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  • Les violences dans la cour de récré

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    Il en est question aussi sur Agoravox

     Le gouvernement vient de prendre des mesures concrètes pour lutter contre le harcèlement des adolescents ou des enfants. Ce harcèlement n'a plus de limites, il peut trouver une résonance qu'il n'aurait pas trouvé auparavant par le Réseau et par l'usage charb.gifintensif des téléphones portables (des témoignages à ce lien).

    dessin pris ici

    Ces initiatives ne peuvent être que saluées (on lira ici un article au sujet des souffrances que cela provoque chez les enfants qui souffrent des violences scolaires).

    On voit aussi que finalement les enfants et les adolescents ne font qu'imiter les adultes qui en croyant libérer leur parole n'ont fait que détruire les garde-fous de bon sens qui permettaient auparavant de nuancer un discours sans que celui-ci ne verse aussitôt dans la haine absolue, ou l'adulation sans conditions.

    Certes, il a toujours existé, même quand les élèves portaient des blouses ou des uniformes, ce qui ne changeait pas grand-chose, que ce soit avant ou après la puberté, des périodes très normatives, filles ou garçons sont très douées pour reprocher à l'autre une différence parfois minime : un enfant un peu trop gros, trop maigre, trop grand, trop petit, trop ci, ou trop ça etc...

    Le fait que l'on soit normatif à ses âges est somme toute normal, car c'est le moment où la personnalité s'affirme, où l'individu se cherche, et parfois a beaucoup de mal à se trouver.

    La souffrance poussant à être mal dans sa peau quand on est au collège ou au lycée, ou à l'école primaire, à divers degrés, encourage à rechercher un standard confortable, où l'on peut se lover sans trop de mal, une identité de groupe fondée sur la possession d'objets totémiques, un smartphone dernière génération dont on n'a finalement nul besoin à douze ans, des images quelconques, ou un « uniforme » commun, ceux qui portent des jeans, de telle ou telle taille, de telle ou telle forme, de telle ou telle marque (attention, c'est important la marque), ceux qui mettent des survêtements été comme hiver, ceux qui portent les casquettes d'une manière ou d'une autre, les choix de vêtements et d'accessoires étant des choix de signes de reconnaissance communs pour trouver ce que l'on croit être une identité.

    Bien sûr, quand on est adolescent, on ignore que l'on construit son identité pour soi, et non pour les autres, ces autres fussent-ils très proches.

    Beaucoup d'adultes n'ont pas digéré leur enfance, et encore moins leur adolescence. Ils sont restés bloqués à cette période de leur existence, construisant très souvent le reste de leur vie comme une revanche ou une vengeance sur les humiliations subies plus jeunes, celles-ci fussent-elles imaginaires car parfois elles le sont aussi.

    Maupassant le dit dans un de ses contes, il n'y a rien de plus cruel humainement qu'une cour de récréation.

    3507-1-sa-majeste-des-mouches.jpg

    illustration tirée du film de Richard Brooks d'après "Sa Majesté des mouches" prise ici

    Un peu plus semble-t-il depuis que paradoxalement les pédagogistes et les partisans du libertarisme quant à l'éducation ont décidé qu'il ne saurait y avoir de bornes, de limites à fixer aux enfants, que l'éducation d'ailleurs est forcément oppressive, que si on laisse les petits chéris se développer naturellement et sans les contraindre à quoi que ce soit, ils s'intéresseront forcément à la culture, à la réflexion, à une vie saine et proche de la nature, et qu'ils prendront soin de leurs corps avec sagesse et raison.

    Il faut dire que les pédagogistes, les libertaires infantiles, les adeptes de Laurence Pernoud et Françoise Dolto, voient l'enfance comme elle est représentée dans « les enfants de Timpelbach », dans « le club des 5 » d'Enid Blython, ou autres « Petites Filles Modèles » où les mamans peuvent être « très colère », mais pas trop sévères, où les méchantes filles et les méchants garçons sont toujours cruellement punis.

    La Comtesse de Ségur est coutumière du fait, Gourmandinet, le petit page espiègle mais un peu trop gourmand dans « Blandine, Bonne-Biche et Beau-Minon » finit le crâne écrasé sous une pierre.

    Il n'y a pas besoin de la littérature pour savoir que l'enfance n'a rien d'un vert paradis.

    Plutôt que les œuvres citées ci-dessus, les enfants livrés à eux-mêmes ont plutôt tendance à se conduire comme dans « Sa majesté des mouches ».

