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guerre

  • Les ricanements et la grandeur des "poilus"

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    J'écris ce texte en souvenir d'une visite à Vimy...


    Bientôt nous commémorerons le centenaire du début de la Première Guerre Mondiale. Il est devenu malséant et assimilable aussitôt à du fascisme ou une nostalgie réactionnaire de simplement utiliser le mot de « Nation » ou d'évoquer l'histoire de France sans passer par une auto-flagellation obligatoire, tel Lorant Deùtsch aussitôt soupçonné des pires avanies par Gilles Verdez, historien (qui a un très beau « brushing » on peut lui concéder au moins cela) tout ce qu'il y a de plus consensuel au fond, ce qui conduisit à un esclandre qui est toujours bon pour l'audience dans l'émission dont je ne voudrais même pas ou entourer mes poissons « Touche pas à mon poste ».

     

    Il a été amusant de voir ensuite une célébration dithyrambique de Cyril Hanouna, « kloune » cynique de « l'infotainement » et ses séides par la presse de la « gôche kipense », a.k.a Bruno Roger Petit sur son blog en l’occurrence , le Zorro de « Boboland » (TM°) tellement de gôche que s'il ne se retenait il partagerait la moitié de son salaire avec des « pôvres », enfin des « pôvres » qui votent comme lui bien sûr !

     

    Lorsque les mêmes parlent des soldats de « la Grande Guerre » ils sont très vite dans le ricanement déplaisantr et la raillerie, le mépris social envers ces « poilus » qui sont allés combattre non pas paraveuglement et par soumission au pouvoir mais par devoir envers leur pays, ce qui pour eux voulait dire leur famille, leur quartier, leurs amis et tous les autres, et ce qui pour ces personnes allait de soi car ils avaient conscience que les droits dont ils jouissaient impliquaient des devoirs, qu'ils soient de droite ou de gauche, coyant en Dieu ou pas. Je songe ici à mon arrière grand-père catholique et d'« Action Française », celle d'avant la « Grande » Guerre, et à son ami instituteur qu'il respectait sans aucun questionnement, radical et de gauche, athée, qui combattirent tous deux ensemble pour les mêmes idéaux qu'ils savaient plus grands qu'eux et leurs divisions habituelles. Je me souviens aussi de cet arrière grand-père maternel mort quelque part en Sologne dans le bataillon d'Alain Fournier.

     

    99 ans après eux, après leur sacrifice qui fut excessivement lourd, et sanglant, les gosses qui ont l'âge que ces hommes avaient en 1914 préfèrent également se laisser aller à ricaner de leurs ascendants qui n'avaient même pas de « smartphone », feindre parfois de l'apprécier pour se fondre dans la masse, et n'iraient certainement pas défendre le pays, surtout pas pour d'autres personnes qu'eux. Comme leurs aînés perdus par l'égoïsme et l'avidité, ils préfèrent ne songer qu'à leur intérêt personnel et étriqué.

     

    Ce qui est d'ailleurs normal puisque personne n'a daigné leur transmettre autre chose, et surtout pas des valeurs ou des repères. Ils baignent dans un vague, très vague, humanitarisme « light » qui implique d'affirmer que tout ce qui relève de la Nation est ringard et dépassé.

     

    Mais encore une fois, ce n'est pas tout à fait de leur faute s'ils feraient ainsi honte à leurs ancêtres.

     

    A l'inverse nos dirigeants, qui ont dans les faits déjà entériné la mort de la France, engluée dans une Europe hyper-libérale n'ont strictement aucune excuse justifiant leur cynisme.

     

    sn1916.jpgUne chose d'ailleurs m'étonne toujours, les historiens comme Gilles Verdez, qui reprochent à d'autres de ne traiter qu'une histoire « blanche » et selon eux raciste ne parlent jamais des tirailleurs sénégalais, des algériens, des marocains engagés à ce moment dans l'Armée Française non pas par contrainte pour mais défendre les mêmes valeurs que leurs camarades des « Tranchées ». Généralement, ils sont décrits comme de pauvres hères déboussolés attirés sur le Front par des promesses de primes et rien d'autres.

     

    On pourrait aussi rappeler la manière dont les autorités françaises les ont traités depuis, à commencer par le montant ridicule des pensions que certains de ces anciens combattants touchent encore pour la Seconde Guerre Mondiale, et bien sûr, nous nous tairons sur le mépris réservé aux « harkis ».

