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  • Un homme debout

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    à propos de « une très légère oscillation » de Sylvain Tesson aux éditions des équateurs (voir à ce lien)

     

    littérature, société, livre, journal, amaury watremezIl y a des hommes qui n'ont plus goût à l'être vraiment. Ils se contentent de ce qu'ils sont, de ce qu'ils font. Tout ce qu'ils désirent, c'est continuer à consommer et vivre chichement sur le plan spirituel et intellectuel. Ils demeurent dans l'allégeance aux conformismes. Ils sont satisfaits, ce qu'ils pensent être de la sagesse. Et puis il existe encore quelques êtres humains comme Sylvain Tesson. Perpétuels insatisfaits devant la médiocrité assumée de cette société, la haine, la sottise, ils ne se résignent pas à leur domination, à leur joug. Pire encore aux yeux de notre monde, ils recherchent continuellement le dépassement personnel de leurs limites.

     

    Quitte pour cela à prendre des risques fous...

     

    Ces êtres d'une autre pâte que les autres se souviennent que Dieu vomit les tièdes ainsi que le rappelle souvent Bernanos, auteur souvent cité par Sylvain Tesson ce qui me le rend d'autant plus sympathique. J'ai cru trouver en lui un « compagnon d'armes » en quelque sorte, de ce que le « Grand d'Espagne » évoqué ci-dessus appelle la « communion des saints ».

     

    Quand je parle de dépassement, il ne s'agit pas seulement de l'exploit sportif qui fera du bruit médiatique quelques temps et puis sera oublié mais de celui poussant à sublimer ses souffrances, ses handicaps pour atteindre un autre palier dans l'humanité. Cela fait longtemps déjà qu'il écrit, s'indigne, se passionne pour ses frères humains mais le 20 août 2014 lui est arrivé un accident qui lui a fait prendre conscience de l'urgence de faire quelque chose de son existence. Comme nous tous, il lui a fallu une catastrophe pour ne plus vivre sur le fil, dans une irresponsabilité d'adolescent légèrement suicidaire.

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  • Mon "Journal de Jérusalem" dans une petite vidéo

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    A regarder et écouter plutôt en plein écran pour éviter le logo envahissant...

     

    A voir aussi sur Youtube

  • Fragments d'un journal en Palestine – 9

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     Septembre 2000 – Avril 2013 : être lucide sur son départ

    111802ramallah.jpgLes raisons invoquées publiquement pour partir en volontariat par les volontaires et coopérants sur le départ sont toujours nobles et sur la base d'idéaux grandioses. Ils sont nombreux à se rêver en émules de « Lawrence d'Arabie », en aventuriers de l'Arche perdue. Pendant tout un week-end le responsable de notre formation à Paris ne nous laissa pas une minute de répit sur les vraies raisons de notre départ, essayant de cerner un maximum ce que nous essayions de cacher à grand peine à savoir nos petits défauts.

     

    Ces raisons invoquées, digressons un peu, c'est un peu comme lorsqu'on lit les statuts de nombreuses personnes sur les réseaux dits « sociaux » :

     

    A les parcourir, leurs auteurs ne parleraient que philosophie et haute littérature, ne s'intéresseraient qu'à des sujets élevés, ne verraient que des chefs d'œuvre au cinéma, bref on se demande comment ils trouvent encore le temps d'aller sur « Facebook » ou « Twitter ».

     

    Ressentir le besoin de s'expatrier, même si la sublimation n'est pas forcément négative, se base toujours sur un manque ou mal-être que l'on vit chez soi tout seul ou en couple.

     

    Ou alors c'est juste pour plaire aux filles et se mettre en valeur, ou faire du tourisme avec un alibi vaguement humanitaire. Le don de un ou deux ans de sa vie est la sublimation des frustrations, des carences, des pertes, ce qui ne diminue en rien ce donc que peu de personnes sont capables d'accomplir, don gratuit qui ne rapporte rien une fois revenu à moins de disposer déjà d'un réseau en France.

     

    Chez beaucoup de personnes rencontrées à mon retour, ces deux ans accomplis dans des circonstances parfois difficiles ont surtout suscité la méfiance de mes interlocuteurs qui ne croyaient pas à mon témoignage de vie, et la jalousie, la jalousie de celui qui se soumet à la routine, à une survie qui est abjecte en soi mais confortable, dans le troupeau.

