Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

culture

  • De l'abbé Bethléem aux bourgeois pédagogues

    Imprimer Pin it!

    littérature, bibliothèque, société, censure, bêtise, culture, amaury watremezL'abbé Bethléem était cette figure pittoresque de prêtre de choc qui pendant plusieurs décennies pensait expurger la littérature de tout ce qui était mauvais pour le peuple (voir à ce lien). Il s'est systématiquement trompé sur le talent des auteurs qu'il censurait, y compris les catholiques, et portait aux nues une littérature toute en exemplarité sans couleur, sans saveur, sans odeur. Il était un genre de boussole à l'envers, de celles indiquant toujours le Sud. Il était sincèrement persuadé de faire le Bien en évitant aux âmes de se pervertir. On ne peut véritablement l'en blâmer après tout.

     

    Parfois certaines voies sont pavées de bonnes intentions dit-on.

     

    Il est de ces personnages permettant aux bien-pensants d'évoquer l'ordre moral d'antan, un ordre noir réputé arbitraire et insupportable. Il était un Don Camillo "réac" en somme. Ledit ordre noir était pourtant tout relatif ainsi que le rappelait Marcel Aymé dans un texte sur la libération sexuelle, les enfants et les grandes personnes, y compris à Paris, avaient quotidiennement tout autour d'eux des animaux, animaux de trait, de labours, chevaux, s'ébattant librement voir se reproduisant sous leurs yeux. Ils avaient des leçons de chose -de "la" chose- en vrai. Le joug moralisateur était donc tout relatif.

    Lire la suite

  • Nazis dans le rétro Remix

    Imprimer Pin it!

    hugo.jpg

    Aussi sur Agoravox

     

    Ce qui domine sur le net en nos temps tellement progressistes que l'ignorance et l'inintelligence deviennent des genres de nouvelles médailles c'est l'absence quasiment totale de compréhension du second degré ou de l'ironie. L'esprit de sérieux domine, et la gravité des imbéciles, celle qui les fait se sentir important ne serait-ce qu'un bref instant fugace. Parmi ceux-ci on trouve pour les plus remarquables les auteurs engagés.

     

    Le nécessaire engagement de la littérature, engagement bien-pensant bien entendu, il ne peut y avoir d'auteurs de droite par exemple, c'est quasiment interdit à moins d'être dans le rôle du « réac » de service. C'était devenu une des rengaines les plus serinées depuis des décennies mais celle-ci est beaucoup moins audible car les leçons de morale de ces petits marquis de la bonne conscience politique portent moins au sein du peuple et même parmi les pseudo-élites. Les « gens », comme ils appellent tous les autres en dehors de leur milieu, les « gens » sont bien ingrats...

    Lire la suite

  • Complexe d'infériorité littéraire

    Imprimer Pin it!

    littérature, culture, société, politique, amaury watremezAussi sur Agoravox

     

    J'ai remarqué que lorsqu'un scientifique ou présumé tel parle de son domaine, ou un quelconque philosophe improvisé et que parfois il en tire des conclusions délirantes n'ayant plus rien à voir avec un raisonnement équilibre, la plupart des gens se taisent respectueusement et écoutent. Voire mettent en pratique les recommandations dudit penseur. Ils s'inclinent. Lorsqu'un « littéraire » parle de littérature, l'attitude change, elle est alors beaucoup plus agressive. Les interlocuteurs sont alors sur la défensive, prêts à mordre comme si leurs manques de culture allaient en devenir criants et exposés sur la place publique. Cela ne les empêche pas dans le même temps, sans qu'ils n'y voient de contradiction, de proclamer l'inutilité de la littérature comme savoir...

     

    On en vient dans 90% des cas à ressortir le lieu commun éculé de « l'école de la vie » qui serait infiniment supérieure à toutes les autres....

    Lire la suite

  • L'avenir de la culture

    Imprimer Pin it!

    culture, littérature, livre, bibliothèque, politique, amaury watremez

    Sur Agoravox aussi

     

    Je suis toujours très agacé quand j'entends le chœur des pleureuses déplorer le manque de culture des jeunes, leur peu d'appétence pour la littérature et les arts. Car ce sont ces mêmes pleureuses qui n'ont pas su transmettre quoi que ce soit en ce domaine à leurs enfants et petits enfants. La plupart n'ont d'ailleurs pas de bibliothèques chez eux ou sinon quelques « ouvrages de table basse » faisant « bien » quand il y a des invités, et ne vont pas plus au concert ou au théâtre que leur progéniture.

     

    Lorsqu'on leur en fait la remarque, leur premier réflexe est d'incriminer bien vite l'école et l'Éducation Nationale, aux enseignants si mal formés, aux différentes réformes. Ce serait la faute à leurs professeurs qui ne les aimaient pas, qui ne les comprenaient pas, les pôvres...

     

    Comme si la culture ne s'apprenait que dans une classe, comme si elle ne devait naître d'un apprentissage fastidieux. On ne sait d'ailleurs plus très bien définir la culture, on pense souvent que chacun a sa propre « culture » selon ses propres critères alors que celle-ci n'a rien de relatif. On est cultivé ou pas, c'est une réalité -cruelle pour certains.

    Lire la suite

  • La Culture et la Droite actuelle

    Imprimer Pin it!

    daumier_hono_6e51006050a9_persportrait_0_b6.jpgLa Droite actuelle, dans son ensemble, des « Républicains » au FN a beaucoup de mal avec la Culture toujours perçue comme un apanage des bourgeois se voulant de progrès, des « bourgeois pédagogues ».

     

    C'est un truc de « bobos » !

     

    Cela devient l'excuse de nombreux incultes de droite afin de justifier leur ignorance. D'aucuns, si une personne de leur camp affirme une appétence pour les Lettres, les Arts ou la Musique, évoquent également maintenant les « bobos de droite », des prétentieux, des vaniteux qui parlent de tous ces sujets pourtant nobles par orgueil c'est sûr et parce qu'ils en ont les moyens financiers. Accuser les « bobos » c'est la panacée ultime pensent-ils...

     

    Avoir une bibliothèque conséquente alors que l'on n'a pas fait d'études de Lettres, sortir au musée, au théâtre éveille aussitôt le soupçon et des corollaires inattendus. L'on suspectera aussi d'inversion sexuelle ou de libertinage et autres perversions infâmes le malheureux, la malheureuse sur lesquels on tirera au besoin quelques flèches acérées pour en rajouter...

    Lire la suite

  • Enquête sur le meurtre de la culture

    Imprimer Pin it!

    à propos de « C'est la culture qu'on assassine » de Pierre Jourde re-paru en "Pocket"

    Couverture du livre de Pierre Jourde empruntée au site de "Pocket"

    Couverture de "la Crise de la Culture" de Hannah Arendt prise sur ce site

    politique, éducation, littérature, société, éducation, enfants, adolescents, amaury watremez, culture, pierre jourde

     

    Je te préviens tout de suite ami lecteur jeune victime de plusieurs décennies de réformes déplorables de l'enseignement des Lettres et de téléréalités décervelées, ce texte contiendra comme à mon habitude lamentable, je le sais bien, et pire je n'en ai aucun remords, de l'insolence et de l'ironie à peine déguisée. Dans sa courte préface à cet ouvrage, Jérôme Garcin remarque que l'auteur est sans cesse en colère à peu près contre toutes les dérives de son époque, ce qui suggère-t-il n'est pas loin d'en faire un réactionnaire. Enfin, pas tout à fait, puisque ces articles, rassemblés ici par thème, sont d'abord parus dans un blog hébergé par le « Nouvel Obs », « confitures de culture », qu'il continue d'ailleurs à entretenir pour la plus grande joie de ses lecteurs dont je suis depuis « Petit déjeuner chez tyrannie » écrit avec Éric Naulleau.

     

    Évacuons tout de suite la seule nuance que j'aurais à émettre sur ce livre, dans son avant-propos Jourde écrit, et il a raison, que n'importe qui peut rédiger un blog, et donc rédiger n'importe quoi en nos temps où sévit la dictature de l'opinion personnelle considérée comme forcément légitime à partir du moment où elle est exprimée. Il laisse entendre bien entendu ensuite, comme tous les blogueurs, qu'il n'est pas tout à fait n'importe qui quant à lui (et là aussi je suis d'accord, moi aussi je ne suis pas n'importe qui). Excepté cette nuance minime, je trouve remarquablement pertinent sur la grave crise de la culture que nous vivons en ce moment la plupart des propos de Pierre Jourde.

     

    Il classe ses textes par grands thèmes et aborde au final tous les aspects de la question :

     

    Le rôle catastrophique des médias qui entretiennent la soumission aux gadgets, aux conformismes les plus abjects, la destruction de toute éducation et le détricotage de l'Enseignement sous la poussée en particulier des théories déliro-pédagogistes de Philippe Meirieu, la crise de l'Université et de la Recherche en France, les politiques culturelles déplorables qui sous couvert d'égalité laminent ce qui restait encore debout dans ce pays, la vie culturelle réduite à un élitisme pour bourgeois en quête d'épate, rappelant au passage « la -prophétique- Crise de la Culture » d'Hannah Arendt, le refus de hiérarchies du savoir, tout se valant, Yourcenar et Marc Lévy, Guillaume Musso et Julien Gracq, le mépris pour la Littérature et les écrivains considérés comme relevant de la culture bourgeoise (note personnelle : mépris illustré il y a peu par l'aveu d'inculture, sans aucune culpabilité de la Ministre de la Culture Fleur Pellerin). Et il pose cette question qui n'en est pas une de « l'utilité » de la Littérature, écrivant ceci que je trouve très beau et absolument juste « Toute beauté est superflue […] mais les hommes se nourrissent de beauté » bonne pour l’élévation de leur âme.

     

    J'apprécie particulièrement évidemment les chapitres consacrés à l'Éducation Nationale, aux formations aberrantes qui supposent que l'enseignant ne soit plus qu'un bureaucrate docile et ne transmette plus de savoir, surtout pas, laissant l'élève s'exprimer sans contraintes ce qui suppose la dictature du cliché et du lieu commun entendu ou vu sur « TF1 » (TM°), « Youtube » (TM°) ou pendant l'émission hélas populaire de D8, « Touche pas à mon poste » (« TM° »). Il décrit le mépris pour l'expérience de terrain qui seule forme vraiment des enseignants qui apportent quelque chose aux élèves, et qui l'apportent seulement s'ils sont exigeants envers eux et soucieux de leur excellence, ce que d'ailleurs les adolescents apprécient plus que le laxisme ou appréciaient car je crains que les dégâts pour la génération actuelle ne soient irréversibles.

     

    politique,éducation,littérature,société,enfants,adolescents,amaury watremez,culture,pierre jourdeRappelons en passant que l'on demande aux bibliothécaires et documentalistes non plus de préserver le patrimoine et l'histoire culturels du pays mais de ne mettre en rayon que des livres de moins de quatre ou cinq ans, entretenir les « supports informatiques » considérés comme seuls susceptibles d'intéresser des jeunes déjà soumis à la dictature du « smarfône » ou de la « tablette » et jeter aux ordures les « bouquins » considérés comme trop « vieux » ou « poussiéreux », en particulier les « Classiques » écrits certes le plus souvent dans une langue devenue strictement incompréhensible pour des élèves ayant subis des reformes stupides de l'apprentissage de l'orthographe, le tout ayant pour conséquence que dans les « grandes » écoles et dans les universités les professeurs doivent souvent maintenant re-donner des cours basiques sur l'accord du participe passé ou la simple syntaxe.

     

    Jourde évoque également plus généralement la crise de l'Éducation en général, ces parents et éducateurs en général qui ne veulent surtout rien transmettre aux enfants et aux adolescents, qui ne connaissent plus aucune limite à leurs pulsions, qui ne savent et ne veulent plus écouter, et qui sont devenus en définitive à de rares exceptions des néo-barbares ignorants, des barbares 2.0, des enfants rois et narcissiques fiers de leur ignorance crasse, de leur allégeance au système, qui ne tolèrent et ne comprennent que l'arbitraire du groupe, des esclaves dociles et volontairement soumis errant sans identité commune ni âmes dans les allées du grand « Barnum spectaculaire » (TM°) contemporain comme dans les rayons d'un supermarché géant, ne rêvant plus que devant les vitrines recelant les objets qu'on leur intime de posséder pour se sentir bien.

  • A tous ceux qui oublient de vivre

    Imprimer Pin it!

    Bien souvent sur le réseau des réseaux, s'associer à des « grandes » causes, défendre de fortes et belles idées (fortes et belles dans l'esprit de ceux qui les mettent en « statuts » Facebook et qui sont souvent autant de lieux communs ; « la guerre c'est mal », « la violence c'est pas bien » etc...) de la manière la plus grandiloquente possible, injurier de belles manières ceux qui s'y opposent, surtout dans la plupart des cas pour se mettre en valeur, c'est juste dans le but d'oublier une situation présente que l'on estime insupportable et frustrante car ne correspondant pas à la haute idée que l'on se fait de soi et surtout à l'image que l'on veut donner de soi qui se doit d'être forcément flatteuse. On veut du sang et des larmes en oubliant qu'il ne donne que du sang et des larmes...

    391241368_small.jpg

    image ci-contre prise ici

     

    C'est une fuite du réel, se consoler ou croire que l'on se console, de n'être que ce que l'on est et rien d'autres, de ne pas être aimé par son « prince charmant » personnel ou sa propre princesse de contes de fées, alors que l'on se rêve génie méconnu, artiste maudit, talent caché bientôt révélé avec toute la gloire et la pompe qui conviennent à la face du monde, voire ce serait encore mieux après la mort du génie méconnu en puissance, ce serait encore plus dramatique, beaucoup fantasmant sur ce genre de coup de théâtre.

     

    Sur leur lit de mort, voire après avoir fini dans une chambre mansardée à Paris, ils imaginent les hommages officiels, les reportages à la télévision, certains passant outre et poussant la logique jusqu'à vouloir être célèbres pour rien, juste pour leur banalité écrasante de « vraigen » simple plutôt que de chercher à se cultiver et de s'élever intellectuellement et spirituellement par eux-mêmes par ailleurs ce qui demande il est vrai des efforts.

