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enfance

  • Puérilité sociale

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    Aussi sur Agoravox

     

    Des enfants qui se chamaillent comme des chiffonniers et qui vont ensuite rapporter soit à la maîtresse, soit à leurs "Papamaman", c'est normal. Qu'il y ait à l'école les fayots, les cancres, les chahuteurs, les enfants sages, les turbulents, rien d'étonnant. Des gosses qui se moquent d'eux et qui font pleurer parfois les autres, c'est la (pas si ) douce cruauté de l'enfance. Des minots qui se font des câlins et des papouilles pour dire et montrer combien ils s'aiment, rien de plus évident. Des gamins qui lorsqu'on les prend en photo aiment bien faire des grimaces, pourquoi pas ?

     

    Que des enfants soient parfois puérils, on ne peut le leur reprocher. Auparavant, on réclamait d'eux d'être des adultes en miniature, des petits hommes et des petites femmes avant l'heure. Passé cinq ans, on les habillait ainsi.

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  • La jeunesse c'était mieux avant

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    enfants, enfance, société, politique, éducation, école, amaury watremezCela fait vingt-quatre ans que je travaille avec des jeunes et pour des jeunes. Cela fait vingt-quatre ans que le discours consistant en somme à magnifier la jeunesse d'avant pour mieux noircir celle de maintenant m'agace toujours prodigieusement. Cette jeunesse actuelle est le fruit de l'éducation que les adultes, tous les adultes, leur ont ou pas donné.Elle est le fruit de l'atomisation de la société en différentes tribus et communautés étanches les unes aux autres. Et les réacs ou pseudo-réacs n'en sont pas moins responsables que les autres menant le plus souvent leur vie personnelle, sexuelle et sentimentale de la même manière libertaire que les autres.

     

    Ce n'est pas eux les gosses qui en sont responsables, ils en sont victimes. Et la plupart ont encore au cœur des aspirations élevées à un monde plus équitable, une société où la valeur principale ne serait pas juste l'argent et les moyens de le dépenser, une société sans plus aucune humanité. Devenus des grandes personnes, on me dira qu'il oublie toutes ces belles idées. A moins que ce monde et que les gosses ne finissent comme dans « Demain les mômes » de Jean Pourtalé ce qui paraît en bonne voie de réalisation.

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  • Quel enfant !

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    Quel enfant !

     

    WhileWereYoung_05--672x359.jpgBien souvent on a dit de moi que j'étais, encore maintenant à 46 ans passés, un enfant, un grand gosse, très vieux très tôt d'un certain côté et affectivement immature. « Quand grandiras-tu ? » « Quand laisseras tu de côté ton insatisfaction de gamin trop gâté ? » En plus, je lis des « comic books », de la bande dessinée, et je ne rechigne pas à regarder de temps en temps un petit « Tex Avery ». Et j'ai l'avantage d'être un oncle, un oncle peut chahuter, faire des bêtises avec ses nièces et neveux. Il n'a pas à montrer sans cesse le bon exemple comme une grande personne modèle et raisonnable.

     

    Mes amoureuses aussi me l'ont souvent dit quand elles me quittaient :

     

    « Tu es un enfant Amaury, tu t'enflammes, tu brûles et tu t'étonnes de souffrir ».

     

    Elles se voyaient beaucoup plus mûres que moi, c'était des gamines également, et compartimentaient déjà leur vie sentimentale et leur vie étudiante.... 

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  • Mon ami Mehdi

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    Les immeubles de "la Grande Prairie", image empruntée là

    politique, Islam, Enfance, société, tristesse, nostalgie, amaury watremez

    Lorsque j'avais six ans, mes parents habitaient dans une cité HLM de banlieue parisienne à Chelles, la « Grande Prairie ». Les adultes n'y voient que des « cages à lapins », pour moi et mes copains de classe, c'était un « vert paradis ». Les parents nous faisaient confiance et le soir nous jouions dans le square entouré des immeubles. Un de mes meilleurs copains s'appelait alors Mehdi. Je me suis souvenu de lui ces derniers jours. Je l'aimais bien Mehdi, à l'époque déjà je détestais l'instinct grégaire, les jeux brutaux incompréhensibles pour moi sans être hostiles à mes camarades s'y adonnant.

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  • L'éducation dans le fossé

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     Attention donc ami lecteur, je tiens à te prévenir, aujourd'hui je vais être franchement réac, je te parle d'éducation. Rien que le fait de taper le mot me range aux yeux des consciences z-éclairées dans le camp des nostalgiques d'un passé réputé révolu. L'éducation pour ces âmes pures z-et élevées c'est une question de moyens et de volonté politique alors que c'est d'abord une question de famille, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise éducation, tout est relatif, chacun a ses normes, et en somme tout est dans tout et réciproquement. L'éducation se décide d'un trait de plume, ou par décrets par volonté étatique, et elle ne doit surtout plus éduquer au risque de se faire qualifier de paternaliste, de méchant traditionaliste adepte forcément du martinet.

    image ci-dessous prise ici

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    Il est des planètes qui ne se rencontrent pas dans toute la durée de leur existence, qui ne se croiseront jamais, ne faisant que suivre une trajectoire parallèle, voire s'éloignant progressivement un peu plus les unes des autres. Il y a ces enfants élevés dans des valeurs, auxquels les parents veulent transmettre quelque chose d'impalpable et d'inquantifiable mais aussi d'une valeur incomparable, des idéaux, une culture, des aspirations un peu plus élevées que la simple survie, la simple satisfaction de leurs pulsions primaires.

