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  • La Mer, l'amour, la rentrée

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     « La philosophie est comme la Russie: pleine de marécages et souvent envahie par les Allemands »

    « Le Hussard bleu » (1950)

    Je ne risque rien, ce petit texte n'ayant aucune prétention à la philosophie...

    photo ci-dessous de l'auteur de l'article

    photos, artsLes derniers jours d'Août dans la Manche, où j'étais en vacances, il ne fait jamais très beau, les nuages s'accumulent au-dessus de l'océan, la pluie tombe un peu et il fait un peu froid. C'est encore les vacances, on peut encore laisser vagabonder son imagination, le réel semble très loin.

    Et pourtant on sait très bien qu'il est bientôt temps de rentrer au bercail reprendre la triste routine.

    La mer a alors la couleur grise des yeux des amours perdues, dans ses vagues, elle charrie les corps des amants éconduits et des amoureux transis laissés sur le bord du chemin, comme dans les yeux de toutes les jeunes filles et de toutes les jeunes femmes que l'on aime passionnément, et que l'on oublie pas, ainsi que le fait justement remarquer Roger Nimier dans « le Hussard bleu ».

    On se prend à rêver de retrouvailles, avec ses amours perdues, face à l'océan comme les personnages dans un roman nostalgique et un peu désuet d'Armand Lanoux (dans « Quand la mer se retire ») ou comme dans « Ultramarine » ou « Au-dessous du Volcan » de Malcolm Lowry, quand le consul se souvient de ses sentiments en regardant le Pacifique, qu'il voudrait bien s'en défaire mais ne peut pas car l'amour véritable est ainsi.

    « Tout est néant, rien n'est vrai que l'amour », aurait-il pu se dire à l'instar des pèlerins qui récitaient cette prière à Saint Antoine.

    Ne pas comprendre cette phrase amène à se perdre dans des idéologies utopiques ou non, ou se voulant absolument réalistes à l'inverse. Dans l'un et l'autre cas, il ne s'agit pas de contribuer à faire le bien de tout ou partie de l'humanité, mais surtout d'acquérir ou de conserver un pouvoir sur tout ou partie de l'humanité.

    Après les révolutions arabes, y compris en Libye, ou en Égypte (évidemment si rien n'est certain quant à l'avenir, il y a quand même de sérieuses questions qui se posent), ce sont surtout les radicaux religieux qui montent progressivement au pouvoir. En France, on nous demande du courage, et de la rigueur, en prétendant que c'est ce qu'il faut pour sauver le pays, alors qu'il s'agit surtout de sauvegarder l'Euro et le pouvoir des « marchés », et celui des nantis.

    Dans le même pantin, d'autres pantins s'agitent pour tirer la couverture à eux en étant persuadés qu'il mérite de gouverner la France.

    Bien sûr, ni du côté des utopique ni du côté des réalistes, on ne voit vraiment la réalité à commencer par la vacuité de notre société.

    D'autres se fichent des idéologies, ils cherchent surtout à se fondre dans le moule du consumérisme, hurler avec les loups, tout en aménageant deux ou trois alibis qui permettent d'alléger son allégeance et de se croire libres alors qu'ils sont à la fois et serviles et dociles. Pour eux, ils sont avec les « vrais gens », les « gens simples », authentiques, réputés plus sains que les intellectuels ou les personnes ouvrant de temps à autres des livres, selon le cliché qui court notre société et qui courait déjà les totalitarismes, ceux-ci fussent-ils de droite ou de gauche.

    Est-ce à dire que notre société est déjà mûre, au moins dans les cerveaux, pour le totalitarisme ?

    Il semblerait hélas que oui.

    La rentrée des enfants s'annonce tôt dans notre société consumériste, mais le vrai sujet n'est plus l'éducation, il s'agit surtout de former des « esclaves dociles et polyvalents » aux yeux de nombreux politiques de droite comme de gauche, qui « trouvent une utilité » pour leur carrière professionnelle future dans ce qu'ils apprennent.

