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  • La vie dans le rétro d'un taxi jaune égyptien

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    Sur Agoravox

     à propos de « Taxi » de Khaled Al Khamissi chez Actes Sud

    image prise ici

    taxi-khaled-al-khamissi-egypte-L-XixctJ-175x130.jpegKhaled Al Khamissi rapporte dans ce livre cinquante-huit conversations, retranscrites en dialecte égyptien, qu'il a eu avec des chauffeurs de taxis du Caire entre avril 2005 et mars 2006, alors que Moubarak feignait de solliciter son peuple sous le joug pour un cinquième mandat. Il est question, comme dans les livres d'Alaa El Aswany, auteur de « l'immeuble Yacoubian » 1, de tous les maux qui assaillent la société d'avant le « printemps arabe », confisqué pour l'instant en Égypte par l'armée :

    La corruption à tous les niveaux, l'inertie des autorités, la débrouille obligatoire pour survivre, se procurer les denrées nécessaires ou simplement de l'eau, les problèmes endémiques des grandes villes égyptiennes, la question des religieux fondamentalistes, les problèmes de couple aussi, le rôle des femmes, beaucoup plus complexe que dans l'imaginaire occidental, les brimades subies à cause des militaires, des notables la décadence des intellectuels etc..

    « l'immeuble Yacoubian » de Alaa El Aswany explique parfaitement le passage d'une période très douce et heureuse au règne de la haine mieux que bien des pensums d'une grande sagesse ou réputés tels.

    Quiconque a fait l'expérience du Proche-Orient connaît bien les sympathiques taxis « Servis », dont parle l'auteur dans ce livre, de couleur orange, généralement des limousines Mercédès hors d'âge, ou blanche ou jaune en Palestine et dans le Sinaï (bicolores au Caire, noir et jaune, ou noir et blanc), le plus souvent des « japonaises » brinquebalantes, dans lesquels on s'entasse à quatre ou six, ces taxis le plus souvent collectifs « bon marché », du moins pour ceux qui connaissent les prix., les touristes à sac banane et « bob » se faisant généralement avoir, mais c'est de bonne guerre, et de toutes façons, même s'ils paient deux ou trois fois le prix normal, cela reste deux à trois fois moins cher qu'un taxi parisien ou provincial.

    Quand j'habitais Jérusalem j'ai toujours largement trouvé plus sympathique de prendre un « servis », dire « sheirout » (ou « chiotte » en hébreu côté israélien), qu'un car conditionné des lignes « Egged », plus confortable et plus régulier dans les horaires mais sans ce supplément d'âme.

    Une ressemblance avec les chauffeurs parisiens, on enrichit largement son vocabulaire d'expressions grossières ou argotiques ou son répertoire d'injures. Après avoir pris le taxi au Caire ou à Alexandrie, on sait dire « Nique ta mère » ou « Va te faire enculer » en arabe ou en dialecte égyptien sans trop de problèmes.

    On les prend rarement tout seul quand le taxi dessert une autre ville, et on attend généralement que le taxi soit rempli pour démarrer, ce qui permet au chauffeur et à ses clients de boire frais à la terrasse d'un café, de toutes façons il fait souvent trop chaud pour prendre la route, il vaut mieux ne pas être trop pressé. Les chauffeurs attendent le chaland aux portes des villes ou sur les places, c'est à qui parle le plus fort pour rameuter le plus de clients, c'est vivant, chaleureux et parfois pénible aussi car il faut toujours négocier le prix et ne pas demander trop de calme pendant un trajet entre une grand-mère et ses nombreux paquets, un jeune « shebab » qui raconte sa dernière virée à Ramallah, et les vieux qui commentent la politique sous leurs keffieh..

    taxi%20a%20alex.JPGC'est un changement de rythme qui est à faire par l'occidental pressé et stressé, ce qui lui permet aussi de mieux comprendre la société de ces régions, plus organique, plus humaine que les nôtres bien que certains les méprisent les considérant comme arriérées et désordonnées. Prendre le « servis » c'est déjà se rapprocher beaucoup plus des habitants de l'Égypte, de Palestine, de Jordanie ou du Liban.

