à la basilique Sainte Anne, messe présidée par un jeune évêque parisien, un de ces ecclésiastiques se situant pudiquement et exclusivement comme il le dit lui-même sur le plan spirituel, laissant de côté la réalité de ce qu'il voyait autour de lui, préférant rêver d'un Jérusalem idéalisé, peuplé seulement de purs esprits, et non cette ville où la plus grande pauvreté côtoyait la richesse la plus insolente, richesse justifiée le plus souvent hypocritement par des traditions qui ne justifient absolument rien, je compris à quel point je m'étais intégré au quartier.

     

    Un des pèlerins m'apostropha dans un anglais très hésitant :

     

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgie« You ! Canne You openeune Ze doure plize » dit-il non sans une certaine fébrilité, et quelques gouttes de sueur perlant sur son front, car il avait certainement lu et entendu les recommandations concernant la dangerosité supposée de la Vieille Ville.

     

    Quand je m'exécutai, lui et son épouse n'osèrent cependant pas sortir, il y avait l'agitation habituelle de la rue palestinienne dehors, des terroristes le couteau entre les dents à tous les coins de rue c'est certain. Il suggéra à sa femme d'attendre leur taxi à l'intérieur, ce qu'il me signala :

     

    « Oui ouile ouaitine ze taxi ine zi housse ».

     

    Je leur répondis en anglais, en rajoutant dans l'accent marqué que cela ne posait pas de problèmes.

     

    Ils me remercièrent en chœur, rassurés :

     

    « Sanque iou sœur ».

     

    Leur taxi, israélien, nous le comprîmes après le coup de fil qu'ils passèrent à la loge de Sainte Anne, ne voulait pas venir dans la Vieille Ville, ne voulait pas s'aventurer dans un quartier si mal famé à ses yeux.

     

    Le pauvre homme et son épouse étaient désespérés, se voyant déjà vendus au marché aux esclaves sur la Côte Barbaresque quand je répondis à leur anglais chaotique en français, un des Pères Blancs présent appelant rapidement un taxi arabe qui vint les cueillir juste à la sortie et qui les ramena à bon port..

     

    Ce n'était pas les seuls à être aussi terrifiés dans la Vieille Ville. Nous avions croisé des israéliennes un soir de rupture de jeûne de Ramadan qui passant tout près des murailles et entendant des bruits de pétards éclatant crurent la guerre faire rage. Nous eûmes toutes les peines du monde à les convaincre de ne pas appeler la police et l'armée, que c'était juste des gosses musulmans fêtant la rupture du jeûne.

     

    L'une d'elles nous dit, elle ne portait aucun signe distinctif, qu'ils allaient les reconnaître comme juives et les tuer. Nous essayâmes de leur faire comprendre que cela n'était pas inscrit sur leurs fronts, et que rien n'arriverait, ce fût peine perdue.

     

    Ces personnes subissant la plus grande pauvreté matérielle dans Jérusalem étaient capable par contre d'une générosité d'accueil plus extraordinaire que celui de bien des communautés religieuse confites dans leurs habitudes mortifères.

     

    Ainsi, je me souviens de ce petit boulanger qui tint à m'offrir le café, me fit visiter son logis ou ce qu'il appelait logis. Je profitais de la seule chaise valable de l'endroit, pendant que lui s'asseyait sur une caisse ayant contenu des sacs de farine. Comme je buvais son café en grignotant un des « knaffeh » qu'il m'offrit, je pus constater qu'il dormait sur un galetas immonde, poussiéreux et mangé aux animaux parasites. Il n'avait aucune amertume, il aurait bien voulu vivre confortablement mais « Inch Allah, Bukra, Maalesh ».

     

    En deux ans, je n'ai jamais eu de moment réellement de cafard. Il me suffisait de sortir la nuit au cœur des ruines de la piscine de Bethesda près desquelles j'habitais, et de rêver en regardant la voûte céleste, le ciel clair et les milliers d'étoiles, j'avais comme le sentiment que le monde entier était tout proche dans toutes les directions, que mes amis, que la France n'étaient pas si éloignés.

     

    Je faisais régulièrement le rêve suivant : au bout de la Via Dolorosa juste en bas de chez moi, juste après un petit minaret commençait la rue que j'habitais en France, qui aboutissait étrangement sur toutes les rues de ma vie

     

    Bien souvent, les personnes n'ayant pas vécu cette expérience de l'expatriation se demandent bien comment l'on peut tenir le coup du fait de l'absence de repères stables, d'une situation locale explosive, sans routines en somme. On peut d'ailleurs retrouver une routine très pesante à l'autre bout du monde. L'habitude ce n'est pas seulement dans nos pays.

     

    L'habitude peut être exotique.

     

    La réponse est assez simple, la plupart des personnes qui partent sont bien souvent inadaptés à la vie moderne, au désir de performance roi, à la loi de l'argent le plus fort, se lassent vite d'une vie apparemment bien équilibrée, voire un peu trop. Il est évident qu'ils fuient toujours quelque chose par peur de s'y confronter, cherchant dans l'extraordinaire une réponse à des questions tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

     

    Ces questions, on pense d'ailleurs les avoir laissées en route, mais on les retrouvera au retour, aussi pesantes, voire plus, aussi douloureuses, provoquant les mêmes blessures.

     

    Les personnes qui partent, ou qui ont ce désir, ne sont pas pour autant des paumés, ou des dépressifs, mais la banalité qui a aussi ses charmes, n'est pas pour eux. Ils ont d'autres désirs, des désirs souvent d'absolu, un absolu qui au Proche Orient s'incarne dans les paysages désertiques, que ce soit celui du Negev ou du Jourdain, ou celui liquide de la Mer Rouge.

     

    Il ne s'agit pas de mépriser pour autant le quotidien, le banal, l'habituel pour autant, ce n'est simplement que ce n'est pas pour eux aussi. C'est aussi s'habituer à tout qui rend la vie insupportable, qui aliène, lorsque l'on a abdiqué face à de multiples petits compromis, tout petits mais suffisants pour se laisser vaincre et renoncer à vivre vraiment.

     

    Un ami qui était parti depuis un an de la « Ville Sainte », mais qui revenait nous voir de temps à autre, un jeune prêtre d'origine colombienne me proposa pour calmer l'angoisse un week-end à la plage à Tel Aviv, avec une visite souvenir des cafés en front de mer pour tenter de comparer une dernière fois les vertus des bières israéliennes comparées aux palestiniennes.

     

    Cet ami, ancien étudiant à l'École Biblique, se promenait là-bas sans aucune vergogne nanti d'un « keffieh » autour du coup, mais son aplomb hors-normes aplatissait curieusement toutes les velléités de violence des personnes croisées, qui lui pardonnaient ce détail vestimentaire.

     

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgieA l'aéroport, il paya son insolence (là-bas constater simplement des faits était considéré comme insolent ou transgressif) et son irrespect total des règles absurdes par huit heures de fouille, un ordinateur mis en pièces, avec une thèse, fruit d'un travail de longue haleine irrémédiablement perdue, et deux heures dans une cellule, qui furent pour lui les deux heures les plus lentes de son existence, et surtout son refus des compromis grotesques, en vigueur à Jérusalem parmi nombre de chrétiens expatriés qui ne voulaient surtout pas voir le réel, que cela avait également choqué, à commencer par les membres de la plupart des communautés charismatiques qui allaient jusqu'à emboîter le pas à des fous en pleine sublimation de leurs frustrations, ayant des visions compensant la grisaille de leurs existences mornes.

     

    Je le remercie encore de m'avoir donné quelques bonnes adresses à Jaffa, Jérusalem, Haïfa, non loin du temple des pacifiques « Bahai », tenants d'une secte farfelue mais sans haine dans ses comportements, ou Tel Aviv sur le front de mer, où les jolies filles ne manquaient pas (dans son cas, il m'affirmait que l'on peut admirer la création divine, dont font partie les jolies filles, qui sont comme des fleurs que l'on n'a pas forcément besoin de cueillir, mais aussi à Ramallah, où il m'indiqua une fumerie de narghileh en haut d'une tour de béton, Jénine, où nous mangeâmes un vrai « mezze » palestinien, Naplouse, nous dégustâmes des « mixed grill » près d'une fabrique de savon ou Gaza, nous bûmes du café dit « turc » affalé comme des sultans de l'ancienne Bagdad sur des coussins aux couleurs vives.

     

    Il trouvait ça normal, cherchant à ce que « rien de ce qui est humain ne lui demeure étranger », n'y voyant pas de contradiction avec son sacerdoce dont il respectait scrupuleusement toutes les exigences morales. Il n'y a pas besoin « d'avoir l'air » de quelque chose pour l'être vraiment, ou pas.

    Temple des BaHa'is pris ici

    "Star et Bucks café" de Ramallah pris ici

    Marché aux puces de Jaffa emprunté à ce site

  • Fragments d'un journal en Palestine – 5

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     « Dimanche des Rameaux » 2000 – l'apogée du voyage

    photos-israel-plage-tel-aviv-big.jpgQue l'on me pardonne ce petit retour en arrière, mais le Dimanche des Rameaux du Jubilé fût en quelque sorte l'apogée, l'acmé de mon séjour à Jérusalem, comme pour les autres volontaires, et aussi « le début de la fin », hélas.

     

    Ce séjour ne fût pas toujours idyllique ou « rose-bonbon ». Mes rapports avec les « pères blancs » n'étaient pas franchement au beau fixe, l'un d'eux me faisant remarquer que j'avais un problème avec l'autorité, ne me conformant pas aux mêmes habitudes que les autres personnes de la maisonnée, qui pour les « pères blancs », à l'exception de deux d'entre eux, avaient deux fois mon âge.

     

    Il y en avait parmi ces « pères » qui n'étaient jamais sorti ne serait-ce que faire un tour dans le quartier. J'étais la seule personne de la maison, à l'exception du père économe, de la basilique Sainte Anne, que les gosses, les marchands et même les petits voleurs connaissaient comme étant de « Salahiyeh », le nom ottoman de l'église « Sainte Anne ».

     

    Sans fausse modestie, ni vantardise excessive, concernant l'apostolat d'un chrétien voilà pourtant la chose la plus importante : ne serait-ce que dire simplement bonjour aux personnes à côté de qui l'on habite...

