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livre

  • Grandioses et pathétiques

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    À propos de « Les violettes de l'Avenue Foch » de Simon Libérati paru chez Stock (voir à ce lien)

     

    livre, les violettes de l'avenue foch, roman, simon libérati, politique, société, amaury watremezJ'aime beaucoup les livres de Simon Libérati dont la vie est un roman en elle-même. Ses livres sont toujours hautement humains, tournés vers l'autre, d'une curiosité insatiable envers l'humaine nature. Revenu du fin fond de l'abîme, il a connu le succès avec son livre sur Jayne Mansfield, succès plus que mérité, et trouvé l'amour fou avec Éva Ionesco, ce dont il a fait un ouvrage également. Il s'est sorti de la drogue et d'excès de toute sorte pour retrouver un équilibre. Il a du style et il écrit mieux depuis cette remontée de son Hadès personnel. Il ne fait pas dans l'autofiction nombriliste et la psy devant tous les passants via ses livres et les plateaux télévisés même si ce recueil de chroniques et d'articles est en somme un auto-portrait en creux, ce qu'il avoue lui-même.

     

    C'est également, surtout pour la dernière partie, un autre portrait d'Éva Ionesco, la femme de sa vie, la seule qu'il ne pourrait jamais oublier. On les sent tous les deux comme des gamins de Paris, elle est une autre Gavroche, y compris dans un palace, lui un ancien garçon sage perdu dans des lectures qui n'étaient pas de son âge.

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  • Dans les ténèbres de Dark City

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    À propos de « Dark City : Le monde perdu du film noir » de Eddie Muller chez Rivages-Noir (voir à ce lien)

     

    cinéma, film noir, livre, société, amaury watremezL'auteur raconte comment ça se passe à « Dark City » qui est aussi « Sin City », une mégalopole gigantesque où les instincts les plus bas, les appétits les plus vils, les passions les plus dangereuses sont le quotidien, une ville que l'on voit dans tous les « films noirs » d'Hollywood. « Dark City » est l'envers du rêve américain même s'il engendrera des archétypes mythiques qui participeront de sa légende malgré tout ne serait-ce que par la figure de la femme fatale, Joan Bennett, Gloria Grahame la plus sulfureuse, du « privé » cynique en surface, des criminels mondains doucereux, des jeunes rebelles sans cause, du gangster à l'âme torturée comme Richard III....

     

    Le livre est un voyage dans les quartiers de « Dark City » présentant ses habitants, montrant son ascension et sa chute brutale et tragique tel un film de gangster avec James Cagney ancien comédien comique de radio (« l'Enfer est à lui », « l'Ennemi public » et sa scène fameuse dite du pamplemousse etc...). La plupart des futures vedettes y débutent, y compris Marilyn Monroe dans « Quand la ville dort «  de John Huston.

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  • La littérature, seulement la littérature, rien que la littérature

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    à propos de « Ecrivains et artistes » de Léon Daudet, aux nouvelles éditions Séguier

     

    wilde4.jpgIl y a un livre que je lis, relis, et relis encore sans me lasser. J'en connais même des passages par cœur. Ce sont ces « fabuleux » -pour reprendre le mot de Proust- souvenirs littéraires de Léon Daudet réédités ici dans une forme plus ou moins expurgée de toutes les considérations politiques de l'auteur de par leur parfum encore méphitique en 2017. Léon Daudet était d'Action Française, catholique profond, maurrassien convaincu, nourrissait quelques doutes sur la démocratie bourgeoise, toutes choses impardonnables à notre époque si coincée sur le plan de l'appréciation des arts. C'est un peu dommage, il me semble qu'un lecteur adulte est capable de faire la part des choses selon ses propres convictions et de passer outre ce qui pourrait les heurter.

     

    S'ils y tenaient absolument, ils mettaient des « smiley face » souriantes ou mécontentes pour signaler les passages corrects et ceux qui sentaient le soufre. Cela aurait été post-moderne, tellement d'époque. On note encore que l'image soigneusement choisie provient de sa jeunesse quand le fils turbulent d'Alphonse Daudet était encore un des espoirs de la jeune IIIème République et non un de ses plus terribles contempteurs.

     

    Léon Daudet était aussi un homme cultivé, au sens classique du terme, goûtant le verbe d'un auteur, son style et non les correspondances avec ses propres opinions ou son utilité dans la défense d'une « cause » ou d'une autre. Contrairement à l'abbé Bethléem, célèbre prêtre et censeur catholique, contrairement à nos arbitres des élégances littéraires actuels tout aussi pudibonds dans leurs détestations et leurs célébrations, Léon Daudet avait le « nez creux » et reconnaissait le vrai talent beaucoup plus sûrement que ce genre de lecteurs suscités au foie sans doute bilieux. Barbey d'Aurevilly lui-même s'était heurté et se heurte encore à ces procureurs des lettres qui le limitent et s'en tiennent bêtement à sa réputation de dandy flamboyant un peu réactionnaire sur les bords...

     

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  • Traversée myope de Paris

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    Livre, ADG, littérature, polar, anar de droite, amaury watremezAussi sur Agoravox

     

    La Table ronde réédite intelligemment des coups de cœur et cartes blanches de ses auteurs maisons, ou plutôt une carte noire, ici celle de Jérôme Leroy. Je ne l'ai pas fait exprès, je m'en suis aperçu après avoir acheté le livre, comme quoi les affinités au moins littéraires subliment les brouilles et les mésententes. Celui-ci a choisi un ouvrage d'ADG de son vrai nom Alain Fournier. Il est sulfureux de par ses prises de position très à droite mais est un auteur délicat et subtil méritant d'être re-découvert, proche de Marcel Aymé, Jacques Perret, et Antoine Blondin pour l'errance éthylique des personnages.


    ADG aimait la bonne chère, sa Sologne, son homonyme et la Littérature au dessus de tout le reste y compris la politique. Il était ce qu'on appelle un anarchiste de droite selon le terme usité souvent à tort et à travers, revendiqué par des imposteurs notoires comme Alain de Benoit, et qui pour lui cependant Alain Fournier est parfait. Son anarchisme de droite est surtout un non conformisme pour ennuyer les bourgeois pédagogues, tous ceux qui se piqueraient de poser aux arbitres des élégances morales et, ou culturelles. Il n'hésitait pas dans des chroniques sociétales à être très incisif, de trop sans doute aux yeux de ses détracteurs et contradicteurs.

     

    Elles étaient tellement incisives aux yeux de son éditeur que leur recueil est truffé de quelques pages blanches afin de signifier les coupures éditoriales prudentes afin de s'éviter quelques procès.



    On se doute bien que cela le rend immédiatement sympathique à mes yeux...

