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  • Une aventure du Petit Nicolas – le dernier jour d'école

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    Un hommage encore à Goscinny et Sempé...

    Il y a longtemps que j'avais donné des nouvelles des gosses surannés (tu te rends compte ami lecteur ils n'avaient pas de portable!) mais pas tant que ça, créations des deux auteurs sus-cités.

     

    littérature, société, petit Nicolas, Goscinny, Sempé, Amaury WatremezAujourd'hui c'est le dernier jour d'école, je suis bien content car c'est bientôt les vacances, et en vacances on part au bord de la mer avec Papa et Maman : Papa va pécher avec moi et quand on revient, quand Papa va à la poissonnerie, il m'achète toujours une grosse glace à la fraise chez le marchand qui a une petite roulotte avec des rayures rouges et blanches, et que je dois lui rappeler qu'il ne faut pas oublier d'acheter une jolie carte postale pour Mémé qui a dû rester à Paris. J'aime bien aussi quand je vais à la campagne avec la colonie de vacances où je retrouve des copains, on rigole bien. Les vacances c'est chouette !

     

    Je n'aime pas tellement l'école, mais j'aime bien ma maîtresse, elle est très gentille et nous voyons bien qu'elle a envie de rigoler avec nous quelques fois. Quand nous faisons les guignols, elle cache sa bouche derrière sa main, mais nous voyons bien qu'elle sourit, et alors elle est très jolie.

     

    Ce matin, le directeur est entré avec « le Bouillon » et monsieur Mouchabière qui a le même âge que le grand frère d'Eudes qui est militaire et qui lui ressemble (il a plein de boutons sur les joues), ce sont les grands qui l'appellent comme ça car dans le bouillon il y a des yeux et « le Bouillon » il dit toujours « regardez moi bien dans les yeux » quand il veut donner une punition.

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    La maîtresse a dit :

     

    « Debout » ;

     

    le directeur a dit :

     

    « Assis ».

     

    Nos chaises ont fait beaucoup de bruit, et là le directeur a eu l'air un peu fatigué et il s'est tamponné le visage avec son mouchoir en soupirant pendant que le « Bouillon » fronçait les sourcils et nous faisait « chut » en mettant son doigt sur sa bouche.

     

    Le directeur a un peu toussé et il nous a dit que c'était le dernier jour d'école pour l'année scolaire, que nous n'avions pas été particulièrement brillants et que nous étions encore bien dissipés.

     

    Je n'étais pas d'accord, j'avais fait dixième à la dernière composition de mathématiques quand la maîtresse n'avait interrogé que onze élèves et qu'elle avait mis un zéro à Clotaire qui avait oublié d'apprendre sa leçon, il avait été puni, la maîtresse lui avait interdit d'aller en récréation ; Clotaire a tellement l'habitude qu'il faut lui rappeler aussi quand c'est la récréation qu'il a le droit d'aller jouer avec nous.

     

    Agnan a levé la main, il avait le visage tout blanc et il a dit que la maîtresse ne lui avait pas donné ses cahiers de devoirs de vacances, qu'il était très inquiet et ses parents aussi parce qu'ils avaient déjà un programme de visites très chargé pendant les vacances et qu'il fallait tout prévoir.

     

    Il est fou Agnan !

     

    Il veut faire des devoirs pendant les grandes vacances !

     

    littérature, société, petit Nicolas, Goscinny, Sempé, Amaury WatremezLe directeur lui a dit que tout était prévu et que sa maman avait été très aimable de joindre un petit chèque pour les œuvres de l'école. Mais Agnan il n'avait pas l'air convaincu.

     

    Les copains avaient fait passer un petit mot qui disait qu'Agnan était un sale cafard, mais le Bouillon a vu Eudes le recevoir et est allé le chercher en le tirant par son oreille droite. En passant devant Agnan, Eudes lui a dit qu'il lui donnerait un coup de poing sur le nez pour la peine. Agnan est devenu tout rouge et il s'est roulé par terre en disant que personne ne l'aimait. Monsieur Mouchabière l'a relevé et l'a accompagné vers la sortie alors qu'Agnan reniflait en faisant beaucoup de bruit avec la figure toute rouge, ses lunettes de travers sur le nez.

