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  • « Kyrios Missel... » - « Le balcon de Spetsai » de Michel Déon

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    littérature, michel déon, Amaury Watremez, Grèce, SudÀ propos de « le Balcon de Spetsai » de Michel Déon en Gallimard Folio

     J'évoquais ici mes envies de Sud déjà...

    image ci-contre prise sur Amazon

     

    Je suis tombé tout à fait par hasard sur ce livre qui invite à partir vers le Sud, qui je rappelle n'est pas le Sud réel mais un Sud utopique et rêvé, patrie des rêves et de ceux qui ont encore une âme, grâce à une opération du genre de « Paris plage » à Évreux, où des livres « mis au pilon » par la médiathèque locale, généralement des bouquins considérés comme « poussiéreux » et pas assez « dans le vent » de la modernitude sont proposés à la lecture des ébroïciens esseulés sur les bancs et chaises longues à disposition des « aoûtiens ».

     

    Ces livres sont tellement méprisés qu'ils sont là pour « faire genre » comme disent les djeuns : on sait très bien qu'ils ne seront pas lus. Déon, généralement classé à droite et parmi les « réacs » n'allait pas échapper à la main lourde des bibliothécaires de l'endroit dont la tâche de nos jours ressemble de plus en plus à celle des pompiers pyromanes de « Fahrenheit 451 ».

     

    Je dois te l'avouer ami lecteur, à l'exception du « Jeune Homme Vert », je ne suis pas vraiment fanatique des romans de cet auteur bien que moi-même « réac » et petit bourgeois hédoniste. Ce livre n'en est justement pas, c'est le journal de l'auteur racontant sa vie frugale mais heureuse sur son île perdue en Grèce avec sa femme avant qu'ils ne partent vivre en Irlande, autre paradis perdu. Toujours les esprits libres, dotés d'un minimum de sensibilité aux autres et au monde, ont eu à cœur de rechercher ces « déserts » loin de la sottise universelle, des préjugés, des lieux communs.

     

    Pourtant, ouvrant « le Balcon de Spetsai », je me suis laissé prendre et n'ai lâché ce livre qu'au bout d'une centaine de pages alors que des nuages menaçants s'amoncelaient au-dessus de la ville. Le bleu du ciel, le soleil éclatant un petit moment, et le bruit de l'eau de la rivière toute proche, ont été ce court instant qui me parut éternel le bleu du ciel de Méditerranée, le bruit de la rivière était celui des vagues à Nauplie ou Athènes, et le soleil était celui tiré par le char d’Apollon. Qu'à cela ne tienne j'ai alors continué ma lecture sous les portes du théâtre « à l'italienne » la pluie tombant comme une pluie tropicale comme sous ces latitudes à la verticale du soleil.

     

    Il évoque également des personnages littéraires de cette époque, des auteurs grecs, Katsimbalis et Katzanzakis, auteur de « Alexis Zorba » et de « le Christ recrucifié » et plus particulièrement les figures de Jacques Chardonne, charmeur avec les dames et cynique encore à soixante-dix-huit ans passés, et Paul Morand, deux autres écrivains rigoureusement « infréquentables » en nos temps de moralisation culturelle à tous crins, lui ayant rendu visite en ces lieux bénis par les dieux, les visages des villageois et des touristes, des étrangers qui sont contrairement à eux des « xenos » incapables de s'adapter, croyant bon d'affirmer sans cesse leur supériorité d'occidentaux libertaires, persuadés de venir guérir de leurs névroses comme ce peintre américain ne peignant que des phallus en diverses situations et sa compagne dont Déon raconte les tribulations tragi-comiques se terminant sur le suicide de l'« artiste ».

     

    Beaucoup plus que des pensums savants et doctes, beaucoup plus que des autofictions de voyage pénibles et narcissiques, Déon sait transmettre avec talent l'essence de ce qui est vraiment la Grèce et la Méditerranée en général, cette douceur de vivre et de respirer paradoxalement mêlées à une violence de sentiments et de sensibilités à fleur de peau. Il y arrive car son écriture a de la chair, du corps, qu'elle coule dans ses veines, qu'elle n'est pas sèche et seulement intellectuelle, que lorsqu'il décrit la peau des vieilles femmes et des vieux pêcheurs l'on a envie de leur caresser leurs rides, de même lorsqu'il peint la beauté des jeunes filles le lecteur sent sous sa paume frémir la douceur d'un sein rond et doux.

     

     

    Il est proche de ces gens dits « simples » par les bourgeois qui les méprisent, enviant leurs liens plus vrais au monde. Et alors qu'il rapporte de Paris des romans de jeunes auteurs, il les jette à la mer, n'en ayant pas besoin, connaissant un bonheur de tous les instants sur cette terre pour lui sainte, bonheur que je comprend l'ayant ressenti de même dans ces régions turbulentes mais que l'on se prend à aimer passionnément de Méditerranée, berceau de nos civilisations.