     

    D'où la passion des gosses, et de nombreux adultes regardant ça dans une drôle d'attitude de fascination répulsion, dans les deux cas décérébrés, pour les abrutis téléréels d'une médiocrité effarante, ou la centaine de tatouages imbéciles de ce type souhaitant que l'on parle de lui car tatoué. Et le pire c'est que ça fonctionne même si ce n'est pas toujours tout à fait comme il le souhaiterait !

     

    Leur seule vie acceptable devient celle du Web, celle qui est hébergée sur la toile. Nul besoin d'inventer une machine pour qu'ils se téléchargent sur le Net, ils y sont déjà encodés. Et ils en oublient toutes ces petites choses qui font que la vie réelle est pourtant beaucoup plus agréable que la virtuelle, et que, parfois, ne pas se laisser faire par l'adversité, lutter contre la bêtise, c'est aussi partager ces petits moments, ces toutes petites choses entre amis, avec ses proches, un bon vin, un bon repas, un bon dessert pour ceux qui ont le « bec sucré », dont je suis.

     

    (Nota Bene fondamentale :j'ai le « bec salé » aussi)

     

    Trop souvent, ces petites choses futiles, toutes petites choses aux yeux des esprits forts, sont considérés avec mépris, dédaignés, ou alors on passe son temps à ratiociner des heures dessus jusqu'à en dessécher la « substantifique moelle », à intellectualiser à outrance dans un délire de néo-puritanisme qui n'a rien à envier à celui de nos ancêtres, et tout aussi hypocrite voire plus car se parant des oripeaux du progrès des consciences. On confond « bouffer » et manger, apprécier la bonne chère étant considéré comme de la goinfrerie, et de même l'on mélange l'ivrognerie et la dégustation d'un bon vin entre amis dans une folie hygiéniste.

     

    ci-dessous photo de l'auteur

    politique, société, poésie, culturePlutôt que de vivre par procuration sur Internet, sachant que les déclarations ronflantes ne changeront rien aux causes défendues, ou pas grand chose si cela n'est pas suivi d'actes concrets et d'engagements réels dans la vie quotidienne, je me demande toujours pourquoi ces personnes n'essaient pas de voir un peu la beauté du monde autour d'eux, d'aimer sans rechercher un amour de roman sentimental, de goûter chaque seconde de leur vie en en pressant jusqu'au bout le suc, tout ce qui nous rend plus humains.

     

    On dirait d'ailleurs que tout cela, ce qui nous rend plus humains, est méprisé, dédaignée, conchié par le monde moderne qui ne sait rêver sur sa destruction, dont les nuits sont peuplés de massacres, de destructions de masse, de « post-humains » ou d'« humains augmentés » qui seraient plus performants pour servir le système mais aussi beaucoup plus dociles.

     

     

    Alors de temps à autre ami lecteur, vit, met le nez dehors, abandonne dont « smartfône » dans un coin, éteins ton ordinateur..

  • Bientôt la criminalisation des gonades ?

    Imprimer Pin it!

    4000gender-150x150.jpgAmis lecteurs, j'ai presque honte de le dire en ces temps de « Théorie du Gender » triomphante parmi les responsables politiques en place et de féminisme sociétal radical, je suis un homme, c'est à peine croyable. Je ne prétends pas être « un vrai, un dur, un tatoué ». Je ris de temps à autres à des blagues poivrées tout en absorbant sans souci hygiéniste du « brutal », en détestant cependant la pseudo fraternité de comptoir consistant à taper sur les cuisses du premier type venu, tout ça parce que l'on s'est alcoolisé le cortex au même moment. Et conséquemment, je ne suis donc pas doté d'ovaires, à la place j'ai deux gonades et une verge (si je n'étais pas si modeste, que je pourrais qualifier de bonne taille) et nuls scrupules à en être pourvus ce qui devient rédhibitoire dans nos sociétés dites « avancées ». Enfin, nuançons, dans le tout petit milieu parfaitement coupé du réel qui gouverne en ce moment.

     

    Cela ne m'empêche pas d'accepter également la part de féminité que les hommes de goût ont tous en eux, et qui les rend capables aussi de sensibilité au monde, à sa beauté, et aux autres, à la chair et à la chère (Loué soit le Tout-Puissant, le Miséricordieux mais avec cette phrase je crois que je risque l'excommunication de la nouvelle église du « Gender »).

     

    Et je ne tire aucun remords d'appartenir au genre prétendu des « opresseurs » ce qui sera sans doute le plus grave pour les gardiennes du Temple, et les séides de Sainte Gisèle Halimi ou la bienheureuse Christiane Taubira, martyre affirmée des méchants réacs et autres malveillants de droite à l'entendre, déjà béatifiée vite fait tout debout ces dernières semaines, et en appelant à la « Patrie en danger » du fait du fameux « risque de retour des z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM°) hier soir dans une conférence d'anthologie à la Mutualité, d'anthologie dans l'alignement de clichés et autres lieux communs s'entend.

     

    Même, je ne suis même pas de ces nouveaux hommes qui rêvent de tomber enceints et de changer les couches de leurs gosses pendant que leur compagne travaille, revenant le soir pour goûter le « repos de la guerrière ». On me dira, les femmes qui prennent les choses en main, qui sont actives, ce n'est pas si mal et j'aime bien quand c'est moi qui bouge pas ainsi que Desproges le prétendait également pour lui.

     

    Je ne suis pas comme ces « mâles de service » que l'on trouve obligatoirement dans les causeries et autres conférences sur l'égalité des genres, où ils sont le repoussoir des viragos présentes qui leurs jettent regards réprobateurs et moralisateurs lorsque le pouvoir absolu des mâles durant des millénaires et l’oppression supposée qui s'en est ensuivie est rappelée. Parmi elles, on notera que la plupart ne font ici absolument pas preuve de la douceur et de l'écoute envers tous qui sont présentées comme l'apanage des femmes.

     

    C'est alors que le « mâle de service » susdit baisse les yeux avec humilité, rougit même après avoir aidé le plus discrètement du monde, pour ne pas imposer sa puissance, une des harpies qu'il assiste à débrancher le chargeur de son ordinateur, ce qu'elle n'arrivait pas à faire elle-même de par des siècles de conditionnement « judéo-chrétien matchiste » (TM°) sur la faiblesse physique des femmes je suppose...

    Asterix6.jpgOn note pour l'anecdote que ce mâle de service s'appelle souvent Jean-Michel, je ne sais pourquoi mais c'est ainsi et que malgré une calvitie galopante il est parfois pourvu d'une queue de cheval et d'un anneau dans l'oreille, compensations plus ou moins conscientes je suppose, comme sa toute petite barbiche, un bouc « ticket de métro ». Les « Jean-Michel » finissent soient mariés ou en concubinage avec une virago « kipense » dans le bon sens, insaisissable au lit et castratrice à table, soient avec un autre « Jean-Michel » ayant finalement « découvert » librement leur sexualité la trentaine passé.

     

    Du débat actuel sur les nouvelles dispositions relatives au sort des clients de prostitués ressort cela ; être un homme c'est mal, c'est recourir forcément la violence, l'agressivité et le désir d'affirmer sa puissance sur l'autre alors que la féminité ne serait que douceur et calme, gentillesse, compassion et soin de l'autre. 

     

    Je m'amuse beaucoup à l'avance ami lecteur des réactions courroucées que ce texte taquin ne manquera pas de provoquer auprès des tenant-e-s du dogme et des « Jan-Michel » qui n'ont aucun sens de la dérision...


    image du haut prise sur le site pigeon fûté

    image du bas site neuvième art

  • L'avènement de la civilisation numérique en question - réponse à un article de Serge Tisseron

    Imprimer Pin it!

     fahrenheit_451-copie-11.jpgSerge Tisseron, dans un entretien sur culturemobile, voit dans l'avènement de la culture numérique, la multiplication des écrans dans notre vie quotidienne, un changement de civilisation, qui s'oppose d'abord à la culture du livre, désignée par le psychologue comme arbitraire, et dogmatique, pyramidale, croyant bon d'égratigner au passage la foi catholique forcément répressive à ses yeux quant à la culture, percevant les rapports de celle-ci avec les arts et la littérature comme dans « le Nom de la Rose », le film d'Annaud, le livre d'Umberto Eco étant plus subtil sur la question..

     

    La plupart du temps, les personnes se référant au « Nom de la Rose » comme la référence ultime sur le rôle délicat et criminel selon eux de la religion au Moyen Age n'ont évidemment jamais lu le livre.

     

    Quant à Serge Tisseron, peut-être ne connaît-il pas les œuvres de Raphaël, Michel-Ange, le Caravage, Georges Rouault, Léonard de Vinci, Giotto et bien d'autres créations majeures d'une liberté artistique et d'une audace que beaucoup ont essayé d'imiter sans y arriver jamais inspirées par cette religion ?

     

    Peut-être n'a-t-il pas lu les livres de saint Thomas d'Aquin inspirés par Aristote et quantité de philosophes antiques, de saint Augustin, de Barbey d'Aurevilly, Bernanos, Bloy, Huysmans, Edith Stein, Simone Weil (la philosophe pas la sainte patronne de l'UMP) ? Peut-être ignore-t-il que les lettres de saint Paul sont inspirées par le stoïcisme et donc par Épicure ?

     

    Des mauvais esprits lui répondraient qu'il redécouvre somme toute l'eau chaude car c'est en soi évident, tellement évident hélas, et extrêmement préoccupant car ce qui domine chez les plus jeunes en particulier, c'est la crédulité, le premier degré de la réflexion et de l'analyse, le rejet de toute hiérarchisation des savoirs alors que tous les goûts ne se valent pas, même si on retrouve tous les goûts sur les rayons des grands supermarchés de la culture qu'ils soient virtuels ou pas..

     

    Bien entendu, comme toute « belle conscience » lisant la « bonne presse » et croyant dans les bienfaits des progrès offerts par la société libérale libertaire, il affirme que c'est d'abord un progrès de la diversité, et que cette multiplication des références est éminemment positive, spécifiant quand même en fin d'entretien que certes cela nécessite quand même une éducation à l'image et à la compréhension des écrans, et qu'il s'agit aussi de préserver les livres et la culture livresque.

     

    Ce qui est contradictoire.

     

    Car Serge Tisseron paraît oublier que lorsqu'une nouvelle forme de culture humaine apparaît elle commence d'abord par rejeter et détruire la précédente, comportement déplorable dans la nature même du pitoyable primate humain. Et il semble être aveugle à ces nouveaux autodafés au nom du développement durable (TM°) parfois que les promoteurs de cette nouvelle culture réclament au nom de la liberté, ce qui est le plus ironique.

     

    Autre contradiction flagrante, Serge Tisseron ne veut surtout pas juger ce changement de civilisation mais moralise et condamne dans le même mouvement l'ancienne culture du livre sans trop de questionnement, mais il faut dire que les théoriciens enthousiastes du nouveau monde inquiétant issu de la société de consommation effrénée en train de naître en 2013 n'en sont pas à une contradiction près.

     

    Il ne veut pas voir le « zapping mental » que la culture numérique provoque que ce soit à cause des pratiques informatiques que de la télévision, la progression constante de la difficulté pour les plus jeunes, et les adultes, à se concentrer durablement sur un travail ou une tâche, dont la lecture d'un livre qui en plus oblige à se couper du collectif, à sortir du confort du groupe vu comme un cocon protecteur.

     

    Il ne veut pas voir également la paresse de raisonnement induite par la culture numérique, qui par l'accessibilité même de certains outils, comme les traducteurs automatiques, les correcteurs d'orthographe en ligne, entraine un refus de tout effort mental personnel, ou de recherche de renseignements.


    Pourquoi se fatiguer puisque tout est en ligne sur le Réseau ? Le décervelage à l'oeuvre en notre temps se fait avec l'assentiment encore une fois enthousiaste de ceux-là même qui en sont victimes.

     

    Il refuse de voir enfin que ce qui s'impose sur le net en particulier et dans la culture numérique, ce n'est pas du tout l'acceptation de la diversité des opinions mais l'arbitraire du plus grand nombre, et de la norme, une norme et des standards physiques, comportementaux et sociaux de plus en plus contraignants.

     

    Gare à celui ou celle qui ne veut pas s'y conformer !

     

    En fait c'est à se demander si Serge Tisseron n'aime pas « Big Brother » à l'instar du pauvre Winston Smith à la fin de « 1984 » ?


    image issue de "Farenheit 451", l'adaptation du roman de Bradbury par Truffaut, prise ici


    Un extrait du film qui est, à peine, de la Science-Fiction

  • La culture post-moderne c'est pas LOL !

    Imprimer Pin it!

    Aussi sur Agoravox

    Dans une bibliothèque, pardon une médiathèque si l'on utiliser le vocabulaire post-moderne correct, (il ne faut pas privilégier « l'objet-livre » c'est être ou fétichiste ou réactionnaire selon la doctrine post-moderne de la « société des loisirs »), une mère, qui erre avec son fils entre les rayons visiblement perdue tout comme sa progéniture en « survêts », ou en « djeans » « baggys » avec la marque brodée à l'emplacement stratégique, le téléphone « portable » vissé à la main, présente uniquement pour la forme comme sa génitrice, l'entend qui demande (ça la soulage car elle peut alors se distraire en discutant avec lui) :

    politique, culture, ignares, littérature, confort intellectuel- Maman, qu'est-ce que ces trucs bizarres sur les étagères ?

    - J'en ai jamais vu à la télé, sauf dans les émissions rien chiantes que grand-père il regarde ?

    Et chez nous, y'en a pas...

    - Ce sont des livres mon chéri, je crois que ça s'écrit « l-i-v-r-e », dedans il y a des lettres et des mots, et parfois des images mais c'est pénible à utiliser, on ne peut pas zapper comme à la télévision, et puis c'est quand même moins pratique qu'Internet.

