Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

chartres

  • Péguy hussard noir de Dieu

    Imprimer Pin it!

    peguy.jpg«Dieu ne s'occupe pas des fins de mois.»
    [ Charles Péguy ]

    Je n'aime pas cette citation de Péguy qui est contredit paradoxalement par la suivante (soyons honnêtes). Je pense justement que Dieu s'occupe des fins de mois de ces créatures. L'humanité c'est l'incarnation, et la pensée de Péguy est désincarnée tout comme je trouve celle de son maître Bergson un rien déssêchée et déssêchante. Je comprend que des jeunes peuvent s'y attacher car elle élève, un temps, on comprend ensuite que l'idéal qu'elle propose est impossible et conduit parfois à la violence ou au déni de la complexité du monde qui ne se coupe pas strictement entre le camp du Bien et le camp du Mal, et le refus de voir le mal qui est en soi, de se contempler dans sa vérité et sa pauvreté. C'est aussi l'incapacité de mettre au placard le personnage que l'on joue, et qui est toujours flatteur pour l'ego et combler ses propres frustrations, l'absence de reconnaissance devant son talent ou ce qe l'on appelle ainsi. Chez Péguy, il y a ce côté instituteur spirituel que je n'aime pas, que je retrouve parfois chez des prêtres jeunes ou moins jeunes ou des croyants. Je pense par exemple à ceux qui sont allés un jour à Jéricho, le front large et les yeux illuminés, fervents, chantant des psaumes en hébreu sur la place de Jéricho, déclenchant sans le vouloir, par inconscience, des affrontements entre colons et palestiniens, ce qui conduisit à trois morts. Car les psaumes chantés étaient aussi ceux diffusés chaque jour par les hauts parleurs d'une colonie "sauvage" à proximité, après l'arrachage de tous les oliviers alentours.

    «Celui qui manque trop du pain quotidien n'a plus aucun goût au pain éternel.»
    [ Charles Péguy ] - Le mystère de la charité de Jeanne d'Arc

    peguy.jpgJe ne suis pas amateur de la prose de Péguy quant au contenu. Je le trouve très belle. Mais il a un côté exalté, de hussard noir de Dieu, qui me déplaît, du genre à entraîner les autres à la tuerie sans se poser de questions. Ce poème par exemple est très beau mais m'agace car cette guerre n'était ni juste ni bonne. Il fait partie de ceux qui poussèrent à la boucherie de 14 par inconscience et idéalisme. C'est le mot, un idéaliste détaché du réel. Péguy parle beaucoup de vertu, de pureté, de mystique de la politique, ce qu'elle ne peut être. Ceux qui recherchent la vertu à tout prix, la pureté impossible en ce monde marqué par le mal, sont parfois des faiseurs d'arbitraire, et ils sont toujours déçus. Je préfère les écrivains comme Céline ou Proust, qui savent mieux la complexité de l'être humain, ce primate souvent pitoyable. Péguy c'est un peu l'abbé Donissan rencontrant l'étrange maquignon, qui est peut-être le diable, dans "Sous le soleil de Satan". Il lui donne la possibilité d'aller jusqu'au bout de sa quête dangereuse d'un Bien absolu, quête dangereuse car elle peut impliquer de rejoindre le néant, le vide, de ne plus ressentir.

    Chez Péguy, le pauvre curé d'Ambricourt aurait été une sorte d'archange victorieux du malin, un soldat du christ toujours prêt à se battre contre l'obscur. Je préfère celui de Bernanos, un pauvre homme en somme, un innocent au sens dostoïevskien, un coeur pur qui ne voit que trop bien le mal et sent combien le fardeau est lourd. Cela me rappelle étrangement aussi le dernier film de John Ford, "frontière chinoise", dans lequel plusieurs femmes prises en otage par un truand s'en tirent gràce au sacrifice de l'une d'elle. Toutes les otages sont des femmes exaltées, déçues par l'existence, et qui sont persuadées d'être là parce qu'elles veulent faire le bien, qui sont là par idéal, par passion, par fièvre, mais qui sont incapables de voir leur petitesse cependant, leurs faiblesse. Finalement, cela ne reste que de la comédie et l'orgueil. Il s'agit surtout pour ses femmes (ce serait pareil pour des personnages masculins) d'en finir avec leurs frustrations et finalement leur dégoût de l'humanité. Un être humain totalement pur c'est un cadavre, rappelons le.

    Je n'aimerais pas une humanité parfaite imposée par des idéaux généreux à la base, ce ne serait plus l'humanité.