     

    Ce mépris, ami lecteur, l'auteur de ces lignes l'a plutôt pour tous ces cloportes lamentables qui ont oublié tout cela...


    illustration du haut prise ici

    illustration du bas empruntée


    Voir ici la polémique évoquée plus haut

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  • Fragments d'un journal en Palestine 15 – Histoire du vieux filou

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    mon journal en terre sainte, palestine, israèl, société, guerre, violence, religionsDans mon quartier à Jérusalem, non loin de Sainte Anne, habitait un vieux filou sympathique, qui travaillait aussi pour les « Pères Blancs », Abu Lutfi. C'était une figure de la « Vieille Ville », c'était aussi un vieux filou qui devait savoir parfaitement comment embobiner les uns et les autres avec cet humour et cette conception un peu sucrée de la politesse orientale qui fait qu'on peut se faire plumer très rapidement et y prendre plaisir, que l'on prend vingt minutes pour se dire « bonjour » ce qui n'empêche pas de traiter l'autre de divers noms d'oiseaux une fois qu'il a le dos tourné ou qu'ils ne peut plus entendre.

     

    On ne pouvait lui donner d'âge. A partir d'un certain moment, les vieux en Palestine sont tous des vieillards immémoriaux, des gardiens de mémoire, ils ont tous ce visage tanné par le soleil, ridé comme une vieille pomme. Néanmoins il devait avoir une petite « soixantaine », alerte.

     

    Il connaissait tout le monde, des gosses aux occidentaux, en passant par les policiers israéliens. Il avait la voix rocailleuse du type qui fume trop depuis toujours et qui s'en fiche car cela ne l'empêchait pas de vieillir en forme.

     

    Les jours de Ramadan, il tenait le jeûne deux heures et ouvrait vite une bière après s'être allumé un clope en rigolant, et en prétendant que devant un chrétien comme moi il avait le droit, le tout malgré la désapprobation sévère de ses filles et de sa femme, sur lesquelles il avait peu d'autorité, et de un ou deux employés de Sainte Anne meilleurs musulmans que lui à les entendre, voire des religieuses autrichiennes qui assuraient le service de la maison, linge et repas, pour qui j'étais un de ces jeunes français dévoyés et indisciplinés, une sorte de « libre penseur » qui allait corrompre l'ensemble de la mais, ce qu'elles n'appréciaient guère à une ou deux exceptions, dont une des plus jeunes, qui était à la cuisine qui soignait mes moments de déprime avec un gentil sourire par de la pâtisserie de sa confection qu'elle me faisait passer en douce.

     

    Elle était toute ronde, et rose, des lunettes également rondes posées sur un petit nez en trompette et les joues constellées de tâches de rousseur.

    Elle aurait été à sa place dans une bonbonnière. C'était la petite sœur de Gourmandinet le page gourmand d'un conte de la comtesse de Ségur qui le fait ensuite mourir d'une mort horrible pour le punir de sa gourmandise, la vieille bique.

     

    L'une d'elles, systématiquement, lorsqu'elle et ses consœurs faisait le ménage dans le bâtiment où je logeais, où j'étais seul la moitié de l'année, coupait la petite chaudière à eau chaude alimentant ma douche, prétendant bien sûr à chaque fois l'avoir fait inopinément, sans y penser, ne pas l'avoir fait exprès, sans aucune mesquinerie.

     

    Elles faisaient leurs courses par principe du côté israélien, alors qu'habitant le côté palestinien de la ville, pour la plupart d'entre elles les arabes étaient soit des voleurs, soit des escrocs en puissance, on ne pouvait leur faire confiance. Lors des révélations sur le chancelier Haider, elles invoquèrent un complot, de quelle nature, elles ne le dirent pas, mais n'en pensaient pas moins. Lorsque quelqu'un leur demandait de préciser, elles rappelèrent que nous étions en Israël, et certainement écoutés, et que ce qu'elles pourraient dire pourrait être mal pris.

     

    Le jour de Pâques 2000, alors qu'avec un ami, nous étions censés cuire un agneau entier, acheté dans le souk « sur pattes », ayant tous les deux protestés tous les deux de nos fabuleuses compétences supposées en cuisson artisanale de la viande, Abu Lutfi nous voyant de sa fenêtre dans la cour de Sainte Anne essayant désespérément d'entretenir des braises depuis 7 heures du matin, nous prit en pitié après s'être gentiment payés nos têtes et nous aida à mettre le « méchoui » en route. Depuis, d'ailleurs, nos prétentions sont devenus réellement légitimes. Malgré les réticences des jeunes personnes de la Communauté de l'Emmanuel qui organisaient ce repas de Pâques, nous l'invitâmes bien sûr au repas s'il le souhaitait, voire au moins à partager le dessert ou un café.

