Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

conscience

  • Grandeur et décadence des consciences de gauche

    Imprimer Pin it!

    Il en est aussi question sur Agoravox

     La première fois que j'ai entendu parler des « grandes » consciences de gauche c'est en lisant il y a plusieurs années le pamphlet de Guy Hocquenghem, « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary », réédité chez Agone en 2003, publié tout d'abord en 1986, deux avant que Hocquenghem ne meut du SIDA. C'était un des représentants les plus marqués de la génération de « Mai 68 », une icône de cette génération qui connaissait tous les groupuscules d'extrème-gauche.

    image ci-dessous prise ici

    fue1CohnBendit.jpg

     

    Un de ceux qui s'étaient brûlés les ailes et le reste à croire qu'il pouvait réellement tout expérimenter sans risques pendant ce qu'il est convenu d'appeler « la parenthèse enchantée ».

    Hocquenghem a vu tous ceux qui promettaient que tout était possible, que tout devenait possible (ça n'est pas si loin d'un slogan de ce candidat aux présidentielles) passer des pavés aux moquettes profondes des bureaux des ministères dont Geismar et Sauvageot, qui y sont encore. Il a vu les anciens troskistes (comme celui-là) devenir de hauts fonctionnaires, les artistes tellement novateurs se faire exposer dans les endroits les plus chics.

    Hocquenghem était un « pur », un de ceux qui croient vraiment que les grandes et belles déclarations, les actes de foi enflammée, suffisent pour amener un monde meilleur.

    Il y a eu des aventures sympathiques après « Mai 68 » (qui a commencé le 22 mars), comme la fondation quelques temps après d'« Actuel », une expérience de journalisme qui influence encore maintenant à peu près tous les médias. Ce journal, mort à l'orée des années 2000, rend sympathique les fils à papa friqués comme Jean-François Bizot, l'âme d'« Actuel », ouvert au monde, à tout de son époque, qui essayait de comprendre ses contemporains tout simplement, qui voulait que « rien de ce qui est humain ne lui soit étranger ».

    Il n'y eut pas que « Mai 68 », la première fois que l'on entendit parler d'intellectuels et de consciences de gauche, ce fut au moment de l'« Affaire Dreyfus » qui créa la dichotomie entre ceux qui se réclamaient de ces penseurs, forcément généreux, honnêtes et idéalistes, et les autres, forcément cyniques, totalitaires et soutiens de toutes les dictatures. Il est à noter que ceux qui suivent ces grandes consciences sont à rapprocher des convertis, ils ont la foi du charbonnier quand leur grand homme ou leur grande femme s'exprime.

    Si pour eux « Dieu est mort », même s'il faut toujours continuer à « écraser l'infâme », qui reste à dire vrai catholique, à les entendre il n'est d'intégristes que chrétien, ce ne sont rien de moins qu'un genre de missionnaires laïcs. Et la grande conscience fait office de prophète qu'il est très mal vu de railler, ou de faire descendre de son piédestal. C'est parfois dur, car cela oblige selon certains disciples à lire tout Zola et ses descriptions que l'on trouvera soit pompeuse, soit ampihgourique, ou majestueuse, selon l'humeur du jour.

    Maintenant, il n'y a même pas besoin de l'avoir lu, sortir deux ou trois lieux communs sur son « J'accuse » suffit amplement. C'est le plus souvent sur l'air de « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

    Paradoxe, ceux qui s'esbaudissent de Zola ne trouvent pas contradictoire le fait de défiler avec des barbus fondamentalistes contre la loi sur le voile, ou de faire l'apologie de pro-palestiniens un rien hypocrites qui camoufle bien mal leur antisémitisme.

    De moins en moins, cela devient tendance quand on parcourt le Net la judéophobie.

    Même si leur expression se simplifie de plus en plus, maintenant il suffit de se dire de gauche pour que tout le monde pense que vous l'êtes, même si comme elle au fond vous gardez intact vos convictions d'extrème-droite ou si comme lui vous êtes un libéral vaguement social-démocrate.

    Actuellement, il ne reste plus tellement de grandes consciences de gauche, elles sont plutôt de « gôche », à de rares exceptions, et sont pour la plupart des émanations directes de la bourgeoisie, qui aux privilèges d'être « bien » nés et de disposer dés la naissance de réseaux divers et variés rajoutent maintent les prétentions à se poser en guides de la société, ce genre de hobby dangereux pour oligarques qui s'ennuient. Cela peut en effet mener loin, vers un ou deux totalitarismes, mais ils n'en ont pas conscience une seconde.

    image prise ici

    sarkozy-cohn-bendit_231.jpgC'est de plus en plus insupportable.

    Il y a certes des exceptions :

    Laurent Joffrin est une conscience de gauche quand il rappelle à Robert Badinter que les défenseurs de DSK, tout à clamer à préserver la présomption d'innocence, n'ont pas eu un seul mot au moins de compassion pour la femme de ménage du Sofitel.

    Ce qui est quand même gênant pour une icône de gauche comme Badinter.

    Jean-Luc Mélenchon, bien qu'il aurait certainement appelé à voter DSK au deuxième tour de présidentielles en 2012, est une conscience réellement de gauche, quand il place le débat sur l'essentiel, à savoir la mainmise des marchés sur les institutions européennes et nationales au Nord de la planète.