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modernité

  • Si peu de sourires...

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    220px-JDV_park.jpgJe prends le train de banlieue pour me rendre au travail quotidiennement depuis quelques semaines. Cela m'a rappelé cette constatation d'un ami allemand il y a quelques années. Il avait ressenti une profonde tristesse chez les voyageurs, il avait ressenti un pays allant mal, ne se sentant pas bien dans ses baskets. C'était il y a plus de vingt ans déjà. Et la tristesse s'est encore plus enracinée :

     

    Celle regardant le plan du métro ou du réseau pour la énième fois comme avec passion -feinte- est toujours là, elle le relit encore et encore en attendant sa station pour éviter de regarder le voisin,

     

    Le bureaucrate en costume de garçon de café, le pantalon un peu court et les socquettes un peu trop blanches, la veste un rien étriquée, contemple toujours le plafond, ou se plonge sans le lire dans le journal gratuit distribué près des bouches de l'Hadès de la routine qu'il emprunte chaque matin,

     

    Les gamins pour dragouiller, pour séduire même maladroitement, n'essaient plus de soutenir le regard de leur petite amie, de se plonger avec délices dans ses yeux, ils ont le nez rivé à leurs écrans, leur dulcinée aussi, Quand on s'embrasse on croit bon de le faire comme une vidéo porno de « youporn » qu'à cet âge l'on connaît déjà bien....

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  • Journal de vacances 10 – La difficulté d'être catholique en 2011

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     En réfléchissant à cette question, je me suis rappelé d'une anecdote : dans une rue de Paris, je vis avec une autre personne une dame laisser son chien faire tranquillement ses besoins sur le trottoir, bien au milieu. Nous lui avons fait remarquer que c'était assurément dégoûtant, mais elle ne trouva qu'à répondre remarquant la croix en or que j'avais au cou : « Oui et bien moi, j'ai vu des chrétiens chier dans la rue, alors, hein, gardez vos sermons (crut-elle dire finement) ». Avec la personne qui m'accompagnait cela nous a fait beaucoup rire, nous avons imaginé des personnages en longue robe noire, avec une grosse croix pectorale, sortant nuitamment en ricanant diaboliquement pour aller déféquer un peu partout dans les rues de Paris.

    photo prise ici

    la-cration-d-adam.jpgL'anecdote est parlante. Les chrétiens sont perçus comme des survivances d'un passé indigne, des moralisateurs insupportables, des caricatures grotesques.

    La question qu'implique le titre se pose assez abruptement dans notre société en 2011, et ce même si les catholiques ne sont pas rejetés ni persécutés en risquant leur vie dans les pays occidentaux, contrairement aux chrétiens d'Orient. Cette société aime bien les catholiques, quand ils pensent comme tout le monde, ne sont plus catholiques au fond d'eux finalement, ou qu'ils sont les « cathos de service ». Un « catho de service », on en trouve dans divers milieux, est là pour que les autres lui exposent leur point de vue et lui montre combien il est naïf et crédule, il sert de faire-valoir. Bien souvent le « catho de service » parle beaucoup d'amour et énoncent quantité de lieux communs sur la paix, la justice, la mort, la souffrance qui ne mangent pas de pain et font plaisir à exprimer pour garder de soi une image confortable.

    Dans notre société qui confond allègrement modernité et progrès, la foi fait tâche, elle est incompréhensible car en plus elle n'est même pas quantifiable, mesurable, réductible à des équations.

    Ontologiquement, intrinsèquement, la foi ne peut donc se justifier rationnellement. C'est donc à la fois une idiotie et un pléonasme de le reprocher aux chrétiens en général, aux catholiques en particulier.

    Pour les incroyants, c'est la plupart du temps une croyance magique, une superstition sans fondement. Il y a d'ailleurs quelque chose de paradoxal, notre monde a souvent à la bouche les mots de tolérance, de liberté de conscience, voire même de liberté des cultes, mais ne tolère pas ce qui contredit le dogme sacré de la modernité toute puissante qui aurait apporté le bonheur aux populations ravies qu'on leur enjoigne de rêver à la possession de gadgets tous plus inutiles les uns que les autres plutôt que de réfléchir aux fins de leur existence ou du monde, ou à leur inculquer quelques valeurs leur permettant de vivre en harmonie avec les autres, celles-ci fussent telles d'ailleurs areligieuses.

    En 2011, les catholiques pratiquants représentent en France de 1 à 2 % de la population. Par pratiquants, s'entend ceux qui vont à la messe chaque dimanche, une définition plus restrictive, mais plus juste que celle des statisticiens pour qui y aller une fois par mois c'est pratiquer.

    Certes, un pourcentage plus important de français reconnaît croire en Dieu et avoir une foi chrétienne, mais ne croient pas à la Résurrection ou croient dans la réincarnation. Ces français n'assistent pas non plus à la célébration dominical, car la plupart estiment qu'il n'y a pas besoin de médiation entre eux et le divin.

    A ce lien, on pourra lire les résultats d'un sondage mis en ligne sur un site que l'on ne peut vraiment suspecter de complaisance envers les croyants quels qu'ils soient (atheisme.free.fr).

    Et pourtant quand on parle de laïcité, d'atteintes à celle-ci, c'est la plupart du temps les catholiques qui sont visés par les clameurs et plaintes des belles consciences prétendant défendre les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité, ainsi dans cet article qui fait de nombreuses confusions sur la foi, la ramenant à une sorte de gymnastique mentale et spirituelle sans grande importance somme toute. Quand il s'agit de pratiques d'autres religions, le discours est tout autre. On parle alors de pratiques culturelles que l'on se doit de respecter.

