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  • Le plaisir démodé de la lecture

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    lecture, société, écriture, bibliothèque, plaisir démodé, amaury watremezSur Agoravox aussi

     

    J'ai trouvé la technique parfaite pour avoir de la place dans le train de banlieue. J'ouvre un livre et je lis. Un lecteur semble plus suspect aux yeux des autres voyageurs qu'un type le regard rivé sur son Smartphone. On le regarde avec circonspection. Il en inquiéterait presque. Comment peut-il se couper de "sa communauté" ne serait-ce que le temps du trajet ? Car je pousse le vice à éteindre mon téléphone portable. Mais enfin pour tout vous avouer moi je m'en fiche un peu car comme ça j'ai de la place et je suis tranquille. Alors certes, je ne suis pas le seul dans un train à lire des livres mais nous sommes de plus en plus rares. Il y en a aussi certainement quelques uns lisant sur leur tablette, sur une liseuse ou leur téléphone.

     

    Cela ne veut pas dire d'ailleurs que la lecture demeure au même niveau qu'auparavant, ceux qui lisent sur écran lisant déjà avant ces inventions. Celles-ci n'amènent et n'amèneront jamais aucun nouveau lecteur à l'exemple des livres à deux euros en particuliers "Librio" "inventés" il y a une vingtaine d'années...

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  • Le nivo baisse

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    politique, société, lecture, littérature, bac français, jeunes, hypocrisie, ignorance, inculture crasse, amaury watremezIl est d'usage après les épreuves du bac français de rire à gorge déployée des réactions de colère des gosses sur le net, de ricaner de leurs perles toujours plus énormes relevées dans les copies. Certes ils ne lisent plus du tout et pour eux bien entendu, la lecture d'un texte classique ou d'un moderne est juste une corvée insupportable à de rares exceptions. Ils ne font sur twitter (TM°) ou facebook (TM°) que témoigner de leur ignorance en toute candeur, étaler leur inculture il est vrai lamentable. Avoir de la culture n'est de toutes façons plus pour eux une valeur. C'est même parfaitement superflu, une lubie de prétentieux.

     

    Ils ne voient pas le problème non plus dans leur « ortograffe » le plus souvent défaillante, une ou deux fautes par phrase voire plus. « Tant qu'on me comprend » disent-ils, tranchant le questionnement généralement par un « de toutes façons moi je me comprends c'est l'essentiel, non ».

     

    Les adultes qui en rigolent sont cependant, me semble-t-il, amnésiques :

     

    Qui achète déjà aux adolescents les smartphones sur lesquels ils ont le regard presque constamment rivé ?

     

    Qui leur laisse une télévision avec 300 chaînes dans leur chambre ?

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  • La lecture bientôt considérée comme activité anti-sociale ?

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    littérature,bradbury,sf,société,politique,hypocrisie,lecture,éducationIl y a quelques jours, j'ai croisé dans la rue la « jeune fille qui aimait les livres » que j'ai évoqué il y a quelques mois. Elle n'a rien dit, elle était avec des camarades, elle avait le regard un peu triste en me souriant malgré tout. Elle ne pouvait pas oser parler les autres de son goût pour la lecture ce qui lui aurait valu l'ostracisme immédiat ou presque du groupe car selon les représentations mentales des plus jeunes, et parfois de leurs parents, ce sont les méchants, les malfaisants, les prétentieux, les bourgeois, les salauds qui lisent ou qui ont une bibliothèque chez eux. Dans les « blockbusters » et les séries « mainstream » actuels, le lecteur est soit un « geek » associal et grotesque, soit un vaniteux imbuvable, soit un « fils a papa » insupportable.

     

    Tout cela pour rassurer le brouteur de pop-corn sur ses aspirations médiocres, et le conforter dans son allégeance au consumérisme afin que surtout il continue à acheter ce qu'on lui dit d'acheter : un « smartphone » tous les deux mois, une « tablette » numérique tous les six etc...

