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jeunes

  • Génération docile

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    elois.pngAussi sur Agoravox

     

    Moi qui suis un irrécupérable réactionnaire, un anar de droite indécrottable, je viens d'une famille où l'idée même de docilité est une des pires insultes que l'on pouvait dire à quelqu'un. C'était l'épithète infamante, ça l'est toujours.  Nous étions éduqués à l'indocilité. Nous n'étions sans doute pas la seule. Je ne suis donc pas entièrement responsable de mon comportement scandaleux pour notre époque. J'ai le plus profond mépris pour ces paradigmes sociaux réputés obligatoires afin de conserver sa place de maillon dans la chaîne des esclaves volontaires. Et ce qui m'effraie le plus c'est la docilité absolue des plus jeunes générations, leur crédulité terrible, leur incapacité à faire preuve de sens critique, leur malléabilité terrifiante.

     

    Il suffit de tellement peu pour qu'ils tombent dans les bras d'un démagogue ou un autre, d'un fou furieux fanatique, d'un cinglé illuminé.

     

    Avant un vieux con pouvait déplorer qu'il n'y avait plus de jeunesse, que les jeunes étaient de plus en plus mal élevés, des rebelles provocateurs, chevelus ou non.

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  • Crises d'adolescence contre la haine

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    politique, société, jeunes, djeuns, profs, enfants, ados, politique, société, amaury watremezNotre société de progrès, pour lutter au mieux contre la paupérisation montante et les fondamentalismes religieux haineux dont l'islamisme, est bien mal armée. Elle est même très mal barrée pourrait-on dire crûment. Il faut avouer que celles et ceux censés transmettre culture et valeurs aux jeunes générations n'assument plus leur rôle, le refusent catégoriquement sous divers prétextes. Ils n'en finissent pas de rêver sur leur enfance, leur adolescence. Ils ne se voient pas vieillir et ne veulent surtout pas mûrir.

     

    Un des symptômes de cette immaturité est le refus catégorique de la controverse, de la polémique. Un dialogue doit forcément se terminer dans le « rose bonbon », la panacée universelle que sont pour notre époque conformiste les lieux communs mièvres qu'elle affectionne. Il faut absolument se rassurer et constater que tout n'est pas tout noir n'est-ce pas ?

     

    C'est un peu normale, notre société se compose principalement d'individus dont la crise post-pubertaire n'en finit pas, même à quarante ans bien sonnés passés. La plupart des grandes personnes réputées raisonnables sont toujours dans la rébellion adolescente post-pubertaire, en particulier contre l'autorité du père, confondant le moindre de leurs caprices avec qui une vocation d'aventurier, qui de gourou, un autre de danseur étoile voire de première ballerine à l'Opéra pour ceux ayant les moyens de l'opération.

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  • Le nivo baisse

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    politique, société, lecture, littérature, bac français, jeunes, hypocrisie, ignorance, inculture crasse, amaury watremezIl est d'usage après les épreuves du bac français de rire à gorge déployée des réactions de colère des gosses sur le net, de ricaner de leurs perles toujours plus énormes relevées dans les copies. Certes ils ne lisent plus du tout et pour eux bien entendu, la lecture d'un texte classique ou d'un moderne est juste une corvée insupportable à de rares exceptions. Ils ne font sur twitter (TM°) ou facebook (TM°) que témoigner de leur ignorance en toute candeur, étaler leur inculture il est vrai lamentable. Avoir de la culture n'est de toutes façons plus pour eux une valeur. C'est même parfaitement superflu, une lubie de prétentieux.

     

    Ils ne voient pas le problème non plus dans leur « ortograffe » le plus souvent défaillante, une ou deux fautes par phrase voire plus. « Tant qu'on me comprend » disent-ils, tranchant le questionnement généralement par un « de toutes façons moi je me comprends c'est l'essentiel, non ».

     

    Les adultes qui en rigolent sont cependant, me semble-t-il, amnésiques :

     

    Qui achète déjà aux adolescents les smartphones sur lesquels ils ont le regard presque constamment rivé ?

     

    Qui leur laisse une télévision avec 300 chaînes dans leur chambre ?