    Photo du jardin de Gethsémani prise ici

    Gethsemane,_olivier_tb_n051601.jpgOn ferme les yeux sur celles qui sont en contradiction flagrante avec les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité. Curieusement des médias qui se font fort de dénoncer l'islamophobie partout dans notre société sont eux-mêmes pointés du doigt comme l'étant parfois.

    Les catholiques n'ont rien contre la laïcité, tant que celle-ci facilitent les rapports sociaux, sans privilégier l'un ou l'autre, et qu'elle ne serve pas d'argument pour attaquer les croyances de l'un ou de l'autre, qui sont un droit fondamental.

    A ce lien, un texte de la Ligue des Droits de l'Homme que l'on ne saurait suspecter de complaisance envers le catholicisme.

    En passant, on peut noter qu'il y aurait des choses à dire sur la manière dont les belles consciences parlent de l'Islam, ou du Judaïsme, en France, qui se veut anti-raciste, mais relève à la base du néo-colonialisme, un discours plein de bonnes intentions où l'on prend le croyant musulman pour un « bon sauvage » un peu lent à comprendre mais duquel on se sent finalement supérieur.

    Ce néo-colonialisme est aussi un racisme au bout du compte.

    Très vite, celles celle et ceux qui se posent des questions sont traités de tous les noms, sont des nazis, des fascistes, voire des émules de Breivik, le tueur d'Oslo. Ce taré haineux et criminel devient l'alibi tout trouvé pour ne pas discuter, ne pas polémiquer, ne pas chercher à réfléchir ou trouver des solutions.

    On remarquera que les pseudo-défenseurs de la laïcité se posent en gardiens du dogme beaucoup plus que les catholiques eux-mêmes qui sont plus souples sur ce sujet. De même ces héraults, c'est eux qui le disent, de la sacro-sainte laïcité, ont souvent tendance à moraliser les croyants qu'ils estiment être des moralisateurs, alors que moraliser c'est toujours moraliser lorsqu'il est question de leur vie sexuelle qui se doit d'être nécessairement débridée et sans limites, ce qui les regarde et les concerne eux uniquement.

    Les libertins, au sens premier du terme, et non sa déformation moderne qui en fait des jouisseurs primaires, ne se souciaient pas du jugement de l'Église, ils le défiaient même pas leur comportement et ne passaient pas leur temps à se justifier sur leurs actes. Ceux qui réclament d'un comportement moral qu'ils assurent libertaire et varié ont donc du libertinage son acception moderne, ils ignorent que cette pensée s'inspire d'Épicure qui inspira aussi les stoïciens et Saint Paul qui n'a rien du « Père la pudeur » que l'on montre comme tel habituellement.

    Enfin, les catholiques sont sans cesse renvoyés au passé de leur église, aux fautes, aux massacres commis par leurs ascendants. A commencer par l'antisémitisme. Un peu partout, il est de bon ton d'assimiler nazisme et catholiques pendant la Seconde Guerre, de mettre la responsabilité de la Shoah sur le dos de l'Église, et j'en passe, sans évoquer bien sûr toute la polémique absolument nauséeuse autour du comportement de Pie XII.

    Ce qui est paradoxal est que ces reproches sont parfois adressées aux catholiques par ceux-là mêmes qui n'ont de cesse de clamer leur antisionisme et qui voient des agents de la Hasbara et du lobby juif partout sur Internet.

    Un catholique évoque-t-il les souffrances vécues par les chrétiens en Orient qu'on lui parle de l'Inquisition, en se demandant d'ailleurs comme l'Inquisition excuse-t-elle ou justifie-t-elle les massacres commis sur des croyants de pays où celle-ci n'a pas existé de toute manière ?

    Cela témoigne tout d'abord d'une incompréhension manifeste de ce qu'était vraiment l'Inquisition, à savoir une forme embryonnaire de justice rendue à l'origine, spécialisée ensuite dans le jugement des cas d'hérésie, les jugements pour hérésie étant des jugements exceptionnels, et le « jugement de Dieu » une légende (qui a inspiré les cadres dynamiques actuels qui adorent marcher sur les braises pour se montrer qu'ils sont capables de se comporter en « tueurs » sur les marchés financiers).

    On reproche également aux catholiques actuels les croisades, on oublie que ce ne furent pas les seules « guerres saintes », puisque dés 622 le prophète Mahomet déclare le premier Djihad, le tout rappelé sans reproches rétroactifs aux croyants musulmans qui n'en sont pas responsables non plus.

    Photo prise ici

    soledad-vip-blog-com-450996vatican-city.jpgUn catholique ne peut concevoir la guerre sainte, qui contrevient à sa foi, qui n'est pas une idéologie de pouvoir, qui n'a pas à mener à une théocratie, mal aussi peu souhaitable que la technocratie. J'ai évoqué la question de l'idéologie, bien souvent beaucoup de gens qui se disent séduits par le message de l'Évangile semblent percevoir celui-ci comme une sorte de pamphlet révolutionnaire, ce qu'il n'est pas, même si une société qui insisterait ne serait-ce qu'un tout petit peu plus sur l'amour du prochain serait une société déjà largement plus vivables, si cette belle intention se transformait en acte.

    Comme les catholiques le savent, l'enfer en est pavé...