    Il ne s'agit plus du tout de penser au bien commun et à l'avenir de celui-ci. Seul la question du pouvoir du tout-économique compte.

    La question de la transmission du savoir devient accessoire, et la culture un hochet social, pourtant comme le rappelait Natacha Polony hier sur Europe 1, une société qui oublie cela, et d'éduquer les enfants à leurs droits mais aussi à leurs devoir prépare la tyrannie des imbéciles.

    image ci-dessous prise ici

    routine.gifC'est un détail me dira-t-on, et cela n'empêche pas la prétention, mais on remarque que tous ceux qui sont capables d'indocilité, d'un bord ou de l'autre, sont toujours, coïncidence, des lecteurs plus ou moins compulsifs (bien que je ne partage pas leurs convictions, je me faisais cette remarque en regardant hier soir l'émission d'Arte sur les « 7 » de Tarnac). L'esclave docile et polyvalent, celui qui veut rentrer dans le rang par confort, trouve quant à lui que les livres sont dangereux car ils peuvent remettre en question les certitudes.

    Là aussi, le consumériste lambda actuel partage ce préjugé avec les habitants des régimes totalitaires.

    Pour me consoler de ce retour du réel, qui comme une pluie battante finit par tout tremper, j'ai gardé l'indicateur des marées de la Manche. Fermer les yeux permet de rêver aux grandes marées de septembre, aux vagues qui emmènent tout, dont la sottise et la bassesse entre autres des supporters de DSK venus l'accueillir en héros, ou en rock star à sa descente d'avion et place des Vosges à son petit pied à terre...

  • Journal de vacances 9 – Justice pour John Carpenter

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     « L'illusion est-elle mensonge ou pressentiment d'une vérité que voile et contredit la réalité de ce monde ? Choix transcendantal entre le vrai entrevu en rêve et le réel dont l'obscène évidence aveugle les yeux éveillés ».

    Gustave Thibon dans « l'Illusion Féconde », Fayard, 1975

    Si l'on aime vraiment le cinéma de genre, il faut aller voir « Trailers From Hell » le site créé à l'initiative de Joe Dante.

    affiche de "l'invasion des profanateurs de sépulture" prise ici

    invasion-of-the-body-snatchers.jpgLe cinéma comme la littérature de genre, était -ça l'est un peu moins maintenant que les geeks sont à la mode- ces films et ces livres réputés débiles, polars, thrillers, films d'anticipation ou d'horreur, entre autres, méprisé par les grands esprits et les belles consciences qui aiment bien qu'il y ait un message à noter et qui voit les films ou les livres comme autant de prétextes à une redite des «Dossiers de l'écran » chez soi. L'imagination ce n'est pas sérieux, ces « serials » des années 40 avec Buster Crabbe, qui montrent des vaisseaux spatiaux dont on voit clairement les fils qui les soutiennent, ça n'est pas crédible, tout comme ces monstres en latex qui ont une fermeture éclaire mal cachée dans le dos.

    Parfois, on peut se demander si les films actuels américains ne sont pas des remakes à peine déguisés, avec plus d'argent, de ces « serials »...

    Les effets ont beau être beaucoup plus fins maintenant, beaucoup mieux réalisés, ils restent des effets, et à moins d'être un cyber-autiste dont le cerveau s'est perdu entre le dixième et le douzième niveau de « Counter Strike », le spectateur sait bien que ce n'est pas réel, qu'importe, il laisse courir son imagination. Et cela peut l'amener à réfléchir par lui-même, à se créer ses propres normes sans que quelqu'un ne les lui pré-mâche par avance. « La Planète des Singes » tout comme sa suite « le Secret de la Planète des Singes », le final sacrément pessimiste et risqué du premier film pour un film de studio, tout comme celui encore plus désespérant du deuxième film, mais pas seulement, amènent a priori le spectateur à se poser des questions sur son présent.