    - A l'école, ils veulent qu'on en achète Maman, mais c'est trop trop dur, y disent que sinon on aura pas une bonne syntaxe et qu'on parlera mal. Et puis ça coûte trop cher pour ce que c'est, tu te rends pas compte !

    La prof elle voulait qu'on achète un livre à deux euros ! Trop dare !

    - Ils se trompent complètement mon chéri, malgré que on lise peu à la maison, ça le fait, on parle trop trop bien chez nous.

    - Il faut pas les laisser dire, à l'école ils veulent te farcir la tête de choses qui ne servent à rien quand on travaille plus tard.

    Et puis ceux qui lisent tu sais, c'est souvent rien que des prétentieux.

    La culture est en France en 2012 de moins en moins un signe d'ostentation sociale, ce qui était déjà en soi quelque chose au moins, sous-entendant que tout n'était pas marchandisable, que l'enrichissement culturel ou intellectuel, un enrichissement qualitatif de l'individu comptait encore.

    Ce qui n'est plus le cas.

    L'individu post-moderne se contente d'une sous-vie sous vide, comme la bouffe qu'il achète dans les grandes surfaces, car sans curiosité, on ne vit pas vraiment...

    Maintenant, il n'y a plus que l'argent qui compte, y compris les milieux de la haute, ou qui se présume haute, bourgeoisie, où l'éducation n'est même plus un mètre étalon pour jauger un individu et la curiosité qu'il a du monde qui l'entoure, du passé ou du présent de ce monde, des sentiments que d'autres ressentent ou de leur manière de les exprimer, leur façon de « dire » le monde.

    Ces personnes qui essaient d'exprimer le monde différemment, à leur manière, tout en cherchant à le faire partager aux autres, ce ne peut être que des malades mentaux, des fous, des inadaptés, des égocentriques,

    On les traite de narcissiques car en plus ils essaient de s'exprimer en dehors du commun, de l'instinct grégaire du « vulgum pecus » qui aime le confort, matériel mais aussi intellectuel, que lui procure le troupeau, car c'est tellement confortable de penser et de ressentir comme tout le monde.

     

    Pour être exposé à Sèvres, sur le plan de la bêtise ou de l'absence de curiosité, les candidats pour servir de « mètre-étalon » se bousculeraient au portillon pour paraphraser un célèbre dialoguiste dans « le Cave se rebiffe ».

    L'individu moderne, jeune ou vieux, qui se fiche maintenant d'être complètement ignare (généralement il ne veut même pas savoir comment fonctionnent les gadgets qu'il utilise chaque jour), a l'ignorance arrogante, il la revendique, étant persuadé que de toutes façons, en quelques « clics » sur le « Réseau » il en saura autant qu'une personne raisonnablement cultivée sinon plus à laquelle l'on sortira généralement les clichés habituels sur l'étalage de la confiture, le parachute qui évite qu'on s'écrase, le fait que le type cultivé est forcément (forcément !) un petit bourgeois privilégié ce qui lui a permis de lire beaucoup, en passant aussi par les remarques acerbes de la gôche qui pense sur l'inutilité de la « culture bourgeoise ».

    Notons que cette détestation des « humanités » et de cette culture « bourgeoise » a conduit à un appauvrissement remarquable de l'enseignement des Lettres et des Sciences Humaines depuis cinquante ans.

    Considérées comme inutiles.

    Rappelons qu'elles sont aussi considérées comme telles par les maîtres des « marchés » car la lecture, qui développe la capacité d'analyse et le sens critique, ne rend pas vraiment docile, et le commerce a besoin de docilité.

    politique, culture, ignares, littérature, confort intellectuelBien sûr, comme à toutes les époques, l'ignorance crasse pousse surtout l'individu moderne qui pense ainsi se cultiver à sombrer dans les pires idées, les pires théories, et un comportement tout aussi grégaire et violent que ses ascendants moins enclins à la technologie, et ce pas seulement sur Internet loin de là.

    Il confond gavage d'informations et capacité d'analyse, il confond aussi les personnes raisonnablement cultivées avec les donneurs de leçons professionnels qu'on lui vend comme très intelligents à la télévision, ainsi celui-ci, qui ne cache même plus le dédain et le mépris qu'il a de ses interlocuteurs moins favorisés par Dame Fortune. C'est également une manière d'alibi, les personnes ayant un bagage culturel un peu conséquent seront forcément assimilés aux z-intellos médiatiques, des rouages du système en somme.

    Ainsi l'individu post-moderne continuera à consommer sans se poser plus de questions...

    images prises ici et

  • Les politiques (mais pas que) comprennent-ils la montée de Marine Le Pen ?

    Imprimer Pin it!

    Aussi sur Agoravox

    Marine le Pen serait à 30% d'intentions de vote selon un sondage pour BFM et « Libération »...

     image prise ici

    Marine-Le-Pen1.jpgEn écoutant pourtant les politiques en parler, en lisant les articles la concernant, des analyses réputées savantes aux constatations triviales, voire aux injures adressées à Marine Le Pen, ou autres allusions parfois peu fines, on se dit que non seulement les politiques, mais aussi les journalistes, les commentateurs et la plupart des analystes se comprennent rien à à la montée du Front National « formule enrichie » avec la fille de son fondateur.

    Ils évoquent sans cesse le pétainisme, le nazisme, les maurrassiens (la doctrine maurrassienne est pourtant très éloignée du populisme de Marine le Pen), un vote protestataire lorsqu'il est question du FN. Croyant lui opposer des arguments énergiques, les commentateurs assimilent sans cesse le FN au NZDAP en 1933, et pourtant, cela ne fait que le renforcer et ne change rien.

    C'est surtout du au mépris des commentateurs envers les « simples » électeurs, mépris et dédain qu'ils ont bien du mal à cacher. Ils nous expliquent doctement qu'il faut bien éduquer le peuple et le guider vers les cimes ensoleillées du progrès,

    Le Front National a une histoire chaotique, conglomérat de groupuscules divers d'extrême droite, des « soldats perdus » de « l'Algérie Française », des nostalgiques de Vichy, des gaullistes déçus, d'anciens militants de gauche.

    La plupart du temps ennemis et prônant des opinions contradictoires sur divers sujets, ces groupuscules se fédèrent autour de la personne fondamentale pour eux du chef, d'où la difficulté pour certains historiques du parti d'adhérer à la nouvelle direction prônée par Marine le Pen qui, contrairement à son père qui se contentait d'être « l'épouvantail utile » de la Vème République, veut arriver jusque sous les ors du pouvoir.

    Il est fondé en 1972 et fait suite au mouvement « Ordre Nouveau », permettant de présenter des candidats aux législatives de 1973.

    Il commence à engranger des voix en 1984, suite aux élections européennes, car c'est principalement le fait que l'Europe se construit sans demander son avis au peuple français qui fait progresser le Pen. Et c'est une trentaine de députés qui entrent à l'Assemblée Nationale en 1986 suite à l'utilisation de la proportionnelle par François Mitterrand, stratégie dangereuse qu'il utilisa pour rabaisser le succès électoral prévisible de la droite.

    Le Front National ne serait pas un parti républicain comme nous le dit « Indignator » (TM°) un peu partout dans les médias...

    On peut se demander ce qu'est un parti républicain, qui décide ce que c'est, et si le Front National souhaite vraiment l'anéantissement de la Vème République.

    Cela part en fait du dogme politique suivant, en France du moins, qui veut que le Bien se situe principalement à gauche et dans les idées de gauche. Ce n'est pas seulement à gauche qu'on le pense, mais aussi du côté de la droite dite parlementaire où l'on envie plus les capacités à l'utopie et l'abstraction sociale, les intellectuels « de gauche ».

    Du côté de la droite parlementaire l'on raille les « bobos », les « z-intellos » et tous ces prétentieux, mais au fond on les jalouse, bien à tort.

    A gauche, lorsque l'on parle du Front National sans les traiter de nazis, fââchiistes et autres noms d'oiseaux, on est immédiatement suspecté de rouler pour Marine le Pen, sans comprendre que les électeurs de celle-ci s'en fichent complètement de ce genre d'injures, qu'elles les poussent au contraire à se radicaliser.

    Et ce n'est pas en les injuriant qu'on les poussera à s'ouvrir à d'autres cultures, comme ce n'est pas en faisant preuve d'angélisme systématique face aux incivilités commises par des « français de première ou deuxième génération », ou d'aveuglement, qu'on les encouragera à une éducation citoyenne quelle qu'elle soit.

    En France un intellectuel se doit de se situer à gauche, c'est inscrit dans le marbre depuis l'Affaire Dreyfus, un intellectuel s'inscrivant à droite serait vite soupçonné des pires intentions, et perçu comme un nostalgique des ordres noirs :

    Fi donc de Raymond Aron, de Barrès, dont la lecture en 2012 est encore adapté aux préoccupations de l'époque, sans oublier des historiens comme Jacques Bainville ou Pierre Gaxotte (relayés à notre époque par François Bluche, historien du « Grand Siècle », Jean Meyer ou Reynald Secher dont il faut lire le livre sur le « mémoricide » et les indignations historiques sélectives à commencer par l'épuration politique effectuée en Vendée en 1793).

    De nos jours, on aurait pu citer Éric Zemmour, mais il est marqué, du moins le croit-il, du sceau de l'infamie d'une suspicion de racisme donc de fââchiisme.

    Les commentateurs peuvent continuer à nous rejouer le refrain du risque de retour des z-heures les plus sombres de notre histoire. C'est plus commode, cela évite la remise en cause, l'incurie face aux réponses à apporter à toutes les problématiques que la montée de Marine le Pen met en lumière.

  • Journal de vacances 12 – Des clichés dans le microcosme culturel en général, littéraire en particulier

    Imprimer Pin it!

    Aussi sur Agoravox

    Bientôt la rentrée littéraire...

    Dernier article du journal de vacances.

     "Une tyrannie commence toujours par un décervelage intensif"

    Philippe Sollers.

    Devoirs de vacances : sur le sujet, le livre « Petit déjeuner chez Tyrannie » et le « Jourde et Naulleau » sont bien sûr à lire ou relire.

    Photo prise ici

    romans-rentree-litteraire-2007-librairie-caen-afp_.jpgOn critique souvent l'Amérique, on a parfois tort, un écrivain qui vit dans une caravane, qui cumule deux boulots pour tenir le coup peut devenir un auteur de « best-sellers » mondialement connu, juste parce que quelqu'un a eu envie de donner sa chance à un manuscrit, à l'histoire et à l'écriture originales, envoyé à une maison d'édition alors que lui venait de le coller à la poubelle : Stephen King pour ne pas le nommer et son premier roman, « Carrie ».

    Sous nos cieux, il n'aurait pas eu une chance.

    En France, c'est totalement différent, l'auteur qui n'a pas de réseau, qui ne connait pas grand monde sera lu par un stagiaire débordé qui reçoit cinq-cent romans et autres écrits par jour qui lira son ouvrage en quatrième vitesse et en diagonale pour dans 99,9% des cas renvoyer la fameuse lettre-type qui annonce combien sa lecture fût passionnante mais que pour l'instant la politique de la maison ne permet pas la publication de son œuvre très intéressante.

    Rien ne change depuis la description des « gendelettres » par Balzac en 1843 ou des souvenirs littéraires des uns ou des autres.

    Pour espérer être lu, il faut faire partie de la coterie, avoir la carte, et parler le même langage que le microcosme littéraire, en particulier employer les mêmes clichés d'écriture et de lecture. Cette coterie est extrêmement endogamique, et il vaut mieux avoir un bon stock d'obséquiosité pour pouvoir en faire partie, et une langue épaisse afin de bien lécher le séant des roitelets de ce milieu ou leurs bottes. Avoir des aptitudes sexuelles et ne pas être dégoûté par les hommes mûrs et ayant des heures de vol, est bien entendu un « plus » non négligeable.

    On peut en apercevoir les sous-couches qui la composent du fait des clichés utilisés.

    Il y a les auteurs « populaires », les meilleurs employés du mois des maisons d'édition, souvent mal vus de la critique qui pense, enfin, c'est surtout un jeu de dupes car la critique qui pense sait très bien qu'un article assassin de sa part contribuera à faire vendre un « best-seller » populaire de Marc Lévy, qui a un « slog » et non un « blog » tenu par un stagiaire anonyme, Guillaume Musso, qui a lui aussi son pseudo site personnel, voire Anna Gavalda ou Philippe Delerm, qui aime bien les sentences à contenu vaguement philosophique quand il parle de lui.

    Ici, le « public a toujours raison », si les livres sont vendus à des milliers d'exemplaires, c'est que le livre est forcément bon, prétendent ces écrivains de « Relais H », s'ils sont populaires c'est que le public a forcément bon goût, alors que celui-ci peut très bien avoir un goût de chiottes. Dans les romans des deux premiers, l'homme est toujours traumatisé par un amour de jeunesse qu'il va retrouver, il fait partie de la « upper class » pour faire rêver le chaland, qui s'identifie à ses problèmes ou névroses distingués de riche architecte, écrivain, homme d'affaires, mais con-cerné par la planète, etc...(rayez la mention inutile).

    Le soleil est toujours chaud et a toujours la même couleur ambrée. Et les avions sont de grands oiseaux argentés.

    Le héros adore regarder la mer d'une terrasse d'un loft ultra-moderne vers San Francisco ou New York. La femme qu'il aime est toujours une femme moderne, on insiste bien sur le fait qu'elle dort toute nue, et oublie parfois de mettre une culotte, ce qui en fait à la fois une salope et une romantique, jusqu'à la midinette.

    Dans les livres des deux derniers auteurs de la première sous-couche, on se veut simple et proches des préoccupations des « vraigens » de tous les jours. La famille des personnages principaux est toujours recomposée, et l'on est gentil jusqu'à l’écœurement et la mièvrerie dans ces familles. Les auteurs de ces livres, qui ne sont pas forcément antipathiques, les auteurs et leurs livres veux-je dire, ont de l'authenticité la même conception que celle que l'on trouve dans les téléfilms pour toute la famille ou des créatifs de pub pour « produits bien de chez nous » fabriqués un peu partout sauf chez nous.

