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  • Désir de cinéma

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    On parle de désir aussi sur Agoravox

    A propos de « le Cinéma du désir » de Jean-Luc Douin


    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinocheCe livre se présente comme un dictionnaire. Comme tout dictionnaire ses choix sont parfois très subjectifs, voire agaçants par leur partialité, surtout quand l'on n'est pas d'accord avec, bien entendu.


    Il y a un parti pris très favorable sur les critiques surréalistes, comme Ado Kyrou, qui si ils sont parfois pertinents, sur les « Marx Brothers » entre autres, sont parfois totalement grotesques comme le même Kyrou qui qualifiait les films d'Htichcock de cinéma « nazi » car celui-ci osait montrer des personnages d'allemands, et nazis, nuancés, comme dans la vie somme toute dans « Correspondant 17 » et que « Hitch » aimait bien les grandes blondes apparemment frigides, dont il suggérait l'abandon et l'extase par des artifices de cinéma :


    L'actrice relevant ses cheveux et mettant sa nuque à nu, un train qui entre dans un tunnel, comme à la fin de « la Mort aux trousses », dans ce dernier Eva Marie-Saint incarnant une Eve moderne qui sait très bien ce qu'elle veut, qui l'exprime, et l'obtient.


    Kim Novak est certainement ainsi que Tippi Heddren l'incarnation ultime de cette femme rêvée et idéalisée par Hitchcock qui lui donne symboliquement la mort dans « Psychose » en tuant Janet Leigh au bout de quelques bobines. Le cinéaste aimait aussi les brunes au tempérament moins langoureux, plus solaires, au début de sa carrière.


    L'âge venant, le désespoir et le travail du négatif aidant, la noirceur des sentiments s'est installée.

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    Jean-Luc Douin a par contre tout à fait raison de rappeler la définition du cinéma par les surréalistes pour qui c'est l'art de l'exaltation du rêve et de la beauté des corps, en particulier celui des femmes.


    C'est aussi cette subjectivité, qui naît aussi de la passion de l'auteur pour le cinéma, d'où vient tout l'intérêt de ce livre qui aborde l'origine principale de l'amour du cinéma, et comme l'origine du monde, c'est le désir.


    Les censeurs de tous ordres, qui au nom d'une idéologie, qui au nom d'une foi, ne se sont jamais trompés là-dessus, en obtenant le résultat inverse à celui qu'ils espéraient car en forçant les réalisateurs à la suggestion, à l'évocation, plus qu'à montrer crûment « la chose », ils n'ont fait qu'attiser ce désir, désir qui s'il vient de l'éros et du sexe naît également de la tête

    Hollywood entre autres devenant une « usine à fantasmes », une colinne de miroirs aux alouettes camouflant selon certains écrivains, comme James Ellroy, des réalisateurs comme David Lynch, de noirs secrets.


    Les passionnés de cinéma, terme que l'on peut préférer à cinéphile qui sent son érudit un brin poussiéreux amateur d'Abel Gance et de Godard qui s'est arrêté à la « Nouvelle Vague », savent bien qu'à l'origine leur passion naît du désir, de la chair, de leur cœur, des émotions ressenties face aux images projetées sur ce qui est devenu une caverne de Platon moderne.


    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinocheD'aucuns parmi ses érudits scopophiles oublient que s'ils sont allé au cinéma parfois, c'était pour apercevoir les bas noirs de Silvana Mangano dans « Riz Amer », guetter les transparences des robes de Marylin, ou des chemisiers de Dominique Sanda dans les films de Bertolucci qui montrait aussi les seins lourds de Maria Schneider dans « le dernier Tango ».


    Et aussi et surtout ils attendaient le moment propice quand la fille assise à côté d'eux se pelotonnerait contre eux, mieux les embrasserait fougueusement comme la vedette féminine sur l'écran, à la manière d'Ingrid Bergman dans « les Enchaînés » ou aurait besoin d'être consolé après un grand film romantique.


    Certains sont parfois maladroits dans le choix des films qu'ils vont voir avec la jeune femme qu'ils désirent, ainsi je me souviens de celui-ci qui est allé voir « La liste de Schindler » avec sa dulcinée, celle-ci était tellement triste qu'elle ne souhaita même pas aller ensuite partager un repas au restaurant au grand désespoir de son amoureux éconduit avec douceur par la fine bouche qui avait senti le cœur tendre, dépité d'avoir fourni lui-même le prétexte de sa mauvaise fortune.