    Car grande révélation, les films de SF ne parlent pas du futur, ils ne cherchent pas à prévoir, ils parlent de nous ou de notre société, comme par exemple la trilogie des « Morts vivants » de Georges Romero parle du consumérisme, et des ravages du libéralisme. Ces films en disent plus long sur notre monde que bien des pensums indigestes, comme le souligne Greil Marcus dans « Lipstick Traces » dans lequel il analyse les nombreux travers de la société actuelle à travers la « pop culture » dont un des films les plus célèbres, et le plus réussi, des aventures du professeur Quatermass, une des références de Carpenter : « Quatermass and the pit » ou « les monstres de l'espace » en français, réalisé par Roy Ward Baker, produit par la « Hammer », qui montre la désagrégation rapide de la société anglais de l'époque qui sombre dans la violence, la population se laissant aller à ses pires pulsions.

    Ces films, les beaux esprits qui sont restés des petits garçons et des petites filles bien dociles et bien sages ne vont pas les voir car en tant que tels ils ont peur que cela déplaise à leurs parents et professeurs.

    portrait de Carpenter pris ici

    158975143_small.jpgEn sortant de la projection d'un film bourrin, « Green Lantern », qui montre un héros modèle de mode pour pub pour déodorants et une héroïne anorexique sans formes comme il est d'usage maintenant, avec du spectacle, mais un peu trop de clichés et les scènes intimistes tournées façon « sitcoms » j'ai songé aux films de John Carpenter et ce que lui aurait pu faire d'une histoire de genre comme celle-ci. Il aurait tout de suite donné une dimension plus sombre au héros, aurait rendu l'histoire un peu plus complexe, et en aurait fait un brûlot anti-moderne, anti-système, comme « Invasion Los Angeles », dont le héros est un prolo américain pur et dur, ou « Escape From New York » et son héros nihiliste.

    Bien sûr le film n'aurait pas marché, aurait fait perdre du fric à ses producteurs et Carpenter tournerait encore un peu moins que maintenant, deux films en dix ans, « Ghosts of Mars » qui présente un futur dystopique (une dystopie est une anti-utopie, les dystopies sont souvent plus intéressantes les autres œuvres de SF) une société contrôlée et aseptisée dans laquelle le matriarcat est de mise, l'homosexualité féminine la norme, et la prise de drogues psychédéliques prescrites par les médecins de famille, et « The Ward », sorti en janvier 2011, dans lequel à travers une histoire de fantômes presque classique, encore plus terrifiante du fait de son contexte particulier, un hôpital psychiatrique, le cinéaste aborde les questions qui lui touchent à cœur, l'incommunicabilité quasiment impossible dans notre société, le rejet de l'altérité par celle-ci, le contrôle qu'elle voudrait imposer aux populations, dont il n'a pas été vraiment question en France, ou ailleurs, où l'on préfère les films ultra-formatés, avec grille de lecture et fléchage des intentions du réalisateur incorporé, que ce soit pour un « blockbuster » hollywoodien ou un long-métrage racontant les graves problèmes de trentenaires adulescents qui sont à peine pubère dans leur cervelle, ou ce qu'il en reste.

    « The Ward » est tout aussi terrifiant que « Prince des Ténèbres », que l'on déconseille aux âmes sensibles, il utilise très peu de moyens et joue tout autant sur la suggestion.

    John Carpenter aime le cinéma, le « cinoche », il ne se pare pas de prétentions, ou d'un discours pré-construit, même s'il a des choses, il n'oublie pas que d'abord et avant tout le cinéma est un art forain, qui se partage avec les autres dans une salle avec un écran digne de ce nom.

    Une chose que l'on remarque de la plupart des films qui sortent en ce moment, et ce depuis quelques années déjà, c'est qu'ils passent très bien sur le petit écran, pour lequel ils sont également conçus, les films de Carpenter, comme ceux de Hawks, Ford, mais aussi Kubrick ou d'autres, voire un collègue en insoumission de Carpenter, Georges A. Romero, sont trop grands pour l'écran minuscule de la télévision.