     

    Certes, il ne faut pas que ce manque ou ce mal-être soit trop fort, auquel cas l'expatriation sera très mal vécue, et le retour encore pire. Et il faut aussi se méfier des apparences, nous nous en sommes souvent aperçus. Ce n'est pas le « louque » qui fait l'aventurier par exemple.

     

    Je l'ai constaté un jour avec un autre volontaire dans la bibliothèque du Centre Culturel Français de Jérusalem :

     

    Un doctorant français, un sur-diplômé égaré là, habillé avec toute la panoplie qu'il estimait nécessaire sous ce climat (chéchia, lunettes, chapeau militaire en camouflage « sable » etc...) tentait vainement de séduire une jeune femme en se vantant d'exploits que nous savions tous imaginaires, car il ne quittait pas la bibliothèque, et qui finit de guerre lasse pour séduire, croyait-il, la donzelle, par se moquer de nous qui n'avions pas le physique de baroudeurs, mais plutôt celui de bons vivants.

     

    L'un de nous, enseignant en français langue étrangère, était partie le croyons-nous, pour retarder le moment où il allait devoir faire un choix qui engageait toute sa vie car il resta à Jérusalem un an de plus. Il nous semblait dans un premier temps très sécularisé.

     

    Et puis lors d'un chemin de Croix, l'observant en prière à la dérobée, je compris combien sa foi était intense et fervente, ainsi que son amour de la ville dans laquelle nous vivions, sentiments que nous ne tarderions pas à tous partager, et que de rester participait pour lui de cette foi et non d'un doute quelconque.

     

    J'ai toujours cette photo de lui, elle soutient ma propre foi à chaque fois que j'ai envie de flancher.

     

    Et maintenant je partage avec lui cette nostalgie inconsolable de cette terre violente, contradictoire et sensuelle malgré tout.

     

    Deux d'entre nous, un jeune couple, était parti surtout à l'initiative de la jeune épouse. Elle était petite, douce et menue, mais son autorité était inflexible sur son mari, un colosse de près de deux mètres à qui je passais en douce, maintenant je peux le dire il y a prescription, des cigares palestiniens achetés porte « d'Hérode ». Il avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout bon cœur d'ailleurs, car ce fut cela qui en fit une figure aimée de tous dans l'hôpital où il s'occupait des malades en fin de vie.

     

    Alors même si le désir de partir naissait aussi d'un manque à combler dans leur couple, le donc en résultant était exceptionnel.

     

    Il ne parlait pas un mot d'anglais, n'en parlait pas beaucoup plus en partant, tout comme l'arabe ou l'hébreu, exceptés quelques rudiments, mais le langage du cœur lui suffisait pour se faire comprendre.

     

    b-437411-Coffee_Shop_in_Ramallah_.jpgUn autre couple habitait en pleine Cisjordanie, dans un tout petit village chrétien, Zababdeh, où ils enseignaient tous deux le français tandis que lui faisaient également quelques « piges » pour son journal en France. Le jour où je vins les voir, il me proposa « d'aller faire les courses à la mode Zababdeh », ce qu'en bon occidental je compris par faire rapidement les magasins :

     

    « Bonjour, bonsoir, et 10 qui nous font tant et bonne journée messieurs dames ».

     

    A chaque commerce, je fus présenté, accueilli comme un proche, eut le droit même au thé avec mon hôte à Zababdeh. « Les courses » durèrent deux bonnes heures joyeuses.

     

    Plus tard, nous prîmes l'ombre avec un paysan palestinien tout en mangeant avec lui de la « pitâ » avec un peu de « zaatar », des herbes aromatiques, et de l'huile d'olive.

     

    Ce fut avec ces deux couples et un autre professeur de français, travaillant à Ramallah que je partis au Sinaï. L'équipée, que j'ai déjà évoquée, fût rude, et picaresque en même temps, nous dormîmes trois heures en quatre jours, deux attrapèrent une grippe intestinale, mais nous allâmes jusqu'au bout de nos résistances, les masques tombant assez vite sur nos réels tempéraments et surtout sur les défauts que nous aurions voulu cacher.

     

    Nous ne pouvons pas nous mentir quand nous nous voyons, nous connaissant profondément.

     

    Le professeur de français langue étrangère de Ramallah, qui est à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, logeait quant à lui juste à côté de deux « check points », israélien, sévère, souvent arbitraire, et palestinien, plus laxiste. Passer le premier avec l'affiche en français et en arabe d'un festival de film au Consulat me valut d'être contrôlé une demie heure, suspecté d'être un séide du Hamas.

