mercredi, 01 juillet 2009
Les morts des icônes sont-elles toujours des morts suspectes ?
A cette question, le troupeau béat des fans ou des adorateurs, ou des midinettes, d'un chanteur, d'une actrice, d'un comique, d'un politique (ce qui revient souvent au même, on reste dans le spectacle) répond : bien sûr et a toujours des réponses qui à défaut d'être rationnelles sont parfaitement construites et argumentées (il ne faut pas discuter avec, ils ont la foi des convertis) : Michael Jackson (ci-contre avec un pote) serait vivant, c'est un de ses sosies qui serait mort à sa place, j'irais plus loin, il est retourné vivre sur la planète Zorg dont il était en fait originaire ; Kennedy n'a pas été assassiné par deux tueurs à la solde de la CIA, il a été tué parce qu'il connaissait la vérité sur les aliens -des vénusiens- et allait la révéler (on trouve ce genre d'hypothèse sur le net) ; Marilyn Monroe est elle aussi toujours vivante, et se cache à "Palm Springs". Napoléon, qui bien qu'étant un tyran sanguinaire, fascine encore les foules, a été sauvé "in extremis" et a vécu en Amérique (où il a vu des américains). Hitler a fini dentiste à Rio, tout comme Goebbels (on a du mal à croire à la mort des monstres, qui fascinent aussi). Il y a encore de grands malades pour voir Elvis un peu partout dans le monde (comme grand malade je pense aussi à Georges Adamsky persuadé de son mensonge, il aurait voyagé dans la soucoupe d'aliens non-fumeurs qui bien sûr, ben tiens, ont refusé de se faire prendre en photos). C'est logique dans notre genre de société dite rationnelle, un chanteur raté comme Raèl peut devenir maître à penser et des acteurs chiantologues croire qu'un banal oscilloscope peut mesurer leur intelligence, et l'on peut voir parfois un charlatan comme Uri Geller fasciner des millions de moutons sur Téeffun, la première usine de décervelage de notr beau pays.
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dimanche, 21 juin 2009
Madeleines électroniques des années 80 - Joe Jackson, Yves Challand
C'est fou comme Joe Jackson ou même Matt Bianco paraissent maintenant des groupes complètement désuets, plus que certains des années 60. Tout est daté, on se croirait dans une BD d'Yves Challand (voir strip de Spirou ci-contre) ou de Ted Benoît coincés entre les années 40, pour l'ambiance, les belles bagnoles, les épaules carrées et les pantalons zazous et l'an 2000. Peu importe, j'aime bien encore, c'est loin et proche, c'est une sorte de madeleine de Proust électronique.
C'est vers cette époque que l'on a commencé en somme à vivre dans un perpétuel présent.
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samedi, 20 juin 2009
Le punk pour les nuls - "Si on reparlait de Pacadis ?"

Je ne sais pas si ce texte est punk, on s'en fout, il a deux ou trois choses à dire...
S'il y a un truc qui me fait marrer quand je navigue sur les sites et blogs qui font dans le cultureux, c'est que certains se revendiquent du punk, voire "punk à diplômes", attend, ce sont des voyous mais des voyous qui ne sont pas n'importe qui, tu vois, de la khâgneuse en crise d'adolescence tardive au quadra autodestructeur. Certes, ils écrivent parfois très bien, ont souvent du talent mais ce sont des jeunes gens bien proprets quand même. Ce n'est pas grave d'être un bon garçon ou une bonne fille, il ne faut pas en tirer un complexe mes mignons, mais c'est quand même assez ridicule. Dans un pogo, ils ne tiennent pas deux minutes. Et sans la carte bleue de Papamaman, sans leur intérieur bourgeois et leurs goûts de vieilles dames, ils ne survivraient guère ces enfants sages.
In 1977, "our time is up"...