     

    Je songe ainsi à ces gosses croisés en supermarché aux prénoms de personnages de feuilletons américains, souvent mal orthographiés sur leurs bulletins de naissance, que les parents nourrissent, habillent, à qui ils fournissent la téloche par câble ou satellite ainsi qu'une connexion « ouifi » ad hoc, et rien d'autres, et qui s'étonnent ensuite d'être dépassés, ce qui leur donne l'opportunité il est vrai de se livrer parfois entre les pattes de tel ou tel « côtche » de vie télévisuel ce qui comblera leur désir de célébrité « kleenex » même si pour celle elles doivent se ridiculiser devant plusieurs millions d'autres ramollis du bulbe.

     

    Et il y a ces enfants à qui les parents ont à cœur de donner quelque chose d'autre, certes impalpable, certes immensurables, mais beaucoup plus important, ces enfants là vivent dans un univers complètement différent des premiers, un univers dont ils sortent un jour ou l'autre et la collision entre les deux mondes est toujours douloureuse, surtout pour ces garçons et filles ayant reçu une éducation, les autres connaissent déjà la loi de la jungle.

     

    Des enfants bien éduqués, ou tout simplement éduqués, ne feront pas la différence avec leurs congénères, les autres si, et durement et ils savent très bien que les belles z-âmes auront toujours pour eux diverses excuses dont le fameux « céléfotalasociété » et feignent le plus souvent de croire que l'éducation n'est qu'une question de revenus alors que l'on peut très bien être issus de milieux dits « simples » et mieux éduqués que les plus riches. Actuellement de toutes manières l'égalitarisme prévaut et un fils ou une fille de petit ou grand bourgeois a toutes les chances d'être aussi mal éduqué,e qu'un fils ou une fille de prolo, ils auront en commun tous les deux l'avidité au fric, le second disposant peut-être de plus de « réseaux » et de « copinages » des parents pour y parvenir.

     

    Depuis « Soissantuite » (TM°) en particulier que personne parmi les âmes de progrès ne songe sérieusement à remettre en question ce qui reviendrait à se questionner sur l'hédonisme vulgaire et étriqué qui leur sert de conviction profonde encore maintenant, tout ce qui induit un apprentissage des devoirs envers les autres, tout ce qui implique un examen de conscience, qui encourage à comprendre qu'il faut vivre une nécessaire empathie envers son prochain, tout cela est considéré comme insupportable, inacceptable, arbitraire ainsi qu ce qui pousse l'enfant à plus d'exigence voire ô mot grossier d'excellence, mot très grossier en 2014 j'en ai conscience ami lecteur (j'évoque ici l'exigence et l'excellence réelles, pas celles consistant à se comporter le plus docilement possible envers un système et lui offrir une allégeance parfois teintée d'abjection).

     

    illustration ci-contre prise ici

    pn10.gifA ce propos, ceux qui jugent que l'exigence intellectuelle, l'excellence sont discriminatoires, ne disent pas s'ils appliquent ces belles idées à leur progéniture que curieusement l'on retrouve dans les établissements scolaires les plus exigeants en la matière, les plus socialement élitistes.

     

    L'éducation n'est pas un apprentissage de la vanité sociale, bien au contraire, elle conduit à réfléchir sur son parcours, sur ce que l'on peut partager avec les autres à notre tour après avoir beaucoup reçu (étonnement d'aucuns ont des complexes à avoir beaucoup reçu comme si c'était une tare, mais il est certes plus facile d'être « comme les autres »). Elle apprend à accueillir, à dialoguer, à écouter. En tirer des prétentions, ce dont les cuistres et les gougnafiers accusent toujours les personnes mieux éduquées, serait contradictoire.

     

    Cependant, le vrai fossé infranchissable ou presque aujourd'hui ce n'est que ça, l'éducation, en avoir ou pas...

  • Les « grandes personnes » devraient lire Marcel Aymé

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    Article également sur le site "Mauvaise Nouvelle" de Maximilien Friche

     

    littérature,politique,marcel aymé,enfance,sociétéLes grandes personnes ne lisent plus tellement Marcel Aymé, elles le réservent bêtement aux enfants alors que « les Contes bleus et rouges du Chat Perché » sont destinés à tout le monde. Il faut dire qu'il n'a pas l'aura scandaleuse, on ne peut pas prendre le genre politiquement voyou avec lui, comme avec Céline, dont il sera l'ami jusqu'au bout, et il n'était même pas homosexuel, ce qui à notre époque est presque un handicap lorsqu'on prétend être auteur ou âârtiste. De plus, il passe son temps dans ses romans, ses nouvelles et la plupart de ses contes à ridiculiser le bourgeois, ses hypocrisies, sa sottise, son ignorance, son avidité, que celui-ci soit positiviste et soucieux de son magot, ou qu'il soit plutôt un pédagogue selon la définition qu'en propose Érik Satie, le bourgeois « pédagogue » rajoutant à ses prétentions matérielles et sociales celle d'être éducateur du peuple :

     

    « ... Moi, je n'aime pas les pédagogues: je les connais trop; car ce sont eux qui d'une main sûre, embrouillent et ratatinent tout ce qu'ils touchent, par des pesées, des mensurations, et des dosages comiques, mais empoisonnés... », dans « Écrits » réunis par Ornella Volta, (Éditions Champ Libre, 1981, p. 152).