     

    La première fois qu'il se fit arrêter au second, il nous avoua avoir été déçu dans un premier temps, puis ravi quand il comprit que si les militaires palestiniens l'avaient arrêté c'était pour partager avec lui le repas de rupture de jeûne de Ramadan.

     

    Ce professeur, instituteur en France, non loin de Grenoble, était un sportif émérite, qui traversa la Palestine et Israël de part en en part à vélo très souvent.

     

    Ses chères montagnes lui manquaient souvent, le mont des Béatitudes, qui est somme toute une colline, même pour des non-montagnards.

     

    Souvent sur son toit, nous organisâmes des soirées qui se terminaient alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur la région, n'entendant que le doux murmure des insanités que les militaires israéliens s'échangeaient par hauts parleurs interposés.

     

    Rentrant un soir de chez lui, nous empruntâmes un taxi collectif qui eut la surprise de sa vie. Croyant tomber sur des touristes esseulés, rentrant des boîtes de nuit de Ramallah, entendant notre accent français certes lamentable en anglais, il entreprit de nous faire payer 25 shequels la « course » alors que celle-ci en valait tout au plus 2,5, nous serions montés à 3,5 à cause de l'heure tardive, et car cela restait au fond très peu, mais négociant tant et si bien avec lui, nous ne payâmes l'arrivée que 1,5 chacun.

     

    Quant à moi, si j'ai toujours rêvé de vivre au Proche-Orient, en particulier en Terre dite Sainte, je suis parti d'abord et avant tout car je ne trouvais pas ma place en France, dans mon travail aussi bien que dans mes études, étant toujours dans l'insatisfaction, et aussi pour plaire aux filles, enfin surtout à une, espérant plus ou moins l'impressionner, la faire changer d'avis, ce qui était parfaitement illusoire bien entendu vu ses inclinations personnelles qui ne la portaient pas vraiment vers les hommes.

     

    Et puis, elle était de ces personnes qui n'aiment pas qu'on les perçoive telles qu'elles sont et non le personnage qu'elles jouent.

     

    Elle n'aimait pas que l'on voit ce qu'elle estimait être sa faiblesse, à savoir son empathie et sa sensibilité, sa lippe parfois de petite fille quand elle était contrariée, sa féminité émouvante.

     

    C'est pour elle au départ, on écrit toujours pour deux ou trois personnes tout au plus, avec l'aide d'un ou deux complices, que je rédigeai un petit journal de Jérusalem pour les coopérants et pour les proches en France. Se faisant passer pour un ami proche, à tous deux, elle s'est trahie par son style à l'écrit ce qui fait que je la reconnus assez, car elle en a, du style elle me demanda par mail de raconter ma vie à Jérusalem, ce que je préférai faire de manière un peu plus ambitieuse et plus ludique, avec deux doigts de dérision en créant une petite gazette :

     

    « Le Clairon de Sainte Anne ».

     

    Cette toute petite gazette montrée à une dame qui était aussi auxiliaire de police en civil, il y en avait beaucoup dans Jérusalem, fut jugée par elle digne des services intérieurs par l'impertinence qu'elle crut y déceler. Elle ne la signala pas, car nous étions amis, mais il s'en fut de peu. Elle avait un peu de mépris pour les palestiniens, mépris qu'elle ne montrait pas, elle se comportait correctement avec eux, mais au fond cela transparaissait toujours.

     

    Et un jour que nous critiquions devant elle la colonisation effective de la Cisjordanie elle affirma sans ambages en hébreu que « les chiens aboient mais que la caravane passe » ce qui est sans équivoque pour le moins.

     

    Tous, si nous sommes partis pour des raisons qui n'étaient pas toujours si belles que cela, nous voulions la même chose, avoir une vie un peu moins routinière, un peu moins ronronnante que la vie quotidienne moyenne de citoyen consommateur, qui s'apparente à de la survie sans beaucoup de grandeur.