     

    Des « pères blancs », d'autres religieux, intellectuels de haute volée, se demandaient gravement s'il faut ou non aborder la question de la Trinité avec les musulmans, ou de la Transsubstantiation, délicates questions théologiques certes sur lesquelles les exégètes sont d'ailleurs loin d'être tous d'accord et qu'il faut bien se garder d'aborder dans la rue sous peine de passer pour « majnoun » (fou). La réflexion n'est pas inutile tant s'en faut mais ne vient qu'après la prise de contact...

     

    Ce que rappelait pourtant la vie quotidienne à Jérusalem, dans les rues de la « Vieille Ville », et dans la ville moderne, c'est que c'est d'abord l'humain qui compte, malgré la sottise parfois pesante et la violence qui en découle de temps à autre, prendre le temps de s'arrêter pour discuter, pour prendre un café, voire fumer le « nargileh ». Et en Palestine, comme en Israël, prendre son temps est un art de vivre, tout comme profiter de la douceur des paysages de Judée et de la vallée du Jourdain, ou du bruit de la mer à Tel Aviv.

     

    Les esprits ne sachant pas profiter de cette beauté, ne sachant pas la ressentir, ne comprennent pas grand-chose des émotions que l'on peut vivre dans le désert, ou à suivre le trajet d'un « oued » et déboucher sur une « oasis » au milieu de nulle part, une église perdue et son anachorète, parfois bien décevant, comme celui qui sortit son téléphone cellulaire « dernier cri » devant nous alors que nous le regardions passer émerveillés devant tant de sérénité apparente, le bougre se révélant ensuite également marchant de babioles touristiques.

     

    Après ce jour extraordinaire des « Rameaux », il nous a été encore plus difficile à tous d'envisager notre retour, qui s'annonçait maintenant très proche.

     

    Je l'appréhendais d'autant plus que je n'étais pas revenu en France pendant ces deux années qui passèrent extrêmement vite, d'autres qui avaient fait l'aller-retour au bout d'un an étaient moins anxieux, ayant vécu cette pause qui fût pour eux comme un « sas de décompression » avant le retour imminent.

     

    C'était surtout la peur de retrouver plusieurs routines. Routine il est vrai que l'on pouvait aussi subir en Terre Sainte, je songe à cette volontaire qui ne voulant pas rentrer en France avait pris un emploi dans un hôpital et un logement dans une cité HLM de la banlieue de Jérusalem, croyant continuer à pouvoir vivre chaque jour aussi intensément ce en quoi elle se trompait.

     

    Elle s'était fiancé avec un « prince charmant » lui semblant sortir tout droit des « Mille et Une Nuits » (les plaisirs de l'Orient...) et comprit bien vite qu'il serait d'abord un bon mari, pas très différent d'un mari comme les autres.

     

    Contrairement à un « chemin de croix » qui ne se ferait qu'entre occidentaux, en personnes pieuses et bonnes bien sûr, entre gens du même monde et de même obédience, le « Dimanche des Rameaux » est une fête chrétienne à laquelle, à Jérusalem, tout le monde participe dans une joie, une ferveur et une communion que l'on tenterait vainement de retrouver en Occident, y compris dans les rassemblements « pour jeunes » sur-affectifs mais creux.

     

    Quelle déception pour moi de retrouver en France des catholiques tellement froids, ayant tellement peur de manifester leur joie d'accueillir les autres !

     

    Le « dimanche des Rameaux », les chrétiens suivent le même chemin emprunté par le Christ quelques jours avant sa crucifixion, et sortant par la porte « Sainte Étienne » ou « Porte des Lions », marchent tout d'abord jusqu'en haut du Mont des Oliviers d'où ils redescendent lentement, en passant par le jardin de Gethsémani où la tradition locale prétend que les oliviers que l'on peut y voir datent du temps du Christ. Les chants des croyants se mêlent alors au « youyous » des femmes musulmanes qui viennent « en voisines » .

     

    Un temps, les inimitiés s'effacent et les antagonismes sont oubliés entre les communautés, y compris entre les différentes églises catholiques et orthodoxes, dont certaines se « combattent » à coup de clochers que l'on veut toujours plus bruyant que celui du voisin chaque jour, ou en tirant à « petits coups » sur les tapis parsemant le sol du Saint Sépulcre.

     

    Il ne viendrait cependant pas à l'idée, notons le en passant, aux chrétiens palestiniens qui fêtent « les Rameaux » ou au franciscains en tête de cortège de demander la protection de la police israélienne pour prier en toute quiétude.

     

    Juillet 2000 – Face à la Méditerranée

     

    Un ami qui était venu me voir à Noël 1999, me voyant à Césarée, qui était considéré à l'Antiquité comme « la porte de l'Occident », d'où partit Saint Paul, devant la Méditerranée me demanda à quoi je pensais. Maintenant, je peux lui répondre même si je n'en sentais pas la nécessité sur le moment car je pressentais qu'il connaissait la réponse à sa question :

     

    Je pensais aux amours perdues, aux mis laissés en France, à ceux qui avaient partagé, comme lui, cette expérience, à la vie que j'y retrouverai. Nous étions devant un « khan », caravansérail, antique et désert, éclatant de blancheur sous le soleil et rien ne comptait que l'instant, perdu dans un Sud qui n'était alors pas si utopique.

     

    En juillet, étant quelques uns à bientôt reprendre l'avion pour la France, nous allâmes passer quelques jours et aussi quelques soirées à Tel Aviv, il y aurait bien un taxi collectif pour nous ramener au petit matin.

     

    Car Tel Aviv, comme Jaffa, ne vivent pas exactement pendant la journée où il n'y a guère que les touristes pour sortir et aller sur la plage, quand la température est trop élevé pour s'agiter, ou les filles court vêtues ou très peu vêtues qui se font bronzer à côté de familles juives orthodoxes se baignant toutes habillées, deux mondes se croisant sans collision, mais en toute .

     

    C'est en soirée que ces villes deviennent intéressantes, et une bonne partie de la nuit. L'on croise des cracheurs de feu, des jongleurs, des émigrés récents ou anciens, de Russie et de partout, racontant leur « aliyah », dissertant à n'en plus finir et avec animation dans les cafés qui font face à la plage.

     

    Un jour, attendant dans une file devant un distributeur de billets, j'eus la surprise d'entendre le « haredim » en habit traditionnel jurer avec un accent typiquement parigot gouailleur, un conducteur de taxis, un vieux russe me raconta sa vie ans un « shetl » et pourquoi il était parti, bavardant dans un français parfait.

     

    Et pourtant Tel Aviv comme Jaffa laissaient une impression d'irréalité.

     

    Il manquait quelque chose pour que cela soit concret, ce « quelque chose » étant plus de solidarité peut-être avec ceux qui souffrent et qui n'étaient pas très loin. La guerre et la haine n'étaient pas niées mais simplement mises de côté un temps, il n'était pas rare de voir des « surfers » apparemment insouciants le « M16 » sur l'épaule, des soldats en permission de quelques heures mais toujours sur le « qui-vive ».

     

    Il eût fallu que cette douceur, ce front de mer incitant à la rêverie, soient accessibles à tout le monde sans distinction pour que l'euphorie soit vraie, et que l'ivresse soit parfaite.

     

    Curieusement, les français venus de Jérusalem se cantonnaient toujours à la plage de « l'ambassade », face au bâtiment et au drapeau français surmontant le tout, un rien écrasé par le « Hilton » juste derrière, tour de béton gigantesque. Les expatriés, qu'ils soient des volontaires, des coopérants ou du personnel consulaire ou diplomatique, ou travaillant pour des entreprises, restaient entre eux, adoptant une mentalité de « ghetto », encouragés en cela par des « évènements » consulaires organisés lors des fêtes françaises républicaines, à commencer par le 14 Juillet.

     

    Les 14 juillet du Consulat rappelaient l'ambiance décrite par Malcolm Lowry au début de « Au-dessous du volcan », ces occidentaux élégants, chics, perdus au milieu d'un paysage et d'une société qu'ils refusaient de voir, rejouant la même comédie sociale qu'ils eussent joué en métropole, une comédie des plus hypocrites. Il y avait deux « 14 juillet » pour les deux communautés françaises ou francophones irréconciliables ou prétendument, un du côté palestinien, un autre du côté occidental. Nous avions assisté chaque année aux deux, ne voyant pas en quoi nous aurions du nous priver de boire une deuxième fois l'excellent « Champagne » du consul, bien meilleur que l'israélien qui ressemble à du « prosciutto » italien un peu sucré, que nous achetions les jours de cafard avec du saucissons « kascherr », ça existe, fabriqué par les émigrés israéliens russes, et de la « baget »caoutchouteuse., que l'on pouvait acheter chez un marhand honni des intégristes de tout poil rue de Jaffa à Jérusalem...

     

    (bientôt la suite)

     image prise sur ce site

  • Fragments d'un journal en Palestine – 4

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    Mars-Avril 2000 : Montée vers Pâques – visite d'un « frère d'armes »

    Israèl, Palestine, ChristiannismeEn Mars 2000, le pape Jean-Paul II est venu en Terre Sainte, ce qui fût un événement majeur pour les chrétiens, les juifs et les musulmans de Palestine et Israël. Il multiplia les gestes de paix et de rapprochement, visita « Yad Vashem », le jardin du mémorial de l'Holocauste, moment où l'on découvrit qu'il était un « juste » lui aussi, déposa une prière au « Mur », où il exprima aussi la repentance de l’Église, un geste extrêmement fort, quant à l'antisémitisme, et pria avec le grand mufti dans la mosquée « El Aqsa ».


    Après qu'il eût déposé une petite prière dans un des interstices du « Mur », des juifs ultra-orthodoxes vinrent pour la déchirer, et laver l'emplacement du « Kotel » où le papier avait été glissé à grandes eaux montrant qu'ils n'avaient rien compris à ce geste de rapprochement.


    Il venait pour le Jubilé de l’Église catholique. Son organisation sur place pour les jeunes fût confié à une jeune femme issue d'une « communauté nouvelle » qui multiplia les bévues.


    Elle commença lors d'une cérémonie à Bethléem par inviter d'abord les responsables de communautés occidentales, négligeant les chrétiens palestiniens qui furent « oubliés » surtout par ignorance de leur existence même, et disons le par bêtise bien que ne cessant de se réclamer de l'Esprit Saint et de son inspiration.