    Pour conclure, je ne saurais rappeler encore que l'auteur de ces lignes est le premier à dénoncer les dérives sectaires de certaines communautés dans l'Église et la sur-affectivité superficielle et dangereuse de certains grands rassemblements, entre autres, et n'hésite pas à aborder la question de la pédophilie (d'autres articles à ce lien)...

  • Gustave Thibon, la foi, et le travail indispensable du négatif

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    decorte2.jpg"Tel cri de désespoir (Céline), voire tel blasphème (Nietzsche, Cioran), me renvoie à Dieu par contraste, alors que la littérature édifiante m'en détourne par fausse ressemblance. Un aspect de la voie négative dans l'ordre moral et affectif."

    Sur le rôle des arts et de tout travail de création :

    "L'illusion est-elle mensonge ou pressentiment d'une vérité que voile et contredit la réalité de ce monde ? Choix transcendantal entre le vrai entrevu en rêve et le réel dont l'obscène évidence aveugle les yeux éveillés".

    Gustave Thibon dans "l'Illusion Féconde", Fayard, 1975

    photo empruntée ici

  • Journal de vacances 8 – Du zéro à l'infiniment zéro

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     Quelques citations pour la journée de vacances :

    « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

    Georges Bernanos dans « la France contre les robots »

    « On reconnaît la valeur d'une société à ce qu'elle célèbre »

    Sandy Bates (Woody Allen) dans « Stardust Memories »

    « Qui c'est qu'a pété ? »

    Delphine dans « Loft Story 2 »

    Impressions de vacances :

    Excellent dessin pris sur ce blog très bien fait

    T%25C3%25A9l%25C3%25A9%2Br%25C3%25A9alit%25C3%25A9.jpgMaraudant sur le net, je tombe, alors que l'économie mondiale se casse la figure et que la Grande Bretagne brûle, sur le titre en « une » de Yahoo : « FX est mort ».

    Du point de vue personnel, cela m'a tellement ému que comme a dit Desproges à l'occasion d'un autre événement majeur dans le même style, j'ai repris deux fois des moules.

    Aujourd'hui, on nous annonce que le pauvre garçon qui participait à « Secret Story 3 » se serait peut-être suicidé n'ayant pas trouvé la célébrité « kleenex » dont il rêvait au bout du tunnel télévisuel et de l'enfermement volontaire sous l’œil des caméras et des spectateurs voyeurs et décérébrés.

    Il vendait sa personne, comme Vincent MacDoom sur la base d'une ambiguïté sexuelle marquée, jouant sur l'androgynie métrosexuelle poussée à son paroxysme, un peu au bout du compte comme les travestis du Bois de Boulogne qui vendent la même chose. Sauf que lui désirait plus que « Chon frons l'amoûûrrre ».

    Il voulait les paillettes et sa photo dans « Gala », « Closer » ou tout autre magasine torchonnesque. Évidemment, il n'eut que des entrefilets un peu glauques dus à son personnage.

    Ironiquement, il pourrait maintenant être content, on parle de lui abondamment.

    Une de ses camarade enfermées, Cindy Lopes, la blonde à forte poitrine de l'émission, il y en a une par émission dans ce genre de shows, en profite pour se faire un peu de pub en passant en pleurnichant sur son « ami ».

    C'est toujours ça de pris.

    Ces émissions de téléréalité sont apparues en France en 2001 avec le premier « Loft Story ». Selon leur créateur hollandais, John de Mol, qui s'avouait « fier de lui » à l'époque, c'est un formidable progrès quant à la transparence et à l'affirmation des libertés de pouvoir enfermer pendant quinze jours ou plus une dizaine de médiocres infantiles et décervelés et voir ce qui se passe. C'est la version moderne du trou de serrure, visible partout grâce aux progrès fulgurants de la technique. Le succès de ces émissions est basé sur l'identification des spectateurs qui s'imaginent que ça pourrait être eux qui passent à la télévision car les candidats de ce genre d'aventures est généralement aussi nul que le quidam moyen (pléonasme) rêvant de ce que « les marchés », les médias, et la pub lui ordonnent de rêver.

    Tant que lui peut continuer à consommer et rêvasser devant ce style de spectacles, le monde peut crouler.

    Les jeunes émeutiers de Grande Bretagne sont les enfants de ce décervelage, de l'infantilisation du consommateur (ou conso-mateur dans le cas de la téléréalité), de l'hyper-libéralisme.

    Il n'y a quant à leur révolte aucun autre motif que la frustration de ne pas avoir en poche le dernier gadget électronique totalement inutile et celle de ne pas être célèbre comme les vedettes de téléréalité que ces mêmes émeutiers plébiscitent, et la violence c'est aussi l'occasion de se faire remarquer à la télévision. Ils ne font qu'appliquer un peu plus hardiment le programme ultra-libéral, tout ce qui gêne entre eux et la satisfaction de leurs désirs les plus primaires est à incendier. Certains m'ont fait remarquer qu'au moins ils brûlent des supermarchés, oui, mais pour voler tout ce qu'il y a dedans.

    On le voit dans de nombreuses chansons de rap, où les « artistes » ont plaisir à montrer tous les signes de réussite sociale obligatoires selon la vulgate libérale :

    531753675_small.jpgDes billets de banque à foison, une belle bagnole avec une peinture qui claque, et de belles filles, souvent rechapées comme la bagnole, autour.

    Leur colère n'a rien à voir avec une rébellion, voire avec les conséquences d'une politique qui les aurait brimés, la Grande Bretagne étant montrée jusque là comme un modèle de communautarisme qui fonctionne.

