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livres

  • Piéton de Paris

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    à propos de « Le piéton de Paris suivi de D'après Paris » de Léon-Paul Fargue chez « l'Imaginaire » aux éditions Gallimard

     

    paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezIl y a des livres dont on sait à en parcourir seulement quelques lignes chez son dealer habituel qu'ils seront essentiels pour vous, ainsi « le Piéton de Paris » de Léon-Paul Fargue. Paris est maintenant une ville muséifiée pour touristes et parvenus, et leurs « héritiers », une ville « gentryfiée » dans la plupart des anciens quartiers populaires. Les endroits véritablement authentiques, loin du ripolinage que l'on trouve partout ailleurs, sont de plus en plus rares. Mais ils existent encore, je ne les donnerai pas ici, il faut qu'ils demeurent secrets.

     

    Il convient que vous les cherchiez, et découvriez ensuite, par vous-mêmes.

     

    paris, littérature, société, livres, politique, paris capitale, hidalgo, amaury watremezJ'ai une passion presque amoureuse pour Paris où je suis né, j'adore en arpenter les rues. Et je déteste viscéralement les clichés perpétués depuis des décennies sur cette ville entre « chromos » pénibles à la Doisneau et mythes autour de « témoins » à la Michel Audiard ou à la Antoine Blondin. On exalte le soiffard ayant le sens de la formule argotique en oubliant combien il devait être pénible dans la vraie vie, en particulier avec les femmes. On est fasciné par les « mauvais garçons » que certains d'entre eux étaient pour jouer les affranchis par procuration tout en restant bien sages par ailleurs.

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  • Rentrée littéraire et mildiou

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    littérature, société, livres, rentrée littéraire, amaury watremezLa rentrée littéraire 2015 est le sujet de mon dernier article sur "Mauvaise Nouvelle" entre les ôteurs parlant de leur Oedipe torturé et ceux faisant leur psy en "live" sur papier...

     

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  • Le livre comme nouvelle indécence

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    littérature, livres, politique, sociétéOn entend, on lit souvent dans les médias, journaux, forums et blogues qu'il ne faut pas être pessimiste ni réactionnaire, et encore moins rétrograde, toute personne lucide ou juste un peu critique étant soupçonnée de l'être, si les gosses, et les adultes, ne lisent plus beaucoup de livres, sur support-papier selon le terme consacré, ils liraient beaucoup plus qu'auparavant sur écran grâce à Internet auquel tout le monde a accès via les « smartphones », les ordinateurs et même la télévision. Internet serait un formidable vecteur de savoir alors qu'on sait bien toi et moi ami lecteur que le réseau s'est surtout développé par le porno et les jeux. De plus les livres électroniques sont un outil supplémentaire, confondu avec une fin en soi, et réservés encore à des individus qui sont déjà des lecteurs.

     

    Ce ne sont pas les protestations des internautes qui à les lire sur leurs profils et autres statuts Facebook (TM°) et Twitter (TM°) ne regardent qu'« Arte », ne voient que des films d'art et essai, ne lisent que des livres d'une grande sagesse, qui me convaincront du contraire.

    Cela n'empêche pas les chantres du progrès technique bienfaiteur et porteur de bonheur universel de continuer à chanter sur tous les toits leur refrain pénible, et dans le même temps de veiller à ce que leur progéniture soit protégée de ces dérives regrettables.

     

    A se demander aussi qui achète les livres de Guillaume Lévy et Marc Musso ? A se demander aussi qui regarde encore TF1 (TM°) ou NRJ12 (TM°) ?

     

    Le livre, et ce pas seulement à cause d'Internet, mais aussi du fait de réformes pédagogiques de l'enseignement des Lettres, de l'apprentissage de la Lecture et de l'Écriture toutes plus remarquables les unes que les autres, fait maintenant peur. Il incommode, crée un inconfort chez ceux qui n'en ont plus l'habitude. Lire est au mieux une corvée indispensable imposée par les profs qui eux-mêmes ne lisent plus pour réussir scolairement, dans une optique utilitariste du savoir qui n'est perçu que comme une préparation à la vie active et à devenir un consommateur docile et polyvalent comme les autres.

     

    J'en veux pour preuve cette petite anecdote dans une bibliothèque publique : deux ados demandent à un bibliothécaire s'il a des livres sur l'impressionnisme. Celui-ci les guide jusqu'au rayon, leur montrant les ouvrages concernés sur les rayons, en leur indiquant qu'ils avaient le choix entre des ouvrages de vulgarisation et d'autres plus pointus. Les deux gosses alors que leur « cicerone » en livres les laissait se débrouiller restèrent plantés au moins cinq bonnes minutes devant le rayon, à tripoter pour l'un son téléphone dans sa poche, qu'il cachait maladroitement, pour l'autre à se ronger les ongles. S'étonnant de leur apathie apparente, et de leur stress, le bibliothécaire revient en demandant gentiment ce qui ne va pas, qu'il avait peut-être mal compris quel était le sujet de la recherche ?

     

    « C'est pas ça » répondit un des deux adolescents en se tortillant sur place, qui avoua entrer à l'université en septembre, « c'est juste qu'il est gros, que c'est écrit petit et qu'il n'y a pas d'images ».

     

    Un peu effaré et les prenant plus ou moins en pitié cependant, l'adulte leur montra comment utiliser l'index et la table des matières et leur indiqua les numéros des pages à consulter. Ce qui fut inutile car l'autre ado suggéra que ce serait mieux d'aller sur Wikipédia, et que « faire du copier-coller serait quand même plus rapide ». Un petit peu plus effaré, leur « ange gardien » improvisé leur rappela qu'il ne retiendrait rien de ce qu'il copierait-collerait, ce qui leur ne paraissait pas bien grave, ils le rassurèrent en lui affirmant que de toutes façons selon eux « l'histoire de l'art ça sert à rien plus tard dans la vie active, c'est juste pour un dossier de culture générale... ».

     

    Pour ces jeunes « presque-adultes » contemporains, prendre un livre sur les rayons d'une bibliothèque pour travailler est un geste strictement anti-naturel, et le prendre pour se détendre, à de rares exceptions notables, est encore plus « contre nature », la culture devenant à leurs yeux une indécence honteuse, quelque chose que l'on doit cacher sous peine d'être en plus soupçonné de prétentions. Nous sommes bel et bien entrés dans une nouvelle culture, mais il n'est pas certain que celle-ci suscite un progrès des consciences.


    image, la toile célèbre de Fernand Léger, empruntée ici

    ci-dessous la bande-annonce de "La lectrice" de Michel Deville, qui est aussi un excellent livre de Raymonde Jean

  • « Rivegauchez vous » - Soutien inconditionnel à Natacha Braque

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    Rivegauchez vous aussi sur Agoravox !

    A ce lien une interview exclusive de Natacha Braque, "l'indignée de Saint Germain des Prés", Bravo Natacha !

    Le portrait de Natacha est du site du nouvelobs sur l'article indiqué en lien

    politique,livres,littérature,société,pamphletsIl m'a été assez reproché depuis que je commets des articles sur le Réseau d'être un type un peu trop sceptique quant aux belles causes humanitaires, qui ne se soucie pas suffisamment du développement durable, du commerce équitable et de la biodiversité en centre-ville, et qui parfois ose ironiser sur tout cela, et qui, c'est encore pire, ô sacrilège se fiche complètement que la littérature soit engagée ou « politichiante ».

    image empruntée ici

    78336453_o.jpgEt même, malheureux que je suis il m'est arrivé de louer abondamment les mérites des livres de Jourde et Naulleau, et aussi celui que ce dernier a écrit avec monsieur Domecq pour railler la conception tournée vers le progrès et la lumière de la raison.

    Pour ça, je me repens humblement, oui je me repens (geste suit, voir fig 1)

    C'est aujourd'hui terminé, je me joins ici à tous ceux qui veulent défendre ce qui peut encore l'être de la culture telle qu'elle est pratiquée « rive gauche » car sinon, il y a un risque vraiment trop flagrant pour que reviennent les « z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM)°.

    Bien sûr, si je parle de la Rive gauche et du livre de Natacha Braque, il est indispensable que je parle de moi et de ma vie évidemment trépidante et passionnante un minimum.

    C'est par l'entremise de Pascal Fioretto, auteur de parodies que j'ai beaucoup apprécié, (Ici je lâche un nom connu car de nos jours, si l'on est concerné par la littérature, cela n'exclut pas de montrer que l'on connaît des personnalités) que j'ai eu connaissance lors de sa demande de contact sur « Facebook » (TM°) (car oui il m'a demandé en contact sur « Facebook » (TM°) dit-il modestement). Mark Zuckerberg, ce roi des geeks, soit béni, lui qui inventa ce réseau un soir de solitude un peu plus dur que les autres !

    Note personnelle : Rive gauche on trouve que « Facebook » (TM°) c'est bien dans le cas des « printemps arabes », mais que sinon en Europe c'est un truc de plouc ou de beauf décérébré qui ne fréquente pas les mêmes sphères intellectuelles qu'à Saint Germain des Prés.

    C'est bien légitime !

    J'ai donc été ému aux larmes par le livre courageux et indispensable de Natacha Braque (la gloire du Très Haut du Tout Puissant, du Miséricordieux soit sur elle !) qui a pris comme exemple la prose déjà remarquable de Saint Stéphane Hessel.

    Je ne la connais pas, c'est même je crois son premier ouvrage, mais je la soutiendrai jusqu'au bout, quitte à ce que l'on me passe sur le corps, et même que l'on me passe sur le corps plusieurs fois tant qu'à faire.

    La « rive gauche » de Paris, en particulier le quartier de Saint Germain des Près, est encore en 2012 un endroit extraordinaire, et pas seulement pour les films et séries américaines dans lesquels Paris se réduit à ce quartier, avec des types habillés en « apaches » 1900 et des filles outrageusement maquillées, des garçons de café qui sont tous des petits gros moustachus qui disent très bien « Sanque Iou, Miss ».

    En effet, on peut aller boire à la terrasse des « Deux Magots » un expresso beaucoup plus cher que partout ailleurs dans la capitale, et à la Closerie des Lilas, il est tout à fait possible de partager un pastis ou un demi, ou deux, avec un chanteur « énervant » (note prudente : c'est lui-même qui le dit).

    Ce sont déjà deux éléments tout à fait merveilleux et en faveur de cet endroit, et de qu'il produit en matière de littérature ou de réflexion intellectuelle fondamentale, ne serait-ce que culturellement.

