Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

gares

  • Aux buffets des gares

    Imprimer Pin it!

    A propos de « La nostalgie des buffets de gare » de Benoît Duteurtre chez Payot, collection « Manuels »

     

    littérature, société, nostalgie, paris, gares, benoit duteurtre, amaury watremezCe livre m’a rappelé des après-midi et des soirées entières passées avec toi qui te reconnaîtras sûrement au buffet de la Gare Saint Lazare, devant ses fenêtres en demi-lunes « art déco », ses décorations « nouilles » « début de siècle ». Je parlais, parlais, parlais comme le font tous les timides, il faut me pardonner, j’adorais te faire rire. Cela illuminait ton regard gris-clair, tes yeux « mauves » ainsi que l’on disait il y a longtemps. Nous nous prenions pour des personnages de film, nous rêvions de « virée tzigane », prendre le train de nuit pour n’importe où, fuir en direction d'une possibilité de « Sud », le nôtre bien sûr.

     

    Le train était encore une promesse de véritable « ailleurs », de retrouver au bout du voyage autre chose que les mêmes « non-lieux » si modernes et normés tous de la même manière, la décoration la plus indispensable y devenant la prise pour brancher sa babiole numérique, le souci le plus grave étant de savoir s’il y a ou non la « ouifie »…

     

    Au buffet du Buffet, si j’ose dire, l’on trouvait de tout, il y avait le « cloche » racontant pour la énième fois son histoire au garçon de salle en réclamant un sandwich au jambon sans beurre « passe que c’est moins cher » ainsi qu’il affirmait avec un clin d’œil. Il y avait le tourniquet à œufs durs sur le « zinc », les petites boîtes de « cacahouètes » dans les distributeurs à « cent balles » que personne ne se risquait à acheter. Et de temps en temps une vieille dame perdue avec son mari à une table en formica, tels des croquis de Dubout. Nous aimions observer ces petits gestes de tendresse qu’ont les vieux couples, fugaces et émouvants, quand tremblant un peu et rosissant comme des écoliers ils se prenaient un instant la main au-dessus de leurs consommations....

    Lire la suite

  • C'est Capote que je préfère

    Imprimer Pin it!

    De tous les écrivains américains, je reviens toujours à Capote. Et je me rappelle de l'odeur de la Gare Saint Lazare, pas celle ripolinée de maintenant, celle d'avant, avec ses colonnes « art déco » et son buffet dont les fenêtres en demi cercle donnaient sur la cour du Havre, c'est là que j'ai lu la première fois « Petit Déjeuner chez Tiffany » en attendant une jeune femme qui ressemblait à Holly, elle 3991886243_c3cacc69a8_o.jpgavait le même geste quand on lui posait une question à laquelle elle ne voulait pas répondre, pour savoir lequel, vous n'avez qu'à lire le livre, ne croyez pas que j'allais le dire, ô lecteurs parfois indolents, surtout les « jeûûnes » et les adhérents du Modem qui me lisent.

    J'ai du le lire ensuite plus de douze fois, ce livre faussement simple, faussement léger et futile, et pourtant la clef de la suite de la vie de l'écrivain, il y a un avant et un après l'immeuble rouge dont il parle dans le livre et Holly existait bel et bien, C'était une réfugiée allemande, une très jeune cover-girl qui faisait des allers retours aux toilettes messieurs en attendant une éventuelle célébrité du côté d'Hollywood. Il en était fou amoureux, il l'a avoué très tard, en usant de circonvolutions diverses, un peu comme Flaubert feint d'être cynique et revenu de tout quand il parle d'Elsa Schlesinger à Louise Colet. Étrangement, je sais que cela pourra le paraître, je trouve qu'Holly dans le livre est encore plus jolie qu'Audrey Hepburn dans le film de Blake Edwards. Pourtant, il se passe peu de choses dans le roman, beaucoup de banalités, un homme tombe amoureux d'une femme que tout le monde aime sauf elle-même.

    Truman de son prénom, Capote, du nom de son père adoptif, « Ke-po-ti », Pearsons par sa mère et ses tantes, sans jeu de mots, finit pourtant sa vie comme pédale mondaine obligatoire sur certains plateaux de télévision pour du lâchage de noms méchant et des anecdotes crapuleuses et puantes de sa petite voix de garçonnet, traînant sa défroque empaquetée d'une écharpe à la Isadora Duncan et d'un grand chapeau chez David Letterman le plus souvent, puant l'alcool, se réveillant à coups de médicaments, s'endormant de même. Ce n'est pas un comportement à avoir disent les autres auteurs, qui font attention à rester les meilleurs employés du mois, ceux qui auront leur photo à côté des caisses de supermarché ou dans les magasines mondains : les pipeaules, leurs drogues, leurs coucheries, leurs ventres, leurs nombrils, leur nez ergonomique, leur cul et leur sexe qui prend tellement de place.