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  • La vacherie comme art de vivre

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    à propos de « J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste » par Loïc Prigent dans la collection Le courage chez Grasset

     

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    mode, société, loic prigent, livre, amaury watremezAlors oui, certes oui, la mode est un monde pourri par l'argent, un monde de frivolité d'où toute idée du réel est absente. Il est toujours possible, et facile, de moraliser la mode sans trop réfléchir. « La gravité est le bonheur des imbéciles disait un sage, ils ne saisissent pas que la futilité est indispensable. Pourquoi se laisser aller à l'esprit de sérieux contre la haine, la violence, la sottise ? Autant faire comme si tout cela passait, tout cela lassait, que nos grandes déclarations, nos belles attitudes n'ont aucune prise contre les fléaux sus-cités. La bêtise à « front de taureau » existera tant qu'il y aura des hommes car « là où il y a de l'homme il y a de l'hommerie »

     

    Autant vivre donc en essayant de demeurer léger, en faisant comme si rien n'avait vraiment d'importance hormis vivre et ressentir tout simplement. Et finalement dans ce microcosme de la mode tout le monde en est conscient, tout le monde sait très bien ce qu'il en est sur la profondeur du métier, sur la durabilité de la célébrité, d'une fortune, d'une notoriété. Personne n'ignore non plus que ce sont surtout des princesses pétro-dollarées, des héritières coréennes et russes vulgaires qui porteront les créations des grands couturiers.

     

    Et que sur elles ça fera vraiment très moche. Encore plus que certaines créations par trop fantaisistes déjà...

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  • L'avenir de la culture

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    culture, littérature, livre, bibliothèque, politique, amaury watremez

    Sur Agoravox aussi

     

    Je suis toujours très agacé quand j'entends le chœur des pleureuses déplorer le manque de culture des jeunes, leur peu d'appétence pour la littérature et les arts. Car ce sont ces mêmes pleureuses qui n'ont pas su transmettre quoi que ce soit en ce domaine à leurs enfants et petits enfants. La plupart n'ont d'ailleurs pas de bibliothèques chez eux ou sinon quelques « ouvrages de table basse » faisant « bien » quand il y a des invités, et ne vont pas plus au concert ou au théâtre que leur progéniture.

     

    Lorsqu'on leur en fait la remarque, leur premier réflexe est d'incriminer bien vite l'école et l'Éducation Nationale, aux enseignants si mal formés, aux différentes réformes. Ce serait la faute à leurs professeurs qui ne les aimaient pas, qui ne les comprenaient pas, les pôvres...

     

    Comme si la culture ne s'apprenait que dans une classe, comme si elle ne devait naître d'un apprentissage fastidieux. On ne sait d'ailleurs plus très bien définir la culture, on pense souvent que chacun a sa propre « culture » selon ses propres critères alors que celle-ci n'a rien de relatif. On est cultivé ou pas, c'est une réalité -cruelle pour certains.

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  • Une société bientôt sans livres

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    fahrenheit_451--1-.jpgEn France particulièrement où la littérature a encore un tout petit peu d'importance, tout comme un peu partout en Europe ou aux Etats Unis, plus personne ou presque ne lit réellement. Bien entendu, si l'on vend encore des livres à foison, si l'on distribue des journaux gratuits dans les transports en commun, si les livres sont des biens commerciaux comme d'autres encore en 2016, cela ne signifie pas pour autant qu'on les ouvre ni même qu'on les feuillette. Pas besoin de se donner cette peine avec les multiples sites de ventes en ligne et leur pseudo-appréciations d'acheteurs toujours enthousiastes on aura noté. L'impétrant lecteur s'en contentera, celui lui évitera des efforts intellectuels et il pourra alors se replonger dans « Candy Crush Saga ».

     

    Sinon, si les citoyens-consommateurs lisaient encore, quel inconscient achèterait encore Marc Lévy le roi du placement de produit et du roman de gare moderne, notre Delly 2.0 ou l'incomparable et si durassienne Marie Darrieuscq ? Le si émouvant David Foenkinos sous les rires pleins de tendresse ou la torturée Christine Angot et ses problèmes de psychanalyse mal réglés ? Le plus important en achetant l'ouvrage d'un de ces auteurs « bons clients » médiatiques, c'est surtout de mettre un de leurs livres bien en évidence sur la table basse du salon. Ce sont juste des objets d'ostentation sociale, pour se donner une aura ou une autre, pour peaufiner son image.

     

    Cela fera son effet lorsque l'on recevra des amis socialement moins pourvus. La personne cultivée ou réputée l'être pourra prendre un des bouquins dans les mains et en tourner les pages d'un air pénétré afin de bien faire comprendre qu'il tutoie les dieux des Lettres et les cimes intellectuelles....

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  • Roman noir dans un trou

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    à propos de « Pottsville 1280 habitants » de Jim Thompson chez Payot et Rivages

     

    Article aussi sur Causeur

     

    pottsville.jpgCouverture empruntée sur le site de l'éditeur

     

    « Pottsville 1280 habitants » est la nouvelle traduction de « 1275 âmes » paru en « Série Noire » en 1964 et alors amputé de nombreux passages. Le roman fût également adapté par Bertrand Tavernier en 1981 sous le titre « Coup de torchon » avec Noiret et Isabelle Huppert pré-botox, l'histoire alors pas trop mal transposée dans un contexte colonial. C'est le « roman noir » dans toute sa sombre splendeur. Céline n'est pas loin non plus. L'être humain qui est capable du meilleur se laisse le plus souvent aller au pire, ne songeant qu'à son propre intérêt, à son plaisir narcissique.

     

    Nick Corey est le sheriff de Pottsville un trou perdu du Sud des Etats Unis juste après la Première Guerre Mondiale. Parfois les dilemmes s'y règlent encore par un ou deux lynchages. Le ragot est roi, tout comme les rumeurs, l'on sy ennuie tellement. Pour demeurer tranquille et en faire le moins possible, Nick Corey se fait passer pour un imbécile heureux, un imbécile débonnaire laissant prospérer les petites et grosses magouilles ce qui lui permet d'enrichir son ordinaire plutôt précaire. Il est régulièrement réélu sans trop de problèmes ....

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  • La haine de la Littérature à Nuit debout mais pas que

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    Livre, nuit debout, politique, société, bêtise, censure, littérature, amaury watremezSi je conchie tous les idéologues, quel que soit leur camp, de droite comme de gauche, quels que soient leur alibi, c'est d'abord de par leur haine profonde de la Culture en général et de la Littérature en particulier, car celles-ci contredisent forcément leurs certitudes à un moment ou un autre. Généralement, la Révolution, la Réforme réputée indispensable des mœurs commence toujours par un bon petit autodafé, une censure au nom de bonnes intentions, toujours.

     

    Poser la question de la censure, l'envisager, c'est déjà censurer.

     

    La censure d'une œuvre se justifiera toujours au nom de la moralisation que les idéologues,théocratiques ou laïcs, prétendent imposer au reste de la société, bien entendu pour son bien. Et cela même si le reste de la société n'est absolument pas d'accord ou s'en fiche. Car les censeurs savent ce qui est bon pour le peuple.

     

    A « Nuit debout », on n'est pas en reste et l'on y respecte studieusement cette « tradition » imbécile. On vient de mettre en place une bibliothèque, « Bibliodebout » (voir à ce lien l'article de la « bibliothécaire » deboutiste) mais, attention, dans un but militant, dans le but d'affermir un discours unique, et je cite « pour se changer les idées », dans l'optique de la conception classique des petits bourgeois de la Lecture : une occupation non productive étant forcément un loisir et rien d'autre. Dans l'esprit d'un militant ou d'un idéologue, la Littérature dont l'apport n'est heureusement pas quantifiable, qui ne sert à rien en tant que telle acquiert une utilité mesurable si elle sert la cause défendue....