    Bien sûr, à entendre les belles consciences c'est la faute de Breivik, c'est sûr. Certains vont même jusqu'à affirmer que comme il y a eu la colonisation c'est un juste retour de bâton, s'appliquant à eux mêmes ces coups de bâtons dans un masochisme assumé naïf et suicidaire.

    Depuis plus de quarante ans, on nous serine que l'éducation qui pousse les enfants et les adolescents à se responsabiliser, en leur inculquant des valeurs, des repères, le sens de l'autre, c'est paternaliste, ringard et réactionnaire. Le maître mot c'est qu'il ne faut pas culpabiliser les enfants, ni les adultes.

    D'un côté, les libéraux conchient tout cela car c'est un frein à la consommation, un consommateur qui réfléchit est un consommateur qui n'achète pas assez, de l'autre les libertaires mollassons ou durs considèrent que les règles s'assimilent à l'oppression, se conduisant même s'ils ne le reconnaitront jamais comme des « idiots utiles » du libéralisme.

    La chanson ci-dessous s'impose, non ?

  • "Lolita" de Stanley Kubrick en 2011

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    Sur Agoravox aussi

     « My name is...

    ...Lolita

    I'm supposed to play...

    ...with Boys »

    de la chanson « My heart belongs to Daddy » dans « Le milliardaire », un des derniers films de Marilyn, avec Yves Montand, pas un des meilleurs. Marilyn était une sorte de grande soeur de Lolita, qui exacerbait elle aussi les pulsions sexuelles des mâles occidentaux ou non.

    lolita-1962.jpgEn ce moment on célèbre avec raison Kubrick qui restera certainement comme un des derniers géants de l'âge d'or du cinéma anglo-saxon, et qui demeure une source d'inspiration pour de nombreux réalisateurs, qu'ils soient hollywoodiens ou « indépendants », ceux-ci travestissant la plupart du temps les formes inventées par Kubrick comme d'autres réduisent un philosophe à un ou deux slogans faciles à retenir.

    On parle la plupart du temps toujours des mêmes films de Kubrick, ceux dans la dernière période, comme si la cinéphilie des critiques commençait dans les années 80. Quand on lit entre les lignes, on admet que Kubrick est un réalisateur de génie mais on avoue aussi que l'on s'est ennuyé pendant « Full Metal Jacket » auquel la quasi-majorité des critiques avaient préféré « Platoon » qui jouait beaucoup plus sur la corde sentimentalement grandiloquente.

    Ainsi les « Inrockuptibles » mettent « Shining » en couverture, qui est commenté comme un film d'horreur de série, ou parlent des déboires « people » subis par le couple Cruise-Kidman pendant le tournage de « Eyes wide shut », et oublient de parler de cinéma et du fond des films du réalisateur. Beaucoup cherchent aussi à expliquer l'expérience esthétique que sont des films comme « 2001 » ou « Barry Lyndon » qui est tout sauf expliquable car devant la beauté des plans de l'un ou de l'autre, les mots sont plus ou moins impuissants.

    Quand il est question de « Lolita », la plupart des commentateurs semblent tous surtout émoustillés par la crudité du sujet scabreux abordé, terrain glissant que tous se hâtent d'emprunter, fascinés qu'ils sont par ce personnage d'adolescente qui paraît leur promettre la réalisation de tentations auxquelles ils se laisseraient volontiers aller. Généralement les critiques que l'on peut lire de « Lolita » en disent plus long sur leurs auteurs que le film, un peu comme ces articles que l'on a pu lire sur Gainsbourg et son goût pour les très jeunes femmes.

    « Lolita » de Kubrick, adapté avec intelligence par Nabokov lui-même, en dit également beaucoup sur notre société et son mode de fonctionnement à l'envers en somme, à contresens de toute morale, respect et sens de l'autre.

    Si « Dieu est mort » et avec lui la crainte des fins dernières dans le monde moderne, ne reste que le vide et le néant des aspirations se limitant au désir, un désir monstre que les deux personnages les plus importants du film avec la nymphette (jouée par Sue Lyon, plus âgée que le personnage dans le roman), qui en est l'allégorie, incarnent :

    Humbert Humbert, joué par James Mason, et son double libéré de toute culpabilité et de toute inhibition, pour le pire, Clare Quilty, impeccablement joué par Peter Sellers.

    Clare Quilty c'est la représentation du mal moderne, dans toute sa splendeur grotesque, à la fois ridicule et grandiose, prétentieux, persuadé d'être à l'apogée de la civilisation alors que finalement en détruisant les tabous, en croyant lutter contre ce qu'il croit être les préjugés moraux traditionnels, il ne fait que donner libre crous à ses pulsions animales.

    C'est un gosse malfaisant, qui aime bien jouer de mauvais tours à Humbert Humbert qui, lui, est tout aussi hypocrite même s'il pare son penchant pour Lolita de vertus et de noblesse qu'il ne possède pas.

    Il ressemble à Gustav von Aschenbach dans « Mort à Venise », fasciné par Tadzio qui est pour lui la figure de l'ange de la mort annonçant la fin d'une époque où vivre semblait plus doux, un représentant cultivé et sage au comportement aristocratique, un hérault de l'ancien monde en pleine décadence, car il finira fardé et attifé comme le vieux pédophile dont il se moque en arrivant à Venise, perdant toute dignité, et mourra du choléra comme les autres tandis qu'Humbert Humbert ne trouve d'autres solutions que de tuer Clare Quilty pour se libérer de son fardeau, ne se libérant d'ailleurs en rien car Lolita a finalement très mal vécu leur errance à travers toute l'Amérique et ses non-lieux tous pareils déjà se multipliant dans un cauchemar climatisé : motels, « dinners », lotissements avec voiture et pelouse et ainsi de suite...