1977, année rock. Il y eut le film de Spike Lee et avant, ce livre, sur cette date des plus symboliques. Pacadis était critique de rock doué, et insupportable en même temps, un peu comme Beigbeder qui fait d'ailleurs la préface de cette chronique des années punks. Le temps des sales gosses, des musiciens turbulents, provos, décalés, obscènes et dépravés, lucides sur la dégénérescence de la société, autant que mégalos, était venu, de Gainsbourg aux Clash en passant par les Sex Pistols. C'était l'époque des notables giscardiens et des Fender à fond dans le transistor pour lutter contre l'endormissement général. En plus de ce journal, qui me fait penser par instants aux livres de Nik Cohn ou Hunter Thompson, cet ouvrage est agrémenté d'articles de l'auteur sur les mondanités parisiennes de l'avant retour du fric-roi (qui l'est toujours).
Ce sont d'ailleurs des enfants très sages qui finiront par avoir raison de Pacadis, et le virer du "Palace" bientôt repris par des "managers" qui metteront quelques années à le couler. Ce livre est une sorte de gros doigt tendu aux "punks à diplômes" justement, qui sont du genre à aller démarcher le prolo, ou le sauvageon qui n'en rien à foutre car il sait bien que c'est du vent (rires : "on est des punks mais on est aussi pas rien, on a fait les grandes écoles mon bon meussieur"). Les punks avaient vu venir tout ça, quand les petits bourgeois ont commencé à copier leurs fringues, ils ont aussitôt décidé de s'habiller en costumes-cravates et de remettre un certain genre de classe à la mode, comme Debbie Harry. J'aime bien Pacadis, malgré toutes ses contradictions et le fait que finalement, il aimait ça l'or et le clinquant des bourgeois, mais il est tout à fait dans la tradition des Blondin et autres, un funambule à l'esprit plus grand que celui de ses contemporains.
Par ici on peut entendre Yves Adrien
Titre : Un jeune homme chic | Auteur : Alain Pacadis | Editeur : Denoël
Sur la photo, on reconnait Marie-France, Paquita de Paquin et Pacadis, je crois.
Les années 80 étaient bien entamées, mais Sapho restait dans l'esprit, regardez ci-dessous, c'était un peu trop évident "The Clash" ou les "Sex pistols", tu trouves pas ?
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mercredi, 03 juin 2009
Pitié pour ceux qui ont du talent - Camélia Jordana virée de "la Nouvelle Star"
Ce qui est étonnant, c'est que quand un chanteur de télé-crochet montre un début de talent, une petite pointe de personnalité, c'est comme dans la vie, les autres préfèrent soutenir la chanteuse qui leur rappelle leur bonne copine même si elle chante comme un pied ; du style à appuyer bien fort sur les nasales en anglais et sur le larmoyant en français, mais elle est COMME elles, ou COMME eux, ils préfèrent porter aux nues un rebelle de bar de province, du genre à s'appeler "le Johnny's", qui chante aussi bien que le SDF qui roupille avec son chien dans la rue en bas de chez moi, cuvant sa bière après avoir réclamé deux ou trois sous en récompense pour avoir beuglé -faux- un truc rock ou punk. La petite Camélia Jordana, malgré son pif et ses lunettes sécu, avait quelque chose que les autres n'ont pas, un peu de talent et de créativité (même si elle a une ou deux fausses notes aux deux-tiers de la chanson)...
Ami djeuns, tu ne seras peut-être pas d'accord avec moi, mais peu importe. D'ailleurs il est vrai que comme tu vis souvent dans un présent perpétuel, tu ne sais même pas qui était Blondie, petit insolent inculte...
On me dira, le vainqueur aura le droit d'avoir un album entièrement écrit par Obispo ou un roucouleur du même acabit, donc l'un dans l'autre, parfois il vaut mieux louper son coup...
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mardi, 02 juin 2009
Torrents d'amour – Sous le soleil exactement...
Quand le soleil est haut, intensément chaud et que tout est baigné dans une lumière diffuse, c'est comme dans une nouvelle de Pierre Gripari où il est tout le temps midi. On a l'impression que le monde entier revit mais doucement, sans grand bruit. Il est midi, on ne s'étonne de rien. L'air est plus dense, on n'a pas envie de bouger, seulement rester ici là avec d'autres, observer le temps qui passe. On n'a envie que d'entendre que des chansons d'été, qui parle de plages, de filles en maillots de bain qui jouent avec des gros ballons multicolores, ou de types en surf. C'est l'heure où les ronds d'humidité sous les verres de Tavel ou de Muscadet se multiplient vite sur le zinc du café ou sur la table dehors sous l'auvent, et un peu de citronnade pour passer l'après-midi. Pris dans la douceur de l'air, on réapprend à ne rien faire et contempler le monde.
