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  • Les gens importants pensent-ils mieux que les autres ?

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    à propos de "21 leçons pour le XXIème siècle"

     

    yuval noah harari, société, politique, solutions, histoire, paix, amaury watremezL'avantage de travailler dans une bibliothèque c'est que l'on dispose d'un accès à tous les périodiques dont "le Point". Le magasine titre aujourd'hui sur le penseur le plus important du XXIème siècle qui serait Yuval Noah Harari, intellectuel israélien, historien émérite ayant écrit "21 leçons pour le XXIème siècle". Le titre pose problème en soi, le XXIème siècle n'est pas encore tout à fait commencé. Comment pourrait-on déjà décerner des accessits et autres médailles à qui que ce soit ? Cela demande un peu de recul.

     

    C'est un peu comme parler des plus grands écrivains, des plus grands cinéastes, c'est la postérité qui décide.

     

    Ce n'est pas que je méprise les personnes pouvant apporter quelque chose, pouvant partager avec les autres un savoir, une culture, un savoir-faire. Bien au contraire. Tout le monde ne peut pas être au même niveau, tout le monde n'est pas égal face à l'intelligence. La nature est cruelle là-dessus. Tout le monde n'est pas brillant dans tous les domaines non plus, cela se saurait. Cela peut créer de la rancœur, les médiocres n'aimant pas du tout que d'autres soient plus doués qu'eux.

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  • Fragments d'un journal en Palestine – 3

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    Novembre 1999 : La colère de monsieur Antoine

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieMonsieur Antoine était un vieux monsieur qui travaillait à la basilique de Sainte Anne des « Pères blancs » où je logeais et travaillais.


    J'allais souvent le voir et discuter dans son petit bureau à l'ombre, quand le soleil était trop haut parfois l'après-midi. La basilique est un des nombreux domaines français de Jérusalem, une autre des « bizarreries » de la ville. Au XIXème siècle, un proche de Napoléon III, un marquis racheta plusieurs endroits réputés saints de la cité, dont « The Tomb Garden » et « Sainte Anne », qui fût laissée ensuite aux missionnaires d'Afrique, à l'initiative du cardinal Lavigerie.

     

    Monsieur Antoine était un chrétien libanais, plein de cette courtoisie orientale à la fois un peu désuète et aussi sucrée qu'une pâtisserie locale, toujours tiré à quatre épingles, quelle que soit la température. Il parlait un français très châtié, était toujours poli, tout en rondeurs et componction, semblant vivre de manière parfaitement harmonieuse avec les musulmans comme les autres chrétiens palestiniens rencontrés.

     

    Un jour, pris dans des rêves utopiques, tout à mon euphorie de vivre à Jérusalem, je lui fis part de mon sentiment que finalement entre les communautés religieuses, tout n'allait pas si mal et qu'il manquait peu de choses pour que tout soit parfait. Je n'avais jamais vu ce monsieur en colère.

     

    Ma réflexion de petit occidental, de « monsieur le professeur », comme il me surnomma ironiquement, tout à son romantisme hors de propos et « rose bonbon » le mit en fureur littéralement. Et encore maintenant je le comprends...

     

    Même furieux, bien sûr, il ne perdit pas pied, il me demanda comment je pouvais dire ça alors que dans son quartier aux allures de « ghetto » pour les chrétiens palestiniens, il devait subir chaque jour avec les siens les exhortations à la prière et à la conversion de ces quelques infidèles restants de cinq minarets construits spécialement pour eux, les muezzins poussant le vice à hausser le plus fort possible le volume des « amplis » utilisés, et cela contre l'avis du Coran qui interdit toute amplification du son, les appels à la prière devant être faits seulement à la voix.

     

    Il me rappela également qu'il fallait bien vivre avec les autres, ces autres fussent-ils des musulmans qui les haïssaient, ou les méprisaient, et qu'ils ne pouvaient se faire la guerre continuellement, que les chrétiens orientaux avaient des familles, des métiers, des enfants, des parents âgés.

     

    Il me raconta l'accumulation de vexations petites et grandes auxquelles un chrétien devait faire face de l'enfance à la vieillesse, étant certes protégé en Syrie ou au Liban, en Jordanie ou en Égypte, par les anciens régimes, mais toujours citoyen de « seconde zone », statut qui lui était toujours rappelé avec plus ou moins de bienveillance.