    En effet, bien souvent, quasiment tous les chrétiens, catholiques ou non, européens, méconnaissent gravement l'existence des chrétientés originelles du Proche Orient, qu'ils prennent pour des survivances folkloriques, ou des restes du travail d'éventuels missionnaires qui auraient évangélisé la Terre Sainte au cours des siècles alors que ce sont plutôt ces chrétiens orientaux qui ont de fait évangélisé l'Europe.


    Les pèlerins se méfient des chrétiens arabes qu'ils soupçonnent de pas être tout à fait sincères, ou qu'ils vont jusqu'à traiter de « collabos », avec les israéliens, ou avec les palestiniens du Hamas. Lorsqu'on évoque les souffrances et persécutions bien réelles vécues par ces chrétiens arabes, les uns vous répondent qu'ils ne peuvent entendre ce qu'ils estiment être un discours trop politique, les autres rétorquant que ce sont des « collabos » d'Israël.


    De plus lorsque nous pressions ces chrétiens de rester en Palestine, de ne pas fuir et laisser le champ libre aux intégristes, ceux-ci nous faisaient justement remarquer qu'ils n'était pas vraiment aidés pour rester par les chrétiens occidentaux qui se contentaient de vagues promesses, de gentilles prières, pour repartir ensuite chez eux la conscience tranquille.


    Je me souviens particulièrement de cette personne qui accompagna des gosses du Lycée Français à Jéricho, légèrement illuminée, légèrement mythomane également, entonnant malgré mon avertissement de ne pas le faire un psaume hébreu, là encore très beau pour un petit européen vivant confortablement mais qui avait une toute autre signification pour les adolescents arabes chrétiens présents avec nous, à savoir la guerre, la pauvreté, la faim, l'exil, les privations diverses de libertés...


    M'ayant consulté du regard et avec mon assentiment, les jeunes ne chantèrent pas le chant.


    Elle nous dit ensuite qu'ils auraient dû dépasser leurs souffrances et s'abandonner à l'Esprit du chant ce qui est une réflexion typique de personne qui n'a jamais souffert....


    Ce fût le Pape lui-même qui « rectifia le tir » lors de sa messe au Saint Sépulcre où il fit mettre les croyants arabophones au premier rang de l’assistance, ceux-ci obtenant au fond réparation de l'humiliation subie par ailleurs. Voilà où mène l'ignorance des chrétiens qui ne connaissent pas les bases de leur propre histoire, sinon à des manques de charité graves, envers des chrétiens palestiniens entre « le marteau et l'enclume » depuis des siècles.


    Lors de la messe à Bethléem, par un curieux échange par hauts parleurs interposés, ce fût également le Pape qui obtint que le muezzin pour une fois, dans un minaret juste au dessus de la place de la Nativité, se taise pendant son homélie, entamant avec lui un dialogue fructueux au-dessus des personnes assistant à la messe, ce qui nous permit d'échapper à l'ire des « services spéciaux » palestiniens l'un d'entre nous ayant imprudemment conseillé, en arabe, à l'un des « gros bras » de « fermer sa gueule » pendant la Consécration.


    Au début de la « Semaine Sainte » peu après je reçus la visite d'un ami, connu pendant le mariage d'un camarade d'université, excellent ami également, qui était pour moi, qui est encore, même si la vie nous a séparés, un « frère d'armes », à savoir de ce genre d'amis dont on sait dés qu'on les rencontre que l'on sera forcément ami, avec qui je partageais le goût de la littérature qui est une des passions de ceux qui ont été des enfants pas très doués pour la vie « comme tout le monde », et ce dés qu'ils ont su articuler leurs pensées, et ce certainement du fait d'une sensibilité aux autres et à la beauté des choses un peu plus grande que le commun des mortels.


    Je savais, ce qui fût le cas, qu'il comprendrait tout de suite, ainsi que son épouse, ce que l'on pouvait ressentir au Carmel du Pater, ou n'importe où sur « le Mont des Oliviers », la nostalgie des plaintes lancinantes des muezzins parfois mêlées aux clochers, la sensualité paradoxale des paysages de Terre Sainte, paradoxale du fait de la sottise et la violence partout présentes qui empêchaient beaucoup de personnes de simplement prendre le temps de contempler la beauté du Monde, ce qui aurait peut-être apaisé leur haine mais encore eût-il fallu qu'ils le veuillent.


    Il comprit immédiatement que si le Saint Sépulcre ressemble effectivement à une « Cour des Miracles » de la Foi chrétienne, nous faisons tous partie de celle-ci, tous ayant des faiblesses, des petitesses, de bassesses qu'il est plus facile de voir chez l'autre que chez soi.


    Cet ami, agnostique, aimant jouir des bonnes choses, a fait preuve de cette sensibilité dont n'étaient pas capables des personnes censées en être plus rapidement capables, ce qui montre que l'Esprit souffle où il veut, et quand il veut, et pas forcément là où on l'attend.


    Nous vécûmes ainsi que sa femme le chemin de Croix du Jubilé, organisée par la jeune femme dont il était question ci-dessus, qui ignorant visiblement que ce chemin de Croix était également un moment important pour les musulmans avec qui les chrétiens palestiniens partagent la lumière reçue lors du « Samedi de la Résurrection », allumée au Cierge Pascal du Saint Sépulcre.


    Elle demanda pourtant « l'aide » de la police israélienne afin de « libérer » le passage du « Chemin de Croix », ceux-ci en profitant pour saccager le marché de la porte de Damas qui n'était pas le moins du monde sur le chemin de la montée au Calvaire.


    La Croix que nous portions à tour de rôle avait été façonnée par le Frère Béat, un vieux « père blanc », présent sur place depuis quarante ans, décédé il y a peu, simple et aimant, ouvert au monde qui l'entourait, et non le reniant comme beaucoup de personnalités plus intellectuelles, plus savantes mais incapables d'altérité.


    Pour Béat, cela allait de soi. Depuis que je suis sorti de mon enfer personnel, quand le découragement ou l'acédie me tentent, je pense à Béat et le reste est facile...

    Israèl, Palestine, Christiannisme


    Entendant les intentions de prières durant ce chemin de croix, parlant toutes de charité pourtant, parlant toutes de l'autre, cela me mit en colère et prenant le micro à mon tour je rappelai incidemment que la charité cela aurait été de respecter le marché bédouin, et de ne pas laisser parquer les palestiniens du quartier derrière des barrières de police et les M16 des « services spéciaux » de « Tsahal » à bérets rouges.


    L'organisatrice ne voyait pas le problème, l'une de ses acolytes me souffla même que dans le métro les policiers dégageaient les « SDF qui sentaient tellement mauvais », et qu'ils avaient raison, et que là la police israélienne avait également raison de le faire avec les vieilles bédouines et leurs produits « qui ne sentaient pas très bon il faut avouer ».


    Réflexions qui me laissèrent sans voix mais qui me confirma que beaucoup de chrétiens « laveurs de vitres », sourire jusqu'aux oreilles, ont souvent la joie superficielle et la grâce peu efficace.


    Ce fût lui, ce « frère d'armes » qui me suggéra d'écrire un journal en Palestine, journal que je n'étais pas capable d'écrire alors, et que je n'ai pas pu écrire réellement pendant dix ans, étant pris dans une « descente aux enfers » personnelle et une spirale de « passions tristes » m'ayant amené au bord de l'abîme en toute connaissance de cause et ce malgré ces moments vécus en Terre Sainte, que j'évoque depuis quelques lignes déjà.


    Comme tout le monde, il m'a fallu être sur le point de sombrer complètement pour découvrir combien la vie est un cadeau, malgré tout, malgré les « bagages de souffrance » que l'on traîne derrière soi.


    De vivre ensemble tous ces moments renforça notre amitié qui devint à ce moment précis véritablement profonde. Cela me manqua profondément de ne pouvoir le vivre avec tous ceux que j'aimais qui pour beaucoup ne purent comprendre une fois que je rentrais en France les changements réalisés en moi.


    De France, je recevais régulièrement des colis de charcuterie, de fromages, de bons vins, et d'alcools, instaurant avec d'autres la « coutume » excellente de les partager tous ensemble avec qui voulait bien.


    Les bonnes choses, une bonne table, de bons vins, sont un moyen bien plus sûr pour lutter contre la bêtise et la violence que les meilleures intentions, les prières les plus mystiques surtout si elles ne sont suivies d'aucun acte ou geste minimal.


    Les intégristes, les spiritualistes fous, le savent bien, ils ont horreur de la convivialité, horreur des bonnes tablées, qu'ils assimilent à des « beuveries », ne comprenant pas que parfois l'ivrogne est plus proche de l'amour divin que le « bon croyant »...


    En Terre dite Sainte, ces fous refusaient d'apprécier l'accueil totalement gratuit des palestiniens mais aussi des israéliens, à Tel Aviv en particulier mais aussi de la part d'artistes juifs rencontrés à Jérusalem, tous n'étant pas des nationalistes radicaux, des bellicistes ainsi que les « antisionistes » du net semblent souvent le croire...


    (Bientôt la suite)

    image du haut de la "Via Dolorosa" prise sur le site Viator.com

    image du bas un jour de Chemin de croix prise sur katapi

  • Fragments d'un journal en Palestine – 3

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    Novembre 1999 : La colère de monsieur Antoine

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieMonsieur Antoine était un vieux monsieur qui travaillait à la basilique de Sainte Anne des « Pères blancs » où je logeais et travaillais.


    J'allais souvent le voir et discuter dans son petit bureau à l'ombre, quand le soleil était trop haut parfois l'après-midi. La basilique est un des nombreux domaines français de Jérusalem, une autre des « bizarreries » de la ville. Au XIXème siècle, un proche de Napoléon III, un marquis racheta plusieurs endroits réputés saints de la cité, dont « The Tomb Garden » et « Sainte Anne », qui fût laissée ensuite aux missionnaires d'Afrique, à l'initiative du cardinal Lavigerie.

     

    Monsieur Antoine était un chrétien libanais, plein de cette courtoisie orientale à la fois un peu désuète et aussi sucrée qu'une pâtisserie locale, toujours tiré à quatre épingles, quelle que soit la température. Il parlait un français très châtié, était toujours poli, tout en rondeurs et componction, semblant vivre de manière parfaitement harmonieuse avec les musulmans comme les autres chrétiens palestiniens rencontrés.