*
Il en est qui aime bien le soleil pour se montrer, sortir les lunettes de soleil à la mode et se laisser admirer par la foule que l'on suppose béate d'admiration. Je me souviens bien des jours d'été avec X..., elle avait un joli pantalon « vichy » noir et blanc, un chemisier de même couleur, et les cheveux relevés. Le soleil faisait des reflets roux dans ses cheveux et moi je ne pouvais détacher mon regard du fragile duvet qu'il y avait sur sa nuque. Nous ne nous pressions jamais, nous flânions devant toutes les boutiques, nous achetions des friandises, comme les enfants, et nous finissions à la terrasse d'un café en face de la Seine à côté d'un petit jardin où la statue d'un homme célèbre nous considérait avec sévérité : tant de futilité était amorale sans doute à ses yeux.
Parfois, elle prenait ma main pour me montrer quelque chose qui la faisait rire : une grosse dame en tenue d'été, toute rouge derrière l'indéfrisable, un sein énorme tentant de s'échapper d'un petit haut coquet réservé plutôt à une adolescente. Un mini-car de touristes japonais avec appareils photos, « bobs » et chemisettes, qui souriaient en nous voyant.
Bien sûr, nous nous imaginions être les seuls à vivre ça. Plus tard, nous le paierions, nous disait-on.
*
Peut-être d'aucuns vantent-ils les senteurs des pays chauds avec délices, les couleurs pittoresques des étalages d'épices, pour touristes, les parfums capiteux des souks, l'Orient mystérieux et tout le tralala, mais moi, ce qui me rappelle Israël, la Palestine et le Proche Orient, où il est également toujours midi, ce sont les effluves d'essence, de fuel, ou de gazole, et aussi les odeurs de friture, celle du pain en U avec des graines de sésame, celle de la peinture du voisin qui refait continuellement sa cuisine, la fumée des cigarettes de contrebande vendues 1 shequel le paquet porte de Damas par des gamins rigolards, la couleur de la viande à l'étal des bouchers, comme des « vanités » exposées, plus belles et plus signifiantes que beaucoup d'images pieuses. Et au-dessus de tout cela, le ciel continuellement bleu.
On croirait que la poésie est absente de ces effluves, que c'est trivial, prosaïque. Et pourtant, il y a dedans plus d'humanité, c'est la vie qui ne cesse de continuer. On prend son temps, on ne se presse pas, même s'il faut attendre que toute la voiture du taxi collectif ou « servis » soit remplie. Certains préfèrent croire que le désert, c'est comme dans un roman le Clézio, cet écrivain pour jeunes filles sérieuses et scolaires en mal de rêveries formatées, un livre qui parle de fiers nomades du désert ignorants mais tellement poètes, de jolies filles du désert qui sont belles mais curieusement asexuées. Il peut y avoir des surprises au milieu du béton et la pollution.
Un midi, j'entendis des sabots galoper sur le bitume de l'autoroute de Jérusalem. Je crus rêver. Et me retournant, je vis un jeune garçon, à cru sur un cheval marron traverser la « quatre-voies », trois autres chevaux les suivaient. Ils disparurent derrière un flanc de colline.
*
Il était aussi midi à Césarée ce jour-là, le soleil au-dessus de la Méditerranée, les vagues au loin, l'air plus doux, les colonnades romaines qui cachaient à grand-peine les cheminées de l'usine chimique derrière. L'eau avait la couleur des yeux de X..., et j'étais avec elle.
Nous partagions ce moment.
à suivre...
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samedi, 30 mai 2009
Juste cause - Sauvez les traders !
Jean--Emmanuel Dubois (alias Jean-Emmanuel Deluxe) a attiré mon attention et celle d'autres internautes sur cette cause méconnue et pourtant délicate : les pauvres traders, on les accuse de tout, ce n'est pas de leur faute s'ils sont irresponsables et complètement amoraux, c'est la faute de la société, de leurs parents qui les ont mal éduqués. Il faut les aider, ils ont du mal à comprendre, quand vous en croiserez un , après avoir écouté cette chanson, vous lui donnerez une gifle de bon coeur afin qu'il se sente mieux, voire un coup de pied au cul et sa journée sera plus belle. On les accuse de tout, des pauvres, des SDF, de la Crise, du bordel qu'est devenu ce monde, de tous les désastres, mais ce sont aussi des êtres humains sensibles.