     

    Quand j'entend parler de la lecture en 2013, qui serait dans un état encore tout à fait honorable en France, et qu'il n'y aurait pas du tout de baisse de niveau, que simplement les jeunes continuent à lire mais sur écran, cela me met assez vite en colère et je pense à cette jeune fille. Et je suis en colère aussi pour elle et les jeunes dans son cas, qui sont malheureusement des plus rares. La lecture était déjà et est encore l'activité favorite de ces enfants un peu moins doués pour la vie sociale et ses compromis grands et petits réputés obligatoires. 


    La lecture est déjà une activité considérée comme "asociale" voire "anti-sociale"...

     

    On nous dit que lire un livre dit « papier » c'est du fétichisme, c'est de l'archaïsme, du refus du progrès technique, du pratique (lire sur une "liseuse" c'est tellement prâââtique et sympââ en train"), et j'en passe, quand l'on ne se fait pas traiter de réactionnaire. Les mêmes prétendent que c'est de l'élitisme incongru, qu'il faut considérer d'abord ce qu'aime les jeunes, qu'il faut d'abord tenir compte de leurs goûts, qu'il ne faut surtout les obliger ou ne les forcer en rien à se cultiver alors que le simple bon sens sait que se cultiver, lire demande un effort originel et personnel, que si, sur le moment les jeunes ne le comprennent pas, ce que l'on a semé en eux germe parfois chez l'un ou l'autre, tout de suite pour certains, un peu plus tard pour d'autres.

     

    Car raison suprême invoquée, il ne faut surtout pas culpabiliser les jeunes, et par là les générations de leurs parents et grands-parents, de n'avoir de l'appétence que pour des « passions tristes » et aucune pour se cultiver. Encore maintenant, les plus jeunes dans une bibliothèque se sentent vaguement coupables, plus ou moins gênés par les livres qui les environnent qui les mettent grandement mal à l'aise, ce qui les insupporte. Pour tenter de se donner une contenance, ils dégainent alors qui son téléphone portable, substitut électronique de tétine, ou subsistut masturbatoire, qui son ordinateur ou son baladeur « Emmepétrois ».

     

    Il faut dire que l'analyse de la lecture sur livres traditionnels par les suppôts de la lecture numérique n'en montre que les aspects quantifiables, mesurables mathématiquement, et non les aspects qualitatifs, absolument hors de tout point de vue quantitatif. Ils en font une analyse primaire donc en oubliant le côté humain, qu'ils méprisent.

     

    Ils oublient qu'un livre a une histoire bien à lui, même si c'est aussi un bien de consommation, des parfums, un parcours, qu'il est un moyen pour des parents, des enfants, des amis, des amants de transmettre aux personnes qu'ils aiment des passions, des idées, des rêves, une ouverture au monde il est vrai découragé par tous les gadgets informatiques divers et variés actuels qui favorisent au contraire le repli sur son nombril et son nombrilisme.

     

    Les mêmes laudateurs de la lecture numérique chez les jeunes, qui entonnent déjà depuis longtemps le refrain du « Tout va très bien madame la Marquise », curieusement, lorsque l'on va chez eux, ou que l'on observe la chambre de leurs gosses favorisent chez leur progéniture le goût de la lecture et de la littérature par les livres tant qu'ils peuvent, et n'ont rien contre un peu d'élitisme voire d'excellence quand il s'agit de leur petit dernier ou petite dernière, mais là « ce n'est pas pareil », ce sont leurs enfants, c'est donc du sérieux.

     

    Notons aussi que pour eux la lecture d'un roman, d'une pièce de théâtre ou d'un recueil de poèmes, tient pour eux de la détente, du divertissement, d'un hédonisme qu'ils ne comprennent pas ayant des Lettres une idée strictement utilitariste en bons petits bourgeois positivistes qu'ils sont, et qui n'ont guère changé depuis Bouvard et Pécuchet au fond. Il y a quelques décennies « Farenheit 451 » de Bradbury ressemblait à une fable irréaliste, « des pompiers qui brûlent les livres ? Jamais ça n'arrivera ! », encore un rêveur qui faisait des cauchemars ridicules sur l'avenir de la société de consommation.

     

    C'est étrange, mais ce livre ressemble de plus en plus à notre réel vous ne trouvez pas ?....


