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jérusalem

  • L'ascenseur social en panne aussi dans l’Église

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    Eglise, société, politique, terre sainte, jérusalem, volontariat, amaury watremez, hypocrisieAussi sur Agoravox

     

    Je suis parti en tant que volontaire civil à Jérusalem pendant deux ans grâce à la Délégation Catholique à la Coopération sur un poste financé en grande partie par l’œuvre d' Orient. Cela a été un séjour inoubliable. Il m'a laissé une empreinte comme au fer rouge. J'y ai rencontré des personnes extraordinaires et je n'oublierai jamais ce que j'ai vécu là-bas et leurs visages. Je n'ai de cesse depuis d'essayer de faire connaître entre autres choses qui m'ont marqué la spiritualité des chrétiens d'Orient et leur sort tragique qui laisse indifférent la majeure partie des occidentaux.

     

    Cependant, je n'y étais pas parti pour la seule beauté du geste...

     

    J'étais en effet convaincu que ce genre de séjour à l'étranger permettait de nouer des contacts, se construire un réseau actif en montrant ses compétences pour plus tard lors du retour se donner les moyens de mes ambitions. Il nous était souvent dit également que partir en volontariat était un excellent point sur un CV ce qui est vrai à condition de faire déjà partie du milieu social qui convient. Cela n'était pas mon cas et je n'étais pas le seul.

     

    On le voit j'étais encore très naïf.

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  • La question de Jérusalem au cœur du monde actuel

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    jerusalem.jpg

    Aussi sur Agoravox...

     

    J'ai vécu deux ans à Jérusalem, de 1998 à 2000. J'y ai vécu durant une période plus facile, tout étant bien sûr relatif, avant le « mur de séparation » et après « l'Intifadah ». Quand j'y suis arrivé j'avais une idée très nette de la situation entre les deux peuples présents sur cette terre. Quand j'en suis parti, j'étais beaucoup moins catégorique, du moins sur certains points. Celle-ci est infiniment plus complexe qu'on le pense généralement mais dans le même temps finalement assez simple. On ne prend jamais compte de la multiplicité des peuples et des confessions y demeurant, de la multiplicité des chrétiens en particulier. On n'y fait jamais assez preuve d'empathie non plus.

     

    Or, je trouvais que la plupart des pèlerins, des touristes religieux, des nombreux spécialistes ou pseudo-spécialistes qu'ils soient bibliques ou non visitant cette terre en manquaient singulièrement, même pour ceux présents là depuis deux ou trois décennies, à commencer pour les chrétiens locaux.

     

    Le « petit troupeau » chrétien ne se réduit pourtant pas aux catholiques dits « latins » en Terre Sainte. Cependant les chrétiens palestiniens qui ont maintenu vaille que vaille les traditions des premiers temps évangéliques à Jérusalem sont pourtant considérablement méprisés. Et dédaignés. Et oubliés. J'étais effrayé de constater que beaucoup d'expatriés, de volontaires, y compris catholiques, de membres des communautés charismatiques, ne mettaient jamais les pieds à la messe des paroissiens locaux, ne se retrouvant qu'entre eux dans les « paroisses consulaires ». Et quand ces braves gens faisaient « leur » chemin de Croix c'était entre deux rangées de militaires israéliens, pour être tranquilles et conserver cet « entre soi »...

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  • La jeunesse des peuples

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    Quand je vivais à Jérusalem l’extrême jeunesse des peuples que je côtoyais là-bas m'avait stupéfié, on la prenait en pleine face. Ce n'était pas seulement la présence de tous ces enfants à tout les coins des rues, des enfants ne menant pas toujours la vie devant être la leur dans la Jérusalem palestinienne, mais l'on pouvait ressentir cette fraîcheur, ce dynamisme dans l'attitude des palestiniens ou des israéliens, les palestiniens devenus « de facto » un peuple de par l'existence d’Israël, les descendants des premiers colons, des habitants des utopies réalisées des « kibbutzim ».

     

    3522462_3_aedf_enfant-syrien-dans-la-file-d-attente-pour-se_418948e5146302aa704f815a81d3caa5.jpgC'était quelque chose de presque indéfinissable mais bel et bien présent dans l'atmosphère, dans l'air ambiant. L'on sentait bien que ces deux peuples n'en étaient qu'aux débuts de leur histoire, prêts à conquérir, dans tous les domaines à l'enthousiasme de la découverte sans cesse renouvelée. Il n'y avait pas chez eux cette lassitude d'être soi-même, ce déni d'identité et de leur histoire que l'on trouve chez tous les occidentaux pressés d'être quelqu'un d'autre, tout le monde mais surtout pas eux-mêmes, ayant un profond dégoût d'eux mêmes de par des décennies de masochismùe mémoriel de droite comme de gauche, de décervelage intensif des masses.

     

    En Occident ceux réclamant plus de moralité publique acceptent sans sourciller l'amoralité foncière du système économique, catholiques et autres. Il en est se réclamant de l'identité de la France mais ne voyant pas le problème à une mondialisation économique et sociale sans frein entrainant la destruction des nations et de ce qu'elles sont, de leurs cultures, de ce dont elles pourraient être aussi légitimement fières...

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  • Lieux saints

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    politique, société, jérusalem, christianisme, terre sainte, amaury watremez« Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche !

    Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie ! »

    extrait du Psaume 137

     

    Depuis 2000, et mon retour en France, lorsque le chrétien comme les autres que je suis se prépare après les « Rameaux » à aller vers la nuit du Calvaire et la lumière de la Résurrection je repars ne serait-ce qu'en esprit vers la Terre dite Sainte, « dite Sainte » car les êtres humains ne cessent de la souiller par leur stupidité, leur étroitesse, leur incapacité à voir la beauté autour d'eux, celle de la Création en particulier dans les vallées du Jourdain ou de Galilée, la sensualité de la Méditerranée, ses vagues devant lesquelles je pouvais rester des heures sous un ciel étoilé à Tel Aviv, les douces collines de Jéricho incitant à louer la douceur des choses, à en vivre enfin en prenant le temps de juste contempler, à s'arrêter.

     

    Ce blog s'appelle « Mes Terres Saintes », ce n'est pas exactement gratuit. Il s'agissait pour moi au départ d'évoquer mon séjour de deux ans à Jérusalem, en Israël et en Palestine, d'en écrire le journal des événements. J'eus la chance d'y aller pendant une période exceptionnellement paisible, selon les critères palestiniens et israéliens s'entend.... 

    illustration : site Bible et Nombre

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  • Mon "Journal de Jérusalem" dans une petite vidéo

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    A regarder et écouter plutôt en plein écran pour éviter le logo envahissant...

     

    A voir aussi sur Youtube

  • Les parfums de l'Orient étrange et mystérieux : laideur des clichés, beauté de la vie

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    politique,société,jérusalem,mon journal terre sainte Si le parfum de la cardamone, du café, les couleurs vives des agrumes à l'étal des marchands de « quatre saisons », encore teintés de vert en Palestine et dans les échoppes israéliennes, les effluves des épices en pyramides vives, l'odeur douceâtre de la viande de mouton exposée à l'air, me ramènent sur la « Via Dolorosa » dans la « Vieille Ville » de Jérusalem, l'odeur d'un moteur diesel mal entretenu, d'une eau de toilette bon marché ou d'un déodorant odoriférant pour hommes, les senteurs du cuir bon marché surchauffé des sièges d'une « Mercédès » hors d'âge dans laquelle on attend parfois trois bons quarts d'heure qu'elle se remplisse, le bruit d'une mobylette pétaradante aussi, les sirènes des policiers israéliens qui sonnent comme dans les feuilletons américains, le soleil au zénith au-dessus du poste-frontière de Gaza qui puait l'eau de javel.

     

    C'est également le goût d'une bière israélienne mêlé à la douceur de l'iode dans l'atmosphère sur le front de mer à Tel Aviv, d'un « Arak » à Jéricho sur la « grand-place », d'un « cocktail » au nez et à la barbe des « hassidim » rue Ben Yehuda ; la saleté des rues dans les quartiers anciens, les poubelles dégorgeant leur contenu fétide un peu partout, les chats « parias » marquant leurs territoires, ces bouquetins venus nous renifler la plante des pieds au cratère de Mitzpeh-Ramon un lendemain de réveillon du Nouvel An....

     

    C'est plus trivial à première vue, à courte vue, moins romantique ou romanesque, loin du cinémascope de « Lawrence d'Arabie » mais plus proche de l'authenticité d'un endroit que d'aucuns verraient plutôt comme leur terrain de jeu religieux, politique ou idéologique favori. Ils viennent faire trois petits tours et s'en vont, font la leçon aux uns et autres morigénant les palestiniens de ne pas être assez durs avec les israéliens, les israéliens de ne pas avoir d'ambitions millénaristes. Une foule d'exaltés attend l'Apocalypse, la Fin du Monde, des destructions qu'elle appelle de ses vœux afin de se consoler de si mal sentir la beauté de la Création tout autour d'elle. Dans le désert du Jourdain, il fallait être d'une sottise remarquable pour ne pas voir la sensualité douce et joyeuse des lieux, la vie qui se manifeste dés qu'un peu de pluie tombe.

     

    Quand j'évoque cette cité cosmopolite dont j'aimais le bruit et la fureur, turbulente, violente, douce, agressive, austère et sensuelle, antique mais qui est pourtant bien aussi de son époque, sa vie, ses peuples, beaucoup parmi ceux qui m'écoutent en sont restés aux clichés, ne supportent que l'on démystifie leurs représentations erronées, de celui pour qui il ne faut considérer cette ville que sous son aspect « spirituel », et ne pas s'occuper du présent, de la « simple » humanité, à celui qui voit une occasion de se prendre pour « Robin des bois » pro-palestinien ou pro-sioniste, exacerbant les tensions internes déjà existantes, plus ou moins consciemment, ce qui a toujours des conséquences visibles, violentes et mortelles.

     

    Ce n'est pas un reproche de ma part à leur encontre, il est normal que lorsque l'on n'est pas allé sur place, que l'on n'a pas vécu dans sa chair ce qui fait la beauté, l'originalité de ses terres, il est difficile de comprendre certaines choses et qu'au fond la vie, la réalité sont plus intéressantes que ces lieux communs parfois grandioses, parfois exprimés avec style sur tel ou tel pays, tel ou tel endroit du monde, ainsi Pierre Loti, à qui je préfère Henry de Monfreid, « Abd El Haï » ce qui implique que tu me trouves incorrigible ami lecteur car c'est aussi un « infréquentable ». Je retrouve chez lui le même amour du Proche-Orient, la même passion pour ces peuples sans pour autant les idéaliser ou les voir plus angéliques qu'ils ne le sont.

     

     

     

    Ces histoires orientalistes contemporaines fortement enjolivées sont souvent racontées par un explorateur du dimanche qui ne peut s'empêcher de se déguiser en « autochtone », ou du moins de revêtir la panoplie qu'ils supposent que les « indigènes » portent ! Certains mettent des sandales aux pieds comme les apôtres, enroulent un « keffieh » noir et blanc autour de leur cou, coiffent une « kippah » qu'ils arborent en toute inconscience dans le quartier musulman, ou chrétien. D'autres se contentent de photos sur fond de soleil couchant...

     

    Ce fût mon cas les premières semaines, ce qui me fit moquer des enfants au Sinaï qui m'appelaient « Camel Bedouin » en rigolant bien et je les comprend...

