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cynisme

  • Des faux-semblants et des leurres dans les chœurs de vierges

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    société, cynisme, méchant, leurres, christianismeIl y a deux jours, j'étais à une soirée avec des proches. C'était une mini-kermesse ma foi très sympathique animée par un jeune homme bien fait de sa personne, prêtre de surcroît, ayant derrière lui une cour de jeunes et moins jeunes femmes plus ou moins féminines, un chœur de vierges riant ou plutôt hennissant à la moindre de ses blagues, même les moins drôles, applaudissant la moindre de ses constatations comme géniales, forcément, et feignant même d'écraser une larme quand il cherchait à susciter l'émotion.

     

    Il les a ensuite fait danser, ainsi que les enfants présents, qui ont adoré ça, autour d'un feu de camp il est vrai magnifique.

     

    Ce jeune homme, ancien artiste, qui en a gardé un goût certain pour la scène, et qui a donc maintenant charge d'âmes, est réputé tellement dynamique, tellement sympathique par ce chœur en particulier qui l'entoure de petits soins, d'attentions parfois un peu lourdes, mais toujours selon des bonnes intentions un peu candides. Ces « fans » rient parfois un peu plus fortement, de manière un peu plus aiguë à ses plaisanteries, signalant que leur enthousiasme mystique ou pour l'art de leur objet de vénération est aussi et surtout une forme de sublimation de leurs frustrations et de leurs désirs.

     

    On me rétorquera, pourquoi les blâmer forcément de vouloir embellir leur existence ? Pourquoi les blâmer de ne pas vouloir être malheureuses en ressassant leurs manques ?

    Mais plutôt que ce genre de sublimation, elles ont aussi la capacité de s'accepter telles qu'elles sont et d'essayer d'accepter leur vie telle qu'elle est avec ses joies et ses peines.

     

    Je précise que ce n'est d'ailleurs pas lui que j'attaque, car il fait somme toute du bien mais les leurres et les faux-semblants qu'il me semble voir dans le comportement de ses admiratrices qui se fichent bien au fond de ce que dit leur objet de fascination, ce qui est dommage car ce qu'il dit et conseille est fort juste.

     

    J'ai songé alors à ce que dit Solal à Ariane dans « Belle du Seigneur » sur l'idée que s'il avait en travers du visage une cicatrice de 30 centimètres elle l'aimerait sans doute beaucoup moins voire pas du tout et ce malgré ses dénégations véhémentes. Cela m'a rappelé également une nouvelle de genre fantastique de Roal Dahl, dans « Bizarre, bizarre » dans laquelle un jeune homme, pasteur, réputé aussi sympathique pour les mêmes particularités, et également d'un physique agréable, et ayant lui aussi charge d'âmes, finit dévoré par son « chœur des vierges » qui l'a ainsi tout à lui (Roal Dahl, comme Solal, passera pour cette histoire, tout comme moi je suppose, pour un cynique, un affreux personnage certainement jaloux).

     

    Je me suis donc demandé ce que serait l'enthousiasme de ce « chœur des vierges » si ce jeune homme eût été moins beau, moins à l'aise devant un public ? Je me demande ce qu'il serait s'il était moins éloquent mais aussi profond ?


    Il est à peu près certains qu'il aurait beaucoup moins de monde à rire, applaudir et s'extasier complaisamment à chacune de ses interventions. La seule chose que je constate d'emblée aux « fruits » de cette enthousiasme, de cette joie qui devrait pourtant être contagieuse, est que la seule personne qui m'ait parlé gentiment et naturellement à cette soirée, qui m'ait vraiment accueilli sans avoir besoin pour cela de grands et beaux discours forçant les larmes, est un petit garçon sans complexes, pas un petit garçon de « livres d'images », sans défauts ni bêtises amusantes à faire, non un vrai gosse de la vraie vie.

     

     

    Par contre il n'y eut personne parmi les « aficionados » de ce jeune homme à accueillir aussi bien. Est-ce étrange ? Je me suis rappelé aussi de ce pauvre curé d'Ambricourt, qui n'est pas une figure triomphante, qui ne plaît pas car il va contre les hypocrisies du monde, qui finit par mourir presque tout seul, et qui pourtant est beaucoup plus proche du Christ par sa pauvreté, spirituelle et matérielle, que bien des jeunes hommes qui ont parfois la tentation du "gourou".  

     

    illustration prise sur cet excellent blog très intéressant