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convivialité

  • L'hédonisme en accusation ?

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    noces.jpgJ'avais été qualifié il y a quelques temps déjà de « petit bourgeois hédoniste et réactionnaire » par un bilieux se voyant idéaliste alors qu'étant seulement malade du foie et jaloux de la capacité des autres à la sensibilité au monde. J'aime il est vrai des plaisirs démodés, tout sauf des « plaisirs tristes » :

     

    Comme la Littérature, la convivialité, l'art de ne rien faire, de passer le temps entre autres à la terrasse des cafés en admirant la beauté des femmes qui passent, de rêvasser parfois aussi, de savoir prendre son temps voire d'être complètement improductif.

     

    Sur de nombreux forums, sites et blogs de droite comme de gauche je lis depuis déjà plusieurs années une condamnation sans appel de « l'hédonisme occidental » avec le même vocabulaire, les mêmes mots que les tarés fanatiques du soit-disant Etat Islamique.....

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  • Interlude – une interprétation de « Matrix »

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    • Img%202_Neo%20Trinity.jpgIl est trois heures du matin ? De quoi pourrait-on bien encore parler ? Tiens, je viens de comprendre un truc sur « Matrix », le premier mais aussi les deux suites. Parfois les grands films ont des interprétations plus simples qu'on ne le croit, et aussi plus humaines même si le fait de prêter à celles-ci est toujours le fait de chefs d’œuvre ...

       

    • On ne va pas encore discuter à l'infini sur du cinéma ? Vous n'allez pas nous refaire le coup de « 2001 » et du monolithe ? Dieu, Nietzsche, le Surhomme et Ligeti ? On a sommeil nous !Je ne comprendrai jamais cette manie française de parler, parler, parler...

       

    • On dormira quand on sera mort !

       

    • C'est un art, la conversation, enfin c'était, j'ai du mal à croire dans les « intermittences du cœur » par SMS ou imèle. On est quand même le seul pays qui en fait une discipline artistique, respectez l'histoire !...

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  • Fragments d'un journal en Palestine 19 – La nuit à Jérusalem

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    Après deux mois d'interruption la suite de mon journal à Jérusalem...


    0211123608.jpgLa nuit à Jérusalem était toute aussi complexe et diverse que la ville. Elle était dangereuse, claire, bruyante, violente, mystique, sacrément profane, délicieuse et dure, douloureuse et joyeuse. Avant l’Intifada les marchés restaient ouverts parfois jusqu'à une heure du matin, la ville continuait à vivre le crépuscule tombé. « Tsahal » et les services spéciaux de l'armée, la police israélienne, avaient imposé un couvre-feu, pas toujours respecté par les petits vendeurs à la sauvette, ou ceux qui marchandaient des paires de lunettes de soleil ou de paquets de cigarettes souvent contrefaits « tombés du camion ». Perdant, je ne sais pourquoi, régulièrement mes lunettes de soleil, je profitais souvent de l'aubaine.

     

    L'avantage d'être du quartier est qu'au bout de quelques temps, j'avais le droit aux prix « locaux » ainsi que je l'ai déjà dit voire que l'on me demandait d'amener des clients supplémentaires à qui l'on me promettait que l'on ferait bien entendu de « bons » prix.

     

    Il ne faisait pas bon pour les « colons » des environs, les ultra-religieux américains ou européens faisant leur « aliyah » et emménageant dans des maison en brandissant parfois des contrats datant de la période ottomane, de se promener tard le soir, l'un d'eux, trois jours après mon arrivée fut retrouvé mort dans une ruelle non loin de « l'Ecce Homo » car il s'était aventuré dans les rues de la Vieille Ville trop tard et sans protection, ce qui m'a dissuadé quelques temps de rentrer à des heures tardives, puis j'ai compris que le « téléphone arabe » n'était pas une légende, et que tout le monde savait qui j'étais, où j'habitais, et ce que je faisais à Jérusalem, et je compris que je ne risquais strictement rien.

     

    Comme tout est là-bas infiniment nuancé, un israélien qui se promène le soir dans la Vieille Ville ne risquait rien non plus, comme nous l'avons prouvé à de nombreuses reprises à des amis venant de « l'autre côté ». Il y avait toujours cette peur, cette terreur des palestiniens dont certains côté occidental ne connaissaient strictement rien. Je me souviens de cette dame en voiture, longeant la porte d'Hérode, nous hélant car elle entendait les pétards de la fin du Ramadan et croyant à la guerre civile nous enjoignait de nous enfuir avec elle tant qu'il était temps. Nous eûmes toutes les peines du monde à la convaincre que c'était anodin.

     

    Je me souviens également de cette soirée où rentrant d'un repas bien arrosé dans un des cafés de la rue Ben Yehuda, zigzaguant un peu dans les rues déjà tortueuses de la Vieille Ville nous rentrions finalement sans encombres chez nous sous le regard réprobateur des deux « hassidim » priant sans relâche pour le salut de notre âme en perdition à la sortie de l'établissement de boissons.

     

    Un des petits voleurs de la « Via dolorosa » constatant notre état éthylique avancé nous offrit obligeamment un café bien serré que nous bûmes à la lueur des étoiles sous la muraille. L'ivresse étant toujours un voyage, nous décidâmes de continuer à en profiter et montant sur le toit des bâtiments de l'ancien séminaire des « Pères Blancs », où j'habitais, et dont je disposais à moi tout seul six mois de l'année, nous attendîmes le lever du soleil et les premiers rougeoiements du soleil sur le Mont des Oliviers et au loin sur le désert de Judée. Nous fîmes de même le premier soir de Noël, nous asseyant face à l'esplanade du Temple et au Dôme du Rocher.