    C'est devenu un lieu mythique dans l'esprit de ceux qui font la vraie culture de maintenant depuis que madame Gréco (comme elle l'a elle-même souvent raconté) a perdu son manteau dans l'escalier d'un café miteux, le « Tabou », qui faisait aussi boîte échangiste pendant la Seconde Guerre Mondiale, et qu'elle en fait avec d'autres amis, dont Boris Vian, la première des « caves » de Saint Germain des Prés, avec d'autres fêtards existentialistes (ou existentialistes fêtards je ne sais plus trop), pour la plupart disciples, pour les garçons, de Jean-Paul Sartre, le plus grand philosophe de gauche progressiste du XXème siècle (en effet c'était le seul à pouvoir faire rouler ses yeux en sens inverse l'un de l'autre, Woody Allen prétend que Nietzsche pouvait se lécher les sourcils cela dit, mais Nietzsche est hors concours, même si à Saint Germain des près, on le soupçonne d'avoir influencé un peu les nazis), et pour les filles de Simone de Beauvoir, la première féministe bourgeoise à turban, des beaux quartiers qui n'ait jamais existé.

    Quand on pose la question à des « germanopratins » (habitants de Saint Germain des Près, je précise pour nos lecteurs ruraux), il semble qu'il n'y ait nul besoin de les avoir lu pour en dire du bien, connaître deux ou trois anecdotes cocasses, deux ou trois concepts ou clichés sur ces deux auteurs suffit, dont retenir qu'en gros l'existentialisme c'est faire la fête, boire, coucher à droite à gauche. Enfin, il est indispensable que le jeune habitant de ce quartier dispose d'une mèche de cheveux de bonne longueur, tandis que sa compagne devra quant à elle montrer quelques névroses distinguées de pauvre petite fille riche et malheureuse.

    Bien sûr en parlant de Saint Germain des Prés, on pourrait évoquer aussi Antoine Blondin, dont il convient surtout de rappeler qu'il buvait beaucoup, Roger Nimier, dont il importe surtout à Saint Germain d'évoquer sa mort en voiture de sport, ou Jacques Laurent, mais ces auteurs ont pour désavantage de préférer à Sartre et Beauvoir des écrivains infiniment moins fréquentables comme Chardonne ou Céline, ou encore Marcel Aymé, et de ne parler dans leurs romans que de sujets futiles comme l'amour, le désenchantement, la sottise des grandes personnes en général et de faire montre d'un hédonisme à la fois littéraire et personnel tout à fait mal placé pour n'être pas suspect.

    En effet, ces auteurs n'écrivaient pas pour faire connaître au public des grandes causes fondamentales, mais par plaisir de la littérature avant tout tout comme une certaine Françoise Sagan qui bien de gauche avait un mode de vie et une idée de l'écriture trop proche des auteurs sus-cités pour être totalement honnête dans sa « gauchitude ».

    « Rivegauchez vous » à ce lien

  • (Re)Lectures de vacances 4 – Les esprits forts, Sade et la petite musique d'Antoine Blondin

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    Sur Agoravox aussi

    Dédié à deux lectrices de Sade (E. et J.), qui je suis sûr, ne m'en voudront pas...

    Je m'étonne encore : que font les naïfs ou les crédules encore maintenant pour passer pour des esprits forts quand ils parlent de littérature ? Ils évoquent Sade, qu'ils ont lu en diagonale. Rappelons que quelques uns de ses écrits sont dans le « Lagarde et Michard » depuis une demie-douzaine de décennies déjà, à destination des collégiens, et que les lycéens peuvent le présenter au bac français,ceci à l'inverse d'Antoine Blondin qui est au fond beaucoup plus sulfureux aux yeux des tenants du bien-penser littéraire actuel et beaucoup moins fréquentables.

    image de Sade ci-dessous prise ici

    200px-Marquis_de_Sade_prisoner.jpgCar si on cite en exemple l'emprisonnement du « divin marquis » du fait de sa trop grande liberté supposée, beaucoup feront la moue sur les multiples nuitées que Blondin passera en cellule de dégrisement avec des cloches ou d'autres âmes en peine comme lui, angoissés joyeux, paumés célestes.

    Bien sûr, un grand nombre de potaches a découvert la littérature, ou le cinéma, parce que cherchant des femmes nues ou des scènes sensuelles dans les livres ou les films, contrairement à ce que ces mêmes potaches prétendront devenus adultes, ce n'était pas toujours par appétence pour la culture qu'ils se sont plongés dans les livres. C'est somme toute logique, la littérature ne vient pas que du cerveau, mais aussi des tripes, de la chair.

    Que l'on excuse ici ma subjectivité mais Sade ne m'a jamais vraiment enthousiasmé. Dans le style transgressif littéraire, et/ou érotique, je lui préfère largement Henry Miller, Georges Bataille, Huysmans ou Jean Genet, voire les écrits de femmes beaucoup plus audacieuses et libres, à mon sens, comme Anaïs Nin ou Alina Réyès, Sade raconte des histoires qui n'effaroucheraient même plus une chaisière de Saint Honoré d'Eylau et ne ferait même pas rougir un enfant de chœur qui voit maintenant bien pire grâce aux progrès de la technique moderne, des mélodrames avec jeunes filles ingénues toujours sur le point de subir un « sort pire que la mort » et des émules du Don Juan de Molière, figure de libertin se prenant pour le Surhomme de Nietzsche, justifiant ses désirs en l'enjolivant par de la littérature et des formules ronflantes.

    Ils retiennent surtout de Sade, devenu un classique sentant le souffre, qu'il serait un précurseur de la pan-sexualité moderne qui serait l'apogée du progrès des consciences, au delà des interdits imposés par une Église forcément perçue comme arbitraire et maintenant une chape de plomb sur les populations avant la fameuse Nuit du 4 Août 1789 qui on le sait a aboli tous les privilèges, il est bien connu il n'en reste d'ailleurs plus un seul (sic).

    Sade, comme le dit Kléber Haedens dans « une Histoire de la littérature française », a une « imagination courte et monotone » et ses écrits ne témoignent pas d'une nouvelle philosophie qu'impliquerait leur obscénité tortueuse mais de son profond désespoir constatant de par sa sensibilité jusqu'où l'être humain, donc lui même, est capable de descendre, se complaisant dans l'abjection. Il est de ses lecteurs qui d'ailleurs l'aiment car ils partagent son désespoir face à l'être humain ou trouvent une consolation, une justification, à leurs propres errements, consolation dont ils n'ont aucun besoin au fond car ce qui ne les a pas tué, la nuit, l'école du soir comme l'appelle Blondin, les a rendu plus fort.

    Je tiens à le préciser ici, il n'est pas responsable de la vanité creuse de la plupart de certains de ses disciples actuels qui sont autant de « Bouvard et Pécuchet » progressistes. Et il ne s'agit pas dans cet article de le jeter aux orties mais simplement de le remettre à sa place.

    Un écrivain doit avoir une utilité sociale bien précise, être engagé dans le sens du progrès, qui est aussi actuellement celui du sens du vent, les écrivains étant plutôt proches des girouettes quant à leurs engagements.

    Et quand j'évoque ces auteurs vendant leur cause, j'évoque ceux de droite comme de gauche.

    Que l'on ne se méprenne pas, ce n'est pas l'engagement en soi que je critique ici mais la posture, l'attitude d'auteurs qui écrivent en s'imaginant déjà en photo dans les précis de littérature futurs, ou en statues dans les squares.

    Quand Bernanos défend les causes qui lui tiennent à cœur, c'est pour lui une question de vie ou de mort, tout comme Orwell, Simone Weil et d'autres pour qui la littérature était aussi une question de vie ou de mort.

    Roger Nimier a bien défini le problème des écrivains qui prennent la pose engagée :

    « La littérature engagée, avec son air martial et ses bonnes résolutions, est sympathique dans la mesure où les fayots sont sympathiques dans un régiment de cavalerie. » dans "Les écrivains sont-il bêtes" chez "Rivages", sorti en 1990.

    portrait d'Antoine Blondin, alias "Monsieur Jadis", pris ici

    le-roman-un-singe-en-hiver-recoit-le-prix-interallieantoine-blondin-.jpgIls auraient du mal à comprendre la « petite musique » des mots d'Antoine Blondin, qui parle formidablement de son amitié avec Nimier dans « Monsieur Jadis », relu après avoir été retrouvé dans un bac de bouquiniste pas loin du quai Voltaire, par exemple, qui n'est pas là pour évoquer une cause ou une autre, sinon pour en moquer la vacuité et la prétention, mais qui écrit pour conjurer la détresse qui est la sienne, une détresse qu'il ne craint pas de montrer, une détresse enfantine mais non infantile face à la cruauté et la sottise des êtres humains qui assurent être normaux et équilibrés.

    Finalement, un homme comme lui qui n'a pas peur de se décrire comme faible et tellement faillible, tellement blessé dans ses romans, est plus respectable à mon sens qu'un esprit fort plus « sadien ». Il me semble aussi que les véritables écrivains se retrouvent tous dans ces excès de sentiments, d'alcools aussi, d'amour et d'écriture.

    Blondin ne contrôle pas grand-chose, ne se soucie même pas de laisser à la postérité une œuvre qui finira à l'Académie, il boit trop avec des drôles d'oiseaux de nui, comme « Popo », une de ces femmes sans âge avec qui il partait souvent en voyage par l'alcool et les tribulations presque picaresques si elles n'étaient teintées d'une extrême mélancolie, comme Albert Vidalie, qui refait toute la bataille d'Austerlitz un soir au « Bar-Bac » ou Dieulefils, pendant masculin de Popo, et un avocat plus ou moins menant une vie non de bâton mais de barreau de chaise bien sûr.

    Il était peu doué dans ses amours chaotiques sans jamais sombrer dans le grotesque du vaudeville bourgeois.

    Dans une époque où la « normalitude » et une décroissance de l'intellect sont de rigueur, que toute cette littérature passe pour inutilement égotiste dans l'attente du Grand soir et des petits matins blêmes, il est logique que les esprits forts préfèrent s'imposer la lecture de Sade, dont ils se proclament un peu rapidement les héritiers, que de Antoine Blondin, ce qui est dommage.

    C'est dans les époques troublées que l'on a le plus besoin de cette apparente futilité et de ces oiseaux du soir, ces enfants trop vite grandis peu adaptés à la vie que sont les auteurs comme celui de « Monsieur Jadis ».

    Deux critiques pourtant aux antipodes politiques qui disent encore plus sur « Monsieur Jadis »

    « Ses personnages sont de vieux frères en qui l'on entend chanter la nuit »

    Kléber Haedens

    « Et que de détresse pour un tel bonheur d'écrire »

    Yvan Audouard

  • La culture générale ça sert à rien !