     

    Il me parla de ce directeur d'hôpital, chrétien palestinien, molesté durement, ainsi que sa femme, pour avoir refusé un pot de vin d'un notable du Hamas qui voulait pour lui des soins luxueux à bas prix, de ces filles chrétiennes obligées de porter le voile à Gaza ou en Cisjordanie car considérées du fait de leur foi, et parfois de leur ouverture plus grande au monde, comme des « filles faciles », certaines étant violées en toute impunité par des représentants de tel ou tel groupuscule violent.

     

    Il m'expliqua aussi que ce n'était pas forcément l'apanage des musulmans de se conduire en s'imposant par la violence et la force, que c'était dans la nature humaine de mal se conduire avec les plus faibles, ou les minorités, par sottise également.

     

    Il n'en voulait pas aux musulmans de leur foi, mais de se conduire en rupture totale avec les principes de leur livre saint, tout comme il était choqué de ces couvents immenses et vides que l'on trouvait tout au long de la « Via Dolorosa », alors que des familles entières s'entassaient sur trois générations dans des taudis infâmes juste à côté.

     

    Certains des religieux de ces couvents n'étaient jamais sortis du cloître en quarante ans de vie à Jérusalem, certains de par les règles de leur congrégation certes, d'autres par paresse intellectuelle.

     

    J'avais constaté la même chose que lui, à l'exception des « petites sœurs et des petits frères de Charles de Foucauld », à la « station » du « chemin de croix » dite de Sainte Véronique, qui vivaient aussi pauvrement que les palestiniens, qui avaient appris l'arabe, l'un d'eux ayant même écrit un dictionnaire « français-palestinien » que nous utilisions tous abondamment.

     

    Très vite, j'avais préféré largement assister à la messe du dimanche dans la paroisse grecque-catholique palestinienne, et non à celle des « expatriés » français, se retrouvant tous dans un microcosme confortable, célébration souvent d'une tristesse infinie et sans aucun élan.


    Décembre 1999 : les chrétiens aveugles volontaires

    Noël 1999, nous le passons avec des membres d'une communauté catholique dite « nouvelle », sur le toit de leur petite maison proche du Carmel du « Notre Père », alors qu'il vient de neiger à Jérusalem, ce qui arrive paraît-il tous les deux ans.

     

    Parmi ces communautés nouvelles présentes à Jérusalem, il y a des personnes capables d'aller vers l'autre, de faire des efforts pour s'intégrer au quartier où elles vivent, mais hélas trop rarement et une majorité incapables de s'ouvrir à autre chose qu'à leur point de vue fantasmé de la Terre Sainte qui ne correspondait à rien de concret, voire de réel. Cette terre était uniquement perçue comme un terrain de jeux évangélique en somme.

     

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieAinsi, les « Béatitudes » qui vivaient à Bethléem non loin de la « Tombe de Rachel ». L'emplacement de cette tombe était largement sujet à caution, et tout le monde, excepté cette communauté, le savait très bien, y compris les israéliens eux-mêmes, que c'était surtout un prétexte afin d'empiéter sur le territoire palestinien.

     

    En prenant ce lieu pour ce qu'il n'était pas, sans questionnement ni recul, les « Béatitudes » cautionnaient donc la politique de colonisation. Selon les opinions maintes fois exprimées par les chrétiens en relevant, les palestiniens étaient en « Terre Sainte » des intrus, certains allant jusqu'à suivre par inconscience la propagande des sionistes les plus radicaux, ceux du « Shas » en particulier, qui prétendaient que les arabes de Cisjordanie avaient émigré en Judée et Galilée après 1948 jaloux et envieux de la réussite économique des israéliens.


    J'aurais pu aussi évoquer ces personnes du chemin néo-cathéchuménal descendant les rues de la ville palestinienne, protégés par les policiers israéliens, chantant en toute inconscience, ignorance et mépris involontaire des palestiniens y demeurant des chants hébreux à la connotation très marquée pour eux, leur rappelant leurs souffrances. Alors que je leur faisais part de la nécessité de faire preuve de prudence, afin de ne pas choquer les palestiniens, de ne pas blesser, tous me répondirent qu'ils se situaient sur un plan spirituel, plus élevé, ce qui leur donnait le droit de chanter ce qu'ils voulaient.