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  • La vie en noir

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    « Noir c'est noir il n'y a plus d'espoir » Jean-Philippe Smets

     


    PHOa7fd04c8-acf2-11e2-82be-7c37e65ceae0-805x453.jpg« Du Polar » de François Guérif, entretiens avec Philippe Blanchet chez Rivages/Noir

     

    portrait de François Guérif empruntée sur le site de « la Montagne »

     

    Les bons livres se reconnaissent généralement à un symptôme lorsque le lecteur les parcourt, on peut en dévorer cent pages d'un coup sans s'en rendre compte. Ils font plaisir. Avec ce recueil d'entretiens, on se prend au jeu rapidement et avoir de suite envie de les relire, pour la bonne bouche. Certes François Guérif semblera parfois injuste dans ses détestations et rejets, par exemple concernant Fajardie, mais quel ennui serait ce bouquin sans subjectivité ! Les auteurs ménageant la chèvre et le chou, se souciant de ne déplaire à personne, n'ont strictement aucun intérêt. Ils font souvent couler un robinet d'eau tiède tout en étant persuadés de l'avoir réinventée, ce n'est pas le cas de ce livre.

     

    On n'est bien entendu pas obligés d'apprécier le Roman Noir tout comme on n'est pas forcés de goûter les délices de Capoue ou les rognons délicatement à la poêle (avec un peu de vin rouge). Bien sûr c'est passer à côté de tout un pan de la Littérature moderne rentrant dans ce « genre », genre encore largement sous-estimé : pour les arbitres des élégances ce ne sont pas en effet des livres dignes de ce nom...

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  • Dire tout ce qu'il ne faut pas dire

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    Cet article est aussi sur Causeur.fr

     

    à propos de « Tout ce qu'il ne faut pas dire » de Bertrand Soubelet, chez Plon, sortie le 24 mars (voir à ce lien)

     

    livre, bertrand, soubelet, gendarmerie, société, sécurité, amaury watremez, politique, désengagement, Union européenneLe général de gendarmerie Bertrand Soubelet, devant une commission parlementaire, le 28 décembre 2013, a énoncé les faits de manière claire, nette et précise montrant que le terrorisme et la radicalisation islamiste dans notre pays sont des questions n'ayant pas été appréciées à leur juste valeur et ce depuis trente ans. Cela ne commence pas avec François Hollande. Ayant dit la vérité, il a été écarté de son emploi de la direction des opérations et de l'Emploi de la gendarmerie, ainsi que de la conduite des gendarmes d'Outre-mer. Ce n'est pas un militant politique, il n'a pas d'ambitions quelconques, pas de désir à soutenir tel ou tel. Ce 24 mars sort son livre développant son propos chez Plon.

     

    Il outrepasse largement son devoir de réserve à géométrie variable selon que vous soyez de gauche ou de droite, mais après les manifestations des « Je suis Charlie » célébrant la liberté d'expression, n'est-elle pas devenue encore plus importante ? Elle est encore plus fondamentale y compris et surtout quand ce qui est exprimé contredit les lieux communs qui rasurent, les mièvreries ambiantes et padamalgamesques, les discours de l'excuse...

     

    Il dénonce le désengagement progressif, ne serait-ce que par les « économies » drastiques dans les moyens alloués, de l'Etat dans tous les domaines régaliens lui étant pourtant propres : l'Education et la Sécurité en particulier. C'est de là que naït la montée de l'influence néfaste des pires radicaux islamistes dans nombre de nos banlieues et au cœur des villes. Les institutions ont laissé consciemment le terrain libre aux fanatismes, aux haines cuites et recuites, ethniques ou religieuses. Après tout l'Islam radical constitue un excellent moyen de contrôle social des plus précaires. Et ce même si malgré tout les éducateurs et policiers continuent d'y mener comme ils le peuvent un travail remarquable mais qui ne suffira pas car les métastases sont beaucoup trop profondes....

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  • La Foi et le Scandale du Mal – l'Oeuvre romanesque de Bernanos

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    Les sept romans de Georges Bernanos sont édités en Pléiade chez Gallimard

     

    littérature, société, politique, Bernanos, livre, littérature et décombres, amaury watremezL'on ne peut comprendre l'oeuvre de Bernanos, cet angoissé joyeux, sans comprendre ce qu'est la Foi et le scandale qu'est le Mal dans notre monde. A notre époque matérialiste, ne comprenant que le quantifiable, le mesurable en espèces sonnantes et trébuchantes, le prouvable devant témoins, la Foi est strictement incompréhensible. Elle est le plus souvent réduite soit à un ésotérisme de pacotille soit à un besoin de se sentir bien pour soi. Il est de bon ton également de réduire le « grand d'Espagne » à un catholique qui aurait rejoint le « camp du Bien » en prenant position contre le franquisme en particulier et tous les fascismes en général. Les promoteurs de cette vision oublient manifestement que « les Grands Cimetières » sont dédiés à Edouard Drumont, grande figure scandaleuse. Ils omettent cette épisode advenu en 48 quelques temps avant la mort de l'écrivain lorsqu'un journaliste américain lui demandant s'il était dans le camp des démocrates se fit copieusement engueuler. Il ne serait également qu'un auteur de livres mettant surtout en scène des curés et des religieuses, un romancier catholique ayant le cœur un peu plus sombre que François Mauriac ou Guy de Larigaudie.

     

    Les romans de cet auteur dont je me sens si proche sont essentiellement des livres de Foi. Ce n'est pas l'eau tiède déversée par tonneaux entiers des nouvelles communautés, de trop nombreuses paroisses, ou le sirop un peu trop sucré des livres de « directeurs spirituels » médiatiques. On aime tout le monde mais on n'est pas capable d'aller vers son prochain le plus proche. Ce n'est pas non plus la foi bourgeoise, la foi des privilégiés ne voulant que préserver leur mode de vie par eux considéré si précieux. La Foi de Bernanos est un feu brûlant, elle apporte le glaive, elle n'est pas de pur spirituel complètement désincarnée. Elle encourage à la radicalité évangélique, à laisser de côté les bons sentiments, les grandes et belles déclarations ronflantes. Ce n'est pas facile mais c'est là où se niche la Sainteté, telle celle de Blanche de la Force, jeune novice des carmélites finissant par monter à l'échafaud avec ses sœurs alors qu'elle aurait pu espérer survivre.

     

    La Foi de Bernanos est au pied de la Croix, en direction du supplicié atroce cloué sur le bois épais, supplicié bien oublié par les croyants modernes en faisant une figure de vitrail aux bonnes joues rouges. La Croix domine un monde corrompu par le Scandale du Mal. Rien n'y a plus vraiment de sens, la vie apparaît comme de plus en plus absurde menée par l'avidité, dans une nuit de plus en plus profonde. Au cœur de cette obscurité demeure ce qui nous sauve, l'Espérance. Ce n'est pas l'espérance simplement humaine, à courte vue, ressemblant plus à l'illusion, l'illusoire, le virtuel il est vrai de plus en plus prégnant. Ce supplicié horriblement défiguré, souffrant de tous les péchés de l'Humanité, est aussi la victoire définitive du Bien sur le Mal, contre toute apparence, victoire couronnée par la Lumière de la Résurrection.