    A ce lien, un auteur propose d'autres clichés dont certains recoupent ceux décrits ici bien que l'on ai le droit de ne pas être du tout d'accord quant à son appréciation d'Audiard. En fait l'auteur de ces clichés semble faire partie de la deuxième sous-couche des « gendelettres », celui où l'on a des prétentions de toutes sortes, littéraires bien sûr, mais aussi politiques, on s'engage selon le sens que la girouette des idées à la mode indique, des vanités personnelles très développées. Il faut comprendre que dans cette sous-couche, à entendre ceux qui en font partie, on a affaire à des phares de la pensée chargés de guider et d'éduquer le bon peuple qui n'a rien demandé.

    Entre le premier et le deuxième milieu décrit, nous citerons les écrivains populaires à prétention provocatrice ou « trash » :

    A savoir qui parlent de leurs diverses coucheries, des drogues qu'ils ont prises, de leur vie nocturne saupoudrée d'un peu de nihilisme mondain pour se donner un genre « dandy désespéré ». Beaucoup de petits garçons sages et de petites filles qui ne l'ont pas moins été se rêvent ainsi trainant leurs déprimes de privilégiés qui meurent d'ennui à ressasser leurs névroses chics..

    Cela les console d'avoir été dociles à l'école.

    Dans cette sous-couche, on ne parle pas italien, on parle la « langue de Dante » ou « de Fellini » (dire ça permet de suggérer qu'on a lu le premier et qu'on a vu les films du deuxième ce qui est rarement le cas), on ne comprend pas l'anglais, on est « amoureux de la langue de Shakespeare ». N'importe quel auteur un peu fantaisiste est un surréaliste, et de toutes façons les écrivains traitent toujours du sujet que l'on a décidé qu'ils traitent, ainsi Ionesco dans « Rhinocéros » ne parle-t-il que du nazisme alors que sa pièce traite de l'instinct grégaire de l'être humain dans les dictatures, toutes les dictatures mais aussi dans notre « société de progrès ».

    C'est très important de montrer que l'on est contre le nazisme dans les clichés de langage à employer. C'est pratique de mettre cela au premier plan car cela permet de traiter le contradicteur de « fasciste » ou de « nazi » et de couper court à toute discussion qui pourrait remettre en cause les lieux communs déversés par tombereaux et particulièrement appréciés de cette deuxième classe de cultureux littéraires et montrer que l'on ne connait rien aux livres dont on prétend parler.

    A ce propos, un petit rappel de la « loi de Godwin » qui s'applique dés que l'on injurie l'interlocuteur en le soupçonnant de faire partie des extrèmes.

    peu-premiers-romans-rentree-litteraire-L-1.jpegOn ne parle surtout pas de l'Amérique, on est fasciné par « les contradictions de ce continent dont nous avons dépossédé les indiens », par exemple, on est sous le charme de New York car c'est une ville réputée intellectuelle et faite pour les gens cultivés depuis Woody Allen dont les films sont pourtant des satires de ce milieu, satire qu'ils n'ont donc pas saisie ni comprise (c'est aussi l'hypothèse de Laurent Dandrieu sur le sujet).

    Il ne faut pas trop dire de bien dans l'Amérique qui est le grand Satan, il faut prétendre en explorer surtout les marges, les « oubliés du rêve américain » selon la formule consacrée. Ce n'est pas que c'est critiquable de parler de ses marges et des oubliés de l'« American Dream », les auteurs (comme Nik Cohn ou Hunter Thompson et Lester Bangs)qui le font sont souvent les plus intéressants, mais là encore il s'agit surtout pour l'habitant qui loge dans la deuxième sous-couche de se montrer sous son meilleur jour.

    Un livre doit être « exigeant » à lire, cela sous-entendrait-il qu'il soit incompréhensible dont mal écrit ? (Ne pas oublier de citer Proust pour se faire bien voir à ce moment là, ou Albert Cohen, ou Duras)

    C'est plus que cela implique que son lecteur est quelqu'un d'intelligent et de sage car il lit des livres difficiles à lire. C'est la première règle de ce milieu, ce qu'on lit, ce qu'on voit au cinéma, ce qu'on écoute, permet de toujours ramener à soi et de donner une image flatteuse tout comme leurs engagements qui sont finalement très bien-pensants, épithète qui est aussi parfois un cliché, mais dans ce cas, il convient. : le racisme c'est mal, la France est diverse et multiculturelle, on est farouchement anti le Pen, cet épouvantail utile de l'anti-fascisme en peau de lapin depuis vingt-cinq ans, ou Sarkozy, ce qui revient à faire de la publicité pour les deux car parler de ces individus c'est toujours parler d'eux, même si c'est en mal.

    Le plus insupportable de cette coterie toujours pompeuse et grandiloquente dans son expression c'est le mépris qu'elle affiche pour ceux qui disposent d'un statut social moins enviable, qui n'ont pas de réseau ou de cour personnelle de lèche-culs, des « losers » à leurs yeux, ou qui ne daignent pas sombrer dans les mêmes lieux communs sur la littérature.

    Car finalement, ils sont de gauche oui, mais restent des bourgeois au fond d'eux , avec les préjugés allant avec et un complexe de supériorité grand comme le Ritz.

    C'est la suite de cet article et de celui-là.

    Ci-dessous, ce que ça, donne quand un de ces phares de la littérature et de la culture est remis en cause...


    Eric Naulleau vs Pierre Bergé 1 par lecturesch

  • Démocratisation de la culture – Vérités et Mensonges

    Imprimer Pin it!

    Sur Agoravox aussi

     Les commentateurs, les éditorialistes, les plumitifs de tout poil, adorent parler en commençant par : « Les français pensent que... ».

    image prise ici

    73a1cf7a-471e-11df-911f-2fd948a2ba9d.jpgIls parlent au nom du peuple, de l'homme de la rue, des « vrais » gens, (en admettant qu'il y en ait des faux).

    Ils aiment bien rappeler leur proximité du peuple, comment ils savent descendre de leur piédestal d'hommes et de femmes cultivés, formés, éduqués, pour aller transmettre la bonne parole du progrès à ceux qui n'ont pas la chance d'être aussi éclairés qu'eux le sont.

    Ils apprécient aussi de louer les merveilles de la démocratisation de la culture alors que celle-ci n'a jamais été autant réservée à une oligarchie, une « élite », quelques privilégiés qu'aujourd'hui.

    Certes, il demeure bien quelques « intellectuels précaires », des sur-diplômés qui ne trouvent pas de travail, car venant de milieux plus simples, et ne disposant pas des bons réseaux, ils ne peuvent accéder à des postes qu'ils méritent pourtant par leur parcours, leur travail, leur obstination, à des rares exceptions.

    C'est particulièrement caricatural dans le milieu du spectacle et du show-biz, où les fils et filles de vedettes suivent la voie de PapaMaman, sans avoir la plupart du temps le quart du tiers du talent de leurs géniteurs.

    La culture, ou du moins son apparence, demeure malgré tout, malgré son dénigrement systématique depuis des décennies, un élément important d'ostentation sociale. Les parvenus se sentent toujours obligés d'affecter d'avoir lu tel ou tel auteur réputé obligatoire par les censeurs des bonnes moeurs mondaines, d'avoir vu le film de tel ou tel auteur, même si ce n'est qu'un pensum indigeste.

    Il faut savoir aussi de quelle culture on parle, ce sont toujours les mêmes auteurs, engagés tous dans le même sens. Leur engagement enlève tout sens critique quant à leur talent littéraire réel. On continue d'ailleurs d'assomer le lecteur avec l'engagement obligatoire de l'écrivain et de l'artiste, qui aurait une « responsabilité » sociale, voir à ce lien le livre de Gisèle Sapiro, qui actualise Sartre.

    Cette responsabilité est engendrée par le besoin de trouver une utilité sociale au geste de l'écrivain, à quantifier ce geste, à le réduire à une ou deux équations, à des slogans. Alors que c'est justement parce que le geste de l'écrivain est inutile qu'il est intéressant.

    Cette responsabilité est à sens unique, elle doit suivre la « doxa » imposée.

    Quand les écrivains disent ce qu'il faut, tout va bien, qu'ils soient vraiment intéressants à lire ou nuls.

    Beaucoup de ces « cultivés d'apparence « sont très maladroits quant à cette affectation et il suffit de gratter juste un petit peu pour comprendre que ce n'est que de la pose.

    Cela montrer bien finalement que la démocratisation de la culture, ou du moins le désir de la démocratiser, n'est qu'un leurre, les « vrais » gens n'en voulant pas finalement. Alors bien sûr, quand on leur demande quelle est leur chaîne de télévision préférée, la plupart répondront « Arte », alors que l'on sait que « Arte » fait autant d'audience que la mire à une époque, soit un score extrêmement minime.

    Si on les pousse un peu dans leurs retranchements, ils reconnaîtront bien qu'ils ont légèrement menti mais que c'est parce qu'ils n'ont pas le temps, ou ils mettront ça sur le dos de la fatigue.

    Car finalement, les « vrais » gens n'ont pas envie de culture même si leurs carences en la matière les complexent encore énormément. Et même si dans les faits, il y a une démocratisation évidente des moyens d'accès à la culture au moins depuis la création du « Livre de Poche » et son prix modique ou la création des « Maisons des Jeunes et de la Culture ». Finalement, le livre de poche a surtout été acheté par les personnes issues de milieux déjà intellectuellement favorisés ou un peu formés.

    Quant aux « MJC », on y a surtout favorisé la recherche du plus petit dénominateur commun et on y a flatté le peuple dans le sens du poil en y recherchant la facilité, voire la démagogie, et non en lui proposant un peu plus d'exigence.

    Dans les banlieues « sensibles », on créera des ateliers de « Rap », au mieux de « slam ».

    On ne cherchera pas à pousser les jeunes de ces quartiers à trouver quelque chose qu'ils n'auraient pas l'occasion de dénicher tous seuls.

    On les encourage finalement à se replier sur leur milieu, sur leur classe sociale. Il est permis également de se demander si ce n'est pas parfois l'expression d'un mépris social inconscient de la part des « animateurs » culturels : ces jeunes ne sont bons qu'à ça, la « vraie » culture ce n'est pas pour eux.

    Notons d'ailleurs que les rares fois où l'on pousse ces jeunes vers la culture classique c'est en se croyant obligés de faire une « adaptation » en verlan, par exemple, ce qui rend soit dit en passant le travail d'enseignants comme Cécile Ladjali, dans le 93, d'autant plus remarquable, ayant adaptée quant à elle Louis-René Des Forêts avec ses élèves considérés pourtant par d'autres comme incapables de comprendre cet auteur.

    Mais parler d'exigence en culture à une époque où l'on met tout au même niveau, Brigitte Lahaye et Ninon de Lenclos, Christophe Mahé et Serge Gainsbourg, Guillaume Canet et Stanley Kubrick, c'est mission quasiment impossible.

    Et il y a aussi la question d'Internet, outil formidable de liberté, et de culture, mais aussi « providence du crétin » qui peut laisser croire qu'il connaît quoi que ce soit au sujet qu'il aborde, sans avoir à apporter quelque preuve, qui se laisse aller à l'injure quand on le prend en défaut, caché derrière le masque de son anonymat, perpétuant par là-même une habitude épistolaire française bien implanté depuis la Collaboration, qui est délation sans riques ou "modeste" en quelque sorte...

  • Qui a peur des intellos ?

    Imprimer Pin it!

    les intellos sont aussi sur Agoravox

     Pour les jeunes générations, mais aussi pour les moins jeunes, « intello » est devenu une insulte, un qualificatif infâmant. Les « intellos », les personnes un peu cultivées, un peu intellectuellement formées, portent en quelque sorte le signe « de la bête » des damnés de l'Apocalypse en notre époque millénariste, qui vit dans un présent perpétuel depuis que le consumérisme est roi, et qui adore les inventaires, les top 5, 10, 15 ou 20 de tout et n'importe quoi comme autant d'énumérations avant décès en quelque sorte.

    intellos-copie-1.jpg

    couverture ci-contre prise ici

    En France, la culture ou du moins l'apparence de culture, qui suffit presque dans les conversations mondaines, est encore considérée comme un signe d'ostentation sociale, le riche, qu'il soit parvenu ou non, se doit de faire preuve de prétentions culturelles, ou plutôt cultureuses.

    Dans notre beau pays, il y a certes des intellos « officiels », admis par l'ensemble de la communauté, surtout du fait du bruit médiatique qui les environne. On ne les aime pas beaucoup, mais comme ces sont des « people » après tout comme les autres, on les tolère.

    Peu importe la pertinence de leurs propos, leurs compétences réelles, ou leur culture réelle.

    Chacun a un emploi, il y a « l'humanitaire » spécialiste des grandes causes, le « dedroite », le « degauche », la « langue de vipère », le « réac de service » ou le « stalinien old school ».

    SARTRE%20et%20S%20IMONE%20de%20BEAUVOIR.JPG

    ci-contre la photo de deux figures d'intellectuels de gôche icôniques en France (photo prise ici)

    Ils font partie du décor depuis « l'Affaire Dreyfus » et l'article de Zola, « J'accuse ». Depuis cette période la figure de l'intellectuel se devait d'être nécessairement de gauche, ou plutôt « de gôche » (avec la prononciation). L'intellectuel se doit d'être engagé pour une cause ou l'autre, cela ne veut pas dire qu'il remettra en question ses propres privilèges ou son statut, là aussi c'est surtout l'apparence, la posture qui compte.

    Il se doit aussi d'être le promoteur d'une idéologie globalisante, certifiée généreuse, et pleine de bonnes intentions, qui a une solution pour tout, un peu à la manière des « marabouts » qui distribuent leur publicité à la sortie du métro ou dans les boîtes aux lettres, et qui guérissent tout, du cancer aux peines d'amour...