    Leurs films ne sont pas de ceux qui rétrécissent l'imaginaire.

    Les films de ces réalisateurs ne se conçoivent qu'au cinéma. C'est un peu comme ces livres que l'on dirait écrit exprès pour les collections de poche.

    Carpenter est né en 1948 dans l'état de New-York à Carthage. Comme tous les gosses inadaptés, ou plus lucides que les autres, ou plus sensibles, ou les deux, qui ont du mal à se débrouiller avec le quotidien ou la banalité, il s'est réfugié dés l'enfance dans les salles obscures, surtout pour voir des films de Howard Hawks, et de John Ford, qu'il trouve cependant plus faible, plus grandiloquent que le premier, sauf dans « The man who shot Liberty Valance ». Il étudie le cinéma à l'USC, s'exilant pour cela en Californie, avec Dan O'Bannon qui écrira le scénario de son premier film, une pochade potache mais pas que, « Dark Star ». Avant de tourner pour de bon au cinéma, il réalise un « biopic » d'Elvis Presley pour la télévision et écrit le scénario d'un excellent thriller fantastique : « les Yeux de Laura Mars ».

    Il ingurgite également tous les films de Science-Fiction des années 50, des séries B ou Z psychotroniques, dans lesquels les astronautes n'ont pas de verre à leur casque lunaire car sinon on ne voit pas le visage de la starlette du film. Dans les films psychotroniques, il y a une scène obligatoire, c'est celle dans laquelle le monstre, martien, méchant savant fou, prend la vedette féminine dans ses bras pour l'emporter ailleurs subir un « sort pire que la mort ». « Gozilla » est clairement un film psychotronique, tout comme les films d'Ed Wood (il faut voir le biopic que lui consacre avec tendresse et humour Tim Burton, qui en fait un hommage d'un cinéaste doué à un autre qui l'était beaucoup moins mais qui était capable d'imagination. Ed Wood fait partie de la légende trash d'Hollywood, ses frasques seXXuelles ont nourrir les ragots des échotiers des grands studios pendant très longtemps).

    Il va aussi voir les classiques de l'époque comme « Planète Interdite » qui était un des rares films luxueux de l'époque, les bandes paranoïaques de William Cameron Menzies dont celle-ci, toute en profondeur de champ pour la 3D de l'époque, qui montrent la plupart du temps des « aliens » belliqueux aux yeux pédonculés, ou le film de Don Siegel « Invasion of The Body Snatchers », beaucoup plus subtil, qui montre des envahisseurs qui nous ressemblent trait pour trait excepté l'humanité (avec Kevin McCarthy qui deviendra un habitué des films de Roger Corman et que l'on retrouvera chez Joe Dante).

    Il se souviendra aussi du film de Don Siegel en tournant « The Thing », remake de « la Chose d'un autre monde », réalisée par Christian Niby et Howard Hawks, non crédité au générique mais dont reconnaît la marque dans les dialogues qui se superposent dans plusieurs séquences. Il tournera aussi une autre version d'un classique de SF paranoïaque des années 50, en tournant "son" "Village des Damnés".

    affiche de "The Thing" prise ici

    thething-vo.jpgIl y a quelques années, des producteurs comme les Weinstein, Arthur Jacobs, Richard D. Zanuck, le fils de Darryl F. Zanuck (le F avait été mis là par ce producteur légendaire pour faire sérieux au début de sa carrière, il l'a laissé), pouvaient se permettre de donner leur chance à des « mavericks » comme John Carpenter, à le laisser libre de tourner ce qu'il veut avec un budget conséquent quant à ses ambitions. Maintenant, c'est beaucoup plus dur. A Quentin Tarantino, par exemple, on ne demande pas qu'il réalise le film qui lui tient à cœur, certes ce qu'il a quand même fait pour « Kill Bill », pour le reste on lui demande de faire du « Tarantino » pour que ça permette aux exploitants de salle de vendre leur « junk food ». Carpenter n'a pas très envie de refaire un autre « Halloween », ou un autre « Escape From New York », il veut réaliser la bande qui lui tient à cœur qui lui permette encore une fois, soyons crus, de mettre un doigt au système.