     

    Un jour, pris dans des rêves utopiques, tout à mon euphorie de vivre à Jérusalem, je lui fis part de mon sentiment que finalement entre les communautés religieuses, tout n'allait pas si mal et qu'il manquait peu de choses pour que tout soit parfait. Je n'avais jamais vu ce monsieur en colère.

     

    Ma réflexion de petit occidental, de « monsieur le professeur », comme il me surnomma ironiquement, tout à son romantisme hors de propos et « rose bonbon » le mit en fureur littéralement. Et encore maintenant je le comprends...

     

    Même furieux, bien sûr, il ne perdit pas pied, il me demanda comment je pouvais dire ça alors que dans son quartier aux allures de « ghetto » pour les chrétiens palestiniens, il devait subir chaque jour avec les siens les exhortations à la prière et à la conversion de ces quelques infidèles restants de cinq minarets construits spécialement pour eux, les muezzins poussant le vice à hausser le plus fort possible le volume des « amplis » utilisés, et cela contre l'avis du Coran qui interdit toute amplification du son, les appels à la prière devant être faits seulement à la voix.

     

    Il me rappela également qu'il fallait bien vivre avec les autres, ces autres fussent-ils des musulmans qui les haïssaient, ou les méprisaient, et qu'ils ne pouvaient se faire la guerre continuellement, que les chrétiens orientaux avaient des familles, des métiers, des enfants, des parents âgés.

     

    Il me raconta l'accumulation de vexations petites et grandes auxquelles un chrétien devait faire face de l'enfance à la vieillesse, étant certes protégé en Syrie ou au Liban, en Jordanie ou en Égypte, par les anciens régimes, mais toujours citoyen de « seconde zone », statut qui lui était toujours rappelé avec plus ou moins de bienveillance.

     

    Il me parla de ce directeur d'hôpital, chrétien palestinien, molesté durement, ainsi que sa femme, pour avoir refusé un pot de vin d'un notable du Hamas qui voulait pour lui des soins luxueux à bas prix, de ces filles chrétiennes obligées de porter le voile à Gaza ou en Cisjordanie car considérées du fait de leur foi, et parfois de leur ouverture plus grande au monde, comme des « filles faciles », certaines étant violées en toute impunité par des représentants de tel ou tel groupuscule violent.

     

    Il m'expliqua aussi que ce n'était pas forcément l'apanage des musulmans de se conduire en s'imposant par la violence et la force, que c'était dans la nature humaine de mal se conduire avec les plus faibles, ou les minorités, par sottise également.

     

    Il n'en voulait pas aux musulmans de leur foi, mais de se conduire en rupture totale avec les principes de leur livre saint, tout comme il était choqué de ces couvents immenses et vides que l'on trouvait tout au long de la « Via Dolorosa », alors que des familles entières s'entassaient sur trois générations dans des taudis infâmes juste à côté.

     

    Certains des religieux de ces couvents n'étaient jamais sortis du cloître en quarante ans de vie à Jérusalem, certains de par les règles de leur congrégation certes, d'autres par paresse intellectuelle.

     

    J'avais constaté la même chose que lui, à l'exception des « petites sœurs et des petits frères de Charles de Foucauld », à la « station » du « chemin de croix » dite de Sainte Véronique, qui vivaient aussi pauvrement que les palestiniens, qui avaient appris l'arabe, l'un d'eux ayant même écrit un dictionnaire « français-palestinien » que nous utilisions tous abondamment.

     

    Très vite, j'avais préféré largement assister à la messe du dimanche dans la paroisse grecque-catholique palestinienne, et non à celle des « expatriés » français, se retrouvant tous dans un microcosme confortable, célébration souvent d'une tristesse infinie et sans aucun élan.


    Décembre 1999 : les chrétiens aveugles volontaires

    Noël 1999, nous le passons avec des membres d'une communauté catholique dite « nouvelle », sur le toit de leur petite maison proche du Carmel du « Notre Père », alors qu'il vient de neiger à Jérusalem, ce qui arrive paraît-il tous les deux ans.

     

    Parmi ces communautés nouvelles présentes à Jérusalem, il y a des personnes capables d'aller vers l'autre, de faire des efforts pour s'intégrer au quartier où elles vivent, mais hélas trop rarement et une majorité incapables de s'ouvrir à autre chose qu'à leur point de vue fantasmé de la Terre Sainte qui ne correspondait à rien de concret, voire de réel. Cette terre était uniquement perçue comme un terrain de jeux évangélique en somme.

     

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieAinsi, les « Béatitudes » qui vivaient à Bethléem non loin de la « Tombe de Rachel ». L'emplacement de cette tombe était largement sujet à caution, et tout le monde, excepté cette communauté, le savait très bien, y compris les israéliens eux-mêmes, que c'était surtout un prétexte afin d'empiéter sur le territoire palestinien.

     

    En prenant ce lieu pour ce qu'il n'était pas, sans questionnement ni recul, les « Béatitudes » cautionnaient donc la politique de colonisation. Selon les opinions maintes fois exprimées par les chrétiens en relevant, les palestiniens étaient en « Terre Sainte » des intrus, certains allant jusqu'à suivre par inconscience la propagande des sionistes les plus radicaux, ceux du « Shas » en particulier, qui prétendaient que les arabes de Cisjordanie avaient émigré en Judée et Galilée après 1948 jaloux et envieux de la réussite économique des israéliens.


    J'aurais pu aussi évoquer ces personnes du chemin néo-cathéchuménal descendant les rues de la ville palestinienne, protégés par les policiers israéliens, chantant en toute inconscience, ignorance et mépris involontaire des palestiniens y demeurant des chants hébreux à la connotation très marquée pour eux, leur rappelant leurs souffrances. Alors que je leur faisais part de la nécessité de faire preuve de prudence, afin de ne pas choquer les palestiniens, de ne pas blesser, tous me répondirent qu'ils se situaient sur un plan spirituel, plus élevé, ce qui leur donnait le droit de chanter ce qu'ils voulaient.


    Beaucoup parmi les communautés charismatiques étaient prêts à suivre et donner du crédit à des discours délirants sur la ville sainte, le moindre prophète de pacotille prétendant avoir des visions entre autres...

     

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieD'autres encore dans ces jeunes communautés suivaient le point de vue des « sœursde Sion », du couvent de « l'Ecce Homo », pour qui le seul peuple légitime à Jérusalem était Israël, accordant une importance extrême à l'infime minorité judéo-chrétienne de Terre dite Sainte dont une communauté était encore un peu vivace à Nazareth.

     

    Les religieuses organisaient des visites de la « Vieille Ville » dirigées uniquement selon leurs idées, niant le réel des situations dramatiques qu'elles avaient juste sous les yeux. Elles allaient régulièrement à Hébron avec leurs étudiants, ne voulant pas voir la réalité des quelques dizaines de colons, protégés par des centaines de soldats, opprimant de fait les palestiniens autour, qui ne pouvaient même pas circuler dans leur ville librement, le tout au nom d'un lieu saint dont la véracité historique était largement remise en question.

     

    Je me rappelle par exemple de ce vieux monsieur, Abu Lutfi, habitant du quartier, obligé de se mettre à genoux sous la menace d'un M16, devant « l'Ecce Homo », sous les fenêtres des sœurs de Sion, car ayant répondu un peu trop vivement à leur goût aux deux militaires, deux gosses encore, patrouillant dans les rues.

     

    Abu Lutfi ne faisait pas de politique avant, et même après il pardonna aux deux gamins.


    Par contre, quand il arriva le même genre de mésaventures à Ibrahim, le jardinier de Sainte Anne, l'armée rasant ses oliviers et ses vignes, ce ne put être le cas, le tendre, le doux jardinier, tout à sa colère que l'on peut comprendre devenant un pilier du Hamas, et me répétant souvent "Hitler was right"....

     

    Les membres de la Communauté de l'Emmanuel vivaient en partie au « Carmel du Pater » sur le Mont des Oliviers, d'autres logeant à Tel Aviv. Au début de leur installation, ces personnes faisaient leurs courses au supermarché israélien, au lieu des magasins palestiniens, et n'avaient pas ressenti le besoin au départ d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe, ce qu'elles ont fait par la suite, effectuant ces efforts qui vont de soi en fait. De plus, elles eurent le souci par la suite de vérifier l'historicité des lieux présentés comme « saints », encouragées par les « Pères blancs » en particulier.

     

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieLe temps passant, nous envisageons tous avec une extrême apréhension ce qui se profile à l'horizon, à savoir notre retour en France. Nous n'avons pas trouvé de Terre vraiment sainte à Jérusalem, qui est marquée par la violence et la sottise surtout, superficiellement, pour nous Jérusalem, encore maintenant, ce sont des visages, des personnes, des amis, proches de nous, et ce des deux côtés. Nous sentons l'orage gronder de nouveau, la bêtise extrêmiste se faufiler très vite dans tous les instertices laissées par le manque de vigilance, les petits compromis.

     

    Nous sommes allées à « Neve Shalom », expérience à l'origine de laquelle on trouve un dominicain, qui nous paraît comme une expérience intéressante, à étendre à toute cette région, mais encore faut-il que ceux qui dirigent d'un côté ou de l'autre veuillent réellement la paix et l'équité, et que les occidentaux représentants de telle ou telle confession veuillent vraiment y aider, ce qui pour l'instant encore n'est pas le cas. Si tout n'est pas parfait à « Neve Shalom », c'est au moins un début...

    Nous constatons également qu'à Haïfa et Tel Aviv, villes laïques et plus libres dés l'origine, la violence est bien moindre et la bêtise n'y trouve que très peu de prises, les populations les plus diverses s'y côtoyant beaucoup plus librement. Ce n'est pas pour rien que ces villes sont souvent la cibles des attentats islamistes et des foudres des sionistes radicaux...

     

    (bientôt la suite)

    photo de l'église de Ramallah (paroisse grecque catholique) prise ici

    photo du Carmel du Pater prise ici

    photo du couvent de "l'Ecce homo" prise ici

    photo des enfants de "Neve Shalom" prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine – 2

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    Mars – Avril 1999 : Prendre conscience des risques d'engagements trop radicaux

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    S'engager pour dénoncer une injustice de loin, bien au chaud derrière un écran, un bureau, ou sur une estrade pendant une conférence politique, tout le monde en est capable.


    C'est facile.