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    En débat sur Agoravox

    En France, les « humanités » dites « bourgeoises », en particulier les Lettres, et un peu plus les Lettres Classiques, ont peu à peu perdu du terrain en quarante ans, après « Mai 68 » (vous savez, « Soissantuite », quand la France est passée une première fois "de l'ombre à la lumière », pour reprendre une formule qui a fait florès). La culture générale serait en plus ethno-centriste, entretenant l'orgueil de la culture française, et ça être fier de son pays, c'est mâââl.

    tumblr_lqzgxcR3Af1r0jw5uo1_400.jpgDu passé il fallait faire table rase, donc qu'est-ce que l'on avait à fiche par exemple de ce tragédien certainement « snob » qui mettait en scène des aristocrates antiques, de ce « théâtreux » qui se moque des travers humains (ils n'ont guère changé) : l'avarice, l'hypocrisie, les prétentions, de cet écrivain, c'est certain narcissique, qui part de sa nostalgie enfantine pour raconter finalement son époque, de cet autre enfin qui racontait dans ses contes la vie des petites gens de son quartier, Montmartre, en la magnifiant (mais de quoi se mêle-t-il ?), et de cet autre encore qui écrivait en dilettante et qui buvait trop, etc.. ?

    Les humanités comme la culture générale « ne servent à rien », ne sont pas quantifiables dans la mentalité commune, aux yeux de la majorité, la culture générale n'a, semble-t-il, pas d'utilité immédiate pour trouver du travail et encore moins pour gagner de l'argent, encore un peu moins depuis l'invasion médiatique des F.F.N (« Famous For Nothing » ou « célèbres pour rien »).

    Ce résultat a pu être obtenu grâce aux réformes successives de l'Enseignement, en particulier de l'enseignement du français, et à l'union sacrée et objective des libéraux, pour qui la culture et les « humanités » sont nocives car elles ne servent qu'à rendre le salarié et le consommateur moins docile, taillable et corvéable à merci, tandis que pour la gauche et les libertaires c'était de l'élitisme social.

    Et lire lui permet de développer son vocabulaire, de mieux exprimer ses désirs et donc de ne plus se plier à ceux que la société spectaculaire lui impose, de réfléchir.

    Croire que c'était de l'élitisme est d'ailleurs une grossière erreur, il suffisait pour un quadragénaire d'interroger ses grands-parents sur tel classique dont l'un connaissait encore des vers par cœur quarante ans après, quand l'autre pouvait discuter sans aucune difficultés des mérites comparées de l'œuvre de Dali et de celle de Picasso, alors que l'un et l'autre avaient arrêté l'école tôt.

    C'était donc tout le contraire de l'élitisme. A cela, on répond qu'il ne faut surtout pas dire que c'était mieux avant, l'être cultivé moderne vit comme tout le monde dans un perpétuel présent mouvant et bruyant.

    En fait d'anéantissement de l'élitisme supposé de la littérature, de la musique et des arts, cela a engendré un sur-élitisme dans lequel la culture ou assimilée est réservée à un tout petit milieu selon des codes et un jargon particulier, ce qui permet de donner l'impression d'avoir « la carte ».

    On constate d'ailleurs que même dans ce microcosme, il s'agit moins de paraître cultivé que de l'être vraiment et que le relativisme y est une pratique répandue ainsi que le « name dropping » ou l'« art dropping ». Dans ce milieu parfois grotesque, on est persuadé que se balader en ville avec « le monde » plié sous le bras suffit pour se prétendre intellectuel (de choc).

    On jette aussi des noms célèbres à l'interlocuteur afin de provoquer son ébahissement voire son envie :

    Soulages, qui a peint rappelons le avec ses excréments, Damien Hirst, qui coupe les animaux en tranches fines et crucifie les moutons est réputé tellement audââcieux (c'est toujours audacieux de conchier la religion catholique dans les arts, quant aux autre religions les artistes à la page sont des plus prudents), sans parler des « Arts premiers ».

    Quant à cette appellation, on note au passage que celle-ci, qui est censée effacer toute idée de hiérarchie entre les arts occidentaux et les autres en recrée une, puisque tous les autres arts deviennent donc des arts seconds, moins chimiquement purs en somme.

    On aurait pu croire que finalement la culture générale devient un signe de stigmatisation sociale alors qu'en fait il n'en est rien, encore un peu plus malgré sa déshérence, la culture générale implique des complexes sociaux très forts pour celui qui n'en a pas ou croit qu'il n'en a pas, même s'il plastronnera par ailleurs en ricanant contre les prétentieux « qui ont lu des bouquins et se croivent mieux que les autres ».

    On lui oppose sans cesse l'expérience personnelle et des témoignages réputés vrais, que l'on montre comme beaucoup plus sérieux.

    La plupart du temps on oublie que nombre d'écrivains se sont mis à écrire aussi pour partager leurs expériences fût-ce à travers des récits imaginaires et que leurs histoires ouvrent des portes sur tous les mondes possibles.

  • Suspicions sur l'écriture et la littérature

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    En discussion sur Agoravox

     « À peine les ont-ils déposés sur les planches,

    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

    Comme des avirons traîner à côté d’eux. »

    Extrait de « les Fleurs du Mal », « l'Albatros »

    La citation qui ouvre « la Société du Spectacle » de Guy Debord

    image prise ici

    my-thoughts.gif« Et sans doute notre temps... préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... Ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré. »

    Feuerbach (Préface à la deuxième édition de « L'Essence du christianisme »)

    lire le texte en entier ici

    Baudelaire parlait des poètes comme des albatros, aux ailes trop grandes pour marcher sur la terre ferme sans provoquer le rire gras des esprits grossiers. On pourrait étendre cela à tous ceux qui ont le désir de coucher leurs joies, leurs peines, leurs colères, leurs amours sur papier, tous ceux qui écrivent :

    Qu'ils soient écriveurs, écrivaillons, véritables écrivains ou tâcherons même, qui goûtent la lecture aussi plus que tout le reste.

    C'est un acte qui devient de plus en plus suspect de lire en 2011, incompréhensible même, ou de se consacrer à l'écriture :

    Comment une personne accomplissant correctement le travail qui lui est confié par la société a-t-il le temps de se consacrer à autre chose qu'à sa servitude volontaire pensent les ilotes assumés (autre mot à la mode) qui pullulent un peu partout ?

    On dira d'elle qu'elle ne respecte pas les règles, et pour qui se prend-elle ?

    La littérature comme l'écriture sont deux actes totalement gratuits au bout du compte. Même s'il n'est pas illégitime de vouloir être lu par le plus de lecteurs possibles au bout du compte.

    A condition bien sûr que la célébrité express du temps ne soit pas le seul et unique but, cette conception bizarre de la célébrité qui voudrait que l'on soit connu pour être connu. Ces écrivaillons qui ne visent que les faux scandales et la célébrité « kleenex » sont ceux dont la société « spectaculaire » qui est la nôtre adore parler. Elle aime le sexe glauque, sale, les perversions, les dérives, les déviances pathologiques, ça fait vendre en plus, ça entretient la dynamique économique.

    Ils sont dans le système.

    Ceux qui écrivent ont besoin qu'on les reconnaisse, ils veulent qu'on les aime aussi, ou qu'on les haïsse, certains adorant jouer le rôle du méchant de service. Ils ne sont que rarement sûrs de leurs dons, et sont la proie facile des jaloux, qui eux, ont souvent totalement conscience de leur talent, et pire encore de la liberté qu'ils se créent en écrivant.

    L'argument massue employé par ceux qui ne supportent pas la liberté de comportement et de ton que donnent la créativité, l'imagination, est de qualifier les créateurs d'égocentriques qui ne pensent qu'à exposer leur petite personne à tous les passants.

    Cela s'appelle au fond un transfert psychologique, car finalement ce sont les individus les mieux intégrés, ou en souffrance de l'être, car il y a également les faux rebelles qui ne rêvent que d'une chose, rejoindre le troupeau, et qui ne le pouvant pas ne conçoivent que la rancœur et du ressentiment qu'ils confondent avec une révolte plus saine.

    Ils aiment beaucoup ceux qui leur permettent d'aller à contre-courant, ou qui donnent l'impression de le faire, mais par procuration.

    C'est plus simple, et ils ne voient pas la contradiction qu'il y a à souligner avec enthousiasme les révoltes des jeunes dans un pays qui fait travailler pour un salaire de misère ces mêmes jeunes pour fabriquer l'ordinateur d'où ces rebelles en peau de lapin, qui ne remettront jamais en cause l'essentiel, communiquent le plus souvent les pires lieux communs sur les mouvements légitimes et salutaires d'ailleurs dans des contrées sous le joug, mais sous le joug à cause d'eux et de leurs désirs de consommateurs encore riches, et non simplement à cause de méchants spécifiquement identifiés comme tels.

    On rencontre partout de ce genre de « rebelles » qui jouent ce rôle jusqu'à la retraite, une retraite confortable le plus souvent, pour laquelle ils n'auront pas manqué de thésauriser comme on leur dit de faire, pour se rassurer sur leur lâcheté, leur incapacité à se sentir responsable de quoi que ce soit dans leurs vies ou autour de leurs vies.

    C'est une solution de facilité et tout aussi confortable que celle que choisissent les esclaves volontaires. Ils préfèrent finalement que le troupeau les aime quitte à en devenir schizophrènes ou simplement hypocrites et à demeurer l'éternel « outsider » à la fois repoussant et séduisant pour les autres.

    Pour ne pas exposer leurs jalousies au grand jour, ils emploient les grands mots selon les cas quand ils parlent de ces fous, selon eux, qui ouvrent encore des livres, ou se piquent d'écrire : ils parleront de cynisme, de causticité, d'arrogance, ils invoqueront la psychanalyse, une psychanalyse de bazar pour être tout à fait juste, un trouble dans l'enfance, une névrose que la littérature sublimerait.

    Ou alors c'est forcément une catharsis, l'amoureux de la littérature ou de l'écriture étant en somme « en crise ».

    Même si c'est certainement en partie exact, ils oublient également que celui qui écrit, comme toute personne qui crée quelque chose, un univers mental, une musique, une œuvre d'art, s'élève au-dessus de sa médiocrité et accomplit ses dons.

    Alors parfois, comme ils ont peu de talent, ces écriveurs, leur expression est maladroite, leurs mots ne sont pas tous choisis.

    Mais c'est déjà un être humain qui décide de ne pas sombrer dans la servilité à la mode en ce moment, étrange servilité qui se conjugue avec un égoïsme total de plus en plus de mise, où il convient pour un individu moderne et désirant s'intégrer au système de ne penser qu'à lui, de ne voir que son intérêt, de ne penser qu'à ses désirs, ou de se voir constamment en victime du monde entier car ce que les autres ressentent, vivent, désirent est perça par l'individu moderne comme des contraintes insupportables et des freins au puits sans fonds qu'est son désir.

    Ou ce qui en tient lieu, son désir étant le désir de la société hyper-consumériste dans laquelle nous vivons.

    Et c'est aussi un être humain, celui qui se met à écrire, une personne qui exprime le désir de se libérer de tout ce que le monde actuel lui impose comme conditions pour se sentir heureux : posséder tel ou tel gadget électronique, tel ou tel véhicule, regarder tel film, manger telle nourriture.

    Se sentir heureux dans la conception moderne, c'est surtout finalement rester volontairement esclave de tout ce qui entrave notre humanité.