     

    Aller prendre un pot, un verre, ou quoi que ce soit d'autres, à Jérusalem, sans que cela ne soit lié à un militantisme religieux ou politique, sans que cela ne soit lié à un événement communautaire, était de l'ordre de la transgression, voire même de la subversion, même seulement par goût gratuit et désir de convivialité, l'envie de se retrouver ensemble sans raion idéologique ou mystique particulière, ce que nous faisions régulièrement dans des cafés du quartier chrétien, seuls autorisés à vendre de l'alcool dans la Vieille Ville, ou rue Ben Yehuda dans la ville occidentale, dans le quartier dit des « artistes » de Jérusalem, quartier également très marqué par son identité religieuse.

     

    Personne n'a idée de l'importance de ce que certains faits et gestes, dont notre art de vivre, qui nous paraissent quotidiens, anodins, sans gravité peuvent prendre dans des pays marqués par la haine et la violence une signification toute autre. Ceux parmi nous qui sortaient régulièrement en ville étaient considérés par des païens par d'autres pélerins et membres de communautéqs dites « nouvelles » qui perdaient souvent la tête et le sens des réalités à vivre dans un endroit qu'ils fantasmaient, mais dont ils ne voyaient jamais le réel, et qui ne respectaient pas les personnes y habitant sensées se conformer à leur vision de « la Ville ».

     

    Combien de fois avons-nous été sermonnés par ces bons apôtres sur le fait que l'alcool ne fait pas forcément la fête, que l'on peut s'amuser sans, que cela nous mènerait à la corruption de nos âmes mais que « Dieu nous aimait quand même » etc...

     

    Cela ne les empêchait pas ces bons apôtres de venir malgré tout à Sainte Anne ou Saint Louis apprécier les bons produits dont de bons vins que nous partagions à chaque fois que l'un d'entre nous revenait ou arrivait de France, ou bien qu'il recevait en colis souvent « suspect » aux yeux des douaniers étant donné l'odeur s'en échappant de temps à autres lorsque nous recevions des fromages non « kasher ».

     

    Et même, même dans ces quartiers réputés de « perdition », où l'on pouvait aussi fumer à loisir le « nargileh » affalés sur des coussins comme un sultan des « Mille et une Nuits », ainsi à « l'American colony », réputés plus libres, plus ouverts, les jours de fêtes juives, chrétiennes et musulmanes et les interdits rigoureux qui les accompagnent sur le plan alimentaire et celui de la boisson étaient respectés à la lettre.

     

    Les restaurateurs et cafetiers ne le faisaient pas toujours par réelle conviction mais aussi et surtout pour éviter d'être la cible des agressions des milices se réclament de la pureté religieuse et nationale des uns ou des autres. Ces prescriptions allaient souvent jusqu'à l'absurde, y compris dans les officines de restauration rapide où la sauce chocolat des « sundae » était versée à part, en catimini par les employés des « MacDonald's » et pizzerias après que l'on en fait la demande discrète, de même lorsque nous achetions de l'alcool local dans les magasins du quartier musulman.

     

    Il y avait une boîte de nuit à Jérusalem, une et une unique « boîte » dans les anciens sous-sols d'une banque, régulièrement saccagée, régulièrement mise à sac par les « haredim » et ultra-sionistes. Nous nous aperçûmes comme je l'ai déjà dit que ceux-là ne s'interdisaient cependant pas de fréquenter des maisons closes « orthodoxes » où l'apparence des règles était respectée (signature d'un contrat de mariage bidon avec la prostituée, ou le prostitué à l'entrée, signature d'un contrat de divorce tout aussi fictif à la sortie).

     

    shila21.jpgLa nuit était bien sage dans la Ville sainte comparé à Ramallah. Là-bas, tout paraissait calme et silencieux de l'extérieur, mais lorsqu'on empruntait un ascenseur d'immeuble apparemment comme les autres pour le dernier étage de quelques bâtisses du centre-ville, l'on tombait sur des fêtes plus animées, la nuance étant que les palestiniens ont en musique des goûts très « kitsch », très sentimentaux, presque « rose-bonbon ». On n'y buvait pas forcément de l'alcool mais l'ivresse des « nargilehs » le remplaçait aisément. A Ramallah, la fête, la convivialité, étaient plus une urgence, une nécessité pour oublier les « check points », les « barbus », les vexations, la bêtise crasse des uns ou des autres en général.

     

     

    Le ciel au-dessus de la ville la nuit était toujours clair, d'un bleu un peu sombre, les étoiles toujours là au firmament ainsi que du temps des bergers bibliques. Contemplant la voûte céleste, au delà des collines qui entourent la ville dite sainte, on pouvait croire que le monde entier était tout autour, juste derrière la courbure de l'horizon. Aucun endroit sur terre ne paraissait inaccessible. On ne ressent pas cette impression de ville au milieu du monde, au cœur de la planète partout, on ne le ressentait pas pendant la journée, mais le soir, et la nuit claire permettaient de le percevoir un peu mieux.


    image du haut prise ici

    image du bas, café de la rue Ben Yehuda pris ici