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ennui

  • Le droit de s'ennuyer

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    ennui.jpgAussi sur Agoravox

     

    L'ennui en 2017 n'est plus acceptable. Je ne parle pas ici de l'Ennui au sens baudelairien du terme, ou ce "mortel ennui qui me prend dans ses bras" parfois. A notre époque il convient d'être occupé sans cesse, tout le temps, ne jamais s'arrêter. C'est une des choses que permettent les objets dits connectés qui permettent que jamais une personne n'ait un moment de répit, que jamais elle ne puisse se permettre un instant d'introspection ou de rêverie. Car s'ennuyer permet de rêvasser, de s'arrêter sur son âme, de faire pourquoi pas ce qu'on appelait un examen de conscience.

     

    Un enfant, un adolescent, un adulte se doit d'être perpétuellement occupé, perpétuellement à faire "quelque chose" plutôt que rien. Les gadgets électroniques comme autant de boulets à ses pieds le lui rappellent sans cesse, ils sonnent, "bipent", vibrent, résonnent, y compris durant la Nuit. Personne ou presque ne cherche jamais à les éteindre, de peur de se retrouver tout seul avec soi-même. Quand le réseau ne fonctionne plus, de temps en temps, les esclaves volontaires, incapables de prendre leur temps libre d'eux mêmes, sont tels des drogués en état de manque.

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  • Les hospices en deuil - la mort de Derrick

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    Ci-dessous, Derrick se prend pour James Bond

    1125998248982.jpg40% des électeurs sarkozistes (ceux qui ont plus de 65 ans) sont en deuil, en effet, Derrick est mort, du moins son interprète, Horst Tappert. Nous avons déjà parlé ici de la qualité des doublages de ce feuilleton : la voix rauque de Derrick, la voix très suave de son assistant, Harry Klein ('Arrh - i comme prononce Derrick). On avait toujours l'impression qu'il allait tomber en extase dans la seconde qui suivait : "Mmmh, Stefan, (Derrick s'appelle Stefan de son prénom), le témoin du meurtre est là, mmh, oh, oui". Ils enquêtent dans la riante ville de Münich réputé pour ses monuments pittoresques et ses peintres ratés célèbres. Un jeu amusant est de regarder en coupant le son avec des amis et de faire vous-mêmes le doublage, des heures de franche rigolade sont garanties. Ce feuilleton a un peu l'esthétique des films pornos à prétexte social des années 70, sans le porno, la mode improbable, le Tergal domine, les papiers peints sont oranges ou jaunes, les femmes sont souvent en jupe-culotte, les hommes portent des bacchantes énormes. C'est toujours des meurtres sordides, des suicides d'enfants, des femmes battues, des jeunes filles prostituées, des étudiants drogués, des vieillards assassinés pour leur héritage, des vieilles femmes handicapées et tuées gratuitement, des SDF, alcooliques, chômeurs au bord du suicide, des boîtes de nuit glauques peuplées de maquereaux minables, par la suite les successeurs de Derrick insisteront de plus en plus sur ce point si c'était encore possible. C'est filmé statiquement, la caméra ne bouge pas d'un pouce pendant dix minutes, on a ainsi le loisir d'admirer des intérieurs bourgeois tels qu'on les rêvait dans les années post-crise du pétrole, l'époque où les dessins animés européens pour les gosses étaient horriblement dessinés et toujours à caractère didactico-politique.

    Dans les hospices, une minute de silence avait été décidée, puis l'idée a été abandonnée car au bout de dix secondes les pensionnaires oubliaient pourquoi ils devaient faire silence, ne serait-ce qu'à l'hospice des violettes de Drancy, les personnes âgées y demeurant ont eu droit à double distribution de Flamby au goûter de 16 heures hier et à une remise de 5% sur leur carte UMP.

    Ci-dessous un détournement de "Derrick" par Michel Hazanavicius : "Derrick contre Superman" avec presque toutes les voix originales

  • Terrorisme ferrroviaire pour cause d'ennui

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    797664.jpgSur les neuf enfants sages arrêtés pour les attentats sur les lignes TGV, quatre sont déjà mis hors de cause, et il est déjà certain qu'il n'y a rien de probant contre les cinq autres. Ils faisaient tous cependant partie d'un "comité invisible" se promettant de fiche en l'air la société consumériste pitoyable actuelle. Ce n'est pas forcément un mauvais programme, j'applaudirai volontiers, mais dans leur cas, il s'agit surtout de jeunes gens et jeunes filles de bonne famille qui s'ennuient tellement dans leur bulle favorisée dans laquelle ne domine qu'une seule valeur qui est le fric et son corollaire la réussite sociale, hors de toute morale (hors de la famille, de la communauté, de tout ce qui peut se mettre entre le producteur et le consommateur), hors de toute éthique, qu'ils ont dû se sentir de plus en plus fascinés par l'ultra-violence, la révolte brutale, même si celle-ci reste virtuelle, et se sont donnés un alibi, un prétexte pour justifier leur révolte qui est aussi en somme un désir d'autodestruction. A partir d'un moment baguenauder à droite à gauche et consommer sans se poser de questions sur les fins de mois, ça n'entraîne qu'un immense ennui, au sens baudelairien du terme. Il faut dire que d'un côté on ne leur offre que les mêmes discours lénifiants, de la moraline sucrée et hypocrite (en cliquant sur le lien on trouvera un très bon article définissant la moraline, terme inventé par Nietzche) ; on donne deux sous pour garder bonne conscience, et de l'autre l'appât du gain et l'avidité de posséder toujours plus, les deux faces du même problème.

    L'hypocrisie de la moraline n'est là que pour justifier le fait que la société consumériste et spectaculaire demeure et que tout le monde contribue à en entretenir la dynamique. Cette société ne vit pas dans le réel, mais dans un univers fictif où avoir un objet dans sa poche permet d'avoir plus de dignité aux yeux du monde qu'une qualité morale ou des connaissances culturelles, ou encore une expérience. Ceux qui pourraient apporter une réponse spirituelle sont parfois aussi suivistes que les autres, j'en ai entendu un ce matin parler des "petits talents" des femmes de ménage et des "grands talents" des professeurs qui "tous contribuent à la bonne marche d'un établissement", comme si avoir fait des études témoignait de plus de "talents" que ne pas en avoir fait, et permettent en somme de maintenir chacun à sa place docilement en lui donnant l'impression qu'il a une importance quant à la prise des décisions (là c'est moi qui rajoute). Et pendant ce temps là on ne parle pas de l'irresponsabilité fondamentale du système libéral, du délire financier qui ne va certainement pas changer gràce à quelques formules chocs. Et pourtant c'est un changement de société qui est à souhaiter, radicalement.