    Ci-dessous, Bande Annonce de "The Ward" et de "The Fog" de John Carpenter.

  • Jouons avec Pierre Desproges et Jacques Séguéla

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    imagetribunal.jpgLe jeu est simple, on remplace Jacques Séguéla par le nom et le prénom de n'importe quelle icône politique à la mode en ce moment, et je garantis des heures de rigolade (enfin des heures, je ne sais pas mais au moins cela évite de pleurer face à la nullité des débats politiques actuels).

    "Jacques Séguéla est-il un con? La question reste posée. Et la question restant posée, il ne nous reste plus qu’à poser la réponse. Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l’une, ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait tout de même un peu, ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup.

    Supposons que Jacques Séguéla soit un con, je dis bien supposons et j’y tiens, car jamais, Mesdames et Messieurs les jurés, car jamais, monsieur le Président, jamais et nous le savons, et pas seulement de Marseille, jamais je ne me permettrais sans preuve d’insulter un prévenu, même et surtout quand il s’agit comme aujourd’hui, d’un handicapé publico-maniaque de type Napoléon de gouttière minable et incurable confit dans sa suffisance et bloqué dans sa mégalomanie comme un marron dans le cul d’une dinde. Oui je sais, la comparaison est ordurière, et je prie le syndicat des dindes ainsi que le Denise Fabre fan club de bien vouloir m’excuser.
    Supposons que Jacques Séguéla soit un con, je répète, supposons, car seule l’autopsie pourra nous le révéler tout à l’heure. Si Jacques Séguéla est un con et que je le dis froidement, comme ça : "Jacques Séguéla est un con". Que se passe-t-il, mesdames et messieurs les jurés? Eh bien, mesdames et messieurs les jurés, il se passe qu’en vertu des lois démocratiques qui régissent ce pays, cet homme est en droit de me traîner en justice pour divulgation d’un secret militaire. Parfaitement, déjà en 1939, tout le monde en France savait que le Général Gamelin était un con sauf les militaires. C’est ça un secret militaire. De la même façon, mesdames et messieurs, il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui si Jacques Séguéla est un con, il ne fait aucun doute, dis-je, que tout le monde en France s’en est déjà aperçu sauf les militaires et les socialistes évidemment qui n’avaient déjà pas tout compris pour Gamelin, mais, bon, on n’est pas là pour enfoncer les charlots.
    Supposons maintenant que Jacques Séguéla ne soit pas un con, c’est une simple supposition, si Jacques Séguéla n’est point un con et que moi, Pierre Desproges, j’affirme le contraire sur l’antenne, si je dis : moi, Pierre Desproges, j’affirme que Jacques Séguéla est un con. Que se passe-t-il, mesdames et messieurs les jurés ? Eh bien c’est très simple, Jacques Séguéla me traîne en justice pour diffamation. Et qui c’est qu’a l’air d’un con? Lui ou moi? Imaginons la scène. Jacques Séguéla va voir un juge, un vrai Juge, et lui dit : M’sieur, y a Desproges eh ben y fait rien qu’à dire qu’on est un con. Et que répond le vrai Juge? Vous croyez peut-être qu’il va lui répondre: c’est celui qui le dit qui y est? Non, pas du tout, Le juge me condamne et colle trois briques d’amendes à Claude Villers qui est finalement le seul responsable après Dieu de toute les ordures, de toute les insanités ordurières proférées à longueur de journée dans ce prétoire. Laisserais-je commettre cette infamie, mesdames et messieurs les jurés? non! Laisserais-je punir un homme pour une faute que j’aurais commise ? Laisserais-je la justice de mon pays accabler mon Cloclo juste et bon, à qui je dois tant et qui m’a sorti de la médiocrité télévisuelle dans où je stagnais pour me plonger dans la nullité radiophonique où j’exulte?…"

    image prise sur le site desproges.fr

    Extrait du Tribunal des flagrants délires du 25 octobre 1982

    Ici le réquisitoire en entier

  • Dieux avant les hommes

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    «Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence ?»