     

    Les désirs des bourgeois, qui se prennent pour de grandes personnes qui ne lisent pas de livres aussi peu sérieux que des romans ou des contes et nouvelles, ont hélas largement métastasé en notre vingt-et-unième siècle commençant. La plupart des gens au fond rêvent de vivre de leurs rentes, s'abstenant à tout prix, et très méthodiquement d'épanouir quoi que ce soit d'élevé en eux, à commencer par un supplément d'âme pourtant nécessaire que l'on trouve en littérature, littérature qu'ils ne conçoivent que par son rôle « social » : transmettre un messââge, mettre en valeur socialement celui qui s'en prévaut voire à la rigueur, mais à l’extrême rigueur détendre, s'interdisant de hiérarchiser les goûts et les couleurs, mettant Pascal ou Stendahl au même niveau qu'Anna Gavalda ou « Harry Potter ».

     

    Marcel Aymé acquit l'amour des Lettres alors qu'il était malade, lors d'une rechute de la Grippe Espagnole alors qu'il a vingt-trois ans en 1925, affection dont il avait été atteint en 1919, et aussi parce qu'il était un de ces enfants qui sentent bien que les « grandes personnes » ne sont pas très raisonnables, et qu'elles ne s'appliquent jamais à elles-mêmes le sérieux et le respect des normes et convenances qu'elles réclament aux petits. De par leurs appétences bien étriquées, elles ont fait du quotidien un long tunnel sans joie menant vers une mort qu'elles espèrent honorables. Encouragé par sa sœur, c'est à ce moment qu'il commence à écrire « Brûlebois ». L'auteur des « Contes du Chat Perché » réenchante le quotidien bien morne, il n'est pas rare chez lui que l'on croise un obscur gratte-papier passant à travers les murs, une fée en tailleur « chic » ayant naturellement des serpents dans son sac à main, des animaux qui parlent aux enfants sans que personne ne s'en formalise etc...

     

    Marcel Aymé se moque des bourgeois sans haine ni acrimonie ou misanthropie, au contraire de son copain Louis-Fedinand, il ne le fait pas non plus pour défendre une idéologie, il les montre tels qu'ils sont : ridicules et vaniteux, et humains, donc faibles par essence de par leur nature. Il décrit leurs appétits étriqués, leurs préventions morales grotesques et sans objet, se moquant à la fin de sa vie de leur libération des mœurs, rappelant qu'en tant que petit paysan, enfant, voyant les animaux faire l'amour assez souvent autour de lui, dans les pâtures ou les fermes, évoquant cette jubilation des corps humains et animaux, de la nature en général, dans « la Jument Verte » ou dans « la Vouivre », des cours d'éducation sexuelle lui eussent semblé parfaitement ridicules dés cet âge.

     

    Et dans les « Maxibulles », où il se moque du grand cirque spectaculaire et matérialiste moderne, il rappelle que le fait que les bourgeois aient apparemment envoyé aux orties leur hypocrisie morale ne change strictement rien à leur profonde duplicité ou à leurs appétits.

     

    littérature,politique,marcel aymé,enfance,sociétéA cause de cela, et son soutien sans failles à Brasillach à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, quand les français se découvrirent tous gaullistes et résistants, de son antipathie pour de De Gaulle qui n'eût pas la « Clémence d'Auguste » pour Bastien-Thiry, bien qu'il fut clairement opposé à « l'Algérie Française », il est classé sous l'étiquette un peu fourre-tout des « anars de droite », ce qu'il est certes, étiquette qui suscite la méfiance des maîtres d'écoles et des professeurs, leur suspicion, car Aymé n'aime pas du tout les idéologies censées procurer aux individus bonheur universel et prospérité, que celles-ci soient libérales, conservatrices ou révolutionnaires. Dans « Uranus », il décrit certainement très précisément ce qu'a dû être l'Épuration, les vengeances abjectes qu'elle a pu justifier, la veulerie et la lâcheté qu'elle a pu révéler y compris chez les bourgeois « pédagogues ». Et à notre époque où tous se découvrent gaullistes, des plus révolutionnaires aux conservateurs en passant par les libéraux, ses sentiments pour le « grand homme » que ne sut pas être « le Général » ont une résonance intéressante.