    Photo : un lecteur bientôt considéré comme "associal" de par ses lectures, et fier de l'être, devant ses livres

  • Ce qu'il convient de dire quand on parle de culture et de censure sous nos cieux éclairés

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    precieuses.jpgJ'ai assisté à une conférence des plus intéressantes sur les rapports entre culture et censure, édition et liberté d'expression, c'était plaisant, le physique de la plupart des intervenants était proche du rongeur, taupe ou opposum. Je m'attendais à entendre certains parmi eux couiner.

    Nous étions entre professionnels de la profession, une assistance clairsemée du fait des conditions météorologiques. Quand on aborde ces thèmes, il y a des passages obligatoires, semble-t-il, et les réactions obligatoires aussi (il faut pousser des « ooooh ! » de désapprobation au bon moment et des « aaaah ! » de contentement quand il le faut comme à « Guignol », et ce sont toujours les mêmes que l'on doit attaquer). Sur les trois heures qu'a duré cette admirable causerie, l'on en a passé la moitié à dire du mal des catholiques, les médiatiques comme Madame Boutin, du Pape actuel, des anciens catholiques qui étaient tous tellement prudes et cul serré, ce qui est bien connu, des rois qui étaient tous des tyrans ne concédant à leurs sujets que de faibles libertés en compensation. Alors que l'on sait de source historique sérieuse (ce qui fait une allitération en « s » d'un bel effet) que tous les livres circulaient dans toute l'Europe sans trop de problèmes, à commencer par le « Satiricon » de Pétrone qu'on lisait dans les campagnes en veillée sans se poser de questions. On porte aux nues les livres de Sade, qui ne choqueraient plus maintenant un collégien qui a accès à bien pire sur Internet, que ce soit des ménagères allemandes pratiquant la coprophilie ou des couples de ploucs français montrant zigounette et pilou-pilou à tous les passants.

    Bizarrement, ce que l'on constate pendant la progression du colloque est que sans les catholiques, pas de bibliothèques. Voilà un paradoxe qui n'emeut personne semble-t-il aussi.

    J'ai appris bien des choses, ainsi j'ai appris que les chrétiens du Moyen Age n'avaient pas le droit de rire au risque de se voir punis par l'Inquisition, terrible inquisition dont on jette encore les horreurs cinq cent après aux visages des chrétiens qui visiblement n'ont pas encore assez payé. On le voit bien sur les peintures de Breughel, personne ne rit, ou les portraits de Franz Hals, « la bohémienne ». Il est navrant de constater que, encore maintenant, on nous conseille « Le Nom de la Rose », qui est une fiction avant tout, comme source sûre concernant les rapports entre la culture et la censure au Moyen Age (étrangement, personne n'a lu le livre, qu'un intervenant de toutes façons trouve pédant ainsi que son auteur, Umberto Eco, tout le monde a vu le film bien sûr). Ce qui m'étonne est que personne ne songe à parler de la censure protestante, juive ou musulmane qui était et est parfois toujours aussi vivace, même plus.

    Taper sur les cathos est plus kiffant, comme disent les djeuns.

    LesPrecieusesRidicules2.jpgLe tout est entrecoupé de considérations oiseuses sur la grossesse considérée comme un handicap et un frein à la carrière des pauvres femmes, voire une maladie ; sur le Pape Benoît XVI, perçu comme le pape du retour à l'Ordre Moral et aux z-heures les plus sombres de notre histoire, quand on ne l'accuse pas tout net d'être un Pape nazi ; sur Christine Boutin aussi, épouvantail de ces réactionnaires catholiques qui cachent si mal leur jeu, surtout quand ils se mettent à parler un peu de leur foi, mais là n'est-ce pas ce sont des fanatiques ; sur ces atroces personnages qui font interdire des livres pour la jeunesse qui parlent de drogue, d'homosexualité ou de « tournante ». On le voit bien d'ailleurs, cette politique porte ses fruits, l'obscurantisme et l'ignorance sont en nette régression. J'en veux pour preuve cette déclaration sucrée, et un peu hypocrite, d'un homme politique sage et intelligent qui prétend que l'on connait aussi bien Voltaire dans les « quartiers » de lascars que dans les « beaux » quartiers. Il se trompe, on l'y connait aussi mal dans les uns que dans les autres.

