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manchette

  • Manchette au cinéma

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    à propos de « les yeux de la momie », « Chroniques Cinéma » de Jean-Patrick Manchette chez « Rivages-Noir » (Payot)

     

    Je parle aussi de Manchette à ce lien

     

    cvt_Chroniques-cinema_8562.jpegJ'aime bien ce qu'écrit Manchette sur la Littérature, sur l’Écriture et maintenant aussi sur le Cinéma, ami lecteur, je n'y peux rien même s'il est, apparemment, aux antipodes de mes convictions et de ma foi. Je ne vais quand même pas m'en excuser. J'aime beaucoup son « Journal » où il raconte sa vie de lecteur et aussi d'écrivain, ses « petits boulots » de traducteur, toujours pris au sérieux cependant, ses relations avec le milieu déjà endogame de l’Édition, et irrigué par le copinage, à de rares exceptions, avec celui du cinéma et ses producteurs s'en foutant (du cinéma), à de rares et notables exceptions là aussi, songeant surtout au fric et au femmes que cela leur permet de se payer.

     

    D'aucuns le qualifient de « puceau hypokhâgneux » découvrant le polar en gros pour s'encanailler, d'autres le trouvent un peu trop à gauche pour leur goût. Sur la première objection, je ne vois pas trop pourquoi un diplômé n'aurait pas le droit de s'intéresser à la littérature dite « de Genre », sur le deuxième point, il savait en tout cas largement transcender ses opinions car ami, entre autres, avec ADG, un auteur plutôt à droite-droite. Et puis je me sentirais toujours plus proche d'un type ayant au moins des idéaux, un rêve en tête, fût-ce une utopie dont on sait ce qu'elles donnent généralement lorsqu'elles sont mis en pratique, au lieu que « des petits jeunes gens réalistes » ayant intériorisé le cynisme abject de ce monde....

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  • Se perdre dans les « Chroniques » de Jean-Patrick Manchette

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    À propos de « Chroniques » de Manchette chez Payot, collection « Rivages noirs »

    littérature, société, manchette, amaury watremez, polars, romans noirs

    Ci-contre l'auteur du blog se prend pour Martin Terrier

     

    Dans mes bagages pour Pamiers, excellent village typique et tellement pittoresque du sud de notre beau pays dont les habitants sont tellement plus simples qu'au nord, j'ai emporté les « chroniques » de Manchette sur « le genre » en général, le roman noir et le « polar » en général, qui se passe sur les marges de notre société, les « classes dangereuses » qui font encore peur au bourgeois, parmi les « soldats perdus » de guerres inavouables, dans des paysages urbains de béton et de grisaille. L'on y boit sec, l'on y fume comme des pompiers (comme Manchette), les femmes y sont traités sans égard, et je suis même certain que les personnages de « romans noirs » ne mangent pas cinq fruits et légumes par jour et qu'ils se foutent complètement du développent durable.

     

    Il se rapproche dans ce livre de « chroniques » sur les « polars » pour « Charlie Mensuel » (celui de Choron, pas celui du copain de Carla Bruni) des écrits sur la musique de Lester Bangs, des articles « gonzo » de Hunter Thompson sur la politique ou du livre de Tom Wolfe sur le tour d'Amérique psychédélique et hallucinatoire des « Merry Pranksters », « Acid Test ». Lester, le docteur « Gonzo » et Tom Wolfe écrivaient par amour des Lettres qui sont pour eux un enjeu précisément existentiel. Ce n'est pas tellement le sujet de leurs livres qui les rend si attachants mais le style avec lequel ils en parlent, leur passion, leur rigueur d'analyse, leur subjectivité parfaitement assumée et légitime.

     

    Je n'ai jamais bien compris pourquoi un auteur qui écrit sur la littérature ou toute autre chose devrait être objectif, il est beaucoup plus intéressant qu'il prenne le risque de choquer, de déplaire et aussi de partager ce qui le passionne autant.