    On s'aperçoit un peu partout que c'est la possession des objets totémiques qui induit les névroses post-modernes, on a vu de ces adolescents mais aussi ces adultes en venir presque à pleurer ou à perdre totalement l'esprit car ils ne retrouvaient plus leur téléphone portable si précieux, dans lequel ils placent toute leur dignité, ou car leur tablette tactile ne fonctionnait plus.

    On comprend que cela arrive, c'est leur seule interface entre le reste du monde et eux, la seule chose qui les relie au reste de l'humanité, tout en détruisant ce qui est humain en eux petit à petit. Ils ne veulent pas partager avec les autres, ils veulent être au centre de leur réseau, que la planète tourne autour de leur nombril qu'ils aiment contempler de différentes manières.

    image prise ici

    K24i64AjIkichigp94ADKnmlo1_400.jpgCertains parmi les esclaves essaient de s'en libérer, et croient y parvenir, par une certaine forme de spiritualité qui ne s'intéressera qu'à leur petite personne. C'est particulièrement le cas avec les spiritualités orientales, qui se limitent visiblement dans l'esprit de leurs adeptes consuméristes à une gymnastique hygiénique mentale, ou de cette nouvelle manière de concevoir les fois « traditionnelles », on parlera de « la foi et le couple », « le croyant et l'argent », « comment un croyant doit-il consommer ? », mais il ne sera surtout pas question de remettre en cause ce qui dans notre monde hyper-consumériste est le plus en contradiction avec cette foi que ces croyants « coachés » prétendent affirmer.

    Ce ne sera en rien un travail sur eux qu'ils feront, ils seront au contraire renforcés dans leur certitude absolue quant à l'importance fondamentale des désirs que leur fournit la société « spectaculaire ». Ce ne sera qu'un « coaching », le mot est à la mode, pour se sentir bien au sein de la meute, de sa communauté, de sa tribu. Cela ne reste que du confort intellectuel.

  • Gazoute ou l'étoile en balsa - des nouvelles des éditions "COGITO" de Frédéric Seaux

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    Première rentrée littéraire pour les éditions COGITO (blog des éditions COGITO à ce lien)

    image prise ici

    m-Lisbonne_3___Bairro_Alto.JPG La rentrée littéraire de septembre approche à grands pas. Les éditions COGItO ergo sum, vos éditions préférées, seront présentes à cette occasion avec le roman de Chantal Levy qui s'annonce déjà comme un best seller.

     Voici le synopsis de son roman, Gazoute ou l'étoile en balsa :

     A 70 ans, Julia Francès, illustre architecte d'intérieur, vient de publier son autobiographie.

    Cette femme si distante et inaccessible, préservant depuis des lustres sa vie privée, se dévoilerait-elle enfin?

    Son dialogue avec sa petite voix, devenue autoritaire au fil des années, la conduit sur le chemin des aveux.

    Elle vous entraîne de Paris à Bordeaux, de Tomar à Lisboa et vous livre peu à peu le secret de ses origines et les conséquences qui en découlent : cette obligation de renier son amour, à  jamais.

     Ce roman de 185 pages est vendu 18 euros.

     Et comme d'habitude, les éditions COGITO vous offrent les frais de port.

    Vous pouvez dès à présent le commander en envoyant un chèque correspondant au nombre d'exemplaire(s) souhaité(s), à l'adresse des éditions COGITO ergo sum, 23 cité Leverdier, 76350 Oissel.

     leseditionscogito@voila.fr 

  • Un toast pour Antoine Blondin

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    Portez un toast à Blondin également sur Agoravox

     Quand on a trop bu, on a parfois tendance à la grandiloquence un rien ridicule, aux grands serments et aux déclarations définitives.

    photo ci-dessous prise ici

    ANTOINE-BLONDIN-copie-1.jpgUn soir, dans un petit bistrot enfumé du Faubourg Saint Antoine, dans une petite rue mal éclairée, tard le soir, j'ai porté avec quelques autres un toast à Antoine Blondin dont la photographie ornait le dessus du miroir posé juste derrière le patron de l'endroit, au-dessus de son « zinc ».

    Il nous souriait légèrement. Il se serait plu où nous étions, un des derniers petits coins secrets de Paris, interdits aux poseurs et aux prétentieux. Nous étions quelques inadaptés échoués là par hasard.

    Nous étions dans cet état second que l'on atteint parfois, entre la mélancolie, le « cafard » et la joie d'être ensemble, une espèce de communion des « saints buveurs », un moment qu'Antoine Blondin aurait apprécié, un voyage aussi, car l'ivresse est un voyage, qu'il aurait fait avec nous.

    Ou pas, car il lui arrivait aussi, après quelques verres, de chercher à provoquer ses voisins de comptoir et à se bagarrer avec eux.

    Totalement gratuitement.

    Il lui arrivait aussi d'avoir la saoulerie poétique, comme le soir où il décida avec quelques autres ivrognes lunaires de faire de la rue Bonaparte un jardin en allant dérober nuitamment des fleurs au marché du même nom sur les quais tout prêt. Maintenant, rue Bonaparte, on croise surtout des touristes asiatiques, l'appareil-photo en bandoulière, cherchant le café d'« Amélie Poulain », cette vieille fille mal dans sa peau qui finit par se mêler de ce qui ne la regarde pas.

    On croise aussi de jeunes et beaux jouvenceaux ou jouvencelles étudiants ou pas, savamment mal habillés, avec la mèche unisexe qui leur tombe sur l'oeil, ce qui explique leur courte vue la plupart du temps sur les souvenirs littéraires du quartier réduits dans leur cervelle à la terrasse du « Flore » ou la salle de « la Closerie des Lilas » où l'on croise différents « people » (ou « pipeaules » pour employer une orthographe plus adéquate).

    Blondin fascine les petits garçons trop sages qui ont des vélléités d'écriture parce qu'il écrivait bien, était cultivé et qu'il buvait beaucoup, et souvent. Ils s'arrêtent d'ailleurs là, aux litres de vin qu'absorbaient cet auteur.

    Seulement, boire autant ce n'est pas pour épater la galerie qu'on le fait, mais à cause d'une blessure : la maladie d'un proche, un frère, une soeur, un père, une mère, une mort, un mal-être qui s'étend, la vie qui manque de sens.

    La blessure de l'écrivain, auteur du « Singe en hiver », c'était la mort de son père, qui s'était suicidé à vingt-six ans, comme l'apprend Christian Millau dans « Au galop des hussards ». On boit pour calmer les souffrances induites par ce qui nous a fait du mal, mais c'est comme ces enfants, que l'on voit sur les plages, qui essaient de vider la mer à l'aide d'un arrosoir, c'est peine perdue.

    La mélancolie est au coeur de l'oeuvre d'Antoine Blondin, comme de celles de nombreux écrivains qui cherchent un sens à toute la médiocrité et la malveillance qui nous entourent, à l'avidité du monde actuel, à la multiplication des « non-lieux » qui peuvent se passer de l'être humain et de son âme, à ce temps qui se veut eschatologique, rêvant tout le temps de sa destruction, fantasmant sur des inventaires après décès effectués avant même la mort de notre civilisation.

    Comme si nous savions fort bien que les aspirations de celle-ci, ou du moins ce qu'il en reste, sont totalement vaines.

    On demande souvent aux écrivains ce qui les pousse à écrire, il en est peu qui répondent franchement. La plupart jouent les penseurs torturés, préoccupés de leur époque, de leur responsabilité de créateur, de leur engagement forcément nécessaire, toujours dans le même sens de toutes façons, le sens du poil de ce qu'il convient de penser. C'est de bon ton en ce moment pour un écrivain de devenir spécialiste en tout, phare de sagesse en dilettante, et d'oublier complètement et la littérature, et ce qui le meut vraiment, à savoir sa mélancolie, son intelligence et sa sensibilité, tout ce qui rend malheureux en somme, les imbéciles ne connaissent pas leur bonheur. Les imbéciles se contentent de deux ou trois certitudes sur le monde, de slogans faciles à retenir comme opinions.

    Les imbéciles sont légions aussi bien au « Café du commerce » que dans les salons mondains et feutrés. De droite ou de gauche, ils ne mettent en avant que leurs idées et oublient le style, qui fait l'homme.

    Et vogue la galère intellectuelle...

    On a classé, à tort ou à raison difficile de trancher, Antoine Blondin parmi les « Hussards », avec Roger Nimier, l'auteur du « Hussard bleu », Jacques Laurent et d'autres, du fait de sa propension à trouver que c'est ce qui semble futile qu'il importe de cultiver, d'une certaine élégance du verbe, d'une appétence pour un certain mauvais esprit à l'encontre des icônes intellectuelles indéboulonnables, et surtout de son opinion marquée sur les auteurs de donnant de l'importance politique, à défendre les grandes causes dans le vent. Il y eut des hussards de gauche, dans la même veine que les premiers, comme Roger Vailland.

    Ce qui est ironique est que cette ébauche de « classement » a été esquissée par un autre esprit plus vif argent que coulé dans le plomb, inclassable et irréductible à deux ou trois formules, Bernard Frank, qui était à rebours politiquement de la plupart des « hussards », pour la plupart à droite, excepté Jacques Laurent qui vira Miterrandolâtre à la fin de sa vie, et finit à l'Académie Française, le comble pour un esprit se voulant impertinent.

    On me dira, ce n'est pas forcément incompatible d'être de droite et vénérer Mitterrand, même si « plus à gauche » que Mitterrand, comme disait Desproges « ça ne se pouvait pas ».

    Pourtant de droite, Antoine Blondin abordait des sujets hautement prolétaires, ce qui semble là encore paradoxal à première vue. Au moins ne se mettait-il pas en tête de vendre sa doxa théorique au chaland ou d'en mettre une au point. Il a beaucoup écrit sur le sport, il écrivait dans « l'Équipe » sa chronique du Tour de France qu'il suivait chaque année, dormant dans les bordels de la ville-étape chaque soir, non pour la bagatelle -il n'aurait pas eu les moyens étant toujours fauché comme les blés- mais parce que selon lui, les putains étaient « maternelles avec lui ». On trouve dans ses textes sur le cyclisme quelques calembours judicieusement placés, égratignant telle ou telle grande figure bien vu du tout venant, comme Victor Hugo dont il cite « l'art d'être grimpeur » par exemple (pour les néophytes, ou les étudiants en lettres ayant fait leurs études sous Jack Lang, Hugo est l'auteur de cet art là).

    Journaliste, critique littéraire et sportif, Antoine Blondin est surtout un romancier incomparable, le plus modeste et le plus brillant des Hussards. Son œuvre est restée "mince".

    Songerait-on à le lui reprocher ? Un peu.

    photo ci-dessous prise ici

    1803414.jpgTrop léger, trop élégant, pas assez novateur. A l'heure où l'on s'interroge sur le renouvellement (ou l'épuisement) du roman par l'autobiographie, on oublie que Monsieur Jadis est une des premières auto-fictions mais sans être centrée sur le nombril de son auteur.