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  • Les français et leur école, des rapports compliqués

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    politique, société, école, éducation, jeunes, djeuns, amaury watremezLes français entretiennent avec l'école des rapports d'amour/haine à la fois compliqués et simples à comprendre. Ils voudraient bien que celle-ci éduque leurs enfants à leur place tout en la considérant comme une garderie un peu évoluée. Ils n'aiment pas les notes, considérées comme arbitraires et injustes, mais sont les premiers à entretenir chez leur progéniture le culte de la performance scolaire et de la compétition à outrance. Ils prennent soin également lorsqu'ils ont la culture et la formation, et les réseaux « ad hoc », de placer leurs gosses dans les « boîtes à concours » publiques ou privées dés qu'ils en ont l'occasion.

     

    Les français veulent une école formant à « des trucs utiles » ou jugés utiles mais se sentent complexés si d'aventure ils ont des fortes carences culturelles, pour eux c'est la faute de l'école qui ne leur a pas transmis de culture, ressentant plus ou moins vaguement ce besoin de transmission n'ayant jamais été pris en considération pour eux.

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  • « La religion, la nation, le mariage pour tous, tout ça... » par Jean-Kevin, jeune homme conscient, citoyen et engagé de son époque

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     3414981_3_cd70_le-concert-pour-tous-a-ete-organise-a-la_b2d993b7dee4c522792fecdb48d586a1.jpgLe monologue ci-dessous je l'ai déjà entendu, et pas seulement dans la bouche d'un Jean-Kevin que j'ai rencontré, il existe, et il est loin d'être le seul dans son genre, il n'y a pas que des ados post-pubères chez les « Jean-Kevin », il y a aussi des Jeanne-Kevina, voir fig1 ci-contre.

     

    « T'vois, j'veux dire, toutes les religions elles se valent t'vois, bon les musulmans t'vois, y'a quand même des terroristes, c'est vrai, t'vois, mais enfin bon, chez les cathos t'as quand même eu l'Inquisition, les Croisades, tout ça quoi, et pis les guerres de Religion, là y brûlaient les z-hérétiques les cathos quand même, et aussi si tu croyais pas en dieu avec le roi t'vois j'veux dire, et ben, t'étais mort, t'avais pas le droit (geste).

     

    Ouais, c'était comme dans « le Nom de la Rose », c'est un super film qui parle du Moyen Age j'trouve t'vois, genre, les pauvres et ben y devaient tourner les roues des curés qu'étaient dedans, c'était pas cool quand même, genre grave. Moi la foi c'est un truc privé, t'as pas besoin de savoir, ouais, genre ils te le disent les cathos mais c'est pour te convertir en fait, ils veulent t'obliger à ce que tu croyes, z-ont pas le droit..

     

    Pour qui y s'prennent ? (rires)

     

    C'est comme les sorcières t'vois, les sorcières c'était des femmes libres t'vois, elles guérissaient les gens avec des plantes genre, t'vois, c'était bien, elles faisaient du bien tout ça, et ben on les brûlait. Pas cool (mine contrite, apitoiement sur les sorcières). Sur Internet, j'ai regardé, sur Ouikipédia, et ben, maintenant, y'a la Wicca, la Wicca c'est une religion qu'aime bien les arbres et les fleurs, et pis si t'aime pas quelqu'un tu lui jettes un sort, ça marche hein, mais moi j'aimerais pas passe que y faut se mettre à loilpé pendant les cérémonies, si t'es pudique quand même, et ben c'est pas cool toussa...

     

    Et pis les juifs, c'est vrai, bon y'a quand même eu la Shoah, mais enfin bon en Israël c'est quand même comme des colonies hein, pas vrai ? Les sionistes c'est parce qu'ils ont du fric qu'ils font ce qu'ils veulent (geste), genre, ils donnent du fric et pis ils financent les esstrèmistes qui veulent pas faire la paix t' vois, genre y'a qu'eux sur terre, y sont le peuple élu, nan mais sérieux, sans déconner, c'est pas terrible t'vois (geste).

     

    Moi, si je suis allé en Palestine ?

     

    Ben non, tu déconnes ou quoi, c'est quand même dangereux, avec les palestiniens, y'a beaucoup de terroristes quand même, ça craint.