     

    La mort du Christ sur la Croix est en effet plutôt un symbole d'échec complet en apparence, tout comme la courte existence du petit curé d'Ambricourt. Personne ne vient à sa messe, excepté deux vieilles bigotes et il meurt seul, mais il meurt en comprenant ainsi que le disait sainte Thérèse de Lisieux que « Tout est Grâce ». Bernanos parle aussi des prêtres mondains, des ecclésiastiques clinquants ayant du succès en société, de leur imposture. Celle-ci ne se fonde pas toujours sur des mauvaises intentions, parfois ils sont sincèrement convaincus du bien-fondé de leurs compromis. Dans « Sous la Soleil de Satan », il montre deux visages de personnes tendant à la Sainteté: l'abbé Donissan et Mouchette. Donissan fait littéralement des miracles, mais il n'a plus aucun amour dans le cœur, Mouchette est une jeune femme scandaleuse mais elle est plus proche de la Sainteté que le prêtre. Dans ce livre le diable est un maquignon rusé faisant des affaires juteuses avec les hommes et le mal se fait sous un soleil éclatant, en pleine lumière....

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  • Publication de mon journal de Jérusalem

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    jerusalem.jpgA ce lien, sur le site de "The Book editions", ami lecteur patient et indulgent, tu trouveras la possibilité de commander mon journal de Jérusalem...

    Si le cœur t'en dit bien sûr.

    A mon tour d'être critiqué et de passer au grill des lecteurs avisés...

     

  • Deux Dexter pour le prix d'un seul

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    "Double Dexter" en "Points Thriller" au Seuil


    Livre, polar, roman noir, société, politiqueJ'aime bien la série des romans de Jeff Lindsay sur Dexter, policier scientifique, spécialiste des tâches de sang le jour et serial-killer impitoyable tueur de criminels la nuit. Dexter croit ne rien ressentir, et joue la comédie du brave type lisse et sans aspérités le jour. Dans le troisième roman, Deborah sa sœur découvrait qui il était réellement mais ne révélait rien, préférant utiliser les talents de son frère non sans réticences, après que celui-ci lui ait sauvé la vie.

     

    Ce n'est pas que les histoires soient formidables.

    C'est toujours un peu les mêmes procédés, comme dans les séries télévisées, avec les mêmes « gimmicks » :

     

    Dexter a un ennui sérieux qui l'empêche de continuer ses activités de justicier sombre, il se lance sur une fausse piste qui s'avère un piège et tout finit sur un « climax » grandiose qui met en jeu la vie de ses proches ; son frère, sa sœur, et dans les deux derniers opus, ses enfants adoptifs, Cody et Astor. Et à la fin tout redevient « normal », et Dexter peut enfin assouvir de nouveau ses pulsions.

     

    Fort heureusement, ce n'est pas ça le plus important, mais l'atmosphère et le ton très caustique, voire cynique, de l'auteur qui à travers la voix de Dexter, qui est le narrateur, se moque de tous les travers de la médiocrité quotidienne, des conventions sociales hypocrites et du « politiquement correct » qui ne l'est pas moins, de ce qu'il faut faire pour plaire et s'intégrer, sans pour autant être sincère.

     

    Le personnage essaie de comprendre l'espèce humaine à laquelle il estime ne pas appartenir mais n'y arrive pas, tente de résoudre ses crises de couples et amicales sur les clichés qu'il a vu à la télévision dans les « soaps » sentimentaux interminables pour ménagères et y réussit car au fond, les sentiments ne sont basés que sur des leurres comprend-t-il, ou presque tous.

     

    Dexter est donc un « serial-killer », psychopathe car traumatisé à trois ans par le meurtre sanglant de ses parents, qui a été recueilli par Harry, son père adoptif, qui s'apercevant des pulsions homicides du garçon les a canalisées afin que celles-ci ne s'exercent que sur des meurtriers que la police a laissé libres car n'ayant pas assez de preuves

     

    Donc certaines nuits, quand son « passager noir » s'éveille, Dexter tue des criminels, et y prend plaisir, toujours après avoir soigneusement réuni tout ce qu'il fallait pour se prouver à lui-même la culpabilité de ses proies.

     

     

    Dans « Double Dexter », il est confronté à un assassin qui prétend non seulement le copier mais aussi le surpasser, après l'avoir surpris dans ses activités coupables. Dexter joue avec lui au jeu du chat et de la souris mais il semblerait qu'il soit cette fois-ci tombé sur plus fort que lui et plus doué pour la comédie des hypocrisies sociales. L'on comprend à la fin du roman qu'il faut vraiment se méfier des braves types et qu'il n'est pas forcément conseillé de faire faire du scoutisme à ses enfants.


    Couverture prise ici

  • La littérature comme une "langue morte"

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    Dans une chronique pour le « Figaro Magazine », Frédéric Beigbeider rapporte ce propos d'un universitaire canadien selon lequel le livre sur support papier serait maintenant comme une langue morte pour les jeunes lecteurs, du latin, quelque chose à lire le propos de ce sage parmi les sages de complètement obsolète, le livre n'étant plus en somme qu'un objet poussiéreux réservé à des fétichistes idéalistes, des nostalgiques sans objet.

    Leur combat est déjà perdu d'avance.

    littérature, société, livre, cinéma, télévisionLa majorité de la société ne se soucie plus vraiment de littérature, que celle-ci soit sur papier ou d'ailleurs en ligne. Les livres qui sont téléchargés sur Internet, sur ordinateur ou sur « liseuse », de tout type, ne sont pas forcément lus tout comme l'internaute qui télécharge trois-mille films, voire plus, sur son disque dur, ne le fait pas obligatoirement pour les regarder. Et les livres numériques permettent une censure plus subtile, pour plaire à toute la « clientèle », et vendre au plus grand nombre selon les tabous, même les plus stupides, de chaque client potentiel.

    Le cyberautiste, à savoir à peu près tout le monde, ou presque, qui passe son temps à ça est comparable à un avare qui thésaurise pour thésauriser et non pour partager, s'émouvoir, réfléchir ou s'amuser avec d'autres.

    Le système lui enjoint d'avoir tel titre dans sa bibliothèque qui n'est plus que virtuelle, il l'achète, ceci afin de continuer à prouver son allégeance tacite et profiter encore un peu de ce qu'il peut encore consommer, et se renfermer un peu plus à chaque fois en sa coquille.

    Mais quant à s'intéresser au contenu de qui lui est intimé de lire même superficiellement, c'est une étape qu'il ne franchira jamais car il sait bien que cela l'exclurait presque immédiatement du reste du troupeau, lui coûtant au passage des efforts de réflexion personnelle qu'il n'est pas près de faire.

    Partout sur le petit écran, au cinéma, dans les magazines, sur le Réseau, l'on peut voir un nouveau type humain, d'une beauté standardisée, bronzé, épilé, le corps sculpté, et le cerveau totalement en jachère, assumant totalement ce néant comme des bêtes de somme bien dociles.

    Chez ces bêtes de somme paisibles, absorbant diverses sortes de « soma » comme les « Alphas » du « Meilleur des Mondes » et confites dans un confort intellectuel étriqué, quelques préjugés et certitudes suffisent, et autant de poncifs, l'on ne voit que leur appétence fébrile à se couler le mieux possible dans le moule qu'on leur impose.

    Il faut dire que l'intelligence que donne la littérature ne rend pas heureux, ainsi que l'écrit Desproges :

    « L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur. ».

    Dans la rue, si les utilisateurs frénétiques des « smart-phones » (ou téléphones dits « intelligents », parfois certes autant que leur propriétaire) ne sont même plus remarqués par ces « Alphas », qui se conduisent de la même manière, un lecteur met semble-t-il beaucoup plus mal à l'aise.