    Que ce soit dans leur cas, ou dans le cas de personnes un peu cultivées, ou juste un tout petit peu lucides sur l'instinct grégaire qui anime les masses aujourd'hui, la critique la plus répandue est de leur dire : « vous n'êtes pas meilleurs que nous ». Comme si le fait d'énoncer un fait objectif, la culture, la formation intellectuelle ne font pas des êtres humains meilleurs, suffisait à ne plus être intimidé par un point de vue que l'on a du mal à saisir, ou dont on croit qu'il nous met en danger.

    C'est un complet illogisme qui affirme en somme que si cette personne qui est comme tout le monde a une expertise un peu plus fine sur un sujet, pourquoi devrait-on être gênés ou impressionnés par ce qu'elle dit, et surtout amenés à réfléchir sur ce qu'elle dit, et remettre en cause deux ou trois certitudes intellectuelles, confortables et conformistes.

    Cela risquerait il faut dire de gripper le système actuel, qui génère d'ailleurs sa propre contestation, qui ne remet jamais en cause les fondements réels de l'iniquité, ceci afin de s'auto-justifier : pourquoi critiquer puisque tout le monde a le droit de s'exprimer entend-on souvent ?

    Le sentiment de la société envers les intellectuels, les personnes cultivées, les « intellos » en général fait ressortir surtout les conflits psychologiques qui agitent la plupart des individus vivant en société consumériste et spectaculaire.

    Nous voulons un pouvoir qui fait autorité, mais sans que cela ne remette en cause notre autonomie, ou que cela n'entraine des contraintes.

    Nous ne voulons pas passer pour des idiots et nous avons du mal à admettre que nous avons besoin parfois d'apprendre.

    Nous avons du respect pour ceux qui ont cette formation intellectuelle ou un minimum de culture, qui semblent mieux réussir dans un domaine, mais nous nous sentons aussi souvent menacés ou envieux, qui devant un titre, qui devant un diplôme, qui devant des connaissances qu'il n'a pas, d'où quelques réactions souvent excessives allant de temps à autres jusqu'à l'injure, et qui sont surtout des réactions de défense.

    Pour nuancer ceci, évidemment, certaines personnes expriment moins ce conflit intérieur que d'autres, voire même pas du tout, mais c'est malgré tout le point de vue de la société en général.

    l-homme-de-la-rue-1941-6231-2104885030.jpg

    ci-contre, photo (prise ici) tirée du film "l'homme de la rue"

    Pour se défendre, certains placent « l'homme de la rue », réputé tout simple, presque angélique, les « vraies gens », comme si il y en avait des « faux », au-dessus de tout, et oublient souvent les avancées dues aux hommes et aux femmes de savoir. Cela permet de justifier le désir de certains de vivre finalement en parfaits imbéciles, inconscients du monde qui les entoure, inconscients des autres et n'est pas le meilleur moyen de favoriser de véritables progrès qui ne sont alors que « cosmétiques ».

    Cela ne veut évidemment pas dire que les « intellos » ou réputés tels ne sont jamais ridicules ou grotesques, et qu'ils sont admirables en tout.

    Cela signifie simplement que parfois, on ne risque rien à les écouter, sauf s'enrichir intellectuellement, que l'on soit d'accord ou non avec leur point de vue.

    Pour que les "intellos" se détendent cependant et se sentent moins isolés, on ne peut que leur conseiller la fréquentation des "call girls" intellectuelles dont Woody Allen parle dans "Dieu, Shakespeare et moi", au chapitre "Call Culture".

    Ci-dessous une scène d'humour "intello" tirée de "Annie Hall", comédie hilarante, pour les "intellos"...

  • Internet, la providence du crétin...

    Imprimer Pin it!

    ...et de l'ignare

    kamasutra_geek.jpgJ'aime bien le net, même si c'est une émanation du commerce, un grand barnum cybernétique et libéral-libertaire, le tout c'est d'ailleurs d'en avoir conscience. Mais Internet, le ouèbe, favorise aussi le crétin ou l'ignare dans la croyance stupide que deux ou trois clics sur un sujet sur Gougueule ou Ouikipédia, ou ailleurs, suffit pour maîtriser un sujet, et les quelques livres qu'il a pu ouvrir dans sa vie. Attention, tout le monde peut se conduire comme un imbécile de temps à autres et pour diverses raisons, le tout là aussi c'est d'en avoir conscience, mais il arrive malgré tout que cette conduite se vérifie.

    L'andouille complexée par des années de vexations plus ou moins imaginaires subies par ceux qui ont un tout petit peu plus lu que lui, ou qu'elle, croira souvent porter la contradiction sur un sujet qu'il ne maîtrise pas une seconde, tout ça parce qu'il l'a lu quelque part, entre deux pubs pour Mitique ou I-baie (où il ira draguer la minette à peine pubère car en plus de sa microcéphalie il a également un problème de micro-génitoires). Car il ou elle a souvent d'énormes complexes sur sa méconnaissance de la littérature (pour lui « tout le monde y sait lire » donc il est doué dans la matière).

    Après, quand il est à bout on a bien sûr le droit aux écrivains et aux lecteurs narcissiques, égocentriques, « prétensssieux » et j'en passe...

    Après avoir balancé son argument qu'il estime massue, il ne comprend pas bien sûr les rires et les moqueries que son texte peut entraîner. Cela le conforte dans ses complexes et sa frustration qu'il essaie de combattre par des commentaires vengeurs un peu partout, le plus souvent planqué derrière un pseudo bidon, et un nimèle itou, sans liens vers quoi que ce soit. Il tient enfin un moyen de montrer que son anonymat et sa médiocrité sont totalement immérités ce dont il est persuadé depuis des lustres.

    Heureusement, parfois, plus rarement, le dialogue peut s'installer quand l'interlocuteur reconnaît que l'on connait mieux un sujet que lui, ou aussi bien. J'en ai pour ma part un peu ras le bol des demeurés, entre autres, qui prétendent ne pas lire Proust « passqu'il y a trop de phrases et qui y a pas d'histoire », j'ai lu ça su un forum, ne voyant pas l'importance du style. D'autres présentent le sensible Marcel comme un militant communautariste qui aurait défilé à la « Gay Pride » avec une plume dans le fondement

    (Nota Bene : cela en dit long, soit dit en passant, sur leurs pulsions homosexuelles latentes).

    De toutes les façons, le crétin internaute en revient toujours et encore à la même rhétorique, aux mêmes lieux communs, qu'il assène comme des mantras : « C'est de la fôte aux z-étrangers et aux pédés tout ce qui arrive, et que je ne sois pas reconnu comme le phénix que je crois être depuis longtemps ». Et finalement il n'a pas compris une chose, Internet n'est qu'un outil, qui ne remplacera jamais la lecture d'un bon livre, le seul moyen de connaitre réellement le style d'un auteur, mais évidemment, ceci demande un effort...

  • L'ironie du sort de la mode ironique

    Imprimer Pin it!

    00791184-photo-affiche-l-ironie-du-sort.jpgActuellement, le « héros » le plus populaire du petit écran, le docteur House, est un sale type odieux, car disant toujours la vérité et ce qu'il pense, ne se trompant que rarement sur les motivations profondes de son entourage, et perçant à jour les mensonges et les hypocrisies de ses patients. Le public prétend le trouver séduisant, il en est même qui prétendent en vouloi comme ami, alors que dans la vie, ils le trouveraient parfaitement insupportable. Il constitue en fait un alibi, quelqu'un qui aime la vérité, qui déchire les masques, qui se moque des conventions les plus ridicules, c'est bien, mais dans la fiction. C'est un héros qui vaut le détour : cultivé, c'est rare dans les séries américaines, cynique, sarcastique, se fichant totalement de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une autorité et pourtant ayant la passion de guérir ses malades.

    Pendant deux ou trois décennies, un des chanteurs les plus appréciés des baby-boomers fut Gainsbourg, qui se trouvait laid, qui était cynique, sarcastique et pourtant un séducteur, gràce à sa blessure qui transformait beaucoup de femmes qu'il croisait en infirmière prête à se dévouer pour lui. La blessure qui se porte en sautoir est extrêmement séduisante, mais pour que ça fonctionne, il faut qu'elle soit authentique, dans le cas de Benjamin Biolay par exemple, c'est du toc, on le voit tout de suite. Gainsbourg pratiquait l'ironie et la dérision car ce qui lui a permis de connaître le succès, la chanson, était pour lui un divertissement, un art mineur « pour des mineures », suprême ironie du sort. Depuis, pour plaire aux filles, les laiderons aux yeux du monde ne se rasent plus et ne se lavent plus qu'un jour sur trois, prononcent quelques lieux communs sur un ton hâtif pour les faire passer pour des saillies définitives, en s'imaginant que cela suffit.

    Quand on revient au réel, la plupart préfère se soumettre aux conventions car c'est quand même largement plus confortable.

    Comme je suis un bon élève ou du moins je l'étais, je procéderai avec méthode, ou du moins j'essaierai. Il y a donc au moins trois définitions possibles de l'ironie en préambule.

    Dans le dictionnaire, l'ironie consiste à affirmer le contraire de ce que l'on veut faire entendre.

    C'est dur à comprendre à notre époque de premier degré roi, de larmes en prime-time, et d'effusions en gros plan. Et notre société vit dans une fiction continuelle, on lui présente comme fondamentaux des évènements mineurs, on la manipule et le pire est qu'elle aime ça, que cela lui plaît. Cette fiction l'amène à vivre dans ce qui n'est qu'une aliénation, et personne ne veut entendre raison et réaliser que tout ce barnum médiatique, politique et économique n'a rien de réel, l'ironie permet de voir les choses en face, de les affronter, d'en percevoir la dérision et le grotesque. C'est l'imbécile qui court après le bonheur sans questions, qui ressemble plutôt à la félicité de la bête de somme contente d'avoir du fourrage et à manger, pour être heureux sans remords, vivre au jour le jour sans réfléchir aux conséquences de ses actes, penser à se réaliser, à développer son « capital santé », son « capital vie », son « capital humour », manger cinq fruits et légumes par jour car ce qui fait du bien à l'intérieur se voit à l'extérieur et l'extérieur est tout ce qui compte.

    Avoir par contre le sens de la dérision, et saisir l'ironie des évènements, c'est prendre le risque de voir très vite ce qu'il y a derrière le décor, les mensonges, c'est prendre le risque d'être lucide somme toute. Cela peut rendre malheureux, car derrière les attitudes d'un enfant, ou d'un adolescent, on voit tout de suite l'adulte qu'il sera, ou inversement derrière l'adulte on devine l'enfance mal vécue, les complexes, la douleur cachée parfois. Derrière le personnage, le sens du dérisoire permet d'apercevoir la vraie personne : ainsi une femme dite « libre » peut cacher une petite bourgeoise avec des envies de charentaises et d'une vie popote, ce qui est légitime, un petit gros peut avoir des envies d'aventures romantiques, un type avec des oreilles maxi-feuillues s'avérer être un virtuose de la langue française et de la musique, et un couple moderne peut vite sombrer dans le vaudeville à l'ancienne, chacun jouant la passion et allant voir ailleurs la plupart du temps.

    colom11.jpgCe qui est triste c'est que ce genre de discernement des caractères est la plupart du temps juste, et la comédie que joue la plupart des personnes, fausse si ce n'est grotesque. La vie est souvent une comédie absurde, dit comme ça, ça ressemble à un cliché, mais c'est le cas, et j'ajoute qu'elle ressemble à une comédie de Ionesco, le langage, les conversations y sont généralement un long catalogue de lieux communs et de banalités que les nouveaux médias répandent un peu plus, le tout menant à une standardisation souhaitée des esprits, l'humanité rêvant de s'uniformiser croyant qu'elle éliminera ainsi la souffrance et le mal. Nous jouons tous un rôle, celui que l'on croit obligatoire, avec tout ses corollaires, les atrabilaires de même.

    Quant à la perception de l'ironie dans la société actuelle, je me demande parfois si nous ne sommes pas déjà dans le fantasme d'un personnage d'un roman de Philip K. Dick dont je rappelle l'argument : cinq personnes sont coincées dans un accélérateur de particules qui explose alors qu'elles le visitent. La conséquence est que chacun d'entre eux peut ainsi matérialiser sa propre vision du monde, issue de leurs névroses, de leurs blocages, de leurs peurs. J'ai le sentiment que nous vivons dans celui de la dame patronnesse du récit, puritaine mais moderne, se voulant rationnelle et complètement paranoïaque ; les maisons sont rose bonbons, et bleu fuchsia, le centre des villes est construit partout sur le même modèle, autant de non-lieux à perte de vue, les femmes sont en robe d'été comme dans des pubs pour breaks familiaux et les hommes ont tous une chemisette, une coupe en brosse, une cravate noire et des stylos qui dépassent de la poche de poitrine. Progressivement, ce monde se dégrade et l'on s'aperçoit que les êtres humains y sont petit à petit assexués, ils n'ont plus de sexe du tout, ceux qui pensent différemment subissent un sort atroce. Comme les quatre autres, il finit bien sûr par s'effondrer sous le poids de tant de psychose.

    Ma définition de l'ironie serait plutôt celle-ci : « Le sens de l'ironie est une forte garantie de liberté » de Maurice Barrès (extrait de Sous l'œil des barbares). Barrés savait détecter chez l'autre l'imbécilité dés le premier coup d'œil, il laissait une petite chance, puis n'écoutait plus. Léon Daudet le décrit pliant ses longues jambes dans un fauteuil « club » de l'Assemblée Nationale, acceptant avec courtoisie de discuter avec les quémandeurs et les journaleux, les collègues d'hémicycles, les disciples en attente de leçons.