     

    Cette vie, cette réalité paraissent toujours triviales à ceux qui ne s'y attendent pas, qui leur préfèrent leurs fantasmes et idéalisations hasardeuses, surtout quand ils s'aperçoivent que ce qu'ils découvrent n'a rien à voir avec leurs rêves d'une Terre Sainte de pacotille qui appartiennent à un ou deux peuples bien distincts, bien identifiés, à une ou deux cultures bien reconnaissables et délimitables alors que dans cette ville, le réel est extrèmement complexe et non réductible à quelque slogan que ce soit, inspiré par des intentions certes parfois sincèrement bonnes. Mon souvenir de cette Ville, la nostalgie que j'en ressens encore vient de cet ensemble, de ce quotidien relié à ces paysages naturels grandioses où flottent le souvenir de divers conquérants que parfois l'Histoire elle-même a oublié ce qui fait souvent dire aux vieux palestiniens, se rappelant des empereurs byzantins, ottomans, des rois croisés, des souverains de toutes origines, que « les maîtres d'un jour passent toujours malgré leur vanité... ».

     

    Mon « Journal de Jérusalem » est toujours à ce lien

     

  • On parle de mon "Journal de Jérusalem" dans le "Paris Normandie"

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    Mon journal en terre sainte, Jérusalem, littérature, société, politique, religions, christianismeA ce lien ami lecteur tu trouveras un article concernant mon "Journal de Jérusalem", un article "ronflant" (dédicace à une lectrice mal-intentionnée) et en plus sur la photo je suis "fier comme un bar tabac"....

     

    Voilà qui ne va pas diminuer l'ego déjà bien dimensionné que d'aucuns me prêtent ! Peu importe. Ils ne vont rien y comprendre, comment ? Quoi ? Ce réac, ce facho qui dit son amour du Proche Orient ?

     

    J'avais un rêve d'Orient, je l'ai toujours, de cette vie plus libre, beaucoup plus libre, que j'ai vécu là-bas, avec d'autres, une vie qui nous a redonné le sens de ce qui est réellement important dans l'humain et que des plaisirs qui nous semblent anodins sont là-bas de actes de liberté presque transgressifs. Celles et ceux avec qui j'ai vécu tout cela, dispersés maintenant dans toute la France, le savent aussi mais même si nous ne nous voyons que rarement, nous sommes toujours si proches.

     

    Là-bas, il faut dire, nous n'étions pas "le gros", "le maigre", "le matcho", "la folle" de service, nous avions le droit d'être nous-mêmes...

     

    J'y ai compris que ceux qui n'ont que la haine au cœur détestent tout ce qui permet de louer l'amitié, la convivialité, la bonne chère, le bon vin (dans l'Évangile, Jésus parle beaucoup pendant des repas...), que ce qui comptait en Terre Sainte, ce n'était pas tant les lieux saints, quasiment tous faux historiquement, que les personnes y habitant, les enfants que l'on voit partout, des témoignages évangéliques autrement plus forts que bien des discours savants, et les chrétiens d'Orient, suspects de tous les côtés au Proche Orient, méprisés en Occident et particulièrement en France où on les considère comme des survivances à peine folkloriques.

     

    En cliquant sur l'image, on accède également à l'article (photo prise dans l'édition du 22 Mars 2014 de "Paris Normandie")

  • Publication de mon journal de Jérusalem

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    jerusalem.jpgA ce lien, sur le site de "The Book editions", ami lecteur patient et indulgent, tu trouveras la possibilité de commander mon journal de Jérusalem...

    Si le cœur t'en dit bien sûr.

    A mon tour d'être critiqué et de passer au grill des lecteurs avisés...

     

  • Une Arche de Noé dans Jérusalem – Fragments d'un journal en Palestine 22

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    dscn1800.jpgNul besoin d'aller chercher l'Arche de Noé aussi loin qu'en Arménie sur le mont Ararat, elle est aussi en Palestine, ou Israël, mais pas dans les jardins zoologiques pseudo-bibliques, ou Terre dite Sainte, les animaux revendiquent aussi des droits sur cette région si turbulente du monde vu leur nombre et leur importance dans cette endroit de la planète pourtant tout petit, à peine grand comme deux départements français.

     

    Le rapport aux animaux n'y est pas du tout le même que le nôtre, il est beaucoup plus charnel, beaucoup plus sensuel, terrien au sens le plus profond du terme. Ce n'est pas une société qui préfère les chats en vidéos mièvres et amusantes sur Internet plutôt qu'ailleurs, où les bêtes sont déréalisées, « anthropomorphisées ». Ce sont des compagnons de labeur des professions les plus dures, de malheur des réfugiés et de joies aussi, qu'on laisse à leur juste place, que l'on n'idéalise pas en faisant des versions plus pures de l'être humain qui, certes, y compris en usant des nouvelles technologies en particulier, ou pas, sait très bien faire preuve des pires aspects liés à son animalité.

     

    Quand j'évoque cela, la première chose qui me vient à l'esprit est l'apparition miraculeuse de ces « centaures en plein midi » un jour de janvier 1999 sur l'autoroute israélienne. Attendant le bus rouge et blanc « Egged » non loin du « Mont des français », j'entends soudain un bruit de sabots qui claquent sur la route. Je pense rêver car il n'y a autour de moi que des autoroutes goudronnées ultra-modernes, des panneaux de publicité géants. Trois enfants sont montés sur des chevaux à l'apparence fougueuse, des bêtes magnifiques sur lesquelles ils sont « à cru ».

     

    Ils ne s'arrêtent même pas pour un regard ou un échange de mots, ils sourient sous le soleil de plomb de midi à Jérusalem, largement à notre verticale. Ils ne s'arrêtent qu'un instant avant de traverser la « voie rapide », le temps de caresser doucement l'encolure de leurs montures. Les gosses étaient un peu sales, vêtus de haillons mais ils paraissaient n'en avoir aucune amertume.

     

    dscn1986.jpgLes chevaux traversent un échangeur autoroutier et disparaissent au loin ne laissant derrière eux qu'un léger nuage de poussière sur la route, ils étaient une image de liberté, ne se souciant ni de politique, ni de religion, encore moins de résolutions diverses ou variées, de grandes déclarations d'intentions plus hypocrites les unes que les autres, traversant la ville ultra-moderne et froide, où comme partout ailleurs l'avidité règne en maîtresse exigeante, en l'ignorant ainsi qu'elle le mérite au fond, se moquant d'elle de la meilleure manière.

     

    Ce sont à ces enfants là que les « sionistes » et « antisionistes », qui ne trouvent dans ces cause qu'un dérivatif à leur haine devraient songer quand ils sont prêts à mettre des populations à feu et à sang pour le simple plaisir de flatter le personnage qu'ils se sont construits, la plupart se hâtant de ficher le camp une fois qu'ils avaient mis le « feu aux poudres », s'étant fait plaisir à jouer à « Robin des bois » en grandeur nature.

     

    Des instants magiques comme celui-là j'en ai vécu des dizaines à Jérusalem, qui ont fait que je ne me suis jamais posé la question de la légitimaté de ma présence dans cette ville, que je me suis senti tellement heureux là-bas, malgré les moments parfois difficiles ou plus tristes, la culpabilité de laisser en France ceux que j'aimais parfois souffrir sans que je ne puisse leur venir en aide. Il m'arrive de me dire qu'il aurait peut-être mieux valu que je vive beaucoup moins de ces instants de beauté et de joie, car ils ont un prix, rendant plus libres, plus indépendants, moins soucieux des conventions sociales imbéciles.

     

    Et ce prix, je le paye encore, et cher. Les esclaves de la société d'hyper-spectacle marchande détestent ceux qui ne se soumettent pas leur allégeance matérialiste, à l'avidité générale où l'envie frustre et basse remplace le désir.

     

    Comme dans toutes les villes de Méditerranée l'on trouve également à Jérusalem des dizaines de chats parias, clochards glorieux, sans aucune honte ni scrupules, baguenaudant dans les rues, se nourrissant au bon gré des touristes, des pèlerins, ou des habitants. Ils sont généralement en bande, menés par un vieux mâle ou une vieille femelle plus agressifs que tous les autres. Le vieux mâle, ou la vieille femelle, est généralement borgne ou porte les stigmates de combats violents avec d'autres fauves des rues. Ce sont aussi des tendres, car les chats parias ne dédaignent pas de se laisser caresser par la main de temps à autre maladroite d'un voyageur de passage, lui offrant en cadeau quelques puces et microbes car les chats sont taquins.

     

    Bien sûr, il est d'usage de proposer à l'aimable bête sauvage des rues se laissant approcher avec tant de bonne volonté de donner une ou deux friandises en échange, et de ne pas trop insister quant aux caresses, ce que l'animal de toutes façons indiquera en donnant qui un petit coup de griffe, qui un petit coup de dent, au début amicalement puis ensuite plus sérieusement si l'importun ne comprend pas tout de suite. Les petits voyous abordaient le naïf en ronronnant pour mieux le tromper, et l'égarer dans une sensiblerie de mauvais aloi dans laquelle, remarquaient les chats, les touristes écrevisses avaient la désagréable habitude de tomber ; de ceux qui s'exclamaient « Amazing ! » toutes les deux minutes dans les rues de la ville à ceux qui constataient que « Jérusalem ça leur rappelait leur voyage dans le midi de 82 ».

     

    Les chats ne se souciant absolument pas de la morale des pitoyables primates qui parfois se prétendent leur maître dînaient abondamment le soir de la nourriture chapardée pour eux au marché couvert de la Porte du Damas, ou plus drôle encore à « Mahane Yehuda », le pseudo marché pittoresque côté israélien, par les petits voleurs de la « via Dolorosa ». Les félins de poche étaient en bonne compagnie avec eux, se sentant « entre soi », trouvant dans les enfants perdus qui faisaient les poches des touristes écrevisses sans état d'âme.

     

    Etait-ce donc leur faute si ces idiots se baladaient en ville avec des sacs « banane » et des portefeuilles remplis à ras bord de billets ? Les chats approuvaient ce raisonnement, eux-aussi trouvaient cela parfaitement normal de dérober dans les poubelles d'arrière cour dans les minuscules cuisines des « mixed grill » du quartier musulman un peu de pitance. Je me suis toujours demandé si les petits félins n'étaient pas salariés du syndicat d'initiative local. Étrangement, le touriste humain préfère toujours se donner bonne conscience en aidant des animaux à quatre pattes plutôt qu'en faisant preuve de fraternité avec ses pareils, ses frères en humanité.

     

    Cela n'était rien d'autres à leurs yeux qu'une juste redistribution des richesses de ce monde, de l'abondance de Tyr et de Ninive. Des chats rôdant un peu partout, il y en avait beaucoup en ville mais aussi dans les campagnes, où le gibier ne manquait pas, et l'on pouvait prendre de l'ombre et se détendre affalé au pied d'un olivier, ce qui pour un chat est une chose à prendre en considération.

     

    Il n'était pas si rare de voir des chevaux tirer les charrues et les chariots pour amener les paysans au champ, des équidés qui n'étaient pas des mondains. Comme leurs maîtres, ils avaient un visage buriné et marqué par l'exposition constante au soleil, ils buvaient peu d'eau et ne se plaignaient que si l'on se conduisait brutalement à leur encontre. Ces chevaux de labour, un peu plus trapus, un peu plus courts de pattes étaient bien souvent les compagnons de petits ânes ou de mulets curieusement utilisés aussi comme chiens de berger au milieu des troupeaux de chèvres ou de moutons à la laine poussiéreuse.

     

    L'on peut croiser également un genre de bouquetins dans le Sud du pays, un animal plutôt discret habituellement, aux alentours du cratère de Mitzpeh Rahmon et dans le Wadi rum en Jordanie, deux d'entre eux alors que nous bivouaquions à grand peine juste à côté, nous avions tenté durant plusieurs heures d'allumer un feu, reniflèrent nos orteils et goûtèrent un peu de nos sacs de couchage pour en tester la comestibilité.