     

    Chez nous les cathos y sont dangereux quand même, déjà qu'y veulent nous imposer de croire en dieu quand y z'en parlent, t'vois, maintenant, y veulent pas que les homosexuels y s'marient, c'est pas sympa ! Si les z-homos, y sont envie de se marier quand même, c'est normal qu'y z-ayent le droit, genre, t'aimes quelqu'un mais t'as pas le droit de te marier, nan mais sérieux (rire de dérision)...

     

    Et pis s'y veulent des z-enfants les péd....z-homosexuels, z-ont le droit aussi quoi, moi j'connais un couple de gars, des supers z-amis très sensibles, et intelligents t'sais, et ben, euh, et ben y sont mieux que des couples normaux, enfin j'veux dire, y sont bien quoi. Moi, et ben j'me confie à eux souvent passque les z-homos tu peux te confier à eux, y savent super bien écouter, ouais, genre, y z-ont super le sens de l'écoute.

     

    Les cathos y les aiment pas, mais en fait, c'est passqu'y sont tous homos et lesbiennes alors y sont jaloux, passqu'ils osent pas le dire mais les homos et les lesbiennes qui vont s'marier si, comme dans « Plus Belle la vie », ouais c'est nul j'regarde pas, c'est ma sœur mais des fois, c'est genre sympa ».

     

    Et les cathos c'est des nationalistes; des fâchos qui sont contre l'Europe, alors qu'avec l'Europe, quand même et ben on n'a plus de guerre, hein, on est tous frères, et pis de toutes façons, moi j'suis citoyen du monde, comme y nous a dit meussieur Meunier en Histoire, nous on est tout citoyens du monde, ouais après il a chanté un truc avec la guitare, c'était pas top mais c'était sympa, t'vois ». Ouais, moi j'aimerais bien voyager, j'aimerais bien aller à Niouyorque passque là-bas ça bouge plusse qu'en France, c'est plus cool, t'vois j'veux dire ».

    image empruntée au site news yahoo.fr

  • Les naïfs sur la grève

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    D'actualité sur Agoravox

    "Eh ben moi ce qui me les casse (note de l'auteur : moi aussi), c'est les faux affranchis, les pétroleurs syndiquès et les anars inscrit à la Sécurité Sociale! ça fait la Chine, ça prend la Bastille et ça se prostitue dans des boulots d'esclave! Ah ils sont beaux les réformateurs du monde".

    18838136.jpgGabin avec les dialogues de Michel Audiard à la bouche dans « Archimède le clochard ».

    Il faudrait quand même mettre au point quelques petites choses quand on parle de la grève reconductible à partir d'aujourd'hui, des retraites et des jeunes qui vont défiler (on les comprend, le rebelle qui sèche les cours peut se faire plus de filles que les autres). Parmi ceux qui défilent, en particulier dans la fonction publique, il y en a déjà une bonne majorité qui en sont à cotiser dans les fonds en pension, donc à laisser leur argent en bourse et se constituer un bon petit magot en actions et obligations. On les comprend, il faudrait être idiot pour ne pas essayer de s'assurer un avenir pas trop inconfortable quand on peut le faire. C'est totalement légitime. Par contre, se dire solidaires ensuite alors que l'on est déjà passé au système par capitalisation, c'est quand même très hypocrite.

    Ce n'est pas ça qui énerve, ce qui énerve c'est quand les mêmes demandent à ce que l'on taxe les bourses, où ils collent leur argent, en sachant très bien que par les mouvements de capitaux mondialisés et les comptes « offshore » le capital fichera le camp ailleurs dés qu'un pays cherchera à le taxer. Je m'étonne que très peu parmi eux évoque par contre les sommes faramineuses dépensées par les états pour « sauver » les banques qui se sont hâtées ensuite de le dépenser en dividendes ou en primes pour les traders pour leur travail un peu trop chèrement payé. Comme des convertis de fraîche date à une religion très dogmatique, certains voudront prouver mordicus que si, si, ma bonne dame, mon bon meussieur, c'est possible de taxer les mouvements de la bourse (voir fig 1 de gauche à droite et fig 2 de droite à gauche) à condition de bloquer les capitaux dans le pays.

    Oui, effectivement bon sang mais c'est bien sûr.

    « 'Suffit de les bloquer... »

    Dans l'histoire, les traders sont également des pions, comme Kerviel, des pions à qui on donne une bonne part du gâteau pour qu'ils la ferment, au moins un temps. Ensuite, s'il leur prend de dire la vérité, on les étouffe, on les tue moralement et socialement, comme Kerviel.