    En France, concernant la cause palestinienne, beaucoup sombre dans cette facilité, avec parfois comme alibi un ou deux juifs anti-sionistes, voire un palestinien invité, qui est souvent là dans le rôle du « bon sauvage » protégé par tous ces gentils occidentaux tellement au fait de ses souffrances qui ne devraient justifier aucune haine fût-ce pour jouer au "Robin des bois" politique.


    Là-bas, en Palestine et Israël, c'est beaucoup plus délicat, car sur place manifester un engagement c'est aussi risquer de déchainer la violence dans l'un ou l'autre camp, contre l'un ou l'autre camp, et ce parfois avec les meilleures intentions du monde. Pour nous qui vivons depuis quelques mois déjà à Jérusalem, nous percevons le danger de ces comportements et en observons les conséquences quotidiennement, des conséquences pouvant être dramatiques.


    Ainsi en Mars, j'accompagne dans la Vieille Ville de Jérusalem, leur servant de « fixer » en somme des étudiants de l'université de Tel Aviv, français, qui ne connaissent pas du tout le côté palestinien. Pour eux, la Vieille Ville appartient pleinement à Israël et cela ne saurait être remis en question.


    Deux parmi eux décident de se promener dans les rues du quartier palestinien coiffés d'une « kippa » noire qui est la coiffure signifiant des options religieuses intégristes et nationalistes radicales pour les juifs qui la portent, signification connue des palestiniens qui la voit comme une provocation, et un signe de haine, ce que ce n'est certes pas pour ces étudiants qui n'en ont pas conscience par ignorance...


    Ce signe de haine provoque incidemment des réactions de haine.


    Les regards des habitants du quartier sont durs et tendus, la tension est palpable, et les policiers israéliens finissent par bloquer l'entrée des « portes » de ce quartier de la Vieille Ville, pour que les cinq jeunes étudiants puissent repartir tranquillement, c'est du moins le prétexte.


    Un peu plus tard, nous recevons la visite à Jérusalem de volontaires qui vivent au cœur même des territoires et qui ne connaissent pas grand chose des israéliens. Ces volontaires ont une liberté de circulation plus facile que les palestiniens avec qui ils vivent et travaillent du fait de leur statut et aussi de leur plaque d'immatriculation consulaire qui leur évite de subir trop longtemps les questions des flics tatillons aux « check point ».


    Selon eux, tout Jérusalem appartient aux palestiniens.


    La visite commence par « Meah Shearim », le quartier des juifs religieux, dits « orthodoxes », de Jérusalem, que ces volontaires décident de visiter leur « keffieh » palestinien au coup et bien en évidence, sans volonté de provocation eux non plus. Rappelons que le « keffieh », devenu entre temps un accessoire de mode en France, est un signe fort, très fort, qui signifie clairement que l'on est partisan de l'éradication d'Israël, rappelons également que les juifs religieux que nous croisons sont loin d'être tous hyper-nationalistes, le pan-sionisme étant considéré par eux comme un blasphème.


    Pourtant, que croyez vous que le fait d'arborer ce qui est aux yeux des personnes croisées un signe de haine à leur encontre provoque comme réactions ?


    Dans les deux cas évoqués, le résultat est le même et ne fait pas progresser la paix entre ces deux peuples d'un iota. A moins que l'on ne veuille pas la paix et la concorde entre les peuples, il nous semblait déjà à l'époque qu'il était bon d'y réfléchir.


    Un soir d'avril dans un café de la rue Ben Yehouda, devant lequel un ou deux juifs intégristes prient sans cesse pour le salut des pauvres buveurs forcément pêcheurs, encore une fois nous avons décidé de nous obstiner à ne pas participer de la haine et de ne pas choisir entre les deux peuples, ce qui ne veut pas dire que nous ne prenions pas partie pour les faits ou nous ne pouivons ni ne devions les dénoncer.


    Été - Hiver 1999 : de la manière de replanter les oliviers et voyage à Gaza


    En Juin, à l'initiative d'un volontaire travaillant à Ramallah, nous participons à une action organisée par une ONG palestinienne chrétienne pour aller replanter des oliviers arrachés par des colons d'origine américaine, juifs ultra religieux, autour d'un village en Galilée.


    Arrivés sur place, les villageois qui nous ont rejoint et qui travaillent mieux que nous ne peuvent que constater une chose, nous ne sommes pas très doués !


    Mais nous savons que grâce à notre présence pendant le replantage, les arbres ne seront pas de nouveau arrachés.


    Cependant, cela nous permet de dialoguer abondamment et surtout d'entendre ce qu'ils ont à dire sur les colons directement sans passer par les filtre des militants occidentaux de telle ou telle association.


    Et le fait est que les palestiniens que nous rencontrons n'ont malgré leur colère légitime aucune haine pour les colons, malgré ce qu'ils leur ont fait subir, leur reprochant essentiellement deux choses : ne pas apprendre ne fût-ce que quelques mots d'arabe et ne pas chercher à communiquer avec eux un minimum, contrairement aux personnes des anciens « kibbutz » ainsi que le rappelle un vieux du village au visage parcheminé, mémoire du lieu.


    Deux d'entre nous, ainsi qu'un des palestiniens responsables de l'ONG qui nous emmène, veulent aller entendre les colons israéliens directement. Ils vont se poster juste devant les barbelés entourant la colonie, à cinquante mètres de l'entrée, deux portes en métal.


    Un des gardes dans son mirador, un gamin, les interpelle en hébreu, menaçant de faire feu s'ils continuent plus loin. Les deux volontaires affirment qu'ils veulent discuter avec un responsable.


    Ils attendront une demie-heure sans broncher, réitérant régulièrement leur demande, le fusil du gosse toujours nerveusement braqué sur eux. Deux militaires, qui « protègent » la colonie sortiront pour ne donner en réponse qu'une fin de non-recevoir à cette demande de dialogue. L'un d'eux ne comprend pas que des occidentaux comme nous viennent aider des palestiniens, pour lui « Israël » est le « porte-avion » de l'Occident et des américains au milieu des états arabes, doit être en lutte, ce qui lui semble absolument nécessaire pour garantir notre survie qu'il affirme menacée par les pays musulmans.


    Il est d'autant plus étonné de constater que parmi nous il y a deux israéliens...


    En octobre, notre responsable parisien nous rend visite à Jérusalem. Il souhaite aller à Gaza où nous nous rendons dans notre « Renault Express » brinquebalante et encore une fois retapée mais vaillante malgré des cliquètements parfois inquiétants sur la route. Nous partons à deux coopérants accompagnés de deux militants pro-palestinien français fraîchement arrivé qui se joignent à nous, déguisés en « fiers nomades du désert » ou ce qui s'en rapproche le plus à leurs yeux, le cou ceint d'un keffieh bien entendu.


    Notre plaque consulaire nous permet de ne rester que vingt petites minutes à attendre au passage d'Erez, poste-frontière israélien avant Gaza. Le militaire nous interroge rapidement, nos passeports sont tous scannés et vérifiés. Nous savons déjà que le simple fait d'aller à Gaza nous classe comme activistes pour « Tsahal ».


    Arrivés dans la ville, nous avons la surprise de voir se dégrader assez rapidement le comportement des deux militants partis avec nous, qui, ne respectant pas les lieux, se promènent partout dans l'aéroport flambant neuf et quasiment inutilisé, ouvrant les portes sans demander l'autorisation, allant dans la salle des bagages interdite au public, traitant le personnel présent en « boys », le tout, quand nous leur demandons d'être juste un peu plus décents, au nom de leur engagement antisioniste qui permettait à leurs yeux ce comportement.


    Au retour, les contrôles d'identité et du véhicule sont beaucoup plus longs, trois heures, trois heures pendant lesquels nous aurons beaucoup de mal à convaincre les deux militants sus-cités de ne pas provoquer, de ne pas répondre grossièrement aux questions du policier, ce qui reviendrait à lui donner une occasion de montrer combien ce qu'il fait est au fond indispensable, dont le passage d'un compteur Geiger sous la voiture pour vérifier que nous ne cachons pas d'uranium.


    Nous vivons en Israël-Palestine depuis presque un an, quand nous sommes arrivés, nous croyons tout savoir, dorénavant nous savons que nous ne comprenions rien car la situation est infiniment plus complexe.


    (bientôt la suite)

    image prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine – 1

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    Mars 2013 – Treize ans après mon retour de Palestine...


    J'ai vécu deux ans à Jérusalem, dans le quartier palestinien. Nous étions cinq coopérants français à vivre et surtout à habiter avec les palestiniens, et les israéliens, deux d'entre nous étant entre les deux quartiers, entre les deux mondes. J'y étais professeur de Français Langue Étrangère, travaillant également à la revue "Proche Orient Chrétien" traitant spécialement des chrétiens orientaux et du dialogue islamo-chrétien.

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    Certains y passent deux jours, voire n'y mettent jamais les pieds et ont tous la  "solution miracle" pour régler le conflit israélo-palestinien, prenant parti pour les israéliens de manière plus violente qu'un sioniste radical ou pour les palestiniens aussi brutalement qu'un cadre du Hamas.


    Au bout de deux ans, même si les souffrances des palestiniens qui sont des faits sont manifestes, on ne peut cependant évoquer la question de manière binaire, les quelques expériences racontées ci-dessous en sont la preuve. Bien entendu, il est évident qu'elles ne feront pas bouger d'un iota le point de vue des partisans des uns ou des autres qui préfèreront rester enfermés, murés, dans leur haine.


    Treize ans après, je sais toujours une chose, là-bas je n'ai pas trouvé la Terre Sainte, ce n'est ni une terre de paix, ni une terre de justice, mais c'est devenu ma terre sainte, pour les personnes rencontrées et les expériences inoubliables vécues.


    18 Octobre – 1er Novembre 1998 : Découvertes agréables et désagréables

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    J'arrive à Jérusalem. Le « Boeing » sort des nuages, il fait nuit, mais la Palestine et Israël sont illuminées juste sous les ailes de l'appareil qui passe juste au-dessus des lumières de la côte à Tel Aviv.


    Mes premières impressions sont que Jérusalem n'est pas une belle ville aussi bien sur le plan esthétique que sur le plan de ce que l'on y ressent, la violence étant prégnante dans tous les quartiers. Jérusalem est une ville rêvée, idéalisée, imaginée sous des aspects flatteurs.


