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classiques mal élevés

  • Qu'est-ce que l'on ne ferait pas pour un bikini en diamants ?

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    XY240.jpgIl y a les classiques classieux, qui font bien sur un profil « facebook » ou sur un site littéraire, ou dans une conversation mondaine, les classiques chics et bien scolaires : un zeste d'Albert Cohen, deux gouttes de Le Clézio et un zeste de Proust. Et il y a les « classiques » mal élevés, beaucoup plus amusants souvent à lire, réjouissants par leurs connaissances de la nature humaine, souvent ce sont des livres dits de genre comme « Fantasia chez les ploucs » de Charles Williams que je viens de relire, dans la version traduite par Marcel Duhamel et paru en « Série Noire », exemplaire acheté à « la Vieille Bourse » de Lille un jour de « virée tzigane » avec d'autres adeptes des plaisirs démodés comme l'est la lecture.

     

    L'histoire picaresque, totalement et joyeusement immorale, est racontée du point de vue de Billy, gamin débrouillard de sept ans, fils de « Pop », du moins on suppose que c'est son fils légitime, alias Sam Noonan : bookmaker, aigrefin, faux-monnayeur, fabricant d'alcool de contrebande, le tout sous des apparences de « plouc » « redneck » du fin fond des Etats-Unis. Pop et Billy, surveillés de près par les flics, doivent quitter précipitamment l'état de New York pour se réfugier chez l'oncle Sagamore, aussi peu moral que son frère, deux ploucs beaucoup plus malins qu'ils ne s'en donnent l'air.

     

    Et aussi sympathiques l'un que l'autre...

     

    Billy n'est jamais allé à l'école, grand bien lui fasse, et a appris à lire dans les journaux de turfistes qu'il sait déchiffrer comme un pro. Il a été placé en foyer d'accueil un temps, lorsque « Pop » a passé quelques mois à l'ombre, ce qui lui a donné l'occasion de se payer la tête des dames patronnesses et des bonnes âmes hypocrites, épisode lui ayant permis de découvrir la lecture et en particulier celle de Stevenson.

     

    Quand Pop et Billy arrivent d'ailleurs, Sagamore est aux prises avec les deux sbires crétins du sheriff qui essaient de le coincer encore une fois pour fabrication de gnôle trafiquée, artisanat que Pop camoufle en prétextant le tannage de peaux de vaches, pour cacher l'odeur des alambics.

     

    Billy et son père ont à peine le temps de s'installer et de faire la connaissance de l'oncle Finley, vieux fou ancien prédicateur marron qui croit maintenant, le délire sénile aidant à ses anciennes prophéties de pacotille dont une s’avérera cependant tout à fait vraie, sourd comme un pot, constructeur inlassable d'une nouvelle arche un peu minable.

     

    Arrivent dans le bled un pseudo docteur en costume croisé, fine moustache et armé jusqu'aux dents accompagné d'une créature peu vêtue, et peu farouche, une pseudo « Miss Harrington » qui se dévoilera, si l'on peut dire, comme étant la fameuse Caroline « Tchou-tchou », strip-teaseuse célèbre pour le liseron qu'elle a tatoué sur le sein droit, poursuivie par les polices de vingt-trois états et quelques bandes de gangsters car ayant témoignée dans un meurtre pendant un règlement de comptes, l'inconsciente.

     

    La belle, qui sait se défendre et qui a la répartie facile et argotique (Merci Marcel Duhamel), apprend à nager à Billy, le seul homme du coin qui ne la reluque pas en douce, et c'est au cours d'une des leçons de natation qu'elle doit encore fuir et disparaît, seulement vêtue d'un bikini en diamants...

     

    Bien sûr l'histoire se termine aussi immoralement qu'elle a commencée. C'est un peu l'univers de John Kennedy Toole que l'on retrouve dans ce livre, celui de la « conjuration des imbéciles » et de « la Bible de Néon » dans un registre joyeux. Les fines bouches n'aimeront pas, pensez donc une « Série Noire » où les figures d'autorité sont systématiquement ridiculisées, tant pis pour elles...

     

    Ci-dessous un extrait de l'adaptation de 1971 par Gérard Pirès