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musique

  • A l'enterrement des trente glorieuses

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    johnny hallyday, société, trente glorieuses, politique, musique, amaury watremezAussi sur Agoravox

     

    On pouvait croire que les « trente glorieuses » étaient éternelles, qu'elles ne s'arrêteraient jamais complètement. A la télévision, cela faisait des décennies que l'on voyait toujours les mêmes vedettes, les mêmes journalistes, les mêmes éditorialistes, les mêmes présentateurs. Bien sûr ils vieillissaient, grisonnaient des tempes, voire perdaient leurs cheveux, mais ils étaient encore et toujours là ainsi que les chanteuses, les chanteurs, les acteurs, les actrices. Mieux encore, grâce au net, les enfants des « trente glorieuses » pouvaient toujours regarder les feuilletons et spectacles de leur enfance voire même choisir d'y rester coincés.

     

    Ils évoquent le second degré, mais c'est juste le désir de régresser vers la période de leur vie où il n'y avait aucune responsabilité grave, où tout semblait facile.

     

    Il n'y avait que trois chaînes à la télévision. Les artistes que l'on y voyait, les acteurs que l'on regardait dans toujours le même genres de films, faisaient tous partie de la famille. Chacun dans son emploi. Le « baby boomer » avait l'impression de tous les connaître intimement et mieux encore qu'ils se souciaient de lui. Il rigolait de l'accent de Jane Birkin, Gainsbourg était le vieil oncle alcoolo qui faisait des blagues mal élevées mais tellement drôle, Eddy Mitchell ressemblait aux copains de régiment de son père. Et Alain Duhamel s'exprimait déjà comme l'oncle cultivé, un peu ennuyeux, que l'on invitait au réveillon car il avait quand même du pognon...

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  • Les deux France irréconciliables et Johnny

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    La mort de Johnny, idole au sens concret du terme visiblement depuis deux ou trois jours, met en valeur l'existence de deux France, deux pays totalement irréconciliables :

     

    Johnny Hallyday, société, musique, politique, amaury watremezCelle très minoritaire dite « de Paris » en province, de ces baudruches de parigots suffisants qui font la leçon à tout le monde, où l'on aime se cultiver, où on lit, où on s'intéresse au théâtre, aux arts, à la culture en général. Rien que des prétentieux, des vaniteux atroces. J'ironise bien entendu, mais je ne dis pas que parmi ces personnes il n'y ait pas de cuistres du tout, mais il n'y a pas que cela. Loin de là.

     

    Et à côté on trouve l'autre France qui englobe tout le tout le reste de la population sans distinction de milieux ou d'opinions.

     

    On n'y lit plus beaucoup, on n'y va plus tellement au concert ou au musée. La culture, on s'en fiche un peu même si on ressent pour cela un peu de culpabilité néanmoins...

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  • Une nécrologie vraiment rock and roll

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    ou le crépuscule des vieux rockers

     

    Johnny-cest-la-France.jpgJohnny Hallyday est mort aujourd'hui des suites d'un cancer contre lequel il luttait depuis longtemps, le lendemain du décès de cette grande coquette de Jean d'Ormesson qui au moins avait défendu Yourcenar. On va lire un peu partout sur les réseaux dits sociaux des « Salut l'artiste » des « RIP' » des hommages hagiographiques des « ahlala il nous manque déjà ». Si la plupart n'avait sans doute pas lu Jean d'Ormesson, tout le monde a entendu au moins une fois une chanson de Johnny, volontairement ou contre son gré...

     

    Johnny c'était le rock adapté pour les émissions des « Carpentier ». Il a été de toutes les modes : à la Elvis, hippie, « cuir » et même il eût sa période « glam ». Je me souviens de l'époque où Johnny à la télé avait les yeux très soulignés de noir comme une vraie petite allumeuse et il était tout en lamé comme Dalida. Il reprenait le plus souvent des titres de chanteurs américains pas encore arrivés jusque chez nous, comme Claude François et la plupart des « yéyés ». Il fit même son « Mad Max » dans un film de Pierre-William Glenn avec « Terminus ». A l'éclosion des « yéyés » et des « copains » les britanniques inventaient entre autres le « northern Soul ».

     

    Johnny ne cassait pas les guitares sur scène, ne pourrissaient pas ses chambres d’hôtel. Il faisait son service, adorait ça. On ne l'aurait pas vu à l'île de Wight, un rassemblement de « tarlouzes »...

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  • Conseils pour un iconoclasme moderne

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    Arts, littérature, sculpture, musique, musées, iconoclasme, destruction de statues USA, amaury watremez

    Aussi sur Agoravox

     

    Il paraît qu'aux États Unis des adeptes du politiquement correct ont décidé de militer activement sur les réseaux sociaux et dans la vie réelle pour mettre à bas des statues qui peuvent blesser telle ou telle minorité, remettre en question les nouveaux dogmes auxquels « l'homo festivus » est censé adhérer sans se poser de questions (le multicul, le commerce dit équitable, le développement dit durable, tout se doit d'être citoyen ou civique etc...).

     

    Le citoyen est un enfant totalement crétin à qui il faut tout dire, on ne sait jamais :

     

    S'il voit une effigie de Wagner, il peut avoir une envie subite d'envahir la Pologne, un buste de Pétain et il aura envie de nommer un auvergnat radical premier ministre pour faire le sale boulot après s'être fait nommer au pouvoir etc...

     

    (voir l'article à ce lien)

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  • Au Nord c'était le Punk et le Funk

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    Retour à Manchester Music également sur Causeur

     

    à propos de « Manchester Music City 1976-1996 » chez Rivages-Rouge aux éditions Payot où l'on évoque les « Buzzcocks », « Joy Division », les « Smiths », « New Order », « Happy Mondays », « Stone Roses » et autres groupes « de jeunes » pour « vieux » quadras et quinquas nostalgiques de leur adolescence d'enfants des « Trente Glorieuses » et du « Baby Boom »...

     

    musique, littérature, société, histoire, punk new wave, amaury watremezCe livre écrit par John Robb, musicien et critique rock, ami de nombreux musiciens dont Morrissey ou Ian Curtis, est un peu différent des autres ouvrages du genre car il laisse la parole surtout à ses acteurs. John Robb a passé des années à les interroger et conservé des kilomètres de bandes qu'il a retranscrites ici, collant son micro sous le nez de ses camarades de galère ou de succès, s'installant dans une des « zones » de Manchester à la fin des années 60, cherchant le succès en fondant plusieurs groupes plus ou moins professionnels.

     

    C'est à la fois l'originalité et le handicap de la chose, sa limite.

     

    Le procédé favorise les redites et surtout l'on n'y trouve pas la même dinguerie, l'excentricité de ceux de Nick Kent ou Richard Neville. Le style de John Robb est bien sage, un peu bourgeois ce qui est quand même le comble pour un bouquin se remémorant les figures de musiciens ayant eu pour but de secouer « l'establishment », de remuer les consciences, de les amener à la rébellion contre l'ordre établi. Il décrit ainsi le moment où Manchester deviendra « Madchester » après le concert des « Sex Pistols » dans une des salles de la ville, une salle qui pour l'anecdote appartenait à une secte protestante presbytérienne....

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  • Sexe, drogue et apathie

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    À propos de « Apathy for the devil, les seventies voyage au cœur des ténèbres » de Nick Kent chez « Rivages Rouge »

     

    musique, société, rock, nick kent, amaury watremezQuel intérêt de lire des récits comme celui de Nick Kent, ex drogué jusqu'à la racine, vieille gloire et « groupie » ultime en quelque sorte tel qu'il le dit lui-même ? Cela pourrait seulement consister à dérouler les souvenirs d'un vieux combattant du Rock à calvitie naissante et queue de cheval, un vétéran se souvenant avec nostalgie de sa jeunesse décadente pour l'exorciser, la renier et se complaire en même temps dans l'exaltation de ses frasques, ce dont on pourrait se ficher complètement. L'ancien « addict » se vautrant dans ses remords et son autoflagellation est toujours pénible, difficilement supportable, on préférerait presque qu'il se remette à la fumette ou aux alcools forts. Ce serait moins triste.