     

    Ce que beaucoup ne comprennent pas il est vrai, c'est juste que Marcel Aymé met l'humain, et l'Humanité au-dessus de tout, et ce malgré leurs failles immenses, et la Liberté, comme Bernanos ou parallèlement à eux Simone Weil et un auteur très proche de lui par l'inspiration comme Vialatte. C'est d'ailleurs un fait avéré, on retrouve chez tous les écrivains de talent, qu'ils soient classés à gauche ou à droite, les mêmes passions joyeuses pour un primate certes souvent lamentable, passions parfois déçues qui teintent leur ironie ou leur écriture d'amertume tels Chardonne ou Léautaud.

     

    Les bourgeois sont bien connus dans les campagnes françaises, ils sont devenus les nouveaux maîtres après la Révolution française, des maîtres beaucoup plus pénibles que les anciens, beaucoup plus stricts avec les fermiers et métayers, beaucoup plus méprisants aussi. Ce sont également eux qui obligèrent les plus petits à fuir leurs provinces pour aller travailler en fabriques en ville. Pour se donner bonne conscience, ils commettent parfois de bonnes actions, qu'ils comptabilisent comme l'huissier d'un de ses contes qui finit quand même par entrer au Paradis, car lui, huissier, est mort en criant « à bas les propriétaires » en protégeant une mère menacée par un riche notable. Le bourgeois se soucie peu de morale et surtout de sa renommée dans son quartier, comme l'épouse du héros de « la Grâce » qui estime que le Bon Dieu lui a fait une bien mauvaise surprise en offrant à son mari une auréole trop lumineuse qui fait jaser les commères, qu'il essaiera de perdre par devoir conjugal en se forçant à pécher horriblement.

     

    De par cette origine paysanne, toute sa vie il écrira sur son Jura natal, parfois on sépare à tort les récits de cet auteur en deux inspirations : une rurale, une plutôt parisienne. Il n'idéalise ni les uns ni les autres, il décrit des ruraux durs et souvent aussi humainement déplorables que leurs cousins des villes. Il exalte toujours l'enfance, sans non plus l'idéaliser, ainsi que les « petites » gens, le « petit » peuple, et les « simples », d'esprit ou de porte-monnaie, il déplore toujours la cruauté des puissants et des forts, des sages et des arbitres des élégances politiques, ou ceux qui s'en donnent indûment le titre, cruauté que l'on retrouve dans « Dermuche », le criminel miraculeusement redevenu enfant étant quand même guillotiné, l'assassin de « Maison Basse » laissant les soupçons s'égarer sans scrupules sur un ancien « Hercule de foire » qui rappelle le Léopold de « Uranus ».

     

    S'il décrit aussi bien ces « petites » gens c'est parce qu'il est un piéton de Paris, de la « Butte » Montmartre, qui était il y encore quelques années, avant la bobolisation, certes un village, il est avec eux, ne s’embarrasse pas de grands et beaux discours qu'il sait inutile. Dans une de ses nouvelles par exemple, des personnages racontent leurs petits malheurs sous l'Occupation, leur survie, seul l'un d'eux ne dit pas grand-chose, mais cela suffit : « Moi, dit le juif, je suis juif ». La fin des « Bottes de Sept Lieues » m'émeut toujours par ce qu'elle dit sans afféteries ni phrases ronflantes de la misère dans laquelle ces « grandes personnes » dont je parlais en début de ce texte laissent vivre souvent des enfants. Pourtant Marcel Aymé sait bien que « lorsqu'il y a de l'homme, il y a de l'hommerie », il n'espère rien, ne démontre rien, montrant simplement qu'être humain a en soi de la valeur.

     

    Illustrations : dessin et photo de l'auteur

     

  • Mes films d'enfance

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    Quand j'ai vu "Vingt-mille lieux sous les mers" de Richard Fleischer dans une salle de banlieue qui s'appelait "Cosmos" à Chelles, je me suis de suite identifié non pas au fade professeur Aronnax du film ou à Ned Land, le "héros" du film concrètement un salaud, mais au capitaine Némo. 

     

    C'était comme une sorte d'intuition je suppose...

     

    Je me souviens aussi de "l'île sur le toit du monde" vu au grand "Rex", une émotion de cinéma dont je me souviens encore, dans une salle magique après une petite heure dans un train aux banquettes en bois. Certes son décor était de stuc et de papier mâché mais il créait des rêves...


    Dans ce film on apprenait que ceux qui cherchent à se dépasser et aller un peu plus avant que le quotidien et la banalité, que se contenter du confort du troupeau en paient le prix fort.

  • L'enfant sur le banc

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    nostalgie, enfance, société, politique, idéaux, fidélitéSur son blog, dans un article, un écrivain dont j'aime en particulier les nouvelles et ses essais personnels sur les lunettes noires ou les « départementales » des temps anciens, maintenant hélas révolus, ces routes que l'on voyait en couleurs « pastel » sur les cartes « Vidal de Lablache » (des cartes sur lesquelles on apprenait à découvrir un pays ami jeune, et son identité, c'était bien plus profond et charnel que d'écouter la voix enregistrée d'un GPS, fût-il perfectionné), se demande s'il est resté fidèle au jeune homme qu'il était à dix-neuf ans alors qu'il arrive à l'orée de la cinquantaine.