     

    Le zoologue amateur (je n'ai pas dit le zoophile amateur) sera surpris que l'on mette ensemble chèvres et moutons, car finalement ce sont des animaux très différents, presque antinomiques. Le mouton suivra n'importe quel imbécile qui montre de l'autorité en avançant droit devant, fût-ce vers l'abîme, dans lequel il se jettera avec le mouton en tête de troupeau en toute connaissance de cause, tandis que les chèvres font ce qu'elles veulent et selon leur bon vouloir, surtout si elles trouvent un coin d'herbe un peu verte, ce qui dans les « territoires » n'était pas choses aisée. Si personne dans le troupeau de chèvres ne trouvait ce coin très recherché, mieux valait encore se contenter pour elles des détritus abandonnés par les hommes, que ce soit les reliefs d'un pique-nique de voyageurs ou de ceux d'un pseudo campement bédouin « very mutch authentic my frriend » (« only Twenty dollars ze place ! Djuste Fore You bicoze you're my frriend ! »). Autour de ces pseudo-campements folkloriques, pour les amateurs de gros clichés bien gras sur l'Orient mystérieux et ses délices, l'on trouvait des chameaux paresseux et languides, économisant non seulement l'eau, en la stockant dans leur bosse, mais leur énergie, tournant leur long cou avec une lenteur tellement exagérée qu'on pouvait être sûr qu'elle était feinte.

     

    En plus d'être vaniteux, ce sont de sales bêtes qui mordent immanquablement la main qui s'approche d'eux pour tenter une caresse, de manière sournoise et imprévisible. Leur maître, arrivé le matin à l'aube en « 4X4 » gueulant certainement toutes fenêtres ouvertes de la variété arabe et pop un rien dégoulinante de kitsch, de la « sheirout music » en somme, bien loin de Fairouz ou Oum Khalsoum, et vêtu non pas d'une djellabah et parfois d'un sabre de fantaisie, mais d'un « djinn » bien occidental et d'un blouson de cuir, le nez chaussé de lunettes fumées pour mieux draguer les jeunes touristes.

     

    Il y a même des cochons en Palestine comme en Israël, malgré les interdictions théoriques des prescriptions alimentaires musulmanes ou juives, et je ne parle pas seulement de ces cochons ultra-orthodoxes sortant d'un bordel qui leur était réservé à Tibériade, à l'endroit même où le « guide du routard » nous recommandait de louer à bas prix des vélos pour des enfants. Les bêtes sont tuées sur une dalle en ciment, ce qui semble convenir aux rabbins et aux imans. On trouvait même rue de Jaffa à Jérusalem, côté israélien, du saucisson « kasher » en sus de l'infâme saucisse de dinde colorée à la carotène vendue dans les supermarchés de la ville. La charcuterie est également monnaie courante au Nord d'Israël dans des villes où le russe est la première langue parlée.

     

    Cela ne date pas d'hier de toutes façons, les cochons en Terre Sainte, on se souvient que ce débauché de fils prodigue en gardait quelques uns et n'avait même pas le droit de manger les baies et racines que l'on donnait aux porcs. Un endroit, non loin du Mont des Béatitudes, face aux rives du lac de Tibériade, ou « Kinneret » en hébreu, porte le souvenir de ce troupeau de suidés dans lesquels Jésus avait envoyé des esprits mauvais et qui se sont jeté dans les flots de rage, noyant les pauvres bêtes.

     

     

    800px-White_horse-Jerusalem.jpgSi manger du cochon est un « péché », un péché certes délicieux convenons en, c'est surtout parce que l'animal lorsqu'il mangeait n'importe quoi autour des campements, manière dont on nourrissait les bêtes, voyait sa viande empoisonnée en conséquence, et impropre à la consommation. Contrairement aux idées reçues, le cochon est un animal délicat, un gourmet raffiné qui n'apprécie que certaines choses, les autres étant mauvaises pour sa santé. Les rabbins en premier n'ont fait finalement que trouver un prétexte quelconque dans leurs écritures afin d'inciter à ce qui n'était rien d'autre qu'une mesure hygiénique.

     

    images du haut, chats parias, empruntées à cet excellent blog de voyage : "Un monde à gagner

    oiseau du zoo de Jérusalem même source

    cheval israélien, wikipédia

  • « Si je t'oublie Jérusalem... » - Fragments d'un journal en Palestine 21

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    jerusalem20.jpg« Si je t'oublie Jérusalem... », ainsi commence le fameux psaume dans lequel les juifs du monde entier exprimaient leur nostalgie de leur Terre Sainte, et leur espoir d'un jour y retourner, et aussi qu'ils n'oublieront jamais cette ville qui a été au fond de leur cœur et de leur âmes pendant les centaines d'années qu'a duré la diaspora. Je partage cette nostalgie de cette terre, non pas pour les monuments, y compris l'amas hétéroclite qu'est le Saint Sépulcre, les souterrains d'Har Meggido, ni même pour le « Kotel », le mur des Lamentations, le temple d'Hébron, ou le « Dôme du rocher », non pas pour les paysages, du désert du Jourdain aux collines de Galilée, le mont des Béatitudes, les rives du lac de Tibériade ou l'eau claire de la Méditerranée, le sommet du Sinaï le soir du 31 décembre 1998, ni même pour le climat incitant à prendre conscience que la création est magnifique, que la beauté est tout autour de nous mais que bien souvent nous ne savons pas la voir.

     

    Les monuments sont tous construits sur les emplacements des lieux réputés saints des trois grandes religions monothéistes. Ces emplacements sont presque tous faux, ils n'ont donc guère de sens, guère de réalité, hormis la prière des croyants au long des siècles, mais ils ne sont que des vestiges d'utopie, de rêve de conquête et de bonheur universel, des lambeaux d'idéaux auquels les croyants confits dans la graisse du sur-consumérisme croient, dans leur grande majorité, encore à peine.

     

    Ce que je retiens de Jérusalem et de ces terres dites saintes, c'est la profonde humanité des personnes que j'y ai rencontrées, une humanité turbulente, à fleur de peau, parfois se manifestant par des accès des violences mais une humanité tangible, de tous les instants, une humanité qui est pourtant méprisée et rejetée en Occident progressiste de progrès et technocratique, festiviste et spectaculaire, libéral et libertaire, certains appelant même de leurs vœux une post-humanité, voire même une trans-humanité enfin libérée des contingences tellement insupportables à leurs yeux des émotions, de l'individualité aussi, ils rêvent de voir leurs semblables fondus dans un « grand tout » aux contours flous leur semblant toujours plus préférable pour eux qu'exercer leur liberté.

     

    Ils sont tout aussi détestables que les fous rêvant de théocratie dominatrice et violente, ces fous qui font mourir à force d'embrigadement et de matraquage le sourire sur les lèvres des enfants qu'ils entrainent dans leur sillage de mort. Je pense particulièrement à toi, Wafa, étudiante qui n'avait jamais assez de travail, qui avait soif de connaissances, qui voulait t'ouvrir à la culture française dont tu aimais passionnément la langue, les livres, les films. Je veux croire que c'est le désespoir qui t'a poussé au début de la deuxième Intifadah à te rendre la taille ceinte d'explosifs à un « check point » pour mourir et tuer un maximum de personnes et obéir à ceux qui détestaient ta soif de connaissance, ton amour de la littérature, les fanatiques ont ceci en commun avec les idéologues de tout poil, les petits bourgeois festivistes et les esclaves volontaires du tout-économique.

     

    Il y avait beaucoup de ces aveugles à Jérusalem, traversant la ville au pas de course les yeux comme chaussés d'oeillères, ne voyant que ce qu'ils voulaient voir, refusant le réel, des touristes-pélerins aux pélerins-touristes. La plupart ne supportait que l'endroit ne soit pas une sorte de crèche vivante figée dans leurs propres fantasmes, dans leur vision erronée du réel, une vision satisfaisant leur haine de l'autre, leur haine de tout ce qui aurait pu les en détacher, à commencer par la douceur de vivre.

     

    Les imbéciles ne percevaient jamais la sensualité étonnante des paysages de Judée, une sensualité lumineuse, ouverte au partage, les myriades d'enfants de Palestine courant dans les rues, riant, s'amusant de tout malgré leur misère pour la plupart. Ces gosses n'ont guère changé depuis la naissance du fils unique d'un homme âgé et de sa toute jeune femme dans la mangeoire d'un caravansérail surpeuplé de Bethléem. On imagine les vieilles dames discutant sans fin du bébé, de sa naissance, de la mère, du père, les bergers riant et partageant du vin de leurs outres, appuyés sur leurs bâtons et les vieux au regard de sagesse millénaire hochant la tête...

     

    Parmi les chrétiens, il en est qui oublient même que si le sauveur auquel il croit s'est incarné, ce n'est pas sans signification. Non, ils se rêvent en purs esprits, et oublient de se rappeler que leur foi devrait les pousser à l'altérité, à l'empathie de tous les instants envers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Je me souviens de cet ecclésiastique parisien, grand, mince, très chic, intellectuel distingué, m'affirmant qu'il fallait absolument vivre ce que l'on vivait à Jérusalem d'un point de vue « spirituel » et non de ses sentiments, si l'on suit sa révolte jusqu'au bout, y compris en définitive la compassion et la révolte face aux situations constatées.

     

    Selon lui, on ne pouvait être « simplement humain »...

     

    Sous nos cieux progressistes et modernes, quand un individu voit un pauvre dormant dans la rue, souffrant de la faim, la plupart du temps il passe son chemin en feignant ne rien avoir vu, il n'y peut rien si ce pauvre est à la rue, il n'est pas responsable se justifiera-t-il. Au mieux, il appellera la police ou le « Samu social » et passera son chemin. Dans tous les quartiers de Jérusalem Est, où le salaire moyen est de 200 dollars, il y avait une maison d'accueil des miséreux, leur proposant un toit pour chaque nuit et à manger.

    portrait-photographer-in-jerusalem.jpg

    Le Christ, c'est l'Evangile qui en témoigne, s'est ému de la mort de son ami Lazare, du manque de vin et de la tristesse pouvant saisir les invités d'une noce, de la sottise des marchands du temple, leur avidité aussi. Il n'a pas considéré tout cela d'un œil seulement spirituel et dégagé de tout humanité, il a été « simplement humain ». De plus, il ne considérait pas les repas de fête, ou les festivités auxquels il participe souvent, comme des divertissements insupportablement hédonistes et matérialistes, mais comme des moments de convivialité et de partage d'une profonde humanité que ce soit à l'ombre du sycomore de Zachée à Jéricho, que l'on peut prétendument encore voir à la sortie de la ville en direction de la Jordanie, ou dans le Cénacle sur le mont Sion.

     

    Même si bien souvent, à défaut d'être réellement humain, l'homme est surtout un primate lamentable, rien ne vaut son humanité. Et même « si la vie ne vaut rien, rien ne vaut un être humain » ainsi que le disait Hélie de Saint-Marc dans ses « Mémoires de braise ».

     

    image du haut prise ici (photo de Muslim Harij)

     

     

    image du bas empruntée là (photo de Yael Hermann)

  • Des mendiants ingrats - Fragments d'un journal en Palestine 18

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    couple-de-mendiants-marrakech.jpgAu Proche-Orient, particulièrement dans la « Vieille Ville » de Jérusalem les jours de marché, que ce soit Porte de Damas ou Porte d'Hérode, les mendiants, quand un passant met des pièces dans leur sébile ne répondent pas par un « merci mon bon monsieur » ou « merci mon prince » destiné à flatter l'autre dans sa vanité, et qu'ils redonnent quelques pièces la fois suivante ; ils disent, la main tendue vers le haut, agenouillés, le regard baissé par humilité envers le Créateur mais pas du tout envers ceux moins gâtés qu'eux par Dame Fortune :

     

    « Allah Yâtik ».