    Mais bon, (ou plutôt « mébon ») moi je critique, je critique mais enfin, s’il n’est pas parfait, le système par répartition français tout comme la sécu tout comme l’Éducation Nationale sont encore des système équitables donc appréciables.

    Les gouvernement ont versé des milliards aux banques, il y a les sous, de là à croire qu’ils le feront, faut être con comme un rédacteur d’intentions du prière du dimanche pour penser qu’ils seront un jour inspirés par l’Esprit Saint (qui semblent ignorer qu'avant toutes choses il faudrait peut-être qu'ils se mettent sérieusement à l'Évangile les politiques).

    La seule solution, c’est la remise à plat du système dans sa globalité, de ce système inique qui favorise l’égoïsme, les frilosités, les corporatismes en tout genre et aussi la sottise. Si j'ai horreur du libéral qui fait la leçon en balançant sa vulgate néo-libérale, j'ai tout autant beaucoup de détestation du type de la SNCF qui ose justifier comme indispensable la prime contre la silicose de quelques cheminots encore.

    1286380066.jpgD'autre part, on nous parle des jeunes qui se réveilleraient politiquement parce qu'ils manifestent bien sûr du côté où il faut, il faudrait peut-être se demander pourquoi ils manifestent. Ils ne manifestent pas pour le système par répartion, encore moins pour l'équité sociale, ils manifestent pour consommer autant que les parents, du moins les quelques égarés parmi eux qui ont une conscience politique, les autres c'est aussi parce que le statut de rebelle c'est mieux pour draguer les filles et puis c'est toujours du temps que les profs n'auront pas. En plus on pourra balancer deux ou trois charges de CRS, plus acerbes qu'avec les dockers, sur « Youtube » et se faire peur avant de rejoindre tout doucement le troupeau . De ces clichés sur les jeunes, Desproges en parlait déjà il y a vingt-deux ans :

    le-lycee-queneau-en-greve-jeudi-aussi-335173.jpg«Qu'est-ce que vous avez fait pour les jeunes?» Depuis trente ans, la jeunesse, c'est-à-dire la frange la plus totalement parasitaire de la population, bénéficie sous nos climats d'une dévotion frileuse qui confine à la bigoterie. Malheur à celui qui n'a rien fait pour les jeunes, c'est le péché suprême, et la marque satanique de la pédophobie est sur lui. Au fil des décennies, le mot «jeunes» s'est imposé comme le sésame qui ouvre les voies de la bonne conscience universelle. » (la suite du texte est par ici)

    Des jeunes engagés dans le syndicalisme étudiant peuvent faire peur, on en a vu de ces militants, de l'UMP au PS en passant par les jeunes cathos ou les jeunes raèliens, qui ont des manières, à leur décharge, très extraverties : « carré » pour les filles, jupe sage (parfois il est de bon ton de coller un tromblon aux responsabilités, ça lui permet de sublimer), lunettes, garçons grands, sérieux, en djinn, chaussures « bâteau » et poulovère en « v ». La plupart ressemblent toujours à des missionnaires délivrant la bonne parole et tellement sûrs d'avoir raison.

    Et puis je déteste les jeunes beaucoup trop sérieux à dix-sept ans. Ils ne comprendront que ce qui importe véritablement dans leur vie c'est ce qu'ils trouvent futiles.

  • Les enfants sages qui détruiront le monde

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    J'ai souvent l'impression étrange d'être un des derniers représentants d'une race en voie d'extinction. Nous étions une génération entre deux chaises, on nous avait appris la réalisation de nos rêves. Tout était possible grâce à soixante-huit et au 10 mai 81, le jour où l'on nous dit que nous étions passé de l'ombre à la lumière. On nous a poussé à tout remettre en question, à rêver d'autre chose, et nous l'acceptions sans aucune difficulté et puis le réel s'est imposé petit à lordoftheflies.jpgpetit, du moins ce que ceux qui dirigent cette société appellent le réel, à savoir la prépondérance absolue du tout-économique. Nous n'étions plus pour la société que des rouages qui devaient l'allégeance au système, la soumission aux règles, pour continuer à consommer ce que nous aimions. Mais si nous étions déjà des consommateurs, nous n'avions rien à envier à ceux qui venaient derrière. Nous les avons vu arriver quand nous étions à l'université. Ils ne portaient pas des habits d'esclaves tels que nous les imaginions, costume trois pièces et attaché case, ils étaient en jeans, en tennis, les cheveux savamment décoiffés, et tellement sages, et tellement sûrs d'eux. Ils se moquaient de nous, nous étions une génération de pleurnicheurs, de mollassons incapables de se décider, tout comme d'ailleurs nos aînés qui nous demandaient de payer leurs retraites, alors qu'ils avaient fait moins d'enfants et que cela s'avérait beaucoup plus difficile. C'était fini les rêves et les idéaux, le désir de changer le monde ne devait plus avoir cours, il fallait que ls système fonctionne.