     

    Rien de tout cela avec Nick Kent, on ne sera pas dans le pathos étalé en place publique. Il est cru, direct, souvent ironique y compris à ses dépens que ce soit pendant le récit de son ascension au sein de « la décennie du moi », dans le milieu du Rock, jusqu'en 1975 à sa chute qui dure jusqu'au début des années 80. Nick Kent se retrouvera SDF, zonard perdu parmi les zonards en perpétuelle recherche d'un « fix »....

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  • Playpower avec Richard Neville

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    à propos du livre de Richard Neville « Hippie hippie shake » chez Rivages/Rouge

     

    société, musique, politique, hippie, richard neville, amaury watremezLes années 60 et 70 n'étaient pas parfaites, bien loin de là, mais flottait durant ces deux décennies un parfum de liberté dont les effluves se sont dissipées depuis longtemps malheureusement. Le livre de Richard Neville le raconte très bien et avec style. Les hippies, les « yippies » et autres « mods », avaient beau être parfois brouillons dans leur recherche existentiel, souvent outrancier, ils avaient en eux quelque chose de plus que les tristes citoyens consommateurs de 2016 uniquement préoccupés d'acheter le dernier modèle de gadget électronique à la mode, de rentrer le plus possible dans le rang selon des critères de vie inspirés par l'esprit le plus petit bourgeois, le plus étriqué qui soit.

     

    Dans ce livre, Richard Neville raconte l'histoire véridique et picaresque de « Oz », revue provocatrice commençant à paraître en 67 en Australie, et de tous les mouvements politiques et groupuscules divers de ces années là. Il n'en fait pas une « Légende Dorée » avec ses saints et ses méchants, il n'en montre pas non plus exclusivement le côté obscur. Comme toute histoire humaine, l'histoire de « Oz », de la contre-culture, est complexe, ne penche ni du côté noir ni du côté blanc, on ne distinguerait plutôt qu'une infinité de nuances de gris. Neville lui-même ne s'épargne pas, il raconte par exemple la jalousie qu'il ressent envers des hommes courtisant sa petite amie alors qu'il pose souvent en apôtre de « l'amour libre »....

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  • Vingt-cinq ans que Gainsbourg a cané, classieux non ?

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    musique, gainsbourg, nostalgie, amaury watremez, toi tu sais de quoi je parleVingt-cinq ans que Gainsbourg a cané.

    Pas besoin d'en faire des caisses, restent les chansons...

    C'est suffisamment classieux comme ça.

    Ci-dessous deux chansons de lui que j'aime beaucoup, pour différentes raisons que je ne développerai pas...

     

  • La Culture et la Droite actuelle

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    daumier_hono_6e51006050a9_persportrait_0_b6.jpgLa Droite actuelle, dans son ensemble, des « Républicains » au FN a beaucoup de mal avec la Culture toujours perçue comme un apanage des bourgeois se voulant de progrès, des « bourgeois pédagogues ».

     

    C'est un truc de « bobos » !

     

    Cela devient l'excuse de nombreux incultes de droite afin de justifier leur ignorance. D'aucuns, si une personne de leur camp affirme une appétence pour les Lettres, les Arts ou la Musique, évoquent également maintenant les « bobos de droite », des prétentieux, des vaniteux qui parlent de tous ces sujets pourtant nobles par orgueil c'est sûr et parce qu'ils en ont les moyens financiers. Accuser les « bobos » c'est la panacée ultime pensent-ils...

     

    Avoir une bibliothèque conséquente alors que l'on n'a pas fait d'études de Lettres, sortir au musée, au théâtre éveille aussitôt le soupçon et des corollaires inattendus. L'on suspectera aussi d'inversion sexuelle ou de libertinage et autres perversions infâmes le malheureux, la malheureuse sur lesquels on tirera au besoin quelques flèches acérées pour en rajouter...

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  • Reparti avec les oies sauvages

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    musique,chanson,delpech,amaury watremez2016 commence par la mort d'une figure de la France radieuse...

    Delpech est reparti avec les oies sauvages...

  • Souvenir pieux pour une parisienne

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    Au moins Johnny ne lui en donnera plus de la Série Noire... 


    Magali Noël "Fais-moi mal" de vian par chantalounette

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  • Le Crime de monsieur Lang

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    Philippe Muray sur la Fête de la Musique (après avoir vu passer la "Technoparade" toulousaine, une sorte d'anticipation d'un genre d'enfer à mes yeux)... 

     

    Merci au "pas grand chose" pour l'extrait...


    Fête de la musique, philippe muray, festivisme, société, jack lang, musique« (...) Notre monde est le premier à avoir inventé des instruments de persécution ou de destruction sonores assez puissants pour qu'il ne soit même plus nécessaire d'aller physiquement fracasser les vitres ou les portes des maisons dans lesquelles se terrent ceux qui cherchent à s'exclure de lui, et sont donc ses ennemis. A ce propos, je dois avouer mon étonnement de n'avoir nulle part songé, en 1991, à outrager comme il se devait le plus galonné des festivocrates, je veux parler de Jack Lang ; lequel ne se contente plus d'avoir autrefois imposé ce viol protégé et moralisé qu'on appelle Fête de la Musique, mais entend s'illustrer encore par de nouveaux forfaits, à commencer par la greffe dans Paris de la Love Parade de Berlin.

     

    Fête de la musique, philippe muray, festivisme, société, jack lang, musiqueJe suis véritablement chagriné de n'avoir pas alors fait la moindre allusion à ce dindon suréminent de la farce festive, cette ganache dissertante pour Corso fleuri, ce Jocrisse du potlatch, cette combinaison parfaite et tartuffière de l'escroquerie du Bien et des méfaits de la Fête. L'oubli est réparé. (...) »

    Extrait de la préface à la réédition de L'empire du Bien (1991) de Philippe Muray publiée en 1998 aux éditions Les Belles Lettres (réédité dans le volume "Essais")

  • Hommage à Michel Delpech

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    musique,société,michel delpech,amaury watremezMichel Delpech s'éteint doucement, c'était un chanteur populaire, un chanteur de "variétés", les grincheux, les imbéciles et les cuistres, les jaloux, les frustrés feront la fine bouche (soyons clairs, qu'ils crèvent). Avec lui c'est toute une partie d'un monde maintenant disparu, moins cynique, qui s'éteint aussi, hélas, petit à petit.

     

    Ce n'était même pas un chanteur "engagé", il était même plutôt catholique sur les bords à sa manière, parlant du divorce tel qu'il est et non tel que les bourgeois pédagogues le voient...

     

    Ses chansons que l'on connait tous, à chacun sa préférée, on les partageait dans des moments d'amitié où l'on ne savait pas que l'on était heureux, avant de tout gâcher comme des enfants gâtés qui cassent leur jouets. Et puis on l'écoutait ensuite pour s'en rappeler, comme un souvenir de bonheur perdu...

     


    Michel Delpech - La fin du chemin par Leroidukitch

  • La musique du « Genre » de Pino Donaggio

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    musique, cinéma, Genre, Fantastique, Horreur, Amaury WatremezDans les années 80, beaucoup des musiques des films dits « de Genre » les plus originaux ont été composées par Pino Donaggio, en particulier ceux de Brian de Palma, un des disciples d'Hitchcock, Joe Dante, un des maîtres de la « série B »caustique ou Dario Argento, artisan du « giallo »italien, ou encore Lucio Fulci créateur d'univers horrifiques. La bande originale de l'excellent, et terrifiant « Ne vous retournez pas » de Nicholas Roeg est également de sa plume inspirée.

     

    Affiche prise sur ce site

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  • Les Femmes c'est du chinois...

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    musique, gainsbourg, société, politique, littérature, amaury watremez"Les femmes sont extrêmes : elles sont meilleures ou pires que les hommes".

    Jean de La Bruyère

     

    Je n'ai pas exactement un physique de séducteur, avouons le.