    Et elle n'était cette jeune muse telle que son « beau-père » la voyait, mais juste une petite adolescente un peu vulgaire d'une ville perdue de Nouvelle Angleterre, pétrie des mêmes idioties et rêves étriqués que sa mère, Charlotte Haze.

    De nos jours, curieusement, « Lolita » serait un film délicat à tourner, ou alors qui ferait dans le porno soft comme le « remake » mauvais d'Adrian Lyne en 1997, car la compréhension de l'oeuvre se limiterait à l'exposé d'une dépravation.

    C'est paradoxal car finalement, c’est toute la société qui, en 2011 devient pédophile, se nourrissant d’une imagerie se voulant jeune ou proche des jeunes, imagerie totalement frelatée il est vrai.

    Le physique des mannequins, présenté comme indépassable, est celui d’adolescentes à peine pubères et généralement anorexiques (et qui font la gueule). Foin d’hypocrisie, je préfère sur le sujet la franchise virant presque au cynisme de Lagerfeld que la « faux-culterie » des magazines allemands qui ont fait parler d’eux il y a quelques mois en faisant poser des femmes présentées comme communes, ce qui est agréable pour elles d’ailleurs, afin de se redonner une virginité en la matière, eune bonne conscience.

    La sexualité et l’amour en général se doivent d’être vécues comme si l’homme était toujours un adolescent incapable de maîtriser ses pulsions, et de se responsabiliser, et la femme une midinette de treize ans, confondant ses lubies amoureuses et ses envies de coucheries.

    On lui présente des aventures d’un soir comme étant aussi anodines qu’avaler un macaron, pendant que les hommes pensent que multiplier les aventures leur assure une réputation de performance. Personne ne songeant un seul instant à mûrir, prendre conscience de ses erreurs ou de ses errements.

    Cela a des conséquences en politique, toute la société, peu ou prou, raisonne de manière binaire :

    Celui qui ne pense pas tout à fait comme moi est mon ennemi, partageant à gauche et à droite un humanitarisme léger et très vague, gentillet et mièvre qui sert de paravent à la seule motivation réelle des uns et des autres, à savoir consommer sans limites aussi bien les choses que les êtres.

    De temps en temps, on se laisse aller à une sorte d’émotivité hystérique, d’affectivité sans affection ni cœur, on est là pour donner l’impression de s’aimer alors qu’on cherche surtout à se mettre en valeur et montrer comme on est si bon, l’apparence seule étant importante.

    Le corps est réduit à une machine, il doit absolument correspondre à l’image que l’on s’en fait, souvent idéalisé, certaines femmes, et de plus en plus d’hommes, se martyrisent afin de retrouver de manière totalement contre-naturelle un physique perdu depuis leurs douze ans, On doit prendre soin de son corps comme d’une machine évitant soigneusement tout ce qui aurait un rapport quelconque avec l’esprit, l’âme ou l’intellect, sauf en ce qui concerne une forme aiguë de pensée positive à tout crin qui devient la norme, il arrive de plus en plus que les fois religieuses et les idéologies soient confondues avec cette « positive thought » aussi creuse et sotte qu’un slogan pour eau minérale.

    La société base ses pseudo-aspirations qui sont autant d’alibis pour un désir comme un abîme sans fond sur des concepts infantiles et non enfantins, et ce sont tout les adultes qui sont autant de gamins et gamines sans cervelle malléables par les médias et l’industrie du divertissement, et donc par là-même taillables et corvéables à merci.

    Ci-dessous la chanson de Marilyn


    Marilyn Monroe - My heart belongs to daddy par Mirandoline

  • Théologie au rabais et spiritualité « discount »

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    Les réactions à mon texte sur la conférence des Bernardins de Guillebaud et Hadjaj...

    18928095.jpgOn pouvait s'y attendre un peu mais la plupart des commentaires que je lis concernant mon article montrent que le propos des deux intervenants n'est absolument pas compris. Ce qui domine, sans me surprendre, tout en m'effarant malgré tout, c'est la haine de l'humain, l'humanité en général, diffuse derrière les propos se voulant généreux, universalistes et sympathiques. Et l'humanisme est confondu avec l'humanitarisme vague en vogue depuis quelques temps, le tout nimbé de quelques propos hostiles à la philosophie en particulier et la réflexion intellectuelle sur la société en général. La plupart des commentateurs ne savent pas ce qu'est l'humanisme et encore moins ce qu'est l'humanisme chrétien, perçu comme une défaite de la spiritualité par d'autres.

    Et le tout confirme bien les constatations des deux hommes, c'est toute la société qui tend vers le post-humain ou le trans-humain.

    Il y a la peur de la fêlure, chez soi-même, chez l'autre, la peur de la blessure, vue comme une faiblesse, une folie. Il y a également une peur panique de l'inadaptation au monde, et de son corollaire, la peur l'indocilité aux règles imposées par le monde. Ce surhomme soit-disant libéré des chaînes de son humanité ne serait donc bien qu'un sous-homme, un pantin révérent, ignorant et content de l'être, se soumettant sans réfléchir aux pires diktats de standardisation de la société spectaculaire marchande actuelle, et à un bonheur finalement insoutenable, comme dans le roman d'Ira Levin (on ne dira jamais assez la lucidité de la plupart des auteurs dits de « genre ») car forcé.