    Les (bons) livres sont des enjeux existentiels, ils n'aident pas à vivre le plus souvent, ils agrandissent la blessure intérieure, ils fouillent dedans. Comme « De sang froid », livre remarquable, « nonfiction » extraordinaire, Capote réinvente le monde avec son stylo, l'Amérique, le Mal, la bêtise, les braves gens honorables, les paumés qui ressentent le besoin de se venger. Comme il s'engage trop vers l'abîme pour l'écrire, il préfère encore voir mourir le personnage central de son livre, il en mourra lui-même à petit feu, s'auto-détruisant lentement pour se punir. Pour ceux qui sont passionnés de littérature, qu'ils écrivent, qu'ils lisent, qu'ils fassent les deux, encore plus fort qu'ils écrivent même ces brouillons à la main. A la main ! Se rend-on compte ! Capote a encore écrit quelques nouvelles, souvent des brouillons de roman, avant « les prières exaucées » qui sont, on le sait, les plus douloureuses.

    Capote n'est pas vraiment sympathique, on a envie de l'étrangler. Comme tous ceux qui révèlent chez l'autre sa vérité, on sait bien où finit Jérémie. Les types caustiques sont seulement un peu plus lucides pourtant, pas plus méchants, même si je pense que Capote l'était pour de bon à la fin. Et cela n'est pas à la mode la lucidité, encore moins la causticité. On préfère se situer vis à vis d'un objet dans le vent, qui en a, qui n'en a pas ? D'une grooosse voiture. D'un bijou quelconque. D'un métier couru (d'avance). Capote est mort tout seul, confit dans le gin et sa propre caricature.

    Reste ses livres qui étaient sa vraie vie.

  • Sur le quai d'une gare de province...

    Imprimer Pin it!

    MAN-02.jpgRien de plus déprimant que les gares de province au petit matin. L'on y croise des "invisibles", des sans-abris qui se réchauffent avant que l'endroit ne soit envahi par les migrants pendulaires, écoliers, bureaucrates, chômeurs. Une fille jeune un  peu ronde fait semblant d'avoir une conversation animé au téléphone, quand elle s'apeçoit qu'on la regarde, elle fait comme une lippe de bébé et se tait, gardant le téléphone à l'oreille, puis elle finit par le mettre dans sa poche. Il faut paraître, donner l'impression que l'on a un réseau de beaucoup d'amis, peu importe si l'on ne ressent aucune amitié réelle pour la plupart d'entre eux, l'important est l'apparence de lien et non le lien lui-même.  Il fait froid, les gens tapent du pied par terre de temps à autres, pour se réchauffer, personne ne parle au voisin que pourtant on croise tous les jours. Plusieurs gardent les yeux fixés sur l'écran qui annoncent les arrivées, souvent les écouteurs vissés aux oreilles permettent de rester dans son univers et de ne pas essayer de rejoindre le voisin.

    Ce qui est plus ironique est que ce seront les mêmes qui plus tard rechercheront de l'"authentique" dans les pubs et leur consommation ou qui bêleront à qui veut les entendre que maintenant c'est plus comme avant dans les campagnes, tout ça le plus souvent à cause des "parisiens", ou de la nouvelle tribu des "rurbains", bobos qui ont de la campagne une conception figée et idéalisée allant jusqu'à faire flinguer parfois un coq qui les dérange le matin. On les reconnaît sur le quai de la gare de province à l'air important qu'ils se donnent, de GRAND personnage con-scient de son importance et de ce qu'il apporte aux péquenots. Bien souvent, derrière leur apparence on distingue l'ancêtre paysan justement, rusé, madré et plutôt inamical envers les étrangers, il suffit juste de gratter un tout petit peu le vernis social. Quand le train arrive, les "attendants", qui se réchauffaient autour des braseros électriques de la gare,  forment un troupeau qui suit la progression du train tout au long du quai alors qu'il suffirait de patienter et d'attendre que celui-ci soit arrêté. Et on finit par monter dans le train en échangeant des considérations de haute volée sur le fait qu'en hiver il fait froid quand nous sommes en hiver, et vice-versa en été.