    La retrouver comme une métropole moderne, entre une vieille ville pauvre et une ville nouvelle à l'occidentale, déséquilibre un tant soit peu. Le Jourdain est finalement un ruisseau assez minable, glauque et sale, le Mont des Oliviers, une colinne pelée, est couvert de constructions hétéroclites qui sont comme des ébauches de HLM de France. La vallée du Cédron est une vallé aride et les enfers de l'Ancien Testament sont tout au plus un terre plein aride...


    Il y a ceux que cela rend fous, qui veulent ensuite absolument faire coïncider leurs rêves avec le réel, qu'ils soient juifs, musulmans ou chrétiens. Pour eux, Jérusalem est leur ville rien qu'à eux, leur terrain de jeux religieux ou politique. Ils ne voient en la Palestine et Israël que la terre promise pour assouvir leurs fantasmes qui sont parfois des fantasmes de haine, ou qui l'entraine, ce qui revient au même.


    Ainsi, je songe à ces pèlerins charismatiques qui certainement pleins de l'Esprit Saint se mettent à chanter « Hevenu shalom alechem » au milieu de Jéricho en plein territoire occupé sans se soucier des conséquences qui n'ont pas tardées : une explosion de violence entre colons intégristes des implantations voisines et palestiniens.


    Les gentils pèlerins ignoraient visiblement que ce psaume certes très beau est aussi un chant nationaliste israélien.


    Je comprendrai bien vite que quel que soit le genre de pèlerinage, ce qui domine chez une grande part des visiteurs c'est surtout l'ignorance de l'histoire des lieux, ainsi à l'inverse quand j'entendrai un militant pro-palestinien occidental traiter de « connard de juif » (je cite avec des pincettes) un soldat israélien qui ne l'était pas...


    Mon responsable de volontariat me fait visiter tout Jérusalem, sauf « le Mur des Lamentations », m'emmenant également en voiture vers Ramallah et Bethléem tous proches. Nous avons de la chance, les « territoires » subissent un blocus moindre, et les palestiniens semblent espérer une amélioration quant à leur liberté de circulation.


    Je finis par me rendre au « Mur » moi-même, au « Kotel » en hébreu, devant moi des vieilles bédouines chargées de sacs d'herbes aromatiques sur la tête attendent patiemment le bon vouloir des militaires israéliens des services « spéciaux » des territoires aux prises pour le moment avec des touristes allemands typiques (sac « banane », coups de soleil etc...).


    Ces soldats sont des gosses, un ami qui m'accompagne m'explique qu'ils ne sont pas juifs mais druzes au vu de leur accent. On confie à une autre minorité le soin du « sale boulot ».


    Un des gamins perce de sa baïonnette un des sacs, se faisant engueuler vertement aussitôt par une des vieilles dames, derechef celle-ci est tancée par l'autre militaire qui la menace de lui enlever ses papiers qu'elle a auparavant donnés.


    Écœuré par la scène, je décide de remettre à plus tard ma visite au « Mur ».


    Énoncer ces faits que d'autres ont vécu et pu constater, y compris d'autres volontaires ne signifie pas pour autant que l'on prenne partie de manière binaire. Il ne s'agit pas de châtier ou d'éradiquer les auteurs ou les commanditaires de ces actes mais simplement de chercher à savoir quelle serait la meilleure solution impliquant le moins de violences possibles


    Décembre 1999 – Janvier 2000 : Deux équipées dans le cœur des questions importantes

    politique,israèl,palestine,terre dite sainte,christianisme


    Le 24 Décembre, nous allons à la messe de Minuit à Bethléem pour le soir de Noël, célébration chrétienne qui est un événement en Palestine non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour les musulmans, que ce soit au plan religieux et politique, Yasser Arafat et son épouse y assistant.


    Celui-ci inaugure avant cela un centre d'accueil pour pèlerins financé par les frères franciscains de Terre Sainte, qui sont le plus gros propriétaire terrien de cette région du monde, ce qui peut sembler contradictoire vu leurs vœux de pauvreté théorique, nous y reviendrons.


    C'est la première année après une longue période de blocus des territoires que les chrétiens des « territoires », en particulier ceux de Gaza, sont autorisés à se rendre à la basilique Sainte Catherine de Bethléem assister à cette messe. Aux « check points », cela n'empêche pas certains policiers et militaires israéliens de contrôler de manière pointilleuse.


    Nous découvrons qu'il y a également des « check-points » palestiniens en certains points de la ville, mais beaucoup moins tatillons que les israéliens. Alors que nous nous perdons voulant nous rendre au « Champ -dit- des bergers » un 4X4 bleu de la police palestinienne nous embarque et nous emmène obligeamment à bon port.


    L'attente avant la messe est extrêmement longue, il faut rentrer dans l'église quatre heures avant le début de la cérémonie, qui dure plus de cinq heures, et à laquelle nous assistons debout, entre les dizaines de photographes et de caméras de télévision pointées sur Yasser Arafat et son épouse juste à côté du consul de France. Avec un autre volontaire, nous sommes dans le champ des chaînes qui filment Arafat. Pendant toute la célébration on nous aura vu derrière le président palestinien, ce qui nous vaudra lors de notre départ une fouille en règle et un interrogatoire de cinq heures à l'aéroport Ben Gurion, notre présence derrière Arafat faisant de nous des suspects.


    Juste après le soir de Noël, l'un de nous propose d'aller passer la veille du jour de l'An au sommet du mont Sinaï. Nous partons à six dans une « Renault Express » brinquebalante acheté à un palestinien.


    Sur le chemin, nous commençons par nous perdre dans le désert du Negev, ce qui nous amène sur une route beaucoup mieux goudronnée que la piste que nous suivions, et bientôt notre chemin est barré par une « Jeep » de « Tsahal » qui nous demande poliment mais fermement, avec l'aide non négligeable de « M16 » braqués sur nous de faire demi-tour.


    politique,israèl,palestine,terre dite sainte,christianismeNous nous sommes approchés trop près d'une « colonie » d'implantation particulièrement stratégique, ce genre d'implantation bien éloigné dans ces motivations des idéaux à la base collectivistes des « kibboutzim » qui étaient une réussite probante en ce domaine, et qui vivaient, qui vivent encore en bonne intelligence avec les palestiniens autour. Il faut préciser aussi que la plupart des habitants des « kibboutzim » prenaient la peine d'apprendre l'arabe, ce qui change tout.


    Ayant planifié notre voyage à « la palestinienne », ou plutôt dans notre cas « à la française », à savoir en partant le nez au vent après un rapide survol des guides touristiques, le reste du voyage fût épique et parfois difficile, mais de retour ce sont les bons souvenirs qui domineront et non, par exemple, l'évocation des moustiques innombrables au bord de la Mer Rouge en cette période de l'année, les suppléments innnombrables aussi et hors de prix proposés par notre loueur de tentes au bor de la mer....


    Je crois que pour nous, c'est véritablement à ce moment que nous avons pour de bon laissé de côté notre confort de petits occidentaux, et nos certitudes.politique,israèl,palestine,terre dite sainte,christianisme


    Le soir de notre retour, dans un café non loin de la « Porte Neuve » de la Vieille Ville de Jérusalem, nous décidons de ne pas choisir entre un peuple ou l'autre, de haïr l'un des deux peuples, mais de nous attacher aux faits et d'essayer d'amener les autres vers ces faits afin de tenter à notre niveau de lutter contre la haine, ce qui n'est pas chose aisée.


    (Bientôt la suite)


    image de l'aterissage d'un avion au-dessus de Tel Aviv prise sur ce site

    image des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem prise ici

    image de la nuit de Noël prise ici

    image du blindé dans le désert du Negev prise ici

    photo du massif du Sinaï prise ici

  • Pousser les pseudo anti-sionistes à la faute...

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    Aussi sur Agoravox où il a entrainé les réactions prévisibles, dont une vague de mails haineux...


    Sur le Net fleurissent les sites et forums dits « anti-sionistes », qui ne sont que très modérément sincères, à savoir des sites et forums clairement et nettement judéophobes qui se fichent complètement de la cause qu'ils prétendent défendre au départ, à savoir la cause palestinienne, qu'ils desservent plus qu'autre chose, ignorant tout du sionisme également à la base.

    politique, Israël, Palestine, société, sionisme, antisionisme


    Je me souviens de ce genre de militant antisioniste, j'en croisais régulièrement à Jérusalem déguisés l'un en « fier nomade du désert » l'autre en militant de « l'intifadah » tel qu'il les imaginait.


    La plupart avait très peur de se balader côté palestinien, c'était une constante, invoquant très vite « le bruit et l'odeur », « la violence », craignant de « se faire égorger », et préférait échouer lamentablement, assez vite, la queue entre les jambes, dans le « Mall », centre commercial, à l'anglo-saxonne côté occidental pour se rassurer au bout d'un moment.


    Je me rappelle également de ces militants « antisionistes » se comportant à Gaza en terrain conquis, se conduisant de la manière la plus incorrecte, la plus irrespectueuse et surtout la plus néo-colonialiste, envers les palestiniens sans même en avoir conscience.


    Quand on remplace « juif » par « sioniste » dans la plupart des articles et textes traitant du sujet en ces sites et forums on obtient les mêmes textes antisémites clairement que l'on pouvait trouver dans de nombreux journaux des années 30. La plupart se justifient constamment de leur haine par des exemples de juifs effectivement antisionistes, dont certains intégristes du judaïsme, et intellectuels comme Michel Washavski.


    Et cela ferait presque froid dans le dos si leur sottise crasse ne les poussait à la faute si facilement.


    L'auteur de ces lignes a pris partie pour les palestiniens souffrant de divers maux quand il a vécu dans la grande ville des trois religions monothéistes deux ans, simplement parce que la simple raison l'impose, la simple constatation des faits et de l'imbécilité de nombreux colons qui ne voient pas que le simple fait de refuser de parler arabe, entre autres, entraine la violence en retour. Les colons partagent avec les militants évoqués plus haut le même handicap linguistique car au fond ce sont des boutures du même arbre...

    Et ce qu'attendent les palestiniens, c'est d'abord et avant tout le respect de leurs libertés de circulation et d'expression, et non d'éradiquer Israël.


    Comparer Israël aux nazis de loin, injurier les colons, de loin aussi, se prendre pour Lawrence d'Arabie, de loin encore, n'est souvent qu'une manière comme une autre de se prendre pour « Robin des bois » sans prendre trop de risques.