    Nous étions une génération de pessimistes, élevés aux films apocalyptiques, on nous parlait des conclusions du club de Rome en primaire, on nous affirmait que le futur serait sombre, nous savions que c'était une course à l'abîme. Que ce que l'on nous présentait déjà comme le réel était du vent.

    Sur les quais de gare, dans la rue, à la télévision, je vois de plus en plus cette génération de jeunes hommes et jeunes femmes bien sages, ils sourient à la caméra quand on les interroge, ils ne connaissent plus leur passé. Ils s'en foutent, le 8 mai n'est qu'un jour de shopping en plus comme dit cette charmante écervelée qui court vers les grands magasins, pour un autre, cela n'a pas grande importance de se souvenir des ces mauvais souvenirs, je cite, tout comme le 11 novembre. Le journaliste rit aux éclats de cette ignorance, c'est tellement charmant cette insouciance d'ilotes enchaînés. L'illettrisme n'est pas un drame pour eux, c'est un boulet en moins. La connaissance les aurait peut-être culpabilisés de ne penser qu'à consommer encore et toujours, acheter ce qu'on leur dit d'acheter, comme on dit au chien de faire là où on lui dit de faire. Ils ont tous des écouteurs vissés dans les oreilles, les yeux restent fixés sur le mini-écran de leur téléphone cellulaire, ils ne voient plus les autres, ils ne veulent pas les voir. Ils gardent l'illusion de la diversité des opinions car on leur laisse croire que leurs certitudes sont la conséquence de réflexions approfondies sur la politique, comme sur le net, où beaucoup joue la comédie de l'affrontement manichéen, les bons contre les méchants, le Bien contre le Mal, alors que tous s'accordent sur un point, il faut que le système perdure, qu'il y ait toujours plus de téléphones dernier modèle, d'ordinateurs de plus en plus performant, de plus en plus de caméras pour que d'autres prennent nos responsabilités à notre place.

    Les enfants sages ne veulent plus des physiques hors normes, ils ne veulent plus des handicapés, ils ne veulent plus de différences, ils veulent une humanité standardisée. Ils ne sont pas cruels avec ceux qui sont différents. Ils croient que c'est pour le bien de l'Humanité, ils sont sincèrement surpris quand on les contredit. Ce n'est quand même pas leur faute s'ils mangent cinq fruits et légumes et font tout ce qu'on leur dit pour entretenir leur forme.

    Quand ils boivent du vin, ce n'est pas pour se réjouir avec des amis, mais pour entretenir l'esprit de compétition, ou quand ils mangent.

    Les personnalités hors-norme, ils les considèrent comme des reliques bientôt disparues. Ils oublient que le bonheur universel n'est pas possible comme ils l'entendent, que leurs enfants leur demanderont des comptes sur l'état des ressources, sur l'absence totale d'équité. Les enfants sages rejettent les pays pauvres en se disant que c'est de leur faute, ils n'avaient qu'à se soumettre aux règles, et travailler comme des bêtes de somme paisibles et dociles. Ils ne veulent surtout pas voir l'injustice. C'est terrible, je trouve, de constater que la situation actuelle ne poussent pas plus de monde à essayer de détruire les rouages de cette société inique, qui en contrepartie de l'aide aux pauvres demande beaucoup plus que ce qu'impliquait la féodalité.

    Les enfants sages, ils sont comme les personnages d'« Akira », des gosses tellement soumis, tellement révérents, que le jour où toute la violence, toutes les frustrations qu'ils auront accumulées secrètement et qu'ils n'auront pu contenir en sombrant dans le cyberautisme ludique et violent, éclateront, ils détruiront le monde.