    Car finalement, pour la plupart des personnes il n'y a pas d'égalité entre les êtres humains mais une hiérarchie, un des commentaires l'exprime : la vie d'un handicapé vaut moins que celle d'un directeur de banque, le tout enveloppé sous des prétextes plus ou moins généreux. On se pare de bonnes intentions pour dire que l'on veut le bien de l'handicapé qui ne peut être heureux tel qu'il est, non pas car son handicap le ferait souffrir mais parce qu'il n'est pas dans les normes, surtout d'ailleurs pour cette dernière raison, les bonnes intentions étant surtout un alibi pour camoufler la peur de la différence, non pas la différence telle qu'on la définit actuellement, ce qui effraie c'est l'altérité au bout du compte. Je suis toujours stupéfait de l'eugénisme en vigueur actuellement qui est exactement le même que celui des totalitarismes, les faibles, ceux qui sont réputés l'être, doivent être éradiqués, ne doivent survivre que les forts en somme, ou ceux qui sont réputés l'être.

    Quelques « croyants » répondant à ce texte, mais aussi à la conférence, semblent aussi avoir de leur foi une idée telle que définie par Guillebaud et Hadjaj par la notion de théocratie. L'homme est un esprit enfermé dans un corps, là ils rejoignent la gnose, l'amour divin ou humain est éthéré. Il y a aussi énormément de confusions, comme présenter Marie-Madeleine comme le « treizième » disciple ou prôner une sorte de syncrétisme immonde, une bouillie pour les chats vaguement universaliste, qui correspond finalement à une démarche spirituelle, si tant est qu'on puisse la qualifier ainsi, consommatrice. On prend un peu ce qu'on veut sur les rayons, ce qui arrange, ce qui flatte. On aime bien les grands rassemblements grégaires, hyper-affectifs, et sur-spiritualisants, dans lesquels on est perdu dans un grand tout confortable, oubliant l'humain, que l'on méprise, et son corps, dont on a peur, en parlant comme de la source de toutes les perversions, y compris le corps souffrant dont un commentateur affirme sans rire qu'il engendre le péché chez celui qui souffre. Ce comportement de consommateur engendre le rejet des institutions catholiques considérées comme oppressives car empêchant de consommer en toute sérénité, et forçant donc à une réflexion personnelle plus approfondie que le picorage intellectuel.

    Tout cela afflige par son indigence, cette incompréhension de la plupart des lecteurs et auditeurs du propos de Fabrice Hadjaj et Jean-Claude Guillebaud est extrêmement dommage car ils relèvent pourtant le degré de réflexion à un niveau de qualité qui n'était pas atteint depuis longtemps, excepté dans les textes de Ratzinger, ( et Jean-Paul II).

  • Technocratie ou Théocratie ?

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    « Un humanisme sans Dieu est-il possible ? »

    Jean-Claude Guillebaud

    Fabrice Hadjaj

    pic3.jpgJ'ai regardé hier dans le cadre de la série d'émissions « les mardis des Bernardins » , on peut la regarder par là aussi, (avant tout commentaire, je ne saurai conseiller de regarder la vidéo dont je parle) sur KTO un échange entre Jean-Claude Guillebaud, auteur de « la refondation du monde », et Fabrice Hadjaj, auteur de « la profondeur des sexes », sur le thème : « Un humanisme sans Dieu est-il possible ? ». Cet échange était véritablement passionnant et pour une fois exempt de miévrerie et de lieux communs, excepté les interventions dispensables de «l' animatrice » du débat. Ce point de vue sur l'humanisme, mais aussi sur l'homme et l'humanité, est ultra-minoritaire aujourd'hui, et dans l'Église, et dans la société. Il est infiniment supérieur à quelque pamphlet, à quelque article érudit ou non, que ce soit dans un camp ou dans l'autre, charismatiques ou « tradis ». Il va beaucoup plus loin que tous les clivages sans fondement, les militantismes, l'égocentrisme à la mode, la technocratie, prise dans une acceptation globale, mais aussi la théocratie, qui n'est que l'émanation de « la foi des démons », le diable croyant en Dieu, et le refusant.

    Pour les deux auteurs, ce qui pourra refonder le monde, c'est la « Grâce de l'Apocalypse ».

    Et pour eux, même un vrai matérialiste croit en Dieu, il y a donc de l'espoir. Pour les écouter, il faut malgré tout se libérer de quelques poncifs.

    Ils commencent par redéfinir l'humanisme. Celui-ci peut sembler au départ opposé à la religion, il s'agissait de revenir à l'homme contre le pouvoir temporel et spirituel de l'Église, ceci dans la tradition retrouvée des philosophes antiques, le tout menant progressivement à la philosophie des Lumières et au positivisme du XIXème siècle. Les deux auteurs évoquent ensuite Jean-Paul Sartre qui définit l'existentialisme comme un anti-humanisme, moquant les discussions sans fin des humanistes sur la question de l'humanité. Il redevient humaniste après 1945 cependant. Cependant, Jacques Maritain, puis plus tard Paul VI, proposent un « humanisme intégral » tourné vers Dieu, ou théocentrique plutôt qu'anthropocentrique : « L'homme passe l'homme, le mystère de l'homme s'élucide dans le mystère de Dieu ». Car pour le Christ, ce qui compte c'est l'amour du prochain, et non l'amour de l'homme en général. Se pose alors la question de la définition de l'homme, en commençant par ne pas perdre de vue sa diversité, et le fait que chaque personne est unique tout comme le parcours qu'elle suit.