    Prendre partie clairement pour les palestiniens, cela n'implique aucunement par contre de sombrer dans la haine contre les israéliens, ni même contre le sionisme qui est à l'origine un des rares exemples de collectivisme ayant réellement fonctionné sans que cela ne mène au massacre de milliers de personnes, et ce à travers l'expérience des « kibbutz » dont les restes sont encore remarquables.


    Cela n'implique nullement de sombrer dans un simplisme ou un raisonnement binaire de très mauvais aloi.


    La haine qu'expriment les pro-sionistes envers l'Islam et les arabes est exactement la même...


    Il faut bien le constater, la société israélienne, au moins à Haïfa, et à Tel Aviv, ou Ashquelon, est une société réellement multiculturelle en état de fonctionnement, malheureusement de moins en moins du fait des « faucons » de « Tsahal » qui portent très mal leur nom et des intégristes dirigés par des fous comme Ovadia Youssef et son parti « Shas » (qu'il faudrait tirer ! Oui je sais je sors. Je suis désolé de cette saillie, mais elle était trop tentante).


    Ce n'est pas pour rien que les fanatiques du « Hamas » visent ces trois villes de par les tirs de roquettes et les opérations. Ce n'est pas pour rien que les plus nationalistes des israéliens montent en épingle ces attaques. Car celles-ci servent leur dessein, consistant à maintenir une guerre éternelle, selon eux la seule source de cohésion de leur pays.


    Ceci, toutes les « belles consciences » de gauche comme de droite qui l'appellent de leurs vœux en France l'oublient ou ne veulent pas le voir. Ce n'est pas d'ailleurs que tout soit parfait, loin de là, mais le fait est.


    Les « anti-sionistes » se sont appropriés deux figures notables dernièrement, non pas à cause des idéaux défendus par celles-ci, dont ils se foutent complètement, mais parce que ces deux grands personnages offrent une façade plus respectable pour l'expression de leur haine judéophobe : Stéphane Hessel et Hugo Chavez.


    Au fond, ils adulent Hessel non pour ses idéaux mais parce qu'il se disait lui-même anti-sioniste, et Chavez, non car celui-ci a lutté contre la pauvreté, mais parce qu'il était lui aussi opposé au sionisme, sans que l'un ou l'autre ne soient antisémites. Hessel et Chavez ont l'énorme avantage d'être des figures de proue beaucoup moins équivoques, moins glauques que Soral ou Dieudonné qui adorent tous les deux les polémiques violentes, parfois juste pour le plaisir de polémiquer.


    Ces « anti-sionistes » salissent ces figures de par leur haine...


    Je n'ai pas d'illusions, ce texte sera vilipendé par ces pseudo « antisionistes » qui en bon gros malins sont persuadés que leur posture pro-palestinienne suffit pour enlever toute suspicion sur la vraie nature de leur rejet des juifs. Ils sentiront obligés par ces quelques lignes de se pousser d'eux mêmes à la faute...


    image empruntée à ce site

    A la suite de cet article j'ai reçu cela : je cite le moins pire parmi une avalanche de mails haineux

    Nom : ALINE

     

    Message :

     

    "que des sionistes a l origine des malheurs des goys . que des weinberg strausskhan weinstein etc a l origine de lescroquerie a la soit disant dette et cette crise cree de toutes pieces . y a qu a lire leur talmud pour voir ce que le gentil est pour eux"

     

    Bien cordialement

  • Entre Israël et la Palestine je ne choisis pas

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    Également sur Agoravox israèl, palestine, société, politique, sionisme, intégrisme, Hamas, christianisme

    Je me souviens d'une soirée douce, dans un café de la rue Ben Yehuda à Jérusalem. Nous étions quelques expatriés, tellement heureux de vivre l'expérience extraordinaire de côtoyer presque tous les peuples quotidiennement, que ce soit par les origines très diverses des israéliens, des voyageurs, de ressentir profondément cet accueil des palestiniens, d'apprécier la sensualité des paysages tout autour de nous, féminins, ronds, chaleureux.

    Boire de l'excellent vin local, ou une bière palestinienne, ou israélienne, constituait déjà en soi un geste subversif aux yeux des « fous de Dieu », ou idéologiques, d'un bord ou de l'autre, qui ne comprendront jamais que la convivialité ou ce qu'ils qualifient de moments « simplement humains » peuvent être aussi pour un croyant et,ou toute personne soucieuse de paix et de justice un outil permettant d'aplanir les détestations réciproques.

    A leurs yeux, certes, ne comptent que leurs haines, et leurs frustrations, leur désir de prendre leur revanche sur leurs complexes personnels par le biais d'autres personnes, se défoulant de leurs violences qui n'ont rien à voir finalement par l'entremise d'un affrontement dont au fond ils se fichent complètement.

    Certains parmi nous vivaient du côté occidental, d'autres, comme moi, dans la Vieille ville, côté oriental.

    Nous constations déjà la sottise de tous ceux qui passant quelques jours en ces lieux prenaient violemment parti pour les uns ou les autres, sans trop réfléchir, entretenant les tensions, la violence, juste pour satisfaire leur narcissisme, ou leur mysticisme de pacotille, ou simplement pour jouer à « Robin des bois ».

    Nous avions décidé, tous, de ne pas choisir entre les deux peuples, de nous en tenir aux faits aussi, d'éviter tout fantasme ou déformation de ceux-ci due à la propagande de l'un ou l'autre, et aussi à ne chercher à entretenir ce qui pouvait rapprocher les deux peuples, là où nous étions, à notre niveau, plutôt que ce qui les éloignait, sans pour autant nous ériger en donneurs de leçons de morale tels ces redresseurs de torts spécialistes de l'enfoncement de portes ouvertes, toujours courageux derrière leurs écrans, qui clament que :

    « Faudrait qu'ils fassent la paix, les palestiniens et les israéliens ».

    Comme si personne ne l'avait compris jusque là.

    Entre Israël et Palestine, moi non plus je ne veux toujours pas choisir.

    J'ai vécu deux ans en Terre dite Sainte, dans cette ville déchirée entre les trois « grandes » religions monothéistes, capitale revendiquée par les palestiniens et les israéliens, la plupart de leurs représentants là-bas à de très rares exceptions faisant preuve de la même bêtise et du même aveuglement quant à leurs haines, et particulièrement ceux qui ne sont que de passage là-bas.

    La plupart de ces personnes qui ont toute leur panacée, leur solution-miracle pour résoudre le conflit israélo-palestinien, est qu'elles ignorent généralement toute la complexité de la question, que par exemple Gaza ne réagit pas comme la Cisjordanie, ainsi en ce moment.

    Et qu'ainsi que le dit fort bien Frédéric Encel, le Hamas vote Likoud, a tout intérêt à la guerre et l'affrontement, ceci afin de maintenir les populations gazaouies sous le joug intégriste, dont les minorités chrétiennes de Khan Younis, et de se présenter comme seule alternative possible et seuls résistants à Israël.

    A l'inverse, le Likoud, et les partis religieux peuvent justifier leur politique d'implantations et de colonisation « de facto » des territoires derrière la « frontière de 67 » par les actes terroristes et les tirs de roquettes, et continuer à se faire élire et gouverner. Et bien souvent, les partisans des uns ou des autres ignorent clairement que Jérusalem n'est pas Tel Aviv, ou que les populations réagissent encore très différemment à Haïfa ou Eilat, qu'elles sont côté israélien d'une grande diversité, que l'on ne peut résumer à un ou deux slogans.

    Il n'est pas anodin que les évènements dramatiques se déroulant en ce moment, meurtriers pour les deux camps, j'insiste sur ce point, aient lieu en période électorale. Les fondamentalistes musulmans, les « jusqu'au-boutistes » palestiniens font le jeu des sionistes radicaux et inversement, ce que l'épisode de la mosquée de Nazareth avait déjà montré il y a quelques années, les intégristes musulmans demandant la construction de celle-ci se présentaient comme israéliens, se revendiquant comme tels dans la presse israélienne, et étaient utilisés pour contrer les modérés palestiniens ou arabes israéliens en recherche de solutions concrètes et tangibles de développement économique et d'aide aux habitants les plus défavorisés de Cisjordanie ou de possibilités de collaboration positive entre les deux peuples, possibilités qui existent.

    Pendant la période plus apaisée, entre 1998 et 2000, il n'était pas rare que les habitants d'Ashquelon ou Tel Aviv aillent faire leur marché à Gaza faisant vivre l'économie locale, ou que les habitants des territoires aillent se détendre ou flâner sur le front de mer non loin de Jaffa. Il était également fréquent que des jeunes de Jérusalem sortent « en boîte » à Ramallah et inversement.

    Car ainsi que tous le disait lorsqu'on leur en parlait, il ne s'agissait que d'apprendre à vivre ensemble à peu près en bonne intelligence, paisiblement, à travailler, faire du commerce, se déplacer librement, profiter de la vie, notion que fanatiques ou idéologues radicaux ne peuvent pas saisir, car ils ont la vie et l'humanité en horreur.

    Illustration : une rue de Jérusalem Est (la rue que j'habitais), prise sur ce site en lien

  • Ces haines qui me répugnent

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    dédié si l'on peut dire à Eden, Averell, Hérissons, et d'autres sionistes anonymes (courageux mais pas téméraires) de mes deux juste islamophobes de bas étage et d'autres anti-sionistes en peau de lapin cachant bien mal leur judéophobie ...

    politique,israèl,palestine,société,hypiocrisie,sottiseSur le fil de cet article écrit par Grandgil (à savoir moi-même) des commentateurs qui n'ont peur de rien, ou qui osent tout, c'est selon (cf la définition d'Audiard), comparent l'Islam au nazisme (de la même manière de pseudo partisans des palestiniens comparent la politique israélienne aux menées hitlériennes, ce qui est aussi abscons -abscons comme un balai s'entend).

    Ils s'affirment clairement islamophobes et ne s'assument même pas d'ailleurs. Ce qui est ironique est qu'ils rejoignent dans la même haine répugnante les pseudo anti-sionistes qui sont surtout des judéophobes qui eux non plus n'assument pas, ce qu'on comprend, car la sottise est toujours difficile à assumer il faut dire.