     

    Je ne serai jamais un « play boy », n'en tirant ni gloire ni honte, ce dont je me fiche éperdument. Je n'ai même pas besoin de prononcer un mot pour provoquer des éjaculations de sottise chez de nombreuses personnes. Dans notre monde, il serait logique de me voir me mettre en ménage avec une femme me ressemblant ou alors d'être un célibataire se rencognant dans son coin sans faire de vagues tel un héros houellebecquien.

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  • Qu'est-ce qu'on attend pour être de gauche ?

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    politique,société,musique,amaury watremezDepuis quelques jours, je souffre d'insomnies. J'ai des douleurs de là à là (voir fig 1) mais aussi d'ici à ici (voir fig 2). Je n'ai guère le cœur à grand chose, et, je me sens comme un peu déprimé voire morose. J'ai donc consulté un médecin diplômé en psychanalyse et en peinture sur soie ainsi qu'en témoignaient ses diplômes encadrés aux murs de son cabinet afin de savoir de quelle affection je pouvais bien souffrir. Après auscultation et palpation en long en large et en travers, il a laissé échapper 

    :

    320px-Jean-Paul_Sartre_2.jpg

     

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  • Summer of Love and Money

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    A propos de « San Francisco 1965-1970 les années psychédéliques » de Barney Hoskyns, au « Castor Astral »

     

    image de la couverture, site de l'éditeur

     

    la photo de Haight Asbury dans les années 60 vient de là

     

    san%20francisco%20-%20copie.jpgQuand tu doutes d'une certitude entretenue et propagée par l'imbécile moyen sur une époque, tu passes aussitôt, ami lecteur, pour un esprit chagrin, un malveillant, un méchant. Dans ce livre, l'auteur, critique musical pour « Rolling Stones », démystifie, sans le détruire non plus, ce qui s'est passé durant le fameux « Summer of Love » et après, jusqu'à « Woodstock », le tout n'étant déjà finalement qu'une question de fric, et d'intérêts commerciaux. Il n'est guère que des initiatives comme celles des « Diggers » de San Francisco, ils distribuaient de la nourriture récupérée auprès de ou volée aux supermarchés, qui surnagent encore en 2014 dans l'océan de clichés de la représentation des années Soixante. Précisons que si j'écris cela, je reste persuadé que cette décennie, dans son foisonnement intellectuel, cinématographique, culturel et musical reste malgré les errements des uns et des autres autrement plus exaltante que les tristes années 2000 marquées par la vulgarité sans cesse plus marquée des aspirations individuelles et collectives.

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  • Le curieux parfum de désuétude de Lester Bangs

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    A propos de « Fêtes sanglantes et mauvais goût » chez Tristram, collection « souple »

     

    Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202014-06-14%20a%CC%80%2020.49.10.pngDans ce deuxième ouvrage paru chez Tristram en collection « souple » Lester Bangs évoque la contre-culture des années 70 à travers différents groupes de Rock et de Jazz, du début de la décennie jusqu'à sa mort dans les années 80, mort logique, Lester Bangs ne pouvait survivre aux années fric, comme Pacadis en France. Lester écrivait sans cesse, tapant sur sa « portative » chaque jour des milliers de signes, des phrases interminables dont il perdait parfois le fil (il n'était pas toujours bon, comme n'importe quel auteur), mais ayant cette passion de l'écriture chevillée à l'âme, au cœur, au ventre, au sexe et au cerveau. Inconsciemment aussi, comme tous ces ogres de la vie, il devait savoir qu'il avait peu de temps pour dire tout ce qu'il avait à dire, et le partager.

     

    Ce livre a pris un curieux parfum de désuétude, il sera lu certainement par des quadragénaires nostalgiques de périodes moins cyniques et des quinquagénaires encore idéalistes, car le monde a définitivement changé et pas dans le sens de plus d'humanité, de hauteur morale ou intellectuelle, un monde où l'imbécile moyen est persuadé que les gadgets parfaitement inutiles qu'il utilise le rendent « de facto » plus intelligent, plus intéressant :

     

    Aujourd'hui les gosses eux-mêmes ont accès à de l'ultra-violence immersive sur le Net qui n'a même plus la charge subversive qu'elle avait avant, et à tout le porno le plus abject qu'ils veulent en consultant Internet, qui n'a plus du tout la même charge transgressive. Le monde comme dans une gravure en creux que décrit Lester Bangs était plus naïf, plus candide, plus lumineux aussi. Les plus jeunes y exprimaient encore des illusions, les grandes personnes rêvaient d'un avenir meilleur pour leurs enfants, d'une société libre où l'art et la littérature auraient été accessibles à tout le monde, où l'art populaire aurait été aussi bien considéré que l'élitiste.

     

    De nos jours, ceux-ci ne pensent plus qu'à préserver leurs z-acquis sociaux, leurs rêves étriqués et petits bourgeois afin de continuer à consommer encore un petit peu avant le « flash » final qui finira bien par arriver un jour du fait de la sottise universelle. Et les idoles des « boîtes » mythiques,égéries de couturiers scandaleux en leur temps ou de photographes « arty », se marient avec des hommes d'affaires bedonnants, des bourgeois qu'elles raillaient auparavant mais qui ont gagné en quelque sorte, ou rêvent encore à leur jeunesse enfouie dans leur « deux pièces » de banlieue.

     

    Le rock-critique, qui publie dans « Village Voice » et « Creem », ne manque pas de lucidité, il l'écrit même à plusieurs reprises, le Rock est mort depuis longtemps et il y a peu de créativité, le peu restant étant le plus souvent récupéré à plus ou moins brève échéance par l'industrie de « l'entertainement » qui maintenant pousse le vice jusqu'à se passer complètement des velléités de création de tel ou tel artiste, le public appréciant le plus souvent d'écouter et réécouter encore les mêmes chansons, les mêmes morceaux, les mêmes scies, refusant de grandir, de mûrir, noyé dans un « complexe de Peter Pan » collectif, tout en étant soumis à l'arbitraire d'un système socio-économique particulièrement dur, engendrant un darwinisme social impitoyable parfaitement intégré et accepté par tous, à commencer par les plus jeunes certains que leur allégeance aveugle est obligatoire.

     

    Il décrit l'envers du décor de la musique populaire, les groupes « gothiques » et « satanistes » composés de braves types qui sont pour la plupart des sortes de « working class hero » restant finalement très moraux, entre autres dans le chapitre sur « Black Sabbath », Ozzie Osbourne n'est pas Anton LaVey qui était lui-même un gros malin flairant les naïfs et les crédules en jouant les satanistes de fête foraine, les icônes sulfureuses comme les « Stones » finissant par resservir après Altamont toujours la même tambouille vaguement sexuelle pour vendre aux naïfs, prétextant qu'un public trié sur le volet, donc payant plus cher, appréciera mieux leur musique, les « punks » qui finissent toujours par rentrer dans le rang, certains finissant jurés dans les émissions de téléréalité avec alibi artistique, pour le pognon. Le tout reste du divertissement, du « Show Business » plus ou moins faisandé.

     

    Il se pose aussi la question de ce qui est ou non de bon goût, s'il en existe un mauvais et s'il n'y a pas un « mauvais » mauvais goût pire que tout et un « bon » mauvais goût questionnement à l'instar de celui de John Waters dans ses films qui aime la « provoc » « tongue in cheek » avec un petit sourire en coin, assumant tranquillement d'être un « freak » infréquentable, tout comme Lester Bangs qui l'est dans un genre plus « hénaurme », totalement irrespectueux des us et coutumes imposés par les arbitres des élégances culturelles et des conventions sociales des « bonn'gens » esclaves conscients et volontaires par peur de sortir du troupeau consumériste.

     

    Le livre est aussi une forme d'autofiction où Lester Bangs se raconte et décrit la vie d'un sale type misanthrope et asocial uniquement intéressé par ce qu'il écrit ou lit. Il n'est pas tendre avec lui, pas le moins du monde complaisant ou sombrant dans un misérabilisme pleurnichard lorsqu'il évoque ses tribulations, contrairement aux auteurs germanopratins pour qui la sortie du « périph » c'est la jungle. Si la dérision est totalement incomprise, ainsi que toute tentative de second degré, en 2014, tout ce que l'on peut dire ou écrire étant pris au pied de la lettre, que dire alors de l'auto-dérision perçue à la fois comme une pathologie de type finalement orgueilleux et narcissique, et comme une faiblesse, comme un manque de confiance en soi.

