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dégoût

  • "Bienvenue à Boboland" de Dupuy et Berberian

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    boboland.jpgJe viens de finir l'album et plutôt que de rire, j'ai surtout ressenti un peu de dégoût devant le comportement "bobo" épinglé par les deux auteurs. Je m'attendais à une sorte de chronique gentillette, un rien vacharde mais pas trop, un peu dans le genre des films de Cédric Klapish, mais finalement, c'est avec un humour très acide et extrêmement caustique que cette bande très juste dans les moindres détails (je connais bien ce milieu) démonte les attitudes de cette tribu étrange des bourgeois bohèmes. Ils oublient simplement une chose : pour un bobo, le bobo c'est toujours l'autre. Et à l'inverse, "bobo" devient un peu trop vite l'insulte vite balancée par quelques ignares pour se justifier de leur ignorance devant quelqu'un d'un peu plus cultivé. A Boboland, on a de l'argent, beaucoup d'argent, et finalement on s'ennuie beaucoup car on n'a pas rempli le vide laissé par la perte des valeurs ou des idéaux, voire des utopies. On veut vivre sainement à Boboland, mais au bout du compte cela reste une attitude, et cette attitude est l'essentiel, quitte à payer un jus de fruits, deux tomates et une courgette trente fois plus cher qu'ailleurs. A Boboland, l'on recherche l'authenticité, mais une authenticité frelatée, une authenticité vue par un créatif de pub, et les bobos oublient souvent que c'est eux les premiers qui la détruisent. Ils essaient de se créer leurs endroits, leurs coins agréables, ce genre de cafés dits "bios" ou de restaus où l'on fait maintenant du "fooding" en place de la cuisine traditionnelle, où les serveuses mettent trois heures à servir car elles rêvent de faire la figuration dans un film, de Klapish justement. A Boboland, l'on couche à droite à gauche pour tromper son ennui. Et de temps à autres l'on organise des fêtes à alibi humanitaire (on y donne de toutes façons le minimum pour les plus pauvres) pour se donner bonne conscience, pendant lesquelles on versera des larmes de crocodiles en attendant la prochaine expo de photos esthétisantes qui montrent des chtits n'enfants africains. De toutes façons, c'est encore l'attitude qui compte le plus, la vérité des opinions ou la sincérité n'ayant aucune importance. Les silhouettes des personnages sont parfaitement rendues, les filles minces et quasiment anorexiques, de pauvres petites filles riches vaguement névrosées pour la plupart que ça n'empêche pas de se faire avoir par les mêmes salopards qu'avant, les types habillés "cool" et "hype" mais aussi durs en affaires qu'avant. Et finalement, la bourgeoisie, fût-elle bobo, reste la même. Je comprends que les lecteurs de "Libération" n'aient pas aimé, le miroir n'était pas assez flatteur.

    J'aime beaucoup le gag cruel de l'écervelée qui laisse traîner un livre d'Anna Gavalda, parfaite auteur bobo, qui parle "de ces petites choses qui sonnent tellement vrai", un peu comme la sitcom "Un gars, une fille" mais en plus intello, (Beuark) sur un banc pour faire du book-crossing, de l'échange gratuit de livres, et qui est stupéfaite de voir un éboueur le ramasser et le flanquer à la poubelle au lieu de s'en extasier.

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  • "Valse avec Bachir" - Ari Folman

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    valse_avec_bachir_3.jpgJe viens de voir ce film étonnant qui aurait bien mérité une récompense à Cannes, en tout cas largement plus que le guimauve et frelaté "Entre les murs" bien sûr plus optimiste sur la nature humaine, c'est plus confortable. A la fin de ce film, devant les images de Sabra et Chatila j'ai eu cette réaction épidermique : l'être humain est un porc qui se laisse aller aux pires exactions la plupart du temps, quand on le laisse agir sans contraintes ; l'être humain est lâche quand il s'agit d'empêcher un massacre, il se cherche des excuses et ne pense pas aux conséquences, il se donne un chef ce qui lui permet d'abandonner toute responsabilité, il se pare de belles intentions, d'idées splendides et généreuses voire blasphème en invoquant sa foi pour tuer toujours plus. Je me pose aussi cette question : Comment peut-on croire en l'homme après le meurtrier XXème siècle ? A la fin j'ai pleuré de rage et de dégoût devant tant de bassesses, ainsi que je me rappelle l'avoir fait après avoir visité les champs d'un village palestinien, des tomates, des vignes, des oliviers et deux orangers, détruits par l'armée israélienne au bénéfice de colons stupides, ils ne voulaient pas croiser les palestiniens sur les mêmes routes et les bulldozers avaient tracé la nouvelle route, leur route, au milieu des cultures, ces cloportes venant d'Amérique s'installaient à Bethléem près de la pseudo-tombe de Rachel, qui n'est qu'un mensonge pour justifier l'avidité de débiles ignorants. Tout cela ne devrait pas être négociable.

    valse_avec_bachir_4.jpgL'être humain ne veut pas voir le réel qui le dérange, ne veut pas voir la pauvreté, la guerre et le malheur, je me souviens de tous ces gens qui doutaient de nous quand nous leur racontions les conditions de passage des 3000 ou 4000 palestiniens qui traversaient le passage d'Erez à Gaza chaque jour, à ceux-là j'aurais voulu leur mettre le nez au-dessus du seul chiotte à la disposition de ces "invisibles" en transit. Les peuples entourant Israèl ne sont pas en reste, tuant les civils, massacrant à coup d'attentats suicides, pervertissant des idéaux et des croyances, embrigadant des enfants (comme ce gosse tenant un lance-roquettes que l'on voit dans ce film). Et j'aime bien Israèl, d'ailleurs ce film montre cet Israèl que j'aime, libre, intelligent, riche de cultures passionnantes, celui de Tel Aviv et Haîfa, de quelques rues à Jérusalem, car ailleurs la connerie y règne en maîtresse quasi-absolue, quel que soit le quartier, accompagnée de la haine, l'égoïsme et l'aveuglement. Le choix de l'animation pour 99% du film est absolument pertinent car le 1% restant n'en est que plus fort et l'oeuvre n'est plus seulement un documentaire, elle va beaucoup plus loin.

    valse_avec_bachir_5.jpgEt finalement, ce film dit bien qu'il n'y a jamais eu, qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura jamais de "guerre juste" quelle que soit la cause mais que tant que l'être humain foulera cette terre, il y aura encore des guerres. Le réalisateur et narrateur du film, qui recherche ses souvenirs sur la guerre du Liban et les massacres de Sabra et Chatila a curieusement des faux airs de Philip K. Dick, dont une des oeuvres, "A scanner darkly" vient d'être adapté dans un film un peu dans le même esprit. "Valse avec Bachir" est aussi intéressant que "Persépolis"; Ce sont des films qui m'aident à comprendre et aimer un peu plus ce qu'il y a de beau à aimer au Proche Orient, dans ces pays qui sont mes terres saintes car je m'y suis senti enfin chez moi. Je m'y suis senti chez moi de par la sensibilité à fleur de peau des palestiniens comme des israéliens, des peuples bien loin des petites préoccupations nombrilistes des peuples occidentaux qui veulent surtout continuer à boire, baiser et bouffer sans se poser de questions ni éprouver de remords, sans culpabilité, comme le verrat dans sa bauge et qui ne voit pas, qui ne veut pas le voir, le monde qui change, les gens qui meurent de faim et de pauvreté, la planète progressivement détruite, et qui continuent à danser au-dessus du volcan qui gronde. 

    en photos : des moments du film 

    La bande-annonce ci-dessous