     

    J'ai souvent été injuste avec lui, bêtement méchant et facilement caustique, j'en ai conscience. Et la part d'enfance caché derrière ma cuirasse de causticité déteste cela. Je devrais plus l'écouter.

     

    Toi qui me lis encore, amie lectrice pour qui parfois j'écris exclusivement, tu le disais déjà, selon toi je suis comme les ours, par peur d'être dressé contre mon gré, par peur d'être blessé, je donne des coups de patte brutaux parfois là où il ne faut pas et je fais mal beaucoup plus que je ne le devrais alors que je pourrais être simplement amical et fraternel au delà de ce qui nous sépare.

     

    nostalgie, enfance, société, politique, idéaux, fidélitéJe me suis demandé également à quelle part de mon enfance ou de mon adolescence je suis fidèle. Un de mes proches le dit souvent, de toutes façons on reste d'une manière ou d'une autre l'enfant que l'on a été, avec ses peurs, ses angoisses, ses espoirs.

     

    Quelque part, au fond de mon âme, derrière les pétarades caustiques, la rigueur appuyée et les répliques se voulant cinglantes, je suis resté ce petit garçon qui adorait se promener dans les jardins du Luxembourg, qui se croyait dans un parc enchanté quand il découvrait les petits ânes sur lesquels on faisait monter les enfants, qui rêvait de voyages fabuleux en regardant les bateaux sur le bassin en face du Sénat, et qui dans le métro, vers la Tour Eiffel ou devant quelque monument « art déco » en poutrelles métalliques et rivets, pensait que le « Nautilus » du film de Richard Fleischer allait surgir des entrailles des rues déchirant soudain les pavés ou le bitume en vagues majestueuses.

     

    Dans les rues parisiennes, celles du quartier de la place des Victoires où ses parents habitaient, à l'époque ce n'était pas une réserve « bobo » et aisée, ou celles du quartier latin où ses parents l'emmenaient souvent, il croyait croiser les personnages des contes de Pierre Gripari, lui aussi il connaissait un épicier kabyle qui avait un petit garçon comme papa Bachir, mais aussi le « Passe-Murailles » ou le garçon portant les « bottes de Sept Lieues » imaginés par Marcel Aymé, histoires dans lesquelles il a appris à lire avec « les contes du Chat perché ». Il avait une marraine toujours entourée d'animaux qui était comme une "vouivre"  parisienne. Parfois, au « Luco » ou près du Panthéon, lorsque je me promène, je sens le parfum du tabac blond que fumait mon grand-père qui m'emmenait souvent aux chevaux de bois près de « la Mouffe »...

     

    Le quotidien devient merveilleux pour les enfants capables de rêver, même de rêvasser. Ils ont la poésie qui leur vient plus naturellement.

     

    On ne devrait jamais empêcher un potache de soupirer en regardant avec nostalgie derrière la fenêtre de la salle de classe, ce qu'il fait de moins en moins on m'objectera, le potache ayant malheureusement le nez collé à l'écran du gadget électronique superflu qui ne quitte jamais la paume de sa main. Ces gadgets empoisonnent toutes les rêveries, y compris quand l'on suit d'un regard admiratif les jolies jambes d'une jeune femme et que l'on s'aperçoit que cette conne est pendue à son téléphone dit « portable » à débiter les pires « anodineries » à un correspondant parfois imaginaire, le téléphone permettant paraît-il de se donner une contenance.

     

    Ce petit garçon ne supportait pas d'être séparé de ses proches, c'était toujours pour lui un déchirement, et sa plus grande peur. Et  parfois je le vois ouvrir de grands yeux horrifiés quand je lance une méchanceté ou une horreur qui se veut ironique, il n'aime pas ça du tout. Ce sont les imbéciles qui rit méchamment, qui ont la tentation de sombrer dans le mépris, pas les personnes gentilles pour ce petit gosse. Il ne comprenait pas les mauvaises blagues et les ricanements, du moins jusqu'à un certain âge où il a saisi que les grandes personnes se contentaient de très peu de choses comme idéaux de vie, et qu'elles sont rarement dignes de confiance. Et il s'est protégé en ayant de la répartie...

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    Ce petit garçon au fond de moi, il se souvient souvent de ses soirs délicieux sur Paris quand les « tambours » noirs et rouges des bus étaient comme autant de repères magiques pour emprunter la voie de songes éveillés au milieu des briques, des bruits des voitures, des pavés et des parisiens pressés. Je l'avais perdu de vue depuis longtemps cette part d'enfance, d'insouciance et d'ouverture au bonheur, je l'ai retrouvé dans un square de banlieue avec des enfants qui me sont proches il y a quelques jours et hier dans le jardin de la « Chapelle Expiatoire » alors que je regardais poindre le crépuscule au dessus de l'immeuble où vécut ce « feu follet » qui était Proust.

     

    Le petit garçon était revenu à côté de moi sur le banc de bois, il me suggéra que je pouvais rester là toute la vie, même en étant sans le sou, à condition d'avoir des bons livres à livre, et un peu de papier pour écrire ou dessiner...

