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désert

  • Bernanos et les médiocres

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    Si j'aime beaucoup ce que Pierre Cormary écrit habituellement, là il exagère...

    Bernanos dit ceci dans "le Soleil de Satan", cité par Yves Bernanos à la fin de cet excellent article que je me permets de relayer car il remet certaines choses au point concernant entre autres la médiocrité assumée de notre époque : "La jeunesse décimée, qui vit Péguy couché dans les chaumes, à la face de Dieu, s’éloigne avec dégoût du divan où la supercritique polit ses ongles. Elle laisse à Narcisse le soin de raffiner encore sur sa délicate impuissance. Mais elle hait déjà, de toutes les forces de son génie, les plus robustes et les mieux venus du troupeau qui briguent la succession du mauvais maître, distillent en grimaçant leurs petits livres compliqués, grincent au nez des plus grands, et n’ont d’autre espoir en ce monde que de pousser leur crotte aigre et difficile au bord de toutes les sources spirituelles où les malheureux vont boire."

    Il est qualifié de "planqué" par l'auteur que son descendant cite.

    Rappelons que le "planqué" a cru bon de dire la vérité sur la guerre d'Espagne dans "les Grands Cimetières sous la lune", quitte à quitter ce pays sous le feu des phalanges et à perdre tous ses amis ainsi que sa situation.

    Il aurait pu fermer la bouche et ne rien dire, et s'assurer une rente confortable.

    Rappelons que le "planqué" s'est tout de suite engagé avec force et détermination pour la liberté de son pays en 40.

    Rappelons enfin que "le planqué" ne s'est jamais rallié à un camp en acceptant des compromis abjects.

    En 2010, il manque des voix aussi puissantes, libres et indépendantes que celle de ce "planqué".

    Mais hélas, l'époque est à la médiocrité assumée, revendiquée, à la banalité portée en étendard.

  • Dieux avant les hommes

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    «Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence ?»

    Théodore Monod

    Secret-desert-Saint-Exupery.jpgComme je suis moins sage que Théodore Monod, qui en a lui-même beaucoup parlé, je vais quand même me lancer dans un bavardage qui lui semblerait cependant vain. Lors d'une discussion, quelqu'un m'a demandé pourquoi le désert fascine tant les personnes en recherche de transcendance, les aventuriers. Pourquoi le désert ? Pourquoi le Proche-Orient et pourquoi pas les pays du Nord ? C'est une question passionnante et qui me touche personnellement, moi qui aime tant le Proche Orient et ses déserts.

    Dans un texte de Balzac, un vieux « grognard » de Napoléon raconte ses campagnes à ses petits enfants et il en vient à parler de celle d'Égypte, les gosses lui demandent alors avec insistance de définir ce que c'est le désert, ce qu'on y ressent vraiment. Il répond : « Le désert c'est Dieu avant les hommes », avant le gâchis, avant le saccage de la Création. Les paysages du Jourdain était caractéristique de cette idée, tout en sensualité, en rondeurs voluptueuses, sous un climat d'une douceur incomparable. Cela est insupportable aux imbéciles qui veulent impose leurs vues à leurs semblables, un bonheur selon leur point de vue, un bonheur obligatoire mais complètement arbitraire. C'est à cause d'eux que cette région du monde est une des plus agitées du globe depuis des millénaires. La paix du désert, des oasis, des vallées fertiles, excitent la haine des crétins. Ils ont peur de la beauté sous leurs yeux, de ce qu'ils pourraient ressentir.

    Le désert est aussi l'infini à portée de main, l'origine du monde, un monde que l'on peut croire encore sans souillures, sans la souillure du mal. C'est aussi une comme une utopie en vrai, concrète. Comme le dit aussi Saint Exupéry dans « le Petit Prince » : « J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…».

    Et pour répondre à la question que l'on me posait, pourquoi le désert ? Parce que comme cet auteur le disait aussi, ceux qui sont en recherche de transcendance, les aventuriers, ne sont jamais contents là où ils sont, toujours insatisfaits, toujours en quête d'autre chose de plus grand et de plus beau qu'eux et la société des Hommes.