    Henri de Régnier définit quant à lui le côté séducteur de l'ironie, qui est aussi dangereux : « Les femmes préfèrent la brutalité à l'ironie. Le brutal se met nettement dans son tort à leur égard ; l'ironiste les met en méfiance vis-à-vis d'elles-mêmes et cela ne pardonne pas. » (Extrait de Lui ou les Femmes et l'Amour). Les femmes sont comme Sainte Beuve pour qui l'ironiste est un lâche, et selon lui « De toutes les dispositions de l'esprit, l'ironie est la moins intelligente ». Notre époque est comme Sainte-Beuve, elle déteste le second degré, ce qui demande un peu d'intelligence pour comprendre, les phrases qui ont un double ou un triple sens, les personnes se moquant du monde et qui refusent de se soumettre aux diktats à la mode. Elle se méfie de la dérision et du cynisme, elle n'aime pas ce qui va contre le consensus mou vaguement humanitariste en vogue.

    A ce propos, c'est quand même plutôt amusant la définition de Sainte Beuve, lui qui fut par ailleurs un grand ironiste et incapable de créer quoi que ce soit, faisant son métier de critiquer la création des autres.

    Ce qui est réellement ironique.

    C'est encore l'ironie du sort : Gainsbourg, Sainte-Beuve, même combat.

    Exprimer son ironie quand on n'est pas encore connu ou reconnu, que l'on n'a pas son nom dans les dictionnaires, c'est risquer d'être considéré comme un cynique, bien que l'on confonde avec la misanthropie. Un cynique est un être humain qui a voulu aimer les autres, le monde et tout ce qui l'entoure sans voir que ce monde était marqué par le Mal. Quand il s'en est aperçu, il ne voyait plus que ça, que ce qui ne va pas, les ridicules et les hypocrisies, les forfanteries et les vanités, les complexes d'infériorité et de supériorité. Il s'est construit une cuirasse de dérision et de causticité pour se protéger, c'est peut-être déjà plus humain que d'autres qui se construisent des personnages grandiloquents. Le cynique n'est pas si loin que ça du mystique, il sait très bien que ce monde n'est que vanité en concentré et rien d'autres et il peut croire qu'il passera, ce qui lui permet de sublimer. Bien sûr, comme le cynique est réputé méchant, c'est bien commode pour ne pas l'écouter, on le rejette.

    L'ironie ou du moins sa forme institutionnelle, peut pourtant sembler à la mode.

    L'insolence à la radio ou à la télévision se porte bien, et aussi dans quelques livres. Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle insolence, il s'agit de celle qui se vend bien, de celle du roquet qui mord le mollet des passants mais dont les dents sont limées depuis longtemps. Il y a quelques années dans « le Fou du roi », j'écoutais par exemple Guy Carlier faire ses chroniques télé, c'était parfois presque drôle, le plus souvent laborieux, depuis il a pété deux ou trois câbles et se prend pour une conscience, donnant en exemple de femme politique une ancienne harengère à en juger par sa façon de s'exprimer.

    Il y avait déjà Didier Porte et Christophe Alévêque. Carlier, lui, a sombré dans la guimauve, le mièvre, le sucré ; quand il se met d'une voix calme et pincée à nous entretenir de ses origines prolétaires, selon lui, pour justifier des goûts de fond de cuvette, on a envie de l'étrangler. La cerise sur le gâteau étant quand il croises ses anciennes cibles et qu'il s'aplatit (autant que ça lui est possible). Maintenant, il aime tout le monde. Et puis je trouve particulièrement grotesque ses plaintes concernant sa grossitude, qu'il assimile à une culture, un peuple, une race (?) lâchant entre deux pleurnicheries que ses contradicteurs sont en fait des racistes anti-gros. Je peux me permettre de lâcher ça étant moi-même voluptueux. Il fait parfois du Céline de Prisunic presque honorable, mais s'arrête toujours bien là où il faut.

    Didier Porte et Christophe Alévêque sont des missionnaires de progrès quant à eux, pas des humoristes ou des polémistes comme les autres. Ils font rire mais ils délivrent aussi un MESSAGE. Ils sont là pour instruire le peuple, attaquer la politique du gouvernement – ça ne me déplait pas du tout bien sûr- mais ne se posent pas de questions sur leur place dans une station dirigée par un copain de la femme du type qu'ils attaquent quasiment chaque jour. Et curieusement, ces deux humoristes n'attaquent jamais vraiment le système pourtant largement plus responsable du bazar actuel. N'oublions pas Guillon qui se pose de lui-même en « héritier » (ici on ouvre les guillemets avec des pincettes) de Desproges, il n'y a qu'une seule différence mais elle est de taille, Desproges était prêt à partir et perdre une bonne sinécure si on lui changeait une virgule dans un texte, Guillon, lui, la virgule, il la change tout seul comme un grand.

    On reste dans la mythologie habituelle, la blague didactique : un zeste de Chavez, un chouïa des épiciers de Tarnac, mais si, rappelez-vous, les petits bourgeois jouant aux gendarmes et aux voleurs et se faisant piéger, pas mal d'attaques contre le Pape et le catholicisme ; si encore toutes les religions étaient brocardées, je n'y verrai aucune malice, mais on ne peut s'empêcher de spécifier quand on parle de la burqua qu'il y a aussi l'intégrisme catho qui est, on le suggère très fortement, bien pire : L'Inquisition, les tortures byzantines, tout ça...

    En face, qui c'est que c'est que l'on a ? Laurent Gerra et Nicolas Canteloup. Deux orfèvres en matière d'humour. Le premier rappelle avec émotion ces grands couillons dans les vestiaires adolescents qui font des concours de pets avant et après l'effort, ces grands pendards de chambrée virile post-pubère qui aiment bien les blagues qui tâchent, les bonnes grosses vannes bien en-dessous du niveau de la ceinture, si seulement, on est déjà au niveau de la prostate en fait. On rigole, on rigole, sur le président, mais on est plus lâches contre les opposants, faut pas déconner, on reste dans le ciblé, le cadré, le normé. Car si on va trop loin, on perd un bon paquet d'oseille (le pognon encore, chers petits amis !).

    Quand j'ai vu toutes ces anciennes et nouvelles vedettes réputées pour certaines tellement insolentes et irrévérencieuses rappliquer en quatrième vitesse à l'Élysée pour réclamer une application sévère de l'Hadopi après nous avoir bassiné sévère pendant des lustres avec des leçons de morale de correction politique sur la liberté de pensée (la leur), je n'ai pas été surpris. On avait déjà vu que là, quand on parle de pognon, adieu non pas "veau, vache, cochon", mais bonnes intentions et grandes déclarations.

    On me cite pourtant souvent les individus ci-dessous comme modèles d'insolence et d'irrévérence, j'ai un peu la nausée.

    L'ironie qui n'est pas dévoyée par le système, par le commerce, est comme l'humour « la politesse du désespoir », car on ne peut pas faire grand-chose contre la sottise « au front de taureau » contrairement aux voeux pieux des idéologues en tout genre qui croient encore maintenant que la nature humaine peut être dirigée dans le bon sens, forcément vers un progrès que l'on s'imagine constant, vers le paradis matérialiste qui transformera un jour ou l'autre complètement l'homme en machine..

    Amaury Watremez

  • La bibliothèque vivante de Léon Daudet

    Imprimer Pin it!

    La réédition des « Souvenirs Littéraires » de Léon Daudet

    leon-daudet.jpegJe me demande ce que font nos sages et raisonnables élites, critiques et autres qui font dans le culturel, pour laisser passer la réédition aux « Cahiers rouges » chez Grasset des souvenirs littéraires de Léon, monarchiste, catholique et cultivé. Quoi que Léon ne fut pas sectaire, il milite pour la création des syndicats à l'abrogation de la Loi le Chapelier (loi révolutionnaire de 1791 qui interdisait les associations ouvrières), en 1898, et défile avec les anarchistes en 1923 ; et comme il le rappelle : on pouvait très bien faire le coup de poing contre les communistes pour se réconcilier ensuite au café dans une même détestation des bourgeois, leur morale étroite, et leur hypocrisie majeure. A l'époque, certains de ses contempteurs l'appelaient « Gros Léon » car il était lui aussi doté de rondeurs voluptueuses. On a oublié la plupart de leurs noms tandis qu'on le lit encore. Proust le comparait à Saint Simon et lui dédie le premier tome de « la Recherche » que Daudet s'était employé à défendre becs et ongles au jury du Goncourt qui préféra une quelconque connerie. Il avait du nez en matière littéraire, un nez très fin quitte à porter aux nues des écrivains qui étaient ses ennemis politiques sans jamais faire preuve d'aucun sectarisme, dont Céline, d'abord réputé anarchiste, ou Proust, dreyfusard.

    Bien sûr, on ne peut que désapprouver sa défense de Drumont, antisémite obsessionnel jusqu'à la pathologie. C'est une des rares nuances que l'on peut apporter à cette lecture car les portraits des littérateurs éxécutés par Léon sont tous remarquables. Cela peut aller jusqu'à la jubilation, de celui de Barbey, que l'on a l'impression de voir revivre sous nos yeux, ce « vieux viking au verbe sifflant et édenté », que je connais par coeur, à celui de Debussy « génie au front de taureau » ou de Maupassant, malade, imbécile et génial en même temps, en passant par Proust, Puck et feu-follet assis sur les banquettes de cuir du Café Weber, Forain, Caran d'Ache, petit gros et séducteur qui « déshabille les femmes du regard en un quart de seconde comme l'experte nounou le poupon » et feint l'attention d'un bon apôtre (personnage donc légendaire chez les petits gros), José Maria de Heredia et Oscar Wilde à la fois beau et atroce, expert en argot londonien et qui savait s'élever aux cimes pour parler de beauté. Daudet les a tous fréquenté gràce à son père et son premier mariage avec une petite-fille Hugo.

    313139320.JPGCe qui domine chez Léon, c'est de toutes façons la lucidité : sur son époque et ses grands personnages, voire ses mythes, comme Victor Hugo, grand-père débonnaire de toute la Troisième République et saint laïc, ou Aristide Briand, ancien indic dont il conserve les habitudes très longtemps (à savoir avoir des dossiers sur tout le monde), ivre de rage quand Léon le coince sur ses hypocrisies. Le récit des funérailles nationales de Victor Hugo trouve encore, à mon avis, des résonnances dans l'actualité. La bourgeoisie prétentieuse et bien parée, y cotoie la canaille la plus vile, et bientôt le vernis craque et tous de se laisser aller à la joie malsaine du troupeau content de communier dans l'instinct grégaire, les marlous mettent la louche au cul des rombières, que ça fait rire de la gorge, pendant les notables pactisent avec les apaches. On ne songe plus vraiment à « Booz endormi », ou aux tribulations de Quasimodo. C'est la lie qui déborde tout. Concevoir le peuple comme forcément bel et bon était déjà à la mode, ce qui permet aux nantis et à leurs séides de conservers privilèges et honneurs, honneurs douteux il est vrai.

    Et cerise sur le gâteau, il n'est jamais didactique, il ne cherche pas à vendre sa camelote idéologique, ou à se faire missionnaire pour telle ou telle cause en oubliant le style ou la valeur littéraire réel d'un auteur. En homme du XVIème siècle qu'il est, véritable humaniste, c'est-à-dire cet humanisme qui contient tout ce qui est humain, et beau. Justement, quant à la beauté, Léon n'est pas dans le relativisme qui voudrait que « tous les goûts, y soyent dans la nature ». Il est parfois injuste, parfois dans l'erreur, mais lui saurait encore l'admettre, contrairement aux porteurs de causes qui, eux, ne se trompent jamais, n'étant sans doute pas de la même planète. Daudet est beaucoup moins sec et aride que Maurras qui se laisse parfois aller au cynisme, on comprend mal que ces deux personnages aient réussi à s'entendre. C'est une sorte d'ogre qui aurait voulu tout recevoir, tout ressentir, tout goûté et que rien de qui est humain ne lui échappe.

  • Un magicien comme Renoir - à propos du "Caporal épinglé"

    Imprimer Pin it!

    00903590-photo-affiche-le-caporal-epingle.jpgSelon moi, il n'y a pas beaucoup d'autres cinéastes français qui arrivent à la cheville de Jean Renoir, toujours génial quand il évite de se complaire dans le militantisme un peu mièvre. L'engagement se chausse toujours de gros sabots voire même de chaussures orthopédiques, d'un parti-pris qui rejette toute une partie des autres êtres humains a priori. Heureusement, Renoir montre que rien de ce qui est humain ne lui est étranger. C'est un classique au même titre que Flaubert et Balzac, ou Maupassant. « La Règle du Jeu », « La Grande Illusion » ou « le Caporal épinglé », inspiré du roman de Jacques Perret, "hussard" ennemi de l'esprit de sérieux, « Partie de campagne » sont ses plus beaux films à mon sens.