    Une fois parti, il faut savoir que le code de la route est assez simple, il y a les voitures qui vont dans le même sens que le taxi, et celles qui vont en sens inverse, qui deviennent l'ennemi, avec un grand « E ». La bande-son des taxis proche-orientaux se compose dans le meilleur des cas des belles chansons d'Oum Khalsoum ou Fairouz, le son au maximum, des morceaux plus modernes d'Amr Diab, et dans les autres cas, la plupart du temps, de chansons sentimentales d'une célébrité locale, chanteur de charme d'Alexandrie ou du Caire.

    1À lire aussi du même auteur : « Chicago » qui racontent la vie d'émigrés égyptiens aux États-Unis après le 11 septembre.

    Ci-dessous, un peu d'Amr Diab et de Fairouz

  • Les moralisateurs ont la mémoire courte

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    Quelques réactions sur Agoravox

    Depuis quelques semaines, et à juste titre, c'est haro sur le baudet, ou plutôt sur les baudets soutiens des dictateurs du Maghreb et du Machrek, tous aussi menteurs les uns que les autres, tous 105878200.JPGayant profité à plus ou moins grande échelle du gâteau sonnant et trébuchant offert par Ben Ali et consorts. Ce qui me frappe c'est que la moralisation de la vie politique souhaitée vient en priorité de la gauche plutôt libertaire sur tous les sujets moraux, sauf sur la politique visiblement.

    Bizarrement, d'ailleurs, ces révoltes arabes ne témoignent pas d'un retour du politique, mais d'un déni de celui-ci, les égyptiens ayant demandé que ce soit des technocrates qui gouvernent et non des politiques.

    En ce moment on parle surtout de ces personnages à droite, de MAM à Boris Boillon, l'ambassadeur de Tunisie qui parle comme dans une télé-réalité. MAM devrait nous quitter incessamment sous peu, idem pour Boillon (note personnelle : le correcteur de mon traitement de textes propose « bouillon » à la place de Boillon, il est sûr qu'il va certainement devoir le boire, tout comme MAM).

    Mais ce sont finalement surtout des fusibles qui n'ont pas compris que leur comportement et les profits qu'ils tiraient de leurs accointances commençaient à se voir peu discrètement.

    Il en reste quelques uns je dirais, dont ce couple dont le mari est un très haut fonctionnaire parti en Égypte avec sa femme, un ancien mannequin opportuniste, parti se payer du bon temps grâce aux bons offices de Moubarak.

    La gauche moralisatrice, celle qui n'a pas peur de s'indigner même si elle en est ridicule, clame à l'immoralité, au comportement désastreux et très méchant, à la fin de la Realpolitik tellement cynique.

    En oubliant que dans ses rangs, et parmi les icônes parfumée à la moraline qu'elle vénère, elle compte elle aussi deux ou trois anciens soutiens de théocratie ou de dictateurs sanguinaires.

    Elle dénie le réel, comme ce monsieur entendu ce dimanche matin sur Europe 1 affirmant sans rire que l'on n'avait pas vu de drapeaux verts islamiques en Libye, en Tunisie et en Égypte.

    J'ai beaucoup aimé pour ma part relire le discours de DSK, futur potentiel candidat bien placé à la présidentielle, sur le Maroc, présenté comme un modèle économique, tout comme Jospin l'a fait pour la Tunisie il y a quelques années. Comme il l'a dit dans la presse, il semble bien qu'il fallait lire entre les lignes dans son cas, on a mal compris ce qu'il voulait dire, il est comme les résistants de la 25ème heure en somme.

    M'aurait-on trompé ?

    Aurait-ce été des clones qui auraient prononcé ce genre de discours à gauche ?

    sipa_00587287_000009.jpgPourtant, le Maroc, ou DSK (ci-contre avec sa femme de retour de ses vacances de Noèl) a une villa de pacha des Mille et Une Nuits, est une monarchie théocratique dure, un état policier dont le roi tient sur les musulmans de France d'ailleurs le même discours que Marine Le Pen et son papa.