     

    Le directeur paraissait très fatigué, il avait la main sur le visage et soupirait très fort. Il dit au « Bouillon » :

     

    « Quand je pense qu'il y en a qui parlent de vocation pour notre travail, les...(un mot que je n'ai pas entendu), et bien il reste fort à faire »

     

    Le directeur est sorti, la maîtresse a dit « Debout », le directeur a dit « Assis » en sortant, et il avait encore très chaud car il se tamponnait la figure souvent. C'est alors qu'Alceste a levé la main, de l'autre il époussetait les miettes du troisième pain au chocolat qu'il mange toujours quand le directeur nous rend visite : « On nous avait parlé d'un goûter madame ? ». La maîtresse a dit que ce n'était pas le moment des questions importunes, et Alceste a dû baisser la main en maugréant. Nous avons compris qu'il fallait arrêter de faire les guignols car la maîtresse avait les sourcils froncés elle aussi.

     

    à suivre...

     

     

    Illustrations dans les histoires du « petit Nicolas », aux éditions IMAV et chez Gallimard

  • La douceur de l’enfance avant le consumérisme – l’adaptation de « le Petit Nicolas »

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    Le%20Petit%20Nicolas%20Goscinny%20Sempe.jpgJe suis allé voir le film en ayant à l’esprit toutes les mauvaises critiques des grands esprits des z-inrocks ou de Tecknikart, ou encore du Nouvel Obs, entre autres, pour qui ce film est réac, de droite et crypto-catho car montrant, ô scandale, une famille traditionnelle heureuse, mode de vie niaiseux pour la jeune personne moderne et libérée des z-inrocks. Ils invoquent pour se justifier le fait que ce film trahirait l’esprit de Sempé (oubliant Goscinny qui d’ailleurs avait dû faire face à ce genre de critiques après « soissantuite » à « Pilote »). Évidemment, on est loin de notre époque, voir des enfants sans portables, qui ne se soucient pas de porter des marques ou non, qui ne sont pas conditionnés par la publicité, qui ne regardent pas d’émissions abjectes de téléréalité, ça fait drôle. En plus, le film ne se soucie même pas de parler de diversité, du « problème » des banlieues. C’est normal, c’est un conte de fées, comme les histoires l’étaient aussi, Goscinny y recréant sa propre enfance, ici idéalisée, montrant bien l’irréalité de la chose en choisissant des prénoms déjà désuets dans les années 60, excepté Nicolas qui est le nom du fils de Sempé. Si le décor du film est Montmartre, comme « Amélie Poulain », c’est un Montmartre moins ripoliné, l’on retrouve en fait le quartier tel qu’il était avant sa « bobolisation » il y a une quinzaine d’années.

    lepetitnicolas.jpgLe film suit le fil rouge du petit frère imaginaire que s’invente Nicolas, source de ses problèmes car perturbant l’ordonnancement de la petite vie bien tranquille qu’il mène jusque là avec ses parents. Ce fil rouge permet de relier plusieurs histoires des recueils. Kad Merad et Valérie Lemercier composent des parents très « chouettes » de Nicolas, François-Xavier Demaison est un « Bouillon » réussi et même Sandrine Kiberlain que je ne supporte pas par ailleurs (excepté dans « un petit jeu sans conséquences ») est une maîtresse de rêve (maîtresse = institutrice veux-je dire : ah, ah, ah, suis-je spirituel). Des gosses, je trouve que Clotaire, le dernier de la classe et le plus rêveur, Agnan, fayot presque effrayant qui monnaie parfois ses renseignements, Alceste, tel qu’en lui-même, et Nicolas lui-même sont les plus réussis de la bande. Il y a quand même en sous-texte les angoisses des enfants, leur souffrance cachée, comme celle de Geoffroy, qui ne voit jamais son père, qui ne l’aime pas ou celle de Nicolas, petit garçon imaginatif et presque "modianesque" par instants, qui ne sait pas trop ce qu’il veut faire plus tard, amoureux de Marie-Hedwige, petite peste qui le mène par le bout du nez. Le tout est certes filmé classiquement, quelques baisses de rythme venant des scènes imaginées vraisemblablement par Alain Chabat : Agnan se transforme réellement en cafard, il se retrouve devant un tribunal, etc.. Si le film n’est certes pas un chef d’œuvre, il permet de retrouver une partie de l’esprit d’enfance car tous sages qu’ils soient, les enfants de la bande de Nicolas ne sont pas si dociles que cela, comme le montre la scène parodiant « les choristes ».