    Il inspirera une certaine jalousie d'esclave qui voudrait pourtant se persuader de la quiétude de son sort et de son bonheur individuel, tout en sachant pertinemment qu'il est un assujetti.

    Ce n'est pas seulement le support papier qui est en cause mais aussi les principes mêmes de la littérature, en particulier romanesque, réputée moins sérieuse car ne traitant pas du réel selon la confusion contemporaine sur la fiction, car c'est une grossière erreur. Cela n'empêche nullement le recours au « storytelling » le plus grossier en politique ou en économie.

    Les rares lecteurs restant n'apprécient qu'une chose chez les écrivains modernes, que les livres qu'ils achètent parlent d'eux et de leur réalité bien triviale. L'imagination est comprise comme manquant de sérieux.

    Si l'on ne considère que le simple point de vue matériel ou trivial, il est certain que dans l'absolu le contenu d'un livre sur une liseuse ou sur papier, c'est le même, le même assemblage de mots, de verbes, et de phrases, mais ce n'est pas tout ce qui compte pour un vrai lecteur.

    Ce serait oublier qu'un livre a une histoire, qu'il renvoie son lecteur à des moments bien particuliers, qui n'appartiennent qu'à lui, de son enfance, de ses amours, de sa famille parfois, à travers des parfums, des couvertures d'un autre temps, des « madeleines de Proust » que l'on ne retrouvera jamais avec une machine, si perfectionnée soit-elle.

    L'amour des livres est quelque chose de très charnel, d'existentiel voire, incompréhensible à une époque de standardisation qui s'attaque même aux rêves.

    Les institutions elles-mêmes, toutes en bonnes intentions, n'œuvrent que dans l'optique de la lecture numérique favorisée à outrance sous prétexte que les jeunes et les adultes de 2013 ne seraient plus capables d'ouvrir un livre. Il faut aller chercher l'individu moderne là où il est, à savoir le nez perpétuellement collé sur un écran, sans chercher à lui proposer d'autres modèles, ce qui revient somme toute à une complicité de fait avec l'hyper-libéralisme au pouvoir, le tout au nom de bonnes intentions libertaires.

    illustration tirée de l'adaptation de "1984" par Michael Radford empruntée à ce blog cinéphile

  • Pialat, Bernanos et la communion des saints

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    Le Père Noël me connait bien, enfin plutôt en l'occurrence la Mère Noël, qui a déposé dans mes souliers le dévédé de « Sous le Soleil de Satan » de Maurice Pialat (pour cela que le Très Haut le Tout Puissant le miséricordieux la couvre de sa grâce), recelant le film et des suppléments passionnants, dont une interview croisée de Pialat et André Frossard par Pierre Boutang, programmée à l'origine dans l'émission « Océaniques » en 1987 (ami jeune, ami inculte, toi qui a connu de nombreuses réformes de l'enseignement des Lettres, à l'époque, on pouvait voir de ces entretiens à 20h30 sans que cela ennuie qui que ce soit).

    cinéma, livre, nostalgieOn chercherait en vain des éditorialistes catholiques de la trempe d'un Frossard aujourd'hui, , sans injure aucune, c'est tout simplement qu'ils ne sont pas encore totalement à sa hauteur.

    Ce film est une adaptation magistrale de Bernanos par un autre « angoissé joyeux », car le réalisateur et l'écrivain, apparemment aux antipodes, sont de la même famille, de ceux pour qui leur art, pour l'un la littérature, pour l'autre le cinéma, sont des enjeux existentiels, des questions centrales, dans le but de trouver ou de donner un sens à leur existence, le deux hommes étant de ces personnes qui perçoivent en toute lucidité l'absurde absolu de la plupart des sociétés humaines, et en particulier de la nôtre qui se targue d'être au sommet du progrès.

    Avec Pierre Boutang, Pialat est au fond dans la pudeur, il parle de son travail comme de celui d'un petit artisan où n'interviendrait aucune considération élevée, aucune appétence spirituelle, ou intellectuelle, particulière pour Bernanos, aucune appétence pour parler d'art en racontant la fin de la vie de Van Gogh plus tard (Pialat peignait également), aucune envie de parler d'amour de manière directe, comme dans « Loulou », ou de l'époque et du dégoût qu'elle lui inspire, comme dans « Passe ton bac d'abord », « A nos amours », avec une Sandrine Bonnaire débutante, ou « Nous ne vieillirons pas ensemble » qui parle aussi des leurres et de la violence d'être en couple et de l'impossibilité de l'amour absolu, qui ne conduit qu'au gouffre.

    Non, sans prétentions aucunes Maurice Pialat n'évoque que son minuscule « artisanat ».

    On rêverait d'entendre les réalisateurs français, mais pas seulement, actuels, faire preuve de la même humilité actuellement devant leur art, reconnaître que dans d'autres films, « Police » selon Pialat, ils n'ont pas fait preuve d'assez d'exigence, y compris ceux qui sont doués, la plupart d'entre eux à les entendre prétendant révolutionner l'art cinématographique à chacune de leurs œuvres.

    Du cinéaste, on retient surtout le personnage caricatural de râleur qui serait un rien réactionnaire sur les bords, le « sale type » qui sort des horreurs en public, du genre à faire rougir les dames, et susciter l'envie des petits garçons sages qui aimerait se comporter aussi mal mais qui n'osent pas, ou qui fait un bras d'honneur au public mondain de Cannes après avoir reçu la palme d'Or pour « Sous le soleil de Satan ».

    En passant, c'était tout de même un moment délicieux pour l'homme, ou la femme, de goût, que ce moment où il envoie balader d'un seul geste tous ces nouveaux bigots festivistes et libéraux-libertaires, tous prétendument de gauche mais soucieux quand même du fric que leur rapporte les films, parfaitement incapables de comprendre les enjeux existentiels que j'évoque plus haut.

    Dans « Nous ne vieillirons pas ensemble », il tourne avec un autre de ces « sales types », « anar de droite », provocateur, qui est Jean Yanne réduit à son personnage de trublion mettant les pieds dans le plat de la pensée correcte alors que le comédien, et réalisateur, était aussi de l'espèce des « angoissés joyeux », des ogres fragiles qui voudrait que rien de ce qui est humain ne leur étranger, ce qui est un souhait dangereux.

    Yanne cachait lui aussi sa sensibilité et sa fragilité sons des pétarades sarcastiques et une verve caustique sans égal auxquelles il rajoutait grosses caisses et cymbales dés qu'on lui en faisait le reproche, ou que cela choquait les arbitres des élégances culturelles z-et politiques qui étaient les mêmes qu'en 2013.