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mardi, 19 mai 2009
"Porque te vas" - la chanson de "Cria Cuervos"
J'aime bien cette chanson que j'ai souvent entendu dans ma vie. C'est une petite musique lancinante qui revient souvent. C'est un des morceaux de ma bande originale, avec les chansons de Gainsbourg jusqu'à "Melody Nelson" et "Vu de l'extérieur", "Dieu fumeur de havanes" et "l'Anamour", les élucubrations intellectuelles et pataphysiques de Thelonious Monk et les "Gymnopédies" d'Erik Satie. C'est la musique des ballades de Clichy à Montmartre, les pieds en équilibre sur la ligne du trottoir, de la statue de Montaigne derrière la Sorbonne vers "Bertillon" en été, de la bombonnière de la "Maison Rose" aux Abbesses. Comment se fait-il que parfois la nostalgie ce soit comme dans un roman de Borgès où les souvenirs de l'être aimé et les regrets de l'avoir perdu envahissent le monde.
Et j'aime bien le film dont elle est tirée.
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lundi, 18 mai 2009
l'Europe communie dans le kitsch en attendant la guerre civile
Il paraît que l'Europe et la campagne pour les élections européennes ne passionne pas vraiment les citoyens, qui s'en foutent un peu visiblement, ne connaissant pas pour les trois quarts le fonctionnement des institutions. Comme un fait exprès, un paranoïaque dirait que c'est un complot pensé, des abrutis sans foi ni loi et dangereux décident de tirer à l'arme de guerre sur les policiers venus apréhender un gardé à vue : un animateur socio-cul interrogé ce matin sur une radio périphérique en a profité pour dire que "ça allait encore porter préjudice à l'image de la Courneuve dans les médias" ça, ben tiens ! Il a continué son discours sur le mode du "tout va très bien madame la marquise". Il ne voyait pas de problèmes à ce que les jeeeûnes aient un flingue par ailleurs (ils ont peur dans le noir ?) et a terminé sur la "culture rap" et la culture des "tags" qui sont quand même quand on considère le tout-venant l'expression de haines et de sottise satisfaites, phallocrates et totalement amorales.
Ce genre de fusillade ferait quand même bigrement penser aux débuts de la guerre en
ex-Yougoslavie. C'est plus qu'inquiétant si on en est là. Et on sait bien qu'envoyer des militaires n'y changera rien, comme le montre l'exemple précisément de l'ex-Yougoslavie ou de la guerre israélo-palestinienne. C'est une des raisons pour laquelle le vote que les français s'apprêtent à faire est pour l'instant à très forte majorité UMP qui continuera à encourager la désastreuse politique monétariste actuellement suivie par les institutions de l'Europe, en face, on est incapables de se confronter aux vrais problèmes, on retarde souvent d'un wagon, ou alors on se chicane sur des conflits de personnes.
Une solution que je préconise est donc un nouveau concours de l'Eurovision pour aller jusqu'au bout de la logique spectaculaire de la politique française actuelle. Ségolène R. reprendrait Marie-Myriam et "Comme un oiseau aux yeux de lumière", Nicolas S., "le Papa pingouin" et Rachida D. "les sucettes à l'anis" (ou par "Grand corps malade"). Au moins quand la situation aura empiré comme elle risque de le faire, on se distraira avec les tenues kitschs.
En haut, Ségolène fait répéter la chorale qui l'accompagnera, en bas, Nicolas songe à reformer "Pink Floyd" pour l'accompagner. Quand on y pense, on a vraiment une classe politique de haut niveau...
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jeudi, 07 mai 2009
« L'Amérique » de Joan Didion - chroniques
Je suis en train de terminer ce recueil d'une dizaine de chroniques sur l'Amérique principalement des années 60 au début des années 90 bien plus intéressants que les souvenirs de jeunesse et de coucheries d'autres auteurs.
