Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

docteur gonzo

  • Hunter Thompson sur le domaine du dieu Lono

    Imprimer Pin it!

    Aussi sur Agoravox

     Hunter Thompson - « Le Marathon d'Honolulu »

    aux éditions Tristram collection « souple 

    image empruntée ici

    marathon-honolulu-hunter-thompson.gifLa grâce du Très Haut, du Tout-Puissant, du Miséricordieux descende sur les éditions Tristram qui rééditent dans leur collection « souple » des inédits d'auteurs marquants par l'originalité de leur style et de leur mode de vie (« Et c'est ainsi qu'Allah est grand » eût rajouté Alexandre Vialatte) :

    Hunter Thompson donc, mais aussi Lester Bangs et son « Psychotic Reactions » sur le milieu du Rock et de la Pop dans les années 70, Lawrence Sterne racontant la vie de Tristram Shady, mais aussi Céline Minard, un des rares auteurs français créant quelque chose sortant du lot de la grisaille auto-fictionnelle et nombriliste actuelle, ou Joyce Carol Oates avec un texte surprenant a priori de sa part sur la boxe.

    Hunter Thompson intitule son manuscrit « Le Marathon d'Honolulu », événement qui l'intéressait très médiocrement, qu'il était censé couvrir à la demande d'une revue médicale, mais il n'y est guère question de marathon et très peu d'Honolulu, excepté quelques remarques caustiques et un rien ironique envers les « joggers » en début d'ouvrage, dont il rappelle que la plupart étaient révoltés, idéalistes et rebelles dans les années 60, ou du moins prétendaient l'être, et que la seule chose qu'ils paraissent avoir en avoir compris est qu'ils se mettent à courir pour tenter d'échapper à l'emprise d'une société à laquelle ils ont fini par se soumettre dans les années 80, de guerre lasse à moins que ce ne soit simplement par confort intellectuel.

    Il y voit surtout l'occasion d'aller pêcher, voyager et découvrir l'archipel d'Hawaï, ce qu'il y a derrière les paysages de cartes postales, aux frais non pas de la princesse mais des Diafoirus inconscients qui lui avaient confié ce qu'ils s'imaginaient être un reportage tout simple dont il aurait tiré des images divertissantes pour les médecins de famille lisant leur journal entre deux rendez-vous avec des vieilles dames hypocondriaques.

    Comme dans « Las Vegas Parano », descente aux enfers burlesque dans un des paradis de la société libérale-libertaire, il en profiter pour raconter le récit drolatique du fiasco absolu que devient ce reportage qui devait être illustré par des dessins de Ralph Steadman, célèbre artiste britannique excentrique, qui finit malgré tout par le laisser tomber en cours de route n'arrivant pas suivre la cadence des folies de son ami.

    Le lecteur pourra le comprendre, car bien qu'assagi, ce qui est pour Hunter Thompson tout relatif, le docteur « Gonzo », bien qu'accompagné de sa compagne et de son fils qui observe, amusé, son géniteur sombrer dans les pires tribulations, reste un trublion incontrôlable et indocile qui ne fait que ce qui lui chante, n'écrivant que sur les sujets qu'il choisit, sans se soucier de ce que lui demande son rédacteur en chef.

    Non pas parce qu'il est cinglé mais parce qu'il a la passion des mots, de la littérature en général et de l'écriture en particulier.

    Parenthèse à ouvrir ici :

    Les auteurs américains sont souvent montrés comme de braves types besogneux, sympathiques, mais qui ont besoin de prendre exemple sur les z-élites européennes, les écrivains français, les auteurs ou plutôt les Z-Auteurs phare intellectuel des peuples, qu'ils le veuillent ou non, lumière progressiste etc...

    Avec l'auteur du « marathon d'Honolulu » comme avec d'autres, on comprend que ce sont ces « braves types » un peu maladroits qui auraient des leçons à donner en matière d'écriture à leurs confrères et consœurs du vieux continent.

    Il rencontre sur place un pécheur faussement authentique mais réellement roublard, un vrai docteur, celui-là, en rupture de ban, qu'il croise dans l'avion , l'hurluberlu étant surpris le bras dans les toilettes chimiques de l'engin à essayer de repêcher une fiole d'amphétamines tombée dans le trou. Ils vivront tous les trois une équipée en mer, sur l'Océan dit Pacifique, qui ne sera pas une « pêche miraculeuse », mais une épopée au cœur des ténèbres en raccourci, leur « Apocalypse Now ».

    Hunter décrit ce qu'il y a derrière le folklore, tout en racontant l'histoire de ces rochers perdus au milieu du Pacifique d'une manière bien particulière. Il évoque le racisme des différentes ethnies les peuplant vis-à-vis l'une de l'autre, la violence des échanges, les américains du continent blottis au chaud dans leurs hôtels de luxe; « bunkers » dorés où ils trouvent tout ce qu'il leur faut, comme à New York ou Los Angeles.

    Et comme à l'accoutumée, même si l'on s'est promis, juré, craché de ne pas se laisser de nouveau avoir par Hunter Thompson et ce que les imbéciles appellent ses divagations alors qu'il est des plus lucides, on ne s'arrête de livre ce livre qu'une fois la dernière page tournée.