     

    Je lis Lester Bangs en prenant des textes au hasard dans ses livres, c'est comme avoir une conversation avec un ami proche, de celles que l'on a au mitan de la nuit, quand l'alcool et la bonne chère, et l'amitié, vous aident à rester lucides et arrondir les angles d'une réalité tellement marquée par la médiocrité, la bêtise et la souffrance.

     

    Ci-dessous "Paranoid" une des chansons préférées de Lester...

     

  • Nouveau label à suivre - "AlmostPerfect"

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    musique,xavier watremez,robomusic,auteursXavier Watremez est passionné de musiques électroniques alternatives, de Rock (bien qu'il soit persuadé comme Michka Assayas que le Rock soit mort), de Trip Hop depuis son adolescence ce qui en France est rare. On aime bien les amateurs éclairés, les mélomanes qui sont dans les rails de goûts consensuels, de musiciens, toujours les mêmes consacrés partout dans les newsmagazines « kipensent », des « z-Inrocks » à « Télérame », idem à la télévision voire dans les radios d'où toute originalité semble bannie. De plus la plupart des musiciences français, souvent des petits garçons et des jeunes filles bien sages, de bons élèves bien proprets, se bornent à des reprises de titres mille fois entendus ailleurs démontrant leur méconnaissance des nouveaux mouvements « indés » qui comptent partout en Europe et aux Etats-Unis mais pas dans notre beau pays encore une fois.

     

    Depuis quelques mois Xavier a travaillé avec constance et persévérance sa production de titres mis en ligne sur youtube (voir vidéo ci-dessous), entre autres. Arrivant à un résultat qui le satisfait, et un travail important de tous les jours, il a créé son propre label chez « Reverbnation », AlmostPerfect et propose en téléchargement sur Amazon un de ses titres. Il prouve également que dans ce genre de musique, avoir un bon logiciel et du matériel cher ne suffit pas si l'on n'a pas le talent qui va avec, et que l'on n'est pas capable, contrairement à Xavier de « cent fois sur le métier remettre son ouvrage ».

     

     

    A ce lien le titre « She didn't deserve It » en version « Plain Remix »

  • Les enfants des années 70 et Patti Smith

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    patti_smith-mapplethorpe.jpgJ'ai lu aux éditions Tristram « Premiers écrits » de Patti Smith, qui complète le livre où elle raconte ses années 70 : «Just kids », que je trouve nettement plus intéressant pour ma part, car plus vrai, plus authentique. Et c'est aussi car je suis aussi un enfant de ces années, né en 69, grandi pendant toute la décennie qui vit les derniers feux des illusions des années 60 et du « Summer of Love », et aussi des « Trente Glorieuses », avant le cynisme des années suivantes, le fric tout-puissant et les bourgeois se trouvant quelques alibis « durables » ou « équitables » pour maintenir l'illusion de leur ouverture au monde et de leur soudaine conscience sociale.

     

    Patti Smith a plus la « carte » que les autres auteurs de ces années là : Pacadis et Yves Adrien, trop « électrons libres », trop indépendants, inclassables, ou que Hunter Thompson, le fameux « docteur Gonzo » qui n'en faisait qu'à sa tête quand il écrivait ses articles, trop incontrôlable, pas assez de cadres, pas assez de normes, pas assez scolaire. Patti connaît en effet les codes des milieux « kulturels » et « arty ». Elle sait ce qui leur plaît, ce qu'on peut leur vendre, elle a les mêmes références. Si l'on peut dire. Car il ne s'agit pas tant d'en avoir que de paraître les maîtriser...

     

    Elle est agaçante, arrogante, narcissique, une petite fille qui minaude en jouant les compagnes de poète maudit, mais au fond elle reste malgré tout attachante, beaucoup plus que les auteurs actuels, pour qui s'aventurer place Clichy est en soi une expédition, une aventure, qui pantouflent dans les émissions « littéraires » en assurant le spectacle côté « bon client », ou « bonne cliente »...

     

    Son livre est un recueil de fragments de poèmes, de prose, de chansons, écrits sur des nappes de restaurants, des feuilles volantes à en-tête d’hôtels de luxe que l'on feint de mépriser lorsque on est de ce milieu. Mais une fulgurance écrite n'importe où n'en est pas forcément une, que ce soit à jeun ou après quelques verres, fût-ce d'un bon alcool, ou après une « ligne » ou deux de poudre aux yeux dans les narines. Patti cultive son « louque » androgyne, son côté « grande liane » brune qui plaît à Robert Mapplethorpe, plate comme une limande, et un peu maigre entre Andy Warhol et François Hardy, icône des « gays » de fait, ce qui rajoute un « plus » non négligeable pour la « carte », les bourgeois se plaisant à verser dans le « kulturel » aimant à recenser les homosexuels parmi les artistes, les auteurs, les musiciens...

     

    Elle chantait aussi, elle chante toujours, mais je préfère Debbie Harry, ou Nico, ou Marianne Faithful, moins chichiteuses dans leur art, qui sont allées plus loin, au risque de se cramer définitivement, au risque de se perdre, contrairement à elle, qui maîtrise tout, comme beaucoup de filles minces comme elles, plus ou moins anorexiques.

     

    9782367190204FS.gifDurant toute notre enfance, toute notre adolescence, on nous a dit, comme Patti Smith, que tout était possible, que le monde était à nous, que rien n'était interdit, que nos désirs étaient tous légitimes, que nous pouvions, que nous devions nous libérer du passé, en faire table rase ; ceux qui le disaient sachant très bien que le temps des rêves grandioses était déjà terminé. Et puis il y eut la Crise durable, structurelle, le chômage de masse, le SIDA et le retour volontaire et assumé à la docilité la plus abjecte de la génération juste après la nôtre, qui préférait et préfère toujours, à de rares exceptions, fermer sa gueule et courber l'échine pour conserver quelques temps encore quelques acquis anciens, et facilités de consommation diverses.

     

    Ci-dessous une chanson qui illustre bien ce que je ressens quant aux années 70

     

    image du haut prise sur ce blog

     

    image du bas prise  sur le site de decitre

  • La nostalgie camarade... Amaury Watremez

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    3021104296_1826970ded.jpg

    Gainsbourg et Anne Karina, image prise ici

    Aujourd'hui je déménageai un piano, j'ai songé en le faisant à la chanson de Gainsbourg, « le charleston des déménageurs de piano », coïncidence, c'était le jour anniversaire de sa mort. Gainsbourg était le tonton alcoolique qui dit des gros mots que l'on invitait à la télévision giscardienne pour faire rougir les dames et rire les messieurs, et amuser les enfants qui reconnaissaient en lui l'un des leurs, un gamin de Montmartre, de « Paris-Pantruche », où l'on dit « son fait au nanti, sa fatuité au bourgeois, sa sottise au pontifiant » dixit « Forain », un autre gosse de la « Butte », un peintre, comme Gainsbourg...

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  • Stromaé Brel de hard-discount

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    Stroma%C3%AB_310.jpgJe le sais c'est très mal de dire du mal d'une icône, je n'aime pas du tout Brel auquel je préfère les textes et les musiques de Gainsbourg apparemment plus léger, plus cynique aussi, et plus futile mais plus élégant, je parle ici d'élégance morale ami lecteur.

     

    Ce n'est pas que je lui dénie son talent à Jacques De Bruxelles, je le reconnais mais Brel c'est un genre de poésie de « curé progressiste », ainsi que le surnommait Suzanne Gabriello, une de ses amantes, pour qui il a d'ailleurs écrit « Ne me quitte pas », réputé la scie amoureuse ultime, à laquelle je préfère pourtant tout l'album « Melody Nelson ».