    La solitude que l'on y trouve ne mène pas forcément à la sagesse, mais on ne se soucie plus du monde ou de sa routine. On sait qu'on le retrouvera après et qu'il sera tout aussi médiocre, tout aussi désespérant.

    Jordanie03-LeJourdain.jpgD'aucuns ne ressentent plus de bonheur ou de malheur, de souffrances, ils existent simplement pour la première fois et y prennent conscience de leur humanité car comme l'écrit Saint Exupéry encore : «La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle.», et le formidable obstacle qu'est le désert en particulier. Les ermites ne s'y réfugient pas pour accéder à une conscience de pur esprit, mais pour retrouver ce qui est vraiment humain en eux et non se borner à leurs pulsions animales comme tout un chacun, ou leurs pulsions de survie. On peut y ressentir un désespoir infini tout comme un espoir sans limites.

    Et enfin, comme l'écrit Teilhard, « à qui meurt d'amour le désert est le seul refuge ». Et l'on peut mourir d'amour pour une seule personne comme pour toute l'humanité, comme les héros de «L'Atlantide » de Pierre Benoît., tous deux amoureux de leur Anthinéa. Pour lui le désert est une utopie morte : « Aujourd'hui, de la belle île que la mer et les vents faisaient orgueilleuse et verdoyante, il ne reste que ce massif calciné. Seule a subsisté, dans cette cuvette rocheuse, isolée à jamais du monde vivant, l'oasis merveilleuse que vous avez à vos pieds, ces fruits rouges, cette cascade, ce lac bleu, témoignages sacrés de l'âge d'or disparu. »

  • "Into the wild" de Jon Krakauer

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    into-the-wild.jpgJe viens de finir ce livre qui n'est pas très bon sur le plan du style, décousu, mal écrit. On est loin de Cormac MacCarty, Kerouac ou John Kennedy Toole mais le sujet est passionnant. Un jeune homme bien sous tous rapports selon les critères américains et européens, d'une famille aisée, qui réussit ses études brillamment, qui est capitaine de l'équipe de foot locale, décide un jour de tout plaquer, après mûre réflexion. Dans un premier temps il veut faire le tour de l'Amérique, ensuite il décide d'aller vivre en Alaska loin de la bêtise et du goût pour la destruction des hommes,d'abandonner presque tous ses biens sauf quelques livres, un réchaud et un sac de riz, Chris McCandless. C'est une décision qui peut paraître complètement insensée, mais somme toute, la décision que prend le jeune homme est parfaitement rationnelle. Il n'a pas envie de changer le coeur des hommes, de transformer la société. Pendant plusieurs mois il va presque réussir mais il manquera surtout de préparation, comme tout bon occidental que paradoxalement il reste profondément, il pense qu'il trouvera toujours une solution et finalement il manque de chance ; on lui donne de très mauvais conseils et la saison est plus froide que d'habitude. Il mourra de dénutrition et de maladie au bout de quelques mois, on le retrouvera très amaigri, un morceau de papier appelant au secours près de lui dans l'autocar désaffecté qu'il avait aménagé sommairement.  Ses derniers moments de désespoir tels qu'il les rapporte semble donner raison à ceux qui le prennent pour un fou, mais avec un peu plus de préparation, il aurait pu réussir son projet.

    Ce livre me touche énormément, car il m'arrive souvent devant l'amertume, la médiocrité des sentiments, la petitesse d'esprit, la malveillance a priori de certaines personnes que l'on peut croiser, qui devant un physique, un louque ou des paroles hors-normes, de rêver de désert comme lui, de rêver de quitter la société des hommes. D'aucuns y vont une attirance pour le néant car ils ne peuvent plus concevoir que l'on se démette des objets sur lesquels nous fondons notre dignité dans notre société consumériste, il s'agit plutôt d'une attirance pour l'absolu, l'idéal, finalement tout plutôt que de rentrer dans le troupeau docile des gens ordinaires dont les rêves ne sont plus dictés que par la publicité.