     

    Abu Lutfi ne se souciait pas vraiment de politique. Tout ce qu'il voulait, c'était vivre en paix, et pouvoir faire vivre sa famille le plus longtemps possible. Il ne nourrissait pas une grande affection pour les israéliens mais de là à s'engager au Hamas ou dans un autre parti, il y avait loin. Pour lui c'était des politiciens qui voulaient absolument le pouvoir et seulement le pouvoir. Il s'en méfiait comme de la peste, et souriait, goguenard, quand il entendait Zidane, le gardien de l'entrée évoqué juste avant dans ce journal, se lancer dans des discours enflammés, mais le pardonnait de sa naïveté et mettait cela sur le compte de sa jeunesse et de son inexpérience.

     

    Et puis un jour, un de ses fils grilla un feu rouge, ce qui est monnaie courante en Palestine où la seule règle importante dans le code de la route, la seule à vraiment retenir, est qu'il y a ceux qui vont dans un sens et ceux qui vont dans l'autre, et que ceux qui vont dans l'autre sens sont des ennemis qu'il faut contraindre à reculer ou à se pousser quand ils gênent avec forces coups de klaxon et injures diverses et variées. Pour cette infraction, le jeune homme fût jeté en prison après avoir été trainé par deux militaires des services « spéciaux » à béret rouge.

     


    mon journal en terre sainte, palestine, israèl, société, guerre, violence, religionsCandidement, Abu Lutfi crut qu'il pouvait aller voir les policiers et ces militaires avec qui il rigolait souvent dans la rue, qui semblaient l'apprécier, pour plaider la cause de son rejeton dont il blâma le comportement imprudent en voiture, se demandant si au fond ce n'était pas la faute de son garçon qui aurait peut-être mal répondu à un des soldats, ce qui ne se faisait pas pour Abu Lutfi car c'était dangereux ceux-ci ayant la gâchette facile. Il se disait que ce serait l'affaire d'une minute.

     

    Notons que lorsque je m'inquiétais de la disproportion de la peine quant au « délit » commis, un jeune israélien de ma connaissance, s'affirmant pourtant conscient et ouvert aux problèmes des palestiniens, me dit sans rire que « oui mais c'est grave de griller un feu rouge, comme en France ».

    Les deux gosses à peine âgés d'une vingtaine d'années lui répondirent avec mépris, sans aucun égard pour son âge ainsi qu'il est d'usage dans ces régions du monde, lui indiquant de dégager plus loin, qu'ils aimaient bien blaguer avec lui mais qu'il ne fallait tout de même pas se prendre pour quelqu'un d'important. Le vieil homme ne se démonta pas, il savait que ce n'était que des gamins, ce n'était pas si grave et revint à la charge, l'un des militaires le repoussa alors de la main après lui avoir donné une petite tape condescendante sur l'épaule accompagné d'un conseil dédaigneux : « Rentre chez toi Papy ».

     

    Abu Lutfi, à qui cela n'arrivait jamais, se mit en colère, et dit tout ce qu'il avait sur le cœur aux deux jeunes crétins, il leur dit leur arrogance, leur incapacité à faire l'effort d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe, à se comporter d'abord et avant tout en colons, à ne même pas essayer de vivre en paix, en bonne entente. Il leur dit combien ils étaient incorrects avec lui. Il leur rappela qu'à un vieil homme comme lui il devait au moins le respect, qu'il était seulement un père qui venait défendre son fils pour qui il s'inquiétait.

     

    Pour lui répondre, un des « béret rouge » a pointé son « M16 » sur la tête d'Abu Lutfi et l'a obligé à se mettre à genoux le canon de son arme sur sa nuque, ordonnant au vieux filou de croiser les mains au-dessus de la tête, « on ne sait jamais, il pouvait être dangereux ». Pour faire bonne mesure, le deuxième donna un coup de pied dans les côtes au vieil homme qui eut du mal à retrouver son souffle. Il ne fallait pas pousser trop la plaisanterie cependant, ne pas trop exagérer se dirent-ils. Ils se contentèrent de vérifier ses papiers, s'ils étaient en règle dont l'autorisation de sortir de la « Vieille Ville ». Ils s'arrêtèrent là sachant qu'Abu Lutfi travaillait sur un territoire avec statut d'ambassade et qu'ils ne pouvaient pas se permettre de le mettre lui aussi en prison.

