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contre courant

  • A contre-courant

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    J'ai un gros défaut, un parmi tant d'autres me diras-tu ami lecteur, mais tu ne serais pas très charitable, j'ai un sens très aigu de la contradiction, la majorité dit à droite moi je vais à gauche, la majorité porte des pantalons, je me balade en chorte, je déteste penser dans le même sens que les autres, ça m'ennuie, j'ai l'impression de ne plus vraiment penser quand je pense comme un groupe. J'ai l'impression d'être dépossédé de mes opinions. Je sais,c 'est sans doute profondément orgueilleux ou vaniteux aux yeux d'une époque qui impose que l'on pense uniquement au sein d'une communauté, d'un parti, d'un groupuscule pour être écouté et crédible aux yeux du grand nombre.

    Il paraît qu'Antoine Blondin, qu'il soit parti dans un voyage éthylique ou non, avait le même particularisme. Un soir, le voilà parti pendant vingt minutes dans un éloge poignant et grandiose des auvergnats en alexandrins s'il vous plaît. Le patron, charmé par tant de lyrisme envers sa région d'origine, lui clame son affection et lui dit qu'il sera toujours le bienvenue chez lui. Et voilà mon Antoine qui rétorque froidement après un court moment de silence qu'il « emmerde les auvergnats ».

     

    C'est aussi le cas de beaucoup de gens qui pensent en collectif me dira-t-on, qui acceptent de se soumettre aux autres juste par confort ou parce que c'est seulement plus simple et moins fatiguant que de ramer à contre-courant.

     

    Cumulant à cela les défauts, j'ai aussi le goût de la dérision, surtout dans les moments où le « vulgum pékin » se donne une contenance en feignant la gravité, et en adoptant un air de circonstance alors qu'il a envie de se gratter le nez, ou de flatuler pendant une minute de silence ou l'autre, alors que c'est justement le moment ou jamais de constater à ces moments là que la plupart des choses auxquelles nous autres, pitoyables primates accordons une importance sont parfaitement superflues et grotesques.

     

    Certains vont même jusqu'à sombrer dans l'humanisme de confiseur de notre époque, cet unanimisme autour de quelques icônes phares, consensuelles et sans suite dans la vie réelle, dont l'éloge ne mange pas de pain. Ils célèbrent Mandela et la diversité des joueurs de foûtebôle de l'équipe de France mais oublient de s'intéresser à ce qu'ils pourraient vraiment soutenir comme initiative tangible pour par exemple, amener beaucoup plus de gosses « issus de la diversité » (TM°) à l'excellence culturelle, qui n'est pas forcément l'excellence scolaire et non se contenter de ne leur offrir que la perspective de taper dans la baballe comme seule perspective de réussite et de considération sociale.


    Nager à contre courant dans un monde où l'idéal est de se fondre dans un "grand tout", une sorte de mélasse collective pour oublier son identité, sa personnalité et ne plus avoir à réfléchir par soi-même, se donner l'impression de se heurter à la réalité du monde lors de "minutes de la haine" imposées contre des Goldstein divers et variés. Et le pire est que dans un tel monde nous nous croyons encore libres alors que le monde se décide sans nous, que nous ne voulons pas le voir, c'est plus simple, par peur de perdre ce qui reste encore de notre pseudo prospérité après la fin des "Trente Glorieuses".


    Et pourtant, si l'on est réellement libre, on ne peut que remonter le courant, sans peur des coups de patte des ours qui attendent le saumon en haut des chutes d'eau...


    image prise ici