     

    Manchette est, tous les écrivains cités au-dessus le sont, d'une époque moins triste que la nôtre, il y avait dans les années 60, quand il commence à lire et écrire, et dans les années 70, un bouillonnement d'idées et de rêves que les cyniques, les vrais, appellent des illusions. Les auteurs actuels, à de rares exceptions, ont tous retenu la leçon des « petits jeunes gens réalistes » qu'évoque Bernanos dans « Les Grands Cimetières sous la Lune ». Ils font de la littérature pour ces bourgeois « libérés » qui pensent qu'aller à Clichy en « mob » le soir est une expédition tropicale ou des romans à l'eau de rose avec placements de produits comme Marc Musso ou Guillaume Lévy. Ils restent dans « leur » case, ont « leur » rond de serviette dans une émission de télé ou une autre, s'ils sont des « bons » clients bien entendu.

     

    L'écrivain tout comme le lecteur assidu sont également de nos jours « psychanalysés », et le diagnostic tombe vite : s'ils lisent, s'ils ont le temps de lire ces salauds c'est parce que ce sont forcément des êtres narcissiques, infantiles, des inadaptés qui ne veulent surtout pas se laisser aller aux compromis de toute nature auxquels le système les enjoint de le faire, des petits compromis réputés indispensables à faire (lécher les bottes de telle ou telle figure d'autorité, y compris celles que l'on méprise, entre autres) qui s'additionnent et ouvrent sur l'abîme, un abîme de vacuité morale ne paraissant pas choquer outre mesure en 2014 en France.

     

    L'amoureux de littérature s'oppose à ce consensus presque général et somme toute abject, il sort du rang, c'est un orgueilleux vaniteux car à notre époque toute velléité d'indépendance est considéré comme de la vanité insupportable, l'imbécile ignare étant persuadé qu'il compense son inappétence à la culture car maintenant « y a Internet » (« ouquipédia » et « gougueule » sont les deux béquilles de ces cancres assumés d'un nouveau genre).

     

     

    Manchette ne parle donc pas seulement de littérature, vois tu ami lecteur, il parle aussi de notre monde où l'écriture et la lecture ne sont plus pour la plupart des gens qu'un vague souvenir perdus qu'ils sont dans l'inculturation générale due à un matraquage continuel de la publicité et, ou de la télévision qui encouragent les individus à une allégeance totale afin de pouvoir consommer encore un petit peu des « smartefônes » et autres gadgets parfaitement inutiles. Le monde de 2014 est bien pire, bien plus déshumanisé que celui où erre Martin Terrier ou Tarpon, bien plus dur, tout y a un prix y compris les personnes.

  • Ecrire, vivre, être soi-même : tribut à Manchette, "Buk" et d'autres

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    littérature, politique, société, écriture, Manchette, BukovskiFinalement, la manière idéale d'écrire un blog selon moi serait de le faire un peu à la manière du fabuleux « Journal 1966-1974 » de Jean-Patrick Manchette dont j'attends avec hâte le deuxième tome, un type qui sait très bien qui il est, quels sont ses défauts, ses qualités aussi, qui se livre mais pas trop restant lucide sur l'espèce humaine. Comme toutes les personnes réputées un peu trop sensibles elles sont en fait clairvoyantes sur leurs semblables et elles-mêmes, empathiques et généreuses dans ce désir qu'elles ont constamment de partager leurs enthousiasmes, leurs peines, leurs colères que d'aucuns assimilent trop souvent à de l'égocentrisme, l'auteur, ou l'auteur-e serait forcément un, une narcissique qui chercherait surtout à faire parler d'elle, de lui, raison pour laquelle elle écrirait, ce que les médiocres disent de la plupart des autres, certes c'est exact pour ces auteurs pour qui la traversée du Périphérique est une aventure.

     

    Chez Manchette, tout comme chez d'autres personnes qui écrivent, dont ceux avec qui j'écris, qui me fait grandir, qui me ramène vers qui je suis, ce que je vaux, ce que je pense, qui me montre que tout cela me construit, je perçois les cabossages de la vie, les blessures qui font que contrairement à l'adolescent ou au jeune adulte que l'on a été, l'on n'a plus le désir d'être quelqu'un d'autre, une princesse, un super-héros, un policier, un pompier, mais d'être soi-même jusqu'au bout et d'épanouir ses dons, comme l'écriture, ce qui est certes une quête difficile mais hautement salutaire dans une société qui ne s'est pas beaucoup améliorée depuis trois ou quatre décennies, célébrant l'apparence, le mensonge et la fausseté de sentiments, les faux-semblants.