    Quant à moi, si ma réaction de révolte devant les persécutions des chrétiens d'Orient devait me conduire à haïr tous les musulmans, ce serait que les persécuteurs ont gagné et réussi leur coup

    Les uns comme les autres rèvent d'un pays à feu et à sang afin de satisfaire leurs sottises, leur détestation de l'autre contre qui on a toujours une bonne raison pour justifier sa haine abjecte en elle-même. Certains pseudo sionistes osent évoquer la persécution des chrétiens d'Orient dont ils se fichent complètement d'ailleurs, allant jusqu'à prétexter que c'est la faute de ces chrétiens, un peu trop proches des palestiniens, s'ils sont persécutés.

    On leur rappellera aux pseudo sionistes l'épisode de la mosquée de Nazareth où les israéliens étaient d dôté des persécuteurs, ou toutes les vexations que doivent subir les chrétiens de Terre Sainte depuis la première "Intifadah".

    Et il est malheureusement exact que les chrétiens occidentaux eux-mêmes n'en ont rien à foutre pour la plupart de ces chrétiens de langue et de culture arabe pour la plupart, y compris les "laveurs de carreaux" charismatiques tout gentils et pleins de componction, le sourire un peu figé sur leurs visages.

    D'un autre côté, les pseudo sionistes sont prêts à que l'on mette en place des lois d'exception, sans que cela ne leur rappelle des mauvais souvenirs, des mesures coercitives graves, et ne semblent pas comprendre que le fait de montrer clairement son rejet des musulmans ne peut conduire qu'à un peu plus de violence encore.

    Ce qui est ironique est que ces islamophobes se conduisent tout à fait sur le net comme les "racailles" de banlieue qu'ils prétendent dénoncer par ailleurs, voyant déjà la guerre civile à nos portes, tels les bourgeois de monsieur Guizot fantasmaient pareillement sur les "classes dangereuses".

    Tous ces imbéciles sont prêts à souffler sur les braises pour aller jusqu'au conflit, s'en lavant les mains par avance. J'avais déjà vu ça à Jérusalem, les paysages de Judée et du Jourdain, tout en sensualité, en douceur, la douceur de l'air, l'art de vivre et d'accueillir palestinien, sensualité et accueil rencontrés aussi côté israélien vers Tel Aviv et Haïfa, les imbéciles n'en avaient cure, seule comptait leur haine de l'autre, qu'ils comptaient bien assouvir. 

    Tous la portent en sautoir ici ou là-bas, ils n'ont que ça comme arguments de discussion. Car très vite, le malheureux contradicteur se heurte à un repli autiste des uns ou des autres, des injures et autres quolibets voire une psychologisation sauvage du sujet.

    Ci-dessous une réponse que je leur fais en musique gràce à Iggy Pop, soyons pédagogique jusqu'au bout.

  • Pendant les massacres, le silence continue...

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    Cet article auquel je tiens tout particulièrement est aussi sur Agoravox

     Plusieurs dimanches, dans plusieurs messes de paroisses, on a pu entendre comme intention de prières parmi d'autres plus anodines comme à l'accoutumée :

    image prise ici

    arton24387-2d153.jpg« Prions pour Mohamed Bouazizi, pour que son sacrifice ne soit pas vain ». On constatera le manque de recul, le jeune homme qui s'est immolé par le feu ne l'a pas forcément fait par réel esprit de sacrifice politique ou idéologique, de plus c'est un suicide, depuis quand le suicide est-il un acte de charité en somme ?

     La mort de Mohamed Bouazizi c'est un peu comme celle du Chevalier de la Barre, les causes de la mort violente de ces deux hommes, bien souvent fort différentes de celles retenues par la mythologie politique, sont généralement plus prosaïques et moins glorieuses.

     L'histoire qui est faite par les vainqueurs et qui leur permet le plus souvent d'asseoir et justifier leur pouvoir, ainsi la bourgeoisie après 1789, ainsi les islamistes et les salafistes après les élections dans les pays ayant connu le « printemps arabe », retient ce qui convient aux nouveaux dirigeants généralement, que leurs partisans soient de l'intérieur ou de l'extérieur de leurs pays.

     Dans le cas du Chevalier de la Barre, une affaire fondatrice de la gauche française, tout comme l'Affaire Dreyfus, ce n'est pas exactement du fait qu'il n'ait pas soulevé son chapeau lors du procession religieuse qui fut la cause de son exécution, mais deux facteurs :

     Le chevalier avait couché avec la femme d'un de ses juges, qui l'apprenant, chargea l'accusé autant qu'il put, se vengeant d'être cocu, et c'était l'époque où les parlements qui avaient bloqués de nombreuses réformes cherchaient à faire du zèle pour se faire bien voir du pouvoir et surtout conserver leurs charges et les avantages afférents.

     Ce n'est pas qu'en tant que croyant l'on ne doive pas prier pour Mohamed Bouazizi, mais il est dommage que par ailleurs, il n'y ait aucune allusion, aucun mot pour évoquer les chrétiens, catholiques ou non d'ailleurs, persécutés un peu partout dans le monde parce qu'ils sont chrétiens, massacrés même, comme au Nigéria en ce moment, surtout de la part des autres chrétiens.

     Je ne parle même pas du sort des chrétiens palestiniens qui subissent la double peine : Pris pour des traîtres potentiels par les dirigeants du Hamas et une part croissante de la population du fait de leur statut minoritaire, et aussi du fait de la participation d'un grand nombre à la création, ils sont de plus considérés comme des terroristes possibles par les israéliens.

     Ils ont en plus à subir, cerise sur le gâteau, l'ignorance de 99% des pèlerins se rendant en « Terre Sainte » quant à leurs rites, leur histoire, leurs traditions, leurs souffrances aussi qui ne soupçonnent même pas l'existence de ces chrétiens à Jérusalem, Bethléem ou Nazareth, pour eux les arabes étant tous musulmans. Je me souviens de ces membres de communautés dites nouvelles ne faisant même pas l'effort d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe alors que vivant côté palestinien.

     J'évoquerai également le cas des chrétiens d'Irak ou des coptes, qui ont fêté un Noël sous tension, mais plutôt que d'attaques contre les chrétiens égyptiens, l'on préfère mentionner des affrontements inter-communautaires ou inter-religieux. Il n'y a pas qu'au Proche et au Moyen Orient, cela a lieu aussi en Indonésie il y a quelques années ou au Vietnam, ou encore au Darfour où animistes et chrétiens ont été massacrés car chrétiens ou animistes.

     C'est plus plus confortable et moins risqué de ne pas en parler, de laisser ces évènements sous le boisseau. Et c'est quand même étrange ces indignations très sélectives qui évoquent avec raison, certes, certains évènements tragiques mais ne s'intéressent jamais à ces autres faits tout aussi tragiques.

     L'exil des chrétiens palestiniens que cela entraine sert d'ailleurs les intérêts des nationalistes israéliens les plus sionistes, les plus religieux, d'abord et avant tout, tout comme la radicalisation des dirigeants palestiniens. Cela permet de les montrer comme fanatiques pour mieux leur faire la guerre.

     En Occident, la plupart des anti-sionistes ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez ne font finalement que justifier le pan-sionisme plutôt que le combattre.

     Aimer son prochain comme soi-même, ce n'est pas difficile quand le prochain est loin et qu'on le connaît peu, mais cela commence par aimer celui qui est le plus proche, ce qui est parfois le plus difficile certes.

     Un chrétien du Nigeria, un chrétien du Proche ou du Moyen Orient ou d'ailleurs, catholique ou pas, est un frère, une sœur, dans la foi pour les croyants occidentaux, Pourtant, c'est surtout leur silence qui domine, un silence tout en indifférence qui fait plus que friser l'indécence, et ce depuis longtemps en France, excepté l'Oeuvre d'Orient, qui reste trop méconnue, ou l'A.E.D (Aide à l'Église en Détresse).

     Soyons bien clair, il ne s'agit pas de prendre forcément une position victimaire mais simplement que l'on reconnaisse, au moins chez les chrétiens occidentaux, le sort funeste que connaisse en ce moment les chrétiens d'Orient et d'ailleurs.

    image d'une religieuse palestinienne prise ici

    64078dc0-e921-11df-ad88-fcd3af595100.jpgQue le reste de la société y soit indifférent voire s'en réjouisse comme d'un retour de bâton mérité pour les chrétiens, c'est malheureusement presque logique, c'est dû généralement à un mélange de haine antichrétienne, ces empêcheurs de jouir de la consommation des choses et des personnes en rond, de lâcheté aussi, par peur de devoir répondre de la défense que l'on prendrait des chrétiens, par angélisme, et par la crainte de « stigmatiser » selon le terme paradoxalement religieux employé pour en parler, des personnes de même confession que les massacreurs dans les pays poursuivant les chrétiens de leur vindicte.

     Il y a aussi cette attitude consistant à voir dans toute critique de l'Islam et des comportements de certains de ses croyants des relents de colonialisme, comme si considérant les musulmans seulement sous l'angle angélique, comme si n'étant pas vraiment humains donc, il n'était pas capable des mêmes travers que tous les autres êtres humains et ce quelle que soit leur origine, leur foi, ou leur incroyance.

    image du Saint Sépulcre prise ici

    3379-ART_460_LARGE-L1-1036-L2-1036-8931.jpgEnfin, ce n'est pas exactement que dans nos sociétés, les chrétiens connaissent une persécution violente et brutale, marquée par la coercition, mais il en existe une beaucoup plus insidieuse, jouant principalement sur la dérision facile envers la foi chrétienne.

    Ce n'est même pas le blasphème qui est à remettre en cause, souvent c'est finalement un signe de foi car celui qui est indifférent à la religion n'a nul besoin de blasphémer, puisqu'il s'en fiche.

     Se dire chrétien dans notre société, à plus forte raison catholique, suscite surtout la risée, la moquerie, la méfiance, le tout n'étant pas affirmé de face, mais cela suffit pour perdre des amitiés et relations, voire même des pistes professionnelles.

     Pour moi, défendre ces chrétiens, les évoquer, tenter de provoquer une prise de conscience quant à leur sort, c'est aussi les remercier de l'accueil reçu en particulier gràce à eux à Jérusalem, Ramallah, Jénine, Naplouse et dans le petit village de Zababdeh, un accueil qui n'a pas besoin de grandes déclarations d'intention comme trop souvent en France, pour les remercier de leur joie, de leur ferveur sans ostentation pénible.