     

    Cela signifie littéralement « Dieu donne », ils rappellent en passant à ceux qui leur font l'aumône qu'ils ne font que redonner un peu des richesses qui leur ont été autorisées par Dieu, que leur richesse est permise par Dieu car entrant dans Son dessein, mais qu'en contrepartie ils se doivent de la partager selon un des cinq Piliers de l'Islam, au risque sinon de subir le courroux divin. Ils rappellent aussi à ceux qui leur font l'aumône que leur prospérité matérielle n'est pas grand chose aux yeux de Dieu.

     

    Ces mendiants ne sont jamais considérés comme inférieurs, comme de pauvres choses, ils sont à égalité avec les autres êtres humains qui les respectent et les logent l'hiver dans une maison que chaque quartier finance collectivement, sans que cela ne paraisse extraordinaire, bien que très souvent les personnes de ces quartiers ne sont pas beaucoup plus riches que les mendiants eux-mêmes. J'aime beaucoup cette idée de la pauvreté, beaucoup moins hypocrite que l'occidentale, qui implique de verser quelques larme insincères le plus souvent, avant de rentrer chez soi au chaud dans un confort douillet.

     

    Selon nos critères occidentaux, ces mendiants font preuve d'ingratitude. En effet, dans nos contrées, un mendiant, un pauvre, une victime a surtout un rôle officieux : mettre en valeur celui ou celle qui consent à les aider, aide qui n'est que rarement gratuite. Je ne m'exclus d'ailleurs pas du lot, nous attendons tous plus ou moins que ceux que nous aidons nous rendent quelque chose en échange, nous renvoient une image de nous-même qui soit la moins péjorative possible. L'occidental également aura cet autre travers déplorable consistant à donner son avis et juger de la solidarité et de la fraternité du voisin, ne remettant jamais, au grand jamais, celles dont il fait preuve quant à lui ou elle concrètement.

     

    Bien souvent, ainsi que le Pape François vient de le rappeler à propos du drame de Lampedusa, tout comme ses prédécesseurs l'avaient fait à travers la doctrine sociale de l’Église, les chrétiens occidentaux eux-mêmes, les catholiques en particulier, choisissent ce qui les gênent le moins possible dans leur identité et laissent de côté ce qui impliquerait des efforts réels quant au prochain.

     

    Ce que dit le prêtre dans son homélie sur les pauvres, sur Dieu et l'argent, fût-ce le père Zorkine, ce que l'on entend de l’Évangile, c'est bien joli, mais ça ne s'applique pas une fois sortis de l'église. Et ainsi que me l'expliquait un prélat qui refusait de regarder autour de lui à Jérusalem, l’Évangile se place à un niveau d'abord « spirituel » ce qui selon lui excluait des actes tangibles d'altérité et de partage. Il ne s'agit pas de révolution ni même de politique mais d'être un minimum cohérents aussi sur ce plan.

     

    Enfin, si l'on participe à LMPT aux aux « Veilleurs » c'est surtout parce que l'on considère que la morale chrétienne est surtout un instrument de régulation sociale, qu'il est commode de la réduire à la seule morale individuelle, et de surtout refuser de voir les causes de l'a-moralité actuelle qui sont dans le pouvoir absolu du « tout économique » ainsi que Sylviane Agacinski le rappelait incidemment dans une interview au sujet de son livre « les corps en miettes » justifiant par là son opposition à la GPA.

     

     

    En écrivant ce texte, je songe aux mendiants de la « Via Dolorosa », aux vieilles bédouines qui vendaient leurs herbes aromatiques pour quelques pièces, aux petits voleurs en guenilles, et aux moment d'humanité que je leur dois aussi à Jérusalem. Je me rappelle aussi de Léon Bloy, « mendiant ingrat » et chercheur d'Absolu, très seul dans la société de son temps pour ces deux raison, tout comme Bernanos.

     

    image empruntée ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 11 – le monde au bout de la rue

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    Ais-je souffert du « syndrome de Jérusalem » ?

    jerusalem-syndrome-2.jpgDans Jérusalem, que ce soit près du Saint Sépulcre ou dans toute la Vieille Ville, il n'était pas rare de croiser des fous mystiques atteints du « syndrome de Jérusalem », une folie douce qui est une affection psychologique réelle, diagnostiquée et étudiée dans les hôpitaux israéliens consistant à sombrer dans un millénarisme délirant, voire un messianisme farfelu, et à se conduire en illuminé extrêmement extraverti :

     

    Ainsi cet ancien pasteur américain qui passait ses journées à lire la Bible à haute voix sur le mont des Oliviers, ainsi ses vieilles femmes en extase embrassant, étreignant farouchement et passionnément les piliers et colonnes des monuments religieux de la ville, ainsi ces étudiants étrangers se mettant à voir dieu en rêve, leur intimant l'ordre de prier pour telle ou telle cause (les ordres reçus semblant tous être dirigés dans un seul but, mettre en valeur celui qui était censé les appliquer en le consolant de ses frustrations) etc...

     

    Précisons que le « syndrome de Jérusalem » ne concerne pas le mysticisme réel ni la foi assimilée parfois par la psychanalyse à une hystérie, ce qui serait réducteur, l'art devenant par conséquent une simple sublimation et rien d'autres. Certains pèlerins et touristes étaient atteints selon moi d'une version plus calme de cette affection, moins démonstrative, mais aux conséquences humaines beaucoup plus dangereuses. A la rigueur, je préférais les vieilles dames folles d'amour pour Jésus Christ au Saint Sépulcre que ces malades atteints d'une version beaucoup plus ennuyeuse du « syndrome de Jérusalem » et visiblement contagieuse.

     

    Ces vieilles folles ainsi que les autres fous rencontrés là-bas font partie de la même « Cour des Miracles » des croyants que moi, pauvres hères, êtres humains certes pitoyables mais capables d'aimer encore, quand même, un tout petit peu....

     

    Généralement totalement ignorants de l'histoire de la Terre dite Sainte, y compris de celle de leur propre foi, mais remplis de certitudes absolues sur le sujet, ils blessaient plus ou moins inconsciemment mais toujours gravement les palestiniens chrétiens ou musulmans, les israéliens par des considérations surtout marquées au coin par leur bêtise affichée sans complexes, légitimée par un pseudo-mysticisme ou la présence de ceux les prononçant sur la terre même des Écritures.

     

    A chaque fois ou presque, cela provoquait des violences, psychologiques et physiques, qui pouvaient être des plus graves. J'ai même en mémoire l'une d'elles qui a conduit à la mort d'une enfant du fait de l'entêtement sans fondement d'un de ces idiots criminels sans même s'en rendre compte alors que la guérison de cette petite aurait pu être un signe d'espoir éclatant.

     

    Des membres du « Chemin néo catéchunénal », « nouvelle communauté » chrétienne vivant selon des règles de vie à la limite du sectarisme comme la plupart des « nouvelles communautés », avaient par exemple décidé de traverser toute la Vieille Ville musulmane et chrétienne en chantant des psaumes hébreux à pleins poumons dont certains sont devenus des chants nationalistes israéliens chantés par les soldats de Tsahal quand ceux-ci sont entrés dans Jérusalem Est en 1967, ou quand ils ont envahi la Cisjordanie.

     

    C'est un peu comme si l'on demandait en quelque sorte à un alsacien d'écouter sans émotions quelqu'un chanter « Deutschland überlalles » à côté de lui sans réagir....

     

    Des touristes religieux du même acabit, ce sont souvent des charismatiques, avaient fait un grand cercle à Jéricho, se donnant la main, se laissant aller à une sur-affectivité mièvre que j'ai personnellement en horreur quand il s'agit de foi, et ceci juste devant une « colonie » israélienne, ce qui avait été pris comme une provocation par les palestiniens, ce qui avait provoqué des émeutes en ville après le départ protégé par l'armée des imbéciles à l'origine de cette poussée de haine qui ne comprirent s ans doute jamais les conséquences de leurs bons sentiments complaisamment étalés.

     

    Je me souviens aussi de la présence de la « Communauté des Béatitudes » à Bethléem non loin de la fausse « Tombe de Rachel », tenant la véracité de ce lieu comme absolue, ne comprenant pas le mal que cela causait à suivre aveuglément les promoteurs de ce lieu historiquement totalement faux.

     

    La sottise de ces gens les poussaient généralement à soutenir une politique israélienne très agressive et à considérer les palestiniens comme des intrus en Terre Sainte, des « immigrés » tout juste bon à servir de manœuvres ou de maçons, à avoir une peur bleue et injustifiée de s'aventurer dans les « Territoires », tout surpris quand ils y parvenaient enfin, surmontant leur préjugés, que personne ne leur tranche la gorge.

     

     A leur décharge, la sottise de certains européens côté palestinien, refusant absolument tout échange, toute possibilité de dialogues avec les israéliens était tout autant problématique. Beaucoup d'occidentaux considéraient la Palestine comme un terrain de jeux politique et spirituel, une sorte d'immense possibilité de jouer aux « gendarmes et aux voleurs » sans remettre en question son propre confort matériel ni intellectuel, et une occasion de se mettre en avant, et de trouver une forme de reconnaissance longtemps recherchée en France, mais jamais atteinte, en jouant les sauveurs des palestiniens.

     

    Je me souviens de deux d'entre eux, tous deux comme d'autres, en tenue fantaisiste, et à leur idée, selon leurs fantasmes, de « fiers nomades du désert », que j'accompagnai avec un autre coopérant dans la « Vieille Ville », nous étions devenus en somme des « fixers » pour les occidentaux désirant un « cicerone », nous sortant au bout de quelques instants, et ce malgré leurs discours grandiloquents sur la fraternité et leur « citoyenneté du monde » le refrain sur « le bruit et l'odeur » des quartiers arabes, et leur inconfort de petits occidentaux sur-nourris et confits dans leurs certitudes arrogantes à supporter cela.

     

    A Jérusalem, point de songe mystique pour moi, point d'apparition divine pendant mes nuits, je faisais par contre souvent le même rêve, la « Via Dolorosa », qui était ma rue remontait jusqu'à celle que j'habitais en France, qui était alors toute proche de celles où habitaient mes amis les plus chers.

     

    Dans mon sommeil, j'étais un peu surpris mais trouvait cela très pratique au fond. Je l'interprète du fait que mes proches, ma famille, mes amis, mes amours aussi, ont toujours été avec moi en cœur ou en esprit, je partais avec tous ces sentiments d'affection filiale, fraternelle, et aussi amicale, qui ne m'ont jamais quittés une seconde. Mes amis, mes parents, mon frère, mes sœurs, mes amours ne m'ont jamais quitté une seconde

     

    jérusalem, palestine, israèl, société, journal en terre sainteD'où la joie que j'ai pu ressentir quand j'ai pu partager mon bonheur d'avoir enfin trouvé ma « terre sainte » sur place, partageant tout cela, malgré la violence et la haine toujours fortement prégnantes. La légèreté et la futilité superficielles aux yeux des cuistres et des personnes atteintes du « syndrome de Jérusalem » deviennent alors une obligation pour montrer que force reste à la vie, à l'humanité, qui se traduisait là-bas par un sens de l'accueil toujours remarquable et des attentions aux autres toujours d'une grande délicatesse pour peu que l'on sache les accueillir.

     

    A « Sainte Anne - Salahyeh » où j'habitais, il m'arrivait souvent de sortir le soir dans les ruines de la piscine antique de Bethesda et de contempler, appuyé sur un reste de mur byzantin, les étoiles innombrables au dessus de la ville, dans le ciel clair. De par la topographie des lieux, l'esprit s'en exhalant aussi, derrière la ligne d'horizon, derrière la courbure de la terre, j'avais vraiment le sentiment profond que le monde entier était juste là derrière et orgueilleusement, ou romantiquement, je ne sais pas, je voyais vraiment Jérusalem au centre non pas de tout l'univers mais de mon monde intérieur.