    Beaucoup parmi les communautés charismatiques étaient prêts à suivre et donner du crédit à des discours délirants sur la ville sainte, le moindre prophète de pacotille prétendant avoir des visions entre autres...

     

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieD'autres encore dans ces jeunes communautés suivaient le point de vue des « sœursde Sion », du couvent de « l'Ecce Homo », pour qui le seul peuple légitime à Jérusalem était Israël, accordant une importance extrême à l'infime minorité judéo-chrétienne de Terre dite Sainte dont une communauté était encore un peu vivace à Nazareth.

     

    Les religieuses organisaient des visites de la « Vieille Ville » dirigées uniquement selon leurs idées, niant le réel des situations dramatiques qu'elles avaient juste sous les yeux. Elles allaient régulièrement à Hébron avec leurs étudiants, ne voulant pas voir la réalité des quelques dizaines de colons, protégés par des centaines de soldats, opprimant de fait les palestiniens autour, qui ne pouvaient même pas circuler dans leur ville librement, le tout au nom d'un lieu saint dont la véracité historique était largement remise en question.

     

    Je me rappelle par exemple de ce vieux monsieur, Abu Lutfi, habitant du quartier, obligé de se mettre à genoux sous la menace d'un M16, devant « l'Ecce Homo », sous les fenêtres des sœurs de Sion, car ayant répondu un peu trop vivement à leur goût aux deux militaires, deux gosses encore, patrouillant dans les rues.

     

    Abu Lutfi ne faisait pas de politique avant, et même après il pardonna aux deux gamins.


    Par contre, quand il arriva le même genre de mésaventures à Ibrahim, le jardinier de Sainte Anne, l'armée rasant ses oliviers et ses vignes, ce ne put être le cas, le tendre, le doux jardinier, tout à sa colère que l'on peut comprendre devenant un pilier du Hamas, et me répétant souvent "Hitler was right"....

     

    Les membres de la Communauté de l'Emmanuel vivaient en partie au « Carmel du Pater » sur le Mont des Oliviers, d'autres logeant à Tel Aviv. Au début de leur installation, ces personnes faisaient leurs courses au supermarché israélien, au lieu des magasins palestiniens, et n'avaient pas ressenti le besoin au départ d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe, ce qu'elles ont fait par la suite, effectuant ces efforts qui vont de soi en fait. De plus, elles eurent le souci par la suite de vérifier l'historicité des lieux présentés comme « saints », encouragées par les « Pères blancs » en particulier.

     

    Israèl, palestine, société, religions, paix, notalgieLe temps passant, nous envisageons tous avec une extrême apréhension ce qui se profile à l'horizon, à savoir notre retour en France. Nous n'avons pas trouvé de Terre vraiment sainte à Jérusalem, qui est marquée par la violence et la sottise surtout, superficiellement, pour nous Jérusalem, encore maintenant, ce sont des visages, des personnes, des amis, proches de nous, et ce des deux côtés. Nous sentons l'orage gronder de nouveau, la bêtise extrêmiste se faufiler très vite dans tous les instertices laissées par le manque de vigilance, les petits compromis.

     

    Nous sommes allées à « Neve Shalom », expérience à l'origine de laquelle on trouve un dominicain, qui nous paraît comme une expérience intéressante, à étendre à toute cette région, mais encore faut-il que ceux qui dirigent d'un côté ou de l'autre veuillent réellement la paix et l'équité, et que les occidentaux représentants de telle ou telle confession veuillent vraiment y aider, ce qui pour l'instant encore n'est pas le cas. Si tout n'est pas parfait à « Neve Shalom », c'est au moins un début...

    Nous constatons également qu'à Haïfa et Tel Aviv, villes laïques et plus libres dés l'origine, la violence est bien moindre et la bêtise n'y trouve que très peu de prises, les populations les plus diverses s'y côtoyant beaucoup plus librement. Ce n'est pas pour rien que ces villes sont souvent la cibles des attentats islamistes et des foudres des sionistes radicaux...

     

    (bientôt la suite)

    photo de l'église de Ramallah (paroisse grecque catholique) prise ici

    photo du Carmel du Pater prise ici

    photo du couvent de "l'Ecce homo" prise ici

    photo des enfants de "Neve Shalom" prise ici