Je me demande comment il se fait que les écrivains anglo-saxons arrivent à être aussi fins et d'une telle acuité sur leur époque, sur ses illusions et ses faux-semblants quand un écrivain français contemporain ne sera souvent capable que de se répandre sur son nombril, sa taille, sa forme, son odeur ou son goût, ainsi Marie D. ou encore Anna G.. Quand un écrivain anglo-saxon écrit ce genre de livres, il est capable d'y insuffler du romanesque, même s'il ne s'agit que de « non-fiction ». Il aura moins de scrupules à utiliser le style du roman noir, du polar, ou du livre de genre en général, pour parler de leur monde, qui est le socle du notre, un monde déjà consumériste à l'excès, jusqu'à la boulimie et la nausée. A rebours de tout le reste de la société, l'auteure prend le temps de réfléchir, contempler, parfois admirer, railler et se moquer, mais sans haine ni violence. Elle ne fait que constater la petitesse des aspirations, la médiocrité des rêves, très matérialistes, l'absence de grandeur.
Joan Didion explore les marges des États-Unis, et ses figures emblématiques comme John Wayne voire celles que l'on craint mais qui fascinent comme Charles Manson et sa famille de tarés criminels, face sombre du mouvement hippie qui était surtout une mode au départ, si l'on excepte les « Diggers » de San Francisco qui avait de vrais points de vue, allant plus loin que « Peace and Love ». Elle traverse le pays dans sa Ford Gran torino, autre symbole de l'« americana » des années prospères, des grandes déclarations de principes qui ne mènent pas à grand-chose ; Kennedy reste la grande figure inattaquable, un président qui ressemblait à un personnage d'Hollywood, qui avait l'air tellement généreux, alors que déjà ce n'était que de la communication, ce qui transforme ce livre en « road-movie », et annonce les années de plomb, les années 70, beaucoup plus pessimistes. Elle choisit d'écrire dans un style dense et sec, mais l'on perçoit derrière les lignes toute la sensibilité et toute la passion dont elle semble capable, sa sensibilité à un monde qui rejette le vrai ou le beau pour ne retenir que les apparences : il n'y a pas besoin d'être vraiment hippie pour que les autres le croient, il n'y a pas besoin de vouloir réellement changer le monde, il suffit de donner le change en maintenant les apparences encore une fois.
Elle rencontre John Wayne au summum de sa gloire, persuadé qu'il a vaincu le grand C (le Cancer) contracté sur le tournage de « Gengis Kahn » filmé sur un site mal désaffecté d'essais nucléaires. Il est un peu comme le cow-boy Marlboro, une icône immédiatement identifiable, il rappelle les grands espaces, ce nouveau monde complètement vierge qui ne l'est plus depuis longtemps à la fin des années soixante, idéal que tout américain conserve au fond de son âme, avec l'esprit de la « Frontière », des pionniers en chariots. Elle monte sur les collines de Burbanks rencontrer les privilégiés du miroir aux alouettes, dont certains finiront mal, minés par l'autodestruction, comme Robert Evans, flamboyant et narcissique loser hollywoodien ; Tous terrorisés par le meurtre de Sharon Tate qui clôt dans le sang ce que l'on croyait être l'été de l'Amour universel, c'est la fin de l'utopie qui se termine dans un bain de sang. Avant l'assassinat de la jeune épouse de Roman Polanski, il était « hype » de laisser entrer des « freaks » comme Manson et ses enfants dégénérés, ou encore d'autres hippies, après les riches ont bâti des barrières un peu plus hautes, électrifiées, surveillées par vidéo, pour maintenir coûte que coûte le joli paravent laissant l'illusion d'un paradis résidentiel dans le vent. Joan Didion décrit ensuite les refuges des naufragés de luxe des « sixties », perdus au Maroc, vers Tanger ou ailleurs, passant leurs journées au bord de plages privées, faisant mine de penser à un livre qu'ils n'écriront jamais, singeant les autochtones, avides de retrouver une authenticité et une vérité perdue qu'ils sont bien incapables d'identifier quand ils la trouvent cependant.