     

    Je n'entendais plus alors les bruits incessants de la ville : les plaintes douloureuses et nostalgiques des « muezzins », les sirènes de police des policiers israéliens, les chants des croyants au loin, les cloches de la paroisse franciscaine. L'air était empli des parfums des épices, des herbes aromatiques, du café à la cardamone, des agrumes, des oliviers millénaires, selon la légende, du jardin de Gethsémani, lieu qui n'était qu'à cinquante mètres de chez moi. Lors des tentations de me laisser aller au cafard, aux lamentations, il me suffisait pour me ressaisir de faire quelques pas dehors et goûter la douceur paradoxale de l'air,  douceur qui était une idée du bonheur.

     

    Car cette Terre dite Sainte contre toute attente est aussi et surtout une terre très charnelle, les collines de Judée ayant des formes de corps féminins languissamment étendus, en sensualité, sensualité niée par tout les fanatiques, sensualité nous rapprochant de notre humanité car elle incitait à aimer la beauté des choses et des êtres. C'était, il faut dire, une sensualité d'avant le péché originel, sans aucune perversité, une idée de la Vie en somme....


    image du haut, personnes atteintes du syndrome de Jérusalem prise ici

    image du bas, paysage de Judée, image prise ici

  • Mon journal de Jérusalem "work in progress" mis à jour

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    Mon journal de Jérusalem, de 1998 à 2000

    mis à jour...

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  • Fragments d'un journal en Palestine – 8

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    Novembre 1998 – Août 2000 : Mes montées au Saint Sépulcre

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlPendant les deux ans où j'ai vécu à Jérusalem, je suis très souvent passé devant le Saint Sépulcre, pour aller côté Ouest, ou simplement pour faire des courses ou rendre visite à des amis, mais je ne l'ai réellement visité que quelques semaines après mon arrivée.

     

    Et pour visiter cette église la première fois, il convient de le faire à son ouverture vers 6h du matin quand l'homme responsable des clés du saint lieu, de la même famille depuis le XIIème siècle, prenne une petite échelle pour escalader le mur de la basilique.

     

    Cette famille est musulmane, cette tâche lui a été confiée par le sultan face à la discorde des chrétiens ne sachant pas décider qui parmi eux aurait le droit d'ouvrir l'église. Pour se réveiller tôt, le premier appel à la prière du muezzin de la journée suffit amplement, celui-ci étant largement amplifié pour être entendu des « infidèles » en perdition, malgré l'interdiction du Coran.

     

    A l'entrée, on est frappé par les croix mises de côté au début de la journée, toutes à louer pour les pèlerins et touristes, par les vendeurs de colifichets religieux ou réputés tels : chapelets en plastique, images pieuses souvent marquées par beaucoup de « kitsch ».

     

    C'est un festival de Christs aux joues roses, de vierges à la bouche mutine, d'enfants Jésus rondelets et potelés, de dorures surchargées, d'images pieuses dégoulinantes de tons sucrés et pastel.

     

    C'est là que débute le scandale apparent du Saint Sépulcre, qui est marqué par la division, les affrontements picrocholins et l'incapacité des chrétiens à s'entendre sur l'emplacement exact du tombeau vide qui archéologiquement serait plutôt situé dans la crypte de Sainte Hélène.

     

    Il y autant de tombeaux vides certifiés exacts et réels qu'il y a d'églises chrétiennes, du catholique à l'orthodoxe en passant par l'arménien ou l'éthiopien. L'entrée est toujours gratuite mais il n'est pas rare qu'un ecclésiastique ou un religieux demande une obole, parfois conséquente, pour un cierge ou deux à la sortie. L'on croise des vieilles femmes affolées, qui embrassent tous les piliers du lieu saint, des essaims d'illuminés qui ont des visions mystiques derrière chacun de ces piliers, toute une « Cour des Miracles », l'humanité dans toute sa pauvreté.

     

    Et l'on comprend d'ailleurs que l'on fait soi-même partie de cette humanité là, que l'on n'est pas au-dessus, ni d'ailleurs en-dessous mais aussi pauvre.

     

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlToute cette discorde, toute cette médiocrité étalée choque, mais elle est à relier à l'Incarnation du Christ, qui ne l'a jamais méprisée en ayant adopté la condition hormis le péché. J'avais été prévenu par ce que j'avais appris au catéchisme, fait par ma mère, qui connaissait par l'entremise de ses parents cette désunion scandaleuse, scandale qui en rappelait un autre, celui de la Croix, symbole totalement absurde si l'on y réfléchit bien, car c'est un symbole de cuisante défaite.

     

    Toutes les confessions chrétiennes essaient de gagner de l'espace sur le voisin de manière très souvent des plus mesquines :

     

    Par exemple, cela commence en plantant un clou. Si le clou n'est pas arraché après quelques semaines, on laisse dessus une peinture ou une tenture. Si la tenture et la peinture ne sont pas enlevées on rajoute un tapis au sol, choisi le plus long et le plus large possible.

     

    Et progressivement, on fait comme si le tout avait toujours été là.

     

    Les israéliens jouaient sur ces disputes âpres pour asseoir leur influence sur ce côté de la ville et que la manne touristique leur profite un petit peu plus, ou pour prendre un peu plus d'autorité sur les chrétiens palestiniens sous prétexte d'arbitrage. Il s'agissait aussi de mettre des bâtons dans les roues au patriarche catholique, palestinien à l'époque, Michel Sabbah ou au Vatican pour qui Jérusalem est une ville de statut international et non la capitale israélienne ou palestinienne.

     

    Lors de nos visites du côté occidental, nous avons souvent remarqué que les deux emplacements touristiques mis en valeur par les agences de tourismes israéliennes sont le « Mur » et le « Dôme du Rocher ».

     

    Les touristes y défilent par grappes, s'extasiant en chœur derrière leurs appareils photos, poussant des « oh » et des « ah » au moment où leur guide le leur intime.

     

    J'ai toujours été surpris de constater à quel point ceux-ci aiment regarder leurs découvertes à travers un écran et non directement.

     

    La plupart sont surpris de trouver autour du monument des magasins chrétiens, et une ville arabe, comme ils sont étonnés d'apprendre l'existence d'autres églises chrétiennes, parfois toutes aussi catholiques que l'Église romain, voire depuis plus longtemps qu'elle.

     

    La présence de ces magasins rassure car cela suppose aux yeux des naïfs qu'ils seront moins roublards que les autres marchands, moins enclins à la négociation plus ou moins farcesque, mais autant le dire, ils le sont tout autant que les autres négociants, en majorité musulmans, de la « Via Dolorosa ».

     

    L'auteur de ces lignes s'est fait prendre au piège quand il a voulu acheter un narghileh, cela ne s'est pas reproduit ensuite, mais la première fois resta mémorable.

     

    Le marchand a commencé sa mise à prix à 2000 shequels, soient 450 euros, ayant bien vu qu'il était tombé sur une « bonne poire » à savoir moi-même.

     

    La « bonne poire » a négocié et fait descendre le prix jusqu'à 250 shequels, 35 Euros, le marchand jouant sur la corde sensible, prétendant lui faire un prix à cause de sa nationalité amenant le « pigeon » que j'étais à croire qu'il s'était conduit en redoutable négociateur alors que le prix réel de l'objet acheté était de 25 shequels tout au plus, raison pour laquelle lorsque j'ai appris quelques rudiments d'arabe dialectal j'ai commencé par les chiffres et les expressions à connaître pour discuter les prix avec un peu plus d'habileté.

     

    Au début nous pensions qu'il n'y avait guère que dans un magasin ou deux du quartier moderne, ou dans le quartier chrétien, que nous pouvions faire l'emplette d'alcools divers et variés, pour nous apercevoir assez rapidement un peu plus tard que tous les marchands en vendaient à condition de savoir comment le demander, tout comme il suffisait dans certains restaurants de demander un « Coca supérieur » ou « royal » pour obtenir une bière ou un whisky, dans un gobelet en carton pour rester discret.

     

    La première fois que j'essayai d'acheter de « l'Arak », l'anisette locale, dans un de ces commerces, le propriétaire des lieux qui avait d'autres clients jura ses grands dieux qu'il était un bon musulman, que jamais il ne vendrait d'alcool à un chrétien encore en plus.

     

    Dépité face à ses dénégations bruyantes et surjouées pourtant, j'esquissai une sortie quand celui-ci me rattrapa, me soufflant à l'oreille qu'il fallait entendre que les deux autres clients très religieux sortent, me demandant ensuite combien de litres je désirai.

     

    Je mesurais d'ailleurs plus tard mon intégration au quartier aux prix que l'on me demandait dans les magasins.

     

    Au bout d'un an j'ai eu le droit aux « vrais » prix à charge pour moi d'amener les amis de passage chez les marchands. Selon l'attitude de ces amis, selon leur vœu de se débrouiller ou non, vœu parfois bien dangereux, je laissais le commerçant faire ce qu'il voulait ou appliquer les tarifs « locaux » pour « local people » selon la spécification de la police israélienne concernant les palestiniens.

     

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlL'une de mes visiteuses décida que j'étais un affreux macho souhaitant prendre l'ascendant sur elle devant les marchands et prit sur elle d'entrer sans moi, l'un d'eux qui prenait le frais me consultant du regard, je levais les bras au ciel, il comprit qu'il avait le champ libre et les suivants.

     

    Elle sortit de la première échoppe avec un keffieh acheté 85 dollars, en valant un, de la deuxième avec un tapis de prières à 250 shequels, en coûtant au bas mot 25 et de la troisième avec un châle à deux dollars lui en ayant coûté 150.

     

    Je ne lui objectai rien lorsque très fière, elle affirma qu'elle savait donc très bien se débrouiller sans l'aide d'un chaperon un rien phallocrate.

     

    Notons que dans le quartier juif de la Vieille Ville, si les prix étaient toujours inscrits sur les objets, les prix pratiqués étaient ceux donnés au départ d'une négociation et dans ces magasins inutile de chercher à les discuter.

     

    Ce qui les frappe le plus au Saint Sépulcre, ce n'est pas le Tombeau vide ou les styles d'architecture qui se superposent de façon des plus hétéroclites, c'est la « pierre dite de la Déposition » à l'entrée qui exsuderait selon les évènements de l'huile sacrée, pierre déjà remplacée plusieurs fois depuis la construction du Saint Sépulcre et du royaume latin d'Orient.

     

    Le « spectaculaire » a envahi également l'endroit.

     

    Ce que je préférais au Saint Sépulcre était le petit « village » éthiopien sur le toit de la basilique, reconstitué là car les éthiopiens, une des plus vieilles chrétientés avec les coptes, étaient trop pauvres pour avoir le droit d'être à l'intérieur du bâtiment comme d'autres.

     

    Ces chrétiens étaient au plus proche des pauvres, sans ressentir la nécessité pour cela d'en parler sans cesse, pour eux cela coulait de source.

     

    Quand j'avais la tentation de céder à la mélancolie, j'allais faire un tour dans cette « cour des miracles » que j'avais appris à aimer malgré le spectacle lamentable qu'elle pouvait offrir.

    image du haut prise ici sur le site du Figaro

    image du centre prise sur ce site

    image des croix empruntée là

  • Samedi Saint

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    feu-sacre-au-saint-sepulcre-de-jerusalem.jpgD'aucuns parmi les chrétiens évoquent beaucoup de théories, de concepts, s'agitent tant et bien et oublient que l'essentiel est dans la radicalité évangélique, illustrée par le "chemin de Lumière" de la "Via Dolorosa" ci-contre, le samedi de Pâques que les chrétiens palestiniens appellent "Samedi de la Lumière". 