    En juin 1940, dans un camp de prisonniers français du Nord-Est de la France, trois soldats de fortune, Le « Caporal », aviateur, de « bonne » famille, « Papa », ouvrier et banlieusard, et Ballochet, grand escogriffe maladroit et intellectuel inadapté, décident de fausser compagnie à leurs gardiens. L'évasion échoue car Ballochet prétend avoir égaré ses lunettes en franchissant le mur d'enceinte. On les retrouve dans un Oflag autrichien. « Papa » et « Caporal » se font de nouveau épingler après une tentative improvisée dans un camion de gravats. Une troisième tentative, suite à une diversion organisée par Guillaume, péquenot roué qui préfère l'Oflag à sa ferme car ça lui fait des vacances, encore organisée par « Caporal »l avec la complicité de « Penchagauche », garçon de café sentencieux et un rien dédaigneux, car « il regarde les clients et il les connait », dans le civil, échoue à la frontière et c'est pour lui, de nouveau, le camp disciplinaire ainsi que pour « Penchagauche » qui en meurt. Il est remis sur ses pieds par Ballochet qui tient une cantine clandestine avec la complicité des gardiens, il retrouve également Caruso, matamore hâbleur et chanteur d'occasion. Le Caporal se rend compte que son ami est un peureux qui avait "perdu" volontairement ses lunettes lors de la première tentative d'évasion. Ballochet prend conscience de sa lâcheté et tente de s'évader tout seul, le soir même, et meurt héroïquement. Avant de partir, il aura dit : « Le geste gratuit devient une action pratique. Don Quichotte rejoint Sancho Pança. Celui qui a pour drapeau Gaz de France : fuite à tous les étages. Un personnage comme moi ne peut fuir que seul », dans « la Grand Illusion », de Boeldieu l'aristocrate se sacrifiait, dans « le Caporal épinglé » c'est l'homme cultivé mais isolé.

    vespasiennes.JPG?0.9052037966983044La fille d'une dentiste allemande qui soigne les prisonniers, redonne goût à la vie entre temps à Caporal. Avec sa complicité il réussit à s'évader enfin avec « Papa », réticent car il aime la fraternité des camps et craint d'être de nouveau séparé de ses copains. Comme il le dit : « Ma terre à moi c'est là où est mon copain » (on pourrait proposer cette définition de l'identité nationale à Éric Besson).Un bombardement providentiel leur permet de s'échapper d'un train où ils ont été repérés par un ivrogne trop expensif A la frontière ils croisent un prisonnier français qui vit à quelques centaines de mètres de la liberté dans une exploitation agricole où il aide une paysanne allemande demeurée seule à la ferme et dont il est tombé amoureux. « Papa » et « Caporal » se quittent sur le Pont de Tolbiac. « Caporal » va vers les beaux quartiers; « Papa » va rejoindre les banlieues populaires, mais ils se promettent de se retrouver, persuadés qu'il faut bien la finir "cette putain de guerre!".

    Sur Renoir par Claude Brasseur

    "Ecoutez, c est difficile à dire, mais moi ce gars-la, je l'aime. Voyez vous, ce qu il y a de terrible au cinéma, c est la facilité. Vous me prendrez peut-être pour un prétentieux, mais avec un peu de talent, croyez-moi, on s'en sort toujours. Moi, je peux bien vous le dire, je ne me suis jamais donné de mal pour un rôle. Mais ici, je travaille, j'apprends mon texte, je me prépare, et vous savez pourquoi? Rien que pour lui faire plaisir, à Jean Renoir. L'autre jour, on tournait en extérieurs. Eh bien, de voir là, debout dans le froid glacial, à 67 ans, les pieds dans la boue, un Monsieur qui est un des plus grands bonhommes du cinéma mondial, et qui, sous la pluie battante, retire son chapeau quand nous, les comédiens, nous commençons à jouer, ça vous donne un sacré choc. Tenez, ça a l'air idiot ce que je vais vous dire. mais moi, le matin quand j'arrive au studio et que j'aperçois Renoir, j'ai envie de l'embrasser."

    Claude Brasseur, in LE NOUVEAU CANDIDE, (1961)

  • La main d'Henry

    Imprimer Pin it!

    La main du scandale - Parlons « foûtebôle »

    photo_1258645940913-1-0.jpgJe n'ai jamais été vraiment passionné par le ballon rond, en l'occurence, je crois même que je m'en suis toujours complètement foutu. Cependant en tant que chauvin crypto-pétainiste, onaniste de sacristie, lieu propice s'il en est, et calotin de pissotière (n'en jetons plus), bien sûr que je suis presque content que la France gagne, même de manière malhonnête, un petit bonhomme patriochard en agiterait presque un petit drapeau sous mon crâne. Mais objectivement, Thierry Henry a triché mercredi pour gagner au match contre l'Eire (sur la photo, on le voit, le geste est parfaitement volontaire), capitaine d'une équipe qui a passé deux heures à ne pas jouer au sport pour laquelle elle est normalement payée 200% du PNB du Nigéria afin de représenter notre pays. Parce qu'il y a des intérêts financiers très importants, plus que l'honneur et le beau jeu. C'est totalement l'anti-morale du libéralisme libertaire actuel et de la Sarkozie : la fin justifie toujours les moyens quand il est question de pognon. Ce n'est pas le premier à tricher, ça ne justifie rien. Le match ne sera pas rejoué, en plus les irlandais sont de mauvais clients, c'est eux qui avaient commencé, ils ont voté « Non » au traité de Lisbonne puis « Oui » du bout des lèvres.

    (Les salauds ! C'est bien fait ! )

    Bientôt les profs d'EPS apprendront aux gosses : tu vois pour gagner il faut tricher, ou bien il vaut mieux coller un coup de boule à l'adversaire que garder l'esprit sportif...

    Dans le film ci-dessous, "Coup de tête" de Jean-Jacques Annaux, excellent de justesse, quelqu'un dit : "je paye 11 abrutis pour en calmer 8000", que rajouter de plus sur le foûtebôle actuel ?

  • Polanski et l'anti-sémitisme

    Imprimer Pin it!

    18898185-2-2-3735f.jpgJe viens de lire quelques articles qui m'interpellent quelque part comme dirait l'autre, et qui me font et frémir et réfléchir. Pour beaucoup, à la suite de Finkielkraut, s'attaquer à Polanski pour ce qu'il a fait serait un prétexte, on le ferait par antisémitisme. Le problème c'est qu'après avoir dit ça on ne peut plus discuter en somme. Et c'est dangereux. Si le cinéaste est victime, y compris de lui-même, la victime de l'acte commis l'est aussi. J'ai de la pitié pour lui, mais eût-il appartenu à un milieu plus banal, eût-il été encore juif, on n'en aurait pas parlé, il n'aurait eu aucune grandes consciences estampillées pour le défendre. Et c'est épouvantablement imprudent d'invoquer la bête immonde à tout bout de champ et pour n'importe quoi, elle va finir par se réveiller, elle l'est déjà même si ce n'est plus exactement la même, aujourd'hui qui est réellement choqué par l'eugénisme social ? Ou le fait concret, tangible que l'être humain soit devenu une marchandise ? Une machine qui se doit d'être performante ? Avec un capital pour tout ce qui n'est pas quantifiable une seconde.

    Le cinéaste serait en quelque sorte une sorte de juif errant, bouc-émissaire de toutes les saloperies engendrées par cette société, comme l'aubergiste du « Bal des vampires » qui n'a même pas le droit de « dormir » avec les autres vampires, ce n'est pas faux du tout bien sûr, on préfère largement balancer sur un djet setteur, qui a commis un acte impardonnable comme beaucoup dans cette période pas si enchantée, et ne pas voir les dérives iniques de ce monde hyper-libéral, ou le défendre indûment comme Henry Chapier pour ne pas avoir à en parler également. Ce sont les deux faces de la même comédie grotesque et tragique. Oui, l'âme de Polanski est certainement déjà morte après le ghetto de Cracovie dont il fût un des rares survivants, après une autre saloperie effroyable, l'assassinat de sa femme, qui montre bien que les pseudo-utopies des années 60 étaient des mensonges hypocrites, une belle blague, il s'enfonça certainement un peu plus vers l'abîme. Il est comme son personnage dans "le Bal..." à la fois fasciné et terrifié par les créatures qu'il combat, qui se posent tous comme "la race supérieure des vampires", et vainc un temps avant de succomber aux mêmes maux ou délices infernaux, tellement attirants. Ou alors finira-til par se jeter par la fenêtre comme à la fin du "Locataire" habillée et grimée comme sa victime ?

    5953-1.jpgEt finalement, on comprend aussi que cette affaire Polanski ça arrange bien la ré-élection du procureur de Los Angeles dont les électeurs doivent ressembler aux couples bourgeois sataniques de « Rosemary's baby », il y a aussi de l'électoralisme, le sang et le cul sordide à la une ça paye. Et Oui, les bonnes âmes veulent du moral et du garantie sans malsain, veulent une tête à couper, et détournent le regard devant la pauvreté ou les enfants violentés dans la maison d'â-côté, indifférents et contents de l'être. Je suis toujours surpris voire effaré quand j'entends les voisins dans ce genre de crimes prétendre toujours qu'ils « n'entendaient rien », « ne voyaient rien » car c'est manifestement faux.

    Cela n'enlève rien non plus à l'acte commis, évidemment.

    Et cela pourrait amener à désespérer de l'esprit humain marqué au fer rouge par le mal et la sottise omniprésente...

  • Dans le secret des dieux de la culture le temps d'un voyage en train

    Imprimer Pin it!

    623291.jpgIl y a deux jours, prenant mon train habituel j'entre dans un compartiment où se tenaient trois personnages qui avaient, comme je le compris vite, des responsabilités dans le culturel, au ministère à Paris. Il y avait là un type bronzé de manière trop suspecte pour que son hâle soit vrai, vêtu d'un costume style à col de clergyman (j'ai failli lui dire "bonjour mon père), un plus vieux à cheveux blancs, la voix semble-t-il pâteuse comme Paul-Loup Sulitzer au sortir de son opération ("ai 'écupéré 'atre-vingt 'inze 'our'cent' 'e 'es facultés" comme il l'avoua aux journalistes), et leur compagne, une dame d'un certain âge en tailleur-pantalon blanc trop transparent. C'était, je le compris, la femme du précédent, beaucoup plus jeune que lui à première vue, à moins qu'elle ne bénéficie des bienfaits du botox, une brune qui a passé son temps à sortir plusieurs noms pour impressionner le reste des voyageurs.

    Le clergyman était au téléphone, il raccroche et sur un ton feutré : "C'est Mitterrand qui est nommé"

    La femme : "Ah, oui, BHL le pressentait, BH (elle l'appelle BH pour montrer qu'ils sont potes) voit souvent clair sur la politique"

    Le vieux : "Aaah, mfff, bon, c'est-pas-grave-au-moins-on-reste-en-famille, ahha, pfff"

    La femme : "Comme Christine Clerc me le disait hier, c'est toi qui aurait dû être nommé, Chouchou (surnom du vieux "papa-gâteau" à la mode semble-t-il)"

    Le clergyman : "J'essaye d'avoir Frédo (comprenez Frédéric Mitterrand avec qui il doit être pote aussi comme il le laisse entendre). Il y a une pièce d'Audiberti que j'aimerais bien monter."

    Les deux autres : "Aaah ! Audiberti !" soupirs songeur.

    Je ne sais pas qui c'est mais leurs soupirs laissent présager que c'est grave génial comme disent les djeuns.

    Devant mon absence de réactions et mon sourire narquois, les trois semblent déçus, on n'entend plus que les ronflements d'une pélerine montée à Lisieux allongée sur la banquette, son fessier ample tourné vers le reste du compartiment.

    La femme repart à la charge : "Moi, demain, au fait, je vais dîner avec Arielle, mais sans BH, on sera entre nanas" (j'ai horreur des femmes de trente ans et plus qui désignent les autres femmes comme "nanas"). "Il parait que Carla lui avait déjà dit ça dimanche" (Elle est aussi pote avec Carla)

    Le "clergyman" est très occupé, il sort le téléphone vissé à l'oreille. Il parle bas, on est entre initiés, mais j'entend quand même : "Ah, la province c'est bien, mais y connaissent pas grand-chose, même pas Audiberti, tu te rends compte ?" puis "Oui chouchou, je t'embrasse".

    Ce qui domine comme impression est que ces trois braves gens s'en foutent de la culture, ils sont aussi dans le "bling-bling", et changeront de maître sans problèmes à chaque fois qu'ils devront veiller à protéger leurs intérêts.

    Fort heureusement, nous sommes arrivés à Evreux avant que ma nausée ne soit complète.

  • Littérature performante

    Imprimer Pin it!

    Encore il y a peu, parlant de livres livres%20pile.jpgavec des convives pendant une des nombreuses soirées mondaines où l'on m'invite pour mon esprit et mon sens incroyable de la répartie (note pour les cons et les non-comprenant ceci n'est pas vraiment sérieux, c'est de l'h-u-m-o-u-r), l'un d'eux, qui ne lit jamais, n'ouvre jamais un bouquin, n'a pu s'empêcher de sortir : "Moi je ne lis pas, comme j'ai plein de choses à faire, je n'ai pas le temps". Sous-entendu, la littérature est un divertissement, un amusement pour rigolos, pour des types et des bonnes femmes pas vraiment sérieux. C'est aussi une manière de justifier son inculture. Un autre a dit qu'il ne lisait que des livres "sérieux", là on sous-entend que les romans, la poèsie, les livres dits de genre, ce n'est pas sérieux. Ce n'est pas seulement le commun des quidams qui sort pareilles absurdités,  on trouve aussi les mêmes sur Causeur.fr sous la plume de Renaud Camus interrogé par Elisabeth Lévy qui considère la SF comme un sous-genre ainsi que la BD, article remarqué en causant sur Causeur (ah, ah, ah, suis-je spirituel) où je me fais passer pour la nourrice de Zeus (on est bien peu de choses, on me pardonnera cette facétie). Cela n'exclut pas que la littérature peut être seulement une détente mais elle est loin de s'y réduire exclusivement. Lire beaucoup n'est pas convenable dans l'esprit étriqué des petits bourgeois qui préfèrent une petite vie paisible mais bornée entre les planches d'une clôture morale confortable qui leur évite de sortir du troupeau bêlant des bonnes gens comme les autres bien vus par leur crémière.

    Certes, il a raison au début de son propos, il y a actuellement une confusion des genres et un mélange des goûts, du fait de la marchandisation, qui fait que l'on place sur le même plan Chaplin et "les Bidasses au pensionnat", mais ce n'est pas ce qui permet de condamner la Science-Fiction ou la Bande Dessinée dont certaines oeuvres deviennent des classiques de la littérature tout court : ainsi "Little Nemo" rivalise avec "Alice in Wonderland" et K.Dick ou Ballard valent bien le "nouveau roman" ou l'auto-fiction. Autre exemple, je me souviens de cet homme d'Église, extatique, proche de la transe mystique, à qui l'on demande son livre préféré qui répond "la Bible" croyant bon d'ajouter que tout le reste de la littérature est inutile, approuvé en cela par le cercle de ses fans qui se ressemblaient tous. C'est plutôt dommage car la littérature permet d'aller vers les autres, d'ouvrir à la beauté et l'imagination au lieu de se contenter du réel ou de ce que l'on appelle ainsi. Les jours derniers, on vient d'ailleurs de constater que les "traders" et les banquiers, que l'on croit proche du réel plus que les autres, étaient beaucoup plus irresponsables qu'un poète de sous-préfecture ou un écrivain de romans noirs éthylique. "La gravité est le bonheur des imbéciles", dit Nitche à moins que ce ne soit Miss France, c''est l'esprit de sérieux qui mène à la catastrophe actuelle, pas l'imagination ou la liberté que donne la littérature qui ouvre à la vie tout simplement.