    Selon Jean-Claude Guillebaud, l'humanisme naît de l'héritage grec, juif et chrétien, tout comme la philosophie des Lumières qui laïcisent le Christianisme comme le montre la devise de la République au fronton de toutes les mairies. Il faudrait se libérer du malentendu français qui voudrait que l'humanisme est conquis contre la religion, ce qui n'est pas le cas. Pour un chrétien, l'aspiration légitime à la liberté, tout comme à l'égalité, vient de Dieu. Avec Sartre, la confusion habituelle demeurait et le mot avait perdu du sens. Il retrouve son sens exact en le liant à l'Évangile pris dans sa radicalité. Et ce, contre le mouvement post-humaniste actuel, contre le transhumanisme se développant aux États-Unis mais aussi en Europe, deux mouvements proposant ni plus ni moins que de s'affranchir de l'humanité préconisant de transformer l'homme en cyborg par exemple, ceci afin de l'amener à devenir une sorte de Surhomme parfaitement adapté à la société, et parfaitement docile, ce surhomme étant d'ailleurs plutôt un sous-homme au sens nietzchéen correct.

    Les deux auteurs insistent sur le fait que nous vivons une période d'apocalypse, qui n'est pas forcément la fin des temps, mais une période « axiale » (selon le terme de Karl Jaspers) où tout peut basculer, dans le mauvais sens, vers l'abîme. Que sauver alors ? Il y a cinq ou six valeurs fondamentales et une archéologie de celles-ci à faire. La première d'entre elle étant l'égalité. Il n'y qu'une seule espèce humaine. Il n'y a pas d'homme moins humain que d'autres, pas de différences de traitement à avoir entre un professeur d'université et un handicapé. C'est cela qui fonde la spécificité chrétienne a priori, alors que la plupart des pensées actuelles, y compris au sein de l'Église, sont hiérarchiques, tout comme le néo-confucianisme chinois dont l'influence commence à se faire sentir en Europe et en Amérique. On oublie la source des valeurs. Guillebaud cite alors Paul Ricoeur qui écrivait : « Séparées de l'expérience spirituelle, les valeurs sont comme des fleurs coupées dans un vase ». Et la modernité est déloyale car elle reprend des valeurs chrétiennes en oubliant leurs racines puisant dans la Foi.

    Élaborer un nouveau projet pour l'homme, une refondation des valeurs, devient nécessaire du fait de l'effondrement des utopies et de la fin des grands espoirs qu'elles avaient entraînées, y compris les espoirs de générosité entraînés par le marxisme ainsi que le souligne Fabrice Hadjaj. Il demeure encore pourtant l'utopie de la pérennité humaine, alors qu'il existe de plus en plus de possibilités d'éradications totales, de destructions des possibilités. Nous vivons dans une société du court terme, voire du très court terme, le long terme étant incertain. C'est la raison pour laquelle personne au fond ne croit réellement aux générations futures, et que beaucoup veulent aller vers le post-humanisme pour transformer l'homme (certains rêvant, ou cauchemardant, de télécharger un cerveau sur disquette, ou d'être constamment relié aux ordinateurs). L'homme est un homme horizontal et non vertical, un être humain qui refuse sa blessure, alors que ce qui fait l'homme c'est justement cela, et sa dimension tragique. L'adaptabilité au monde et à la société n'est qu'un leurre, l'homme n'a pas à s'ajuster à tout et n'importe quoi, il s'agit d'abord d'aimer son prochain.

    hadjadj_inline.jpgLa théocratie post-humaniste est également une erreur fatale selon les deux philosophes, car elle est trop intellectuelle, désincarnée et spiritualiste en oubliant également la blessure que porte chaque personne. Cela m'inspire d'ailleurs en passant que les écrivains, les artistes, les musiciens, tous s'inspirant de leurs blessures, sont finalement plus lucides que le reste de la société qui s'imagine raisonnable. La théocratie post-humaine préconise de revenir au divin, mais un divin coupé de toute humanité, elle oublie l'Incarnation et le sens de cette incarnation. Et l'homme qui perd sa verticalité également de cette manière ne peut que disparaître au profit d'une nouvelle espèce toute aussi décervelée même si louant l'esprit de Dieu.

    Il s'agit pourtant de regarder cette dimension tragique de l'homme en face, et d'accepter le monde tel qu'il est, avec ses imperfections (ce qui ne signifie pas accepter le mal et l'iniquité) à la différence du programme NIBC américain, qui se drape d'un discours de bons sentiments et de fantasmes d'immortalité : transformer l'être humain pour son bien dans une perspective malthusienne, eugéniste et profondément injuste. Leur programme se résume à deux injonctions : « No Child ! » , « No Sufferings ! », (« pas d'enfants ! », « pas de souffrances ! »). Comme l'écrit C.S. Lewis, « la souffrance permet aux âmes de se rencontrer, de s'ouvrir aux autres ». il est indispensable de mourir à soi-même.