    Les chrétiens d'Orient vivent cette radicalité, ceux d'Occident les ignorent pourtant la majeure partie du temps, par ignorance et par arrogance. Alors qu'ils montrent encore la voie à suivre, à vivre, loin des discours sur "l'écologie humaine", par exemple, (je trouve la vocable en soi assez malheureux c'est le moins que l'on puisse dire).

    Et pourtant, coincés qu'ils sont entre la marteau et l'enclume ils auraient des excuses pour sombrer dans le misérabilisme et les déclamations alarmistes. Je n'ai jamais retrouvé la ferveur sans affectation de ces chrétiens de Jérusalem et de Palestine en France. 

    Les chrétiens de France préfèrent passer leur temps à excuser leur indifférence, leur incapacité à réfléchir aux causes profondes de la crise  de Sens que nous vivons, à savoir la société libérale libertaire et l'hyper-libéralisme en intellectualisant, en oubliant de vivre la foi un petit peu au moins...

  • Fragments d'un journal en Palestine – 6

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    Juillet 2000 : l'angoisse de la routine

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgieEn Juillet 2000, nous étions partis depuis bientôt deux ans, nos deux ans de contrat, et l'angoisse du retour, du retour de nos routines se fit plus pesante. D'aucuns parmi nous pour se rassurer savaient qu'en rentrant ils termineraient qui un cursus universitaire, qui un parcours professionnel, et retrouverait un cocon plus ou moins douillet. Afin de retarder au maximum ces retrouvailles, la plupart choisissait le « chemin des écoliers » pour rentrer, préférant le bateau et de multiples escales.

     

    Quand je suis rentré, j'ai choisi quant à moi l'avion pour rentrer d'un coup, avaler le calice rapidement.

     

    Pour moi il était très difficile de songer ne serait-ce qu'un peu à cette routine sans angoisse en ayant devant moi chaque jour la munificence du « Dôme du Rocher », la sensualité des paysages du Jourdain par la fenêtre et en ressentant à chaque instant la douceur du climat et l'accueil généreux des habitants.

     

    Pour les gens du quartier, j'étais devenu un des leurs, y compris pour les petits voleurs de touristes hollandais, que la police israélienne laissait faire afin d'entretenir l'impression d'insécurité perpétuelle dans la « Vieille Ville » et affirmer de temps à autres leur présence en procédant à des arrestations spectaculaires et violentes de délinquants qu'ils laissaient courir le reste du temps.

     

    Un soir où des pèlerins français assistaient à la messe à la basilique Sainte Anne, messe présidée par un jeune évêque parisien, un de ces ecclésiastiques se situant pudiquement et exclusivement comme il le dit lui-même sur le plan spirituel, laissant de côté la réalité de ce qu'il voyait autour de lui, préférant rêver d'un Jérusalem idéalisé, peuplé seulement de purs esprits, et non cette ville où la plus grande pauvreté côtoyait la richesse la plus insolente, richesse justifiée le plus souvent hypocritement par des traditions qui ne justifient absolument rien, je compris à quel point je m'étais intégré au quartier.

     

    Un des pèlerins m'apostropha dans un anglais très hésitant :

     

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgie« You ! Canne You openeune Ze doure plize » dit-il non sans une certaine fébrilité, et quelques gouttes de sueur perlant sur son front, car il avait certainement lu et entendu les recommandations concernant la dangerosité supposée de la Vieille Ville.

     

    Quand je m'exécutai, lui et son épouse n'osèrent cependant pas sortir, il y avait l'agitation habituelle de la rue palestinienne dehors, des terroristes le couteau entre les dents à tous les coins de rue c'est certain. Il suggéra à sa femme d'attendre leur taxi à l'intérieur, ce qu'il me signala :

     

    « Oui ouile ouaitine ze taxi ine zi housse ».

     

    Je leur répondis en anglais, en rajoutant dans l'accent marqué que cela ne posait pas de problèmes.

     

    Ils me remercièrent en chœur, rassurés :

     

    « Sanque iou sœur ».

     

    Leur taxi, israélien, nous le comprîmes après le coup de fil qu'ils passèrent à la loge de Sainte Anne, ne voulait pas venir dans la Vieille Ville, ne voulait pas s'aventurer dans un quartier si mal famé à ses yeux.

     

    Le pauvre homme et son épouse étaient désespérés, se voyant déjà vendus au marché aux esclaves sur la Côte Barbaresque quand je répondis à leur anglais chaotique en français, un des Pères Blancs présent appelant rapidement un taxi arabe qui vint les cueillir juste à la sortie et qui les ramena à bon port..

     

    Ce n'était pas les seuls à être aussi terrifiés dans la Vieille Ville. Nous avions croisé des israéliennes un soir de rupture de jeûne de Ramadan qui passant tout près des murailles et entendant des bruits de pétards éclatant crurent la guerre faire rage. Nous eûmes toutes les peines du monde à les convaincre de ne pas appeler la police et l'armée, que c'était juste des gosses musulmans fêtant la rupture du jeûne.

     

    L'une d'elles nous dit, elle ne portait aucun signe distinctif, qu'ils allaient les reconnaître comme juives et les tuer. Nous essayâmes de leur faire comprendre que cela n'était pas inscrit sur leurs fronts, et que rien n'arriverait, ce fût peine perdue.

     

    Ces personnes subissant la plus grande pauvreté matérielle dans Jérusalem étaient capable par contre d'une générosité d'accueil plus extraordinaire que celui de bien des communautés religieuse confites dans leurs habitudes mortifères.

     

    Ainsi, je me souviens de ce petit boulanger qui tint à m'offrir le café, me fit visiter son logis ou ce qu'il appelait logis. Je profitais de la seule chaise valable de l'endroit, pendant que lui s'asseyait sur une caisse ayant contenu des sacs de farine. Comme je buvais son café en grignotant un des « knaffeh » qu'il m'offrit, je pus constater qu'il dormait sur un galetas immonde, poussiéreux et mangé aux animaux parasites. Il n'avait aucune amertume, il aurait bien voulu vivre confortablement mais « Inch Allah, Bukra, Maalesh ».

     

    En deux ans, je n'ai jamais eu de moment réellement de cafard. Il me suffisait de sortir la nuit au cœur des ruines de la piscine de Bethesda près desquelles j'habitais, et de rêver en regardant la voûte céleste, le ciel clair et les milliers d'étoiles, j'avais comme le sentiment que le monde entier était tout proche dans toutes les directions, que mes amis, que la France n'étaient pas si éloignés.

     

    Je faisais régulièrement le rêve suivant : au bout de la Via Dolorosa juste en bas de chez moi, juste après un petit minaret commençait la rue que j'habitais en France, qui aboutissait étrangement sur toutes les rues de ma vie

     

    Bien souvent, les personnes n'ayant pas vécu cette expérience de l'expatriation se demandent bien comment l'on peut tenir le coup du fait de l'absence de repères stables, d'une situation locale explosive, sans routines en somme. On peut d'ailleurs retrouver une routine très pesante à l'autre bout du monde. L'habitude ce n'est pas seulement dans nos pays.

     

    L'habitude peut être exotique.

     

    La réponse est assez simple, la plupart des personnes qui partent sont bien souvent inadaptés à la vie moderne, au désir de performance roi, à la loi de l'argent le plus fort, se lassent vite d'une vie apparemment bien équilibrée, voire un peu trop. Il est évident qu'ils fuient toujours quelque chose par peur de s'y confronter, cherchant dans l'extraordinaire une réponse à des questions tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

     

    Ces questions, on pense d'ailleurs les avoir laissées en route, mais on les retrouvera au retour, aussi pesantes, voire plus, aussi douloureuses, provoquant les mêmes blessures.

     

    Les personnes qui partent, ou qui ont ce désir, ne sont pas pour autant des paumés, ou des dépressifs, mais la banalité qui a aussi ses charmes, n'est pas pour eux. Ils ont d'autres désirs, des désirs souvent d'absolu, un absolu qui au Proche Orient s'incarne dans les paysages désertiques, que ce soit celui du Negev ou du Jourdain, ou celui liquide de la Mer Rouge.

     

    Il ne s'agit pas de mépriser pour autant le quotidien, le banal, l'habituel pour autant, ce n'est simplement que ce n'est pas pour eux aussi. C'est aussi s'habituer à tout qui rend la vie insupportable, qui aliène, lorsque l'on a abdiqué face à de multiples petits compromis, tout petits mais suffisants pour se laisser vaincre et renoncer à vivre vraiment.

     

    Un ami qui était parti depuis un an de la « Ville Sainte », mais qui revenait nous voir de temps à autre, un jeune prêtre d'origine colombienne me proposa pour calmer l'angoisse un week-end à la plage à Tel Aviv, avec une visite souvenir des cafés en front de mer pour tenter de comparer une dernière fois les vertus des bières israéliennes comparées aux palestiniennes.

     

    Cet ami, ancien étudiant à l'École Biblique, se promenait là-bas sans aucune vergogne nanti d'un « keffieh » autour du coup, mais son aplomb hors-normes aplatissait curieusement toutes les velléités de violence des personnes croisées, qui lui pardonnaient ce détail vestimentaire.

     

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgieA l'aéroport, il paya son insolence (là-bas constater simplement des faits était considéré comme insolent ou transgressif) et son irrespect total des règles absurdes par huit heures de fouille, un ordinateur mis en pièces, avec une thèse, fruit d'un travail de longue haleine irrémédiablement perdue, et deux heures dans une cellule, qui furent pour lui les deux heures les plus lentes de son existence, et surtout son refus des compromis grotesques, en vigueur à Jérusalem parmi nombre de chrétiens expatriés qui ne voulaient surtout pas voir le réel, que cela avait également choqué, à commencer par les membres de la plupart des communautés charismatiques qui allaient jusqu'à emboîter le pas à des fous en pleine sublimation de leurs frustrations, ayant des visions compensant la grisaille de leurs existences mornes.

     

    Je le remercie encore de m'avoir donné quelques bonnes adresses à Jaffa, Jérusalem, Haïfa, non loin du temple des pacifiques « Bahai », tenants d'une secte farfelue mais sans haine dans ses comportements, ou Tel Aviv sur le front de mer, où les jolies filles ne manquaient pas (dans son cas, il m'affirmait que l'on peut admirer la création divine, dont font partie les jolies filles, qui sont comme des fleurs que l'on n'a pas forcément besoin de cueillir, mais aussi à Ramallah, où il m'indiqua une fumerie de narghileh en haut d'une tour de béton, Jénine, où nous mangeâmes un vrai « mezze » palestinien, Naplouse, nous dégustâmes des « mixed grill » près d'une fabrique de savon ou Gaza, nous bûmes du café dit « turc » affalé comme des sultans de l'ancienne Bagdad sur des coussins aux couleurs vives.

     

    Il trouvait ça normal, cherchant à ce que « rien de ce qui est humain ne lui demeure étranger », n'y voyant pas de contradiction avec son sacerdoce dont il respectait scrupuleusement toutes les exigences morales. Il n'y a pas besoin « d'avoir l'air » de quelque chose pour l'être vraiment, ou pas.

    Temple des BaHa'is pris ici

    "Star et Bucks café" de Ramallah pris ici

    Marché aux puces de Jaffa emprunté à ce site

  • Fragments d'un journal en Palestine – 2

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    Mars – Avril 1999 : Prendre conscience des risques d'engagements trop radicaux

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    S'engager pour dénoncer une injustice de loin, bien au chaud derrière un écran, un bureau, ou sur une estrade pendant une conférence politique, tout le monde en est capable.


    C'est facile.


    En France, concernant la cause palestinienne, beaucoup sombre dans cette facilité, avec parfois comme alibi un ou deux juifs anti-sionistes, voire un palestinien invité, qui est souvent là dans le rôle du « bon sauvage » protégé par tous ces gentils occidentaux tellement au fait de ses souffrances qui ne devraient justifier aucune haine fût-ce pour jouer au "Robin des bois" politique.