    Théodore Monod

    Secret-desert-Saint-Exupery.jpgComme je suis moins sage que Théodore Monod, qui en a lui-même beaucoup parlé, je vais quand même me lancer dans un bavardage qui lui semblerait cependant vain. Lors d'une discussion, quelqu'un m'a demandé pourquoi le désert fascine tant les personnes en recherche de transcendance, les aventuriers. Pourquoi le désert ? Pourquoi le Proche-Orient et pourquoi pas les pays du Nord ? C'est une question passionnante et qui me touche personnellement, moi qui aime tant le Proche Orient et ses déserts.

    Dans un texte de Balzac, un vieux « grognard » de Napoléon raconte ses campagnes à ses petits enfants et il en vient à parler de celle d'Égypte, les gosses lui demandent alors avec insistance de définir ce que c'est le désert, ce qu'on y ressent vraiment. Il répond : « Le désert c'est Dieu avant les hommes », avant le gâchis, avant le saccage de la Création. Les paysages du Jourdain était caractéristique de cette idée, tout en sensualité, en rondeurs voluptueuses, sous un climat d'une douceur incomparable. Cela est insupportable aux imbéciles qui veulent impose leurs vues à leurs semblables, un bonheur selon leur point de vue, un bonheur obligatoire mais complètement arbitraire. C'est à cause d'eux que cette région du monde est une des plus agitées du globe depuis des millénaires. La paix du désert, des oasis, des vallées fertiles, excitent la haine des crétins. Ils ont peur de la beauté sous leurs yeux, de ce qu'ils pourraient ressentir.

    Le désert est aussi l'infini à portée de main, l'origine du monde, un monde que l'on peut croire encore sans souillures, sans la souillure du mal. C'est aussi une comme une utopie en vrai, concrète. Comme le dit aussi Saint Exupéry dans « le Petit Prince » : « J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…».

    Et pour répondre à la question que l'on me posait, pourquoi le désert ? Parce que comme cet auteur le disait aussi, ceux qui sont en recherche de transcendance, les aventuriers, ne sont jamais contents là où ils sont, toujours insatisfaits, toujours en quête d'autre chose de plus grand et de plus beau qu'eux et la société des Hommes.

    La solitude que l'on y trouve ne mène pas forcément à la sagesse, mais on ne se soucie plus du monde ou de sa routine. On sait qu'on le retrouvera après et qu'il sera tout aussi médiocre, tout aussi désespérant.

    Jordanie03-LeJourdain.jpgD'aucuns ne ressentent plus de bonheur ou de malheur, de souffrances, ils existent simplement pour la première fois et y prennent conscience de leur humanité car comme l'écrit Saint Exupéry encore : «La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle.», et le formidable obstacle qu'est le désert en particulier. Les ermites ne s'y réfugient pas pour accéder à une conscience de pur esprit, mais pour retrouver ce qui est vraiment humain en eux et non se borner à leurs pulsions animales comme tout un chacun, ou leurs pulsions de survie. On peut y ressentir un désespoir infini tout comme un espoir sans limites.

    Et enfin, comme l'écrit Teilhard, « à qui meurt d'amour le désert est le seul refuge ». Et l'on peut mourir d'amour pour une seule personne comme pour toute l'humanité, comme les héros de «L'Atlantide » de Pierre Benoît., tous deux amoureux de leur Anthinéa. Pour lui le désert est une utopie morte : « Aujourd'hui, de la belle île que la mer et les vents faisaient orgueilleuse et verdoyante, il ne reste que ce massif calciné. Seule a subsisté, dans cette cuvette rocheuse, isolée à jamais du monde vivant, l'oasis merveilleuse que vous avez à vos pieds, ces fruits rouges, cette cascade, ce lac bleu, témoignages sacrés de l'âge d'or disparu. »