    Il vaut mieux prendre ses distances avec la légende pittoresque du clochard céleste de Saint-Germain-des-Prés car ses oeuvres de fiction comme dans ses articles révèle un univers personnel complexe et original. Blondin fait penser à ces amis un peu difficiles, ces oncles dont on parle en chuchotant pendant les repas de professions de foi du petit dernier, intenable pendant les réunions de familles, qui boit trop, qui met les coudes sur les tables, qui dit des gros mots mais que l'on ne peut s'empêcher de réinviter car il est capable d'immense amitié.

    Certains, des enfants sages qui veulent se donner un genre, des premiers de la classe qui veulent se faire pardonner de leur sérieux, de leur assiduité, ne voient d'ailleurs qu'en Blondin un écrivain mauvais garçon, pilier de bar, écrivain en dilettante qui donne des frissons car il se fichait de finir bourgeoisement alors que ces mêmes enfants sages, on parle aussi de "néo-hussards", aimeraient bien finir embaumés à l'Académie.

    Il y a une chose qui domine chez Blondin c'est le sens de l'autre et de ce que les autres lui apportent. Son amitié, à Jacques Laurent, à Roger Nimier, était précieuse, malgré les invectives parfois, lors des nuits de soûlographie méthodique, malgré les fâcheries ponctuelles sur des frivolités, mais de ces frivolités qui sont précieuses à protéger.

    Finalement, il est complètement à rebours des littérateurs et écrivaillons actuels.

    Ce qui compte le plus pour ces auteurs c'est à la fois le croustillant ou l'intellectuellement étanche dont les ancêtres sont les animateurs du "Nouveau Roman" dont les livres me passionnent personnellement autant qu'un catalogue de papiers peints, par contre ne pas parler des "Hussards" ou alors en les morigènant pour leurs idées politiques de droite, tout en oubliant les écrivains "maos" qui ont perdu la mémoire quant à cette période en 2006 ou s'en souviennent comme d'aimables gamineries.

    On y est de gauche, mais pas de n'importe laquelle, une gauche où afficher ses choix sexuels est indispensable, où on aime bien pleurer des larmes de crocodiles sur des photos de gosses en train de crever de faim sans pour cela donner un euro ou l'aumône d'un sourire à un mendiant que l'on croisera dans le métro (il est vrai que les pauvres de près sont moins photogéniques, ils font moins "gavroche").

    Une contradiction encore, elle rejette les dogmes et les privilèges mais hors de leur groupe, point de salut...

    A ce lien Blondin parle du Tour de France

    Ci-dessous la fin de "Un singe en hiver", le retour de la mélancolie


  • La censure, Céline et Maurice Sachs

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    Moins connu que Noah mais on en parle aussi sur Agoravox

    Le ministre de la culture et Serge Klarsfeld ne connaissent pas visiblement l'histoire de Maurice Sachs, dont ils n'ont pas dû à mon sens lire le journal, « Au temps du boeuf sur le toit ». L'auteur de cet ouvrage opte pour une attitude très ambiguë pendant la Seconde Guerre, car il collabore et fait du marché noir à grande échelle, même s'il meurt d'une balle dans la nuque tirée par un SS (ci-contre la cellule où il est mis "au secret" en 1945), (Il fascinera et fascine toujours Patrick Modiano pour qui il est une figure paternelle idéale).

    louis-ferdinand-celine-a-meudon.jpgAu passage, le cas de Maurice Sachs, d'origine juive, converti au protestantisme en 1937, attiré un temps par le communisme, montre toute la complexité des êtres humains pendant l'Occupation et que ni l'héroïsme, ni la saloperie ne sont solubles dans de grandes et creuses formules.

    Il n'est pas plus amoral que d'autres somme toute.

    Je ne suis pourtant pas vraiment un admirateur de Céline.

    Pourtant à certains moments de la vie d'un littéraire, cela fait bien de porter aux nues cet auteur qui sent un peu le souffre, du fait justement de ses pamphlets antisémites.

    Les adolescents boutonneux mal dans leur peau et un peu cultivés lisent « le Voyage au bout de la nuit » pour rester confortablement au chaud dans le cocon de leurs névroses post-pubères, se fichant finalement du style de Céline. J'aime beaucoup « le Voyage », j'aime beaucoup également « Normance » ou encore « Guignol's Band », mais à Céline je préfère largement Marcel Aymé ou encore Vialatte.

    Passé vingt ans on réfléchit un peu plus sur les auteurs que l'on aime, c'est une éducation du goût progressive, au début on aime bien les plats épicés qui arrachent le palais et puis ensuite, on apprend à retrouver les saveurs réelles de ce que l'on déguste.

    Ce qui sauve Céline, c'est sa sensibilité à fleur de peau, son émotivité face à la laideur et à la sottise florissantes dans ce monde qui célèbre un peu plus la « machinisation » de l'être humain tous les jours.

    Il y a quelques temps, on a pu lire la correspondance de jeunesse de Céline et celle-ci explique beaucoup de choses. On y découvre un jeune homme torturé par le désir de plaire et qui n'y arrive pas. Timide et fluet, il voudrait être comme les costauds de la bande, les hommes forts et sûrs d'eux, virils et affirmés. Il veut monter à cheval mais s'aperçoit que non seulement il a peur de l'équidé qu'on lui confie à l'armée et qu'il déteste être sur son dos.

    On oublie également que si Céline était le « médecin des pauvres » à Drancy et qu'il oubliait deux fois sur trois, au grand désespoir de sa femme, de faire payer ses patients.

    Le ministre de la Culture a donc décidé de ne pas célébrer le cinquantenaire de la mort de Céline, du fait de l'antisémitisme du père de Ferdinand Bardamu et à la demande du CRIF et particulièrement de Serge Klarsfeld. Cette décision infantilise donc les lecteurs de Céline qu'elle prend pour des grands enfants incapables de faire la part des choses.

    Cela n'empêchera pas ceux qui lisent Céline parce qu'il est antisémite de continuer à le faire...

    A la rigueur, que les institutions célèbrent ou non un écrivain on s'en fiche un peu, cela n'empêchera pas de le lire, cela ne m'empêchera pas de le relire, tout comme je relirai Bernanos, Anouilh, Antoine Blondin, Jacques Perret et Roger Nimier, ou Jacques Laurent, tous au purgatoire car ils n'ont pas fait les bons choix idéologiques et moraux pendant la dernière guerre ou au moment de la décolonisation.

    Si on doit censurer tous les livres qui contreviennent à la morale publique ou ne plaisent pas à telle ou telle communauté, je suggère aussi de retirer des rayons des librairies ces auto-biographies de quinquagénaires aisés qui racontent sans vergogne leurs bonnes fortunes adolescentes en Thaïlande.

    Je ne parle même pas de Drieu, mis d'office en enfer, ou de Chardonne, fabuleux écrivain du couple, qui lui tient compagnie en ce lieu où l'on ne retrouve jamais par contre tous les salonnards qui ont soutenu Mao ou Pol Pot, ou encore Staline.

    Entendons-nous bien, quant à l'appréciation littéraire de leurs oeuvres on peut complètement se ficher qu'Aragon soit resté stalinien jusqu'à la fin de sa vie ou que l'exquis Roger Vailland ait cotisé au PCF également. Beaucoup de maoïstes, anciens ou pas, ont pourtant encore pignon sur rue, y compris ceux qui ont viré « néo-con ».

    La décision de Frédéric Miterrand de ne pas célébrer Céline officiellement cette année rappelle tout le poids des préjugés et lieux communs énoncés chaque jour par des petits marquis des lettres, (non poudrés et frisotés, aujourd'hui ils ont plutôt tendance à avoir la mèche tombante), au sujet de tous les écrivains qui n'ont pas « la carte », dont par exemple les Hussards comme j'ai pu le lire sur un forum il y a quelques jours concernant un article rendant hommage à Jean Dutourd.

    La « fausse littérature simili hussardienne » comme disait l’autre sur le fil de commentaires liés à ce texte témoigne de l’opinion de quelqu’un qui ne l’a pas lu ou mal, pour qui la littérature doit avoir un intérêt quantitatif ou engagé, ou con-cerné, une utilité sociale.

    Je rappelle qu’il y a des hussards de gauche, comme l’exquis Roger Vailland voire d'ailleurs Jacques Laurent.

    Les « hussards » écrivent sur ce qui parait futile, en sachant bien que c’est justement ce qui parait futile aux gens qui est justement fondamental, ceux-ci souffrant d’un esprit de sérieux trop bien implanté mais aussi d'une tendance à la réduction « ad hitlerum » « ad nauseam ».

    Les « hussards « sont encore mal vus parce que ne se souciant pas le moins du monde de répandre une quelconque vulgate idéologique, mais se souciant surtout de la beauté du monde, de la difficulté d’être léger dans un monde pris dans la gangue de sa pseudo-gravité, sous le joug du tout quantifiable aliénant.

    Rectificatif quant à l’article :
    Je me suis emmêlé les pinceaux dans ma phrase concernant Bernanos qui n’a rien à voir avec Céline quant à l’antisémitisme ou humainement d'ailleurs.

    Il disait ceci de Céline en 1932 (Le Figaro, décembre 1932)
    "Pour nous la question n’est pas de savoir si la peinture de M.  Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l’est. Et plus vrai encore que la peinture , ce langage inouï, comble du naturel et de l’artifice, inventé, créé de toutes pièces à l’exemple de la tragédie , aussi loin que possible d’une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, la sombre enfance des misérables."

    Il admirait son écriture et ne le suivait pas une seconde sur le reste.
    Ci-dessous une chanson de Céline interprétée par lui-même


    A noeud coulant - Louis Ferdinand Céline
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  • "Galadio" - Didier Daeninckx

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    Galadio

    Un mélodrame multiculturel de Daeninckx à jouer en MJC de banlieue

    « J'ai peu à peu dégagé la figure d'un de ces enfants, en essayant de comprendre comment une société en mutation violente, lui impose des identités successives dans lesquelles il ne peut se reconnaître », avoue Daeninckx à propos de sa dernière livraison (1).

    DIDIER-DAENINCKX.jpgDaeninckx est un héros du petit peuple laborieux. Issu d'un milieu dit simple, et après avoir abandonné les études, il devient ouvrier dans une imprimerie où il découvre l'amour des mots. Il occupe successivement les fonctions d’animateur culturel, pigiste dans différentes publications… ça c'est pour la galerie, les belles images qui vont plaire à Margot dans sa chaumière. Daeninckx, en un mot, c’est le type qui se revendique de la vraie vie, de la France d'en bas, on le sait. Mais on est en droit d'avoir du mal à le laisser bavasser. C'est quoi d'abord la vraie vie, bordel ? La misère, forcément ? Parfois on a envie de gueuler que les pauvres sont des salauds de première, des gagne-petit qui se contentent de survivre en votant pour celui qui a la plus belle gueule, qui s'en foutent de la culture. Est-ce que la vie n’aurait pas plutôt à voir avec la sensibilité ? Attention ici, terrain glissant : certains diront qu’on est là devant un concept de garçon sensible, de pédale, la sensibilité… des pleurnicheries de bonne femme, des mignardises de pédoque.