    Là-bas, en Palestine et Israël, c'est beaucoup plus délicat, car sur place manifester un engagement c'est aussi risquer de déchainer la violence dans l'un ou l'autre camp, contre l'un ou l'autre camp, et ce parfois avec les meilleures intentions du monde. Pour nous qui vivons depuis quelques mois déjà à Jérusalem, nous percevons le danger de ces comportements et en observons les conséquences quotidiennement, des conséquences pouvant être dramatiques.


    Ainsi en Mars, j'accompagne dans la Vieille Ville de Jérusalem, leur servant de « fixer » en somme des étudiants de l'université de Tel Aviv, français, qui ne connaissent pas du tout le côté palestinien. Pour eux, la Vieille Ville appartient pleinement à Israël et cela ne saurait être remis en question.


    Deux parmi eux décident de se promener dans les rues du quartier palestinien coiffés d'une « kippa » noire qui est la coiffure signifiant des options religieuses intégristes et nationalistes radicales pour les juifs qui la portent, signification connue des palestiniens qui la voit comme une provocation, et un signe de haine, ce que ce n'est certes pas pour ces étudiants qui n'en ont pas conscience par ignorance...


    Ce signe de haine provoque incidemment des réactions de haine.


    Les regards des habitants du quartier sont durs et tendus, la tension est palpable, et les policiers israéliens finissent par bloquer l'entrée des « portes » de ce quartier de la Vieille Ville, pour que les cinq jeunes étudiants puissent repartir tranquillement, c'est du moins le prétexte.


    Un peu plus tard, nous recevons la visite à Jérusalem de volontaires qui vivent au cœur même des territoires et qui ne connaissent pas grand chose des israéliens. Ces volontaires ont une liberté de circulation plus facile que les palestiniens avec qui ils vivent et travaillent du fait de leur statut et aussi de leur plaque d'immatriculation consulaire qui leur évite de subir trop longtemps les questions des flics tatillons aux « check point ».


    Selon eux, tout Jérusalem appartient aux palestiniens.


    La visite commence par « Meah Shearim », le quartier des juifs religieux, dits « orthodoxes », de Jérusalem, que ces volontaires décident de visiter leur « keffieh » palestinien au coup et bien en évidence, sans volonté de provocation eux non plus. Rappelons que le « keffieh », devenu entre temps un accessoire de mode en France, est un signe fort, très fort, qui signifie clairement que l'on est partisan de l'éradication d'Israël, rappelons également que les juifs religieux que nous croisons sont loin d'être tous hyper-nationalistes, le pan-sionisme étant considéré par eux comme un blasphème.


    Pourtant, que croyez vous que le fait d'arborer ce qui est aux yeux des personnes croisées un signe de haine à leur encontre provoque comme réactions ?


    Dans les deux cas évoqués, le résultat est le même et ne fait pas progresser la paix entre ces deux peuples d'un iota. A moins que l'on ne veuille pas la paix et la concorde entre les peuples, il nous semblait déjà à l'époque qu'il était bon d'y réfléchir.


    Un soir d'avril dans un café de la rue Ben Yehouda, devant lequel un ou deux juifs intégristes prient sans cesse pour le salut des pauvres buveurs forcément pêcheurs, encore une fois nous avons décidé de nous obstiner à ne pas participer de la haine et de ne pas choisir entre les deux peuples, ce qui ne veut pas dire que nous ne prenions pas partie pour les faits ou nous ne pouivons ni ne devions les dénoncer.


    Été - Hiver 1999 : de la manière de replanter les oliviers et voyage à Gaza


    En Juin, à l'initiative d'un volontaire travaillant à Ramallah, nous participons à une action organisée par une ONG palestinienne chrétienne pour aller replanter des oliviers arrachés par des colons d'origine américaine, juifs ultra religieux, autour d'un village en Galilée.


    Arrivés sur place, les villageois qui nous ont rejoint et qui travaillent mieux que nous ne peuvent que constater une chose, nous ne sommes pas très doués !


    Mais nous savons que grâce à notre présence pendant le replantage, les arbres ne seront pas de nouveau arrachés.


    Cependant, cela nous permet de dialoguer abondamment et surtout d'entendre ce qu'ils ont à dire sur les colons directement sans passer par les filtre des militants occidentaux de telle ou telle association.


    Et le fait est que les palestiniens que nous rencontrons n'ont malgré leur colère légitime aucune haine pour les colons, malgré ce qu'ils leur ont fait subir, leur reprochant essentiellement deux choses : ne pas apprendre ne fût-ce que quelques mots d'arabe et ne pas chercher à communiquer avec eux un minimum, contrairement aux personnes des anciens « kibbutz » ainsi que le rappelle un vieux du village au visage parcheminé, mémoire du lieu.


    Deux d'entre nous, ainsi qu'un des palestiniens responsables de l'ONG qui nous emmène, veulent aller entendre les colons israéliens directement. Ils vont se poster juste devant les barbelés entourant la colonie, à cinquante mètres de l'entrée, deux portes en métal.


    Un des gardes dans son mirador, un gamin, les interpelle en hébreu, menaçant de faire feu s'ils continuent plus loin. Les deux volontaires affirment qu'ils veulent discuter avec un responsable.


    Ils attendront une demie-heure sans broncher, réitérant régulièrement leur demande, le fusil du gosse toujours nerveusement braqué sur eux. Deux militaires, qui « protègent » la colonie sortiront pour ne donner en réponse qu'une fin de non-recevoir à cette demande de dialogue. L'un d'eux ne comprend pas que des occidentaux comme nous viennent aider des palestiniens, pour lui « Israël » est le « porte-avion » de l'Occident et des américains au milieu des états arabes, doit être en lutte, ce qui lui semble absolument nécessaire pour garantir notre survie qu'il affirme menacée par les pays musulmans.


    Il est d'autant plus étonné de constater que parmi nous il y a deux israéliens...


    En octobre, notre responsable parisien nous rend visite à Jérusalem. Il souhaite aller à Gaza où nous nous rendons dans notre « Renault Express » brinquebalante et encore une fois retapée mais vaillante malgré des cliquètements parfois inquiétants sur la route. Nous partons à deux coopérants accompagnés de deux militants pro-palestinien français fraîchement arrivé qui se joignent à nous, déguisés en « fiers nomades du désert » ou ce qui s'en rapproche le plus à leurs yeux, le cou ceint d'un keffieh bien entendu.


    Notre plaque consulaire nous permet de ne rester que vingt petites minutes à attendre au passage d'Erez, poste-frontière israélien avant Gaza. Le militaire nous interroge rapidement, nos passeports sont tous scannés et vérifiés. Nous savons déjà que le simple fait d'aller à Gaza nous classe comme activistes pour « Tsahal ».


    Arrivés dans la ville, nous avons la surprise de voir se dégrader assez rapidement le comportement des deux militants partis avec nous, qui, ne respectant pas les lieux, se promènent partout dans l'aéroport flambant neuf et quasiment inutilisé, ouvrant les portes sans demander l'autorisation, allant dans la salle des bagages interdite au public, traitant le personnel présent en « boys », le tout, quand nous leur demandons d'être juste un peu plus décents, au nom de leur engagement antisioniste qui permettait à leurs yeux ce comportement.


    Au retour, les contrôles d'identité et du véhicule sont beaucoup plus longs, trois heures, trois heures pendant lesquels nous aurons beaucoup de mal à convaincre les deux militants sus-cités de ne pas provoquer, de ne pas répondre grossièrement aux questions du policier, ce qui reviendrait à lui donner une occasion de montrer combien ce qu'il fait est au fond indispensable, dont le passage d'un compteur Geiger sous la voiture pour vérifier que nous ne cachons pas d'uranium.


    Nous vivons en Israël-Palestine depuis presque un an, quand nous sommes arrivés, nous croyons tout savoir, dorénavant nous savons que nous ne comprenions rien car la situation est infiniment plus complexe.


    (bientôt la suite)

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  • Peut-on rentrer dans le rang quand on a atteint des sommets ?

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    Article sur Agoravox également

    Je vais encore parler de moi et de mon expérience en Terre Sainte, mais pas que, car je crois que ce que je vais décrire est caractéristique de la France, ce beau pays, (c'est sincère ce n'est qu'à moitié ironique). Cet article donnera peut-être sa légitimité au titre de ce blog.

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    Quand nous étions là-bas, nous étions enfin enfin nous-mêmes et reconnus pour ce que nous sommes vraiment, à savoir nous n'étions plus le petit gros, le grand mince, le type efféminé, voire le pédé de service, la séductrice, la vieille fille, la grande asperge, la petite souris, le barbu et j'en passe, nous étions libres. Nous étions Marc, Anne-Marie, Alain, Cyprien, Lucie, Mélanie, Cécile, Jean-Charles, Florence, Christophe, Michel, Éric, Alexis, Stéphane, Catherine, Odile, Florence, Amaury. Nous n'étions pas celle ou celui qui a un statut social enviable ou de l'argent. On nous acceptait tels que. Nous avons pris alors des mauvaises habitudes car nous avons cru que, rentrés en France, il en irait de même. Nous avions vu un peu trop grand. Mais nous étions persuadés qu'au moins nos deux ans passés en Terre Sainte avait fait évoluer l'opinion que les autres avaient de nous, et naïvement aussi bien qu'égocentriquement nous étions persuadés que le monde avait changé en même temps que nous.

    Pas du tout ! Naïfs que nous étions !

    La plupart des gens y sont obséquieux avec les puissants, les plus riches ou ceux qui sont mis en avant par le système, lèche-bottes et serviles avec tout ce qui représente une autorité, fût-elle grotesquement minuscule, et impitoyables avec ceux qu'ils considèrent comme plus faibles ou moins bien lotis qu'eux.

    Et c'était toujours largement le cas.

    On ne nous écoutait pas quand nous parlions de notre expérience, on regardait avec indulgence nos photos et souvenirs, mais toujours avec un brin d'impatience : « Oui bon, maintenant tu es rentré, hein ! ». « Faut rentrer dans le rang », disaient les autres, qui, s'ils ne le disaient pas n'en pensaient pas moins, c'était une pensée quasiment audible sans trop d'efforts. D'ailleurs peu de gens acceptaient que l'on parle de ce que nous avons vécu, ou en parlaient et d'aucuns même prétendaient mieux connaître les lieux, les personnes, les évènements, que nous avions traversés ou les problèmes auxquels nous avions été confrontés.

    Et c'est eux que l'on écoutait.

    Nous nous sommes aussi heurtés à tous les bons samaritains, les bons apôtres qui ne veulent que notre bien, c'est ce qu'ils disent, nous prodiguant leurs conseils que nous avons bien dû finir par écouter. Partir comme cela, ce n'était pas sage, c'était une fuite, et pour aller chercher quoi ? Peu comprennent vraiment, réellement, ce qu'apporte d'avoir vécu dans cette région du monde, sur cette terre dite sainte, que l'on est bien obligé de reconnaître comme fascinante, que l'on soit ou non croyant. De quoi donc avaient peur ces bons apôtres ? Que notre expérience nous donne un privilège quelconque ? Des droits supérieurs aux leurs ? Était-ce qu'ils étaient jaloux de ce que nous avions vécu ? J'essaye encore de saisir.