     

    J'ai vraiment du mal avec l'écriture de Brel et ses mélodies hormis quelques chansons dont celle qui dit avec raison que « les bourgeois c'est comme les cochons plus ça devient vieux plus ça devient (c...on)», « Mathilde est revenue » ou sa chanson nostalgique, gaie et ironique sur la pluie tombant sur les grands boulevards à Paris.

     

    Stromaé (Maestro en « verlan »), a.k.a est belge, il chante un genre de « slam » - « rap » - « chanson réaliste » avec l'accent, on ne sait pas trop quoi, donc on le fait passer pour un genre de Brel « nouvelle vague ». C'est un rejeton de la bonne bourgeoisie belge, fût-elle « diverse » qui fait parler de lui dans la presse « pipeaule » du « plat pays » de temps en temps, notamment pour ses amourettes avec une « Miss » belge qui ne l'était pas, plate...

     

    Comme en plus il est métis, « issu de la diversité », c'est encore mieux même si il faut lui reconnaître cela, il n'en joue pas trop de sa « diversitude », rajoutant bien sûr à son personnage un zeste d’ambiguïté sexuelle qui plaira au « bobo » qui se croira pour un quart d'heure un peu l'homme du XXIème siècle, un type ou une femme drôlement con-cerné-e par la pauvreté, la mort, la méchanceté, et toute cette sorte de choses.

     

    Son « Fô-or-midable » on l'entend un peu trop partout, sur tous les tons, et comme c'est dans le vent de s'esbaudir, on s'esbaudit pour faire comme tout le monde car tout le monde aime et surtout ne pas sortir du troupeau, un peu comme pour « Zaz » (TM°) qui n'aurait même pas pu faire chanteuse de « goualante », car elle n'a pas non plus de personnalité.

     

    Stromaé chante le malheur, les pères absents, les types alcoolos un peu paumés, c'est tellement authentique trouvera le bon peuple qui aime bien la misère quand elle est enrobée d'un peu de sucre, car au fond Stromaé rajoute beaucoup de sucre, à un point que ça en est un rien indigeste. Le public pleure ainsi des larmes de crocodiles, car le malheur, la pauvreté, dans la vie, il s'en fout, il préfère qu'on la repeigne couleurs « chromo », qu'on la ripoline avec des bons sentiments.

     

    Il verse quelques larmichettes et puis il pense à autre chose, dont à lui d'abord et avant toutes choses.

     

    Comme ce qu'il chante est très noir, l'auditeur s'imagine ce que c'est adulte alors que ça l'est autant que l'imaginaire fantasmatique de n'importe quel ado mal dans sa peau, et tout aussi immature et narcissique qui s'imagine que ses petits tracas sont au centre du monde.

      

    Bien entendu, il combat des causes drôlement courageuses à notre époque comme le racisme, l'homophobie ou le sexisme ce qui lui vaut l'admiration de sa crémière et des éditorialistes des z-inrocks ébaubis par tant d'audace quant au choix des combats et du messââge. Des messages il y en a plein les journaux, et c'est plus efficace de s'adresser aux « P et T' pour les envoyer, il ne peut donc que sombrer dans la banalité, le « maestro », ça tombe bien la banalité, la société actuelle adore...

     

  • Voeux pieux

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    Un morceau -normalement- apaisant à destination des malfaisants, des malveillants, des envieux, des jaloux, des cyber-flics, des concierges, des commères, des boutures de commissaires politiques et autres cloportes dans une vaine tentative, j'en ai bien conscience, de les inciter à cesser d'emmerder le monde et en particulier ton serviteur, ami lecteur., de se nettoyer la tête de  tout ce qui l'encombre..

     

    Qui sait ? Cela fonctionnera peut-être...


    En attendant, je vais lire un bouquin sur le "transat" qui m'attend sur la plage et bientôt j'irai plonger dans les vagues au loin et nager vers le Sud...

     

    "Europa" de Santana par Gato Barbieri...

  • Mes films musicaux excentriques

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    Il y a deux films, qui sont musicaux, deux films excentriques qui sont presque des comédies musicales, qui sont parmi mes films préférés : "All That Jazz" de Bob Fosse et "Phantom of the paradise" de Brian de Palma (le fantôme du paradis au sens littéral, au sens figuré et même par dérision, et le fantôme du paradis qu'est notre société libérale libertaire spectaculaire).

    Deux films qui sont dans un rapport émotif au monde, sensible et lucide.


    Phantom of Paradise - Somebody Super Like You par Tushratta

  • Peut-on être un "fils de" et avoir la "wock and woll attitude" ?

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    à propos d'Antoine de Caunes éternel adulescent et de son « Petit dictionnaire amoureux du Rock »

     

    9782266239929_1_75.jpgJe ne saurais pas vraiment prétendre à une culture musicale vraiment étendue en Rock ou en Pop et ses rythmes sauhauvage, ce dont je me fiche complètement détestant les morceaux à écouter obli-ga-toi-re-ment pour être considéré comme un connaisseur tout comme j'ai horreur des livres ou des films réputés obligatoires, qui me donnent envie de rendre mon « quatre-heures ». On peut s'embêter devant un « classique » réputé et avoir beaucoup plus de plaisir à regarder une « série B » dédaigné par les fines bouches mais beaucoup plus intéressante du point de vue filmique. On peut s'ennuyer comme un rat mort à lire un livre réputé incontournable.

     

    Mais cependant j'aime bien la plupart des livres américains ressortant de ce genre un peu fourre-tout qu'on appelle « l'écriture Rock », et dans lequel on trouve aussi bien Lester Bangs qu'Hunter Thompson, Greil Marcus ou Nik Cohn, Pacadis dans une certaine mesure en France, ou Yves Adrien, chacun de ses auteurs parlant de beaucoup plus de choses que de musique, tous des trublions, des auteurs à la réputation d'« allumés » car hors normes, hors de sentiers battus qui n'avaient pas besoin d'arroser le public de crème « Chantilly » (TM°) pour prendre le genre « punk » (TM°).

     

    Ces écrivains ont tous la passion des lettres et de l'écriture, du mot juste, une sensibilité à fleur de peau, surtout de la sottise du temps, et l'ambition démesurée de parler de leur époque dans tous ses aspects dans leurs livres en prenant la musique populaire comme prétexte. Si d'aucuns parmi eux ont mis en pratique le « Sex, Drugs and Rock and Roll », ils y rajoutaient l'addiction coupable, de nos jours, aux livres. La plupart n'était pas de ces « jeunes gens réalistes » et songeant surtout à leurs intérêts, leur bobine en première page et l'état de leur compte en banque.

     

    Ils se fichaient pas mal de leur réussite sociale ou d'être considérés dans leur quartier. Ils avaient envie d'exprimer ce qu'ils ressentaient avec justesse et sans forfanterie. Ecrire ou lire n'étaient pas pour eux un divertissement entre deux jobs, entre deux missions d'intérim de luxe (présentation des Césars etc...).

     

    Pour de Caunes, qui reste au fond un bon élève d'écoles privées de province se rêvant révolté z-et rebelle, c'est important, tout comme le pognon qui va avec. Il est de ces premiers de la classe sûrs de lui qui passerait aisément pour un révolté ou un mauvais sujet auprès des participantes de « rallyes » de pensionnaires de Sainte Marie de Neuilly (TM°) ou de la « Légion d'Honneur » (TM°) de Saint Denis qui s'aventurent parfois à danser avec des mauvais sujets pour toutes finir par épouser un brave type « droit dans ses bottes ».

     

    J'ai parcouru malgré tout avec intérêt son « petit dictionnaire amoureux du Rock » qui à côté de ces auteurs qui sont ses modèles est bien sage, bien lisse, et bien scolaire, se cantonnant à parler surtout de musique et rien d'autres et en parler sans la folie de ses prédécesseurs, avec une application agrémentée de deux ou trois potacheries qui ne font guère illusion.

     

    Comme si au fond cette potacherie un peu gênante quand on a passé la cinquantaine était surtout une manière de faire oublier qu'il est un « fils de » et un privilégié du système, de s'en consoler.