     

    Mais comme je suis devenu une grande personne et que les grandes personnes ne sont décidément pas raisonnables, je me levais et le laissais là, le regard perdu dans ses pensées...


    photos de l'auteur - Amaury Watremez (TM°)

  • Pitié pour les enfants timides...

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    société, politique, enfance, nostalgieSûr de lui, arrogant souvent, l'imbécile n'hésite pas à écraser son prochain. Il trouve cela normal de s'imposer par la coercition, en étant resté au stade du mâle alpha bagarreur, ainsi qu'il est d'usage chez les autres primates dits « supérieurs » ; à signaler que parler d'« homo sapiens » m'incite toujours à l'hilarité.

     

    L'enfant timide, parce qu'il est plus sensible sait bien qu'en agissant ainsi il peut blesser quelqu'un de plus faible, faiblesse qu'il respecte chez ceux qui ne savent pas se défendre, pour lui la violence, l'agressivité, la méchanceté sont des demies-folies qui lui répugnent depuis qu'il est est en âge de raisonner de manière un peu construite. Tout petit il se sent protégé, il n'a qu'une peur, que ceux qui l'aiment l'abandonnent, le laissent tomber, et souffrent d'une irrémédiable blessure, inguérissable, quand il pense que cela arrive.

     

    La violence de l'imbécile, du pauvre hère incapable de sentiments élevés, est par contre son atout, il n'en a pas d'autres, cela commence lui aussi dés l'enfance, qui n'est pas du tout cet âge rosâtre et facile que l'on nous vante aussi bien dans la publicité que dans les films commerciaux qui flattent les brouteurs de pop-corn, consommateurs dociles, dans leur bassesse et inappétence totale à l'esprit de finesse, qui savent très bien qu'ils n'ont jamais été ce genre d'enfants idéaux qui sont des adultes en miniature.

     

    Ils ignorent totalement l'esprit de finesse, perçu comme de la faiblesse de caractère, le signe d'un tempérament trop sensible, instable, psychiatrisé, voué aux gémonies...

    Ils ne respectent que la force brute, l'autorité du plus violent qu'eux, plus brutal, physiquement ou moralement. Ils demandent « qu'on leur en impose », admirant la force.

     

    Il n'est pas illogique d'ailleurs qu'ils ne respectent que l'esprit de géométrie, ne comprenant que le quantitatif, convaincus que seuls qui « font nombre » ont raison, que la majorité, même abrutie, l'emporte toujours sur une minorité plus fine. C'est pour eux se protéger de l'ascendant que ces groupes plus intelligents seraient susceptibles, à les en croire, de prendre sur eux. Ils se complaisent dans leur étroit confort intellectuel qu'ils appellent un peu rapidement leurs convictions.

     

    Pendant ce temps, l'enfant timide encaisse les coups qu'il rend parfois, rarement, maladroitement, de manière disproportionnée. On l'écoute enfin, mais on le regarde aussi avec horreur, comment quelqu'un d'aussi gentil peut-il être poussé à une telle colère, une telle rancœur s'étonnent son entourage qui profitent de son affectivité , de son émotivité amicale, jusqu'à l'exagération ? Il n'a pas le droit de souffrir, il n'a même pas le droit d'évoquer ce qu'il vit.

     

    Il se doit de demeurer encore et toujours docile, gentil et patient, il ne peut pas être en somme vraiment humain, un humain faillible qu'il est comme tous les autres. On lui demande d'être un ange désincarné.

    En grandissant, l'enfant timide apprend à se protéger. Il apprend à utiliser la violence, dont celle des mots, qui peut être plus assassine que celle du glaive. Il advient même qu'il connaisse le même sort que le soldat fragile du conte d'Henri Gougaud : « le cochon de lait », dans lequel le personnage doit déguster des cochons « enchantés » de lait censés lui donner du courage, de la force et confiance en lui, mais qui finit par se transformer en bête éructante et atroce car il en mange de trop, n'ayant pas compris que ce qui faisait sa force était sa faiblesse apparente du début, perdue corps et biens après un festin dantesque au crépuscule.

     

    Son cynisme apparent, son air soigneusement étudié de se fiche de tout, sa causticité, ses sarcasmes sont sa protection car il voudrait ne plus souffrir de sa sensibilité, ne plus souffrir après s'être donné, car lorsqu'il se donne, il le fait sans mesurer les risques qu'ils encourent. Il continue bien entendu à souffrir quand même, et jamais ses blessures ne se ferment totalement, à moins de vivre dans un caisson sensoriel complétement isolé du reste du monde.

     

     

    Il a tout simplement besoin qu'on l'aime tel qu'il est, ce qui dans notre monde moderne, si soucieux de l'image et seulement de l'image, si soucieux de la renommée superficielle sur Internet et dans la vie, est un souhait tout bonnement impossible à réaliser. Car au fond, il reste un incurable rêveur, un naïf, au regard de cette société dure, un enfant...


    image tirée du film "l'incompris" de Luigi Comencini

  • L'enfance et la nostalgie ont un parfum de vanille

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    société, littérature, politique, nostalgie, vanille, enfanceL'enfance, mon enfance, a pour moi le parfum de la vanille. Celle-ci a la goût de ce paradis à jamais disparu de l'enfance dans les années 70, avant le téléphone cellulaire, quand les programmes de la télévision ne commençaient que le soir, que l'on pouvait voir des films maintenant relégués en deuxième ou troisième partie de soirée, réservés aux intellectuels, ou aux abonnés au câble ou au satellite, passaient à 20h30.