    Du Zola de Prisu’.

    Ce que Daeninckx appelle la vraie vie, c'est du Zola de Prisunic, du social en bouteilles et par paquets de douze, du misérabilisme, du vrai, oubliant que les petites gens c'est d'abord des personnes. Daeninckx reste un animateur social, un éducateur soc'cul faisant la leçon au peuple pour qu'il avance toujours plus loin ; un type qui reste complexé par ses origines de prolo au bout du compte, et qui n'a pas compris que c'est là est justement sa richesse. C'est un peu comme les photos de Robert Doisneau, c'est parfait pour orner les murs des cuisines bobos, le petit gars qui porte les boutanches de pinard deux étoiles, les amoureux qui se roulent une galoche devant l'Hôtel de Ville, le type qui fume une clope au zinc d'un bistrot des Halles. A part ça c'est du frelaté, du posé popu et à la mode chez ceux qui envahissent les anciens quartiers prolos pour faire du sociétal à outrance, de l'artistique de fonds de cuvette, de l'art brut. Pour Daeninckx, on se dit que la conscience de la vraie vie est dans la coupe de cheveux, puisqu'il a les cheveux longs et une barbe de prêcheur pouilleux itinérant, les nécessaires lunettes d'intellectuel qui vont avec...

    Les promesses non tenues.

    Pourtant, sans tous les a-priori qui y pullulent, Galadio serait pas mal car le thème, pour une fois, est original : les soldats africains de l'armée française qui constituent le gros des troupes d'occupation en Allemagne après la Première Guerre. De 1857 à 1905, ce corps était constitué d'esclaves affranchis rachetés à leurs anciens maîtres par les Français. Ils venaient non seulement du Sénégal mais de l'ensemble des colonies françaises d'Afrique. (Les maréchaux Joffre, Gallieni et Mangin y ont commencé leur carrière ; ce dernier commettant à sa retraite un livre qui, s'il faisait l'apologie de ses troupes, ne pouvait s'empêcher d'affirmer qu’elles étaient physiologiquement inférieures aux européennes. Les membres des classes dirigeantes traditionnelles africaines intègrent ce corps comme sous-officiers à la fin du XIXème siècle. Les ethnies Bambara et Toucouleur y étaient les plus représentés. Après 1905, les tirailleurs exercèrent des actions de police lors de révoltes sporadiques en Mauritanie ou au Maroc. En 1914, on comptait 14000 tirailleurs en Afrique de l'Ouest et 15000 à l'extérieur, principalement au Maroc. En octobre 1915, 30000 conscrits vinrent renforcer les troupes déployées en France, 51000 jusqu'en 1916. En 1917, ce sont dix-sept bataillons qui furent engagés lors de la bataille de la Somme, à la fin de la Guerre, ils étaient 120000 à servir les couleurs de la France, encouragés par Blaise Daigne, un député d'origine sénégalaise siégeant à l'Assemblée Nationale, qui voyait là une possibilité d'émancipation. Un travail était garanti pour les vétérans, ainsi que des réductions d'impôts et la citoyenneté française pleine et entière. D'un corps de mercenaires, ils étaient devenus en 1919 un corps d'engagés. La plupart furent alors démobilisés ce qui amena la démission du gouverneur central d'Afrique de l'Ouest, dégoûté car aucune des promesses faites aux tirailleurs ne furent tenue.

    Le problème, c’est que Daeninckx reste dans le Goodwin, le propre, le gentillet ; au niveau superficiel d'Indigènes, le pensum très politiquement correct de Rachid Bouchareb. Il n'approfondit pas cette histoire et s'en tient aux clichés les plus éculés. L'auteur se borne à constater que les nazis se sont comportés méchamment, que l'armée française était un ramassis de racistes, idem pour le peuple allemand. Quand on a dit ça on a tout dit. Et rien dit. Il faut dire aussi que nuancer son propos et non s'en tenir à un discours bien-pensant mille fois entendu aurait conduit l’auteur à reconnaître que le sujet qu'il cherchait à aborder dans ce livre est largement plus complexe et que l'on ne peut se contenter de le traiter avec manichéisme. Plusieurs choses contredisent son point de vue.

    Personne ne comprend que le cauchemar totalitaire peut être tentant pour les esprits faibles. Ils ne veulent plus penser par eux-mêmes par peur de la solitude, de se retrouver coupés du groupe. Avoir un chef qui le fait à la place, se trouver un ennemi qui explique tout permet de retrouver un certain confort intellectuel. Par-ci par-là, au-delà de l'esprit Goodwin, Didier dit des choses très justes : la rationalité délirante du régime nazi, sa modernité, dans le sens du vent du progrès. Hannah Arendt dans les Origines du totalitarisme (2) ne dit pas autre chose. Le système totalitaire utilise les médias modernes pour sa propagande employant les mêmes stratagèmes que la publicité, ciblant le marché à atteindre, pour ensuite, une fois la sujétion des masses obtenue, remplacer la propagande par l'endoctrinement et le culte du chef. Celui-ci est vénéré par le peuple car « il incarne la double fonction qui caractérise toutes les couches du mouvement : agir comme défenseur magique du mouvement contre le monde extérieur et en même temps, d'être le pont qui relie le mouvement à celui-ci ». Les « masses », comme l’affirme Arendt dès les premières pages, sont la pierre angulaire du totalitarisme. Nées avec la Révolution Industrielle, elles sont engendrées par l'automatisation de la société et le déclin des systèmes de partis et des classes. L'homme de masse peut être n'importe qui, c'est un individu isolé qui fait l'expérience de la « désolation », c'est-à-dire du déracinement social et culturel. Il me semble d'ailleurs que Galadio soit un de ces individus et non le « bon sauvage » tant désiré par Daeninckx. L'ennui est que ce personnage, et les autres (sa mère, le gardien de but du club de foot de Duisbourg), sont des archétypes caricaturaux lui permettant de justifier son opinion. 

    Un héros en quête d’identité...

    Le personnage central du livre découvre qu'il ne s'appelle pas Ulrich Ruden, né à Duisbourg, une ville industrielle bien grise de la Ruhr de1920, mais Galadio Diallo, l'enfant d'un tirailleur de l'armée française originaire du Mali, un de ces tirailleurs sénégalais méprisés très longtemps par la France, qui touchaient encore il y a peu leurs pensions au lance-pierre. Ils sont comme la mémoire d'un passé que l'on veut absolument oublier. Là aussi Daeninckx se borne à affirmer que le colonialisme incarne le mal. On dit ça en inspirant, et expirant on a vraiment l'impression d'être du côté des bonnes âmes, des bons apôtres, des Raminagrobis hypocrites.

    Et il est surtout très mauvais de dire que des hommes qui n'avaient presque rien à voir avec la France de prime abord se sont fait trouer la peau parce qu'il avaient une « certaine idée » du vieux pays.

    Selon l'auteur, ce roman est une quête d'identité (qui est forcément multiculturelle comme on nous le serine depuis longtemps chez nos penseurs à lunettes roses) qui amène son héros à errer dans les salles des hôpitaux nazis. Il devient ensuite figurant puis acteur dans les studios de cinéma de Babelsberg qui veulent exalter la grandeur du colonialisme allemand. Il finit par se retrouver sur les rives des fleuves Sénégal et Niger, où l'on hésite très fortement entre Pétain car tout le monde croit que le vieux cul joue un double jeu, et De Gaulle, que les types de droite de l'époque n'aiment pas beaucoup. Son aventure s'achève dans les villes ruinées du Reich vaincu, il revient en vainqueur en Allemagne dans l'armée de de Lattre. Les vilains sont punis à la fin.

    Les tirailleurs qui faisaient des enfants aux femmes allemandes étaient une chose impossible à comprendre à l'époque. On ne pouvait accepter des relations interraciales ou les mariages mixtes, la propagande de l’époque les présentait comme des viols ou pire, affirmait que leurs conquêtes étaient des femmes faciles. Les africains étaient dépeints comme le nègre Banania, mais le sourire en moins, le couteau entre les dents, avec le Fez rouge sur le crâne, les dents blanches, quasiment phosphorescentes, les yeux écarquillés par leur animalité supposée. L'inconscient collectif les percevait tels des bêtes. On remarque d’ailleurs que le nègre Banania et le nègre vu par les nazis sont un seul et même archétype raciste, et une perche tendue aux abrutis qui vont pouvoir bientôt se dire qu'ils sont la race supérieure. Ils ne furent pas les seuls. Les anglais présentaient les tirailleurs comme une troupe indisciplinée et manquant de courage.

    Daeninckx dans la position du missionnaire anti-fasciste 

    Tirailleur.jpgIl joue donc le sauvage, Galadio, l'homme africain qui n'est pas rentré dans l'histoire fabuleuse du progrès. Au départ, pourtant, il veut être sur la photo comme les autres, il aime bien Hitler, il voudrait bien être des Hitlerjugend. Il ne voit pas ce qui gêne, plus tard. Effectivement, des comiques qui ont la même origine lui diraient qu'il n'y a pas d'os (dans le nez ?). Galadio échappe à la stérilisation ordonnée sur tous les enfants métis en 1935 par les lois de Nuremberg. Il est enrôlé de force au cinéma, tournant dans des oeuvres justifiant les visées expansionnistes des nazis en Afrique. Le tournage d'un deuxième film en Afrique lui permet de s'échapper et de partir à la recherche de son père. Il est censé tourner en particulier dans Kongo Express, allusion lourdement appuyée, cinéphile et littéraire, de Daeninckx aux écrivains compromis selon lui avec le totalitarisme nazi. Le scénariste en est Ernst Von Salomon, écrivain admiré en France par Pierre Drieu La Rochelle, auteur encore mal vu du fait de ses prises de position douteuses pendant la Seconde Guerre Mondiale. Alain de Benoist perçoit Von Salomon quant à lui comme une référence de la « Révolution conservatrice ». Là on sent très bien venir la leçon d'éducation civique, le pensum citoyen, car l'écrivain, selon Didier Daeninckx et la plupart des littérateurs actuels, se doit d'explique aux lecteurs ce qu'ils doivent penser et dans quelle direction ils se doivent de penser. Il n'est pas là pour s'amuser. Il reste un animateur socio-culturel. Il ne fait pas de la littérature. Un auteur ne doit pas se fourvoyer là où il n'est pas correct d'aller. C'est une conception totalement stupide (car beaucoup se privent pour cette raison de la lecture du Feu follet de Drieu ou du Hussard bleu de Roger Nimier, qui lui s'engagea pour l'Algérie Française. Une position rédhibitoire aux yeux du milieu littéraire actuel .