    Mais une chose était certaine, l'est toujours, nous étions des inadaptés, des instables, nous avions fui quelque chose d'inavouable c'est sûr, nous étions des inadaptés (en quoi l'adaptabilité maximum à la société, notre société, en l'occurrence des sottises sans pareil, le Fric et la manière de le consommer, est-elle une qualité ? C'est un mystère...). Certes, ce n'est pas tout à fait faux, nous fuyions sans problèmes la société hyper-matérialiste et égoïste qu'est devenue la société française, espérant trouver un peu plus d'élévation spirituelle et un peu d'air aussi, un peu d'humanité en plus. Nous nous sentions à l'étroit, étriqués, pressurés par la routine, mais pas seulement, par les préjugés, nous sommes redevenus des archétypes quand nous sommes rentrés, nous n'étions plus vraiment des personnes.

    Cela ne veut pas dire que l'on ne nous aimait pas ou que l'on nous aimait moins. Mais les personnages qu'on voulait nous faire jouer étaient tellement plus confortables. Et il est vrai que quelques uns nous aimaient simplement bien mal.

    Il en est parmi nous qui n'ont pas tenu très longtemps, qui ont fait semblant un petit peu, de se remettre sur les rails, de rentrer dans le rang, mais c'était intenable et ça l'est toujours. Il en est beaucoup qui sont vite repartis, au Proche Orient, voire pour l'un d'entre nous quelque part vers le Cap de Bonne Espérance. Je l'envie, mais pas tant que ça, car du fait du lien noué entre nous à Jérusalem, je suis un peu avec lui comme les autres qui ont partagé tant de choses. Nous faisons tous comme si les règles étaient importantes, alors qu'elle sont futiles. Nous sommes indociles et c'est ce qui gêne le plus. Ce n'est pas une révolte, nous voulons savoir pourquoi nous devrions adopter tel comportement plutôt qu'un autre, pourquoi nous devrions prêter allégeance à tel ou tel roitelet, tel ou tel petit notable, tel ou tel coq de basse-cour pour être enfin considérés. On remarquera en passant que le Net balance entre deux extrèmes, d'un côté des anonymes hargneux ou trolls, de l'autre le lèchage d'arrière-train semble devenir le sport à la mode, d'un pipeaule ou d'une "célébrité" instantanée du ouèbe.

    La question étant également de savoir s'il est bien indispensable d'être considérés et pris au sérieux par des médiocres ? Je n'en suis pas sûr. Il est aussi légitime d'être un tant soit peu reconnu.

    Il y a dans le livre de Greil Marcus, « Lipstick Traces », des considérations qui rejoignent ce que j'ai ressenti et ressent toujours. C'est quand il parle du « retour à la normale » de l'après-guerre, après 1945, quand les hommes et les femmes ont dû revenir à la routine, et que les pouvoirs les ont incités à reprendre leurs anciens rôles. Une guerre n'est jamais souhaitable, bien sûr, et il est dommage que l'être humain ait besoin de conditions très dures pour le comprendre, mais la fraternité induite par les privations, l'obligation pour les femmes de travailler en usine, avait créé une telle sensation de liberté que beaucoup ont eu du mal à revenir aux automatismes imposés avant le conflit. Cette fraternité était très dangereuse pour la dynamique de consommation de la société industrielle, elle le serait encore plus aujourd'hui, car finalement elle laissait entrevoir très clairement que consommer, acheter, avoir des rêves formatés, tout cela était et est toujours ridicule.

    D'aucuns n'y sont pas revenus du tout il est vrai. D'autres encore se sont tout simplement donnés encore un peu plus en devenant prêtres ou religieuses.

    Nous avons rencontré ces conditions très dures, un pays en guerre, une violence omniprésente, beaucoup de sottise exposée au grand jour, et cela hélas par de nombreux croyants des trois religions monothéistes. Nous n'étions pas très nombreux, nous étions une toute petite minorité, nous avons dû nous priver de certaines choses que nous aimions, de la présence de nos proches. Et nous avons rencontré pleinement cette « communion des saints » fraternelle, pour quelques uns parmi nous, encore un peu plus après une équipée au Sinaï tellement épique, à notre échelle, que nous ne pouvons plus tricher entre nous.

    israel_07.1189296000.ramon-cratere-xx-in-mizpe-ramon-.jpgNous n'étions pas, nous le sommes toujours pas, des illuminés, des fous exaltés cherchant à prêcher l'amour avec un peu trop de fébrilité. Nous avions les deux pieds solidement ancrés dans la terre, dans le réel, comprenant tous que ce qui est important c'est bien sûr soi-même mais aussi l'autre, ce qu'il peut apporter, ce qu'on peut lui apporter. Sans mièvrerie ni grands mots, apporter quelque chose, partager quelque chose ce peut être partager un bon vin, un thé à la menthe, un narghileh, voire même quand nous avions un tout petit peu la nostalgie du pays une entrecôte-frites qui devient sous d'autres cieux un délice exotique, tout comme des bons fromages, délices il est vrai quelque peu surréaliste dans une ville où les interdits alimentaires sont radicalement pris au pied de la lettre. Et qu'une spiritualité aussi haute soit-elle en apparences, et qui ne tient aucun compte de l'autre, ça sonne bien creux.

    Nous ne nous sommes pas mis à parler en langues inconnues, nous ne faisions aucune simagrée comme ces dévisseurs d'ampoules que l'on rencontre de plus en plus dans les paroisses rentrant en transes et balançant des sons sans suite, parfois inarticulés, et qui passent pour mystiques, quand ils prient. Que l'on ne se méprenne pas, nous ne méprisons ni ne rejetons le spirituel dans la foi, pas une seconde, surtout quand il amène à plus de charité et plus d'amour.

    L'esprit de Dieu il nous semblait qu'il était tout autour de nous, il nous suffisait de contempler le désert, et peut-être d'apprendre la modestie. L'Évangile, nous en étions peut-être plus éloignés que les petits enfants que nous croisions à tous les coins de rue, souvent pauvres, et toujours pleins de vie, et de joie, toutes choses perdues à cause de l'avidité à posséder tel ou tel gadget parfaitement inutile et ce dés le plus jeune âge. Nous en étions plus éloignés même que les petits voleurs de touristes (ce n'est pas bien, pas bien du tout) qui offraient le thé le soir à la tombée du soleil.

    Enfin, je pense savoir d'où nous vient cette prétendue inadaptation, cette incapacité à être docile. Nous avons connu là-bas la vraie liberté des "fils de la lumière" dont parle Fabrice Hadjaj, j'ai cette prétention, qui ne sont pas très doués pour la diplomatie mondaine mais vont à l'essentiel.

    Pour tout cela, je n'ai toujours pas envie de rentrer dans le rang...

    en photos, le Sinaï au crépuscule et le cratère de Mizpeh Ramon au Sud d'Israèl (nous y avons dormi deux nuits)

  • Échauffourée au Saint Sépulcre

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    photossam3008.jpgA Jérusalem au Saint Sépulcre, des orthodoxes de tradition byzantine ont agressé des arméniens qui eux-mêmes ont répliqué avec violence. C'est lamentable. C'est bien d'en parler pour constater la désunion entre chrétiens et ce qu'elle entraîne, et essayer d'y remédier mais pourquoi ne parle-t-on jamais, y compris dans nos églises, de toutes les fois où les chrétiens se font agresser, dépossèder de leurs terres, harceler parce qu'ils sont chrétiens ? Que ce soit en Israèl ? En Palestine ? Ou en Irak ? En Chine ? Mais, cela, à part quelques exceptions, tout le monde s'en fout, à commencer souvent dans les paroisses françaises où l'on préfère sortir de grands et beaux discours lénifiants sur l'accueil et l'étranger alors que l'on n'est même pas fichus de se soucier du frère ou de la soeur dans la Foi qui souffre. On ne parle jamais non plus du feu du cierge pascal à Jérusalem que l'on amène non seulement dans les églises mais aussi dans les mosquées ou de la fraternité réelle à Haïfa ou Jaffa.

    Cette bagarre est le résultat d'une exacerbation des tensions due à la politique touristique des israèliens qui aimeraient bien qu'on leur laisse les clés du Saint Sépulcre et y devenir arbitres des tensions religieuses ceci afin de mieux s'implanter dans la Vieille ville palestinienne. Or, les clés sont entre les mains d'une famille musulmane depuis le XIVème siècle, depuis que le sultan avait trouvé cette solution pour éviter que les différentes églises de la région s'entre-déchirent (et puis ça lui permettait de se faire bien voir de ses sujets). Insister sur cette bagarre c'est aussi une manière de se déculpabiliser de l'indifférence dont souffre les chrétiens d'Orient : "pourquoi se soucier d'eux puisqu'ils se tapent dessus ?".

    Cette bagarre montre aussi que les chrétiens sont des êtres humains, et qu'ils sont aussi faillibles que les autres, leur foi leur permettant normalement de mieux comprendre leurs failles et essayer de ne pas y sombrer. Cela montre qu'il y a plusieurs maisons dans la maison du père et que ces chrétiens du Proche Orient, qui sont les chrétiens originels, sont oubliés par les croyants européens ou américains persuadés que l'Église s'est d'abord développée chez eux et a essaimé ensuite en Méditerranée. Cela devrait aussi rappeler aux chrétiens l'Incarnation du Christ (et non sa désincarnation, telle qu'on nous le présente souvent) et "l'Ecce homo" du jeudi avant Pâques, que le Christ était vraiment un homme, peut-être le seul être humain qui avait vraiment pleinement conscience de son humanité. J'aimais bien le Saint Sépulcre pour cela (j'ai vécu à dix minutes de l'endroit pendant deux ans), il montrait les faiblesses de l'Église de manière criante mais aussi la force de la foi chrétienne qui est de croire en un dieu fait homme.

  • La fraternité devrait aller de soi

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    14-jerusalem-vieille-ville-2-1dce6.jpgJ'ai habité à Jérusalem pendant deux ans dans la partie orientale de la ville au coeur du quartier musulman. Là, comme dans tous les autres quartiers il y avait une maison financée par tous les habitants afin que les sans-abris et les nécessiteux aient au moins un toit et de quoi manger. La question de l'utilité de cette maison ne se posait même pas, elle allait de soi. Ce n'était même pas une question de moyens, mais de société ; le revenu moyen par habitant dans la partie est de la ville est de 200 Euros par mois. Certes, on me dira, "c'est une autre culture".Tout n'était pas parfait, il y avait la violence, la sottise, l'ignorance, en particulier des occidentaux en visite ou habitant sur place.

    Pourquoi cela ne fait-il plus partie de la nôtre ? Nous, nous aimons les beaux sermons qui amènent la larme à l'oeil en parlant des pauvres, les discours vengeurs, les belles idées qui font plaisir entre la poire et le fromage et gonflent d'orgueil sur soi. Et puis ensuite on a de l'altérité une conception gadget, c'est en plus, en sus, alors que ce devrait être fondamental. Il y a déjà quelques temps, des commentateurs se disant de gôche, qui ne comprenaient pas vraisemblablement la contradiction entre leurs opinions et leurs commentaires, ont raillé le fait que je parle de la destruction du lien social, montrant là leur égoïsme fondamental et leurs limites. Je passe pour un farfelu depuis longtemps, un doux rêveur irréaliste, un "artiste" comme on dit pudiquement. Mais qui était le plus irréaliste et le plus irresponsable ? Le "trader" qui joue et perd en bourse sans se soucier des conséquences, l'effondrement du marché, ou celui qui rêve d'un monde un rien meilleur ? Hélas, je ne pense que l'on écoutera plus les rêveurs.

    Maintenant, on y est, vu les temps que nous vivons, on a le choix de vivre en pensant aux autres ou en se rencognant dans sa coquille. C'est déjà la deuxième solution que beaucoup choisisse en achetant de l'or par exemple ou en faisant des pleins du 4X4 dés que le pétrole augmente. Et quand il n'y aura plus rien ? Il ne s'agit pas seulement de faire la charité mais aussi d'aller vraiment vers les autres. Nous savons ce qu'il y a à faire, pourquoi attendre encore ?