     

    Les enfants lisaient des « illustrés » quand ils avaient bien travaillé à l'école et que leurs mères leur achetaient après la classe. Il y avait les familles où l'on achetait « Pif » aux enfants, et celles où c'était « le Journal de Mickey », selon la couleur politique des parents, et, ou leur milieu d'origine. Aux plus grands on achetait « Spirou », plus humoristique, ou « le Journal de Tintin », spécialisé dans la grande aventure.

     

    Rentrés à la maison il arrivait souvent que ma mère prépare un dessert, et particulièrement à la vanille. Je me souviens de la gousse de vanille trempée dans le lait bouillant après que ma mère l'ai fendue en deux avec un couteau effilé, sur le feu bleuté de la cuisinière, les petits grains se mélangeant peu à peu au liquide, lui donnant une belle couleur petit à petit, et le parfum un peu douceâtre, mais tellement agréable, montant dans toute la cuisine.

     

    Ma mère rajoutait le sucre, puis les œufs au mélange, et le tout cuisait lentement dans le four au bain-marie. En attendant que la crème soit prête, elle mettait une dizaine de carreaux de sucre blanc avec un verre d'eau et un petit zeste de citron dans un moule pour préparer le caramel qui surplomberait le tout.

     

    A travers la vitre, je regardais l'eau autour du récipient frémir doucement, et le dessus de la crème renversée foncer progressivement. J'approchais ma main pour en éprouver la chaleur, mais pas trop, juste ce qu'il fallait, en attendant de pouvoir la déguster avec mon petit frère tout neuf.

     

    Dehors, la nuit commençait à tomber, c'était en hiver, tout le monde allumait déjà ses lumières chez soi, et le ciel avait une belle teinte orangée de crépuscule douillet et tranquille, maternel. Les nuages étaient de la ouate tendre et duveteuse.

     

    D'aucuns auraient trouvé affreux les immeubles où nous habitions, un quartier neuf ainsi que l'on disait, mais pour nous ils abritaient une certaine forme de bonheur, et encore maintenant, je me sens instantanément chez moi dans ces quartiers, malgré leur laideur, laideur que je trouve relative car il y a aussi une poésie du béton et de la ville.

     

    C'était en banlieue, les cinémas s'appelaient « Cosmos » ou « CinéPalace », ils avaient encore des ouvreuses, qui guidaient les spectateurs à bon port, vers les places désirées, à « l'orchestre » ou au « balcon », et à l'entracte on servait des « eskimos » « Gervais » sur l'emballage rose ou bleu desquels souriait un inuit de fantaisie devant son igloo tout blanc sur un ciel azuréen. Devant l'écran, il y avait un rideau rouge, cramoisie, comme au théâtre, et des images fixes de publicité, en couleurs vives, qui présentaient des boutiques et commerçants du quartier.

     

    Ma mère nous emmenait parfois au « Rex » à Paris, où le cinéma devint pour moi un voyage vers d'autres mondes, plus grands, plus beaux que celui où je vivrai plus tard. Mon père m'emmena voir un jour « Vingt-Mille lieues sous les mers » et je m'identifiais au capitaine Nemo, auquel j'aurais voulu cependant dire du haut de mes huit ans d'être moins amer, moins pessimiste envers ses semblables, la fin du film m'apprenant que la sottise l'emporte le plus souvent sur l'intelligence et la générosité de cœur, même si il reste au capitaine du « Nautilus » un minuscule espoir de refaire littéralement surface...

     

    Ce paradis perdu, c'est aussi celui de l'innocence, quand l'enfant croit que la justice, la vérité, la paix veulent réellement dire quelque chose pour les grandes personnes qui l'entourent, qu'elles y croient réellement, tout comme en Dieu ou en l'amour en général. Ce n'est plus tard que l'enfant comprend que la plupart des adultes si raisonnables ne s'intéressent qu'à leurs propres petites personnes et rien d'autres.

     

    J'ai sans doute commencé à perdre cette innocence le jour de ma première communion, quand j'ai vu des adultes ricaner du sérieux du petit garçon qu'ils avaient devant eux ce jour là, cet enfant si solennel alors qu'ils ne songeaient quant à eux qu'au gueuleton qu'ils feraient après, eux qui ne croyaient plus guère à ce sacrement. Je compris plus tard que ce n'était au fond que leur sottise qui les poussait à se moquer, le rappel vivant que j'étais de leur inappétence pour s'élever spirituellement, ou intellectuellement, leur jalousie, leur culpabilité inavouée d'avoir renoncé à sortir de leur confort intellectuel et moral.

     

    Et cette bêtise tellement envahissante, le goût de la vanille ne le console malheureusement pas, n'apaise pas la colère ressentie et le dégoût que procurent la bassesse des sentiments...