    Pour l'allégorique, ce livre s’apparente un peu à une bière mexicaine. On se dit que c'est exotique, que ça du goût, que c'est du brutal en provenance du coeur, des entrailles et des couilles, et puis on s'aperçoit dès la première gorgée que ça n’a pas de goût, que c'est en somme de la pisse d'âne. Petit à petit l'auteur semble suggérer que l'identité de Galadio est multiple, qu'elle rassemble toutes ses identités, qu'il est un peu français, un peu allemand, un peu sénégalais, un métis entre l'Afrique et l'Europe. Didier Daeninckx se contente d'énumérer des lieux communs bien-pensants rebattus et sombre dans la guimauve. C'est dommage, ce livre pose pourtant de bonnes questions, mais ce sont les réponses qui, comme toujours chez Daeninckx, posent problème.

    Il se pose depuis longtemps en chevalier blanc de l’anti-racisme et de l’antifascisme. Il n’hésite jamais à lancer des croisades personnelles et ourdir de véritables procès de Moscou, à la manière stalinienne. En 1996, il accuse Gilles Dauvé, Hervé Delouche, dont il est un ami intime, et Serge Quadruppani de complot négationniste en se basant sur des extraits d’articles parus en 1980 dans une revue créée par Delouche quand il était jeune. Il prétend que ces articles font la promotion des idées d’Ernst Von Salomon et de celles d’Alain de Benoist, théoricien de la nouvelle droite française. Sa démonstration se base sur des phrases tirées de leur contexte, Daeninckx coupe les propos de ses confrères là où ça l’arrange. La lecture des textes incriminés montre pourtant qu’ils étaient au contraire une dénonciation sans complaisance des idées de la droite radicale. Il ne s’en tient pourtant pas là et accuse par la suite Delouche d’avoir joué un rôle trouble dans l’assassinat de Dulcie September en 1988. Comme il confie à Gérard Delteil, il ne fait aucun doute pour lui que Delouche est un indicateur. Contre Quadruppani, il mélange des petits faits vrais et des énormités mensongères. Lorsque celui-ci et Dauvé tentent l’apaisement en publiant une brochure préfacée par Gilles Perrault contre le négationnisme, pour Daeninckx c’est la preuve flagrante du complot. Quand Thierry Jonquet cherche à le raisonner. Il se retrouve accusé de complicité. La moindre amitié un peu douteuse est passée au crible et l’intimité des pseudo-comploteurs étalée au grand jour. Il n’hésite pas, par exemple, à suspecter Gilles Perrault d’être un homosexuel honteux.

    Daeninckx est un missionnaire de la nouvelle religion politique qui est l’anti-racisme à outrance, jusqu’au délire paranoïaque. Il est incapable de nuances. Très vite il criera au retour des heures les plus sombres de notre histoire, selon la formule consacrée, et verra dans l’événement le plus anodin la renaissance des idées nazies. C’est un idiot utile, selon le terme de Lénine, parfait pour les hommes politiques qui s’en serviront pour se faire élire tout en agitant le spectre de la Bête immonde. Il devrait relire plus attentivement Hannah Arendt. Il comprendrait qu’il existe des totalitarismes bien plus insidieux, et autrement plus dangereux.

    Amaury Watremez

    (1) Daeninckx, Interview du 2 mai 2010 pour le site Bel Balawou

    (2) Hannah Arendt, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Points Essais, 2005 (réédition)

    Didier Daeninckx, Galadio, Gallimard, coll. Blanche, 2010, 160 pages, 15, 50 €.
  • Lire (la correspondance de) Flaubert dans les transports en commun

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    On se dira, quelle utilité de parler de Flaubert encore maintenant ? Est-il encore un auteur à lire ? Ce n'est pourtant pas un perdreau de l'année dans l'actualité pourra-t-on me rétorquer, ce à quoi on répondra que la plupart des écrivains actuels sont beaucoup moins vivants que lui, beaucoup plus tournés en contemplation vers leur nombril, et beaucoup plus engagés que lui qui était totalement dégagé des sottises à la mode de croisset_p.47.jpgson temps, y compris le positivisme. Et bien qu'il bouffât souvent du curé (on lui pardonne, après tout un de mes ancêtres pendaient les cons lors des « Guerres de Religions » ce qui faisait du monde), il devait espérer tout au fond des tréfonds de son âme en la possibilité de l'amour et la miséricorde divines. On trouve bien sûr la Correspondance en ligne, ici , (en toute immodestie, je l'ai trouvé pour le prix d'un paquet de « clous de cercueil » en version papier chez un bouquiniste de Rouen, ce qui est quand même incomparable pour le lecteur, et mon amour-propre, et un éditeur qui s'appelle Conard on ne résiste pas). Mais on trouve aussi un recueil des lettres les plus marquantes chez Gallimard en Folio, et la correspondance complète dans diverses éditions (des citations par thèmes à ce lien). On peut laisser la lecture de la Correspondance de Flaubert en version électronique à Michel Onfray et Bernard Werber (la Gràce du Très Haut les étreigne de son bras puissant), deux écrivains non sans talent de notre époque d'intelligence toute puissante (je plaisante).

    Et pourtant, une phrase comme «La vie doit être une éducation incessante ; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu'à mourir » qu'écrit Flaubert à Maupassantjustifie presque à elle seule la lecture de cette correspondance que Borgès qualifia de « virile ».

    *

    Je sais (comme dirait Jean Gabin au crépuscule de son existence). Je sais, c'est le genre de titre qui donne l'impression que l'écriveur de ce blog a un ego surdimensionné, ce qui est tout à fait exact il est vrai, il a parfois peur de n'être qu'un Homais de gouttière, un atrabilaire de sous-préfecture. Mais ce qui me rassure somme toute est que Flaubert lui-même ne quittait pas beaucoup sa Normandie durant les vingt dernières années de sa vie, excepté quelques séjours parisiens et les visites à ses diverses égéries.

    Il ne devait pas regimber tellement à s'isoler progressivement et du milieu littéraire des « gendelettres », et du peuple docile quand il s'agit des pires bêtises. Il s'oppose à Hugo qui est quant à lui certain que la nature humaine est perfectible à coup de bons sentiments, de grandes déclarations fracassantes et de bonnes intentions. Comme il l'écrit «Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli. » Il ne croyait pas si bien dire, en 2010 c'est toute la société qui est imprégnée des valeurs, si l'on peut dire, de la bourgeoisie matérialiste, amorale et libérale-libertaire.

    Et «Le peuple est un éternel mineur » malgré toute l'éducation que les « phares de la pensée » ont cru lui donner.

    Certains s'amusent à me comparer au chef de caravane du « Ringling and Ringley » Barnum Show, qui trimballait aussi quelques horreurs dans son sillage, tout comme le romancier exilé à Croisset, de la femme sirène authentique à un vrai technocrate avec un attaché case rempli de paperasses, en passant par une femme à barbe ou le véritable « homme singe du pays de Galles ».

    *

    Les djeuns pourraient le lui reprocher : « Ouah, l'ôt' hé, il a pas de portables tactiles, il lit des l-i-v-r-e-s, trop zarbi le keum, il est trop dar » (ce qui se traduit par : « Ce personnage engendre chez moi un sentiment d'incompréhension car il n'est pas à la pointe du progrès »). Une citation de la Correspondance pourrait être méditée par la plupart des blogueurs (note personnelle : moi le premier, moi le premier) : «Le difficile en littérature, c'est de savoir quoi ne pas dire? » mais «quand on a quelque chose dans le ventre on ne meurt pas avant d'avoir accouché.»

    Les transports en commun sont, faut-il le rappeler, rarement les vecteurs de transports sensuels ou amoureux, bien qu'il se raconte des anecdotes prétendant le contraire mais enfin « la madone des sleepings » se sentirait à l'étroit dans les commodités des trains modernes et Emmanuelle serait bloquée au sol comme tout le monde en ce moment à cause d'un nuage volcanique islandais, il lui serait alors impossible d'avoir « le bas en haut » en « business class », ce qui me fait penser qu'Emmanuelle c'est un peu « la madone des sleepings » de l'âge de la Bourse triomphante.

    200px-Gustave-Flaubert2.jpgFlaubert connaît nombre d'extases éthyliques, haschinines ou autre, en voyage, quand il est en Orient dont il ne fait pas qu'humer les parfums dans les souks. Ses lettres à Louis Bouilhet d'Égypte ou de Jérusalem démystifient grandement les journaus de tous les grands hommes qui ne vivraient que d'intelligence, de rafinnement et de cultures partagées. Flaubert est loin de se cantonner à l'intellect. Il prétend à Louis Bouilhet que «L'organe génital est le fond des tendresses humaines.». Il ne vas pas cependant jusqu'à se souiller et souiller une enfant comme Maxime du Camp qui souffre des mêmes instincts que Polanski ou un curé progressiste « dynamique avec les jeunes », Il succombera quant à lui à son vice en Syrie.

    On y voyage certes en prenant moins de risques que par l'alcool, qui est une manière de voyager assez étourdissante, et on s'y fait moins mal aux yeux que par la lecture. En plus, la correspondance de Flaubert même dans l'édition « digeste »(comme disent nos amis de la Perfide Albion) de poche, c'est écrit trop petit, et il n'y a pas de dessins à colorier. Généralement on y trouve toute une brochette de névroses diverses, en particulier parmi les habitués, l'aristocratie du voyageur, que ce soit un car ou un train, ce qui revient presque au même, dans le train, les habitués se rangent par wagon, dans le car, on ne peut pas changer, de wagon. Et l'on n'y rencontrerait même pas de Madame Schlésinger, le modèle de Madame Arnoux dans « l'Éducation Sentimentale », qui finira dans la triste réalité folle à lier, écumante, dans un asile de l'est de la France. C'est pour cette raison que l'histoire d'amour de Frédéric est tellement bouleversante, malgré l'auteur lui-même qui jouant le cynisme jusqu'au bout, se demande dans une lettre à Louise Colet s'il faut que ses personnages « baisent ensemble » selon son terme très cru qui est aussi une manière de pudeur.

    Malheureusement.

    Cela, l'observateur attentif l'aura bien sûr remarqué (note personnelle : ici, il y a quelques graines de dérision ami lecteur, je ne pense pas réellement qu'il faille être si attentif que ça).