    La cerise sur le gâteau de cette fabuleuse conférence, cet étourdissant maelström d'intelligence, ce fut vers la fin quand les conférenciers se crurent obligés d'aborder la question fondamentale de la lecture rapide, pour percevoir l'ensemble d'un livre rapidement et ainsi son intérêt. Car les livres ne sont pas fait pour être lus, mais sont des réservoirs d'informations que l'on accumule, et que l'on recrache docilement selon les opinions à la mode. On ne doit surtout pas en goûter le style.

    Je doute que cela en présente un pour Chateaubriand, « un aristocrate qui a une haute opinion de lui raconte sa vie », ou pour Proust par exemple : c'est facile de résumer la « Recherche... » en quelques phrases si l'on tient absolument à la version « digest », pourquoi ne pas en faire aussi un roman-photo après tout ?

    Essai de résumé : « Le narrateur, mondain et fortuné, tombe très amoureux d'Albertine, qui préfère les femmes. Quand il la retrouve, elle est morte » ; ou comme le disait Woody Allen : « J'ai lu tout Guerre et Paix, ça parle de la Russie ».

    Deux photos extraites de deux représentations des "Précieuses Ridicules"

  • Les confidences de Prosper – (suite de l’entracte) Torrents d’amour

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    priez-pour-nous_501.jpgProsper était croyant, très croyant, il avait la foi du charbonnier, ne réfléchissait pas à ses croyances, Dieu était là qui le protégeait, comment et dans quel but, cela n’avait aucune importance à ses yeux. Il donnait des sous aux mendiants qu’il croisait et essayait de ne pas trop mal se conduire, il faisait ses dévotions sans ostentation ni vraiment de goût, avec application. Quand il était trop seul, le gros garçon alors triste allait voir une dame de la paroisse pour se confier à elle et se sentir coconné. Il lui racontait naïvement tout, plus Boubouroche que Solal. Celle-ci, bonne chrétienne, paroissienne modèle, mère exemplaire, semblaient posséder des vertus qui étaient enviées de toute la communauté. Pendant la messe, elle était une sorte de « pièta » moderne un peu mièvre souriant largement aux bonnes gens qui lui serraient la main avec chaleur, admirant qui ses enfants, qui sa bonne image, qui la réussite de son mari qui avait une « bonne » situation. Elle s’empressait de répéter toutes les confidences de Prosper à ses amies et connaissances, à son mari, au prêtre, aux commerçants, c’était pour le bien de Prosper se disait-elle, pour trouver une solution à ses problèmes, même s’il lui parlait à chaque fois sous le sceau du secret, c’était pour l’aider et enfin ce n’était quand même pas des secrets d’état, tout le monde voyait bien qu’il n’allait pas bien, surchargé de complexes et d’un profond mal-être.

    burberrys1.jpgUn jour, Prosper lui avait dit qu’il aimerait bien travailler avec des adolescents, cela lui avait valu immédiatement de passer pour un pervers dangereux, voire un pédophile caché derrière une façade bonhomme de bon-vivant. Prosper avait été stigmatisé de tous les vices et perversions cachées pouvant exister. Entendant par hasard quelqu’un qu’il ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam, parler de lui de manière déformée et amplifiée, Prosper comprit qu’il devait arrêter de se livrer à tout le monde, étant déjà vulnérable, il le devenait encore plus. Pendant quelques temps, il n’osait plus dire bonjour aux gosses dans la rue voire caresser les animaux, n’osait plus acheter le moindre journal. Il voulut quand même vérifier ce qu’il soupçonnait et se confia encore à la bonne chrétienne qui l’écouta encore complaisamment. Il fit une confidence complètement inventée, qu’il crut trop énorme pour qu’elle le crut, mais elle ne soupçonna rien. Et deux jours plus tard, une autre bonne dame de la paroisse lui demanda s’il était bien exact qu’il avait fait de la prison ainsi que ce qu’il avait dit à sa confidente, inventant tout. Prosper était déçu, il se retrouvait encore plus seul. Il avait le choix, ou pleurnicher sur son sort à l’intérieur d’une coquille confortable. Il choisit d’être méchant, comme une teigne. Peut-être qu’être méchant lui donnerait la sensation d’exister ou de vivre ?

    A suivre…