    Bernanos appelait ça la « communion des saints », cette « étonnante communauté » qui le reliait à Simone Weil, la philosophe, qui lui écrit une lettre magnifique, par exemple, la communion de ceux qui sont dotés d'encore un peu de sensibilité aux autres, au monde qui les entoure, et ce malgré toutes les divergences apparentes, l'orgueil et les colères ou fâcheries homériques qui peuvent les diviser, cette « étonnante communauté » de tous ceux qui ont encore peu le sens de leur humanité et qui ne sont pas dupes des soleils trompeurs de l'apparente victoire du mal dans le monde...

    illustration prise ici sur un site consacré à Maurice Pialat

    A ce lien l'interview dans "Océaniques"


    Sous le soleil de Satan - Bande annonce FR par _Caprice_

  • La fin de la littérature est-elle possible ? - A propos de "Premier bilan après l'Apocalypse" de Frédéric Beigbeider

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    Frédéric Beigbeider est horripilant, très agaçant, parfois pénible. « Né coiffé », il a bénéficié des privilèges que lui offrait son milieu pour s'y épanouir et faire ce qu'il veut quand il le veut : lire, beaucoup, écrire, beaucoup, sortir, beaucoup, boire, beaucoup, faire un boulot qui fait rêver les filles et la société consumériste, s'amuser. C'est une tête à claques télévisuelle, un parangon de la connivence dite germanopratine, dont il est conscient, qu'il assume, qui règne dans les milieux culturels en général, et littéraires en particulier, où tout le monde se connait, se coopte, se dispute pour de rire, où l'on couche les uns avec les autres, où les polémiques les plus dures sont en fait des farces grotesques que l'on joue au gogo pour lui faire plaisir.

    image prise ici

    frederic_beigbeder_reference.jpgEt surtout, surtout, Beigbeider est un dilettante à qui tout semble réussir sans qu'il n'ait à trop se fatiguer.

    Voilà son crime aux yeux des bonnes gens qui jalousent plus la réussite matérielle de cet auteur que sa culture littéraire authentique et profonde.

    Car ce qui sauve ses précédents romans, et Beigbeider lui-même, c'est qu'il aime les livres passionnément.

    Actuellement, on n'aime pas beaucoup la littérature, les prophètes d'un monde nouveau, prêt à éclore selon eux, les circonstances préludant à cette éclosion différant selon l'idéologie qu'ils ont à vendre. Ces prophètes, la plupart de temps de malheur, ils promettent l'enfer et la dévastation à qui ne suit pas leurs recettes miracles qui passe la plupart du temps par la destruction de toute littérature qui ne sert pas leur cause.

    Dans la tyrannie des imbéciles qui se profile dangereusement à l'horizon, la littérature est considérée comme inutile, obsolète. Beaucoup de cuistres affirment ne pas lire de romans mais des « livres sérieux », comme si la faculté de créer des mondes avec des mots, comme si l'imagination, comme si ce don consistant à exprimer la joie, la peine, la colère, la réflexion, ce n'était pas vraiment sérieux.

    Beigbeider fait aussi dans son bilan des choix extrêmement subjectifs, parfois agaçants encore, il place par exemple des copains dans son bilan, (après tout on lui pardonnera de défendre ses amis), mais en bon littéraire il ne prétend pas à la sagesse omnipotente, et invite le lecteur à faire comme lui.

    Dans la tyrannie des imbéciles l'on prétend à l'objectivité, on fait mine de se placer au-dessus de la mêlée. Autre pointe d'agacement que l'on ressent, c'est quand l'auteur de ce bilan parle de son expérience d'éditeur et de son enthousiasme pour « Hell » de Lolita Pille, qu'à l'entendre il aurait traité comme tous les autres manuscrits qu'il reçoit, ou pour Simon Liberati, le deuxième écrivant certes mieux que la première, maintenant recluse chez sa mère, surendettée et abandonnée par le milieu de rebelles à mèche mondains qu'elle fréquentait auparavant, mais tous deux étant des compagnons de virées pas toujours « tziganes » de Beigbeider.

    Beigbeider fera hurler sur le net et ailleurs les défenseurs du livre numérique censé être moins cher, plus indépendant, et moins enclin à favoriser le clientélisme, le copinage, le népotisme, et en plus être écologiquement plus admissible, plus correct. Les défenseurs du livre traditionnel sont traités de « fétichistes », de réactionnaires nostalgiques d'une époque où la culture était réservée à une oligarchie.

    Si personne ne conteste le copinage et le fait que les manuscrits qui parviennent à un éditeur sont surtout lus par des stagiaires débordés qui se contentent de les parcourir distraitement, tout écrivain non édité n'est pas forcément un génie méconnu qui mérite de plus l'être.

    De plus, il y a une différence majeure entre la lecture sur papier et la lecture sur support électronique, plus diffuse, plus superficielle, moins concentré quoi que l'on en dise. Enfin, les livres ont une âme, une histoire, quelque chose qui les relient directement au lecteur, ils ont une odeur, une sensualité, totalement absente d'un écran impersonnel, celui-ci si perfectionné soit-il.

  • Ce qu'il convient de dire quand on parle de culture et de censure sous nos cieux éclairés

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    precieuses.jpgJ'ai assisté à une conférence des plus intéressantes sur les rapports entre culture et censure, édition et liberté d'expression, c'était plaisant, le physique de la plupart des intervenants était proche du rongeur, taupe ou opposum. Je m'attendais à entendre certains parmi eux couiner.

    Nous étions entre professionnels de la profession, une assistance clairsemée du fait des conditions météorologiques. Quand on aborde ces thèmes, il y a des passages obligatoires, semble-t-il, et les réactions obligatoires aussi (il faut pousser des « ooooh ! » de désapprobation au bon moment et des « aaaah ! » de contentement quand il le faut comme à « Guignol », et ce sont toujours les mêmes que l'on doit attaquer). Sur les trois heures qu'a duré cette admirable causerie, l'on en a passé la moitié à dire du mal des catholiques, les médiatiques comme Madame Boutin, du Pape actuel, des anciens catholiques qui étaient tous tellement prudes et cul serré, ce qui est bien connu, des rois qui étaient tous des tyrans ne concédant à leurs sujets que de faibles libertés en compensation. Alors que l'on sait de source historique sérieuse (ce qui fait une allitération en « s » d'un bel effet) que tous les livres circulaient dans toute l'Europe sans trop de problèmes, à commencer par le « Satiricon » de Pétrone qu'on lisait dans les campagnes en veillée sans se poser de questions. On porte aux nues les livres de Sade, qui ne choqueraient plus maintenant un collégien qui a accès à bien pire sur Internet, que ce soit des ménagères allemandes pratiquant la coprophilie ou des couples de ploucs français montrant zigounette et pilou-pilou à tous les passants.

    Bizarrement, ce que l'on constate pendant la progression du colloque est que sans les catholiques, pas de bibliothèques. Voilà un paradoxe qui n'emeut personne semble-t-il aussi.

    J'ai appris bien des choses, ainsi j'ai appris que les chrétiens du Moyen Age n'avaient pas le droit de rire au risque de se voir punis par l'Inquisition, terrible inquisition dont on jette encore les horreurs cinq cent après aux visages des chrétiens qui visiblement n'ont pas encore assez payé. On le voit bien sur les peintures de Breughel, personne ne rit, ou les portraits de Franz Hals, « la bohémienne ». Il est navrant de constater que, encore maintenant, on nous conseille « Le Nom de la Rose », qui est une fiction avant tout, comme source sûre concernant les rapports entre la culture et la censure au Moyen Age (étrangement, personne n'a lu le livre, qu'un intervenant de toutes façons trouve pédant ainsi que son auteur, Umberto Eco, tout le monde a vu le film bien sûr). Ce qui m'étonne est que personne ne songe à parler de la censure protestante, juive ou musulmane qui était et est parfois toujours aussi vivace, même plus.

    Taper sur les cathos est plus kiffant, comme disent les djeuns.