    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinocheJe me souviens aussi de celui-là qui durant les deux heures de « Basic Instinct » sur l'écran ne savait trop s'il devait se comporter en soudard ou en gentleman ce jour là avec sa compagne de fauteuil, une camarade intelligente qui portait à merveille des minijupes très seyantes sur elle. En sortant il s'en voulut d'avoir été donc victime de sa trop bonne éducation.


    Je ne dirais pas lequel des deux était moi...


    Enfin, si tout passionné de cinéma égrène ce genre de souvenirs érotiques distingués, il oublie toujours de parler des films moins gratifiants pour son ego, les délires « tétonnesques » de Russ Meyer, les pornos des années 70 qui souvent étaient réalisés par des intellectuels en rupture de ban, d'un bord ou de l'autre, anars de droite et révolutionnaires, les films ayant la redoutable Ilsa pour héroïne, les bandes de « blaxploitation » ou le « Pimp » (souteneur, maquereau) était souvent le personnage central entouré de jolies filles allègrement dénudées, comme dans « Superfly » sans oublier les films d'horreur punissant hypocritement l'acte sexuel par le meurtre des coupables par un « serial killer » qui passe, et le montrant abondamment, sous toutes les coutures, auparavant.


    Le cinéma du désir c'est aussi le cinéma de l'angoisse, angoisse partagé par tous ceux qui ont la passion de la littérature, et de l'écriture, cette angoisse de ne pas ressentir chaque instant de sa vie intensément, de vivre à moitié. Henri Langlois, bon vivant, ogre débonnaire fou de cinéma, racontait souvent ce rêve qu'il faisait : il était dans une rue sur la chaussée de laquelle étaient répandues des pellicules par centaines, et lui n'avait qu'un tout petit landau d'enfant pour les entreposer, et les regarder un instant grâce au soleil qui dans son rêve était immense.

    Photo extraite de "Pushover" où Kim Novak était belle aussi empruntée sur le blog "écran captif"

    Photo de Marylin, de la "Black Session" avec Milton Greene, collection de l'auteur de l'article, tout comme la photo de Lana Turner dans "le facteur sonne toujours deux fois"

    Photo de "Bound", Gina Gershon et Jennifer Tilly prise sur le site "Tout le ciné"

  • Les indispensables poncifs au cinéma

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    Aussi sur Agoravox

    Au sujet du livre « Tous les clichés du cinéma » de Philippe Mignaval paru chez Fetjaine...

    couverture empruntée sur ce site

    20160821.jpgEst-ce que l'on va voir un film « de genre » pour avoir des péripéties comme « dans la vie » ? Est-ce que l'on doit détester les clichés et les poncifs de ce style d’œuvres ? alors que c'est justement ce qui fait leur charme particulier, leur manière de jouer avec.

    Pour les critiques de cinéma distingués qui s'emmerdent avec élégance quand ils vont au cinéma, et ne voient que des chefs d’œuvres, c'est bien sûr de la « cinéphilie honteuse ». Pour les idéologues, les indignés, les combattants de grandes causes, les révolutionnaires de salon et les réactionnaires en charentaises, les concernés, les engagés graves et sérieux, c'est beaucoup trop futile pour être important. Toute activité culturelle considérée comme un divertissement est vouée aux gémonies, que ce soit la lecture de romans, ou le visionnage de films de fiction.

    Ou alors sont autorisés les livres et les films qui soutiennent la cause défendue, qui éduquent le peuple qui n'a surtout pas le droit de s'ouvrir à d'autres univers par le biais du cinéma, qui reste plus ou moins une attraction foraine.

    Ils ne comprendront jamais que c'est justement par cette cinéphilie dite honteuse que commence la vraie culture cinématographique car parfois au détour d'une série « B », d'un film noir ou fantastique à petit budget se cache une pépite, une merveille créative.

    Par exemple, juste après « Bad Taste », film « gore » débile à souhait, Peter Jackson a réalisé « Heavenly Creatures », merveille de sensibilité, et son « documenteur » sur un cinéaste néo-zélandais imaginaire, tout en finesse et humour délicat.

    Et il y a les authentiques « nanars », ces « mauvais films sympathiques » qui sont drôles à à peu près tous les degrés pour un authentique cinéphile. C'est souvent sur des « nanars », des « séries Z » ou réputées telles que de grands réalisateurs ont tout simplement appris leur art, ce qui leur a permis plus tard de réaliser des monuments du cinéma ; Scorcese, Brian de Palma par exemple, ou James Cameron qui ont commencé chez Roger Corman.