    On peut se rappeler aussi des mots très « durs » (à entendre), certainement au deuxième degré d'une icône des moralisateurs de la politique française, Calixte Beyhala concernant le colonel Khadafi en 2007 :

    « Oui, Kadhafi en est un des symboles forts, il en est ainsi, et pour moi qui ai visité à maintes reprises la Libye, je n’y ai point vu de peuple opprimé tel que décrit dans la presse, je n’ai point rencontré d’homme affamé, mourant sur les trottoirs. Tout au contraire »

    Lire la suite ici

    Sinon, qui a dit ceci ?

    « Simon Bolívar est au peuple vénézuélien, ce que Kadhafi est au peuple libyen. »

    Vous avez gagné, c'est effectivement Hugo Chavez, une des figures de la gauche radicale actuelle (certes celle qui est sans moraline donc plus supportable).

    Lire le reste des informations sur ces relations avec Khadafi par ici

    Il faut dire que dans les grands ancêtres, François Miterrand a eu lui aussi des relations troubles avec le Maghreb tout comme son neveu qui disait ceci sur la Tunisie.

    N'oublions pas ce jeune comique "issu de la diversité", Jamel Debbouze, pourtant grand ami de Stéphane Hessel, qui tourne une publicité pour le Maroc sans trop d'états d'âme.

    Avant de se lancer dans de grandes tirades morales, il serait bon que tout le monde balaie devant sa porte...

    photo du haut prise ici sur le site de 24 heures

    photo de DSK et sa femme prise sur le site de France Soir.

    Ci-dessous une illustration musicale qui s'impose


    The Clash-Rock the Casbah
    envoyé par the-best-of-rock. - Regardez d'autres vidéos de musique.

  • Le troupeau aveugle et les révoltes au Proche-Orient

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    On en discute aussi sur Agoravox

    « Le Camp des saints » de Jean Raspail est réédité ces jours-ci. Il y a une trentaine d'années quand il est sorti ce livre choquait déjà beaucoup, aujourd'hui Raspail risque 87 chefs d'accusation au plan judiciaire car il y a des faits qui ne sont pas bons à dire, que plutôt que d'essayer d'être lucide et réfléchi comme par exemple sur les évènements du Proche Orient où il est de bon ton de faire preuve d'un optimisme béat et angélique à souhait.

    Ce n'est pas que l'on puisse être d'accord avec tout ce qu'écrit Raspail mais l'on se devrait quand même d'être légitimement inquiets devant la montée de la violence.

    sinai%20-Gunnar%20Herrmann.jpg« C'est comme leur Révolution Française à eux ! » entend-on de la bouche de commentateurs en extase, « c'est comme leur « Mai 68 » clame-t-on un peu partout, parmi les têtes qui pensent des élites auto-proclamées de notre beau pays, en ignorant la réalité fondamentale qui sous-tend tous ces évènements, en refusant de la voir de toute manière.

    Ainsi que le dit Raspail dans une interview au « Figaro » ce n'est plus « Big Brother » mais « Big Other ». « Big Other » domine tout quitte pour cela à se renier et renier sa propre identité, française ou européenne.

    « Big Other » est bon et nous sommes sommes mauvais.

    « Big Other » est grand et nous sommes petits.

    « Big Other » a toujours raison, nous avons toujours tort.

    Pour un français de 2011, tout dans ce qui a fait son pays devrait vu par lui comme étant forcément pervers, mauvais ou ringard, puisque être fier de sa civilisation c'est avoir une culture impérialiste. Gauche et droite partagent le même masochisme sur la question, la France n'est où pas assez libérale, ou pas assez sociale.

    On nous a présenté les grèves hivernales comme les prémices d'un grand mouvement social, qui n'est pas venu, et maintenant on nous présente les évènements de Tunisie ou d'Égypte comme le frémissement d'un grand mouvement de liberté dans le monde arabe.

    Plutôt que de rester à la lisière, il convient d'être un peu plus prudent.

    En Égypte, la seule opposition structurée, capable d'envoyer des interlocuteurs représentatifs pour discuter avec Moubarak et sa clique ce sont les « Frères Musulmans ».

    Ce n'est pas une opposition laïque ou démocratique, les « Frères Musulmans » réclament l'application stricte de la chariah. L'objectif de ce mouvement fondé en 1928 est d'accompagner une renaissance islamique et la lutte non-violente en théorie, en employant les moyens des pays occidentaux pour accomplir leur dessein contre toute forme de laïcité dans les états.