    LesPrecieusesRidicules2.jpgLe tout est entrecoupé de considérations oiseuses sur la grossesse considérée comme un handicap et un frein à la carrière des pauvres femmes, voire une maladie ; sur le Pape Benoît XVI, perçu comme le pape du retour à l'Ordre Moral et aux z-heures les plus sombres de notre histoire, quand on ne l'accuse pas tout net d'être un Pape nazi ; sur Christine Boutin aussi, épouvantail de ces réactionnaires catholiques qui cachent si mal leur jeu, surtout quand ils se mettent à parler un peu de leur foi, mais là n'est-ce pas ce sont des fanatiques ; sur ces atroces personnages qui font interdire des livres pour la jeunesse qui parlent de drogue, d'homosexualité ou de « tournante ». On le voit bien d'ailleurs, cette politique porte ses fruits, l'obscurantisme et l'ignorance sont en nette régression. J'en veux pour preuve cette déclaration sucrée, et un peu hypocrite, d'un homme politique sage et intelligent qui prétend que l'on connait aussi bien Voltaire dans les « quartiers » de lascars que dans les « beaux » quartiers. Il se trompe, on l'y connait aussi mal dans les uns que dans les autres.

    La cerise sur le gâteau de cette fabuleuse conférence, cet étourdissant maelström d'intelligence, ce fut vers la fin quand les conférenciers se crurent obligés d'aborder la question fondamentale de la lecture rapide, pour percevoir l'ensemble d'un livre rapidement et ainsi son intérêt. Car les livres ne sont pas fait pour être lus, mais sont des réservoirs d'informations que l'on accumule, et que l'on recrache docilement selon les opinions à la mode. On ne doit surtout pas en goûter le style.

    Je doute que cela en présente un pour Chateaubriand, « un aristocrate qui a une haute opinion de lui raconte sa vie », ou pour Proust par exemple : c'est facile de résumer la « Recherche... » en quelques phrases si l'on tient absolument à la version « digest », pourquoi ne pas en faire aussi un roman-photo après tout ?

    Essai de résumé : « Le narrateur, mondain et fortuné, tombe très amoureux d'Albertine, qui préfère les femmes. Quand il la retrouve, elle est morte » ; ou comme le disait Woody Allen : « J'ai lu tout Guerre et Paix, ça parle de la Russie ».

    Deux photos extraites de deux représentations des "Précieuses Ridicules"

  • Beigbeider sur les rails pour la rentrée

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    frederic_beigbeder_reference.jpgJe viens de lire un article sur lui, et sur un petit scandale probable littéraire de rentrée, dans les z-inrocks qui me donne, comment dire, le tournis. L'auteure de la chose constate avec surprise que les parents de Beigbeider étaient de droite et aristos, catholiques, et courageux car ils cachaient des familles juives pendant la Seconde Guerre, comme si une telle famille ne pouvait être que collabo. On l'a vu avec Maurice Sachs, les salauds ne sont pas toujours là où on les case commodément. C'est un peu comme jeter l'anathème sur le Pen pendant vingt-cinq ans en feignant de croire que ça changerait quelque chose et ne pas voir que ses idées sont maintenant appliquées à une large échelle. Il y a une chose qui m'étonne c'est que cette journaliste, Nelly Kapriélan, fait partie de ces personnes pour lesquelles il n'y a pas de vérité révélée, encore moins de morale bourgeoise, mais il y a donc quand même un Bien, avec un grand « B », et un Mal, avec un grand « M », à savoir tous ceux qui ne partagent pas les mêmes dogmes en littérature ou en politique : Engagé tu seras quitte de la littérature te ficher complètement, des minorités tu parleras, n'importe où tu caseras le sujet, Duras et l'autofiction tu porteras aux nues, et j'en passe.

    mcinerney.jpgEnsuite, elle reproche à l'écrivain de manquer de courage car il serait question qu'il sucre deux pages où il s'en prend au procureur du tribunal de Paris qui lui aurait fait des misères du fait d'un rail de coke malencontreusement sniffé sur une bagnole, une paille si j'ose dire. Il y a une différence entre le courage de cacher des juifs pendant la guerre et celui de critiquer les empêcheurs de sniffer en rond, ce qui est un tout petit peu plus futile. Et un dandy s'en fout de l'autorité qui lui reproche ses excès. Brett Easton Ellis, Jay McInnerney (voir photo à droite) se fichent complètement de savoir ce que le bourgeois serreur de fesses effaré ou le bien-pensant équitable pense d'eux. Et cet aura de scandale ne donne pas forcément de qualités supplémentaires à leur écriture. Beigbeider est anodin à côté des deux précédents, encore un peu plus si on le compare à Don DeLillo qui s'impose par sa seule écriture. Il ne manque pas grand-chose à l'auteur djetsetteur pour prendre une autre dimension, ou si, le courage de dépasser tout ce petit milieu littéraire consanguin français, et celui de prendre enfin confiance en soi car finalement c'est d'un manque d'assurance dont il souffre, se cachant derrière des poses parfois agaçantes. Pour Nelly K. c'est très mal de dire que les écrivains anglo-saxons sont meilleurs que les français, elle est donc à la fois bobo et franchouillarde, alors que c'est le cas, les auteurs américains générant par leur travail un renouvellement du roman qui prend d'ailleurs appui sur le polar ou la Science Fiction, Ballard en particulier, et ce que l'on appelle le genre en général. C'est dommage cette attitude dogmatique sans nuances de Nelly et ses semblables, car c'est justement ce qui éloigne immanquablement la littérature du plus grand nombre, celle-ci devenant progressivement réservée aux seuls initiés, ceci ajouté au mépris de la culture qui devient la norme dans notre société.

  • Le parcours du combattant du premier roman

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    Quand un auteur écrit un premier roman (note personnelle : on n'est jamais si bien servi que par soi-même, voir par là le mien) pas trop mal ficelé, pas trop mal écrit, qu'il se décide à l'envoyer à un éditeur après avoir pris l'avis de diverses personnes, ce n'est que le commencement d'un parcours éreintant. Il reçoit au bout d'un ou deux mois, parfois plus, une lettre-type lui indiquant combien son oeuvre est passionnante blabla mais qu'elle ne convient pas à la politique des collections de la maison d'édition et tout le blabla habituel. Il peut le comprendre, il y a un gros paquets de manuscrits qui doit arriver tous les mois, écrits par des personnes qui pensent toutes que leur bouquin n'est pas loin du chef d'oeuvre. De plus il y a plus de 700 livres paraissant chaque année, dont de plus en plus des témoignages poignants, de moins en moins de fictions, et bien sûr sans compter les "locomotives" qui écrivent un "bon" livre et ne cessent ensuite de le réécrire toujours et encore sous de multiples formes, sans bien sûr prendre le temps pour la plupart de retravailler leur texte (ça se voit de plus en plus).