    Le nanar se déguste comme ces eskimos achetés à l'entracte dans les anciens cinémas et dont on savait très bien qu'ils étaient trop sucrés, et peu délicats comme plaisirs, il y a différentes catégories de « nanars » : le film de monstres en latex, les films de Stiveune Cigale, les films de kâraté, les films de gros n'avions, et d'autres plus ciblés, comme les films de vampires homosexuels étudiants de David De Coteau...

    Le petit livre « Tous les clichés du cinéma » recensent une bonne part de ceux-ci non pour s'en moquer mais avec tendresse et malice, son auteur ne les raille pas, il s'en amuse. Il y en a que tous les spectateurs connaissent :

    Ainsi le fait que les pistolets des cow-boys, et des policiers, dans les films américains, mais aussi français, tirent sans que l'on ait besoin de recharger de quarante à soixante balles, sauf au moment critique où il restera UNE balle au héros qui l'enverra quand même entre les deux yeux du méchant.

    Dans les films d'horreur, les personnages se séparent TOUJOURS pour rechercher un ami disparu mystérieusement, la sexualité y est punie atrocement par le « serial-killer/monstre/croquemitaine » du film, et il y a obligatoirement DEUX fins, à la première on croit le méchant mort, mais il n'en est rien, ce n'est qu'une ruse, il se relève, et là miracle, un comparse que l'on croyait lui aussi ayant passé l'arme à gauche le tue finalement.

    Un film de genre sans ces figures imposées n'est pas tout à fait aussi intéressant, même s'il s'agit de pervertir celles-ci pour en faire autre chose, ou les parodier comme dans les films des Z.A.Z (« Airplane », la série des « Naked Gun » etc...)

    Au cinéma, depuis quelques années, les polars, les films de Science-Fiction, voire même les films de super-héros se veulent plus réalistes, plus crédibles, moins fantaisistes, plus vraisemblables.

    Le cinéma ce n'est plus du « cinoche », on n'est pas là pour rigoler ou se détendre, ous s'évader, le héros a toujours de sacrés traumatismes psychologiques, il a une copine/amante aussi forte que lui, mais à la fin c'est toujours lui qui sauve le monde etc...

    Le nouveau « James Bond », comme dans la série des Jason Bourne, Daniel Craig, n'a quasiment plus de gadgets farfelus, quand il se blesse, il saigne, il a des sentiments, ce n'est pas qu'un porte-flingues, il est montré comme n'étant pas forcément invincible, ce qui n'empêche pas les invraisemblances comme dans les anciens films de la série :

    Quand Bond court sous le déluge des balles tirés par les méchants, il se protège en mettant une main au-dessus de sa tête, c'est toujours un conducteur de bolides hors-pair, et un athlète qui battrait facilement Usain Bolt au « 100 mètres » etc...

    Donc il est toujours aussi peu vraisemblable qu'avant, et alors ? Ce n'est pas ce qu'on lui demande, même si les histoires d'espions à rebours des « Bonderies » peuvent être aussi passionnantes, ainsi les films inspirés des histoires de Harry Palmer, l'anti James Bond.

    Les trois films de Christopher Nolan se veulent aussi vraisemblables, le plus proche possible de la réalité, tout en prenant la pose « auteurisante » alors que les péripéties du dernier opus par exemple ne le sont pas une seule seconde (à commencer par le fait que Bruce Wayne échappe à l'onde de choc d'une bombe nucléaire, ce qui n'a pas d'importance.

    Le spectateur sait très bien que ce qui se passe sur l'écran n'est pas vraiment réel, (dans le cas contraire c'est inquiétant, on me signale que des adolescents sont persuadés de l'existence du Marsupilami depuis le film de Chabat).

    Il manque des clichés dans le livre de Philippe Mignaval qui sont ceux que l'on croise constamment dans les films français dits d'auteur, réalisés par des personnes issues de l'élite (c'est elles qui le prétendent du moins), ceux qui mettent en scène des trentenaires adulescents de CSP ++ drôlement concernés par le monde qui les entoure, leurs histoires de coucherie, leur renouvellement du vaudeville bourgeois (la seule différence notable étant que l'amant dans le placard peut être du même sexe), des films souvent largement et lourdement politiquement didactiques, alors que parfois un petit film de zombies ou de morts vivants en dit beaucoup plus (cf : les films de Georges Romero.