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christinianisme

  • "Respect des différences mon cul" dit Zazie

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    handicap.pngOn n'a jamais autant parlé actuellement du respect des différences, il n'a jamais autant été question des personnes hors-normes, et après « Intouchables », c'est avec des sanglots hypocrites dans la voix (des larmes de crocodiles) que tous ont évoqué le sort douloureux des handicapés, mais dans les faits ce qui domine c'est l'apparence, d'abord l'apparence et encore l'apparence, l'ostentation sociale avec ses signes matériels quasiment obligatoires, et rien d'autres, et ce dans tous les milieux, malgré toutes les déclarations lénifiantes diverses et variées, dont celles fleurissant en statuts larmoyants sur les réseaux dits sociaux.

     

    J'en veux pour preuve ce que je vis quotidiennement depuis des années, car concernant les handicaps liés à l'apparence et aux standards physiques je cumule, sans parler de ma manière de percevoir l'existence, ce qui m'a blessé pendant des années car je croyais que c'était de ma faute et qui maintenant ne me touche plus vraiment.

     

    J'ai un « vitiligo » : un champignon parasite, une bactérie, ou une réaction violente à un traumatisme, on ne sait pas trop, mais progressivement ma mélanine disparaît et ainsi ma pigmentation de peau, ce qui se voit un peu plus l'été quand je bronze. J'ai l'œil gauche qui ne voit pas ce qui fait que quand je regarde quelqu'un en face, cela se perçoit autrement que pour les autres personnes. J'ai pesé, il y a trois ans, jusqu'à 155 kilos, et même si j'en ai perdu soixante, mon corps inspire plus envie que pitié, conservant des rondeurs voluptueuses ainsi que l'avait affirmé une amie. En plus je suis plutôt petit. J'ai également une légère difficulté pour marcher et un périmètre crânien important.

     

    Mais je te rassure ami lecteur, ce n'est pas encore suffisant pour que l'on puisse me montrer dans les foires...

     

    Le regard de la société et les blessures subies de par ce regard généralement sans bienveillance n'ont fait qu'exacerber ma sensibilité déjà grande aux sottises environnantes. Pour me protéger certainement, j'ai développé une tendance à la causticité, et à la misanthropie, devenant acerbe jusqu'à l'arrogance parfois. Et paradoxalement, tout ce temps, je m'en voulais d'être à la fois caustique et de paraître misanthrope étant persuadé que ce regard manquant de bienveillance me concernant était de ma faute, n'était dû qu'à ma trop grande sensibilité.

     

    J'ai compris somme toute depuis peu que ce qui gêne les autres chez moi, ce n'est pas tant ma personnalité que mon apparence et les quelques handicaps, légers mais suffisants pour me rejeter, dont je souffre. Combien de fois ais-je entendu alors que j'entre quelque part la conversation dévier sur les régimes, sur le sport ? Combien de fois m'a-t-on demandé si mon vitiligo était contagieux, si ce n'était pas le SIDA ? Combien de fois certains se sont émus de ma « grosse » tête ?

    Ayant compris cela, je me suis dit : « ce n'était que ça donc ? ».

     

    Et ce n'était que ça dans tous les milieux encore une fois, y compris ceux où l'on ne s'attendrait pas à rencontrer ce genre de réflexes de rejet...

     

     

    Voilà qui ne va pas améliorer ma tendance à l'ironie et à un léger cynisme, ou me convaincre de renoncer à ma totale absence d'illusions sur la somptueuse dégueulasserie, quand on le laisse se défouler, quand on le laisse sans obligations envers son prochain, quand on lui retirer ses idéaux, de l'esprit du pitoyable primate dit « homo sapiens ».


    Et au fond les plus handicapés ne sont pas  ceux que l'on croit...


    image excellente de Margerin prise ici