     

    De Caunes n'est jamais aussi bon, si l'on ose dire, qu'en « passe-plats » koule et décontracté qui met en valeur le talent -des autres-, ou du moins leur supposé talent. Il le raconte lui-même, s'il a fait de la télévision et n'a pas persévéré musicalement comme batteur, c'est parce qu'il n'avait pas la toute petite étincelle qui donnent à la banalité un autre éclat, transforme un musicien de fêtes paroissiales ou de comices agricoles (plus rare) en génie de la musique « wock ène wolle » et de la transgression, un spécialiste du « travail du négatif ».

     

     

    Note, ami lecteur, que ce n'est parce que je trouve quelques circonstances atténuantes à de Caunes, qui m'a laissé quelques bons souvenirs télévisuels dans les années 80, que je vais commencer à regarder « le Grand Journal », la tribune officielle de la France « kipense » dans le bon sens, d'Augustin Trappenard, l'alibi « culture » à Jean-Michel Apathie qui a su garder sa simplicité et son accent basque.


    couverture empruntée ici sur le site du Furet du Nord

  • Un petit hommage à Lou Reed

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    Lou+Reed+loureed.jpg

    portrait pris sur ce site


    Lou Reed, auteur d'un de mes chansons préférées, voir ci-dessous, vient de mourir.


    ("Comment ??? Quoi ??? Un catho réac sur la liste noire de plusieurs médiathèques normandes ; aimer Lou Reed !!???")


    Et pourtant...


    (je suis à peu près certain il est vrai que les responsables départemental-les ou nationales des missions pour l'égalité des genres n'ont jamais entendu parler de lui)

    Sight...Sight...

    "So hey sugars take a walk on the wild side"

  • Ma ballade avec Johnny-Jane

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    littérature, musique, société, Gainsbourg, musiqueJe connaissais Gainsbourg depuis mon enfance. A la télévision dans les émissions des Carpentier des années 70, ces grands shows télévisés pleins de paillettes, qui avaient toujours un côté un peu naïf, bricolé, mais tellement moins cyniques que les émissions d'« entertainement » actuelles qui visent surtout à profiter de notre temps de cerveau disponible, il était l'oncle de la famille mal rasé, mal fagoté qui sort des horreurs, fait rire les gosses et rougir les dames, un gosse finalement.

     

    Cette année là je m'étais acheté un de ses albums dans l'intention de le redécouvrir, et aussi par nostalgie de mon enfance. Dedans il y avait les chansons que j'avais le droit d'écouter quand j'étais petit garçon et celles qui m'étaient interdites. C'était surtout à cause de ma curiosité d'entendre précisément celles-ci que j'avais acheté le disque. « La ballade de Johnny-Jane », tirée du film « Je t'aime moi non plus », avec des paroles rajoutées plus tard par le chanteur, faisait partie de ces morceaux « sulfureux » qu'il contenait. Gainsbourg venait de renaître à la chanson au Casino de Paris, il avait ralenti sa consommation de clopes et d'alcool, prétendait-on.

     

    Le fait est qu'il avait retrouvé un plaisir communicatif à cet "art mineur" de la chanson et que cela se ressentait.

     

    Ce fut ensuite un peu comme dans une nouvelle de Borgès où un alphabet jusque là inconnu finit par se retrouver dans le monde entier, dans les signes sur les murs ou dans le ciel, dans des livres et les conversations, j'entendais cette ballade partout, dans les grands magasins parisiens, ou dans les couloirs du métro à Saint Lazare jouée par la radio d'un mendiant avec son chien qui avaient élu domicile tous les deux à un embranchement de tunnels. Habituellement pourtant il préférait Brassens.

     

    A l'époque, les passants qui passent n'avaient pas constamment le nez collé à leur téléphone dit portable pour se donner une contenance et ne pas voir ceux qu'ils croisaient. Et face à la gare, plutôt qu'une galerie commerciale aseptisée, bien propre et accessible pour toute la famille, les voyageurs traversaient un de ces passages couverts « art déco » qui par leur décor faisaient voyager les rêveurs qui les empruntaient dans un roman de Jules Verne. Il y avait des bouquinistes cachés derrière les volutes des escaliers métalliques, des bistrots minuscules et animés, où tous les milieux se mêlaient derrière des vitrines couvertes d'anciennes affiches pour des bals populaires où bourgeois et « apaches » se disputaient les faveurs des mêmes femmes. On n'y trouvait pas des petits bourgeois en quête de "lothentique".

     

    Il y avait deux tapineuses à l'entrée, deux fausses blondes avec des cheveux en « choucroute » montant très haut plus proches d'une « madame Mado » à l'ancienne que des compagnes d'un soir tarifées d'anciens directeurs du FMI. Elles faisaient partie du paysage, elles étaient rassurantes en quelque sorte. Elles interpellaient les gamins qu'elles connaissaient depuis leur enfance, dont moi, et leurs parlaient comme des tantes un peu excentriques qui donnaient des conseils de bonne vie et mœurs en fausse fourrure léopard et talons aiguilles.

     

    Et puis j'ai rencontré Johnny-Jane à l'université, enfin ma propre Johnny-Jane, une jeune femme aux cheveux auburn, aux yeux gris, ayant un physique de femme-enfant non comme Jane Birkin, mais plutôt comme Anna Karina dansant sur « Ne dis rien » avec Gainsbourg. Je me serais noyé dans ces yeux gris, c'est d'ailleurs ce qui finit par se passer. Elle aimait Paris aussi intensément que moi.

     

    La première fois que nous nous sommes donnés rendez-vous, au « Printemps » non loin de là, la ballade passait dans les hauts-parleurs. Pendant qu'elle cherchait un parfum à sa convenance et des habits à son goût, robe, et parures affriolantes, nous badinions gentiment et je me laissais enivrer par les effluves capiteuses des « eaux » de Guerlain ou de Givenchy qu'elles affectionnaient, et aussi le vertige délicieux d'attendre derrière le rideau très fin d'une cabine d'essayage que je finis par entrouvrir ce qui ne la troubla pas outre mesure. Baguenauder dans un grand magasin parisien, avant qu'ils ne deviennent des « duty free » géants pour touristes fortunés, ce n'était pas du consumérisme, c'était une partie d'un monde maintenant disparu à tout jamais et un art maintenant perdu.

     

    J'étais un peu le Gainsbourg de ma Johnny-Jane, elle me reprochait parfois d'être légèrement cynique et un peu trop acerbe, elle croyait en l'homme, moi toujours pas, et en l'avènement d'une universelle bonté, elle aurait voulu refaire le monde et moi je voulais seulement être avec elle. Elle était de celles qui veulent tout et son contraire, les plaisirs hédonistes qu'elles estimaient petits bourgeois et la justice sociale pour tous. Moi je prenais mon amour pour elle au sérieux.

     

    Étant deux natures compulsives, deux ogres ne pouvant se satisfaire du quotidien et d'une petite vie routinière, nous avions fini par ne plus pouvoir nous passer l'un de l'autre et rêver d'une passion comme dans « Belle du Seigneur » ou « la Recherche » de Proust. Elle m'accompagnait jusqu'à mon train de retour vers la province morne et sans vie, nous discutions des heures durant dans la buvette de Saint Lazare de littérature que nous aimions passionnément tous les deux, un de ces endroits magiques promesses d'évasion déjà. Il y avait bien de la poussière sur les piliers en acier et leurs rivets, mais nous n'en avions cure, cela donnait un cachet de mystère au lieu qui lui rappelait alors des scènes de « la double vie de Véronique ». Nous n'arrivions pas à nous séparer ce qui agaçait notre entourage.

     

    littérature,musique,société,gainsbourgQuand elle était avec moi ma Johnny-Jane était pour moi tout seul vraiment elle-même. Quand elle était avec ses amis, elle devenait alors dure et sans pitié, insensible et superficielle comme une « Roller girl » de bas étage. Et puis, je discernais derrière ce masque, par instants, son désarroi à jouer ainsi un rôle qui n'était pas elle. Je ne voulais pas d'une ingénue évaporée en robe diaphane telle qu'on les voit dans les contes, j'aimais sa lippe de petite fille quand elle n'était pas d'accord, et son regard droit dans les yeux et naturellement insolent quand elle pensait que je disais une sottise.