     

    Abu Lutfi est resté cloitré chez lui quelques jours, attendant son fils, qui finit par sortir. Il continuait à rire, à blaguer avec tout le monde, mais son regard était beaucoup plus triste et le cœur n'y était plus. Et progressivement, lentement mais sûrement il montra plus de sympathie pour les groupes radicaux. Les guerres ne naissent pas autrement que cela, les pires. Et la haine.


    illustrations, deux photos du quartier autour de Sainte Anne et autour de la piscine de Béthesda

    image du haut prise ici

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  • Les bonnes intentions, Stéphane Hessel et la censure

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    provoquera le débat sur Agoravox

    Stéphane Hessel n'a pas eu le droit d'aller s'exprimer à l'ENS du fait de son engagement pour un boycott des produits israèliens tout comme d'autres personnalités.

    hessel_manif_palos.jpgDes deux côtés, il y a une idiotie.

    Hessel n'a rien d'antisémite, c'est un humaniste plein de bonnes intentions, et il est sincère dans ses engagements, mais comme beaucoup il oublie les faits et les conséquences de prises de position se voulant généreuses alors qu'elles sont surtout maladroites.

    On me dira, c'est largement moins violent que ces militants appelant au nom de grands idéaux à la destruction de l'état d'Israèl.

    Rien d'ironique dans mon propos sur Hessel, je tiens à le souligner.

    C'est finalement cependant ce point de vue manichéen qui gène, d'un côté les bons, de l'autre les méchants. Devant la difficultté à saisir tous les aspects d'un monde devenu multipolaoire, certains sombrent dans la tentation de la simplification ou de la réduction « ad hitlerum ». Et même le fait que l'on trouve Nurit Peled, militante israélienne de la paix ayant perdu sa fille dans un attentat terroriste, ou Haneen Zoabi, députée au parlement israélien, dans les personnes censurées par la directrice car en définitive c'est bel et bien une censure, ne légitime pas ce boycott.

    Il arrive que les choses soient effectivement simples. Dans le cas d'Israèl il est dangereux de simplifier (quatorze communautés différentes, 20% de citoyens arabes...).

    Son appel au boycott rejoint aussi celui d'associations musulmanes ultra-intégristes (voir le texte du mail à ce lien). Que cet appel réjouisse le tombereau de

    Elles poussent en Israèl à une radicalisation du nationalisme.

    "Le monde est contre nous", se disent de plus en plus d'israéliens, un sentiment également récemment brocardé par une émission satirique à la télévision israélienne, intitulée "Un pays merveilleux", dans un sketch "décalé" où des petits élèves d'un jardin d'enfants récitent leur leçon sagement apprise, le reste du monde est antisémite, leur pays est le plus « moral ».

    Le Reut Institute, un groupe de réflexion d'intellectuels israéliens ouverts et favorables à un état palestinien qui s'intéressent surtout aux problèmes de sécurité et aux questions socio-économiques, estime dans une de ses publications que ceux qui veulent "délégitimer" l'Etat d'Israël lui dénient en fait le droit moral à l'existence en le décrivant "systématiquement et délibérément comme cruel et inhumain".

    Ce qui montre que la réalité des faits est complexe.

    C'est aussi d'abord considérer que tout les israèliens sont des profiteurs, des colons et des fanatiques religieux, ce qui est loin d'être le cas. D'ailleurs, même dans le camp des boycotteurs on trouve des citoyens de l'état hébreu.

    C'est oublier que tous les israèliens ne sont pas pour la colonisation, bien loin de là, voir par exemple ce document, ne serait-ce que parce qu'ils sont contre les privilèges exorbitants accordés aux colons.

    Le boycott des produits israèliens entraîne le chômage des travailleurs palestiniens qui sont employés en Israèl. Ils étaient déjà 13000 en 2006 à passer les check-points chaque jour pour travailler en usine.

    C'est oublier que tous les israèliens sont loin d'être pour la poursuite de la colonisation, on se rappellera de la « marche des mères ».

    Et même le « mur » de sécurité bâti entre Israèl et la Cisjordanie l'a été par des ouvriers de Palestine. Ce sont d'ailleurs des travailleurs extrèmement précaires à la merci de la guerre israèlo-palestinienne et de ses soubresauts, le durcissement du blocus en 2006 ayant fait perdre leur emploi à 3000 salariés.

    C'est contre cette précarité que l'on se devrait de lutter et non en proclamant un boycott qui l'aggravera comme elle aggravera aussi celle des salariés israèliens pauvres dans le Nord et le Sud du pays.

    Ce qui ne risque pas de pousser à la paix entre ces deux peuples souverains.