Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

chez moi

  • Paris mon autre terre sainte

    Imprimer Pin it!

    Alors que je vais bientôt quitter Evreux...

     

    Pour évoquer Paris, rien de tel que de montrer son "ventre" (image prise ici)

     

    Le-lexique-alimentaire-dans-Le-ventre-de-Paris-DEmile-Zola-Realisme-et-metaphore49.png

    Cela fait plus de trente ans que Évreux est en quelque sorte mon port d'attache non désiré. J'y ai fait des rencontres extraordinaires, j'y ai vécu des moments inoubliables mais cependant je ne m'y suis jamais senti chez moi, ce n'est en somme la faute de personne, pour les uns j'étais un « parisien », une pièce rapportée. Et quant à moi j'ai toujours eu horreur de ce sport provincial qui concerne surtout les sous-préfectures complexées et les préfectures coincées entre deux métropoles régionales comme Évreux : le ragot, la malveillance grande ou petite envers le voisin, une manière de se protéger de l'intrus peut-être, celui qui remettra en cause les habitudes étroites que personne ne songe même à contester, ces habitudes qui encouragent au confort intellectuel. On dit du mal car on s'ennuie un peu mais on ne sait pas trop quoi faire d'autres alors que les rues se vident dix-huit heures passées...

     

    Il faut avouer que je n'ai pas fait beaucoup d'efforts étant amoureux fou de Paris, et un peu plus tard des villes de Terre dite Sainte : Jérusalem, Tel Aviv, Ramallah et Haïfa ; Paris est libertaire, elle a l'esprit large, elle m'a pardonné de partager mon amour et d'être volage...

     

    Chaque personne à son « chez soi », un endroit où elle se sent instantanément chez elle, une terre sainte en somme (d'où le nom du blog ami lecteur, tu remarqueras la subtile allusion). Il y a beaucoup de clichés sur ce genre de lieux, beaucoup le voit bien comme dans la vision archétypale d'un créatif de pub : une maison « Monopoly » avec des volets rouges comme dans un dessin d'enfant, un chien, un garage et un petit bout de jardin dans un lotissement à « la campagne », un rêve « rurbain ». Le « chez soi » avouable dans notre société se doit de ressembler à ce "chromo" un peu mièvre. Ils ne sont pas nombreux ceux qui voient la poésie dans les villes, dans le béton, sur le bitume...

     

    Quand on ressort d'une longue lignée de pigeons voyageurs qui s'adapte partout faisant à Rome comme les romains, en Palestine comme les palestiniens, en Israël comme les israéliens, en Touraine comme Rabelais et dans le Nord comme un authentique descendant de mineur de fond, on a envie de bouger, de changer sans cesse d'adresses, on rêve de chambres d’hôtels différentes chaque nuit, jamais au même endroit par peur de se lasser. Longtemps j'ai eu des « fourmis dans les jambes » qui m'incitaient à sans cesse bouger, à tout goûter, tout voir, aller même dans les quartiers où vivent les « classes dangereuses », à humer les parfums des rues cosmopolites où l'on entend toutes les langues de la terre.

     

    L'on a tendance en tant que « pigeon voyageur » à mépriser ces bourgeois sédentaires incapables de sortir de leur bled, de leur trou, de leur quartier puis vient un âge où l'on a envie malgré tout de poser ses valises une fois pour toutes, de se fixer dans une de ses terres saintes. Cela n'interdit pas de continuer à découvrir de nouveaux continents pour son imagination et ses rêves d'évasion le réel étant bien souvent tellement plat et médiocre pour ceux qui ont un peu trop de sensibilité, bien que se rappelant à eux lorsqu'ils passent la quarantaine : ils ont besoin de lunettes pour lire leurs livres, doivent hausser le volume lorsqu'ils regardent un film, sont fatigués quand ils se couchent trop tard et ce qu'il croyait un os s'avère parfois moins apte à la raideur.

     

    image ci-dessous prise là 

     

    société,politique,paris,province,chez moiMoi qui ne fait rien comme tout le monde et qui aime bien me faire remarquer, dit-il modestement, mon « chez moi » n'est pas du tout comme ça, mes vallées profondes sont des artères bruyantes, pour aller en haut de la colline dont je rêve on prend un funiculaire, mon autre « terre sainte » est parisienne. Je m'y sens chez moi partout, de Saint Germain des Prés au quartier Beaubourg, de l'Opéra à Montmartre en passant par le Quartier Latin ou le Palais Royal. Alors certes, Paris a changé, n'est plus tout à fait la même que lorsque j'avais vingt ans, la bobolisation qui est aussi un genre de provincialisation, le bobo étant un péquenot parvenu qui singe ce qu'il croit être les manières « chics » à la parisienne, a colonisé peu à peu tous les quartiers de la capitale, imposant également une provincialisation des habitudes : pas ou peu de vie nocturne par exemple, ou alors organisée selon la « doxa » festiviste. Il reste cependant encore quelques lieux préservés, des refuges pour les âmes éprises de liberté et peu enclines aux réjouissances collectives imposées par l'autorité.

     

    Que je me sente, comme d'autres chez moi à Paris est incompréhensible, de toute éternité, du moins depuis que Lutèce existe, on en dit les mêmes bêtises "c'est beau, j'aimerais bien visiter mais je pourrais pas y habiter", "les parisiens y sont stressés" etc. Et puis il y a trop de voitures, des immeubles trop hauts, de la pollution et trop de monde dans le métro où l'on ne se salue pas en respectant la préséance sociale.