     

    Elle était chez elle partout, restant élégante et urbaine qu'elle soit dans un caboulot populaire de Ménimontant ou dans une soirée réputée plus élégante. Et malgré toute mon ironie, mes blessures et mon amertume face à mes congénères, et moi-même, je continuais à me perdre dans son regard. Et puis un jour, ma Johnny-Jane à l'Amour a préféré les décharges morales que survolent des mouches cantharides d'un style douteux, se donnant des prétentions libertaires....


    photo prise sur ce blog


    Ci-dessous la chanson de Gainsbourg


    Gainsbourg.hey Johnny jane par zorore0

  • Positivons pour la Fête de la Musique !

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    musique,bruit,boucan,tapage,politique,sociétéA Évreux, je suis verni comme tous les habitants du centre-ville imposables. La frénésie des fêtes organisées gràce à nos contributions montrent clairement et concrètement que celles-ci sont donc bien employées. A-t-on réellement besoin de refaire les chaussées ou les trottoirs, ce qui encourage certes les gens à marcher, à faire du "trek" en pleine ville on me dira....

     

    Dans ma bonne ville j'ai donc vraiment bien de la chance, la semaine dernière, en centre-ville, il y avait l'anniversaire des trente ans du « Rock dans tous ses états » (chouette c'est dans dix jours que ça commence), le festival du drogué bourgeois et du rebelle mondain le plus important de France, et quelques dizaines de groupes amateurs ont défilé sur la scène mise en place à leur intention sur un parking derrière l'hotel de ville :

    du Rap rebelle (t'ââs vu?) (les chanteurs, si j'ose dire, avaient des cââpuches et tenaient les micros comme des « joints »), du Rock « garage » voire « grundge » (du son sursaturé, paroles super transgressives « tu voâs ») et de la « world miousique » fusionnelle (en gros du zouk avec des paroles à connotations super importantes sur le racisme qu'est pas beau, la violence qu'est pas bien etc...), le tout dans des vapeurs de foin exotique de Colombie, des indes, du Liban ou du Maroc et les effluves délicates des merguez grillées.

     

    Grâce à dieu, les réjouissances ne se sont pas arrêtées avant une heure du matin, les stands ayant été démontés fort heureusement juste après, et ce jusqu'à trois heures du matin. Après, les esprits chagrins, les critiques aigris et méchants ont pu dormir tout leur saoûl.

     

    Deux semaines auparavant, nous avions eu le bonheur de célébrer dans le centre-ville, encore une fois, la fête de la Fraternitude, pardon de la Fraternité, d'Évreux. Les baraques représentant différents pays, et leur culture, habits traditionnels et musique, voisinaient avec les scènes musicales de musiques folkilorique aussi variées que celles d'Écosse (une dizaine de joueurs de cornemuses, que des joeueurs de « tam-tam » traditionnels d'Angola, tous en tenue traditionnelle sous le ciel magnifique de Normandie, qui est célébrée dans le monde entier pour sa météo ensoleillée). Considérant l'odeur de friture qui recouvrait cette fête merveilleuse, on pouvait alors prendre conscience de l'universalité de l'homme, de son unicité, tout le monde ayant sur ses habits les mêmes parfums délicats des huiles de cuisson et du gazoil faisant tourner les groupes électrogénènes destinés à fournir de l'électricité aux différents participants à ses stands.

     

    Bien entendu les quelques pays représentés étaient quasiment tous des dictatures sanguinaires, mais il n'a jamais été question des manquements aux droits de l'homme dans ces contrées afin de ne stigmatiser personne. Et il était question de Fraternité et non de Lucidité, enfin quoi.

    Un temps pour tout...

     

    Aujourd'hui, ô joie, ô félicité, ô bonheur, c'est la « Fête de la Musique » à Évreux, populaire tout comme la « Fête des voisins » qui permet à des personnes qui ne s'adressent jamais la parole pendant l'année de vérifier les ragots et bruits de couloir qui circulent sur les uns et les autres tout en leur souriant hypocritement en partageant avec eux une part de quiche surgelée à deux euros quatre vingt dix de chez Super U (TM°), « pour le prix vous verrez c'est très bon » et de l'apéritif pétillant à la pèche à deux euros cinquante, mais « délicieux je vous assure », du même fournisseur en attendant en dessert une part de flan :

    le joyeux célibataire qui travaille dans la culture et le divertissement, forcément homo, la vieille fille du troisième, qui cache bien son jeu, c'est sûr, le jeune couple du deuxième, qui a trois enfants en bas âge qui font quand même du bruit allez, le chômeur du Rez de chaussée qui trafique c'est sûr...

     

    La « Fête de la Musique » permet au béotien moyen, au sans grade de l'esthétisme et de la culture, d 'imposer ses goûts déplorables à tout le monde pendant au moins une journée par an tout en se poussant du col et en se mettant en avant, invoquant l'authenticité de sa musique pour se faire pardonner sa nullité crasse au niveau du solfège et de l'harmonie.

     

    Alors certes le méchant misanthrope, le vilain réactionnaire qui dit du mal de ses réjouissances, de la performance d'un prof à barbe "CAMIF" et sous-pull, chantant ses textes en s'accompagnant à la guitare sèche au "métalleux" de fond de cour, doit prendre son mal en patience, à moins de péter un fusible et de monter sur une tour avec un fusil à lunettes. Le pauvre ne connait pas son malheur, il ne sera jamais festiviste, ne baignera jamais dans le confort de la foule, de l'instinct grégaire béat...


    Ah, quelle tristesse ce serait s'il pleuvait ce soir !


    image prise ici

  • Lester Bangs aurait-il aimé les années 2000 ?

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    Article paru aussi sur Agoravox

    Comment ? Quoi ? Comment ? Est-ce possible ?

    musique, littérature, amérique, rock, "sex, drugs and rock and roll"Un catho, « anar de droite », qui écrit sur un auteur qui a noirci des centaines de pages sur des groupes de « glam rock » décadents, jouisseurs et hédonistes frénétiques se maquillant pour certains comme des camions volés ?

    Dans quel monde vivons-nous ma bonne dame ?

    Dans quel monde vivons-nous si même les méchants se mettent à apprécier ce genre de littérature dans la lignée de Nik Cohn, Hunter Thompson, Nick Tosches ou Greil Marcus ?

    Beaucoup comparent le style de Lester Bangs aux « écrivains-poncifs » habituels des écrivains révoltés américains :

    Burroughs, Bukovski, et Kerouac.

    Avec Bukovski, la comparaison a un intérêt réel, pour les deux autres c'est moins certain. Lester Bangs n'a jamais prétendu être un théoricien de la rébellion adolescente, ou post-pubère, comme Kerouac et n'a jamais joué à « Guillaume Tell » avec son épouse.

    Personne n'a jamais songé qu'il y avait surtout en lui de l'Ignatius J. Reilly, le personnage principal de « la Conjuration des imbéciles », en version post-moderne et « punk », terme que le critique rock invente en 1973 pour désigner une esthétique du négatif, du laid, un amour joyeux du pas esthétiquement correct, le tout exprimé en un joyeux bordel de mots.

    Lester Bangs qui plus est qui a participé activement à la plupart de ces bacchanales ce qui aggrave son cas aux yeux des « bigots » de tout ordre, y compris ceux de l'« hygiéniquement correct ».

    Je suis à peu près sûr qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour, qu'il buvait sans trop de modération et fumait des substances prohibées.

    Ces tenants de l'écriture « Rock » se signalent tous par leur style toujours vif, puissant et sans concessions. Ce n'est pas tant le fait qu'ils soient encore à la mode dans les milieux culturels qui pensent, qui les révèrent également comme des modèles de rébellion (les « z-inrocks » adore), en bons « enfants sages » qu'ils sont, qui rend ces écrivains intéressants, mais leur travail littéraire souvent remarquable.

