Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

manga

  • Hitler = SS

    Imprimer Pin it!

    A propos du « manga » « Hitler » aux éditions Cornélius de Shigeru Mizuki

     

    album-cover-large-14358.jpgPour parler du nazisme et d'Hitler, sujets qui fascinent encore de nos jours les auteurs, les historiens, les individus, dans la masse de livres qui y sont consacrés on distingue plusieurs manières de faire :

     

    En faire un monstre en dehors de l'espèce humaine, ce qui est la manière la plus répandue, le point de vue psychanalytique et introspectif comme dans « Maus », qui fait des nazis et des juifs deux espèces différentes ce qui selon moi est un non-sens, l'évoquer avec un humour « hénaurme » et une extrême dérision comme dans « Hitler = SS » de Jean-Marie Gourio et Vuillemin, album d'ailleurs interdit, essayer d'en rire comme dans « la Vie est belle » de Begnini que l'on peut trouver un tant soit peu indécent au final et ce malgré les bonnes intentions.

     

    Et enfin, la plus dérangeante des manières d'écrire dessus, comme dans ce manga, en parler comme d'un être humain qui a laissé sa part d'horreur et de mal prendre le dessus dans son esprit. C'est la plus dérangeante car pour les personnes vivant en 2013 et s'imaginant être au nadir de la civilisation du fait des progrès techniques de notre monde c'est très déstabilisant de voir que cette part d'horreur et ce mal qu'Hitler a laissé croître et se développer et qu'il a communiquée à tout un peuple, son peuple, nous l'avons tous en nous ; mais nous sommes excessivement peu à en être conscients.

     

    Mizuki évoque les différents visages d'Hitler qui n'était pas du tout non plus la marionnette des grands groupes industriels que l'on en a fait également, qui l'ont aidé certes à accéder au pouvoir par peur de perdre ne serait-ce qu'une partie de leurs dividendes. L'auteur montre bien l'humanité d'un des grands criminels de l'Histoire, son ascension progressive vers ce qu'il pensait être un destin presque cosmique. Il faut s'adapter au style particulier des images et bien entendu de la lecture de la droite vers la gauche, mais ce style est en cohérence avec l'intention de l'auteur qui offre ici une méditation sur l'humanité du « Führer », sa folie et la folie collective allemande des années 30, plus qu'une biographie didactique et informelle.

     

    Un autre aspect extrêmement dérangeant de cette vie et du nazisme est aussi que l'on en retrouve des aspects dans notre société si avancée, ainsi l'obsession quasiment pathologique de la transparence et du contrôle des corps et des esprits, ainsi les mouvements de masse où la minorité n'est plus rien, ainsi ce rejet constaté un peu partout sur le Net de la différence de pensée, de vie, d'expression et du hors-norme, parfois au nom des meilleures intentions là encore, qui sont deux des caractéristiques des régimes totalitaires. Le rêve humide des nazis les plus radicaux s'y trouve là réalisé pleinement et accepté par la majorité des personnes dans notre monde et sur les réseaux informatiques.

    hitler=ss.jpg

    Il n'y a même pas eu besoin de l'accession au pouvoir d'un Hitler.

     

    D'autres aspects célébrés par les nazis sont également complètement intégrés et réalisés dans notre société dite libérale-libertaire. Hannah Arendt disait avec pertinence que le nazisme ne faisait somme toute qu'exacerber des tendances latentes déjà à l’œuvre dans le libéralisme et dans la plupart des idéologies. L'eugénisme, la suppression des plus faibles, des « inutiles », des vieux, des malades, des handicapés, le darwinisme social sont devenus parfaitement tolérables dans notre monde, et là encore au nom d'une idée complètement délirante du bien collectif qui méprise la liberté individuelle.

     

    Qui les remet en question parmi les intellectuels « kipensent » et que l'on écoute en France maintenant ? Quasiment personne.

     

    Mais hélas, nous vivons dans une période où personne ne souhaite vraiment être dérangé dans des certitudes bien confortables, des certitudes qui ne changent rien aux questions soulevées et aux réponses apportées.


    couverture prise ici

    la couverture de Hitler = SS prise sur le site de la bédéthèque

     

  • « Cow-Boy Bebop » - télescopage d'univers

    Imprimer Pin it!

    japan-cowboy-bebop-001.jpgDans la Science-Fiction grand public, il est intéressant de noter que les réussites les plus notables en matière de création d'univers, d'histoires ou de personnages sont souvent des « anime » japonais : « Ghost in the Shell », la meilleure adaptation des mondes délirants de Philip K. Dick à mon avis (que l'on voit d'ailleurs dans le film) et « Cow-Boy Bebop », western inter-galactique, film de détective et « space opera » teinté de nostalgie tout à la fois. Dans cette série et le film qui en a été tiré, c'est tout le système solaire qui est devenu un amoncellement de non-lieux, de toutes les cultures terriennes, en 2071. Tout y est quantifiable, rien ne semble avoir vraiment d'importance quant au côté humain. Les « cow-boys » y sont des chasseurs de primes qui traquent les criminels que le police a du mal à retrouver, la série en suite quatre : Spike Spiegel (qui porte le même nom qu'un producteur bien connu de Série noire), ancien membre de l'organisation criminelle « les dragons rouges » qui trompe son inadaptation en vivant dangereusement et en cherchant une rédemption difficile après un amour perdu, Faye Valentine, très belle, très intelligente et dure en affaires, ancienne joueuse endettée et amnésique , Jet Black, ancien flic reconverti, mécano et dur à cuire, pourtant le plus tendre de la bande et Ed, une petite fille quasiment autiste, génie de l'informatique extrêmement intelligente, dans la tête de laquelle s'est logée une intelligence artificielle qui essaie de comprendre l'humanité. La plupart du temps, ils tirent le diable par la queue en ramenant aux autorités du menu fretin, ce sont des losers magnifiques au même titre que Sam Spade ou Philip Marlowe, car finalement ils sont tous les quatre d'une intégrité sans failles. Leurs aventures sont rythmées par des morceaux de Thelonious Monk ou John Coltrane, Aretha Franklin ou Ray Charles. C'est un mélange hétéroclite, qui témoigne des goûts très éclectiques du réalisateur, Shinichiro Watanabe, qui a réalisé également trois courts métrages intégrés à « Animatrix » (45 minutes en tout, largement supérieures au deuxième et au troisième film en « live »).