    Première image prise ici (check point de Ramallah)

    Deuxième image de Ramallah empruntée ici

  • Maurice Sachs en faune « années folles »

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    Boeuf-Jean_Hugo%5B1%5D.jpgCe livre permet de comparer un monde se prétendant libre et progressiste, le nôtre, et la France de 1919 et des années folles, des nuques rasées des hommes et des femmes qui commencent à montrer leurs jambes et danser en se passant de la permission de minuit d'un quelconque chaperon ou de leur époux. Cette liberté, le pays croira la payer par la défaite de 1939 car finalement les grandes personnes restent des enfants terribles, mais quelques uns des personnages futiles de ces années là deviendront alors des combattants contre les totalitarismes sans se poser de questions, se retrouvant côte à côte avec les adversaires d'hier, l'auteur de cet ouvrage optant pour une attitude beaucoup plus ambiguë, car il collabore et fait du marché noir à grande échelle, même s'il meurt d'une balle dans la nuque tirée par un SS (ci-contre la cellule où il est mis "au secret" en 1945), qui fascinera et fascine toujours Patrick Modiano pour qui il est une figure paternelle idéale. Au passage, le cas de Maurice Sachs, d'origine juive, converti au protestantisme en 37, attiré un temps par le communisme, montre toute la complexité des êtres humains pendant l'Occupation et que ni l'héroïsme, ni la saloperie ne sont solubles dans de grandes et creuses formules. Il n'est pas plus amoral que d'autres somme toute.

    mauricesachsfy3.jpgLe journal de Maurice Sachs, de son vrai nom Maurice Ettinghausen, « Au temps du Bœuf sur le toit », ressemble par sa texture et son contenu à un dessin de Cocteau. On a l'impression trompeuse que c'est futile et facile, alors que ça demande beaucoup d'art, de travail et un coup d'œil unique. Il commence à le rédiger en 1919, après la Grande Guerre, la première boucherie moderne, à une époque où l'on ressent un immense besoin de défoulement, de se laisser un peu aller à un peu plus de liberté, à savoir donc tout le contraire de notre temps qui réclame toujours plus de cadres et toujours moins de libertés, par peur de mûrir ou d'être adulte, ou de se confronter simplement au réel. L'auteur a de la chance, il peut se permettre de ne songer qu'à lui et à l'épanouissement de son plaisir ou de ses dons, cela se rejoint parfois, car il est d'une famille de bonne tenue. Orphelin de père, il aime beaucoup sa mère qui le lui rend bien. Il multiplie les conquêtes amoureuses et rencontre les artistes importants de l'après-guerre, Cocteau bien sûr mais aussi le «Groupe des Six », Erik Satie, faussement timide, dont les yeux pétillent d'ironie et d'intelligence, Blaise Cendrars qui prétend qu'il a perdu un bras à la guerre et en a retrouvé un depuis qu'il est rentré à Paris et qu'il fréquente les filles de petite vertu selon le terme traditionnel, les esprit mal tournés comprendront de quel « bras » il parle.

    dyn001_original_640_444_pjpeg_2565708_fad8033de4b5a972de04c424c074a59c.jpgSachs est essentiellement un dilettante, un dilettante de talent, mais un dilettante ce qui aux yeux des braves gens laborieux et serviles, dociles et soumis aux bêtises du temps, est un crime, une sorte de faune post-moderne qui est tout à fait lucide sur ses contemporains. Il n'a aucune illusion entre autres sur Picasso ou les pseudo-audaces de ceux qui miment le mouvement surréaliste embryonnaire qu'il connait bien, fréquentant Aragon et Breton. Il découvre aussi le cinéma, et fait part de son admiration pour Chaplin et Griffith, faisant montre finalement d'un goût très sûr car déjà les films prétentieux ou nuls, ou sans intérêt, pullulent. Il va au théâtre voir Réjane, vedette de l'époque, ainsi que Lucien Guitry dont il apprécie la personnalité « hénaurme ». Et bien sûr, il collectionne les conquêtes, avouant préférer presque les « filles » des boulevards aux petites ou grandes bourgeoises avec lesquelles il fleurte des mois bovarisant plus ou moins avant d'obtenir ce qu'il désire depuis le début, la chose faite, la dame ne l'intéresse plus que médiocrement excepté une certaine Louise dont il tombe amoureux. Dans ces moments, son journal se confond avec celui de Lafcadio, dont il fréquente, amicalement, le créateur, André Gide, qui le recommandera à la NRF quand Sachs sera obligé de travailler pour gagner de l'argent après la Crise de 29 qui le ruine, il arrête alors son journal. Il rencontre la gloire littéraire de manière posthume avec la publication en 1946 de Le Sabbat, puis de Chronique joyeuse et scandaleuse, en 1948, et de La Chasse à courre, en 1949.