    *

    De temps à autres, dans le « tégévé », en classe confortable, on peut croiser des philosophes néo-nietzschéens (ils sont persuadés qu'être anti-cathos suffit), comme Michel Homais, pardon, comme Michel Onfray, qui lisent le journal, « Le Monde », un journal beaucoup plus drôle que « le Hérisson » à vrai dire, sur leur « ail-fône » car ils sont pour le progrès, merde, quoâ ? Flaubert l'aurait conchié ce genre de philosophes de comptoir soit dit en passant, ce pour quoi, un peu rapidement, on classerait bien Flaubert dans la catégorie des anarchistes de droite, catégorie dans laquelle on me classe souvent (mais pourquoi ? Grands dieux ! Pourquoi ? Moi qui suis d'une grande douceur et d'une parfaite tolérance), à savoir le genre d'individus qui déteste la sottise grégaire et la connerie du troupeau quand celui-ci quitte ne serait-ce qu'un instant ses pâturages.

    Et il conchierait de même « le Monde ».

    Il y a particulièrement dans les transports en commun les bureaucrates fiers d'être esclaves, contents d'être dévoués à un patron, ou un chef de service qui exploite sans vergogne leur candeur et leur crédulité. Cela va de la dame entre deux âges pomponnée et apprêtée selon les canons de la mode pompidolienne, avec choucroute décolorée en option, que l'on soupçonne d'être amoureuse de son supérieur hiérarchique qui, miracle de la technique peut la déranger à trois heures du mat', gràce à l'invention du téléphone cellulaire (le vocable « téléphone portable » étant, comme me le faisait remarquer judicieusement une camarade intelligente qui porte des minijupes très courtes, un pléonasme, c'était un peu ma propre Louise Colet), au névrosé raide comme un piquet sur son siège qui bout d'impatience car il ne supporte pas ses semblables et qui attend avec impatience de se planquer derrière son « box » au bureau, ce qui lui permet d'envoyer des messages vengeurs ou haineux, planqué derrière un pseudo judicieux, souvent suggèrant qu'il est doté d'une virilité étonnament triomphante. Ils valent bien les « monsieur Prudhomme » dont parle souvent Flaubert et les « ronds de cuir » de Courteline, qui ne s'est pas toujours appelé ainsi (puisqu'il s'appelait Courtepine).

    *

    croisset.jpgEt puis il y a aussi un autre genre de sauvage, celui qui préfère s'abstraire dans les livres. Autour de lui, on ragote, on cancane, il s'en fiche, on « bouvarde », on « pecuchètise », ça l'indiffère, on « bovaryse », il ne s'en inquiète pas, on le suspecte aussi de temps à autre d'être un « prétenssieux » ou une sorte de tante non pratiquante, il préfère en rire. On enrichit ainsi le dictionnaire des idées reçues de nombreuses définitions ou re-définitions. A lire la correspondance de Flaubert, lui qui haissait non sans délectation la bêtise bureaucratique mais aussi la démocratique, « Je ne veux faire partie de rien, n'être membre d'aucune académie, d'aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle et le niveau. Bédouin, tant qu'il vous plaira ; citoyen, jamais ». De toutes façons il rejette la bêtise moderne : « L'immense bêtise moderne me donne la rage. Je deviens comme Marat insociable ! attachez-moi ! je mords ! » (A Léonie Brainne. 14 juin 1872) . Il serait bien plus enragé en nos temps de délitement social total malgré le multiculturel et l'avènement prochain du nirvâna consumériste.

    Il aurait certainement détesté mais ça n'aurait pas été perdu pour la littérature. En son temps, il était limité, l'abrutissement du troupeau, de nos jours, il n'a plus aucune borne gràce au sacré « Village Global ». C'est plutôt d'être en dehors de la horde qui pose problème même si, certes, comme lui « Ma volonté seule suit une ligne droite, mais tout le reste de mon individu se perd en arabesques infinies » (à Louise Colet, 13 mars 1854).

    *

    Amaury Watremez

    « Correspondance » de Gustave Flaubert en « Folio Classique » chez Gallimard, 10,90 Euros.

  • Le Goncourt à Marie N'Dyaye, le Renaudot à Beigbeider, étonnant, non ?

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    696340_photo-1257139403641-1-0_150x113.jpgAu départ, le Goncourt était un prix littéraire destiné à récompenser de jeunes auteurs chez qui l'on pensait distinguer les prémices d'un talent futur. Petit à petit, surtout depuis quarante ans, c'est devenu un truc, un machin quelconque boursouflé, destiné à récompenser quelqu'un bien dans la note de la bien-pensance, on récompensera par exemple un perdreau de l'année comme la septuagénaire Marguerite D. pour "l'Amant", et de toutes façons les convives de chez Drouant sont souvent passés à côté des plus grands tel Proust.

    Cela s'accélère depuis quelques temps, ainsi l'an dernier le prix donné à Atiq Rahimi, durassien afghan et bon sauvage de service, (moi ce n'est pas tellement son afghanité qui me gêne, plutôt sa « durassianité »). Cette année, on décerne la récompense, qui ne veut plus dire grand-chose à une écrivaine parce qu'elle est noire, et parce que c'est une femme, finalement, là-dedans je me demande la part de la littérature. Et c'est tout aussi raciste que de ne pas lui donner pour ces deux raisons au fond. Quant à Beigbeider, un perdreau de l'année, le fils cadet d'une famille pas trop mal née, on lui file le prix Renaudot, mais ce n'est pas parce qu'il a des amis partout, ce serait déplacé de le prétendre, là aussi, il est bien entendu que l'on parle peu de littérature. Frédéric est un rebelle, il s'est fait une ligne de coke, a passé une nuit en cellule de dégrisement, il se voit déjà en rebelle numéro 1 de la Sarkozie et futur Victor Hugo, post-moderne du régime. On imagine la Beigbeder.jpgconversation mondaine : « Merde quoi, on peut plus se faire une ligne en paix, coco, ça va pas, faut réagir ». Comme d'autres, le petit milieu littéraire s'est tenu à carreaux pendant l'affaire du fils Sarkozy, car c'est un milieu extrêmement consanguin aussi, comme la politique, ou alors pour hurler au lepènisme. Il faut y apprendre la lèche rapidement quitte à s'y faire griller : ainsi on déplait à un petit artisan de la littérature, un minable à sexualité frustre de VRP de province, puant de misère sexuelle et de complexes divers, frustré de succès, un peut mytho sur les bords, il enragera et fera tout pour empêcher votre publication possible en ragotant auprès des éditeurs ou des autres, en interdisant à ses enfants de choeur d'intervenir sur tel ou tel blog, le pire étant qu'on l'écoute...

    Dans les deux cas, il s'agit plutôt d'écrivains qui ne sont certes pas du genre à pisser de la copie un peu partout quitte à se renier, mais il n'empêche que l'on peut se poser des questions, non ? Ce qui relativise les choses est que le public décérébré de « Star Académie » ou « Con Lanta » s'en fout comme l'an 40 du Goncourt, il ne lit plus.

  • Eric Naulleau et Pierre Bergé - l'anti-brouillard de la sagesse contre son contradicteur (l'insolent)

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    Pour avoir une idée précise de quoi t'est-ce il est question dans la note cliquable à ce lien en blanc, la couleur du cerveau et de la chemise de BHL, le célèbre philosophe attifé comme un VRP pour une soirée karaoké, "les anti-brouillards de l'intelligence...", on peut regarder cette vidéo juste en-dessous, comme ça amie lectrice, ami lecteur si tu es plutôt un visuel c'est plus simple. Et c'est plus rapide pour les djeunes qui n'ouvrent jamais un bouquin. Il y en a toujours qui diront qu'on le savait mais il faut le voir pour le croire je crois. On a envie dire à Bergé : "non reculez, on est éblouis devant tant de sagesse et d'intelligence, ça en fait mal aux yeux". Je ne serai pas plus ironique et ne me moquerai pas plus des anciens cependant, allons la vieillesse est un naufrage et on a pitié des personnes âgées qui ruminent leurs idées fixes ou se complaisent dans leurs lubies.

    Une interview de Naulleau ici

  • Littérature performante

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    Encore il y a peu, parlant de livres livres%20pile.jpgavec des convives pendant une des nombreuses soirées mondaines où l'on m'invite pour mon esprit et mon sens incroyable de la répartie (note pour les cons et les non-comprenant ceci n'est pas vraiment sérieux, c'est de l'h-u-m-o-u-r), l'un d'eux, qui ne lit jamais, n'ouvre jamais un bouquin, n'a pu s'empêcher de sortir : "Moi je ne lis pas, comme j'ai plein de choses à faire, je n'ai pas le temps". Sous-entendu, la littérature est un divertissement, un amusement pour rigolos, pour des types et des bonnes femmes pas vraiment sérieux. C'est aussi une manière de justifier son inculture. Un autre a dit qu'il ne lisait que des livres "sérieux", là on sous-entend que les romans, la poèsie, les livres dits de genre, ce n'est pas sérieux. Ce n'est pas seulement le commun des quidams qui sort pareilles absurdités,  on trouve aussi les mêmes sur Causeur.fr sous la plume de Renaud Camus interrogé par Elisabeth Lévy qui considère la SF comme un sous-genre ainsi que la BD, article remarqué en causant sur Causeur (ah, ah, ah, suis-je spirituel) où je me fais passer pour la nourrice de Zeus (on est bien peu de choses, on me pardonnera cette facétie). Cela n'exclut pas que la littérature peut être seulement une détente mais elle est loin de s'y réduire exclusivement. Lire beaucoup n'est pas convenable dans l'esprit étriqué des petits bourgeois qui préfèrent une petite vie paisible mais bornée entre les planches d'une clôture morale confortable qui leur évite de sortir du troupeau bêlant des bonnes gens comme les autres bien vus par leur crémière.

    Certes, il a raison au début de son propos, il y a actuellement une confusion des genres et un mélange des goûts, du fait de la marchandisation, qui fait que l'on place sur le même plan Chaplin et "les Bidasses au pensionnat", mais ce n'est pas ce qui permet de condamner la Science-Fiction ou la Bande Dessinée dont certaines oeuvres deviennent des classiques de la littérature tout court : ainsi "Little Nemo" rivalise avec "Alice in Wonderland" et K.Dick ou Ballard valent bien le "nouveau roman" ou l'auto-fiction. Autre exemple, je me souviens de cet homme d'Église, extatique, proche de la transe mystique, à qui l'on demande son livre préféré qui répond "la Bible" croyant bon d'ajouter que tout le reste de la littérature est inutile, approuvé en cela par le cercle de ses fans qui se ressemblaient tous. C'est plutôt dommage car la littérature permet d'aller vers les autres, d'ouvrir à la beauté et l'imagination au lieu de se contenter du réel ou de ce que l'on appelle ainsi. Les jours derniers, on vient d'ailleurs de constater que les "traders" et les banquiers, que l'on croit proche du réel plus que les autres, étaient beaucoup plus irresponsables qu'un poète de sous-préfecture ou un écrivain de romans noirs éthylique. "La gravité est le bonheur des imbéciles", dit Nitche à moins que ce ne soit Miss France, c''est l'esprit de sérieux qui mène à la catastrophe actuelle, pas l'imagination ou la liberté que donne la littérature qui ouvre à la vie tout simplement.