     

    Image de Chelles prise ici

  • Les sombres souvenirs d'enfance de Carlos Gimenez

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    « Paracuellos » de Carlos Gimenez

    carlos_gimenez.jpgGimenez était l'auteur dans les années 70 de bandes dessinées psychédéliques de Science-Fiction puis ensuite d'albums plus adultes, plus « almodovariens », sur la vie sexuelle des madrilènes avant, pendant et après Franco. Gimenez a un humour absurde et un sens profond de la caricature et de la dérision. Il semble qu'il ait acquis tout cela en réaction à son enfance passée dans une institution pour enfants pauvres et pour orphelins aux temps les plus durs du franquisme. Certains diraient que c'est seulement la faute du franquisme, c'est un peu facile, sous nos cieux républicains et démocrates, les choses ne se passaient et ne se passent pas beaucoup mieux pour les gosses les moins gâtés par la vie (et qui sont toujours autant méprisés). Il a commencé par dessiner des tranches de vie de cette période par désir de catharsis en les traitant avec un humour distancié et très caustique, surtout envers les adultes responsables de ces horreurs, en procédant deux pages par deux pages, en parlant surtout de lui au départ puis en consacrant au fur et à mesure les autres histoires à ses camarades, chacune portant le nom d'un des enfants. Ces histoires sont aujourd'hui réunis en un recueil de 299 pages.

    Les esprits chagrins trouveront ça un peu larmoyant, et pleurnichard, tout ce qui parle de la souffrance des plus petits, en particulier des gosses, leur paraissant à chaque fois insupportable car la compassion est perçue comme une faiblesse et parce que la souffrance fait tout simplement peur. J'ose espérer que c'est seulement de la pudeur de leur part. On ne veut pas la voir, surtout quand elle ne concerne pas son nombril, encore moins quand il s'agit d'enfants maltraités. L'institution est tenue par un prêtre qui en est le directeur, un imbécile dur et sans pitié, pontifiant et pétri de certitudes absurdes sur l'éducation. Il est secondé par une gouvernante, une vieille fille revêche et perverse, une brute décervelée, également phalangiste, et une infirmière cacochyme. Et « Paracuellos de Jamara » est le nom de l'endroit. Le style de Gimenez est relativement éloigné de « Cria Cuevos » et plutôt à rapprocher du cinéma italien, et pas seulement celui qui parle beaucoup de l'enfance, comme les films de Luigi Commencini. On songe aussi parfois aux premiers films de Fellini. Plus tard, il apparaît que Guillermo del Toro s'est inspiré de « Paracuellos » pour « L'échine du diable » mais aussi pour « Le Labyrinthe de Pan ».

    Je me demande toujours si le directeur et le personnel de cette institution prétendument fervents catholiques, ou d'autres au Brésil pour qui le viol et l'inceste ne méritent pas l'anathème, pour le reste (l'avortement) je n'en discuterais pas (on saisira l'allusion), se rappelaient ou se rappellent de ce que dit le Christ dans l'Évangile du sort réservé à ceux qui font du mal aux plus faibles, il eût mieux valu pour eux qu'ils ne voient jamais le jour). C'est toujours également un peu la même chose quand un type se prétendant providentiel, que ce soit un petit gros général, un barbichu ancien journaliste, un adepte de Georges Sorel et des mouvements de menton, un peintre raté ou un ancien séminariste presque russe, il veut faire le bonheur du peuple malgré lui, selon bien sûr sa propre conception du bonheur dont les défenseurs encore maintenant sont comme autant de fanatiques illuminés et aveuglés par leur ferveur. Ce sont toujours les enfants qui subissent en premier les conséquences de leur sottise...

    ParacuellosPlanche.jpg

  • Rencontrer les personnages des livres de son enfance

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    51XF1KK8EFL._SL500_AA240_.jpgOn cherche souvent des drames affreux, des mélos atroces derrière les situations, on s'imagine un secret terrible et puis quand on comprend, on se dit : "Ce n'était que ça finalement". Je vois cet homme, la quarantaine, qui parle désir, passion, amour, qui s'imagine vivre des sentiments comme un roman  pour finir par s'apercevoir que si il a tellement d'attirance pour une femme c'est parce qu'elle ressemble presque exactement à Claude du "Club des cinq" dans les illustrations des romans homonymes des années 70 par Jean Sidobre. On se disait qu'il y avait un secret avec les filles, on aurait bien rencontré des filles comme Claude, toujours à l'aventure avec son chien, garçon manqué mais féminine, casse-cou et coquette. Et toute cette comédie, c'était ça, réaliser son fantasme d'embrasser un personnage de fiction confondu avec une personne bien réelle. Ce que l'on sentait dans les illustrations, c'était comme un trouble diffus, quelque chose de caché mais mal, pas entièrement, et effectivement, Jean Sidobre illustrait aussi des albums "pour adultes" ce qui transparaissait dans ses dessins pour enfants, ce qui dans la décennie pré-cité ne choquait personne, bien au contraire à la rigueur. Il s'était dit en la rencontrant qu'il l'avait déjà vue quelque part, comme tout le monde le croit en tombant amoureux, et c'était dans un livre. Mais cela il le comprend bien plus tard...Trop tard.