    Lester Bangs est né en 1948, mort en 1982, une vie très courte marquée le « Sexe, beaucoup, Drogues, beaucoup aussi et Rock and Roll, énormément », et aussi et surtout par l'écriture qui est pour lui sa respiration et une raison de vivre. Quand il meurt, peu après la fin des lascives années 70, il avait de nombreux projets d'écriture, dont on retrouve quelques ébauches dans « Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués », recueil de textes choisis et ordonnés par Greil Marcus, et que les éditions Tristram ressortent en collection « souple » (Que le Tout Puissant, le Très Haut, le Miséricordieux les protège dans sa bienveillance infinie !).

    Il publia cent-cinquante critiques dans « Rolling Stone », la bible du « hype » dans les années pré et post « Summer of love », entre 1969 et 1973. Il fut viré pour « irrespect des musiciens », qu'il n'hésitait pas à critiquer alors que la plupart à l'époque avait un statut de quasi-dieu vivant, d'idoles largement au-dessus du commun des mortels, dont « Led Zeppelin », qu'il déteste cordialement, contrairement à Lou Reed qu'il admire.

    Il raille les icônes en plastique, formica et chromes, colorées agressivement, prétendant remodeler le monde selon leurs chansons alors qu'il ne s'agissait toujours que de commerce et de vendre un maximum de « vynils », « vynils » qui reviennent à la mode selon la mode « vintage » consistant à acheter beaucoup plus cher des objets populaires dans notre enfance et maintenant introuvables, et pour cause .

    Il se permet d'être caustique, sarcastique et le plus souvent pertinent sans se soucier des conséquences. « Rolling Stone » l'a viré car à force de dézinguer les groupes qui faisaient fonctionner le tiroir-caisse, la revue aurait pu finir sur la paille, les maison de disques « pour jeunes » ne tolérant que très modérément l'insolence et l'indocilité. Il égratigne même les icônes absolues, comme Janis Joplin, écrivant sur sa mort par overdose :

    musique, littérature, amérique, rock, "sex, drugs and rock and roll"« Ce qui est dérangeant n'est pas seulement le fait que ce genre de mort prématurée soit devenu un fait de la vie, mais qu'on l'a accepté en tant que donnée tellement rapidement ».

    il pourrait exactement tenir les mêmes propos pour Amy Winehouse ou Kurt Cobain, ou lui, mort jeune comme un autre auteur indomptable des années 70, Alain Pacadis...

    « Rolling Stone » existe toujours, elle est toujours lue par les participants de l'été de l'amour, les vieux combattants du Larzac, les anciens « hippies » qui sont tous devenus pour la plupart des libéraux-libertaires communs. Maintenant dans « Rolling Stone », on parle de Rock et de cinéma comme mon grand-père.

    A partir de 1973, « Creem », revue musicale de Détroit publiée jusqu'en 1988, l'accueille dans ses pages et lui laisse une liberté quasiment absolue, parfois même Bangs publie des articles d'une trentaine de pages. Il s'inscrit dans le « gonzo-journalisme » car il mêle à ses critiques des considérations et récits d'épisodes qu'il prétend auto-biographiques tout comme le faisait Hunter Thompson.

    La lecture des textes de Lester Bangs montre également de manière éclatante que la société a changé, et pas dans le bon sens, vers plus de liberté, plus d'indépendance. Les temps sont à la simplification, aux esprits positifs coûte que coûte, qui ne veulent simplement pas voir le monde tel qu'il est, à l'humanitarisme bien léger, bien mollasson mais suffisant pour se donner bonne conscience, à la dérision cadrée, à l'insolence minimale.

    Lester Bangs aurait détesté les années 2000.

    Illustration du haut prise sur le site "jungle key"

    Illustration du bas prise sur le site de la librairie "Mollat"

  • Dave Brubeck mort avec l'ancien monde

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     Dave Brubeck vient de mourir à un âge avancé. Considérant ce qu'évoque sa musique, qui est celle d'un monde perdu, avant le consumérisme, avant les réseaux sociaux et le narcissisme généralisé, je pensais qu'il l'était depuis plus longtemps, mort avec cet ancien monde et ses reliques, parti vers un Sud rêvé, là où la sottise moderne est moins pregnante.

    musique, littérature, politique, sociétéIl jouait avec ses musiciens, dont Paul Desmond un Jazz élégant qui a la couleur du monde tel qu'il était avant, un Jazz faussement léger, faussement désinvolte qui empruntait aussi à la musique classique des petites touches comme le faisait Duke Ellington ou plus tard John Lewis au sein du « Modern Jazz Quartet » qui s'inspirera de Debussy ou Satie pour plusieurs thèmes, eux-mêmes ayant fortement pris au Jazz, l'un pour sa version orchestrale de « Jack in the box » par exemple, l'autre pour une ou deux de ses « Gnossiennes ».

    Les morceaux les plus connus du « Dave Brubeck Quartet », « Blue rondo à la Turk », « Take Five » évoquent des plaisirs enfuis, un hédonisme tendre, inquiet du temps qui passe, des bonheurs enfuis définitivement, un hédonisme passé de mode, l'individu hédoniste étant actuellement irrémédiablement condamné et voué aux gémonies s'il ne se soucie pas de développement durable, de décroissance, de post ou de trans-humanité ou de son nombril et de l'image qu'il en donne.

    Goûter simplement son humanité, ce à quoi encourage la musique de Dave Brubeck, qui se cache non pas dans les déclarations ronflantes et grandiloquentes mais dans tout ce qui est considéré comme futile, est maintenant interdit par les belles consciences qui se piquent de gravité constante.

    La musique, la littérature, le cinéma se doivent d'avoir une utilité sociale, faire passer un message, un exemple, mettre en valeur la personnalité de son auteur ou des grands personnages et surtout à ne pas encourager l'hédonisme.

    Le moindre comique télévisuel vulgaire se flatte maintenant d'avoir quelque chose à dire, que son trublionage est important, qu'il a une signification. Ils sont peu nombreux à vouloir « simplement » faire de la littérature, de la musique ou du cinéma, les prétentions deviennent la condition « sine qua non ».

    Ainsi qu'on le sait pourtant :

    « la gravité est le bonheur des imbéciles », comme l'écrit Nietzche (à moins que ce ne soit mon beau-frère).

    Écouter ne serait-ce que ces deux morceaux c'est rêver à des femmes pulpeuses ou pas, femmes solaires des années 50 ou « femmes-enfants » des sixties, toutes habillées comme Audrey Hepburn, Marylin ou Grace Kelly, de tailleurs « Chanel », d'une robe « Givenchy », coiffées de chapeaux « Balenciagga » immenses, des hommes en costume strict, cigarette ou verre d'alcool fort à la main, des voitures chromées et dangereuses.

    Dans les films de cette époque, tout le monde fume, tout le monde adore conduire, les hommes sont virils, les femmes sont encore féminines.

    En nos temps d'hygiéniquement correct, de bien pensance généralisée, de théorie du « Gender » omniprésente, ne serait-ce que se laisser aller à une innocente rêverie sur tout cela est une sorte de crime de la pensée, crime grave tout comme la nostalgie de nos jours.

    Musicalement, les puristes trouvent que Dave Brubeck est moins intéressant que les autres musiciens de la même période car jouant des lignes plus mélodiques, plus faciles que les œuvres de Monk, Charlie Mingus ou Miles Davis qui peuvent heurter des oreilles peu exercées aux dissonances (ce qui n'est pas le cas de l'auteur de l'article qui s'il aime Dave Brubeck aime aussi tous les autres musiciens cités).

    Ce n'est pas plus facile, c'est juste autre chose, une manière différente d'interpréter le Jazz, et de plus, Dave Brubeck n'était pas afro-américain, on ne pouvait donc pas rajouter à l'appréciation de sa musique des considérations plus ou moins fumeuses sur la ségrégation ou le racisme, surtout énoncées pour mettre en valeur celui qui les balancent et non la musique qu'il prétend apprécier.

    illustration prise sur ce site

    Ci-dessous "Blue Rondo à la Turk" et "Take Five"