    Depuis le début des années 2000, ils ont pris de nombreux contacts avec les diplomates américains, et c'est sans doute un hasard heureux si ce sont eux qui négocient en ce moment avec le pouvoir en Égypte (mais peut-être ais-je mauvais esprit ?).

    On remarquera également que les « assaillis » de la place Tahrir ne manquent pas de faire leurs cinq prières par jour bien ostensiblement.

    Et ce sont eux qui ont la main en ce moment.

    Tout comme en Jordanie.

    En Tunisie heureusement, le pouvoir semble leur échapper.

    4b7c58aa-2ddf-11e0-9d3a-caf4c011a98c.jpgSi l'histoire ne se répète jamais, il y a cependant des constantes dans les révolutions et les guerres civiles, c'est toujours le groupe d'opposition le plus structuré et le plus extrême qui acquiert le pouvoir au bout des évènements.

    Énoncer ces quelques faits et l'on vous traitera d'islamophobe alors que la majorité des musulmans ne se reconnaissent pas une seconde dans ces mouvements radicaux et fondamentalistes qui sont des déviations de la foi issue du Coran, des perversions de l'esprit initial de l'Islam, qui est multiple. Par contre, plutôt que de renier sans cesse son identité, l'Occident pourrait demander aux pays musulmans un respect mutuel, à savoir que si l'on construit des mosquées en Europe ou aux États-Unis on puisse construire des églises en Arabie Saoudite, ou en Égypte.

    Egypte_La-place-Tahrir-au-Caire.jpgEnfin, se glissent dans le soutien aux revendications des révoltes populaires du Proche-Orient des mots d'ordre violemment anti-juifs sous prétexte d'anti-sionisme. Ce qui est toujours remarquablement ironique est que les prétendus anti-sionistes, qui sont souvent de gauche, ignorent ce que le sionisme est dés le départ un mouvement socialisant et marxisant prônant le collectivisme, collectivisme mis sur pieds dans les kibboutz à partir de 1885, période où les premiers émigrants juifs d'Europe arrivent en Palestine.

    La haine les aveugle tellement qu'ils finissent par contester la mise en œuvre concrète de leurs propres utopies.

    D'autre part, on trouve surtout la judéophobie habituelle à la fois complotiste et parfaitement irrationnelle. Quand on encourage un petit peu un judéophobe obsessionnel, qu'on le pousse dans ses derniers retranchements, il finit toujours par resservir le fantasme du gouvernement mondial constitué de juifs, d'africains, d'homosexuels et d'autres « métèques » en général enfoui à 3 kilomètres sous terre au Pôle Nord.

    Pour faire de la psychologie élémentaire, la judéophobie est surtout l'explication toute trouvée pour les personnes ne réussissant pas dans la vie à leurs convenances et selon leurs désirs.

    Si ça ne marche pas, ce n'est pas de leur faute, mais de celle des juifs. Cela évite de se poser des questions embarrassantes sur soi.

    La plupart ne connait rien à Israël, qui est un pays des plus complexes : quatorze communautés cohabitant sur un espace grand comme une ou deux régions françaises, une multiplicité d'origines des populations, et autant d'antagonismes : le mode de vie à Jérusalem est très différent de celui de Tel Aviv où une globalité d'israéliens ne pratiquent pas la « kashrout », ou Haïfa, ville où musulmans, juifs et chrétiens vivent en bonne entente, sans parler de l'exemple de Newe Shalom.

    On note également que ces quatorze communautés vivent ensemble uniquement en étant unies par la guerre contre les palestiniens.

    pro_palestine_kids.jpgIroniquement, les pro-palestiniens primaires ne font que souder un peu plus chaque jour le pays qu'ils abhorrent.

    Il en est aussi parmi eux qui verraient bien Israël comme le bouc-émissaire commode de l'Occident, ce qui éviterait le choc des civilisations avec le monde musulman.

    Il serait bon d'essayer d'être enfin un rien lucides, de se confronter aux faits. Cela ne signifie pas pour autant soutenir Ben Ali ou Moubarak, mais ceux qui sont susceptibles de prendre le pouvoir après eux sont largement bien pires.