  • Jeunes, choisis un métier d'avenir : banquier

    Imprimer Pin it!

    Ami jeune ou moins jeune, lis cette note sans crainte, en plus c'est au programme de troisième, à celui du brevet, de seconde, de première et de terminale, du BEP, du bac pro et du BTS, un peu plus encore si tu est en ES (tu vas voir que tu aurais dû parfois mieux écouter certains cours qui sont maintenant indispensables pour comprendre ce qui se passe). Tu vas voir aussi que l'on peut réussir en étant complètement irresponsable, ignare et débile, comme banquier.

    galetPrestation.jpgDans notre société on méprise les littéraires, les poètes, les musiciens, les artistes, tous ceux qui n'ont pas des métiers matériellement quantifiables ou rapportant des espèces sonnantes et trébuchantes. Ceux qui sont mis en avant sont les matheux, parce que les chiffres on se dit que c'est du concret, comme les sciences, et que tout ce qui n'est pas immédiatement tangible ou compréhensible est sans intérêt. Or, les banques et les institutions de crédit à la consommation prêtent à des taux que personne ne dénonce jamais, c'est pire qu'au "Mont de piété" ou quand l'on emprunte des sous à la Mafia pourtant et les conséquences quand l'on n'arrive plus à rembourser sont extrêmement difficiles à supporter car il faut alors subir l'incompréhension et le quasi-mépris de ceux qui ne connaissent pas encore cette précarité. Le surendetté, le précaire est traité en gamin. C'est la banque qui a raison, c'est lui qui se trompe.

    Ami jeune ou moins jeune ne décroche pas ici, je vais être plus précis (j'ai encore quelques souvenirs extrêmement précis de mes cours d'économie et d'histoire économique).

    Pourtant, ce sont les banques qui se comportent en irresponsables préférant par exemple prêter des John%20Maynard%20Keynes%20by%20Duncan%20Grant.jpgmillions à un escroc pour racheter la MGM comme le Crédit Lyonnais, maintenant LCL, ou à Bernard Tapie. Cela consiste à refuser 50 000 francs il y a quelques années à une micro-entreprise qui aurait crée quelques emplois, et en accorder 1 million voire plus à une entreprise ayant la même activité, déficitaire depuis longtemps, qui licencie "ad nauseam".  C'est favoriser les prêts sans risque qui ne favorisent pas l'activité mais permettent de capitaliser sans difficulté. Et l'on pourrait citer des dizaines d'autres histoires qui, curieusement, montrent toutes la même chose, au bout du compte, les banquiers ne sont pas assez libéraux car leur intérêt est également d'arriver à un équilibre de l'emploi et du capital (la fameuse équation économique LS = KS, Labour savings = Capital Savings, si je ne me trompe pas dans les termes, dont la signification est que le travail et le capital doivent s'équilibrer pour éviter la crise, que la réduction des déficits publics, presque obligatoires, le service public ne peut se concevoir comme une entreprise bénéficiaire, amène une augmentation du capital, un chômage endèmique du fait de ce déséquilibre et par la spéculation une crise des entreprises ).

    Nota Bene : En fait, et j'ai entendu cela de manière suprenante de la bouche de Madame Parisot, il aurait fallu écouter Keynes et créer dés les accords de Bretton Woods en 1944 une monnaie d'échange et de référence mondiale, et non choisir le dollar, ce qui a eu pour conséquence que les Etats Unis, première économie mondiale, ont fait payer leur déficit pendant 60 ans par les autres, déficit qui a pris des proportions maintenant gigantesques.

    En conclusion une chanson de Marvin Gaye qui parle des conséquences de cette course à l'abîme sur un air faussement léger ("Mercy, mercy me" (the ecology)).

  • Déjà la France d'après

    Imprimer Pin it!

    s.jpgLa France d'après, on y est. Mais je crois que les électeurs de Sarkozy ont la mémoire très courte, ceux qui l'ont un peu plus développée que chez le poisson rouge comprennent maintenant qu'avant de voter il faut réfléchir. Sarkozy décide de suivre les États Unis sur l'économie et la politique étrangère, quelle chance, les problèmes américains arriveront beaucoup plus tôt chez nous. D'autres qui ont des personnes proches d'eux travaillant qui dans l'Éducation Nationale, qui dans la fonction publique, s'aperçoivent que quand il disait qu'il ferait des économies dans la Fonction publique comme d'ailleurs en restreignant les minima sociaux, c'était sérieux. A droite, on a sonné le clairon, appelé à faire barrage à Ségolène Royal, vue comme la passionnaria de gauchistes inavoués, de révolutionnaires le couteau entre les dents, voire pire encore, de débauchés s'affichant comme tels et prônant la liberté totale des moeurs : la patrie, que dis-je la vertu, l'honneur de la France étaient en danger, les socialistes avaient vidé les caisses. Au fait, savez-vous que l'on s'apprête à verser 300 milliards d'Euros pour aider les banques européennes ? Il y a donc encore de quoi aider les moins favorisés. Madame Lagarde dément, aussi bien que Pinnochio d'ailleurs.

    Enfin, je rappellerais également qu'un type qui est divorcé trois fois, coureur et infidèle, qui prône une politique familiale, le retour aux vraies valeurs alors qu'un de ses premiers gestes est de s'augmenter de 172% se paie allègrement votre tête, chers électeurs de droite que vous soyez villiéristes ou UMP. A gauche, on a chipoté sur Royal, les chefs l'applaudissaient du bout des mains, on minaudait un peu, et on se disait : "on a encore le temps, on peut voter ce qu'on veut au premier tour, se faire plaisir, se mettre un peu en valeur, il sera toujours temps de se rattraper ensuite". Et puis Ségolène, on la trouvait un peu trop de droite, bien qu'il n'y aurait pas eu le licenciement de 25000 personnes en deux ans ne serait-ce que dans l'Éducation Nationale, qu'il n'y aurait pas eu de privatisation de la poste, mais çà encore faudrait-il pour cela voir un peu plus loin que le bout de son nez. Donc, ne réfléchissant pas, certains électeurs de gauche se sont dit que finalement au deuxième tour, ils allaient s'abstenir car ils avaient peur que Ségolène suive une politique de droite. Maintenant, pour avoir une politique de droite, ils en ont une, sévère et raide. Une vraie. Mais plutôt que de se réveiller du coma dans lequel ils sommeillent depuis des années, ils préfèrent se chamailler sur le chef, ou sur des peccadilles, et surtout ne pas agir. Cela pourrait changer les choses.

  • Le bio télévisuelle de Sagan

    Imprimer Pin it!

    saganjaguar5xs.jpgJ'ai regardé les deux parties du téléfilm pas si mal, je m'attendais au pire, consacré à Sagan hier et avant-hier. J'en conçois encore un peu plus de mépris envers le milieu de salonnards et de demies-mondaines chics, de salauds élégants et cruels mais aussi profondément superficiels, possèdant pour certains des bribes de culture et de conversation qui font illusion un temps, qu'elle fréquentait, ce qu'elle faisait en toute lucidité car elle le connaissant bien pourtant, sachant bien les médiocrités de ces gens, leur égoïsme profond ainsi que leur hypocrisie. Elle est morte presque toute seule, abandonnée de ses belles dames et de ses beaux messieurs. Elle n'était plus à la mode, on ne la lit plus tellement paraît-il, les jeunes filles préfèrent se passionner pour des idiotes décérébrées plutôt que pour l'héroïne de "Bonjou tristesse", ce "charmant petit monstre" selon Mauriac, qui s'y connaissait. Sagan est la preuve que la littérature rend libre, lucide et plus à même de saisir la vérité des pitoyables primates que nous sommes, mais aussi qu'elle rend malheureux et que la plupart de nos congénères ne supportent pas ni leur vérité, ni la liberté et encore moins la lucidité. On préfère avoir "l'air de"... , en imposer, s'affirmer aux dépens des autres, contre ses parents, sa famille, ses amis parfois et non pour soi, ou pour les autres, sans songer une seule fois aux conséquences.

    Pour Sagan, on vit seul, on meurt seul mais elle ne pouvait croire que l'on ne revoit pas ceux que l'on aime...

    Elle disait : "On a aussi  de liberté maintenant qu'il y a vingt ans : faire l'amour était alors interdit aux jeunes filles ; maintenant c'est presque devenu obligatoire.peu Les tabous sont les mêmes." Extrait d'un entretien de 1979 avec Jacques Faubert.

    J'aime bien cette citation car elle implique l'idée d'une liberté qui ne se décrète pas par la loi ou l'idéologie ou contre les autres mais qui se vit par l'épanouissement personnel.

    Ci-dessous, pour ne pas faire dans l'hommage pompier, voilà l'interview de Sagan par Desproges, les deux ont de l'humour et la courtoisie de l'une alimente les facéties de l'autre. Finalement, cela montre bien que la célébrité, l'aura de scandale, tout çà n'est jamais bien sérieux en littérature où ce qui compte c'est l'être et ce qu'il partage.

  • Serge Kaganski aime "les fils de"

    Imprimer Pin it!

    Catherine%20Deneuve%20Chiara%20Mastroianni.jpgJe viens de lire un édito, sur son journal, de Serge Kaganski qui me laisse pantois, mais pas par sa réflexion. Serge nous dit dans son texte que critiquer les enfants de c'est pas bien, c'est poujadiste ou alors c'est que l'on est jaloux, terme qui montre bien toute la finesse de son raisonnement, cela revient à dire que toute personne qui pense le contraire est conne. Et puis, comme il ajoute, ils ne l'ont pas choisi d'être "fils ou filles de" et c'est pas de leur faute si les portes s'ouvrent plus facilement devant eux, avant de commencer une carrière, pendant leur carrière parfois très courte, quand ils sont nuls, et je n'ai pas cité Arthur Jugnot ou Salomé Lelouch, et ensuite quand PapaMaman les aide à se remettre en selle. C'est vrai à la fin, les pauvres petites filles riches, elles n'ont pas choisi d'être riches, et les pauvres petits "fissapapa", est-ce leur faute s'ils ont du pognon les pôvres ? Arrêtons d'en parler car il faudrait avoir pitié, toujours selon Serge de ces pauvres égarés. Il prend en exemple Jean Renoir le fils d'Auguste, ou Claude Brasseur, qui a souffert dans les castings avant de vraiment se faire connaître. C'est tout à fait vrai, à une nuance notable, ils avaient du talent tout comme Sacha Guitry le fils de Lucien, et non contents de s'adresser à un seul petit milieu, ce qui est le cas des "fils de" actuels, leurs dons s'exprimaient pour tout le monde et ils n'avaient pas besoin de l'adulation de telle ou telle midinette pour vendre leurs films. Pour assèner ce qu'il croit être le coup de grâce, Serge Kaganski parle de Jean Dujardin, parti de rien, maintenant une stââr. il oublie de préciser que cet acteur, qu'on l'aime ou pas, a commencé à travailler à vingt ans, et devient une vedette trente-conq ans passés. Les "fils de" n'ont pas ce chemin pavé de renoncement à emprunter, ils prennent un raccourci. La question à 100 balles est simple ? Comment un type prétendument de gôche n'est pas choqué par ce népotisme éhonté ? Serait-ce qu'il ne l'est que pour la galerie, de gôche ?

    Sur le plateau d'une émission de télévision, Arthur J. comparait le métier d'acteur ou de créateur de formes en général à celui de charcutier (l'image était fine), affirmant que si son Papa avait fait de la charcuterie, il aurait fait lui aussi des pâtés voire des saucisses. Cela ne l'a pas empêché ensuite d'en faire, de la charcuterie, de celle qui laisse comme lorsqu'on avale une merguez pas fraîche, tout comme Salomé L. il est vrai.

  • Assumer son ignorance

    Imprimer Pin it!

    arbre_de_la_connaissance.jpgIgnares et fiers de l'être, ce pourrait être une très belle devise pour le monde actuel. Finalement, dans cette société de haute consommation, ce qui compte le plus pour les individus, quel que soit leur âge, leur milieu, leurs orientations, c'est de consommer et continuer à consommer sans trop se soucier du reste. La culture n'est plus qu'accessoire, la littérature se réduisant à des formules chocs ou des traits d'esprit de conversations mondaines, à des chicaneries sentimentalo-égocentriques qui sont, j'emprunte la formule à Manchette, des "larmes de puce".  Si le régime venait à changer, si nous entrions en dictature, s'il n'y avait plus de libertés, finalement les individus s'en ficheraient tant qu'ils pourraient continuer à boire, manger et se reproduire ou du moins exécuter le simulacre de la reproduction. L'ignorance est à la mode, on flatte les "vrais" gens, l'intellectuel ou seulement celui qui a un peu lu est ostracisé, rejeté ou considéré comme une bête curieuse. Tous les débats sur l'Éducation, où les larmes dans la voix, des éducateurs, de saints laïcs, nous annoncent que l'ouverture avance, qu'il y a même des élèves intelligents en banlieue difficile, sans s'apercevoir du côté ségrégatif de cette remarque, sont nuls et non avenus car la connaissance est retournée maintenant aux privilégiés. C'est la possession qui prime sur tout le reste. Tout cela me vient au moment du bac, car les réflexions graves et doctes que l'on entend sur le niveau des élèves font marrer, l'éducation et les professeurs n'ont jamais été méprisés par l'institution ou le bon peuple.

    Comme on le voit, l'arbre de la connaissance mis en illustration a déjà beaucoup de fruits à terre, gâtés et pourris...