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diaristes

  • Le "journal" de Jules Renard

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    «Je ne m'embête nulle part, car je trouve que, s'embêter, c'est s'insulter soi-même.»
    [ Jules Renard ] - Extrait de son Journal (d'autres citations au lien ci-contre)

    Jules_Renard.jpgJ'ai commencé à lire le fameux journal de Jules Renard. Si on y trouve un esprit affûté et critique sur tous les sujets touchant à la vie culturelle, à la littérature, à la philosophie, cela engendre un certain malaise dés qu'il parle de sa vie domestique et surtout de sa vie familiale. Jules Renard reste "Poil de Carotte", il appelle sa mère "Madame Lepic" et lui voue une haine sans bornes qui ressemble souvent à une grande passion amoureuse dévorante. Il en fait des cauchemars terrifiants et scandaleux qu'il expose dans ses notes. De plus, Jules Renard parlant de ses domestiques et de la vie quotidienne de sa maison familiale est détestable. C'est un bourgeois propriétaire qui se met en fureur, une fureur noire, dés que ses serviteurs ont l'audace d'aborder la question d'une augmentation, qui les traite avec un mépris très antipathique. Pourtant il se dit républicain, voire socialiste, écrivant une nouvelle pour le premier numéro de l'"Humanité", "la vieille". On m'objectera peut-être que c'est propre à tout le monde, que chaque esprit a sa dialectique interne. Cela dit, ça n'enlève rien à son talent ni à son style car il en a un, puissant et incisif. J'aime beaucoup le récit de la soirée chez Sarah Bernhardtqui ne craint pas le ridicule visiblement, la grande actrice jouant les reines d'Egypte de pacotille, allongée sur une peau d'ours. Les invités ont la trouille de ses animaux de compagnie, deux pumas très affectueux avec les hommes de poids présents tout comme deux énormes dogues aux pieds de leur hôtesse. Il est parfois injuste avec certains auteurs comme Oscar Wilde, pointant parfaitement à d'autres endroits les faiblesses de l'un ou de l'autre, comme la propension à l'insulte de Léon Bloy ou d'autres quand ils se laissent aller à la facilité. Il admire Barbey d'Aurevilly et contrairement à ses contemporains qui portent Zola aux nues, il trouve ce dernier beaucoup trop moralisateur finalement ; là-dessus je le rejoins. Ce qui est curieux, c'est qu'on le classe un peu vite parmi les écrivains naturalistes, réalistes et un rien secs alors qu'il est finalement noir et presque gothique, révolté et romantique. Ce bourgeois positiviste a de temps à autres des fulgurances anarchistes, des envies d'envoyer tout promener, femme, enfants et propriétés pour les beaux yeux d'une "grisette" croisée dans la rue.