    Le post-humanisme, comme le note Fabrice Hadjaj, est un onanisme, nous sommes dépositaires de l'humanité, de notre corps, de la création. Le post-humain a la haine du monde et du corps. C'est finalement une nouvelle gnose. La technocratie, la jouissance immédiate liée à une commémoration incessante du passé, se confronte sans cesse à la théocratie, une foi irrationnelle rejetant l'humain, ce qui aboutit à une destruction de la joie elle-même. Cela aboutit à une foi totalement désincarnée, sans charité, sans chair, sans sexe, comme le précise Fabrice Hadjaj, et à une schizophrénie chrétienne : la foi et l'argent, la foi et l'amour, la foi et le couple, consistant à tout séparer. Alors qu'être chrétien c'est l'être dans toute sa vie, radicalement. Cette foi est sans charité. Elle enferme dans une identité rêvée, une certitude dogmatique inhumaine, et sans miséricorde, alors que la foi est une mise en route, une progression. En fait, il s'agit de se réjouir que l'homme existe. Que l'on ne se méprenne pas sur ces termes, il ne s'agit pas d'un refus de la Vérité, ou de l'Église mais de replacer l'homme dans sa temporalité fondamentale, celle-ci continuant dans la vie béatifique. Fonder le goût de l'avenir, c'est construire un humanisme non idéologique, et le faire sur la base d'une égalité totale, pleine et entière.

    Guillebaud et Hadjaj citent alors Jonathan Swift qui répondait ceci à un interlocuteur l'accusant d'être misanthrope : « Je n'aime pas l'homme, mais j'aime Pierre, Paul, Jacques... ». Le Christ aime son prochain lui aussi, celui qui est antipathique, qui a une sale gueule, qui pue, que l'on a du mal à aimer. Le plus défiguré, le plus difforme c'est l'Homme. Celui qui meurt par amour c'est l'Homme, c'est cela la base de l'humanisme théocentrique, tourné vers Dieu, l'Homme c'est le Christ souffrant, humilié, douloureux et tragique de l'« Ecce Homo » et non une marionnette spiritualisante. Et il s'agit de participer à cet amour par l'âme et le corps.

    Cet humanisme chrétien est très exigeant, dur à entendre, à encaisser, ce n'est pas du sirop ou de la guimauve, mais de la TNT comme l'affirment les deux conférenciers. Il nous renvoie à nos manques, à notre inhumanité, aux dernières paroles du Christ en Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », où Jésus manifeste qu'il est vrai Dieu et vrai Homme, intégralement, y compris par le sens de l'abandon. C'est le sens de l'Incarnation, c'est un message radical, qui n'est pas doloriste. Il s'oppose malgré tout à tous ces écrits, sermons et publications qui essaient de rendre la Croix plus confortable intellectuellement, à en arrondir en somme les angles.

    Cet humanisme n'implique pas de « s'emparer des valeurs » et de les agiter comme des fanions, mais de les incarner et de reconnaître tous ceux qui sont dans l'ombre, les petits, les humbles, tous ceux qui ne se mettent pas constamment en avant, joignant les mains avec componction et ne pratiquant aucune charité. Cet humanisme se vit, il s'incarne pleinement, il engendre la supériorité du nom propre sur le nom commun, la Vérité est une personne, elle est beaucoup plus élevée que n'importe quelle valeur qui est au fond une notion nihiliste, que l'on réponde oui ou non à la question « la Vie vaut-elle la peine d'être vécue ? ». La question en elle-même est insensée, et elle aussi nihiliste. Les valeurs sont trop souvent coupées de Dieu. « La Vie ne vaut rien mais rien ne vaut un être humain » comme l'écrit Malraux dans « la Condition Humaine ». Les repères doivent être l'inverse d'une idée captatrice, la doctrine c'est le visage du prochain, l'idéologie, la foi transformée en idéologie, perd de vue la rencontre de l'autre. Le corps moderne est un corps imaginaire, un corps devenue une chose, une mécanique. Jean-Claude Guillebaud cite la majesté paisible des corps à Lourdes, ou celui du Christ. L'humanisme chrétien pousse à accepter et aimer concrètement la chair enfin pacifiée, le coeur, le cerveau, les entrailles et le sexe, sans rien omettre.


    Amaury Watremez


    Les derniers livres des deux auteurs

    « La Foi des démons ou l'athéisme dépassé »

    de Fabrice Hadjadj

    « Le sacré, cet obscur objet du désir ? »

    de Marie Balmary, Jalil Bennani, Dany-Robert Dufour, Jean-Claude Guillebaud

    photos : En haut, Jean-Claude Guillebaud, en bas, Fabrice Hadjaj

    Fabrice Hadjadj (né en 1971 à Nanterre) est un écrivain français.

    Né dans une famille de confession juive, de parents militant révolutionnaires maoïstes en mai 68, athée et anarchiste durant son adolescence, il se convertit brusquement au catholicisme en l'Église Saint-Séverin à Paris, et sera baptisé à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en 1998. Il se présente lui-même comme "juif de nom arabe et de confession catholique".

    Jean-Claude Guillebaud est un écrivain, essayiste, conférencier et journaliste français connu pour ses reportages importants dans le monde des idées.

    Il est né à Alger en 1944. Journaliste au quotidien Sud Ouest, puis au journal Le Monde et au Nouvel Observateur, il a également dirigé Reporters sans frontières. Il a été lauréat du Prix Albert Londres en 1972. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il tient une chronique hebdomadaire sur la vie des médias dans le supplément télévision du Nouvel Observateur et une chronique d'observation de la société et de la vie politique françaises dans l'hebdomadaire catholique La Vie. Au printemps 2007, il parraine l’agence de presse associative Reporters d'Espoirs. Depuis juin 2008 il est membre du conseil de surveillance du groupe de presse Bayard Presse