    1775.jpgDe plus, son manuscrit est rarement lu par le directeur éditorial, qui sait par contre très bien lire les juteux contrats qui lui rapportent, mais plus par un ou une stagiaire débordé/e, sous-payé/e et méprisé/e. Cela, il peut le comprendre, il veut bien, après tout c'est la règle. Il peut même comprendre que ce soit du commerce et que l'éditeur doit vendre ce qu'il édite. Ce qu'il ne comprend pas, l'auteur de premier roman, c'est quand quelques semaines plus tard, après sa lettre-type de refus, il voit paraître le livre-confession d'une fille de philosophe télévisuel sur ses amours, ou celui d'une clubbeuse qui parle de ses soirées, ou encore celle d'un vieux pervers développant sur plus de 150 pages ses pulsions pour les petites filles ou les petits garçons. L'auteur de premier roman se demande ce que cela a à voir avec la littérature, et pourquoi ce milieu est-il si endogame, le lèchage de culs y est un sport prisé, et si étanche ? Ou alors les éditeurs sont finalement restés d'une grande frilosité et aussi étroits d'esprit qu'un garde-champêtre de village. Car un éditeur devrait a priori lire les livres qu'il édite, mais allez dire cela aux diplômés des écoles de commerce qui gèrent ce business pour la plupart des maisons d'édition.

    L'auteur de premier roman dit-il ça qu'on le soupçonne aussitôt de jalousie,  d'amertume ou de méchanceté, selon la réthorique habituelle de ceux qui profitent du système, à moins qu'on ne lui en veuille d'être lucide et de dire la vérité. On lui conseille souvent de se tourner vers les sites d'édition électronique mais c'est plus ou moins du compte d'auteur déguisé, ou alors vers les petites maisons d'édition indépendantes qui ont un mal fou à subsister.

    En photo, les frères Goncourt dont le prix du même nom sert maintenant à récompenser les vieilles gloires fumeuses ou les écrivains bien vus par le système qui s'auto-alimente alors...

  • "Mémoires d'un rouge" - Howard Fast

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    people1.jpgIl suffit que quelqu'un me dise que la lecture de tel livre est indispensable et fabuleuse pour me donner envie de ne pas le lire. Ainsi pour ce livre où Howard Fast raconte sa vie, axant son livre autour de deux pôles, son engagement politique, dans le parti communiste américain mais pas seulement, et son amour de la littérature. Son engagement communiste a ceci de sympathique qu'il est pur, que c'est une recherche d'idéal, bien qu'il parte, à mon avis, d'un postulat faussé qui veut que l'homme est bon par nature alors que ce n'est pas le cas. Comme l'affirmait Maupassant il n'y a rien de plus cruel qu'une cour de récréation enfantine. Fast se disait innocent quand il était jeune et il le reste.

    Il n'irait donc pas jusqu'à dire comme Sartre que "tout anti-communiste est un chien", refrain repris en coeur en ce moment par ceux qui s'étranglent d'indignation au fait que l'on puisse seulement évoquer les horreurs du totalitarisme soviétique, pourtant décrites par Gide dés son "retour de Moscou" ; et pour lui son engagement communiste n'est que la suite logique de son combat contre le nazisme pendant la guerre. Au discours de Fast sur la politique, illustré par une nouvelle de SF utopique et un rien mièvre sur des enfants mutants, je préfère celui d'Orwell, infiniment plus subtil, Fast reste un militant. On l'excusera vu les souffrances de la pauvreté et de la faim subies quand il était enfant, ou ses vadrouilles dans les rues de New York comme gosse des rues et gamin débrouillard. Il raconte son premier contact avec les insultes judéophobes (ça ne date donc pas d'hier) et l'envie de se battre qui découlera de tout ses malheurs. Fast était fasciné par la théorie de la "gestalt" qui veut que chaque être humain soit en fait relié par un seul et même esprit et non une multiplicité d'individualités. Quant à moi cela ne me passionne pas une seconde, la multiplicité des individus, le fait que chacun d'eux est unique me paraît beaucoup plus exaltant. Pour son engagement, Fast a dû subir la sottise de "la chasse aux sorcières".

    fasts.jpgEn littérature, Fast est un boulimique et un autodidacte, ce qui va souvent de pair, lisant un peu tout et n'importe quoi quand il était jeune, tout ce qui lui tombait sous la main. Il lui vient très vite l'envie d'écrire et de trouver son style, un style qu'il veut dense. Le polar est pour cela une bonne école, de dureté apparente, d'exigence, de sécheresse des descriptions mais tout en complexité quant à la psychologie. J'ai cependant malgré tout une certaine préférence pour le baroque et la démesure des romans de James Ellroy.

    Il écrivit ensuite des romans plus tard adaptés au cinéma dont le plus connu reste "Spartacus" et "Sylvia", roman sur une femme rêvée, une passion naissant du récit d'une vie : Un homme d'affaires richissime engage Macklin, le personnage principal du livre, archétype du loser magnifique à la Chandler pour qu'il découvre la vérité sur sa future jeune et belle épouse. Sylvia semble n'avoir aucune famille ni attaches. On ne sait rien d'elle excepté qu'elle écrit des poèmes et qu'elle possède déjà une fortune personnelle. A l'origine Macklin se destinait seulement à enseigner l'histoire ancienne mais le destin en décida autrement. Il vivote en suivant et en espionnant des individus pour quelques dollars. Un métier proche de celui de privé qu'il estime lui-même répugnant. Il traversera les Etats-Unis jusqu'au Mexique. Il tombera amoureux de Sylvia sans même l'avoir rencontré, après avoir reconstitué sa vie et son parcours. Howard Fast a écrit des romans dont les titres sont des prénoms féminins, (cela devient de plus en plus rare, des romans qui ont un nom ou un prénom comme si les non-lieux et les non-individus envahissaient également la littérature).

  • "Lunar Park" - de Brett Easton Ellis

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    Autofiction cauchemardée
    medium_bee.gifHumpty Dumpty sur son mur, comme les jumeaux Tweddle Dee et Tweedle Dum ne comprennent rien à la logique ou prétendue telle d'Alice. Pour eux, c'est sa vie qui est une fiction, une illusion, tout cela est question de point de vue. Ce que nous croyons réel dans notre société est également une fiction - statut social, fric, apparence, le Bien et le Mal - autant sinon plus que les péripéties qu'imagineraient un romancier aussi talentueux soit-il car tout ce que nous persuadons d'être réel n'a en fait aucune base solide.
    Ce n'est pas non plus vraiment une autofiction, du moins pas au sens francophone du terme, car le Brett Easton Ellis du roman n'est pas celui du monde réel et il y a certainement beaucoup de lui aussi dans Patrick Bateman qui traverse toute son oeuvre. J'ai plutôt l'impression que l'écrivain a livré ici un roman "dickien" ou un peu dans la manière de Don DeLillo, d'une certaine manière. C'est la réalité toute entière qui est autofictionnalisée.

    medium_bee2.2.jpgLes premières pages du livre retracent l'avènement d'un personnage qui ressermble à Brett Easton Ellis tel que l'on voudrait qu'il soit, un excentrique trash rassurant qui en fait n'a jamais été un adepte réel de "Sex, Drug and Rock n'Roll". On pourrait se demander ce qu'est la raison ? Est-ce de se contenter de peu ou de risquer beaucoup ? Ce n'est pas si simple. Je crois que Ellis a toujours été raisonnable finalement, une sorte de moraliste moderne sans être un moralisateur, quelqu'un de lucide sur la médiocrité humaine, comme Bateman que cela pousse à une cruauté sans limites, cruauté qui ne choque personne autour de lui.
    En fait, l'auteur de ce livre ne fait que nous tendre un miroir, ses romans ne se limitent pas à tel ou tel thème bien précis mais vont beaucoup plus loin...

    Titre : Lunar park | Auteur : Bret Easton Ellis | Editeur : Laffont

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