    Depuis à peu près quarante-trois ans, on voit en effet que les enfants actuels sont préoccupés de lecture, de raisonnements savants, qu'ils ne regardent pas la télévision et ne sont pas du tout des cibles pour la publicité, pour laquelle ils représentent un marché d'appel fabuleux.

    Mais trêve d'ironie, car comme l'a dit un commentateur distingué sur un autre de mes articles, trop d'ironie tue l'ironie.

    Les histoires de harcèlement scolaire qu'on lit cette semaine dans « Marianne » provoque l'écœurement car ce que l'on constate c'est surtout la lâcheté de certains adultes qui se cachent non derrière leur petit doigt mais derrière telle out elle excuse bidon, c'est pas de leur faute si un enfant souffre de moqueries, c'est celle des parents, de l'institution ou de l'enfant lui-même.

    Il n'est pas rare d'entendre ces adultes dire quand ils évoquent les cas de maltraitance psychologique ou de harcèlement moral que oui bien sûr, c'est mal mais que tel enfant est un peu « effémine » alors c'est logique, qu'il est trop « timide », qu'il est trop bien élevé parfois aussi.

    Et bien souvent, par lâcheté ou pour acheter la « paix sociale » car c'est plus simple les adultes préfèrent se mettre du côté des rieurs et des moqueurs plutôt que de la victime à qui l'on dira que « c'est pas méchant »...

    Quant aux pédagogistes, ou aux libertaires infantiles, ils ne comprennent finalement pas que c'est justement parce qu'il n'y a plus beaucoup de barrières dans l'éducation, qu'il n'y a plus de bornes, plus de repères que les enfants se conduisent parfois plus volontiers en boutures de miliciens en herbe qu'en enfants sages et enthousiastes d'apprendre et de progresser (un article à lire aussi sur ce sujet sur « Marianne 2 »).

    Il n'y a pas qu'au collège, au lycée ou à l'école primaire que l'on peut déplorer ces violences. Celles-ci se constatent aussi dans les "grandes" écoles, et ce dans tous les quartiers, des plus favorisés aux moins.

    Chaque année, pour rigoler grassement et intégrer les nouveaux arrivants à la classe préparatoire ou à la première année en grande école, on leur fait subir un bizutage, c'est-à-dire qu'on les humilie systématiquement afin de se venger de l'humiliation subie l'année précédente ou pour compenser une virilité défaillante. Il est de bon ton dans ces établissements de haute tenue morale et éthique (c'est eux qui le disent)  d'humilier les plus faibles, ceux qui ont un physique hors-norme et les jeunes filles bien sûr. Une fois cagoulé ou masqué, l'être humain, quel que soit son milieu social, se laisse volontiers aller à l'abjection et une jeune fille violentée pendant un bizutage c'est pareil qu'une jeune fille violentée en "tournante" dans une cave d'immeuble de cité, c'est la même violence.

    Je m'étonne toujours que les dirigeants des grandes écoles, catholiques parfois, si prompts par ailleurs à dénoncer la décadence du système éducatif, ferment les yeux là-dessus, je suis toujours effaré de ces braves petits soldats, premiers de la classe tellement dociles, prêts à se coller un sac poubelle sur le dos et vendre du papier-cul dans le métro pour le plaisir douteux de faire partie de la meute.

    f60535ce574a0121a1036bcf1a33518f.jpgGare à celui qui ne se laisse pas faire, il n'aura accès à aucun cours ou photocopies de l'année, et ceci sous l'oeil bienveillant et ému des directeurs des grands établissements préparant aux grandes écoles devant un tel esprit de corps. Car, attention, on est entre gens de même milieu, choisis et sélectionnés sur dossier, y compris dans le public où on aura la précaution de conserver deux ou trois classes "poubelles" alibis. Finalement, de la cité au beau quartier, c'est toujours la loi de la jungle, la loi du mâle alpha.

    Bien sûr, il y a des "bizutages", ils sont rares, bon enfant, comme ces étudiants en STAPS de première année qui doivent montrer leur habileté devant les amphis des universités voisines, ou ceux des Beaux Arts. Je me rappelle de cette jeune femme qui racontait son bizutage des années après en feignant d'en rigoler -jaune-, obligée de se déshabiller devant un amphi de futurs médecins, devant des amis de son mari tous rotarysés et gourmettisés qui eux, en rigolaient encore franchement et non sans élégance néanderthalienne.

    On remarquera enfin que le bizuteur adore les symboles nazis, ça le fascine, ça le rend nostalgique...

    Ci-dessous des ados vus par les pédagogistes