Photos : Joan Didion, en haut, Sharon Tate, en bas
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lundi, 04 mai 2009
Sexe, drogues et pantalons à franges
Alain Dister - « Oh Hippie Days » (chez "J'ai lu")
J'aime bien la littérature dite « rock », les livres de Nick Tosches, Greil Marcus ou encore Nik Cohn. A partir de l'analyse d'une musique, ces auteurs en disent beaucoup sur notre époque, ses ruptures, ses désillusions, ses espoirs, ses problèmes, même quand ils traitent d'une autre période. Et l'écriture de ces livres qui ressort aussi de la « Non-fiction », genre initié par Truman Capote avec « De sang froid » est toujours étonnamment énergique. C'est un peu en songeant à ces livres que j'ai commencé « Oh, Hippie Days » d'Alain Dister. Malheureusement, ce récit a un sérieux handicap qui est qu'il a le cul entre deux chaises. D'un côté, l'auteur veut raconter les communautés hippies, les années 60 sans mythe ni légende, de l'autre il égrène ses souvenirs de coucheries, bitures et soirées drogues dont on a franchement pas grand-chose à faire dans le propos. On a l'impression d'une petit bourgeois favorisé, propret qui s'est offert deux ou trois années sympathiques sans trop se poser de questions et en testant la véracité du fameux slogan « sex, drug and rock and roll ». Il rencontre beaucoup d'enfants perdus, d'héritières en rupture de ban, de fils à Papa en révolte post-pubertaire. Certains vont trop loin dans l'expérience psychédélique et sombrent dans l'hébétude des « Junkie hotels » où des gosses ne font rien d'autres que se piquer toute la journée, n'attendant que la prochaine dose et rien d'autre.
On parle beaucoup de fraternité, d'amour et de tolérance, mais on se contente de fumer du « hash » en guise de réponse ou de projet, à une exception près qu'est le groupe des « Diggers », qui n'avaient pas besoin de franges, de fleurs dans les cheveux ou de combi Volskwagen pour rêver d'un tout petit peu plus d'équité. Il y avait une différence entre les enfants sages qui ne faisaient que sacrifier à la mode et se défouler sexuellement et moralement, sachant très bien que ça finirait par un « costume trois pièces » et un attaché-case, et les « freaks » qui y croyaient vraiment, s'imaginant pour de bon entrant enfin dans l'ère du Verseau. L'instinct grégaire y était tout autant développé que de nos jours, avec son corollaire habituel qui est l'absence totale de réflexion intellectuelle individuelle, ainsi un après-midi d'euphorie, un jeune auteur avait lu devant un public de hippies un texte sur la jeunesse, dont l'auteur était en fait Hitler qui avait lu ça devant les « Hitlerjugend » en 1935, ceci afin de démontrer la vacuité du mouvement. Après les réactions exaltées des auditeurs, l'auteur du canular avait vendu la mèche. Malgré les autocollants « Peace and Love », il manqua de se faire lyncher : « Gare à celui qui dit la vérité... », on connait la suite. L'auteur s'engage dans une communauté anti-guerre du Vietnam à la fin de son séjour, beaucoup s'enfuiront pour échapper aux combats, à la différence des noirs pauvres qui constitueront une « chair à canon » de substitution en somme. Quelques icônes entrent déjà au panthéon des héros universels, alibi des amateurs de lieux communs, prophètes sans grandeur d'un empire du Bien encore à venir. Kennedy à l'époque ou Obama maintenant, c'est un peu le même cliché.
J'aimerais trouver ce livre sympathique mais je ressens un peu cela comme le témoignage d'un quinquagénaire pleurant à chaudes larmes sur un passé idéalisé pour une bonne raison, il l'a vécu, ce genre de personnages à catogan qui fait dans la culture après avoir glandé plusieurs années ou en université ou en pantouflant ailleurs, quitte à ce que ce soit la boîte de Papamaman. De leur expérience hédoniste de jouisseur bourgeois, il tirent parfois la croyance qu'ils sont là pour guider le reste du monde, l'amener au bonheur, parfois malgré lui, et finissent idéologues communs, dogmatiques sans pitié, ennemis de toute contradiction qui les amène pour certains à se comporter en miliciens de la pensée morale ou politique.
Janis Joplin pour incarner l'esprit de cette époque...
15:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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