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carpe diem

  • « Carpe Diem »

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    thoreau.gifJ'ai toujours eu horreur les manifs en soi, le piétinement, l'instinct grégaire, la foule qui scande des slogans. Même d'accord avec ceux-ci j'ai plutôt envie de les contredire rien que pour le plaisir de la contradiction face à un groupe. Bien sûr, celui qui va défiler envers et contre tout pour défendre les plus pauvres, qui se caille les miches et piétine mais qui est en cohérence avec ses idées, celui ou celle là a malgré tout mon respect car il ne se contentera pas soit de moraliser, soit de se lamenter ou fantasmer sur les fameuses z-heures les plus sombres de notre histoire...

     

    J'ai participé à quelques unes d'entre elles, de celles contre la première Guerre du Golfe jusqu'à LMPT l'année dernière ce qui m'a valu une célébrité quasiment immédiate dans la fonction publique de mon département, où l'information de la circulation va comme une traînée de poudre, la rumeur et le ragot restant rois sous nos cieux de province.

     

    En un sens, rien que pour en voir fulminer certains derrière leur sourire condescendant de façade, et si « tolérant », pour mettre parfois « bas les masques », ça valait le coup.

     

    J'ai certainement eu ma première fiche aux ex-RG, DCRI, du fait d'un article sur les « guerres de Vendée » dans une revue catholique sans parler d'une petite gazette que j'éditais en toute inconscience à Jérusalem qui a fait grincer quelques dents sages et avisés. Et ce blog que tu as l'indulgence de lire, ami lecteur, est interdit dans différentes médiathèques et administrations, sur la « liste noire » ce qui me réjouit...

     

    Je ne suis pas dupe non plus de la manif de dimanche, les manifestants, quand bien même les antisémites y étaient une minorité, défilent car ils commencent à comprendre que la société de sur-consommation pour tous, c'est fini à cause non pas de la fameuse crise dont nous rebat les oreilles mais du passage du pouvoir économique de l'Occident vers l'Asie et les pays émergents. Ils défilent par dépit, parce qu'ils savent bien qu'il y a un peu de 3,3 millions de chômeurs réels en France, mais plutôt 6, selon les chiffres du Bureau International du Travail.

     

    Moraliser sur cette colère, rappeler l'histoire ne sert strictement à rien si le système ne change pas, si les pesanteurs ne sont pas supprimées tout comme un clientélisme endémique, ce ne sont pas quelques « quenelles » et slogans haineux que l'on entendra. La colère se muera en rancoeur, la rancoeur en haine et la haine en violence bien plus impressionnante que des gestes malheureux éxécutés par des gamins qui cherchent surtout à se singulariser...

     

    L'époque à l'hystérie, à l'incapacité de comprendre autre chose que le premier degré, à refuser la nuance et l'échange. « Si tu n'es pas avec moi tu es contre moi » pense l'individu moderne dont le vocabulaire se raréfie de plus en plus de par les conséquences des réformes scolaires successives, du spectacle continu et de plus en plus écoeurant d'une humanité qui court à sa perte le cœur et l'esprit léger. Sans les mots pour le faire, le citoyen-consommateur moderne n'a pas beaucoup le choix entre la haine et la haine car la raréfaction de son expression implique beaucoup moins d'oxygène pour sa réflexion.

     

    Certains soirs quand la folie du monde, la bêtise et l'avidité deviennent trop pesantes, j'ai envie de laisser tomber, d'abandonner, de me retourner vers les livres, vers la littérature qui n'est décevante que lorsqu'elle se perd dans les ambitions grisâtres du « Nouveau Roman » ou les délires auto-fictionnels de l'un ou l'autre bourgeois bohème pour qui dépasser le « périph » c'est l'aventure. Certains soirs je me dis que le jeu n'en vaut pas la chandelle, et puis le parfum d'un bon vin, le sourire d'une jolie fille croisée dans la rue un instant toujours trop fugace, l'affection de ceux que j'aime, même quand ils sont loins et d'enfants qui me sont proches, me ramènent à cette constatation toute simple, la Vie, malgré tout, est un cadeau.

     

     

    Et j'applique la leçon apprise à Jérusalem , « Carpe Diem » car « Inch Allah Bukra Maalesh », et ce moment de tendresse, de convivialité et de rencontre que l'on croit pouvoir négliger car l'on pense que d'autres suivront, l'on est sûr que c'est acquis, c'est parfois le dernier et le jour qui vient sera peut-être l'ultime journée sur terre de l'humanité souvent tellement déplorable...

     

    en illustration une citation de Thoreau en situation prise ici