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ego sum pauper

  • Docteur House, Diogène et la société moderne

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    House est aussi sur Agoravox

    On a toujours eu tort de négliger la culture populaire, laissée de côté, méprisée, alors que parfois des feuilletons suivis par beaucoup de monde en disent plus long sur la société que bien des pensums de belles âmes (z)érudites (z)et humanistes. Pas d'indignation, ni de leçons de morale dans « House », seulement des êtres humains dans leur vérité intérieure.

    télévision, littérature, société« Docteur House » ou « House M.D » puis « House » tout court me paraît sur ce sujet passionnante sur bien des points.

    Cela fait déjà sept saisons que le docteur House sévit sur les écrans américains, et qu'il reçoit des spectateurs, un peu masochistes, la même popularité, alors que son interprète, Hugh Laurie, s'attendait à tourner tout au plus un « pilote » sans suites. Il y croyait tellement peu qu'il passa son audition pour le rôle de manière aussi désinvolte que son personnage, ce qui était parfait.

    J'avais du mal à comprendre celle-ci, car il n'est pas vraiment dans les normes du héros classique bien comme il faut, il ne baisse pas la tête sur le côté en insistant sur son côté empathique, il ne s'occupe pas des petits enfants tout en sauvant le Tiers Monde et en s'engageant contre la tuberculose comme des malades de House qui s'avère être un dissimulateur, qui a simplement attrapé une MST avec une prostituée d'un pays pauvre :

    House est cynique, caustique, arrogant, sûr de lui, et drôle aussi, paumé et blessé, il ne croit pas en grand chose et est passionné de la vérité des faits et des personnes, même si selon lui « tout le monde ment ».

    Il aime choquer, provoquer, et en plus c'est un drogué addict à de nombreuses substances illicites dont la Vicodine, puissant analgésique, sauf pendant la saison 6 et une bonne partie de la 7, mais aussi à la musique, et en ce domaine il a bon goût.

    Le personnage, de toutes les scènes, ou presque, est entouré de plusieurs comparses reflétant divers aspects des réactions que la vérité provoque chez tout un chacun :

    Il y a Wilson, son seul, et meilleur, ami, qui lui préfère cacher la vérité et faire preuve de beaucoup de compassion (il est possible qu'il soit plus paumé que House lui-même), Cuddy, qui essaie de le cadrer, de canaliser son génie, avec peine, et qui est amoureuse de lui, elle ira jusqu'à se parjurer pour lui, Foreman, qui ressemble à House, mais se conduit plus humainement, qui se force à ne pas être aussi cynique et hors des règles, Chase, qui apprécie de travailler avec le personnage central de la série, un peu obséquieux, un beau gosse docile, Cameron, amoureuse un temps de House qui se fuit en aidant les autres, qui ne veut pas être compris par House, mais aimée, « Numéro 13 », dont le « puzzle » mental et le comportement « borderline » fascine House qui sait qu'en plus elle est atteinte d'une chorée de Huntington, Taub, aussi cynique que son patron, coureur de jupons amoureux fou de sa femme.

    Ces personnages sont là pour permettre aussi l'identification chez le spectateur, et se reconnaître dans un comportement plus avouable socialement que celui de leur chef de service qui lui se fiche totalement du « qu'en dira-t-on » et des lieux communs que l'on est censé proférer pour plaire à ses congénères.

    House ne se contente pas de prendre son pied à traiter des malades atteints d'affections rares, et à mener sur elles une enquête digne de celle d'un Sherlock Holmes avec qui il a de nombreuses ressemblances, voulues par les scénaristes, il cherche aussi à comprendre le puzzle des esprits des patients, à traquer ce qui se passe derrière les apparences, les hypocrisies, les faux-semblants, les attitudes qui se révèlent la plupart du temps des paravents derrière lesquels les gens qu'il soigne dissimulent leurs turpitudes et leurs contradictions :

    Ainsi le couple parfait et moderne ne l'est pas, une mère qui prétend dire toute la vérité a caché l'essentiel à sa fille, la femme parfaite est un mec, etc...

    J'ai saisi le sens de sa popularité immense, il dit tout haut le genre de choses que les hypocrites heureux que nous sommes ne disent jamais en société, par peur des conséquences, par peur inavouée de ne plus faire partie du troupeau des gens comme les autres.

    House est un cynique au sens le plus profond du terme, « il cherche un homme », comme Diogène dans Athènes avec sa lanterne, sauf que House n'ira pas, contrairement à Diogène à déféquer et se masturber en public.

    Tout le monde a déjà eu envie au moins une fois d'entrer sur son lieu de travail en étant réellement sincère et direct avec ses collègues, en insultant ceux que l'on n'aime pas, ou en ridiculisant ceux qui nous paraissent le mériter.

    Mais personne ne le fait, car on trouve cela dangereux et inconvenant.

    C'est logique, les esclaves aiment leur esclavage et apprécient grandement que ceux qui sont pour eux des esclaves se conduisent de même, et ils aiment bien faire exploser les codes sociaux au moins par procuration.

    La popularité de House pour cette raison est en elle-même incompréhensible car dans la vie de tous les jours, la contradiction, la critique ou le fait d'asséner la vérité, de ne pas être dans un groupe, d'aller contre le consensus social moderne qui veut qu'il y ait des compromis grands ou petits obligatoires est automatiquement perçue comme insupportable par tous ceux qui trouvent le personnage de ce médecin hors-normes intéressant et qui suivent chaque semaine ses investigations médicales.

    Le paradoxe plairait au personnage, j'en suis à peu près sûr.

    big-dr-house-saison-7.jpgJe trouve personnellement que ce qui est le plus passionnant dans la série est justement l’insistance des auteurs quant à la recherche de la vérité, par House et son équipe, qui prime sur tout le reste.

    A notre époque d’apparences, de statuts frelatés, de faux-semblants, d’actualités qui fonctionnent uniquement sur le spectaculaire, de mensonges de toutes sortes que tout le monde entretient, c’est assez original et extrêmement sympathique à mes yeux.

    La vérité, et la Vérité, ne sont pas aux yeux de nos contemporains des questions intéressantes, ils sont souvent contradictoires sur le sujet affirmant que la Vérité n’existe pas, ce qui fait que le Bien et le Mal non plus par conséquent, et se laissant aller de temps à autres à l’humanitarisme vague qui a remplacé sous nos cieux et à notre époque toute autre réflexion un tant soit peu pertinente.

    Ci-dessous le générique de la saison 7

    images prises ici