  • La culture et les jeunes

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    222.jpgLa scène prend place sur une chaîne de la TNT pendant une émission djeuns pour djeuns qui parle de l'« actu de la culture », pour les djeuns : « Kult' Djeunz » que ça s'appellerait si ça existait ce genre de choses, ce qui serait encore trop beau.

    Un quadragénaire en habits de djeuns, lunettes noires sur le nez, djinn baggys, tennis, casquette est affalé sur un immense canapé rouge, à ses côtés un comparse plus jeune en ticheurte vert ultra-serré sur lequel est imprimé « 69 » sur le devant et « serial fucker » sur le dos. Chateaubriand fait son entrée en grande tenue, la tête un peu raide, le dos très droit. Il a sa canne à la main et ses gants.

    • Salut les kids, j'espère que ça va ou qwâ ? Aujourd'hui c'est notre nouveau pote Chateaubriand qui vient nous prendre la tetê avec ses mémoires, enfin lui il appelle ça ses mémoires. Trop un truc de ouf tu voâs ?

    • J'espère qu'on va pas se faire trop ièch, lance un deuxième animateur, c'est encore des trucs de vieux, de boloss ce truc.

    • Nannn, salut Cha', tu permets que j't'appelle comme ass passke François-René, je trouve que ça fait tarlouze. Wouarf, wouarf, wouarf, rigole-t-il.

    • Bonjour Monsieur, je vous prierai de prononcer mon prénom en entier. Sinon j'en serai fort marri.

    • Ouais, mais non, d'abord j'fais cke j'veux c'est mon émission !

    • Bien, je m'incline, le désir me prend de quitter ce lieu céans mais l'honneur convient que je reste.

    • Ouaaah, comment y parle, lui ! Enculé ! Sa mère ! Y se la joue trop, croit bon de rajouter le comparse de l'animateur.

    (Rires gras et rires débiles du public qui se met à faire « who oh oh oh »). Le comparse en vert leur montre son cul, explosion de joie du public qui ne se tient plus de bonheur extatique et grégaire. Les panneaux « applause » clignotent très rapidement.

    • Alors, Cha', keskon trouve dans ton bouquin, ça déchire ou quwâ ?

    • J'exprime mes sentiments sur ma famille, ma naissance qui fût de haute lignée et mon destin exceptionnel au regard de la médiocrité des autres hommes. Mon devoir est de raconter fidèlement ce que j'ai vu ou ce que j'ai entendu dire ; je ne dois rien inventer, mais aussi je ne dois rien omettre....

    • J'te coupe Cha' passke sinon les djeuns y vont décrocher tu voâs ? De qwâ ça parle ton truc, c'est qwâ le pitch comme y dit Ardisson ?

    • C'est la providence qui nous dirige, lorsqu'elle nous destine à jouer un rôle sur la scène du monde.

    • J'calcule rien, mon pote, tu pourrais être plus clair ? Tu fais l'amour avec des meufs, tu t'fais du pognon ou bien ?

    • O misère de nous ! Notre vie est si vaine qu'elle n'est qu'un reflet de notre mémoire.

    • J'pige toujours que dalle, tu fumes ou quwâ ? Que le passé d'un homme est étroit et court, à côté du vaste présent des peuples et de leur avenir immense.

    • T'as maté les eins des meufs, mwâ, y'a que ça qui m'branche mon pote ! Le reste c'est des trucs d'intellos, ou de vieux ! Balance avec mépris le comparse en vert.

    • Si l'on vous donne un soufflet, rendez-en quatre, n'importe la joue, répond l'écrivain qui se lève et donne plusieurs coups de canne à l'animateur qui hurle comme un goret que l'on égorge

    • Sécurité ! Sécurité ! Braille-t-il. Il cherche ensuite à quatre pattes les débris de ses lunettes noires.

    Deux gros bras en costume se ruent sur Chateaubriand qui en maîtrise facilement un mais ne peut éviter les poings de l'autre, il s'écroule et les deux « gorilles » l'entraîne vers le fond de la scène sous les vivats du public en délire. Il hurle : « Ouais, foutez le dehors, il est trop chiant !! ».

    Et générique.

    Avec des citations exactes de Chateaubriand