     

    littérature, politique, société, écriture, Manchette, BukovskiC'est concrètement subversif de vouloir être soi-même, de vouloir être authentique et refuser absolument les compromis qu'imposeraient ce monde dans lequel nous vivons qui souffre d'abord et avant tout d'une grave crise morale. Bien sûr, de ceux qui aspirent à cette vérité individuelle et collective on dira que ce sont des emmerdeurs, des emmerdeuses, des empêcheurs de tourner en rond, de jouer la comédie sociale, comme Bukovski racontant dans « Shakespeare n'est pas obligé » son périple de 1978 en Europe à la fois nostalgique, il est né en Allemagne, et picaresque, et grotesque. « Buk » s'en foutait complètement de plaire aux critiques qu'il convenait, aux journalistes en vue, pour peut-être plus tard devenir un de ses « bons clients » insupportables de la télé.

     

    Bukovski ne pouvait pas faire autrement d'être complètement lui-même sans se compromettre à cause de son histoire personnelle, de sa peau grêlée et de sa trogne d'alcoolo, ce qu'il n'a jamais essayé de cacher. Il est normal que ceux qui sont plus enclins à voir le monde tel qu'il est aient besoin de s'envoyer des boissons fortes et du vin dans le cortex, de clopes, comme Manchette, et d'autres, voire de se comporter en ogres, il faut bien ça pour tenir parfois face à la sottise que l'on ressent un peu plus que les autres, à la banalité du mal.

     

    A contre-courant de ces emmerdeurs, je pourrais écrire par exemple des phrases comme celle ci-dessous, des phrases hyper-positives et rose-bonbon, dans le genre du père Hugo en beaucoup plus affadi en me prenant pour le modèle de cette toile romantique bien connue, de Caspar Friedrich, qui pose avantageusement sur fond de montagnes toutes blanches, de ciel tout bleu et de nuages cotonneux comme il faut :

    littérature, politique, société, écriture, Manchette, Bukovski

    « L’Amour est révolution, l'Amour est comme une orbe flamboyante et frémissante qui surgit brûlant de l'aurore et se couche au crépuscule à l'orée de la nuit sombre et froide ».

     

    C'est beau, non, ami lecteur, tu ne trouves pas ? Et en plus c'est vraiment de moi, (se vante-t-il) Mais moi, ton auteur préféré j'en conviens et toi aussi, j'aurais l'impression de ne pas avoir écrit grand chose, ou ce genre de déclamations que les adolescents font quand ils pensent aimer alors qu'au fond ils ne songent qu'à faire l'amour avec la personne qu'ils désirent en enrobant les sentiments avec un peu, beaucoup de sucre.

     

    C'est donc se leurrer. Il n'y a pas que les adolescents qui se leurrent, les grandes personnes aussi. Elles veulent vivre des expériences sans s'inquiéter des conséquences, aller voir chez le voisin ou la voisine si l'herbe est plus verte, se prendre pour ce qu'elles ne sont pas tout en espérant que cela ne grève pas trop leur confort matériel, et intellectuel, moi y compris qui souffrait il y a quelques années du fameux complexe du chevalier blanc. Au pire, ensuite ces grandes personnes rentrent bien sagement au bercail et acceptent bien sagement ces compromis rappelés plus haut (tu suis ami lecteur?) qu'on leur présente comme obligatoires, nécessaires pour assouvir malgré tout leurs pulsions égoïstes ne serait-ce qu'un petit peu.

     

     

    L’Amour prétendu, sincère ou pas, de l'Humanité ou de la personne aimée « comme dans les livres », pourtant les auteurs classiques nous ont suffisamment averti, si cela existe il mène surtout à la folie solitaires ou avec plusieurs, la passion dangereuse et les passions tristes, la souffrance, il occasionne de nombreuses blessures en plus, tout comme l'utopie mène le plus souvent au cauchemar. Il amène au désespoir, qui lui n'est pas « comme dans les livres », le désespoir est sédentaire et une fois installé ne bouge pas d'un pouce. On arrive à le faire partir en apprenant à vivre les bonnes choses, à les accepter simplement sans plus de cérémonies, à se laisser emmener par celles ou ceux qui vous aident à progresser et non ceux qui vous tirent par les pieds vers le bas, avec le risque de tomber dans l'abîme.

     

    Toile de Caspar Friedrich prise ici